Crise agricole : l'écologiste Yannick Jadot pointe du doigt la responsabilité de la FNSEA
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
– C'est le Rassemblement national aujourd'hui qui progresse dans les campagnes et pas les écologistes. Est-ce que vous avez raté quelque chose ?
– Écoutez, probablement, mais je pense que c'est surtout, ça fait 40 ans qu'on rate quelque chose avec l'agriculteur. On a un modèle qui aujourd'hui est profondément inégalitaire. 80% des aides de la politique agricole commune, donc 80% du premier budget européen, vont vers 20% des agriculteurs les plus importants. Le système de la politique agricole commune, parce qu'il faut expliquer aux téléspectatrices et aux téléspectateurs, c'est plus vous produisez, plus vous avez d'hectares, plus vous touchez.
Et donc dans ce monde aujourd'hui très instable,
explosion du coup des intrants, marchés internationaux très instables, libéralisme, libre-échange. Dans ce monde-là, vous avez le piège qui a été tendu et construit aussi malheureusement par la FNSEA. C'est de dire au fond, c'est ce que certains paysans appellent le cannibalisme agricole. C'est-à-dire qu'en fait, vous ne pouvez survivre qu'en prenant la ferme d'à côté qui est en train de s'écrouler. Les petits disparaissent, 27 fermes par jour disparaissent. – Et ça c'est la responsabilité de la FNSEA, le principal syndicat agricole ? – La politique agricole française est construite depuis 40 ans entre les gouvernements de gauche et de droite et la FNSEA.
La politique agricole commune, c'est une construction française. Parce qu'il n'y a pas une agriculture, il y a plusieurs agricultures dans notre pays. Vous voyez bien que celles et ceux qui sont aujourd'hui piégés par l'endettement, piégés par l'explosion des coûts, piégés par l'agro-industrie qui fait des marges extraordinaires, piégés par le dérèglement climatique, ce n'est pas les mêmes qu'y compris M. Arnaud Rousseau, patron de la FNSEA, qui vit très bien du commerce international, qui vit très bien de l'agro-industrie et au fond, qui vit très bien des marges de l'agro-industrie qui se font sur le dos des petits agriculteurs.
– Alors sur le plan politique, cette crise agricole, c'est le baptême du feu pour le nouveau Premier ministre Gabriel Attal. Gabriel Attal qui hier à l'Assemblée nationale a ciblé les oppositions et précisément les écologistes. Je le cite, il s'adressait aux écologistes, « Vos larmes pour nos agriculteurs ressemblent à des larmes de crocodile. Vous présentez souvent les agriculteurs comme des bandits, des pollueurs de nos terres, des tortionnaires de nos animaux. Et à chaque fois que les agriculteurs ont un projet d'extension, qui s'y oppose, c'est vous. » Yannick Jadot, qu'est-ce que vous répondez à Gabriel Attal ?
– Je pense que c'est irresponsable. C'est lâche et c'est assez minable en fait. Le Premier ministre visiblement continue, ce n'est pas une nouveauté avec ce pouvoir, malheureusement ça fait suite à d'autres gouvernements, à une totale irresponsabilité en matière d'agriculture. Encore une fois, on a des paysannes et des paysans qui, on le sait, aujourd'hui le monde est très instable, tout le monde par la société est terrifié par l'avenir. Parce qu'on voit qu'à chaque fois les droits sociaux sont reniés, on voit les guerres, on voit l'instabilité, on voit les chocs du dérèglement climatique. Et bien pour les agricultrices et les agriculteurs, c'est puissance 10.
Dans les Pyrénées d'où vous venez, je veux dire le dérèglement climatique, c'est la catastrophe absolue. Absolue ! Quand il fait, vous le savez bien, quand il fait 40, 45 degrés par canicule au niveau du sol des vignes, c'est comme si vous mettiez un coup de chalumeau sur le raisin. Il n'y a plus d'eau ! – Mais pour pallier à ce problème… – Et donc qu'est-ce que dit le Premier ministre ? Il dit mais tout ça, c'est la faute des écologistes. Tout ça, c'est la responsabilité. Il trouve un bouc émissaire plutôt que de travailler à des solutions.
– Les agriculteurs veulent des méga-vacines, les agriculteurs veulent utiliser plus de produits phytosanitaires pour justement pallier à ce problème. Comment expliquez-vous qu'aujourd'hui, votre discours écologiste ne percole pas chez les agriculteurs ?
– Écoutez, un, je conteste ce que vous dites, parce que ça voudrait dire qu'en fait, c'est ignorer et mépriser les milliers d'agriculteurs qui passent à l'agroécologie, qui passent au bio, qui se disent, si je veux poursuivre mon métier, non seulement il faut que j'ai un revenu, et il faut travailler sur le revenu, la Confédération paysanne a raison de dire que c'est scandaleux quand l'aval de l'alimentation ne paye pas les prix au mieux, au coût de revient. C'est scandaleux de payer en dessous du coût de revient. Mais ce que je veux dire, c'est que ignorer, renvoyer aux écologistes la crise agricole, c'est ignorer le débat qu'il doit y avoir au sein de la profession agricole.
Dans la profession agricole, il y en a qui jouent des marchés internationaux et qui, de fait, acceptent les traités de libre-échange.
– Mais ce qui est dit sur les barrages aujourd'hui, c'est qu'on coule sous les normes écologiques.
– Mais les normes, quelle normes, madame ? – Par exemple, la hausse des taxes sur le gazole non routier.
– Le mot norme est utilisé aujourd'hui comme un gros mot. – Vous vous rendez compte ? Mais la norme, c'est ce qui protège notre santé. Allez demander aux Bretons, ils aimeraient bien avoir des normes pour empêcher les algues vertes.
– La taxe sur le gazole non routier, est-ce qu'il faut revenir dessus ? – Mais vous voyez comment…
On a le même débat qu'avec la taxe carbone. Nous, on s'est toujours battus pour qu'à chaque fois qu'il y ait une fiscalité écologique, elle soit reversée aux acteurs pour les aider à faire la transition. Et là, ce que dit la profession agricole, encore une fois, avec des agricultrices et des agriculteurs qui sont piégées aujourd'hui. Vous avez près de deux suicides par jour, vous avez un quart de la profession qui vit sous le seuil de pauvreté. Et qu'est-ce qu'on fait ? Plutôt que de résoudre cette crise-là, on dit que c'est la faute des écologistes. Encore une fois, c'est minable, parce que le dérèglement climatique, il est là. La raréfaction de l'eau, elle est là.
Ce n'est pas en inventant de l'eau dans des bassines, alors qu'il ne pleut plus et qu'on ne peut plus en consommer pour nous-mêmes, qu'on va résoudre les problèmes. Donc, encore une fois, juste là-dessus, il y a le sujet de la politique agricole commune. Si le gouvernement doit agir, c'est un, contraindre les marges de la transformation et de l'agro-industrie. Elles ont explosé au détriment des paysans. Deux, les aides doivent aller aux unités de production. C'est-à-dire que plus vous avez de salariés, plus vous touchez. Plus vous respectez la nature, plus vous touchez. C'est le contraire aujourd'hui.
Yannick Jadot