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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 13 septembre 2023 28 min

Édouard Philippe : "La grande question de l'école est souvent abordée par des angles polémiques"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le maire du Havre, président du parti Horizon, ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron. Il publie des lieux qui disent chez JC Lattès. Vous pourrez dialoguer avec lui au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Edouard Philippe, bonjour. Bonjour. Bonjour.

Soyez le bienvenu à ce micro pour parler de ce livre étonnant, étrange, car à la fois personnel et politique au sens fort, un livre dont la construction aussi est originale puisque vous partez des lieux qui ont marqué votre vie, votre école de Rouen, le port du Havre, l'hôpital Charles-Nicolle où votre père fut soigné, le palais royal. Et à travers ces lieux, vous tracez des directions, vous faites des propositions pour la France, pour l'école, pour l'hôpital, pour la laïcité, pour l'international. Autrement dit, tout ce qui constitue un programme électoral, tout en vous défendant clairement d'en faire un, on est chez Magritte, ceci n'est pas une autobiographie, ceci n'est pas un programme.

Alors ceci est quoi, Edouard Philippe ?

1:12
Édouard Philippe

Merci de cette présentation. Ça n'est pas un programme, pour une raison assez simple, c'est que dans mon esprit, un programme, c'est ce qu'on prépare avant une élection, avec l'idée de proposer un certain nombre de mesures précises qui doivent produire un effet. Bon, on n'est pas dans un programme. Je ne propose pas des mesures précises. Non, mais vous proposez des directions, pas des mesures précises, mais des directions et des mesures quand même.

Mais des directions, parce que je pense que ce que je peux utilement faire pour l'instant, c'est contribuer au débat public et c'est essayer de poser dans le débat public un certain nombre d'éléments qui me paraissent essentiels sur les sujets que je traite dans ce livre. Il y en a beaucoup d'autres, sans doute. Il se trouve que dans ce livre, j'en traite quelques-uns qui me paraissent particulièrement importants, notamment l'école, et donc j'essaie de donner quelques directions, de comprendre d'où on vient et d'ouvrir quelques directions pour avancer.

2:06
Présentateur

Il y a une notion qui revient tout le temps dans le livre, c'est celle d'enracinement. Une notion que vous empruntez à Maurice Barès, qui est souvent citée dans votre livre.

2:14
Édouard Philippe

Deux fois, oui.

2:14
Présentateur

Vous auriez pu le citer à la philosophe Simone Veil, qui parle aussi d'enracinement. Vous choisissez Barès.

2:19
Édouard Philippe

Je crois que je cite Simone Veil aussi, d'ailleurs.

2:21
Présentateur

En quoi l'enracinement dans ces lieux, dans votre école, dans le port du Havre, où votre grand-père était docker, vous constitue-t-il ? Face aux hommes politiques déracinés, comme dirait Barès, vous voulez montrer que vous, vous êtes un enraciné dans la terre ?

2:37
Édouard Philippe

Je cite Barès parce qu'il a écrit ce livre, et parce qu'il a été une figure intellectuelle importante de son époque, très importante, et probablement très complexe. Je n'ai pas une fascination éperdue pour Barès, ce n'est pas un modèle. Loin s'en faut, d'ailleurs. D'ailleurs, dans le livre, je dis toute l'admiration que j'ai pour Léon Blum, qui lui-même avait une grande admiration pour Barès, mais je choisis mille fois Blum sur Barès, il n'y a pas de sujet là-dessus. Sur l'enracinement ? Sur l'enracinement.

On est quand même un peu fait de là où on est né, et les lieux dans lesquels on a vécu, les lieux où on a fait des expériences sensibles, par rapport à un sujet, par rapport à une problématique, les lieux où on a compris quelque chose. Ils disent beaucoup de choses, et ils vous construisent beaucoup sur la façon dont vous voyez le monde. Mais on ne peut pas se réduire à ce qu'on est, si j'ose dire, on ne peut pas se réduire à là où on est né. Donc, c'est pour ça que l'enracinement, il y a toujours une forme d'enracinement. Et il est toujours important, parce qu'il explique des choses. Mais il n'explique pas tout, et il ne détermine pas tout.

Et vous aurez remarqué que dans ce livre, j'essaie à la fois de dire combien l'enracinement est important, mais aussi de montrer que la vie d'une nation, le débat politique, doit s'organiser, pas autour de là d'où on vient, mais autour de là où on veut aller, autour d'un projet, autour d'une stratégie. Et c'est ça qui compte pour l'essentiel.

4:07
Présentateur

C'est le mélange des deux, de là où on vient et là où on va, en fait. C'est ça l'idée de... D'ailleurs, c'est le balancier permanent de votre livre.

4:13
Édouard Philippe

Mais parce que je pense que c'est le balancier de la vie. Si j'ose dire, il faudrait réussir à faire un enracinement dans le mouvement. Alors évidemment, c'est un peu compliqué comme concept.

4:21
Présentateur

Un enracinement en marche.

4:22
Édouard Philippe

Non, mais vous voyez l'idée. C'est-à-dire qu'il faut concilier ces deux aspects qui peuvent sembler contradictoires et qui, à mon avis, ne le sont pas du tout.

4:30
Présentateur

Alors commençons par l'école qui est vraiment l'un des cœurs de ce livre. Vos parents étaient tous les deux profs de français. Votre sœur fut également prof de français. Vous dites que vous étiez quasiment programmé pour la réussite scolaire. Pour aimer l'école. Oui, pour aimer l'école. Alain Juppé, qui était notre invité lundi, nous disait que le fait que sa mère lui a inculqué l'esprit de compétition, l'obligation d'être le premier de la classe, avait développé chez lui une sorte de sentiment de supériorité, une forme d'orgueil qui lui ont été reprochés toute sa vie. Vous diriez la même chose de vous ?

5:02
Édouard Philippe

Non, je ne dirais pas la même chose. Parce que mes parents ne m'ont absolument pas insufflé l'idée qu'il fallait être le meilleur à l'école. Il n'y avait pas d'esprit de compétition, je l'ai développé personnellement, mais il n'y avait pas d'esprit de compétition. Il y avait l'idée que l'école, c'était important, que c'était l'endroit où on pouvait s'émanciper intellectuellement et progresser socialement. Et c'était très présent, comme en vérité pour énormément de professeurs vis-à-vis de leurs enfants.

Il y avait l'idée qu'il fallait avoir des bonnes notes, qu'il fallait être un bon élève, mais pas nécessairement le meilleur, mais qu'il fallait être un bon élève parce qu'il fallait prendre l'école au sérieux. Il y avait l'idée qu'on n'avait pas le droit de critiquer ses professeurs. Il y avait peu d'interdits dans la famille Philippe. Mais je peux vous dire que si vous commenciez à critiquer un professeur...

5:48
Présentateur

C'était mal barré.

5:49
Édouard Philippe

Ça ne se passait pas bien. Et donc, il y avait cette... C'est pour ça que je dis que j'ai été probablement programmé pour aimer l'école au sens où l'école était un lieu où je me sentais bien et où il était normal que je me sente bien.

6:01
Présentateur

Mais Edouard Philippe, l'école, vous en déplorez aujourd'hui dans ce livre. L'affaissement, la baisse de niveau, le manque d'attractivité. Vous déplorez aussi que le débat public sur l'école soit si médiocre et au fond maltraité. Vous incriminez entre autres les médias, mais pas que. Ce constat sous votre plume, il est sincère. Mais j'ai envie de vous dire que ça fait six ans que l'école est la priorité du gouvernement actuel, du président actuel Emmanuel Macron. Il a mis de l'argent, il a dédoublé les classes de CP, il a fait la réforme du lycée, il a fait Parcoursup, il a mis Jean-Michel Blanquer pendant cinq ans, puis Papendia est très différent.

J'ai envie de vous dire qu'il a tout essayé. Et six ans après, vous faites encore le constat de l'affaissement de l'école et de la baisse de niveau. Vous êtes aussi comptable de ça. Et j'ai envie de vous dire qu'est-ce qu'il faut faire, qu'est-ce qu'il faut encore faire si au bout de six ans où l'école est la priorité numéro un, il n'y a pas d'amélioration ?

6:54
Édouard Philippe

Alors, vous avez parfaitement raison de poser la question comme ça, mais dans le livre, j'essaie d'expliquer que cet affaissement, il n'est pas propre à ces dernières années. Je ne conteste pas qu'il y a une part, je dis qu'il est très ancien. Et justement, j'essaie de sortir des séries de chiffres et de placer ça dans une perspective qui remonte quasiment au XIXe siècle, pour voir comment l'école évolue, quel défi elle a su relever, et à quel défi elle est confrontée aujourd'hui, ne sachant pas très bien comment les relever. Donc ça, c'est la première chose. Donc on est sur quelque chose de long terme.

Et c'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je trouve que le débat public sur l'école est souvent, je ne devrais pas dire mauvais, parce que ça donnerait l'impression que, je devrais dire insatisfaisant. Parce que très souvent, cette grande question de l'école est abordée par des angles, en général polémiques, parce qu'ils sortent dans l'actualité, la baïa, l'uniforme, le harcèlement, et tous ces thèmes sont des thèmes importants, je ne conteste pas ça. Je dis juste qu'en se posant la question de l'école à travers ces thèmes de façon régulière, on aborde une question très générale, très compliquée, par des prismes extrêmement pointus.

7:56
Présentateur

Mais qu'est-ce qu'il faut faire pour relever le niveau ? C'est ça que je vais dire, c'est qu'à un moment...

8:00
Édouard Philippe

Et je suis prudent sur la question, enfin prudent, je pense que le niveau baisse en effet, et j'essaie de montrer pourquoi la question du niveau à l'école est une question beaucoup plus délicate que l'impression qu'on peut avoir souvent. Qu'est-ce qu'il faut faire ? J'essaie de donner des directions. Et je ne prétends pas à la grande originalité, mais je suis assez certain, pour y avoir réfléchi, que c'est ce que je crois et que c'est ce qui peut fonctionner. Mettre le paquet, ce qui n'a pas toujours été fait, sur les petites classes.

Assumer une idée qui est souvent acceptée du point de vue intellectuel, mais je crois que malheureusement nous y avons renoncé du point de vue pratique, c'est l'idée que le but de l'école est aussi l'excellence. C'est évidemment d'éviter les décrochages, c'est évidemment de faire monter le niveau de tous les élèves, mais c'est aussi de faire monter le niveau des élèves qui sont bons. Et c'est donc aussi d'assumer des filières d'excellence ouvertes le plus possible, mais nous avons collectivement, par une espèce de gêne, considéré que la réussite scolaire était au fond beaucoup moins le produit de l'effort individuel que le produit d'une forme de reproduction sociale.

Et pour lutter contre les inégalités, nous avons d'une façon ou d'une autre renoncé à afficher l'élitisme républicain et l'excellence scolaire.

9:13
Présentateur

Par démagogie au fond, c'est ça ?

9:15
Édouard Philippe

Je ne sais pas, je ne suis pas dans l'attaque. Ce n'est pas une histoire d'attaque. Mais nous avons progressivement... Et vous, vous revendiquez ça ? Mais bien sûr que je le revendique.

9:24
Présentateur

Vous revendiquez d'avoir fait l'ENA, de faire partie d'une certaine élite, d'avoir été un bon élève ?

9:29
Édouard Philippe

Mais je ne vais pas m'en excuser. Je dis qu'en France, on devrait avoir un système qui tire tout le monde vers le plus haut, y compris les élèves moyens et y compris les bons élèves.

9:39
Présentateur

Et sur les inégalités, vous aussi, comme Emmanuel Macron dans Le Point, dans sa grande interview où il met l'école au milieu, vous parlez des vacances scolaires, et notamment des vacances d'été, dont vous dites que c'est la grande inégalité.

9:51
Édouard Philippe

Avant de traiter cette question, pourquoi je dis ça ? Parce que la caractéristique, en longue période, du système éducatif français, c'est, un, que le niveau baisse, et que, deux, il est un des systèmes éducatifs des pays occidentaux qui reproduit le plus les inégalités sociales. Quand vous êtes attaché à l'école, quand, et nous le faisons souvent, nous nous gargarisons de l'école républicaine, on ne parle plus d'école aujourd'hui, c'est toujours l'école de la République, l'école républicaine, vous ne pouvez pas vous satisfaire de ce que le système éducatif français, au-delà de tous les discours, est en réalité celui qui reproduit le plus les inégalités sociales.

Un des éléments, et ce n'est pas le seul, bien entendu, un des éléments, c'est ces longues vacances. Parce que...

10:27
Présentateur

Quand on a les moyens, on peut emmener les enfants, quand on n'a pas les moyens, il ne part pas.

10:29
Édouard Philippe

Pendant trois mois, l'école s'arrête, ce n'est pas un problème pour ma fille. Mais non, vous dites deux mois, deux mois, ça devrait être trois mois. Mais ça n'est pas vrai. En vérité, vous avez un très grand nombre d'élèves de collège, ou de lycée en seconde, qui arrêtent le 6 juin. Et c'est effrayant. Et donc, ça veut dire quoi ? Une lecture, un niveau de langage. Vous ne perdez pas le bénéfice de l'année scolaire. Pour les autres, c'est beaucoup plus difficile. Ça, il faut lutter contre cette école inégalitaire. Mais il ne faut pas lutter contre cette école inégalitaire en disant, l'élitisme, voilà l'ennemi.

Il faut lutter contre cette école inégalitaire en créant des systèmes d'excellence et de promotion sociale pour tout le monde.

11:07
Présentateur

Vous parlez, Edouard Philippe, en des termes très personnels des difficultés que rencontrent les enseignants de France. Vous racontez comment votre soeur prof, donc, a démissionné de l'éducation nationale, fatigué des petits renoncements et de l'absence de soutien de sa hiérarchie. Vous racontez aussi un épisode plus traumatique. Votre père, usé par la maladie, son métier, son milieu professionnel, sa hiérarchie écrasée par les injonctions contradictoires qui pèsent sur les épaules des principaux et des proviseurs qui tenta de mettre fin à ses jours. Vous aviez besoin d'écrire ça ?

11:43
Édouard Philippe

Non, mais je ne l'écris pas pour me complaire dans la description de cet événement familial. Je le dis parce que je suis consterné quand j'entends cette espèce de discours classique en France sur la facilité d'être prof, le fait qu'on travaille peu quand on est prof, le fait qu'il y a une forme de privilège à être professeur. Être professeur, c'est usant. C'est un métier difficile. C'est un métier usant. Et j'ai vu, dans mon cercle familial, je ne prétends pas expliquer toutes les évolutions professionnelles, j'ai vu dans mon cercle familial trois façons différentes de résister à cette usure.

Ma sœur qui a démissionné parce qu'elle pouvait et qui a changé de métier et qui aimait bien être prof. Ma mère, qui au fond, s'agassait parfois, mais a fait ça jusqu'au bout de sa vie, y compris dans des zones d'éducation prioritaire et qui a toujours aimé ça. Et mon père, qui littéralement, n'en pouvait plus. Littéralement, n'en pouvait plus. Et qui a fait une tentative de suicide. Et ça existe.

12:42
Présentateur

Ce qui nous amène au deuxième lieu de votre livre, et on va accélérer parce qu'il y a beaucoup de questions à vous poser, c'est l'hôpital Sainte-Nicolle. Charles-Nicolle. Charles-Nicolle, pardon, qui a marqué votre enfance car vous y rendiez fréquemment visite à votre père qui était diabétique. Ce qui m'amène à la question, Édouard Philippe, de la santé, puisque vous parlez, c'est le chapitre où vous parlez de la santé, et de la vôtre notamment. Je vais poser la question et après, je sens dans votre livre que vous en avez marre d'en parler. C'est moins compliqué. Et donc, vous aimeriez clore le chapitre.

Donc, une fois pour toutes, dites aux auditeurs et aux auditrices qui nous écoutent, vos deux maladies auto-immunes, le vitiligo et l'alopécie, qui ont fait que vous avez perdu votre barbe, vos sourcils, et qui ont fait une dépigmentation de vos cheveux, qui vous donnent les cheveux blancs. Comment expliquer une fois pour toutes que les rumeurs qui disent que c'est très grave, que c'est très dangereux, etc., c'est pas vrai ? Et ensuite, la question, y aura-t-il un impact sur une éventuelle campagne présidentielle de ces maladies où vous pensez au fond que les Français sont au-dessus de ça ?

13:43
Édouard Philippe

D'abord, je pense que les responsables politiques ne perdent jamais rien à faire le pari que parler sérieusement des sujets est une bonne idée. Donc, évidemment que je vais faire le pari que parler sérieusement des sujets est une bonne idée. Je ne vais pas cacher ces maladies, elles se voient. Donc, autant dire les choses. Je sais très bien qu'il y aura toujours des gens qui aimeront faire circuler des rumeurs. C'est la vie. Je ne crois pas que la transparence absolue fasse taire les rumeurs, voyez-vous. Contrairement à une idée qui est parfois énoncée dans ce domaine-là comme dans d'autres. Mais néanmoins, je préfère dire les choses telles qu'elles sont.

14:16
Présentateur

Alors, dites les choses. Ce n'est pas dangereux.

14:18
Édouard Philippe

Ah ben non, si je voulais le dire de façon triviale, les sourcils, les cheveux, ça se voit, c'est fini, ils sont tombés, ils ne repousseront plus. Et ça n'est ni grave, ni dangereux, ni contagieux, je suis obligé de le dire. Voilà. Ça surprend. En vérité, ce qui est très intéressant, c'est que ça surprend.

14:37
Présentateur

Vous nous disiez avant d'entrer dans le studio que les gens ne vous reconnaissent pas.

14:41
Édouard Philippe

Oui, mais ça m'en fout qu'ils ne me reconnaissent pas. En fait, ils me reconnaissent, mais ils me reconnaissent après un moment de surprise. Et voilà, parce que quand ils entendent Edouard Philippe, ils s'attendent d'avoir une barbe, soit uniformement noire, soit bicolore, et ne s'attendent pas à avoir cette tête. Et puis, parce que quand vous avez perdu vos sourcils, ça change quelque chose. Bon, voilà, je le dis pour deux raisons. D'abord, parce que c'est un fait que ça se voit.

La deuxième raison, ça je le dis dans le livre, et je ne suis pas malheureux de le dire dans le livre, au contraire, c'est que probablement, alors même que j'avais été en contact avec la maladie du côté de mon père, ça a probablement changé ma façon de songer à la question de la santé, notamment de l'aborder par l'angle des malades. Moi, ce n'est pas un problème, j'ai 52 ans, je suis un garçon, on perd ses cheveux, qu'est-ce que j'en ai à faire ?

J'ai reçu, après avoir commencé à parler de ce sujet, des dizaines et des dizaines de lettres, souvent très émouvantes, de pères, de mères, d'enfants qui souffrent d'alopécie, et qui donc, à 15 ans, au moment où on se confronte au monde, se présentent à leurs amis à l'école sans aucun cheveu, sans aucun sourcil. C'est terriblement déstabilisant, c'est terriblement difficile quand vous cherchez un emploi et que vous allez voir un employeur et que vous passez l'entretien d'embauche et que vous n'avez pas de sourcils, pas de cheveux, oui, oui, je suis en pleine forme, je veux dire, c'est compliqué.

Et donc, il faut en parler, il faut expliquer que tout ça n'a aucune importance et il faut surtout dire à ceux qui souffrent de ce regard que les autres, ou même du regard qu'ils portent sur eux-mêmes ou du regard que les autres portent sur eux, qu'ils sont pleinement capables de faire des très grandes choses. Donc, d'une certaine façon, le dire me paraît au moins utile pour ça.

16:18
Présentateur

Alors, venons-en à un chapitre de votre livre qui va sans doute créer le débat consacré à la place des religions en France, à la laïcité qui vous est chère. Vous estimez que l'islam en France est en proie à un obscurantisme maléfique, ennemi de l'esprit des Lumières. Les mots sont forts. Déjà, dans l'Express en juin dernier, vous disiez voir beaucoup de Français pour qui la question de l'islam est devenue un sujet, un sujet central, un sujet inquiétant. Un sujet obsédant. Vous estimiez qu'il y a un non-dit concernant l'islam. Quel non-dit,

16:51
Édouard Philippe

Édouard Philippe ? On vit dans une société qui se sécularise à très grande vitesse. Jamais dans l'histoire de France on a observé cette sécularisation qui se sécularise et qui se désacralise dans le religieux comme dans le civil. Et dans ce paysage sécularisé et désacralisé, il y a une évolution nouvelle, rapide et déstabilisante parce que nouvelle et rapide c'est la montée d'une religion l'islam de plus en plus pratiquée en France.

Et cet islam en France comme d'ailleurs partout dans le monde il est travaillé par des aspirations contradictoires par des aspirations totalement obscurantistes qui prônent une lecture littérale du texte sacré qui prônent une pratique totalement rigoriste et qui est radicalement contraire à la façon dont nous envisageons la vie commune dans notre république française. Et puis il y a une autre partie de l'islam qui est adepte d'une pratique si j'ose dire moderne et qui n'est évidemment pas dans le même. Donc il y a un combat intérieur à l'islam il n'est pas propre à la France d'ailleurs il est vrai partout.

17:53
Présentateur

Oui mais vous estimez et vous allez loin vous estimez dans ce livre que la France devra un jour trancher la question d'un droit et d'une organisation spécifique à l'islam Qu'est-ce que ça veut dire un droit spécifique à l'islam et vous allez même plus loin vous parlez d'obligations particulières imposées aux fidèles et aux responsables des communautés musulmanes ça veut dire quoi que les musulmans français auront des obligations que les chrétiens n'ont pas par exemple ça veut dire quoi des obligations spécifiques aux musulmans ?

18:19
Édouard Philippe

Je ne dis pas que je suis favorable à ça je dis que la loi de 1905 et l'architecture juridique issue de la loi de 1905 ainsi d'ailleurs que la jurisprudence oblige et c'est bien naturel et c'est bien naturel à traiter tous les cultes de la même façon il ne manquerait plus que ça évidemment mais que la spécificité de l'islam en France c'est-à-dire cette spécificité liée à la fois à un combat interne avec une lecture qui n'est pas républicaine en tout cas pas conforme à la république pour une partie et le développement rapide pose des questions que l'architecture juridique issue de la loi de 1905 n'est peut-être pas en mesure de traiter et on voit bien on voit bien que ce débat-là non mais pardon

19:03
Présentateur

vous n'assumez pas complètement ce que vous écrivez c'est très exactement

19:07
Édouard Philippe

ce que je dis et je pense qu'un jour

19:10
Présentateur

il faut une organisation spécifique à l'islam avec des obligations particulières je vous assure vous avez lu

19:14
Édouard Philippe

je pense qu'un jour cette question de est-ce qu'il faut une organisation spécifique de l'islam sera posée je crois qu'elle sera posée et personnellement et personnellement je préférais que nous n'ayons pas jusque là personnellement j'aimerais que le combat pour les valeurs de la république qui est un combat politique qui est un combat culturel qui est un combat essentiel nous permette d'éviter de faire des cas particuliers pour telle ou telle religion mais si jamais ça ne marche pas je ne suis pas sûr que nous réussirons et c'est ça que je veux dire

19:42
Présentateur

et si ça ne marche pas il faudra faire des cas particuliers pour une religion je vais vous dire

19:46
Édouard Philippe

je suis certain que des gens le proposeront je suis certain que l'idée de proposer une forme de concordat pour telle ou telle religion reviendra sur la table

19:53
Présentateur

elle est déjà sur la table par certains

19:55
Édouard Philippe

elle a déjà été posée je suis certain qu'elle prendra la vitesse je préférerais personnellement rester dans le cadre de 1905 parce que je trouve que l'équilibre qui a été inventé difficilement dans le conflit politique en 1905 est un bon équilibre donc moi

20:09
Présentateur

mais s'il faut y venir je voudrais que nous battions

20:12
Édouard Philippe

pour cet équilibre mais que nous nous battions pas que nous disions cet équilibre est intangible il faut que nous nous battions pour conserver à la république française cette composante de la laïcité

20:22
Présentateur

et c'est un combat soutenez-vous Edouard Philippe le projet de loi immigration de Gérald Darmanin et notamment le volet sur les métiers en tension qui est une ligne rouge pour la droite est-ce qu'il a raison sur ce volet là ?

20:34
Édouard Philippe

dans le projet de loi que Gérald Darmanin propose il y a trois volets un volet simplification accélération des procédures un volet affermissement des politiques vis-à-vis notamment des étrangers délinquants et un volet intégration par le travail notamment avec la langue française et par le travail notamment qui prévoit de faire en sorte que ceux qui sont là depuis plus de trois ans et qui travaillent dans un métier en tension puissent être réalisés je trouve que l'équilibre du texte et la façon dont Gérald Darmanin fait entrer ce débat dans le débat public est un bon équilibre je trouve que c'est un très bon point de départ après je vais vous dire à l'Assemblée nationale il n'y a pas de majorité absolue donc il y a des discussions et au Sénat il y a une majorité qui est différente de celle de l'Assemblée nationale donc dans le processus parlementaire il va y avoir un débat intense je trouve que le point de départ dans lequel que propose Gérald Darmanin est un bon point de départ donc je soutiens ce texte mais je sais qu'il évoluera et après tout c'est le rôle du Parlement donc faisons confiance au Parlement

21:27
Présentateur

Edouard Philippe il y a aussi question de votre vision du monde et de l'international dans ce livre qu'est-ce que vous avez pensé des déclarations de Nicolas Sarkozy qui s'est prononcées pour une neutralité de l'Ukraine et pour faire des compromis avec Poutine notamment sur la Crimée est-ce que ça vous a surpris ?

21:41
Édouard Philippe

Non ça ne m'a pas surpris et j'ai écouté avec attention ce qu'il dit en matière de politique internationale parce que compte tenu de l'expérience qu'il a qui est considérable je trouve qu'on serait fou de ne pas écouter ce qu'il a à dire mais je ne suis pas d'accord avec lui sur ce qu'il dit sur l'Ukraine je le dis très respectueusement mais aussi très fermement je veux bien entendre que nous ne voulons pas la guerre avec la Russie c'est vrai que d'ailleurs la Russie ne veut pas la guerre avec nous ce que je croirais je veux bien entendre que la Russie restera la Russie et qu'il faudra donc un jour que nous reparlions avec la Russie c'est tout à fait exact mais à la différence du président Sarkozy je pense que nous avons intérêt à faire en sorte que la Russie ne gagne pas cette guerre et nous avons intérêt à dire que face à des autocrates et Vladimir Poutine est un autocrate c'est pas le seul face à des gens qui sont en affirmation de puissance y compris dans le total disrespect pardon dans le total non-respect

22:31
Présentateur

vous nous faites un anglicisme pardon

22:33
Édouard Philippe

dans le total je ne sais pas pourquoi je vous dis ça dans le total dans le total non-respect du droit international chaque faiblesse du camp occidental chaque faiblesse des démocraties est une provocation et donc nous devons fixer des barrières et il y a peu de temps Madame Salamé et Monsieur Demorand on a ressorti les déclarations d'Alain Juppé je crois à ce micro de 2014 au moment où la Crimée est envahie et bien je trouve que les propos de l'époque d'Alain Juppé sont beaucoup plus justes aujourd'hui que les propos

23:08
Présentateur

d'aujourd'hui de Nicolas Sarkozy le fait est qu'une victoire de Marine Le Pen est assez probable à la prochaine présidentielle a déclaré Gérald Darmanin fin août vous le pensez aussi ?

23:18
Édouard Philippe

je crois qu'elle est moi je dis quand on me pose la question je crois que cette victoire est possible ça ne veut pas dire qu'elle est probable mais je crois qu'elle est possible et je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle est possible et personne ne devrait avoir aucun doute sur le fait qu'elle est possible maintenant je ne sais pas ce que sera l'élection présidentielle de 2027 vous ne savez pas

23:37
Présentateur

si vous êtes candidat

23:38
Édouard Philippe

en 2027 ce que je veux dire c'est que

23:39
Présentateur

vous savez si vous êtes candidat ou pas vous avez pris votre décision je ne vous demande pas de la dire mais vous avez pris votre décision

23:43
Édouard Philippe

j'ai une idée assez claire oui sur la façon dont s'agissant de moi les choses pourraient se passer mais ce que je veux dire c'est que les circonstances de 2027 personne ne les connaît donc il est idiot à mon sens de faire des sondages sur ce qui se passera en 2027 et il est prématuré de faire de la tactique sur 2027 ce qui est vrai c'est que compte tenu des bougées politiques du Rassemblement National et compte tenu de la situation politique telle que je la vois il me semble qu'en effet cette victoire est possible

24:16
Présentateur

question de Fabrice sur l'application l'engouement pour vous est mystérieux car vous êtes Macron en pire les gilets jaunes la dégradation de nos hôpitaux l'absence d'anticipation de la crise sanitaire le projet de retraite à 67 ans une politique de l'offre au profit des plus riches au détriment des classes moyennes et tant d'autres choses bref une politique libérale qui en principe déplait au peuple

24:40
Édouard Philippe

j'ai l'impression que votre auditeur n'aime pas le président de la république et donc et peut-être qu'il n'aime pas en effet ce que je dis mais peut-être même s'il n'est pas d'accord avec ce que je propose peut-il au moins me reconnaître le fait que lorsque je prends des positions je les prends parce que j'y crois parce que je les crois bonnes pour la France ça ne veut pas dire que j'ai raison plus qu'un autre mais j'y crois et que je n'ai pas peur d'exprimer des positions y compris quand elles ne sont pas populaires ce que j'ai dit sur la retraite

25:14
Présentateur

67 ans la retraite à 67 ans le moins qu'on puisse dire c'est pas très populaire

25:18
Édouard Philippe

non ça n'est pas très populaire mais de deux choses l'une soit vous dites les choses telles que vous les voyez et et madame Salamé juste une petite observation parce que je la trouve savoureuse les plus populistes élus en Europe aujourd'hui c'est probablement madame Mélanie en Italie elle a fait campagne en disant scandale en Italie la retraite est à 67 ans on va baisser tout ça est-ce qu'elle l'a fait ?

25:40
Présentateur

non

25:40
Édouard Philippe

pas du tout pourquoi est-ce qu'elle ne l'a pas fait ? parce que la réalité à un moment elle est là

25:44
Présentateur

dernière question vous parlez souvent d'Alain Juppé avec qui vous avez énormément et je pense que

25:52
Édouard Philippe

si un jour il fallait revenir ce que je ne souhaite pas mais je crains que ce ne soit malheureusement nécessaire un jour si un jour il fallait revenir sur la question des retraites mon objectif ce serait moins d'équilibrer le système en obligeant tout le monde à travailler plus longtemps mais plutôt en créant des libertés nouvelles je pense que compte tenu vous revenez sur les 67 ans je ne reviens pas du tout on devra travailler plus longtemps on devra travailler plus longtemps mais on devra travailler plus longtemps en ouvrant des possibilités aux français plutôt qu'en les contraignant

26:17
Présentateur

ma dernière question vous savez pour avoir été très proche d'Alain Juppé que le favori à 3 ans de l'élection n'est parfois pas le gagnant à la fin mais il y a autre chose

26:23
Édouard Philippe

non c'est même toujours le contraire

26:25
Présentateur

toujours parfois ça marche il y a aussi autre chose 2027 ce sera après 10 ans d'Emmanuel Macron ne craignez-vous pas d'être trop associé à son bilan vous faites partie de la majorité vous soutenez la plupart de ses décisions vous partagez la plupart de ses convictions quand on lit votre livre ou qu'on lit son interview du point vous ne pensez pas qu'à un moment les français diront on a fait 10 ans de Macron on ne veut pas avoir le même en plus grand

26:47
Édouard Philippe

mais on verra ce que diront les français en tout cas je ne vais pas changer qui je suis je ne vais pas changer d'idée en me disant si je change d'idée ça sera plus facile je dirai qui je suis j'ai des proximités avec le président de la république j'ai mis en oeuvre le programme sur lequel il s'était engagé et sur lequel il a été élu en 2017 je ne vais pas m'en excuser je l'assume totalement y compris avec ce qui n'a pas marché parce qu'il faut bien reconnaître qu'il y a des choses qui ne marchent pas c'est la vie politique c'est la vie tout court mais je ne suis pas non plus totalement identique à lui ni en termes de style ni même sur toutes les convictions et ben voilà le moment venu vous trouvez d'ailleurs

27:22
Présentateur

le président lui et ses prédéceseurs omniprésents

27:25
Édouard Philippe

oui c'est vrai trop

27:26
Présentateur

trop tout partout

27:27
Édouard Philippe

mais je pense que l'idée selon laquelle tout doit passer par le président de la république en France est une fausse idée merci Edouard Philippe merci

27:34
Présentateur

il y avait encore plein de questions oh oui beaucoup mais on n'a pas le temps on n'a pas le temps ce matin merci Edouard Philippe d'avoir été à notre micro des lieux qui disent votre livre publié chez J.C. Lattès 8h49 j'ai pas le temps