Tempête Goretti : des risques de pénuries dans les grandes surfaces ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Peut-être que les autorités sanitaires en feront plus. Mais il faut rassurer le consommateur français. Quand il achète une mangue en février, il mange un produit sain. - A.-E.Lemoine: Vous n'essayez pas de les convaincre de consommer des produits de saison? - A.Bompard: J'essaye toujours, mais parfois, j'échoue.
Dans ces cas-là, on a envie de produits hors saison. - A.-E.Lemoine: Vos consommateurs ont pu constater qu'il manquait des produits en rayon à cause de l'épisode de neige qui a perturbé la France.
Il y a encore des produits frais qui manquent? - A.Bompard: Je connais bien mes magasins.
C'est pas dans un des miens, d'ailleurs. Le magasin était vraiment très vide. On a eu quelques Difficultés d'approvisionnement, liées aux arrêtés de circulation.
Des camions ont été arrêtés. On a plus de camions sur la route depuis ce matin. On a des cellules de crise...
Grosso modo, jusqu'à mardi soir, tout allait bien. Mercredi et ce matin, c'était plus délicat. On avait un certain nombre de pénuries.
A partir de demain Matin, les choses vont rentrer dans l'ordre. - A.-E.Lemoine: Malgré la tempête? - A.Bompard: Ca n'aura pas d'impact. - A.-E.Lemoine: Ca touche tout le littoral.
Un mot sur les oeufs. On a de plus en plus de mal à en trouver en rayon. Le quotidien "Nord Littoral" en a même fait sa une mardi.
C'est un problème de production ou de demande trop forte? - A.Bompard: C'est un problème de demande avant tout.
On consomme 15 milliards d'oeufs en France. C'est la protéine de qualité recommandée par tous les régimes de santé et pas chère. C'est aussi le reflet des changements de modes de consommation à cause de la crise du pouvoir d'achat.
La demande augmente de 5 %, la production ne veut pas augmenter à ces niveaux-là. De temps en temps, il y a des pincements. D'où, dans tel ou tel magasin, une pénurie de quelques jours.
Nous, on n'a pas eu trop ça, mais des confrères l'ont vécu. Globalement, ça vient d'une demande très forte, d'une production qui a été un peu touchée par la grippe aviaire. - P.Lescure: Durant les repas de fête, la raclette a battu le chapon.
On s'en vantait sur les réseaux sociaux. - J'adore la raclette à Noël. C'est un vrai repas festif d'hiver. ... - P.Lescure: La raclette sur la table à Noël, c'est le signe que les consommateurs préfèrent casser certaines traditions pour une question de prix? - A.Bompard: Ils ont eu envie de se faire plaisir, mais dans une logique d'arbitrage.
La raclette, produit phare du 31, est aussi devenue le produit phare du 24. Le crémant a un peu remplacé le champagne. Le foie gras est en recul.
La truite a un peu remplacé le saumon. Les jeux de société ont un peu remplacé les consoles. Le consommateur français arbitre en permanence.
Il y a 20 millions de consommateurs qui ont du mal à boucler les fins de mois. Il y a 10 millions de consommateurs qui sont sous le seuil de pauvreté. Ca se traduit par le fait qu'à Noël, on a quand même envie de se faire plaisir et donc, on substitue des produits moins chers aux produits traditionnels de fête. - A.-E.Lemoine: Parfois, on utilise les tickets-restaurants pour augmenter son pouvoir d'achat.
Les restaurateurs sont furieux. Et vous? - A.Bompard: On a obtenu l'extension des tickets-restaurants à nos métiers parce qu'on vend des produits frais, des solutions de repas.
Dans les boutiques de décoration où vous trouvez 3 M&M's, je suis pas totalement sûr qu'on soit dans la logique. Ca doit concerner les restaurants et tous ceux qui offrent des solutions de repas complètes, dont nous. Là, c'est pas le cas. - P.Cohen: Question au grand patron que vous êtes.
Contrairement à vos concurrents, Carrefour est une entreprise intégrée. Vous êtes le 1er employeur privé de France. Quel regard portez-vous sur la palinodie budgétaire que connaît la France, sur le fait que la France n'a toujours pas de budget et que le budget, tel qu'il est aujourd'hui, est extrêmement déficitaire, à plus de 5,5 % du PIB avec des solutions qui consistent à surtaxer en partie le bénéfice des entreprises? - A.Bompard: Je m'en désole.
Je me désole qu'après 6 mois de budget, un concours Lépine fiscal qui a commencé avant l'été, des réflexions sur les dépenses publiques de l'Etat, des collectivités, de la Sécurité sociale, on arrive, à la fin, avec cette espèce d'improbable choix entre un mauvais budget ou un mauvais budget. Plus d'impôts pour les entreprises, donc moins de compétitivité, donc moins d'emploi et d'innovation, l'abandon de la réforme des retraites...
On sait qu'on devra y revenir. Ou alors, pas de budget. On a passé l'année 2025 sur ce sujet pour arriver à cette équation qui n'est pas acceptable.
On a 57 % de dépenses publiques en France. La dépense publique représente 57 % du PIB. Je ne dis pas que c'est facile, mais on est arrivés à la fin de tout ça avec comme seule solution: "Et si on mettait une surtaxe sur les grands entreprises?" - P.Cohen: C'est une responsabilité collective ou c'est quelqu'un en particulier? - A.Bompard: C'est une situation politique inextricable.
C'est une grande difficulté à faire baisser la dépense publique de manière structurelle. On en revient, à la toute fin, avec l'idée: "Il y a un seul truc qu'on peut faire, mettre une surtaxe sur les sociétés, qui nous fait sortir de la compétition mondiale." Quand vous faites 25 % de taux d'IS en moyenne et que vous, vous allez être à 35, vous êtes à 20 points de différentiel par rapport aux meilleurs.
Quand vous avez le choix de l'endroit où vous allez innover, vous ne le faites pas en France. Quand vous sanctionnez les entreprises, vous sanctionnez l'investissement et l'emploi. Vous fragilisez même les petites entreprises.
On négocie en permanence avec eux. Si on est sous tension, on les met sous tension. Je me désole de cette situation, ce qui a peu d'impact sur la situation politique. - E.Tran Nguyen: Lidl a choisi d'arrêter de faire de la publicité à la télévision.
La raison, c'est une réglementation jugée trop rigide pour l'enseigne allemande, qui a été condamnée pour pratiques commerciales trompeuses. L'enseigne présentait des promotions pour des produits avec un affichage attractif, sans assurer leur disponibilité...
Lidl dit qu'il va miser sur la publicité digitale. - Avec mes baskets Lidl, il peut rien m'arriver. - Contre le froid, ils ont fait des sweats. - Je me la pète! - E.Tran Nguyen: A se demander si elle avait encore besoin des médias traditionnels pour communiquer.
Certains y croient encore, à raison, surtout quand on pense au loup d'Intermarché, devenu connu dans le monde entier. ... - E.Tran Nguyen: Publicité qui fait pleurer et qui a aussi un coût.
L'enseigne n'a pas voulu le communiquer. On sait qu'elle a coûté moins d'un million d'euros. Quand on voit le succès à côté des vidéos des supermarchés sur les réseaux sociaux, ça pose la question du retour sur investissement.
Là, à Carrefour, les employés s'occupent de la pub des magasins en s'amusant, en dansant dans les rayons. Des vidéos parfois vues par des centaines de milliers d'utilisateurs, voire des millions. Ca attire aussi de nouveaux clients, plus jeunes, au point de vous faire danser, vous, A.Bompard, sur TikTok. - A.Bompard: On m'a vu très vite, c'est très bien. - A.-E.Lemoine: Ah oui, en pull rouge. - E.Tran Nguyen: Vous êtes là.
Vous aussi, vous allez renoncer aux médias traditionnels? - A.Bompard: A titre personnel?
On va continuer de faire de la publicité en médias traditionnels. C'est important. Malgré tout, c'est la capacité de toucher un nombre important de Français.
Mais ça montre l'extraordinaire foisonnement de ce secteur. Il y a quelques années, on disait que c'était ringard. Il y a une diversité d'initiatives dans votre film qui montre la vitalité du secteur, la créativité. 150 000 personnes travaillent dans un magasin Carrefour.
Il y a des compétitions partout, des vidéos partout, sur tous les sujets. Ca montre une image différente. - A.-E.Lemoine: Et ça ramène des consommateurs? - A.Bompard: Ca rapproche d'une population qui nous est moins naturelle.
Ca nous donne une image de modernité qu'on n'avait pas forcément. Vous dire que ça se traduit par une augmentation de chiffre d'affaires, non. En revanche, il y a de la place pour l'ensemble des types de publicité sur l'ensemble des supports.
La publicité sur les médias traditionnels restera pour nous une nécessité.
Manuel Bompard