Dermatose : "Une vache qui développe des symptômes va guérir, mais elle va devenir un problème économique"
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Il est 6h20, 1 million de bovins en France vont être vaccinés contre la dermatose. La ministre de l'Agriculture, Annie Gennevard, se rend aujourd'hui en Haute-Garonne pour lancer cette campagne sanitaire. La vaccination est selon elle la seule façon de lutter contre cette maladie contagieuse. En 6 mois, plus de 100 foyers ont été détectés en France. Bonjour Pierre Fabin. Bonjour. Vous êtes vétérinaire urgentiste en Ile-de-France, chroniqueur pour ICI, le réseau local de Radio France. Et vous avez travaillé de nombreuses années auparavant à la campagne auprès d'agriculteurs. Des agriculteurs qui pensent qu'on aurait dû lancer cette campagne de vaccination bien plus tôt.
Ils reprochent à la ministre d'avoir perdu beaucoup trop de temps. Pourquoi ça n'arrive que maintenant ?
Parce que la France est un exportateur de bovins. Et que du coup, quand on vaccine, on perd le statut indemne par rapport à la maladie. Et ça bloque, et on l'a vu avec l'Italie notamment, ça bloque les exportations. Heureusement, on peut le faire maintenant vers l'Italie qui est notre plus gros importateur de bovins. Pour le coup, il y a une situation sanitaire très différente de la nôtre par rapport à tout ça. Mais c'est ça qui a retardé la mise en place générale de la vaccination.
Parce que la viande n'est plus comestible quand un animal est vacciné ?
Non, ce n'est pas qu'elle n'est plus comestible, c'est qu'on ne peut plus l'exporter. C'est surtout ça le problème. Et non, non, autour de la dermatose, toute la viande est comestible. À partir du moment où on attend les délais d'attente qui sont mis en place, qu'une vache est même attrapée, on peut la manger derrière, elle est comestible.
Alors cette maladie, pour le moment, on ne sait pas la soigner, mais on sait la prévenir avec ce vaccin. Est-ce qu'il est efficace à 100% ?
Quasiment à 100%, mais ça permet de faire un écran. En fait, ça évite que la maladie se propage, surtout.
Il ne développe pas la maladie et il ne peut pas non plus la transmettre.
Exactement, oui.
Et c'est annuel ou c'est définitif ?
C'est annuel. Donc il faudra le refaire tous les ans ? Il faudra le refaire, oui, exactement.
Et pourquoi est-ce qu'on ne vaccine pas toutes les bêtes d'un coup de façon préventive ? Justement pour cette raison d'exportation ?
Pour cette raison d'exportation et également parce qu'on n'a pas les doses pour l'instant. Et que ça prend du temps à mettre en place une vaccination de telle ampleur. Là, on a vacciné, on va approcher le million de bovins, on va vacciner un million de plus. On est en plein hiver. Les vétérinaires sont déjà très occupés avec d'autres maladies aussi qui existent, qui sont là. Et logistiquement, il faut que les doses arrivent. Là, par exemple, je discutais avec hier de vétérinaires du Sud-Ouest. Ceux qui sont les plus éloignés des foyers ne savent pas encore quand les doses vont arriver. Elles ne vont sûrement arriver que début janvier. Est-ce qu'il est fabriqué où, ce vaccin ?
Il est fabriqué à l'étranger, notamment. Je n'ai pas les pays exacts. Mais il n'est pas français ? Non, il n'est pas français. En fait, les zones prioritaires sont celles qui sont proches des foyers. Et après, on va faire ça de façon... On va vacciner autour et toujours de plus en plus loin. Mais déjà, aux endroits où il y a les foyers, on va avoir du mal à le faire rapidement.
Qui paye cette vaccination ?
L'État. Ce n'est pas l'éleveur ? L'éleveur ne dépose pas un centime. C'est l'État qui la prend en charge. Et heureusement, parce qu'économiquement, pour l'éleveur, ça serait très compliqué d'avoir tout ça. Et en plus, c'est déjà une maladie qui a potentiellement des impacts économiques. C'est pour ça qu'elle est si importante. Une vache qui développe des symptômes va coûter globalement... Elle va guérir, parce que c'est un des gros points. Il y a très peu de mortalité. Mais la vache va guérir, mais va devenir un problème économique pour l'éleveur. C'est-à-dire que l'éleveur, sur sa vache, va perdre globalement 300 euros, en moyenne.
À l'échelle d'un troupeau, c'est énorme, vu les salaires des éleveurs, notamment. Donc, ça, c'est vraiment un gros problème. C'est le gros problème de cette maladie.
D'accord. Ce n'est pas le taux de mortalité.
Non, le taux de mortalité est très faible. Il est en dessous de 10%.
En revanche, elle est très contagieuse.
En fait, il y a 50% des animaux d'un troupeau, à peu près. Parce que toutes les stades ne sont pas exactement les mêmes. Et c'est une maladie qui vient d'émerger en France. Donc, c'est aussi ça qui fait qu'on a toutes ces mesures, parce qu'on tente encore de l'éradiquer.
Le premier cas est apparu en France il y a 6 mois. Oui, il y a 6 mois, voilà.
Un peu moins de 6 mois, même. C'était au mois de juin. 6 mois, pardon. On est en décembre. Et donc, en fait, c'est une maladie très jeune. Et il y a beaucoup de choses à prendre en compte autour de cette maladie, même si elle existe déjà à l'étranger. Vous savez, le modèle français n'est pas le même que le modèle italien, n'est pas le même modèle que dans les Balkans, où elle a déjà émergé il y a plusieurs années.
Alors, pourquoi abattre l'animal malade, si vous dites qu'il y a de grandes chances qu'il guérisse ?
Parce que c'est un problème économique. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, quand un pays est atteint par la dermatose, on ne peut plus exporter les bovins. En France, on exporte...
On en revient toujours à cette question de l'exportation.
C'est vraiment un problème économique, cette maladie. Mais comme beaucoup d'autres maladies réglementées, la fièvre rafteuse n'avait pas des taux de maladie non plus, des taux de mortalité énormes. La FCO, qui est une maladie qu'on a encore toujours, n'a pas des gros taux de mortalité. Ce n'est pas le même modèle épidémiologique. C'est pour ça qu'on ne tue pas les animaux atteints de FCO, parce qu'elle se répand sur de grandes distances à cause de petits moustiques qui sont transportés sur plus de 50 kilomètres. Alors que pour la dermatose, c'est plus une maladie de proximité.
C'est pour ça qu'on essaie d'éteindre le foyer initial pour éviter la propagation, parce que ça diffuse moins rapidement.
Alors, on a vu des manifestations ces derniers jours d'agriculteurs. Il arrive même que des vétérinaires qui se rendent dans les exploitations pour procéder à l'abattage soient menacés. Il y a des gendarmes qui sont parfois obligés d'intervenir, de les escorter jusque dans la ferme. Aujourd'hui, une partie de la colère des éleveurs se retourne contre les vétérinaires, contre vos collègues ?
C'est dommage. Mais effectivement, c'est le cas parce qu'ils pensent qu'on est des collabos par rapport à tout ça, alors que nous, on fait ce qu'on nous demande de faire. Un vétérinaire ne peut pas refuser ? Il y en a qui ont refusé de le faire. Il y a des fabulations, il serait radié de l'ordre, ce genre de choses, qui ne va pas du tout être le cas parce que ça ne se fait pas aussi facilement. Mais oui, il y en a qui peuvent refuser de le faire. Moi, je comprends la mise en place parce qu'on peut encore éradiquer la maladie aujourd'hui, parce que c'est le premier hiver.
Et ce premier hiver, il est important parce que pendant l'hiver, les mouches qui vont piquer les vaches, il va y avoir une éteinte de la réplication des mouches à cause du froid. Et on a encore une chance de l'éradiquer. Si ça s'installe l'année prochaine, ça sera plus compliqué parce qu'il va falloir commencer à vivre avec. Et économiquement, ça peut être dur pour la France.
La ministre de l'Agriculture dit qu'elle a bon espoir que le virus soit endigué d'ici l'ouverture du Salon de l'Agriculture le 21 février. Ça vous semble réaliste ?
En espérant qu'il fasse froid, il faut qu'il fasse froid. Il faut qu'il fasse froid. Si on a des redouts tout l'hiver, ça va être très compliqué. Ça peut être très compliqué. La météo est vraiment un facteur important dans cette maladie.
C'est quoi les symptômes ?
C'est de la fièvre. C'est le premier symptôme des nodules qui apparaissent avec des croûtes par la suite et qui peuvent se surinfecter. C'est ça qui est problématique aussi pour les animaux. Ça peut durer dans le temps. Les symptômes peuvent durer plusieurs semaines. Et là où le problème va être, c'est la baisse de la production de lait et la baisse de la croissance des animaux qui font qu'on a un gros problème économique sur cette maladie.
Et dans les autres pays où cette maladie est apparue avant nous, est-ce qu'il y a des cas de transmission à l'homme ? Il y a déjà eu ça ou pas ?
Non, il n'y a pas de transmission à l'homme.
Je n'ai jamais eu. Et pourquoi cette épidémie apparaît cette année en France ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
C'est le réchauffement climatique qui fait que la maladie remonte. On va être de plus en plus exposé ces prochaines années. On a un changement de climat. On voit, les hivers sont de plus en plus doux. Et donc en fait, les mouches qui normalement sont vraiment détruites par le froid ont une période d'activité qui est plus grande. Et ça permet à ces maladies qui viennent d'un peu du Sud et de l'Afrique de remonter.
Merci Pierre Fabin, vétérinaire urgentiste en Ile-de-France. On vous retrouve chez nos confrères d'ici. Les conseils du véto, c'est tous les matins dans toutes les radios locales de Radio France.
Annie Genevard