Philippe Vigier : "Il y a 250 députés de la majorité, et au moins 245" voteront pour la réforme des retraites
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Il est 6h20, l'épilogue approche pour la réforme des retraites, dernière étape du parcours législatif, le vote des parlementaires aujourd'hui sur la version finale du texte qui a été élaboré hier en commission mixte paritaire. Vous étiez dans cette commission, Philippe Vigier, bonjour. Bonjour. Député Modem d'Heure-et-Loire, la dernière mouture de la réforme vous convient-elle à 100% ?
Vous savez, un texte ne convient jamais à 100%. Ce que je veux vous dire, c'est que c'est un texte qui n'est pas celui du gouvernement, ça n'est pas celui de l'opposition, ça n'est pas celui des républicains. Par définition, comme il y a une majorité relative à l'Assemblée, et comme il est sorti ce qu'on appelle une commission mixte paritaire composée de 7 députés, 7 sénateurs, il y a eu des apports qui ont été faits par les uns et par les autres. Et je vais prendre quelques exemples, par exemple pour les femmes. C'est un sujet qu'on a beaucoup porté au groupe démocrate.
Les femmes qui avaient conçu souvent des carrières rachées, qui avaient une retraite à taux plein à 67 ans, eh bien, n'étaient pas prises en compte pour les enfants nés avant 2012. L'intimidité est perçue pendant la maternité, donc ça l'est pédalisé fortement. C'est corrigé. Pour les femmes, il y aurait une surcôte également de 5% à partir de l'âge de 63 ans. Donc c'est une deuxième avancée. Si on regarde les carrières longues, on a créé ce fameux index qui a fait couler beaucoup d'encre, qui permet de savoir dans les entreprises quel est le niveau d'emploi des seniors. Nous sommes les derniers pays d'Europe. Un tiers, simplement, des seniors travaillent.
Nous avons créé un contrat senior où le gouvernement n'était pas favorable, on l'a imposé avec les sénateurs, qui va partir sur une forme d'expérimentation pendant une année, qui va donner la main aux partenaires sociaux pour en fixer les conditions. Et puis, il y a les fameuses carrières longues sur lesquelles, vous savez, il y a eu un accord qui a été assez difficile, c'est vrai, puisque tous ceux qui auront démarré avant 21 ans cotiseront pendant 43 ans, pourront partir à partir de 43 ans de cotisation.
Alors, sur les carrières longues, justement, parce que j'ai vu, ce n'est pas très très clair. Est-ce que c'est écrit noir sur blanc que tous ceux qui ont démarré avant 21 ans travailleront 43 ans et pas un mois de plus ?
Non, ils pourront travailler quelques mois de plus en fonction du mois de naissance de l'année où ils sont nés. Pourquoi ? Parce qu'en fait, l'autorisation qui est permis par ce texte-là maintenant, c'est de partir après 43 ans. Donc, vous avez 43 ans, vous pouvez partir. Simplement, si vous êtes né en janvier ou si vous êtes né en décembre, vous êtes d'accord qu'il y a 11 mois qu'ils sont écoulés. Donc, c'est vrai qu'il pourrait y avoir 43 ans et 2 trimestres. Mais c'est quelque chose qui est une avancée sociale par rapport à la loi Touraine. Tout le monde a tout oublié sur les carrières longues. Avant, il arrivait de cotiser jusqu'à 180 trimestres pour pouvoir partir à la retraite.
Et est-ce qu'il y aurait une décote ?
Pour ceux qui auront... Oui, il pourrait y avoir une petite décote s'il manque quelques mois, parce que justement, ils sont nés à la fin de l'année, je vous dis des choses très clairement.
C'est quoi une petite décote ? C'est vraiment léger ?
Oui, ce sera vraiment léger du cas. Ce sera beaucoup plus faible que ceux qui vous promettent la retraite à 60 ans. Je pense par exemple au parti de Marine Le Pen, où on dit que vous travaillez 40 ans, vous avez une retraite à taux plein. Ce n'est pas vrai. Jamais le niveau de retraite a été d'ailleurs annoncé par le Rassemblement National. Vous savez, si on fait une réforme de retraite, ce n'est pas pour ennuyer les Français. C'est parce qu'on sait qu'il y a ce système de répartition auquel nous tenons et déséquilibré. Il manque 15 milliards d'euros, plus déjà 30 milliards que chaque année au pot l'État. Mais ceux-là ont été gommés.
Et puis, il y a une démographie qui est, comme vous le savez, déficitaire. Vous avez par exemple le nombre d'actifs qui est en train de diminuer chaque année et le vieillissement qui s'accentue. Donc, il faut bien qu'à un moment, on aille chercher que le financement complémentaire. Mais un dernier mot. Pour les 64 ans, simplement, 6 Français sur 10 sont concernés. Par exemple, les cahiers très actifs, comme les policiers, comme les gardiens de prison, continueront. Ils ne travailleront pas jusqu'à 64 ans, ça n'est pas vrai. On leur demande deux ans d'effort.
Philippe Vigier, la réforme va maintenant être soumise une dernière fois aux parlementaires. Est-ce que les 51 députés Modem vont la voter ? Est-ce que c'est sûr ?
Il y aura au moins 50 députés Modem qui vont la voter. Probablement une abstention. Je crois que c'est plutôt... Mais il faut tenir compte du parcours de chacun.
Et comme les députés macronistes, est-ce que vous aussi, au sein du Modem, vous allez voir les LR un à un pour essayer de les convaincre ? Est-ce que vous faites ce travail, vous aussi ?
Écoutez, on se parle, bien sûr, mais je vais vous dire une chose très simple. Vous avez confiance ou pas ? Il y a 250 députés de la majorité. Il y aura au moins 245 qui seront au rendez-vous en votant favorablement. Après, moi je ne suis pas en train d'aller chercher Pierre-Paul ou Jacques. Le travail, c'est de savoir si ou non cette réforme, il faut la faire ou pas. Vous savez, pour les députés républicains qui d'ailleurs, en CMP, ça s'est très bien passé. D'ailleurs, je tiens à dire à vos auditeurs que ce n'était pas le bazar. Il y a la CMP, la France Insoumise, ils étaient là. On a eu des vrais débats approfondis.
Eh bien, les députés républicains qui ont tous soutenu les candidats à la présidentielle qui étaient favorables à une retraite à 65 ans. Comment vont-ils faire pour un système que nous avons vendu d'ailleurs ? C'est quoi ? C'est la loi Touraine accélérée. Voilà ce que nous avons voté hier, avec des corrections.
Est-ce que par prudence, vous souhaitez que le gouvernement actionne le 49-3 ? Est-ce que l'essentiel, c'est que cette réforme, elle passe coûte que coûte ?
Il faut que cette réforme passe, mais moi, je ne désespère pas et je souhaite, je vous dis très clairement, je souhaite que l'on puisse voter cet après-midi.
Quitte à ce que la réforme soit rejetée, donc.
Écoutez, moi, je suppose... Il faut prendre le risque. Je pense qu'il faut prendre le risque. Vous savez, Nicolas Sarkozy, lorsqu'il a fait la réforme constitutionnelle, il a gagné d'une seule voix. La vie politique, c'est aussi prendre des risques. La vie politique, lorsque vous présentez à des élections, vous n'êtes pas sûr de gagner. Quelquefois, vous gagnez de quelques voix. Et puis, chacun devra dire ce qu'il fait. Parce que, si c'est le 49-3, vous ne saurez pas ce qu'auraient voté les uns et les autres. C'est tellement facile de rentrer ensuite en circonscription, de dire, non, non, non, le vote était bloqué.
La gauche et les syndicats, eux, ils réclament une consultation citoyenne. Ils disent qu'elle concerne tous les Français, que c'est trop important et qu'il faut les consulter. Vous en pensez quoi ?
La même gauche du Parti Socialiste du gouvernement, qu'est-ce qu'elle a fait en 2015 ? Est-ce qu'elle est revenue en arrière sur la réforme d'Irik Verge de 2010 qui a prévu de relier à 72 ans ? Jamais. Elle a même fait, et puis, elle a mis en place la loi Touraine qui prévoit 43 années de cotisation en 2030. Vous savez, la gauche ne sont pas du tout unies. C'était une alliance électorale, on a bien vu. Et les députés socialistes ont tous voté cette loi Touraine à l'époque. Donc, pas de consultation citoyenne, vous êtes contre ? Non, mais moi, je ne suis pas du tout opposé aux consultations citoyennes.
Au contraire, lorsqu'il y a eu la privatisation de l'aéroport de Paris, j'ai fait partie des signataires. Donc, vous voyez, ce n'est pas le sujet. Ce que je veux dire simplement, c'est qu'à un moment ou à un autre, on a une légitimité, elle peut être consistée. Moi, j'entends les manifestants. D'abord, il y a eu tellement de mauvaises communications du gouvernement, cette réforme. Lorsqu'on a dit que les femmes étaient oubliées, c'est là où il y a le plus d'avancée. Lorsqu'on a dit que les carrières longues, on ne faisait rien. Oui, personne n'a rien fait depuis tant d'années.
Alors, ce contrat senior, cet index dont je parlais tout à l'heure, les taux d'accident du travail, maladie professionnelle, c'est un amendement important que nous avons porté avec le groupe, avec Christophe Blanchet en particulier, parce que les seniors sont pénalisés dans les entreprises. Nous avons porté, il y a des avancées. Oui, on demandera des efforts en plus, mais il y a des avancées.
Vous avez parlé d'une mauvaise communication du gouvernement. Vous trouvez que le président et le gouvernement ont mal géré cette réforme ?
Non, je trouve qu'on aurait pu s'y prendre mieux. Regardez sur les femmes, les horreurs de communication qui ont été faites. Regardez sur les 1200 euros, où beaucoup plus de personnes semblent être concernées. Mais c'est une réforme tellement compliquée, tellement technique, tellement difficile. qu'il faut vraiment en maîtriser tous les éléments de manière à apporter la vraie information.
Plusieurs sondeurs et politologues qu'on a reçus sur France Inter, mais aussi des syndicats, s'inquiètent des conséquences à long terme de l'adoption de cette réforme. Avec cette forte contestation sociale dans des enquêtes, on voit aussi que le niveau de confiance dans les institutions est au plus bas. Est-ce que vous ne craignez pas cette défiance d'une partie des Français à long terme ?
Et dans les prochaines échéances électorales ? Un échec de la réforme, c'est le fait qu'on ait coupé le lien avec les partenaires sociaux. D'ailleurs, nous étions porteurs de nombreux amendements. Il faut renouer le doigt-logue, vous voyez ? Et comment on fait ? Dans un seul exemple, on a proposé une clause de revoyure. En clair, de faire un bilan de cette réforme dans 4 ans. J'ai porté cet amendement, d'ailleurs il est passé en commission mixte paritaire, on a même un peu tordu le bras au gouvernement. Il y aura un débat à l'Assemblée, au Sénat. Il y aura un débat avec les partenaires sociaux.
Il y aura un rapport qui sera fait par la Cour des comptes, par le Conseil supérieur de la retraite, de manière à ce qu'on sache les choses. Vous voyez, sur la pénibilité, il faut remettre les syndicats dans la boucle. Sur l'affaire des contrats seigneurs, je l'ai dit tout à l'heure rapidement, il faut remettre les syndicats dans la boucle. On a besoin du paritarisme. Un dernier mot sur les syndicats. Vous savez qu'ils cogèrent Agir Carco. Vous savez à quel âge on part avec une retraite complémentaire à taux plein ? À 64 ans, ce sont les syndicats qui l'ont décidé. Donc moi je les respecte.
Philippe Vigier, député Modem de Rélois, vous étiez l'invité du 5-7. Sous-titrage ST' 501
Philippe Vigier