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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 15 juillet 2023 20 min

Pesticides : "Nous sommes sur un point d'inflexion", estime le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Marc Fesneau

France Inter, Karine Bécart, le 6-9.

0:07
Présentateur

Bonjour Marc Fénaud.

0:08
Marc Fesneau

Bonjour.

0:08
Présentateur

Merci d'avoir accepté notre invitation. On a beaucoup de questions ce matin qui concernent votre ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire. Juste une question quand même pour commencer sur la soirée du 14 juillet qui s'est parfaitement bien passée. Est-ce que le calme de cette nuit dans le pays vous a surpris ? Est-ce que la page des émeutes vous semble désormais tourner ?

0:31
Marc Fesneau

En tout cas pour ce qui est de la page manifestement des violences auxquelles on a assisté il y a une dizaine de jours, le sentiment est que le calme est revenu. Alors ça ne veut pas dire que la page des émeutes se tourne puisqu'il s'est passé quelque chose et que le président de la République a indiqué très clairement qu'il souhaitait qu'on prenne quelques semaines pour essayer de mesurer ce qui s'était passé et de regarder ce qu'il fallait faire. On ne peut pas tourner la page simplement parce que ce qui a été visible aurait disparu. En tout cas on peut se féliciter et il faut féliciter les forces de l'ordre.

police et de gendarmerie de faire en sorte que le calme soit revenu et qu'au fond les français le 13 et le 14 ce sont des soirées qui sont des soirées festives auxquelles chacun a droit et que ces soirées festives puissent dérouler à Paris comme ailleurs dans de bonnes conditions, en tout cas dans la très grande majorité ou dit pas l'immense majorité des territoires, c'est une bonne nouvelle.

1:17
Présentateur

Alors passons à vos sujets Marc Fénaud, on a appris cette semaine dans un rapport publié par la Cour des Comptes Européennes que 60 à 70% des sols de l'Union Européenne sont en mauvaise santé. Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui en France pour améliorer la qualité de nos sols agricoles ?

1:33
Marc Fesneau

Alors la mauvaise santé qui est décrite par la Cour Européenne, la Cour des Comptes Européennes c'est une mauvaise santé qu'on connaît, c'est souvent le manque de matière organique.

1:43
Présentateur

Alors ça veut dire quoi d'abord ça ?

1:44
Marc Fesneau

La matière organique c'est des plantes qu'on réenfouit dans le sol et qui font qu'on perd en fertilité. On a une perte de fertilité dans les sols et c'est constaté dans beaucoup de pays du monde.

Et donc le travail qu'on a fait et qui est d'ailleurs dans la PAC, c'est un travail qui permet d'améliorer la rotation des cultures on fait plus de diversification de cultures, de laisser des couverts, ce qu'on appelle des couverts intermédiaires c'est-à-dire qu'on laisse des cultures entre deux cultures, ça permet d'éviter l'érosion des sols par ruissellement parfois et vous savez comme on a des épisodes climatiques qui sont de plus en plus violents et ça permet de maintenir de la matière organique et ça permet aussi de maintenir de l'azote par exemple dans les sols.

2:18
Présentateur

Mais vous ne faites pas suffisamment en fait, c'est ça ? Parce que si on a toujours 60 à 70% des sols...

2:22
Marc Fesneau

En fait ce qu'on constate c'est le temps long et le temps long nécessite que nous retrouvions ce type de pratique qui permettra d'améliorer la fertilité des sols et d'améliorer leur structure aussi. Et donc c'est là-dessus qu'on travaille mais la politique agricole commune telle qu'elle se déploie depuis le 1er janvier 2023 elle intègre cette dimension-là qui est une dimension de fertilité, de structure de sol et d'amélioration des sols. C'est un élément très important pour garder la productivité française et la productivité européenne tout court.

2:50
Présentateur

Alors justement si c'est très important, qui surveille tout ça en France ? La qualité de nos sols, est-ce qu'il existe un organisme indépendant qui s'occupe de ça en particulier ?

2:58
Marc Fesneau

D'abord chaque agriculteur, il ne faut pas se duper, chaque agriculteur regarde la qualité de ses sols parce que quand il constate une baisse de productivité, il fait des analyses de sol, il essaie de comprendre ce qui se passe.

3:08
Présentateur

Tous, tous sont préoccupés ?

3:09
Marc Fesneau

La plupart d'entre eux sont préoccupés parce que vous avez un impact direct sur votre production donc vous avez quand même intérêt à y faire attention. Donc ça serait un faux grief de faire affaire aux agriculteurs que de dire qu'ils ne s'occupent pas de ce sujet-là. Puis deuxième élément, après vous avez les organismes d'accompagnement, je pense en particulier aux chambres d'agriculture qui ont continué, essayé d'expliquer les phénomènes qu'on constate, y compris sous des règlements climatiques. Il y a encore complexifié des choses, même si ce n'est pas la cause première. Pour faire en sorte que chacun soit en vigilance sur cette qualité des sols.

3:36
Présentateur

Mais quand même, prenons un exemple très précis qui, je pense, va parler aux gens. Est-ce qu'il y a aujourd'hui en France toujours autant de nitrates dans nos sols agricoles ?

3:45
Marc Fesneau

On a plutôt réduit la trajectoire. Alors d'abord, les nitrates, on a besoin de fertilisants. Il n'y a pas d'agriculture. Oui, mais là, il y en a trop. Oui, mais quand vous regardez la trajectoire qu'on a tenue depuis des années, ce qui fait une différence par exemple parce qu'il s'est passé aux Pays-Bas. La directive nitrate chez nous, c'est une directive à la fois de réduction de l'utilisation des nitrates, mais c'est aussi une directive qui vise à faire en sorte que, par la couverture des sols par exemple, on maintienne l'azote dans le sol pour éviter d'avoir à en rajouter.

4:12
Présentateur

Mais donnez-nous un peu des chiffres. Ça a augmenté, ça a baissé de combien ? Depuis combien de temps ? Est-ce qu'on avance sur le sujet ?

4:17
Marc Fesneau

Ça a baissé d'une quinzaine de pourcents, autant que je me souvienne, sur cette question des nitrates.

4:22
Présentateur

C'est beaucoup ça ou pas ?

4:23
Marc Fesneau

C'est beaucoup quand on est sur... Il faut regarder d'où on part. Les trajectoires sont toujours des trajectoires. Quand on donne des chiffres, on attend toujours moins 90%. On a besoin d'azote dans les sols pour faire pousser les plantes. C'est le cycle naturel. Après, est-ce qu'on sait un apport extérieur ou sur les pratiques culturelles qu'on arrive à le faire ? Et donc, il y a une vigilance permanente. Après, on sait qu'il y a des zones où il y a un peu plus de tensions du fait de tel ou tel sujet et sur lesquelles il y a un effort particulier qui est fait. Et en même temps, il faut qu'on arrive à combiner cette trajectoire de réduction et la capacité de vos agriculteurs à produire.

4:52
Présentateur

Mais est-ce que les agriculteurs qui ne changent pas leur pratique, parce qu'il y en a quand même aussi, qui ne respectent pas les consignes pour tenter d'améliorer, puisqu'on parle de ça ce matin, la qualité de leur sol, est-ce qu'ils sont sanctionnés, ceux-là ? Est-ce que, par exemple, les subventions de la PAC, du coup, leur sont retirées ?

5:07
Marc Fesneau

Non, ce ne sont pas les subventions de la PAC. Après, quand vous êtes sur des objectifs de réduction de nitrate, la PAC n'a pas vocation à faire ça. La PAC a vocation à faire évoluer les pratiques. et elle a vocation aussi à tenir le système économique de l'agriculture. La PAC, il y a plusieurs piliers. Il y a un pilier principal, qui sont des aides de caractère économique, et puis après, une deuxième pilier, ce qu'on appelle, désormais dans la nouvelle PAC, les éco-régies.

5:28
Présentateur

Mais la PAC constate aussi, quand même, que les sols sont en mauvaise santé.

5:32
Marc Fesneau

Oui, mais c'est pour ça que je vous dis que, dans la PAC, la nouvelle PAC, elle a intégré cette donnée-là, avec la rotation des cultures et ce que je disais tout à l'heure. Donc, on a bien une trajectoire, y compris dans la PAC, qui est une trajectoire d'incitation par les subventions à l'évolution des pratiques et des modèles.

5:47
Présentateur

Mais donc, d'incitation à la subvention, ça veut dire que, normalement, on ne devrait pas toucher une subvention si on n'a pas bien respecté les règles ?

5:52
Marc Fesneau

On ne la touche pas. Dans l'éco-régime, si vous ne cochez pas un certain nombre de cages, si vous ne maintenez pas, parfois, les haies, si vous ne maintenez pas telle ou telle pratique, si vous ne faites pas une rotation des cultures, évidemment, vous ne cochez pas cette cage. casse, c'est plus d'un milliard cinq dans la PAC qui sont dédiés sur neuf, qui sont dédiés à ces éco-régimes. Si vous ne respectez pas les critères, vous n'accédez pas à ces éco-régimes.

6:12
Présentateur

D'accord. Alors, est-ce que, malgré tout, tout cela sera suffisant, Marc Fénaud, pour atteindre en France l'objectif qui a été fixé par l'Union européenne, de seul en bonne santé d'ici à 2050 ? C'est demain 2050 ?

6:22
Marc Fesneau

Alors, c'est demain, mais c'est quasiment quand même 25 ans, donc ça fait une génération. Ça va vite ? Non, mais je suis d'accord avec vous sur le fait que ça va vite. C'est difficile de jauger. Je me méfie dans la vie politique quand on donne des grandes intentions et qu'on dit le yaka faucon déclaratif et il suffit de le dire pour le faire. Mais il me semble que la trajectoire dans laquelle on se met, le changement de pratique, l'agroécologie, tout ça, ce sont des éléments qui vont permettre, me semble-t-il, de retrouver cette trajectoire-là et de retrouver une qualité des sols. Ce qu'on se dit là, l'usure des sols, c'est un phénomène qu'on rencontre dans l'ensemble des pays du monde.

Je discute avec mes collègues européens.

6:57
Présentateur

Mais donc ça veut dire qu'il faut agir ?

6:58
Marc Fesneau

Ça veut dire qu'il faut agir, mais retrouver la structure d'un sol, ceux qui ont travaillé par exemple en semi-direct, le travail simplifié du sol, ils vous disent que c'est 5 à 10 ans pour en trouver les résultats. C'est pour ça d'ailleurs qu'il ne faut pas les décourager de la trajectoire dans laquelle ils se mettent. Et donc on a besoin de se dire 2050 c'est prêt et en même temps ça donne le temps du changement de pratique et on ne peut pas attendre. On est sur du vivant. On ne peut pas attendre que le vivant réagisse en 12 ou 24 mois sur des choses qui se sont parfois dégradées en 20 ou 25 ans. il faudra un chemin qui est assez long évidemment.

7:29
Présentateur

Mais je suis surprise ce que vous dites. Voilà, on est sur la bonne trajectoire, on avance et pourtant la France vient de se faire condamner encore une fois par la justice, condamnée à réparer un préjudice écologique du fait de son utilisation massive de pesticides dans l'agriculture. C'est le tribunal administratif de Paris qui vient de la condamner. L'objectif qu'on s'était fixé de baisser de 50% en 10 ans l'utilisation de ces pesticides, visiblement, n'a pas été respecté. Alors les 10 ans c'était entre 2008 et 2018. Pourquoi ? Pourquoi on n'y arrive pas ?

7:55
Marc Fesneau

D'abord vous faites bien de dire qu'on est condamnés sur la période 2000-2018. Sans doute parce qu'on a pris les choses un peu à l'envers. Tout ça est issu du Grenelle de l'environnement qui avait donné un objectif de réduction des pesticides. De 50% c'était trop ? C'était trop et trop rapide ? La question n'est pas de savoir si c'est trop ou pas assez, la question c'est de savoir si c'est crédible. Pour que ce soit créé, il faut quoi ? Il faut chercher les techniques alternatives pour sortir des pesticides. Parce que l'interdiction ça ne donne pas de solution. Produire une interdiction, je le dirai par un exemple ensuite ou deux, ça n'a jamais donné de solution.

Donc on a besoin dès lors qu'on se donne une trajectoire, de se donner une trajectoire d'alternative. Et donc une trajectoire de recherche. Et je suis frappé de voir à quel point sur ces périodes-là en particulier, on ne s'est pas mis en trajectoire d'essayer de mettre des moyens massifs sur la recherche. Parce que ça ne se trouve pas tout seul une solution. C'est parfois une solution chimique, c'est parfois une solution combinatoire, chimique et pratique. Et parfois c'est ce qu'on appelle des outils de biocontrôle, c'est-à-dire qu'on fait appel à d'autres...

8:48
Présentateur

On cherche encore des solutions chimiques, oui.

8:51
Marc Fesneau

Elles sont nécessaires. Elles sont nécessaires dans un certain nombre de cas. La FAO dit, c'est pas moi qui le dis, la FAO dit que...

8:58
Présentateur

La Fondation pour...

8:59
Marc Fesneau

Le Fonds pour l'agriculture...

9:01
Présentateur

Et l'alimentation.

9:02
Marc Fesneau

Et l'alimentation au niveau mondial, dit que 40% des cultures chaque année disparaissent du fait des ravageurs ou des maladies. Donc on a des ravageurs et des maladies. Donc il faut qu'on trouve des techniques alternatives. Et il y a des pays qui sont beaucoup plus impactés avec nous, je pense en particulier à l'Afrique. Mais parfois, en une seule maladie ou en un seul ravageur, vous perdez l'intégralité de vos récoltes. Parfois, c'est des outils chimiques. Parfois, encore qu'il faille en vérifier l'inocuité, on est capable de le faire. Parfois, c'est d'autres techniques.

Et donc, pour revenir à votre question, sur cette période-là, effectivement, on ne s'est pas donné les moyens de le faire. Sur la période qui s'est ouverte depuis le premier quinquennat du président Macron, qu'est-ce qui s'est passé ? On s'est inscrit dans une trajectoire. On n'avait jamais réduit, depuis le Grenelle de l'environnement, l'utilisation des pesticides. Entre 2022 et 2017, c'est moins 20% d'utilisation des pesticides, en quantité. Si je prends un autre exemple, je prends l'exemple du glyphosate. Sur le glyphosate, en moins de 3 ans, c'est moins 30% d'utilisation.

Alors, par rapport à la pente qui avait été évoquée, j'entends qu'on puisse dire qu'il faille accélérer, mais je constate, ceci étant, qu'entre 2008 et 2018, la trajectoire avait augmenté. Et que nous sommes sur un point d'inflexion. Simplement, il faut qu'on puisse dire aux agriculteurs quels sont les moyens qu'on met sur la recherche et quelles recherches on pratique.

10:15
Présentateur

Alors, vous dites, on est sur un point d'inflexion.

10:18
Marc Fesneau

C'est plus qu'un point d'inflexion, moins 20% d'ailleurs.

10:20
Présentateur

Oui, mais en 2021, par exemple, 43 000 tonnes encore de pesticides ont été vendues en France. La France reste le deuxième pays européen à en utiliser le plus, juste derrière l'Espagne. On est quand même manifestement encore très haut dans les classements.

10:32
Marc Fesneau

Mais si c'est pour dire qu'on a une trajectoire...

10:34
Présentateur

C'est dans les plus grands utilisateurs de pesticides.

10:35
Marc Fesneau

Oui, mais la France est la première puissance agricole européenne. Donc, il faudrait corréler au nombre d'hectares qui sont cultivés et à ce qu'on produit. Enfin, je veux dire, il faut comparer d'un pays à l'autre. C'est comme si on comparait ce que vous n'avez pas fait. C'est comme si on comparait la Belgique à la France en termes de surface agricole. On n'a pas les mêmes surfaces agricoles. On a une surface agricole qui est très importante en France. Donc, ce n'est pas illogique. Mais qu'on soit sur la trajectoire...

10:54
Présentateur

Est-ce que vous reconnaissez quand même qu'on en utilise beaucoup et probablement trop encore ?

10:58
Marc Fesneau

Je dis tout à fait volontiers, c'est ce sur quoi on va engager les agriculteurs, qu'il faut qu'on trouve une trajectoire de réduction qui soit conforme aux objectifs qu'on s'est donnés. Mais je vais vous donner un exemple ou deux exemples. Le premier exemple, c'est sur la cerise. Nous vivons une crise dramatique cette année sur la cerise. Et je pense, en y parlant, aux producteurs qui sont concernés, on a interdit de molécules. À juste titre. Simplement, comme concomitamment, on n'a pas engagé la recherche suffisamment et les moyens suffisamment, résultat des causes dans certains secteurs, c'est 50 à 100% de la production qui est perdue.

Si je n'ai pas de solution alternative, à la fin, c'est la production de cerises qui va disparaître. Et qu'est-ce qu'on aura gagné ? Parce qu'on risque de consommer, de continuer à avoir envie de consommer des cerises. Ce qui va se passer, c'est qu'on importera des cerises qui viendront de pays tiers, extérieurs à l'Union Européenne, qui, eux, continueront à utiliser ces produits. Qu'est-ce qu'on aura gagné ? Rien. Et donc, on a besoin... Et je ne dis pas ça pour justifier la poursuite de l'utilisation de ces produits-là.

Je dis juste qu'il faut qu'on trouve une trajectoire qui soit crédible, parce que sinon, il y a un sentiment de désespérance qui naît dans le monde à l'école, c'est que vous ne nous donnez pas les moyens de produire. Et ça, c'est la recherche et l'innovation qui permettra de le faire. Et puis, deuxième élément, on s'est mis en trajectoire. Pardon, je suis un peu long, mais c'est un sujet important.

À la demande du Président de la République et de la Première Ministre, c'est de regarder l'ensemble des molécules qui existent aujourd'hui, de regarder celles dont on peut penser qu'elles sortiraient un jour de l'utilisation, et de se mettre tout de suite en mouvement sur l'ensemble de ces molécules pour regarder quels sont les effets combinatoires, quels sont les risques d'impasse, et là où il y a des impasses, de faire de la recherche et de l'innovation. Sinon, on n'y arrivera pas. Sinon, on n'y arrivera pas.

12:22
Présentateur

Mais quand je vous écoute, Marc Fénaud, j'ai quand même l'impression que la France n'a toujours pas décidé de changer son modèle de production. Est-ce qu'on peut dire les choses comme ça, ce matin ?

12:30
Marc Fesneau

Mais je ne sais pas de le dire comme ça, je ne sais pas ce que veut dire changer le modèle de production. Si le modèle de production...

12:34
Présentateur

Ça veut dire moins intensif ?

12:36
Marc Fesneau

Ça veut dire moins de pesticides ? Si le modèle de production, c'est de réduire de 50% la production française, ça n'est pas un modèle de production. Ça s'appelle un modèle décroissant. On est capable aujourd'hui sur un certain...

12:45
Présentateur

Donc il faut garder les mêmes rendements ?

12:47
Marc Fesneau

C'est quand même mieux pour assurer sa souveraineté. Et sa souveraineté, ce n'est pas seulement sa souveraineté de production. Je prends le cas de la cerise. Si je n'ai pas moyen de produire de cerise, je n'ai pas de moyen de produire de cerise.

12:56
Présentateur

Mais si je veux garder les mêmes rendements, il faut forcément que je mette des pesticides dans mon sol ?

12:59
Marc Fesneau

Non, pas forcément, parce qu'on a des techniques alternatives qui permettent de démontrer qu'on le fait. Mais il faut le faire... Pour être crédible, il faut se donner un pas de temps qui soit crédible, c'est-à-dire ni trop loin, ni trop près. Et après, chercher les mêmes méthodes alternatives. Mais il y a 7 milliards d'hommes et de femmes à nourrir. Il y a notre souveraineté assurée, il y a la souveraineté du continent européen, et puis il y a la souveraineté aux frontières. Parce que je ne vois pas l'intérêt que nous ne soyons pas en capacité de nourrir, y compris ceux qui, de l'autre côté de la Méditerranée, ne peuvent pas, pour des raisons climatiques, de sol et autre, se nourrir.

Et donc la souveraineté, on ne peut pas en rabattre sur la question de la souveraineté, mais je pense, et on voit bien dans un certain nombre de travaux que mêlent l'INRAE ou les instituts techniques des filières, qu'il y a des techniques qui permettent de le faire. L'agroécologie est une technique qui permet de maintenir son niveau de productivité et en même temps de se mettre sur une trajectoire de réduction de pesticides. J'ai dit 20% globalement sur les pesticides et sur les plus dangereux, on l'a diminué de 95%. Il n'y a pas un pays dans le monde qui a fait ça.

Et donc, je ne dis pas que c'est parfait, je dis juste que nous, nous sommes engagés sur la trajectoire et quand je dis nous, c'est les agriculteurs qui s'y sont mis.

13:55
Présentateur

Mais dans le même temps, Marc Fénaud, on a un tiers des oiseaux des champs qui ont disparu en seulement 30 ans.

14:00
Marc Fesneau

Oui, alors c'est en partie...

14:02
Présentateur

Ça, c'est une étude publiée en l'année dernière.

14:03
Marc Fesneau

Oui, mais vous ne me voyez jamais remettre en cause l'effet scientifique. Donc, je ne m'amuse pas à ça.

14:07
Présentateur

Donc, il y a un problème.

14:09
Marc Fesneau

Oui, mais il y a un problème qui est lié parfois à l'utilisation des pesticides, parfois aux structures agricoles, parfois les infrastructures, les autres infrastructures, ne sont pas que des infrastructures de nature agricole. Parfois, je vois que, par exemple, sur l'entretien des... Ce qu'on demande aux agriculteurs n'est pas toujours appliqué dans d'autres parties du territoire par des grands opérateurs. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc, il faut que chacun fasse sa part de l'effort. Et la question des oiseaux, c'est une question de la biodiversité oiseaux, puisque c'est celle-là dont vous me parlez. C'est une question suffisamment importante pour s'y mettre.

C'est pour ça, d'ailleurs, que j'annoncerai dans les prochaines semaines un plan sur la haie. Parce que la haie, elle a beaucoup de vertus. Maintenir la biodiversité, garder la structure des sols, ça revient à votre question. Stocker du carbone.

14:51
Présentateur

Mais ça ne va pas régler tous les problèmes, malgré tout.

14:53
Marc Fesneau

Non, mais je n'ai jamais dit que ça va régler tous les problèmes. Mais ça fait partie de la panoplie des solutions qui permettront de régler les problèmes.

15:00
Présentateur

Alors, au Parlement européen, pour la restauration de la nature, le texte qui a été adopté cette semaine d'une très courte tête, ce texte, en tout cas, a écarté la restauration des écosystèmes agricoles, ce qui a pu beaucoup surprendre. Comment est-ce que c'est possible ? Est-ce que les lobbies agricoles sont devenues trop puissantes, Marc Lino ?

15:21
Marc Fesneau

Il n'y a pas de lobby agricole. En fait, ce qui est fascinant avec l'affaire des lobbies, c'est souvent ceux avec lesquels on n'est pas d'accord. Qu'est-ce qui se passe ? Il n'y a pas de lobby agricole ? Attendez, mais il y a des gens qui, dans le monde agricole, défendent l'agriculture, et c'est bien normal. Et défendent les agriculteurs. Parce que si le sujet, c'est de faire disparaître les agriculteurs, on voit bien ce qui se passe aux Pays-Bas. C'est une forme de décapitalisation du cheptel et de disparition du monde agricole. Résultat, qu'est-ce que vous avez ? Des gens qui ne veulent plus entendre parler de transition écologique. Or, on a besoin de transition écologique.

Donc, la question sur restauration de la nature, ce n'est pas de mettre à l'écart les milieux agricoles. Je rappelle que nous avons des centaines de milliers d'hectares en France qui sont couverts par ce qu'on appelle nature à 2000, qui invitent à faire évoluer les pratiques et qui permettent de le faire. Et donc, l'idée n'est pas de mettre à l'abri ou à l'écart le monde agricole. Simplement, ça ne peut pas être une mise sous cloche. Parce que si restauration de la nature, ça correspond à un retour à l'état de nature, c'est-à-dire pas 50 ans en arrière, mais 1000 ans en arrière, on va avoir un problème de production. Et donc, il faut qu'on trouve un point d'équilibre.

16:16
Présentateur

C'est normal qu'on vous ait retiré de ce texte ?

16:19
Marc Fesneau

Non, mais on n'est pas complètement exclu de ce texte. On a simplement dit dans Restauration de la nature que sur les questions agricoles, c'était un point particulier puisqu'il y a des fonctions de production. C'est d'ailleurs valable aussi pour la forêt. On a une forêt qui dépérit, on a besoin qu'elle continue à produire et pour produire, il faut qu'elle stocke.

16:32
Présentateur

Un petit mot sur le manque d'eau et quels sont les départements aujourd'hui qui font l'objet de toute votre attention ?

16:42
Marc Fesneau

Alors, il y a deux zones qui font l'objet de toute notre attention. C'est la vallée du Rhône parce qu'il a manqué d'eau et puis le Languedoc-Roussillon, vous savez ce qui se passe dans les Pyrénées-Orientales, dans l'Aude en particulier. On a une situation qui s'est stabilisée. La grande inquiétude avait été que les nappes ne se sont pas rechargées en automne et en hiver. Dans notre malheur, si je peux dire, il n'a plu au printemps. Il y a même plus de 10% de précipitation sur l'ensemble du territoire hexagonal.

Donc ça, c'est plutôt une bonne nouvelle parce que ça a évité deux choses qu'on vienne prélever dans la nappe pour les besoins agricoles, ce qui est bien normal, mais on n'a pas eu besoin de le faire puisque les plantes étaient naturellement alimentées. Puis deuxième élément, on a tout ça sous les yeux. On n'a pas eu des températures extrêmes. On a plutôt des températures qui sont assez normales pour un été, au fond. Et donc tout ça évite l'évapos de transpiration. Et donc, comme l'a très bien dit Christophe Béchut, on était à 65% des nappes qui étaient en situation plus faibles que la normale. On est à 68%.

Donc on a un élément de stabilisation et on sait que déjà quand on a passé le 14 ou le 15 juillet...

17:40
Présentateur

Donc vous n'avez pas des départements ?

17:42
Marc Fesneau

L'eau des Pyrénées-Orientales, la vallée du Rhône, le couloir rhodanien, la Drôme, l'Ardèche, etc.

17:47
Présentateur

Et qu'est-ce que vous faites pour ces départements-là ?

17:48
Marc Fesneau

Mais c'est des mesures classiques qui marchent bien, qui sont des mesures graduées de restrictions selon l'état des choses.

17:55
Présentateur

Alors ça, c'est des solutions ponctuelles

17:57
Marc Fesneau

à long terme. Vous me posez une question sur le court terme. Alors je vous réponds sur le court terme.

18:02
Présentateur

Et le long terme, alors ?

18:03
Marc Fesneau

Et sur le long terme, il faut qu'on fasse évoluer les pratiques, qu'on regarde... L'agroécologie est un moyen aussi pour mieux stocker dans les sols, qu'on regarde, qu'on mette en adéquation ce que risque d'être le climat et ce que disent les climatologues, ce que dit l'INRAE, pour faire en sorte que ça soit en adéquation avec ce qu'on peut faire. On couvre le risque par un système assurantiel qui est plus puissant.

Donc il y a toute une série de choses qu'on fait, mais ça, reconnaissons par exemple quand on est sur l'arboriculture, que faire évoluer, changer les variétés d'arbres qui soient plus résistantes à l'eau, ça ne se fait pas d'un coup de baguette magique, mais il faut s'y mettre aussi. Et puis ça nécessite aussi qu'on réfléchisse à où est-ce qu'on a besoin de stockage d'eau pour maintenir le capital des agriculteurs.

18:41
Présentateur

Une toute dernière question, elle est importante, sur le bordelais. Le vignoble, cette année, est envahi par un champignon qu'on appelle le mildiou. 90% du vignoble est touché. Les assurances ont déjà dit qu'elles ne prendraient pas en charge cette maladie des vignes. Est-ce qu'il y a une aide de l'État, exceptionnellement, cette année, qui sera mise en place pour les centaines, pour les milliers de vignerons bordelais

19:00
Marc Fesneau

qui sont touchés ? Vous voyez un cas typique d'une maladie qu'on n'arrive pas à contrôler du fait d'ailleurs de températures moyennes et beaucoup d'eau. Le rôle des assurances, il y a quand même un certain nombre de contrats dans lesquels il est prévu le mildiou. Donc, vous allez mettre la pression ? Donc, on va discuter avec les assurances. Et par ailleurs, on n'a jamais été, je rappelle, un milliard d'euros sur la grêle. On met 200 millions sur la distillation cette année.

19:20
Présentateur

Et là, il y aura une enveloppe ou pas ?

19:21
Marc Fesneau

Il me semble que chacun doit jouer son rôle. Ce n'est pas encore décidé. Je me rendrai prochainement dans le bordelais pour regarder l'état de la situation et faire en sorte qu'on trouve des solutions. On a toujours été au rendez-vous. Donc, on fait en sorte d'être au rendez-vous des crises qui sont malheureusement nombreuses en agriculture.

19:33
Présentateur

Merci beaucoup, Marc Fénaud. Je vous souhaite une bonne journée.

19:35
Marc Fesneau

Bonne journée.

Pesticides : "Nous sommes sur un point d'inflexion", estime le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau — Marc Fesneau · Pourquijevote