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interviewBFMTV· 17 juillet 2024 12 min

Présidence de l'Assemblée nationale: l'interview de Bruno Retailleau, président de LR au Sénat

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonsoir Bruno Retailleau, merci beaucoup de nous avoir rejoint, sénateur de Vendée, président du groupe Les Républicains au Sénat. Pour rebondir sur ce que nous dit Amandine, on a demandé aux Français quel gouvernement pour la France. Aucun des scénarios ne fait consensus, mais il y a quand même une idée qui séduit plus que les autres, c'est celle d'une coalition large. La gauche, hors LFI, ensemble et LR. C'est ce qui rassemble le plus. Est-ce que vous, vous seriez prêt à travailler avec certains à gauche, avec certains socialistes ?

0:32
Bruno Retailleau

On a déjà indiqué ce que nous pensions de cette grande coalition, qui serait finalement le grand en même temps. Le en même temps, je considère que ce n'est pas la solution, c'est plutôt le problème. Pourquoi je le dis ? Ce n'est pas parce que nous ne voulons pas travailler avec tel ou tel, mais quand on parle de social-démocratie en France, de quoi parle-t-on ? On parle, et bien entendu je ne parle même pas de LFI, de l'extrême gauche. Oui, bien sûr. Mais on parle de partis socialistes, écologistes, communistes, qui ont signé et qui ont acté un pacte qui est sans doute un des plus archaïques avec le programme commun.

Par exemple, sur l'islamisme, il faudrait abolir le texte séparatisme, qui était déjà un texte timide. Il faudrait abolir, vis-à-vis notamment du terrorisme, le texte sur la sécurité globale. Il faudrait plus d'immigration, puisqu'on crée un statut de réfugié climatique. On donne le droit de vote aux étrangers, etc. Donc une grande coalition, ça sert à quoi si on ne pense pas à la même chose ?

1:36
Présentateur

Mais si vous n'allez pas vers la gauche ensemble et les Républicains, ça ne fait pas de majorité absolue ?

1:41
Bruno Retailleau

Nous avons proposé, nous avons proposé, alors j'entends ce qui est normal, ensemble, il n'y a pas seulement Laurent Wauquiez, il y a deux groupes. On pèse 133 plus 45 députés, 133 sénateurs. On est finalement, en termes de parlementaire, le premier groupe. Et le travail sur le pacte législatif, c'est un travail qu'on a commencé, Laurent Wauquiez et moi, jeudi dernier. Les députés se sont réunis et je réunis mes sénateurs demain matin. C'est une coproduction totale, complète. D'ailleurs, pas mal de ces propositions de loi ont été forgées au Sénat. Donc d'autres idées, parce qu'on ne veut pas le blocage de la France, c'est une main tendue.

On dit qu'on ne va pas participer à un gouvernement, participer à une coalition qui s'étendrait de la droite jusqu'à la gauche, au centre, parce que ça ne marche pas. Par contre, on met sur la table des projets pour faire avancer la France. On ne veut pas que la France soit bloquée.

2:39
Présentateur

Vous avez 25 mesures ?

2:41
Bruno Retailleau

Non, ce pacte, on va en faire la synthèse, on le présentera en début de semaine prochaine. Les choses vont un peu vite, c'est normal. Mais ce sera un pacte travaillé sur un certain nombre de priorités en entendant le message des Français. Parce qu'il y a eu un deuxième tour, mais il y a eu un premier tour. Les Français, au second tour, ils ont éliminé. Mais au premier tour, ils ont choisi. Ils ont fait un acte positif. Ils veulent des frontières, moins d'immigration, plus de sécurité, que le travail paye, moins d'assistanat. Eh bien, nous répondrons à ce que souhaitent les Français et sur des textes qui pourraient, je pense, avoir un très large assentiment dans le pays.

3:20
Présentateur

Je vous propose d'écouter Marine Le Pen. Elle a été l'invité de BFM TV ce matin.

3:24
Invité

– Aucun des groupes ou des partis politiques qui sont actuellement dans une forme de majorité diffuse ne porte les idées du Rassemblement national. Aucun n'a le courage ni n'a l'envie de régler les problèmes qui sont ceux des Français. – C'est les Républicains qui parlent comme vous, disiez-vous, il y a quelques instants. – Oui, sur un certain nombre de sujets, c'est vrai, mais moi je l'admets. Sur un certain nombre de sujets, ils parlent comme nous. – Oui, ils devraient passer le même cap qu'Éric Ciotti, si je comprends, ou si j'analyse le sourire que vous avez en coin, je décris pour ceux qui vous écris sur RMC. – Mais ils ont passé un accord avec la Macronie dès le premier tour.

4:04
Présentateur

– Les Républicains parlent comme nous sur certains sujets. Vous lui répondez quoi, Marine Le Pen ?

4:10
Bruno Retailleau

– Je ne vois pas très bien parce que le propre de ce parti, ce n'est pas seulement d'être un parti attrape-tout, mais c'est d'être un parti girouette. Sur tous les sujets, sur chaque sujet, ils se sont contredits. Ils ont changé d'avis. Moi, j'ai été un des rédacteurs du texte sur l'immigration, qu'ils ont fini par voter. Mais au Sénat, les sénateurs Rassemblement National avaient voté contre. En commission mixte paritaire, vous savez où il y a 7 députés, 7 sénateurs. J'en faisais partie. J'avais en face de moi un député Rassemblement National qui s'opposait à nos mesures. Et ensuite, ils ont voté sur le nucléaire. Même chose sur la sécurité nucléaire.

C'est fondamental pour le pouvoir d'achat des Français, pour la compétitivité de nos entreprises, de relancer la filière. Il y avait un texte sur la sécurité. En un mois, 4 votes différents. 4 votes différents. Donc, c'est, je crois, outre ce qu'on n'a pas suffisamment dit, le fameux Front républicain. Ce qui les a desservis, c'est que finalement, les Français ont considéré qu'il y avait beaucoup d'à peu près. Et qu'on ne peut pas confier le gouvernement de la France à des gens qui ne sont pas prêts. Et je pense que ces changements de pieds expliquent pour partie la contre-performance du second tour.

5:23
Présentateur

Guillaume Tabard.

5:23
Invité

On voit bien qu'aujourd'hui, le Rassemblement National n'a pas la possibilité de gouverner. En revanche, la question se pose de savoir qui, du nouveau Front populaire ou d'une majorité alternative, pourrait assurer la conduite des affaires du pays au gouvernement ou en soutien au gouvernement. Chronologiquement, il y a deux étapes. Il y a demain l'élection du président de l'Assemblée. Et ensuite, il y aura la recherche d'une majorité pour soutenir un gouvernement.

On voit bien, quand on fait l'arithmétique, que le seul moyen d'empêcher qu'André Chassaigne, puisqu'il a été désigné par la gauche, soit élu président de l'Assemblée nationale, c'est que toutes les voix de l'ancienne majorité et des députés républicains s'additionnent pour élire un candidat.

Est-ce que vous, vous êtes prêts à faire en sorte qu'au troisième tour, éventuellement, une fois que chaque partie, chaque formation sera comptée, l'ancienne majorité et la droite se mettent d'accord pour soutenir un candidat commun, qu'il soit issu des Républicains, si c'est Annie Gennevard qui fait un bon score, ou Yael Brown-Pivet, si au premier tour ou au second tour, elle fait davantage de voix qu'Annie Gennevard ?

6:27
Bruno Retailleau

Il y a deux choses très très différentes que je vais expliquer. Autant nous ne sommes pas pour la participation dans un gouvernement, dans cette grande coalition dont nous parlions il y a quelques instants, l'organisation de l'Assemblée nationale, c'est différent. Alors moi, je suis sénateur, donc je fais très attention, évidemment, à ce que je dis. Mais moi, je pense que la France n'a jamais été autant à droite. Tout le monde le reconnaît. Ce serait quand même paradoxal que demain, le président au perchoir soit un président issu du nouveau front populaire. C'est une évidence. Et j'espère qu'il y aura une répartition équitable, proportionnelle, en tout cas des postes, bien sûr.

Mais sur la présidence même ? Mais sur la présidence, en tout cas, je pense que ça ne me choquerait pas du tout si, bien entendu, on faisait obstacle au front populaire, pour les raisons d'ailleurs que j'ai dites. Ils ont quand même co-signé avec LFI un programme qui est un programme stupéfiant.

7:20
Invité

Et quelle va être la règle pour vous ? C'est que de tous les candidats alternatifs à la gauche, c'est celui qui sera le mieux placé au premier ou au second tour, qui devra porter les couleurs de tout le monde au troisième ? Non, très franchement.

7:30
Bruno Retailleau

Alors là, vous entrez dans un calcul. Moi, je ne veux pas y rentrer. Encore une fois, je suis sénateur. Donc très franchement, je n'assiste pas aux tractations. Je n'assiste pas. D'ailleurs, je ne pense pas qu'il y ait de tractations. Mais pour avoir présidé un département, pour avoir président une région, on voit bien que quand il s'agit d'installer une assemblée, ce qui est important, c'est qu'il y a un équilibre démocratique entre nous. Ceux, et notamment à nouveau la gauche, qui veulent exclure, par exemple, les plus de 11 millions de voix, en privant, par exemple, l'RN d'une représentation à l'Assemblée nationale, ce n'est pas admissible. Donc vous pensez que le Rassemblement national

8:12
Présentateur

doit avoir accès à des postes à responsabilité à l'Assemblée ?

8:17
Bruno Retailleau

Mais bien sûr. Mais bien sûr. C'est un problème de démocratie. Il n'y a pas des électeurs de seconde zone. Il n'y a pas des députés de seconde zone. Voilà. Les insoumis aussi. Alors, mais quand on est dans ce cadre-là, évidemment, et Dieu sait si, je ne les porte pas dans mon cœur. Bien sûr. Mais quand il s'agit d'une assemblée, de sa représentativité, en plus, il y a un règlement. Il y a un règlement qui est la loi de l'Assemblée nationale. Que dit ce règlement ? Il y a des règles de proportionnalité, où on attribue des points en fonction du caisseur, de la vice-présidence, de la présidence, et en fonction de la représentativité.

Mais très franchement, il y a quand même une régression démocratique dans notre pays. Qu'on en soit arrivé là. Parce qu'on voit bien la gauche. Ils veulent prolonger le Front républicain. Parce que ça les avantage d'abord. Ce n'est pas pour la morale qu'ils font ça. C'est pour des calculs politiciens. Il faut quand même le dire. Et quand ils se sont acoquinés avec LFI, LFI, c'est quoi ? C'est l'antisionisme déguisé derrière le masque à peine convenable, d'ailleurs, de l'antisémitisme. Ensuite, c'est le recours à la violence, une fascination pour la violence. On va voir Sainte-Séline. Ce n'est pas très loin de chez moi. C'est ça. C'est M. Boyard qui est élu et qui bloque les universités.

C'est M. Guiraud qui, là encore, touille des relents d'antisionisme et d'antisémitisme. M. Benoît Biteau, Sainte-Séline, et autres.

9:43
Invité

Amandine. Si demain, Yael Broun-Pivet l'emporte à l'Assemblée nationale et est élue présidente, est-ce que pour vous, ça donne un point à Emmanuel Macron au sens où son camp pourrait se poser en force centrale qui voudrait fédérer et construire cette fameuse coalition dont vous ne voulez pas aujourd'hui ?

10:03
Bruno Retailleau

Je ne sais pas si c'est elle qui va l'emporter. Ce n'est pas la personne que je juge. Simplement, faisons attention. Je parle de démocratie, de régression démocratique et de déni démocratique. Mais je me demande quelle est l'image qu'on va donner si, après une élection qu'a été le grand chamboule-tout, si les électeurs voient revenir les mêmes au même poste. Je me pose cette question. Ça ne concerne absolument pas les qualités qu'a l'ancienne présidente de l'Assemblée nationale. Je crois qu'elle a bien présidé l'Assemblée nationale. Mais vous voyez ce que je veux dire ? Faisons aussi attention au signal qui va être envoyé à travers cette élection.

10:42
Invité

Et sur les personnes qui viennent à venir, et notamment sur la place que la droite peut jouer dans le paysage futur, on voit bien qu'il y a un peu deux visions. Il y a ceux qui, je pense à Xavier Bertrand notamment, qui disent qu'il faut un accord avec l'ancienne majorité à condition qu'il confie le poste de Premier ministre à quelqu'un issu des Républicains. Et il y a une autre ligne, portée par l'envoqué ou portée par vous-même, qui dit qu'on est prêts, si on nous rejoint sur notre pacte législatif, à permettre le vote d'un certain nombre de lois, mais sans participer au gouvernement. Est-ce qu'il y a moyen de réconcilier ces deux positions ?

11:15
Bruno Retailleau

– Je vais m'expliquer pour développer le choix que nous avons fait. Nos candidats, ils ont fait une campagne sur une ligne, l'autonomie et l'indépendance. Nous avons refusé, dénoncé ce qu'a fait Éric Ciotti. Mais on a dit non, on est sur une ligne d'indépendance, pas plus avec Emmanuel Macron. Ce serait paradoxal de participer au pouvoir. Je parlais de démocratie tout à l'heure. Soyons humbles, modestes. On a un groupe sur 577 députés qui fait à peine 10% de l'Assemblée nationale. Est-ce qu'on a cette force qui nous permette d'aller et d'occuper le poste de Premier ministre ? Faisons attention. Moi, je pense que je m'en tiens à la ligne que devant les électeurs, on a essayé de tenir.

Une ligne d'indépendance, première chose. Ensuite, l'arithmétique, c'est 220. Vous additionnez le groupe LR et les groupes synchronistes, vous arrivez à un peu plus de 220, 230. C'est très loin de la majorité absolue qui est à 289. Et enfin, si vous faites cela, vous donnez le monopole de l'opposition. Vous donnez le monopole de l'opposition, notamment à Marine Le Pen.

12:23
Présentateur

Merci. Merci Bruno Retailleau d'avoir été avec nous ce soir.