Olga Givernet - Le Barbier du matin du 18/01/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Olga Givernais, bonjour. Bonjour. Merci d'être là. On va commencer en rebondissant sur la chronique un peu ironique d'Annabelle. Toutes ces annonces pour l'école, l'instruction civique, la marseillaise, l'uniforme. On a entendu dire que c'était réactionnaire depuis 24 heures qu'il y a eu cette conférence de presse.
Réactionnaire ? Eh bien écoutez, moi j'ai l'impression que c'est dans la vraie continuité du travail qui a été fait sur l'école par Gabriel Attal en voulant remettre de l'autorité, en voulant remettre au centre aussi les valeurs de la République surtout sur notre jeunesse. Donc moi je trouve en fait qu'il a effectivement donné le cadre de ce que voulait être cette école.
Alors on est dans le symbole, mais ceux qui critiquent cette déclaration disent non, ce qu'il faut pour rétablir l'autorité c'est plus de professeurs, c'est augmenter les professeurs pour avoir de meilleurs professeurs. C'est vrai aussi.
Alors il y a les augmentations et des fêtes sur les questions des fonctionnaires. Il y a eu du travail de fait jusqu'à présent. On sait qu'on a encore un problème sur le remplacement et comment gérer nos ressources humaines. Moi je le tiens dans mon département de l'Ain, on le voit avec des difficultés pour avoir une attractivité sur l'enseignement.
Dès qu'on est un peu en zone rurale, les profs ne veulent pas venir.
Quand on est un peu éloigné, quand on a une zone de vie chère notamment aussi, et moi je voudrais aussi rappeler que Stanislas Guérini, l'ancien ministre des fonctionnaires...
Et peut-être le futur, parce que le président a l'air de vouloir le renommer.
Et ce serait une bonne chose je pense, a pu annoncer par exemple chez nous une zone de vie chère avec des indemnités de résidence. Donc l'État est au côté des enseignants évidemment, parce que ces zones de vie chère au niveau frontalier, on le connaît.
Qu'est-ce qu'on peut faire pour éveiller la vocation chez des jeunes, pour leur dire mais devenez prof de maths, devenez prof de physique ?
Je pense qu'il faut redonner envie à ce que l'école soit la formation pour nos jeunes citoyens, envie de transmettre. Et on le reconnaît, moi je vois les enseignants de mes filles, ils sont très à la tâche de cela. Mais c'est vrai qu'on parle souvent beaucoup plus des difficultés que de ce que peut apporter l'école de la République. Je rappelle que l'école de la République, c'est l'école publique et l'école privée également, puisque l'ensemble des enseignants dépendent de l'éducation nationale. Et c'est de donner envie de pouvoir former nos citoyens de demain, de transmettre des matières. Le président a dit qu'il voulait le remettre de l'histoire de l'art.
Mais aussi on a mis un coup sur les mathématiques qui étaient un peu délaissées sur les dernières années. Et Gabriel Attal veut garder dans son giron le fait d'avoir une école qui permette à chacun de trouver sa voie.
Qui est ministre de l'éducation ? Est-ce que c'est le président de la République qui en parle beaucoup ? Il a dit que c'est régalien ? Est-ce que c'est Gabriel Attal qui a dit j'emmène l'école à Matignon ? Ou est-ce que c'est Amélie Oudéa-Castera ?
Je crois que le message qui est passé, c'est que tout le gouvernement doit se saisir de cette volonté de mettre un coup sur l'école, qu'il puisse y avoir et de l'autorité, et de l'enseignement, et de l'éducation autour des enfants. C'est l'avenir de la France. Et cette volonté-là, je crois qu'il faut embarquer tout le monde et que chacun puisse en parler à son niveau. Moi j'en parle de malcirconscription. Et puis les ministres eux-mêmes transmettent et mettent en place les mesures nécessaires.
Et justement, vous voyez, vous comme élu de terrain, comme parent d'élève, à quel point c'est difficile d'avoir la confiance des interlocuteurs. Est-ce qu'Amélie Oudéa-Castera ne devrait pas laisser son poste ? Parce qu'elle n'a plus la confiance des syndicats.
Alors Amélie Oudéa-Castera, moi je l'ai soutenue. Elle a eu des propos qui pourraient paraître maladroits, mais elle a parlé quand même de choses qui étaient une réalité, d'avoir des problèmes sur la question des remplacements d'enseignants. C'est le vécu des profs, ça et des parents. Oui, mais je vous rassure, que ce soit dans le public ou dans le privé, dans les zones difficiles, délicates, c'est le même problème. Donc je pense que c'est un leurre de croire que le privé peut apporter mieux que le public.
Mais je pense aussi que c'est peut-être un symptôme de certaines familles de classe moyenne qui pensent en fait donner du meilleur à leurs enfants, parce qu'il y a cette peur de déclassement. Et je crois qu'il faut être lucide aussi, nous, la majorité, de cette peur du déclassement. D'ailleurs, le président de la République met un gros focus sur toutes ces familles de classe moyenne pour pouvoir apporter des solutions sur les questions économiques et de pouvoir d'achat, mais sur les questions aussi d'enseignement et de sécurité.
Alors, parmi les angoisses de ces classes moyennes, il y a la difficulté à prévoir des enfants. Parce qu'avoir un enfant aujourd'hui, ça pose un problème de logement, ça pose un problème d'emploi du temps pour la maman souvent. Réduire à six mois le congé de parentalité, est-ce que ce n'est pas une erreur ?
Alors, c'est surtout qu'il puisse être réparti entre le père et la mère et la volonté de pouvoir prendre du temps auprès de ses enfants. La question de la fertilité, on en a parlé, il y a une baisse des natalités en France. On peut se poser des questions, j'en discute avec mes enfants, avec leurs amis. Ils n'ont pas envie d'avoir des enfants ? Ils n'ont pas envie d'avoir des enfants.
Pourquoi ? Parce qu'ils ne veulent pas alourdir la planète ? Souvent, ils disent ça.
Alors avant, quand j'entendais cela, c'était plutôt une question de personnel. Et là, je crois qu'il y a vraiment un espèce d'engagement et de se demander qu'est-ce que sera la planète plus tard ? Est-ce que faire des enfants, justement, ça n'aggrave pas les problèmes écologiques et environnementaux ? Et je trouve aussi que ça donne un signal de manque de confiance dans l'avenir. Donc, il faut redonner cette envie.
En discutant entre nous, on peut évoquer potentiellement d'avoir tout ce qui est aide et allocation familiale dès le premier enfant, pour donner envie de rentrer dans la parentalité et puis de montrer finalement que ça a du bon et qu'on est très content de pouvoir élever des enfants, de leur donner le meilleur, mais aussi de les préparer à être dans le monde de demain. C'est eux, notre avenir.
Pour en finir avec cette conférence de presse, on attend toujours les ministres délégués et les secrétaires d'État qui manquent. Ils ne seront peut-être nommés que la semaine prochaine. Est-ce que ce n'est pas un peu irresponsable alors que les dossiers continuent ?
Alors, les dossiers continuent. Et puis nous, en tant que parlementaires, on attend aussi de savoir quels seront nos interlocuteurs. Mais l'ensemble des champs ont été couverts par les ministres. C'est vrai qu'ils ont des ministères élargis pour un gouvernement resserré. C'est la volonté du ministre, du Premier ministre et du Président de la République. Et nous, il nous faut aussi des interlocuteurs dans les cabinets.
C'est cruel pour ceux qui sont encore en poste et qui expédient les affaires courantes en ce moment.
Ça n'empêche pas que des sujets comme chez moi, en Auvergne-Rhône-Alpes, le sujet du Lion-Turin, où on a besoin de faire trouver les financements. On continue de travailler avec les services de l'État. Les sujets sont embarqués. Et d'ailleurs, il n'y a pas eu du tout de coup de barre dans un sens ou dans un autre de la part d'Emmanuel Macron dans sa conférence de presse. Donc, on reste sur une lignée. Par contre, on ressent l'énergie, la volonté, le dynamisme d'aller plus loin, plus fort et de poursuivre ces réformes.
Avec des mesures, des réformes qui passeront peut-être ailleurs qu'au Parlement. On a beaucoup entendu parler de décrets, de circulaires. Peut-être que le Président veut court-circuiter le Parlement qui est si compliqué à piloter.
Alors, moi, je ne le vois pas comme un court-circuitage. J'ai d'ailleurs demandé, on est plusieurs à le demander, à ce qu'on puisse être un peu libéré de nos obligations de légiférer pour qu'on soit plus sur le terrain. Il faut savoir que depuis un an et demi, on est en majorité relative, ce qui nous mobilise beaucoup plus à Paris, dans l'hémicycle, pour voter. Parfois sur des sujets qui ne sont pas les nôtres. Mais bon, on doit être là quand même pour lever la main. Et alors que l'action politique se fait aussi sur le terrain, au contact des gens, des habitants, pour relayer, expliquer quels sont les choix. Donc, si ça se passe comme ça, moi, ça ne pose pas ce problème.
Par contre, il faut que ce soit en lien avec le Parlement et qu'il nous informe que des mesures passant de manière réglementaire par les dégrès, eh bien, on puisse nous-mêmes s'en saisir et démontrer que c'est des travaux qu'on a menés. Notre travail de parlementaire, c'est de légiférer, mais c'est aussi de contrôler l'action du gouvernement et donc de démontrer que les mesures prises par le gouvernement s'appliquent bien correctement sur le terrain. C'est faire aussi du contrôle, le contrôle de l'efficacité de l'État. Le contrôle et aussi de l'évaluation, puisqu'à la fin, on regarde si la mise en place atteint les objectifs que nous souhaitons atteindre.
Le président était à Davos hier, sommet économique. Il a dit au patron, aidez les classes moyennes, augmentez les salaires. Vous pensez que les chefs d'entreprise vont entendre ce message dans votre département ? L'un qui est très dynamique économiquement. Est-ce que les chefs d'entreprise vont augmenter les salaires ?
Alors, c'est en fonction de leur capacité, mais ce que les chefs d'entreprise se rendent compte, c'est qu'ils ont du mal à recruter. Et s'ils ont du mal à recruter, c'est aussi qu'ils doivent être attractifs sur les offres de poste et les salaires qui vont avec. Donc, je pense que dans ce contexte où on tend vers le plein emploi, il faut aussi faire un effort pour être plus attractif vers les personnes compétentes, leur proposer de la formation également. Et donc, je pense qu'on est dans le bon moment pour demander à ce que les entreprises fassent cet effort.
On a une croissance aussi, et je tiens à le rappeler, parce que c'est quand même quelque chose, après les multiples crises que nous avons, nous avons toujours une croissance économique. Et donc, qu'il puisse y avoir sur les employés un juste retour par les primes. Moi, j'ai versé une prime sur le partage de la valeur à mes collaborateurs. J'encourage l'ensemble des chefs d'entreprise à le faire auprès de leurs employés. Ça leur permet de les garder, de les fidéliser, de pouvoir continuer de les former et d'être plus performants dans leur travail et de s'épanouir.
Alors, vous allez déposer et défendre une proposition de loi originale. Vous voulez diminuer le poids des véhicules, des voitures. Pourquoi ?
Pourquoi ? Parce que j'ai fait un travail depuis un an et demi sur la sobriété. Et c'était de la sobriété énergétique. On se rend compte qu'il faut faire plus attention à la consommation de nos ressources. Et d'ailleurs, c'est très bien accueilli dans la population et surtout dans les jeunes qui sont sensibilisés par la question écologique. Et on le sait, les efforts qu'on a pu faire dans le bâtiment, dans d'autres secteurs, sur le transport, on peine encore à avoir une baisse de l'utilisation de ces ressources. Donc, baisser le poids des véhicules, ça permet d'utiliser moins d'énergie à la construction et moins de matériaux.
Et ça permet après, lorsqu'on se déplace avec son véhicule, de moins consommer également. Et donc, c'est bon pour le porte-monnaie et c'est bon aussi pour la planète.
Ce n'est pas un problème de sécurité ? Est-ce qu'il y a un véhicule moins léger et moins lourd ? Est-ce qu'il n'est pas moins solide ?
Alors déjà, il y a des petits véhicules qui roulent et ce qu'on appelle les classes A et B, ce qui sont les véhicules les plus utilisés par les particuliers. Donc, pourquoi avoir des véhicules plus gros ? Je ne veux pas viser directement les SUV, mais quand même... La maire de Paris organise un référendum contre les SUV. Voilà, quand on sait qu'on a des gros véhicules, en plus avec qu'une seule personne à l'intérieur, ça pose problème. Donc, l'objectif, c'est d'avoir un parc de véhicules qui ne continue pas d'augmenter et de s'alourdir. On est aujourd'hui à 1,2 tonne en moyenne à l'immatriculation 2022. On prévoit en 2050 à être à 1,5 tonne.
Il faut absolument arrêter cette inflation du poids des véhicules. On peut avoir un véhicule tout à fait léger et qui permet de faire les transports du quotidien.
Vous êtes prête à taxer les entreprises qui ne joueraient pas le jeu de cet allégement des véhicules ?
Alors oui, c'est ce que je propose, mais il faut savoir qu'il y a déjà un malus au poids qui a été instauré dans le budget. Et dès 2024, pour un véhicule thermique qui fait plus d'une tonne 6, eh bien, il y a un malus au poids. Et donc, au-delà d'une tonne 6, si on est à 2 tonnes, j'ai fait le calcul, c'est 6 000 euros de malus. Donc, je pense que ça permet quand même d'y réfléchir à deux fois lorsqu'on achète un véhicule, de savoir qu'il soit suffisamment dimensionné, mais pas trop non plus, parce que le confort, aujourd'hui, les véhicules le donnent, et la sécurité aussi, quand bien même ils ne font pas 2 tonnes, 2 tonnes 5 ou 3 tonnes. Donc, c'est vraiment pour inciter les personnes.
Et moi, ce que je propose pour aller plus loin, c'est de l'imposer aux flottes professionnelles. Ce qu'il faut savoir, c'est que les véhicules neufs sont achetés pour moitié par les professionnels, les entreprises ou du leasing. Et c'est les véhicules de demain qui se retrouveront sur le marché de l'occasion. Mais aujourd'hui, en fait, ils sont trop lourds, c'est des classes C et D, alors que, vraiment, les gens ont besoin des classes A et B, et donc, de pouvoir avoir une corrélation. On a une date pour la proposition de loi ? Alors, moi, je viens de la déposer. Et on va raconter la débattue.
Voilà, on va discuter. Eh bien, on le cas, Givernais, bonne route, merci et bonne journée.
Merci. Merci beaucoup, Christophe Barbier. Demain, 7h45, votre invité sera Céline Calvez, députée des Hauts-de-Seine et spécialiste de l'éducation.
Olga Givernet