Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 5 mai 2021 23 min

Boris Vallaud : "Aujourd’hui, il faut prendre parti en 5 minutes sur tous les sujets, et toujours sans nuance"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Nous recevons avec Léa Salamé ce matin le député des Landes, porte-parole, responsable du projet du Parti Socialiste pour 2022. Il publie un esprit de résistance chez Flammarion. Vous pourrez dialoguer avec lui, vous êtes déjà nombreux au standard. Question réaction 0145 24 7000, réseaux sociaux, applications mobiles de France Inter. Boris Vallaud, bonjour. Bonjour. Dans ce livre vous tentez d'esquisser les valeurs, les combats d'une gauche qui entend refaire peuple, reconstruire du collectif quand tout, c'est la marque de l'époque, renvoie chacun à son statut d'individu isolé.

Vous avez des propositions sur l'économie, les inégalités, le travail, sur ce que vous appelez le colbertisme vert, on va revenir sur tous ces sujets en détail. Mais ce mot d'abord, ce mot, Boris Vallaud, de résistance, qui renvoie immédiatement à la guerre et à l'occupation de la France. Vous conviendrez que c'est un grand mot avec de grandes connotations historiques. Est-il vraiment approprié en 2021 ? Résistance à qui ? À quoi ? Contre quoi doit-on être en guerre ?

1:11
Boris Vallaud

D'abord résistance à l'air du temps, surtout quand cette terre est mauvaise. Il y a des pentes qui sont préoccupantes, de replis sur soi, de désirs d'autorité. Résister à ce monde qui se défait, où parfois de grands compromis républicains construits patiemment son sapé. Résistance à un monde qui se défait parce que les inégalités explosent, parce que la crise environnementale nous menace, et menace d'ailleurs plus précisément les plus vulnérables d'entre nous.

Donc oui, résister, c'est au fond, moi je m'inspire plutôt aussi de cet esprit de résistance qui a commandé la reconstruction de la France après la Seconde Guerre mondiale et qui a été le pilier, ce moment, j'allais dire, d'utopie concrète où nous avons construit la République telle que nous la connaissons depuis plusieurs décennies.

2:04
Intervenant

Alors, résister à gauche, dites-vous, écrivez-vous, vous dites vouloir tracer le chemin d'un réveil du peuple de gauche, celui du transfert des cendres de Jaurès au Panthéon en 1924, celui de 1936, celui des immenses manifestations à la Bastille le soir de mai 81. Mais 40 ans après l'élection de François Mitterrand, puisqu'on va fêter les 40 ans du 11 mai 81, la gauche n'a jamais été aussi faible, aussi perdue. Qu'est-ce que ça veut dire la gauche aujourd'hui ?

2:34
Boris Vallaud

Eh bien, d'abord, il faut dire qu'effectivement, nous sommes 40 ans après mai 81. Mai 81, ça intervient après 23 ans, durant lesquels la gauche, dans sa grande diversité, est dans l'opposition. Je vous rappelle que nous ne sommes pas dans cette situation-là. Rappelez-vous ce qu'avait été le score de Gaston Defer, qui était le candidat du Parti Socialiste au lendemain de la mort de Georges Pompidou.

2:57
Intervenant

Il était combien ?

2:59
Boris Vallaud

Il était autour de 5,5%.

3:01
Intervenant

C'est ce qu'a fait Benoît Hamon à la dernière présidentielle.

3:03
Boris Vallaud

Et donc, on est en train, depuis 4 ans, de travailler, de se reconstruire. Parce que, quelle est la permanence ? La permanence, c'est celle des inégalités. C'est celle de la pauvreté. Est-ce qu'on peut mesurer qu'au milieu de cette crise pandémique, il y a une urgence sociale, il y a un ultimatum social, il y a 10 millions de pauvres. Il y a des étudiants, que je suis allé rencontrer dans plusieurs villes de France, avec Hervé Solignac, à Dijon, à Montpellier, où nous sommes allés rencontrer des étudiants invisibles. Eh bien, il y a une jeunesse qui vient grossir les rangs des banques alimentaires. On a l'impression, quand on regarde cela, d'être devant les photos de la Grande Dépression.

Eh bien, cette urgence-là, elle commande ce réveil de la gauche. Et moi, je vois beaucoup de Françaises et de Français qui ne mettent pas forcément de mots sur leur colère, qui ne mettent pas forcément de mots sur ce qui les révolte, sur leur appétit de justice, d'égalité. Eh bien, à travers ce que j'écris, je leur dis, ces combats nous sont communs et nous pouvons nous retrouver.

4:00
Présentateur

Non, mais la gauche a gagné, Boris Vallaud, un certain nombre de batailles, la bataille des idées, notamment. Tout le monde est écologiste, si on prend, ne serait-ce que ça, de l'extrême gauche à l'extrême droite, avec des couleurs, des variations, des intensités propres à chaque famille politique, sur les classes moyennes auxquelles il faut redonner à nouveau une perspective, sur la restauration de la souveraineté industrielle de la France, défendue depuis si longtemps, par exemple, par Arnaud Montebourg. Donc, la bataille des idées a fini par s'imposer. Tous ces mots-là, on les connaît, on les entend. Eh bien, maintenant, c'est la bataille des actes.

Oui, enfin, il y a la bataille des urnes avant la bataille des actes.

4:38
Boris Vallaud

Il y a la bataille des urnes, mais la bataille des actes, c'est aussi dire que...

4:40
Présentateur

Arrêtons-nous juste un instant après les actes, après on ira aux actes. La bataille des urnes, pourquoi semble-t-elle aujourd'hui perdue d'avance ?

4:48
Boris Vallaud

Parce qu'on laisse assez peu l'espace, vous voyez, pour aller parler des idées, des propositions extrêmement concrètes. Je sais que vous ne manquerez pas de m'interroger sur les sondages réservés aux uns, réservés aux autres, la question de l'incarnation, des figures, alors derrière qui faut-il se ranger ? Que ferez-vous au second tour, c'est telle configuration-là ?

Moi, ce que je vous dis aujourd'hui, c'est que j'ai la conviction que nous pouvons tous vivre dans un monde meilleur, que cette pandémie, elle nous donne des leçons, elle nous donne des leçons qui nous obligent aujourd'hui et que je vois aussi émerger, en dépit d'une bataille culturelle ou d'une bataille des idées que la gauche aurait remportées, je vois beaucoup d'artisans intéressés à un retour à la normale, c'est-à-dire, finalement, ce n'est pas une place pour chacun, c'est chacun à sa place et on recommence comme avant. Sauf que ce qu'on a fait aperçoir dans cette crise, c'est qu'en réalité, même la pandémie, elle est plus dure pour les plus pauvres que pour les plus riches.

Nous avons applaudi à 20h les soignants, mais aussi les caissières, les éboueurs. Est-ce que vous trouvez normal, après cette pandémie, qu'on ne tire aucune conclusion du fait que le patron d'une grande enseigne de la grande distribution gagne 300 fois ce que gagne une caissière ? Est-ce qu'on ne peut pas vraiment se poser la question de comment on taxe les multinationales ? Alors que la France, par la voix de son ministre hier dans l'hémicycle, nous a expliqué qu'il y aurait une clause de revoyure pour qu'il n'y ait pas de transparence.

6:01
Présentateur

Vous êtes un parti politique, vous n'êtes pas un think tank.

6:04
Boris Vallaud

Pourquoi vous pensez qu'un parti, ça ne doit pas penser ? Non, mais il y a deux enjeux.

6:09
Présentateur

Un parti peut penser, mais il a la prétention à agir.

6:12
Boris Vallaud

Et précisément...

6:13
Présentateur

Donc, est-ce que vous êtes devenu un club de réflexion ? Ou est-ce que vous avez encore la prétention à agir ? C'est la question que je vous pose, elle n'est pas indigne.

6:20
Boris Vallaud

Vous savez, je ne dissocie pas la réflexion et l'action. Et je dirais même le rêve et l'action. Le rêve d'un monde plus juste, d'un monde meilleur. Quand j'évoquais la question des multinationales, vous croyez qu'on est resté contemplatifs depuis 4 ans ? Quand on propose avec un économiste qui souffle à l'oreille du président américain, Gabriel Zoukman, quand on fait une proposition de réforme de la taxation des multinationales, parce que, il n'y a pas que les GAFA qui ne payent pas leurs impôts, il y a toutes les multinationales qui ne payent pas ce qu'elles devraient. Et finalement, c'est quoi ? C'est les PME qui payent les impôts des multinationales.

C'est les classes moyennes qui payent les impôts des hyper riches. Quand on formule des propositions en disant, il n'est pas normal qu'il y ait une optimisation fiscale agressive que 100% des résultats des multinationales sont consolidés dans des paradis fiscaux qui manquent des dizaines de milliards d'euros aux Etats. C'est-à-dire à quoi ? A l'éducation, c'est-à-dire à l'hôpital, c'est-à-dire à nos services publics, aux allocations que l'on peut donner à ceux qui se noient dans cette crise. Est-ce que vous pensez qu'on n'est pas dans l'action ?

Est-ce que lorsque l'on pose la question du partage de la valeur ajoutée, mais ça n'est pas rien, est-ce qu'on peut augmenter les salaires aujourd'hui ? Je le crois. Parce que depuis 10 ans, depuis 2008, en réalité, l'essentiel de la valeur ajoutée, de l'augmentation de la masse salariale des salaires a bénéficié à quelques-uns. Et s'il y avait eu la même distribution entre les hauts et les bas revenus, eh bien 30% des salariés et moins bien rémunérés auraient leur salaire augmenté de 10%.

7:39
Intervenant

Vous dites qu'on est dans l'action, vous dites qu'on n'a pas été pendant 4 ans dans la contemplation, la gauche. Très bien, soit. Vous dites aussi, j'entends la colère qui monte. Pourquoi la colère, elle ne va pas chez vous ? Pourquoi elle va aujourd'hui chez Marine Le Pen ou ailleurs et pas à gauche ? Vous dites, vous allez me renvoyer les sondages. On ne va pas vous les citer parce qu'on les a déjà cités et les gens les connaissent. Les sondages, ça veut tout dire et rien dire. Mais c'est ça dit, c'est une photographie à un tenté, vous le savez, Boris Valleau.

Expliquez-moi pourquoi la gauche, tout ensemble, toute mouillée, pourquoi il n'y a pas un candidat à croire les sondages aujourd'hui, il n'y a pas un candidat de la gauche, soit OPS, soit Écologie, soit Anna Hidalgo, soit Yannick Jadot, qui passe la barre des 10% au premier tour. Et même quand vous êtes unis, vous êtes à peine à 25%. Pourquoi ?

8:23
Boris Vallaud

Parce que d'abord, c'est à l'instant T, vous avez raison, les élections présidentielles sont dans un an, et que nous devons parler moins de nous-mêmes et parler plus des Françaises et des Français. Et moi, c'est ce que j'essaie de faire avec ce livre.

Vous avez remarqué, c'est un livre politique qui parle peu de combinaisons politiques, qui parle des gens, qui parle de ceux que je reçois dans ma permanence, qui ont des vies dures, qui ont des vies parfois invivables et qui les supportent de façon extraordinairement courageuse, qui viennent taper à la porte parce qu'ils ont un problème de logement, parce qu'ils ont un problème de santé, parce qu'ils ont un problème d'emploi, parce qu'ils ont un problème de violence conjugale. Parfois, ils ont tout ça à la fois. Et le devoir de la gauche, c'est de se rappeler toujours pour qui elle se bat. Vous savez, il y a des hommes et des écrivains engagés.

Et je pense qu'il y a aussi des hommes et des femmes politiques engagés et d'autres qui le sont moins. Si je dis ça, c'est que je me réfère souvent à ce que dit Camus dans son discours, vous savez, de Suède, quand il reçoit son prix Nobel. Il s'interroge sur ce que sont les devoirs de l'écrivain engagé. Il dit que c'est d'être du côté de ceux qui subissent l'histoire et pas de ceux qui l'écrivent ou qui prétendent l'écrire. Et bien là, c'est pareil. Pour qui ? On se bat. Au fond, pour les plus vulnérables, pour plus de justice. Parce qu'en réalité, tout le monde gagne une société plus juste et plus égale. Parce que les gens se soignent mieux. Parce qu'ils reprennent des études.

Parce que l'horizon, ce n'est pas la fin de la journée ou la fin de la semaine. C'est la fin du mois. Et tout ça, est-ce qu'on le peut ? Oui. Je crois qu'il faut dire... Cet esprit de résistance, c'est le refus de la résignation. Et si on doit avoir, d'une certaine manière, un souvenir pour mai 81, c'est ça. C'est le refus de la résignation. C'est le refus de la fatalité. De reprendre en main les choses. De redonner à la politique de la puissance. Et on a donné le sentiment que la politique était impuissante. Je l'ai vécu dans mes fonctions, ce sentiment d'impuissance. Je le vis quand je suis au Parlement, en pleine nuit.

Et que je me demande si je vais réussir à faire passer un amendement qui fait franchement pas de mal à grand monde.

10:09
Présentateur

Boris Vallaud, sur la question des inégalités, vous êtes favorable à un revenu universel que vous appelez revenu d'émancipation. C'est important...

10:17
Boris Vallaud

C'est un revenu de base, si je dois préciser les choses. Parce que, vous savez, c'est comme la recette de la garbure. Il y a autant d'auteurs que de recettes.

10:23
Présentateur

Oui, oui. On voit le mécanisme. C'est dès 18 ans, en tout cas. C'était sous une autre forme et un autre nom, la grande idée de Benoît Hamon, lors de la dernière présidentielle. Comment le voyez-vous fonctionner ? Expliquez-nous ce revenu. Comment il pourrait marcher ? Comment financer l'émancipation ?

10:44
Boris Vallaud

Pour vous dire, c'est un débat que nous avons eu à l'Assemblée nationale. Nous l'avons eu en appelant le minimum jeunesse. Parce que, j'ai dit, il y a une jeunesse qui se noie. Et on nous répond, attention, la bouée que vous allez lui lancer va l'entraîner par le fond. On dit, non. On les voit aujourd'hui, ces jeunes qui n'arrivent pas à vivre, à s'insérer sur le marché du travail. Ce minimum jeunesse, c'était quoi ? C'était essentiellement l'ouverture du RSA à 18 ans et son versement automatique. Parce que vous le savez aussi, aujourd'hui, il y a 25 à 30% de gens qui ont droit au RSA, qui ne vont pas le demander, souvent faute de connaître leurs droits.

11:14
Intervenant

Le gouvernement a dit non.

11:16
Boris Vallaud

Il s'enfonce dans la grande pauvreté. Il a dit non considérant qu'au fond, tout était bien et que tout était bien fait. Moi, je trouve très bien l'idée d'un jeune, une solution. Bien sûr qu'il faut appuyer cela. Je suis très favorable à la garantie jeune. Nous l'avons créée et l'accompagnement fait par la garantie jeune est de grande qualité. Et c'est le modèle qu'il faut suivre. Mais quand vous dites qu'on va porter à 200 000 le nombre de garanties jeunes, alors qu'il n'y a plus d'un million de jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation, on se dit mais qu'advient-il de ces 800 000 jeunes ?

Quand vous avez des étudiants pour lesquels le système des bourses ne suffit pas, le repas à l'euro, c'est très bien. Je pense qu'il va falloir le prolonger longtemps. Il va falloir le prolonger longtemps, oui. Je suis aussi allé voir les étudiants fantômes à Montpellier. Je suis allé voir le Secours populaire qui a ouvert des banques alimentaires. Je suis allé à Dijon voir des syndicats étudiants, des associations étudiantes, venir en aide à leurs camarades qui ne mangent pas, qui ont été obligés de retourner chez leurs parents. Alors comment ça fonctionne ? C'est un versement automatique, inconditionnel, à 18 ans. À tous les jeunes. À tous les jeunes. En prenant en compte le foyer fiscal.

Donc il y a une condition de recense.

12:19
Intervenant

Les enfants riches ne reçoivent pas.

12:21
Boris Vallaud

Ils le reçoivent mais c'est pris en compte. On prend en compte le revenu des parents. Donc évidemment il y a de la justice. Et puis le financement. Poser la question du financement. Il y a un certain nombre de questions qui se posent. Par exemple, faut-il supprimer la taxe d'habitation pour les 20% d'en français les plus riches ? Qui vont en réalité capter 46% de la dépense fiscale. C'était une promesse de campagne d'Emmanuel Macron. Oui mais est-ce que c'est une promesse intelligente dans le moment que l'on vit ? Je ne le crois pas. Est-ce que la taxation des multinationales, pour plus de justice, ne rapporte pas de l'argent ? Je le crois. J'en ai fait la démonstration tout à l'heure.

Il y a la possibilité de financer tout cela dans la justice et dans la redistribution.

13:00
Intervenant

Il y a les questions d'injustice. Il y a les questions de fiscalité. Vous en parlez à l'instant. Il y a la question de la laïcité aussi. Est-ce que ce n'est pas là aussi où le bas blesse à gauche. Vous défendez l'universalisme républicain en citant notamment Aimé Césaire. Vous dites et réaffirmez votre attachement à la laïcité. Une des caractéristiques les plus essentielles de ce qu'est notre pays. Mais la gauche ne s'abîme-t-elle pas dans le piège identitaire ? Les polémiques sur les réunions mixtes de l'UNEF, la tentation de tout ramener à la race et aux origines. La gauche est-elle encore universelle quand elle parle ?

13:29
Boris Vallaud

Alors d'abord, dans le livre, ce que j'interroge à travers ce courrier d'Aimé Césaire à Maurice Thorez, quand il quitte le parti communiste, il met en dialogue les identités et l'universalisme. Et au fond, il dit que l'un doit dialoguer avec l'autre et qu'il n'y a pas d'un côté les procureurs de l'universalisme menteurs et de l'autre ceux qui condamnent les identités comme autant de tentatives séparatistes. Moi, c'est ce dialogue-là que je réclame. Il est difficile, il est ardu, mais il est nécessaire parce que l'universalisme, c'est penser au-delà de soi-même.

Mais l'identité, quand on se confronte à un certain nombre de valeurs, c'est les raccrocher aux coordonnées de sa propre vie, à son expérience. Ce n'est pas, j'allais dire, quelque chose d'enseigné ex cathédra. C'est la foi et la culture. La foi sans culture, ça ne marche pas. C'est l'éducation, c'est tout cela.

14:16
Intervenant

Est-ce que l'universalisme est là dans les réunions non mixtes ?

14:21
Boris Vallaud

Écoutez, dans les réunions non mixtes, vous savez que ce n'est pas moi la façon dont je considère les choses. Qu'il y ait des gens victimes de racisme qui se regroupent pour en parler, je trouve ça parfaitement normal et légitime. Mais je ne peux pas m'empêcher quand on dit une réunion interdite aux Blancs, ça veut dire qu'il pourrait y avoir des réunions interdites aux Noirs. Et je crois que le racisme, le combat contre le racisme, c'est l'affaire de tous. Le combat contre toutes les discriminations, toutes ces violences. Mais moi, je ne veux enfermer personne dans une entité et je ne veux, j'allais dire, refuser à personne d'être aussi ce qu'il est. Et c'est important.

Et ce dialogue-là, évidemment, il nécessite du débat. Et vous le savez, tous les débats sont expéditifs dans le monde que nous vivons. Ils sont expéditifs, ils sont caricaturaux, ils sont le fait de procès. Moi, je suis l'héritier de Jaurès et de Briand dans La Laïcité. Et j'ai relu, parce qu'on a beaucoup travaillé à l'Assemblée nationale, j'ai relu les débats d'une qualité incroyable de l'époque. Le travail qui avait été fait pendant près de deux ans dans la commission spéciale qui amenait la loi de 1905. Aujourd'hui, vous voyez bien, il faut prendre parti en cinq minutes sur tous les sujets et toujours sans nuance. Et au fond, des positions raisonnées sont toujours des positions faibles.

Je crois qu'il faut avoir le courage de la nuance, parfois.

15:36
Présentateur

On file au standard, nombreux auditeurs, je le disais. Commençons avec vous, Ali. Bonjour.

15:44
Auditeur

Oui, allô, bonjour. Alors, moi, je vais me présenter déjà. J'ai 58 ans, donc j'ai voté Mitterrand, j'ai voté Jospin, j'ai voté Hollande. Et alors, Hollande, on a eu le droit à mon ennemi, c'est la finance. Et ensuite, malheureusement, on a eu la loi travail. On a eu la décéance de nationalité. On a eu 49-3 avec Manuel Valls, sans arrêt, quoi. Et on a eu surtout l'émergence de Macron, quoi. Donc, pour moi, je ne sais pas comment...

16:11
Présentateur

Vous n'avez plus confiance, Ali ? Vous n'avez plus confiance, c'est ça ?

16:14
Auditeur

Moi, pour moi, le socialisme, en fait, pour moi, c'est un parti de centre-droit. Sur le papier, ils ont un bon programme. Mais une fois confrontés à la réalité, voilà ce que je viens de vous dire, ce que je viens de vous citer. Je voulais aussi ajouter que les socialistes ont perdu les travailleurs de... Voilà, les 100 dents, comme disait M. Hollande, ils ont tous viré à l'extrême droite. Voilà. Alors, je suis encore de la gauche, j'en doute. Mais je voulais ajouter que, pour moi, il n'y aura pas de fonds républicains, cette fois-ci. On n'a pas dit qu'ils disent que, non, en fait, à la fin, les gens vont réfléchir. Mais non. Cette fois, pour moi, il n'y aura pas de fonds républicains.

Advienne que moi. Mais le socialisme, moi, je n'y crois plus. On a trop été berné.

16:57
Présentateur

Merci Ali. Merci Ali. Énormément d'auditeurs sur ce thème. Parfois, au mot près, Ahmed est au standard également. Bonjour, bienvenue. Bonjour. On vous écoute.

17:10
Auditeur

Oui, bon, M. Vallaud, c'est hyper cocasse. Et même, c'est super énervant de vous entendre venir parler de résistance. Vous pensez quoi de la résistance des gens qui ont résisté en 2016 à votre première loi travail et à la mise en place du CICE, dont on sait maintenant que c'est une gabégie qui, attestée par plusieurs études, ne crée peu d'emplois. Voilà, donc, franchement, je ne sais pas, moi, je me demande, c'est un petit peu presque même honteux, je dirais. Et je finis, joyeux anniversaire, Nicolas Demorand. C'est gentil. Je suis né aussi un 5 mai, comme vous et Karl Marx.

17:44
Présentateur

Ben voilà. Oui, oui. Bon anniversaire à vous. Nous, au moins, on a la chance d'être vivants. Merci beaucoup, Ahmed, pour cette question. Boris Vallaud, répondez aux deux, en fait, où on entend à la fois l'absence de confiance et même de la colère et du dépit.

18:00
Boris Vallaud

Mais vous croyez que quand on a fait les résultats qu'on a fait aux élections présidentielles, on n'en tire aucune espèce de conclusion ? Vous savez, on nous a reproché d'une certaine manière l'inventaire que nous avons fait sur le quinquennat. Et évidemment qu'un certain nombre des sujets qui ont été évoqués, que ce soit la loi de travail, que ce soit la déchéance de nationalité, que ce soit le peu d'effet du CICE mesure aujourd'hui. Nous-mêmes, nous avons fait des propositions dans l'hémicycle pour revenir sur un certain nombre de ces mesures. Vous croyez qu'on ne l'entend pas ? Vous savez, c'est plus facile d'aller se planquer, de partir ailleurs, à la République en marche.

Moi, j'ai choisi de rentrer au Parti Socialiste, parce que j'y suis rentré quand tout le monde en partait. Pourquoi ? Parce que je crois à la permanence du socialisme dans l'histoire. Parce que je crois aussi que dans le dernier quinquennat, si on veut être juste, il y a eu le compte personnel de prévention de la pénibilité, parce qu'il y a six ans d'expérience d'espérance de vie entre un cadre et un ouvrier, et que ça, ça ne peut que révolter. Il y a eu le tiers payant généralisé, parce qu'il y a encore des gens qui ne se soignent pas, parce qu'il faut faire des avances. Parce que nous avons créé 60 000 postes dans l'éducation nationale pour réduire le décrochage scolaire.

Et parce que, voilà, le socialisme dans l'histoire, c'est aussi des conquêtes sociales. Mais moi, je l'entends, et ce que je dis, je le dis fort de tout ça, fort des leçons qu'il faut comment dire. Mais je sors du confessionnal du quinquennat, et je dis, ben non, l'aspiration à la justice, à l'égalité, ce n'est pas des nostalgies.

19:22
Intervenant

Mais aujourd'hui, le vent de l'histoire, est-ce qu'il est du côté du PS et du socialisme, ou du côté des écologistes ?

19:26
Boris Vallaud

Il est du côté de la justice, de la justice sociale, de la justice écologique, et les deux sont indissociables. Et les deux sont indissociables.

19:33
Intervenant

Question d'Alain, je pense que M. Macron est un désherbant, dit-il. Il a fait exploser la gauche, maintenant il explose la droite. Que pense-t-il de la façon de gérer la politique française d'Emmanuel Macron ? Et ça s'appuie avec ce qui s'est passé, le psychodrame en PACA, les accords, désaccords de Renaud Muselier, LR avec La République En Marche en PACA. Il a cassé la gauche, maintenant il déstabilise la droite. Qu'est-ce que vous en pensez ?

19:55
Boris Vallaud

Je crois que nous considérerons la période de la présidence d'Emmanuel Macron comme une expérience assez funeste, du point de vue des débats démocratiques, de la qualité de la vie politique. En effet, donner l'illusion que tout se vaut, qu'il n'y a plus gauche, plus droite, en général, vous savez, les idées qui ne sont ni de gauche ni de droite sont de droite, tout ça est embêtant. Quand on voit un certain nombre de grands compromis républicains qui sont, j'allais dire, percutés par les propositions d'Emmanuel Macron, parce que c'est une offre politique qui est sans histoire, sans mémoire.

Et quand je vois des gaullistes sociaux et des communistes, des socialistes, faire jonction pour dire non, le budget de la sécurité sociale, son autonomie, a une raison historique. Quand je vois même sur des sujets qui parfois quand même divisent la droite et la gauche, sur le statut de la fonction publique, se remémorer pourquoi nous avons un statut de la fonction publique. Qu'est-ce qui s'est passé dans l'histoire, dans la relation du pouvoir politique à son administration, depuis la Révolution française jusqu'à aujourd'hui ? Je me dis que, oui, il y a une gauche, il y a une droite.

Et pour revenir sur PACA, puisque c'est la question que vous posez, j'entends qu'Emmanuel Macron dynamiterait la droite. J'ai plutôt le sentiment qu'il la cimente. Il en est aujourd'hui le leader. Et il attend l'onction de Nicolas Sarkozy. Bon, ben voilà, on en est là.

21:08
Présentateur

Le Président de la République commémore aujourd'hui les bicentenaires de la mort de Napoléon. Discours à l'Institut de France, dépôt de gerbe au tombeau de Napoléon. Est-ce qu'il a raison de célébrer cet anniversaire ?

21:19
Boris Vallaud

Vous savez, ça c'est vraiment des débats dont la France se régale. Est-ce que, pour moi, Napoléon est une référence politique ? Non. C'est l'homme du 18 primaire, du coup d'État, de la mise à bas de la Révolution et de la République. C'est l'homme qui rétablit l'esclavage. C'est l'homme d'un certain nombre de guerres civiles. Je lisais dans un magazine cette citation que je ne connaissais pas de Chateaubriand qui dit « Après nous avoir imposé le despotisme de sa personne, Napoléon nous impose le despotisme de sa mémoire ». Bon, on en est toujours là. Alors évidemment, c'est un personnage qui a laissé des marques éminentes en France. C'est sûr, il est de l'histoire de France.

Et je lis toujours avec plaisir les bons livres de Tullard, de Thierry Lenz. Et même, j'ai beaucoup aimé les 100 jours de Dominique de Villepin. C'était vraiment une sorte d'épopée. La commémoration, ce n'est pas la célébration. Je l'entends. Mais je ne peux pas m'empêcher de penser que dans l'esprit du président de la République, on verra ce qu'est son discours, évidemment qu'il fera la part des choses, mais qu'il y a un peu de célébration, et je dirais même un peu d'auto-célébration, parce qu'on se cherche toujours des figures dans l'histoire. Les miennes, ce n'est pas celles-là.

22:28
Présentateur

Merci Boris Ballot d'avoir été à notre micro ce matin pour nous parler de cet esprit de résistance, votre livre qui paraît aux éditions Flammarion. Merci pour votre invitation. Merci beaucoup. Merci encore.