FRANÇOIS ASSELINEAU - Petit-déjeuner interview anthropologique - DPA #53
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François Asselineau, bonjour, bonjour. Bonjour. Soyez le bienvenu au petit déjeuner de Devenir pour agir. Et merci de nous recevoir au siège de l'UPR dans le 11e à Paris, dans vos locaux. Je suis chez vous. J'en suis très honoré. Merci. Vous êtes le bienvenu. Merci beaucoup. Je voudrais commencer par une citation de l'écrivain conférencier Paolo Amaro. Et voilà ce qu'il dit. « Quand je me laisse aller à ce que je suis, je deviens qui je voudrais être ». François Asselineau, je ne vais pas vous demander qui souhaitez-vous devenir, mais simplement qui êtes-vous.
Alors ça commence fort avec vos questions de nature philosophique pour un peu... Vous avez raison d'ailleurs de poser ce genre de questions, parce qu'honnêtement, je pense que c'est une des questions essentielles que devraient se poser les électeurs lorsqu'ils voient un homme ou une femme se présenter devant eux pour l'élection présidentielle. C'est qu'est-ce qu'ils recherchent, en fait ? Alors moi, en deux mots, les gens me connaissent un petit peu. Moi, j'ai 64 ans.
Je suis diplômé d'HEC, ancien élève de l'ENA, sorti à l'Inspection générale des finances, et ensuite avec un cursus de haut fonctionnaire qui m'a amené à me rapprocher, à travailler dans des cabinets ministériels, au cabinet du ministre de l'Industrie et du Commerce extérieur, M. Longuet, sous le gouvernement Balladur, sous la cohabitation avec François Mitterrand, et puis ensuite, notamment au cabinet du ministre des Affaires étrangères, M. De Charette, sous la présidence Chirac, donc le gouvernement Juppé. Quand j'étais enfant, je suis né dans une famille où il y avait des personnes de toutes les origines politiques, en tout cas.
Mes parents, mon père, étaient un milieu de cadre supérieur, donc assez aisé, mais pas très supérieur. Ce n'était pas un cadre dirigeant. Et sinon, mes grands-parents étaient des gens très modestes. Mon père avait réussi le concours de l'École centrale de Paris. C'était le premier de la famille qui avait son bac. Donc ça, j'ai été élevé dans la religion de la promotion républicaine par l'école. Donc c'est quelque chose qui est très important pour moi. C'est la noblesse de l'éducation républicaine. Mais j'avais donc des personnes qui étaient un petit peu de... Voilà, beaucoup d'opinions. Et au bout du compte, comme dit la chanson, tout ça, ça faisait d'excellents français.
C'est-à-dire que même si dans les dîners de famille... Moi, ça m'échappait. J'avais 8 ans, 10 ans. J'entendais des gens qui se disputaient sur des sujets politiques. Il y avait des gens de droite, des gens de gauche, etc. Au bout du compte, c'était quand même la même famille. Ça, c'est important pour moi. Je n'ai pas un esprit de parti. Deuxièmement, depuis que je suis petit, je me suis intéressé énormément aux civilisations étrangères. Pour moi, c'est quelque chose qui me passionne. Et je n'ai jamais envisagé d'être un homme politique, au départ. Moi, ce que je voulais, c'était... J'ai une grande passion pour les voyages. Je suis allé dans 95 pays du monde, aussi bien à titre de touriste.
Et quand je dis touriste, c'est plutôt... Je ne vais pratiquement jamais dans des voyages organisés. Jamais, en fait. J'y vais sac à dos. Voilà. J'aime bien visiter par moi-même, rencontrer les gens. Et voilà. Passionné par les voyages, mais aussi par la compréhension des cultures étrangères. Voilà. Il y a quelque chose qui me plaît beaucoup. Et quand vous faites quelque chose qui vous plaît, vous enregistrez tout. Les gens, parfois, s'étonnent le fait que j'ai une mémoire qui les surprend sur des tas de choses. Parce qu'effectivement, quand je suis allé en Inde, je me suis beaucoup documenté sur...
Avant, pendant et après, sur les grandes religions de l'Inde, et en particulier sur les différents textes les plus importants de l'hindouisme, depuis le Veda, le Rig Veda, jusqu'aux Upanishads. C'est vraiment des choses qui m'ont passionné. Mais aussi bien, quand je vais dans des pays musulmans, j'ai lu le Coran, etc. Voilà. Donc je suis quelqu'un d'extrêmement intéressé par l'être humain, d'une façon générale. Et c'est un petit peu comme dans le Candide de Voltaire. Vous savez où Candide revient chez lui, puis il dit « Maintenant, il est temps de cultiver son jardin ». Il se trouve qu'après la sortie d'HEC, j'ai eu la chance de faire mon service national comme coopérant au Japon.
Et c'était en 1981, au moment où la France élusait François Mitterrand. Et moi, je me rappelle, le 11 mai 1981, à Tokyo, à 5 heures du matin, il y a un téléphone qui sonne. Et c'était mon père qui me réveillait pour m'annoncer très excité que François Mitterrand venait d'être élu à l'Élysée. Alors moi, j'étais à 14 000 km. Effectivement, j'étais un peu surpris. Mais ce qui m'a vraiment... C'était un grand enseignement pour moi. C'est quand j'ai découvert le lendemain, le surlendemain, au Japon, c'était quelque chose comme ça.
Et de mon séjour au Japon, qui est un pays que j'ai vraiment énormément aimé, je suis revenu en France en me disant « Mais finalement, qu'est-ce que c'est qu'être français ? ». Et je pense qu'à partir de ce moment-là, j'ai donné à mon déroulement de vie une quête un petit peu « Qu'est-ce que c'est qu'être français ? ». Je suis de ce bout de terre-là. Et pourquoi ? Et qu'est-ce que je peux faire pour mon pays ?
Ce qui est génial. Merci pour votre présentation. Parce que dans votre présentation, vous avez évoqué tous les thèmes que nous allons aborder maintenant. Donc je vous remercie. Vous venez, il y a quelques instants, où vous êtes défini comme un homme politique. Qu'est-ce qu'un homme politique pour vous ? Peut-être allez-vous faire vôtre cette belle phrase de Victor Hugo, qui définit l'homme politique à la manière suivante, je vous le cite. « Tenter, braver, persister, être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, tenir bon, tenir tête, voilà les exemples dont le peuple l'ont besoin et la lumière qui les électrise ». Est-ce que pour vous...
Alors d'abord, je ne connaissais pas cette citation. C'est une belle citation. Est-ce que vous identifiez à cette... Peut-être, oui. En tout cas, beaucoup plus à ça qu'à beaucoup d'autres choses. Parce que le parcours professionnel que j'ai rapidement brossé, normalement, si j'avais suivi le cursus sonorum, comme on dit, le cours normal des choses dans la société française telle qu'elle est, avec les diplômes que j'avais, normalement, j'aurais dû quitter le service de l'État à la quarantaine, entrer dans une grande banque commerciale. C'était ce que font les inspecteurs généraux des finances. Et terminer directeur général, président, voilà, avec des évoluments tout à fait considérables.
Un président d'une grande banque commerciale gagne quelque chose comme 250 000 €, 300 000 € par mois. C'est ça. Bon. Donc ça n'est pas le choix que j'ai fait. Et ça pose d'ailleurs une question qui est le rapport que j'ai à l'argent et le rapport que les gens ont à l'argent. Je pense qu'un des malheurs franchement importants de la société française d'aujourd'hui, c'est la primauté constante de l'argent. Or, la France est un pays de tradition catholique. Et dans la tradition catholique, l'argent est chrétienne de façon générale, mais catholique plus particulièrement. L'argent, c'est pas quelque chose de bien. C'est quelque chose qu'on cache, c'est quelque chose qui n'est pas...
Et on a d'autres idéaux. D'ailleurs, des grands idéaux de la France tout au long de cette histoire, ce sont des gens qui se sont mobilisés pour des idéaux pour la patrie, pour la France, pour la recherche. On est typiquement le pays en France avec des grands scientifiques, des chercheurs qui trouvent des choses géniales, mais dont la mise en application pratique qui rapporterait beaucoup d'argent ne les intéresse pas. Ça, c'est typiquement peut-être ce côté hérité de la période chevaleresque, mais aussi très imprimé par le christianisme et le catholicisme. Donc en tout cas, moi, je suis un petit peu dans ce sens. C'est-à-dire que moi, si je suis devenue...
Si je fais de la politique, ça n'est pas pour gagner de l'argent, puisque j'en gagne infiniment moins. Je tire le diable par la queue par rapport à ce que je gagnerais si j'avais fait ce que normalement j'aurais dû faire. Par ailleurs, je ne suis pas allé dans des partis politiques installés. J'ai créé un parti politique. Et non pas par... Il y a des gens qui pensent que c'est par vanité personnelle, qui disent que j'ai un égo des mesures. Non, c'est le contraire qui est vrai.
C'est que j'ai fait ce qu'il m'a semblé que je devais faire pour me regarder dans la glace vis-à-vis de toutes ces personnes que j'ai évoquées tout à l'heure, des parents que j'ai aimées, des grands-parents, des ont-têtans, des gens qui sont morts depuis 10 ans, 20 ans, 30 ans, dont j'ai toujours la mémoire. Et je me dis « Mais les pauvres, si vous voyez la France aujourd'hui, ils seraient horrifiés ». Oui, c'est ça. Donc je me sens plutôt dans la chaîne des générations. Et je voudrais... En fait, ce que je voudrais, c'était ce qu'avait dit De Gaulle. Il avait dit un jour quelque chose qui est assez fort. Ça a l'air tout bête.
Mais vous savez, parfois, les choses les plus bêtes sont en fait les plus puissantes. Il avait dit qu'il faisait tout ce qu'il faisait pour... Il s'adressait avant tout à toutes celles et tous ceux qui veulent que la France reste la France. C'est ça que je voudrais. Moi, je voudrais que la France reste la France avec ses qualités et ses défauts, mais avec ce peuple qui a... Donc toute l'histoire depuis 1 500 ans, ou même depuis 2 000 ans, si on monte jusqu'à Vercingétorix, quitte à faire un peu des anachronismes. C'est quand même une volonté d'indépendance nationale. Un Français, d'abord, étymologiquement, ça veut dire... C'est la tribu des Frankens. Ça veut dire les hommes libres.
Donc normalement, être Français, c'est d'abord être libre. C'est d'abord être râleur, critiqué, ne pas obéir toujours très bien, etc., et exercer toujours son sens critique. Ce qui ne veut pas dire par ailleurs que ça n'est pas un peuple attachant, parce que par ailleurs, globalement, je pense que les Français sont des gens qui sont... Quand on franchit la carapace, sont des gens qui ont le cœur sur la main, en fait, qui aiment se mobiliser pour des grands idéaux.
Alors, je rappelle, en effet, que je vous interview aujourd'hui parce que vous êtes candidat déclaré à la présidentielle 2022. Il y a quelques semaines, vous avez organisé une conférence de presse pour présenter votre programme 27 propositions plus une. Oui, c'est exact. Voilà. Je trouvais ça très, très subtil et intéressant. C'est intéressant. Ma question est la suivante. Et vous dites que, voilà, mes 27 engagements, 27 plus 1 engagement, vous dites que l'objectif de ce programme, c'est finalement de répondre à ce que veulent les Français, c'est-à-dire la démocratie.
Et dans ce programme, vous l'avez, si je puis dire, découpé en trois grandes parties qui est tout simplement la devise de la France, liberté, égalité, fraternité. Je voudrais que vous, François Asselineau, est-ce que vous pourriez redonner la définition, pour vous, de la liberté ? Parce que si vous proposez un programme pour redonner aux Français, finalement, leur devise, notre devise, c'est que nous l'avons perdue.
Oui, je pense qu'on l'a assez largement perdue. Bon. Alors là, c'est un peu des devoirs de philo de terminale. Liberté, égalité, fraternité... D'abord, ce sont des choses qui sont antagonistes. Ça fait... Beaucoup de gens ont réfléchi. La liberté est souvent le contraire de l'égalité. Parce que ça a donné d'ailleurs les critiques sur les régimes égalitaristes. L'égalitarisme, c'est un défaut. D'ailleurs, tout ce qui se termine en isme, en général, c'est pas bon. Donc l'égalitarisme, ça voudrait dire qu'on arrasse tout le monde, et que les gens, quels que soient, si les gens travaillent ou travaillent pas, ils sont... Voilà. Ça, c'est un... On voit bien que cet excès est négatif.
De la même façon qu'une liberté excessive, voilà, c'était la parole... Vous savez, c'est la liberté qui opprime et la loi qui a franchi. C'est l'accordaire qui avait dit ça. Donc trop de liberté, s'il n'y a pas de cadre, ça débouche sur l'anarchie, voire la décadence généralisée. Donc il y a une subtile contradiction dans les termes entre liberté et égalité. Et puis la fraternité qui est arrivée après coup. La Révolution française, à la fin du XVIIIe siècle, c'était liberté et égalité. C'est avec Louis-Philippe qui est arrivé le troisième terme de fraternité. Est arrivé aussi le coq gaulois, etc. Bon. Ce sont des idéaux qui sont pas si faciles que ça à conjuguer.
Mais il y a beaucoup de gens qui ont réfléchi sur le sujet. Vous savez que quelqu'un comme Châteaubriand, donc aristocrate, conservateur, favorable à la restauration, écrit au début du XIXe siècle... Donc lui, il est très contre la Révolution. Mais comme il est pas bête, il a compris que le monde change et qu'on ne pourra pas revenir en arrière. Châteaubriand dit « En fait, les Français se fichent pas mal de la liberté. L'égalité seule est leur idole ». Il avait un raisonnement d'un aristocrate qui voyait effectivement les demandes des Français qui voulaient être égaux au même niveau que lui. Et Michelet, qui est un grand historien, il y a écrit quelques décennies après, vers 1860.
Il fait son histoire de la Révolution française. Et il a cette formule extraordinaire où il dit « En fait, la Révolution en France a fait 32 millions de nobles ». Parce qu'il y avait 32 millions de Français à l'époque. 32 millions de nobles, ça veut dire qu'en fait, les Français veulent... C'est des tribus gauloises. Ils se jalousent. Ils s'épisent. C'est pas le meilleur côté des Français. Mais il y a cette volonté d'égalité qui prime parfois sur la liberté. Nous, ce que j'essaie de faire quand même, c'est que dans ces grands moments, la France a quand même été le pays de la liberté. C'est comme ça qu'elle est appelée d'ailleurs dans le monde.
Et je pense qu'actuellement, il y a vraiment des choses qui ne vont pas. La démocratie ne fonctionne plus. La démocratie a été entièrement phagocytée par des intérêts privés, des intérêts économiques et financiers. La façon, par exemple, dont actuellement, je suis complètement invisibilisé dans les médias alors que je suis le premier candidat à avoir présenté un programme. Je ne doute pas d'ailleurs qu'il va y avoir certains candidats qui l'épluchent et qui vont essayer de se l'approprier et qui, eux, auront droit à tous les médias.
C'est comme ça que j'ai un certain nombre de mes analyses depuis maintenant 15 ans sont piquées ici ou là, travesties, tordues et pour le plus grand profit des autres. Il n'en demeure pas moins que je continue mon travail. Je pense en tout cas que la liberté doit être restaurée en France à de très nombreux égards et qu'on devrait instaurer un système qui s'inspire davantage de régimes démocratiques. Mais ça n'est pas d'un point de vue anthropologique nécessairement ce qui est le plus caractéristique des Français. Je l'ai dit tout à l'heure. Si vous avez par exemple...
Regardez les pays du Nord de l'Europe, avec les traditions scandinaves, les traditions vikings, sont des pays beaucoup plus démocratiques. Nous, la France, on est un pays, là encore, comme je l'ai dit tout à l'heure, de traditions catholiques, comme l'Italie, comme l'Espagne, comme le Portugal. Nous, il y a quand même Rome qui est derrière encore. C'est cette tradition avec la noblesse des métiers, de la fonction publique, le goût pour celui qui va bien parler. Ça, c'est terrible en France. Moi, je le vois. On voit des beaux parleurs... Excusez-moi. Je dis ce que je pense.
Donc je pense que Macron, en 2016-2017, il a enfumé la population française par des discours comme ça, qui étaient conçus par des sociétés de communication, et avec évidemment tout le renfort des grandes sociétés médiatiques tenues par des oligarques qui l'ont promu pour défendre leurs intérêts à eux. Donc... Et il y a des gens qui sont tombés dans le panneau... Mais si vous regardiez ce que disait Macron, c'était extrêmement contestable. Et aujourd'hui, je demande une seule chose, c'est de pouvoir débattre longuement avec quelqu'un comme M. Zemmour. M. Zemmour, par exemple, il n'est pas le seul. Mais lui, tout particulièrement, c'est quelqu'un qui est un beau parleur.
Mais quand on regarde très exactement ce qu'il dit, c'est truffé d'erreurs. Enfin c'est incroyable. Je vais d'ailleurs faire une vidéo là-dessus. Quand il dit des questions en matière d'histoire, en matière de droit, il dit n'importe quoi. Mais il le dit avec un aplomb, voilà, qui est assez extraordinaire. Je vous rappelle, j'avais débattu une fois avec lui sur CNews. Il m'avait dit... Il m'avait menti, mais effrontément. Il disait qu'il n'y avait aucun immigré en Pologne et en Grèce. C'est totalement faux. Sauf que comme il était le maître des horloges après, il avait coupé l'émission, après, il y a des gens qui m'ont dit « Vous avez vu, vous vous êtes fait avoir par Zemmour ».
Non, non, non, pas du tout. Moi, je ne demande qu'une seule chose, c'est qu'on débatte chiffres à l'appui et qu'on débatte en questions juridiques et tout. Je reviens sur mon propos. Il y a un problème en France. C'est que la liberté est suivie de très près. Elle est en fait verrouillée par tout un système médiatique. L'égalité, donc, est une certaine façon la contrepartie... Enfin l'opposé de la liberté. Il y a, je pense, eu une... Comment dirais-je ? Des dérives au cours du XXe siècle avec une tendance à un trop grand égalitarisme. Je le pense sincèrement. par exemple dans l'école.
Je pense, par exemple, dans mon programme, il y a l'idée de rétablir les prix à la fin de l'année pour récompenser les meilleurs élèves. Alors ça paraît une vieille lune. Mais je ne vois pas pourquoi... Il y a des concours partout, si vous voulez. Si vous répondez sur... Je sais pas, moi, Fun Radio ou sur... Vous participez à une émission radiophonique. Vous savez quel est l'acteur américain qui a été dans telle série. Là, vous allez avoir un prix. Mais quelqu'un qui travaille très bien à l'école pendant un an, il ne pourrait pas avoir un prix. Enfin les enfants, ils ont besoin de ça. Ils ont besoin d'avoir des gens qui... D'une émulation. C'est comme ça dans toutes les civilisations.
Et comme la question de l'éducation est quelque chose que je crois extrêmement important, il faut rétablir de l'émulation et le sens de l'effort au détriment peut-être d'une espèce d'égalité de façade. Parce que l'égalitarisme... Cette volonté par exemple... Maintenant, tout le monde a le bac. Si tout le monde a le bac, plus personne n'a le bac, en fait. Bon. Et ça veut dire quoi au bout du compte ? Au bout du compte, ce sont les enfants des catégories sociales les plus favorisées qui gagnent. Parce que ce qui fait la noblesse de l'enseignement, de l'éducation nationale et du sens de l'effort et de récompenser l'effort, c'est que, justement, ça gomme les catégories sociales.
Et vous avez la censure sociale qui fonctionne. En 1900... Dans les années d'après Seconde Guerre mondiale... Je vous ai dit que mon père a raté Polytechnique. Lui, il a eu l'École centrale de Paris. Mais j'ai retrouvé des statistiques. À Polytechnique, vers 1949-50, il y avait, je crois, quelque chose comme 30 à 35 % de fils d'ouvriers. Aujourd'hui, il y a 2 % de fils d'ouvriers. C'est-à-dire qu'on fait de l'endogamie.
C'est-à-dire qu'à partir du moment où on a cassé la récompense au mérite, le travail, l'effort, etc., par une idéologie du style « on est tous copains », « chacun fait ce qu'il veut », etc., d'abord, on a ruiné le magistère et l'autorité et le respect que l'on doit au professeur ou à l'enseignant. Mais en plus de ça, au bout du compte... Je vais corser le trait parce que c'est pas tout à fait vrai. C'est même pas vrai. Mais si je corser le trait, parfois, l'enseignement se transforme en garderie. Et en fait, ce sont ceux qui, comme aurait dit Pierre Bourdieu, ont du capital social et du capital intellectuel à la maison
qui vont en bénéficier. Ça, c'est pour l'égalité. — François Asselineau, je voudrais reprendre quand même plusieurs points. Vous parlez d'Emmanuel Macron. Vous avez parlé d'Éric Zemmour. Vous avez évoqué ce qui vous différencie. Il y aurait-il quelque chose qui vous unit à eux ? — Je sais pas. Si vous voulez me faire dire que... Vous savez, c'était le deuxième fils de Charles X,
le duc de Berry, qui... En 1815, il y a les débris de l'armée napoleine après Waterloo, qui rencontre les troupes royalistes dans le nord de la France et commence à se tirer dessus, entre donc des grognards de la grande armée qui sont en déroute et puis des troupes royalistes fidèles à Louis XVIII. Et le duc de Berry, qui est le deuxième fils de Charles X, s'entremet et dit... Cessez le feu. Cessez le feu. Nous sommes tous Français. C'est resté célèbre. Il y a eu des médailles qui ont été faites sur le sujet. Donc moi, j'aurais tendance à dire... A priori, on est tous Français. Donc on devrait quand même avoir une solidarité. Mais à peine est-ce que j'ai dit ça...
Malheureusement, je n'en suis pas si certain. Parce que je pense que ce qui me sépare de quelqu'un comme Emmanuel Macron est absolument considérable. Parce qu'en fait, Emmanuel Macron ne croit plus à la France. D'ailleurs, il l'a dit. Il n'y a pas de culture française. Il s'en fiche, en fait. En fait, il fait partie d'une catégorie de la population qui vit dans un autre monde, dans un monde où les frontières, les nations n'ont plus de sens. Ils n'ont plus de sens. Tous les quinquennats qui étaient en train de se terminer montrent qu'il n'a jamais vraiment défendu les intérêts des Français. Au contraire, il a tout bazardé. Voilà.
Donc moi, je suis extraordinairement sévère sur quelqu'un comme Macron. Je pense d'une certaine façon... En plus, comme j'ai beaucoup voyagé, je le disais tout à l'heure, je sens que j'ai aussi des... Il y a toute une famille humaine avec laquelle je me sens en accord. Et d'une certaine façon, lorsque je vois des peuples qui luttent pour rester souverains et indépendants, je comprends leur combat. Parce que je pense que le monde de demain doit être un monde... Il faut absolument éviter d'avoir une espèce de monocivilisation qui s'impose à la planète entière.
— Oui. Et en fait, vous me faites penser exactement à ce que dit Lévi-Strauss à sa manière, puisqu'il affirme que chaque culture a le droit de défendre son identité pour le bien de l'humanité.
François Sineau, quelle est l'identité de la France ? — Ah. Alors c'est le titre d'une série de livres, je crois, de Fernand Broudel, qui avait dit ça, qui disait... D'abord, la France, c'est diversité. C'est un pays extraordinairement divers du point de vue du climat, du point de vue de la composition ethnique de base. On a des gens d'origine celtique. On a des gens d'origine germaine. On a des gens d'origine latine. On a des gens d'origine basque. C'est un melting pot qui est... Parce que la France est au carrefour de l'Europe occidentale. Tout le monde est passé par là. Enfin les celtes, les romains, les barbares, etc. Et puis il y a eu ce coup de génie qui est symbolisé par le...
Comment dirais-je... le baptême de Clarovec, à la fin du 5e siècle, qui va se prendre le nom romanisé de Clovis, qui se convertit au christianisme. Et donc le clergé impose... Enfin refuse, interdit les mariages clanniques. C'est-à-dire qu'il va y avoir, à partir du 5e siècle, cette idée qui est vraiment typiquement française, où on ne fait pas la différence entre la couleur de la peau, l'origine, etc. Bien sûr que ça existe. Mais c'est un pays beaucoup moins que les anglo-saxons, par exemple. Beaucoup, beaucoup moins. Il y a une tradition de brassage en France qui est tout à fait considérable. Et ce qui fait d'ailleurs l'originalité du peuple français...
Je parle sauf maintenant avec les grandes migrations de la fin du 20e siècle, qui ont un peu bouleversé la donne. Mais traditionnellement, les Espagnols ou les Portugais, ils ont les cheveux bruns et les yeux marrons et la peau mate. Et puis les Suédois ou les Finlandais, ils ont les cheveux blonds et puis les yeux bleus et la peau claire. En France, pas. En France, vous avez tout. Vous avez des gens qui ont la peau claire, la peau mate. Vous avez des yeux bleus, des yeux marrons, des yeux verts. Et je parle avant les grandes migrations. Ça, c'est une des caractéristiques, je crois, des Français. C'est d'être une terre de carrefour. La 2e chose, c'est d'avoir été forgé par Rome.
C'est un pays fondamentalement... Notre langue est dérivé du latin. Donc il y a toute une vision du monde qui est derrière. Et ensuite par l'Église catholique. Voilà. Et donc c'est une erreur de faire comme si ça n'existait pas. Je vois parfois des gens qui disent... Qui parlent des valeurs républicaines. Moi, je suis attaché aux valeurs républicaines. Mais quand on me dit, par exemple, que tout serait valeurs républicaines... Tout serait valeurs républicaines. Non, c'est pas tout à fait vrai. Par exemple, certains veulent opposer les valeurs républicaines à l'islam. Non, c'est pas vrai. Il y a des républiques islamiques. La Mauritanie, le Pakistan, l'Iran sont des républiques islamiques.
Donc c'est pas consubstantiel à la République d'être ou non. En revanche, il y a des valeurs qui sont vraiment françaises et qui sont partagées par tous les Français, y compris d'origine immigrée, y compris des musulmans. C'est par exemple le principe de l'égalité de l'homme et de la femme, le principe de la monogamie, le principe de... Il n'y a pas d'interdits alimentaires ou alors tout à fait superficiels. Donc je n'imagine pas des Français dans 100 ans ou dans 200 ans qui auraient arraché les vignes du Bordelais et du Beaujolais. Ça, ça n'existe pas. Donc on a des traditions, une tradition d'origine chrétienne, une tradition d'origine latine, etc.
Tout ça, ça compte dans le creuset français. Et puis alors on a notre histoire. Et notre histoire, comme nous sommes un pays très divers, avec donc des langues et des peuples différents, ce pays est une création politique. Ça, c'est très important. Il y a un peuple italien d'origine. Il y a un peuple allemand d'origine. Par exemple, l'Italie ou l'Allemagne sont des pays qui se sont unifiés tardivement au XIXe siècle, mais qui ont des peuples d'origine, alors que la France aurait pu ne pas exister à plusieurs reprises dans notre histoire.
Par exemple, lors du dimanche de Bouvines en 1215, si Philippe Auguste avait été battu par la coalition européenne, on aurait très bien pu avoir une France qui n'existe pas. On aurait pu... Enfin toute notre histoire a été une volonté d'un roi de France, ensuite poursuivi par la République, d'agglomérer dans un même ensemble quelque chose qui ressemble en fait à un hexagone comme les forts de Vauban. Il y a toute une théorisation qui a voulu que toutes les guerres de Louis XIV à la frontière nord-est, c'était pour faire son précaré, comme il disait, c'est-à-dire que ça ressemble à une forteresse à la Vauban. Et donc il y a une volonté d'unification avec une centralisation qui est...
La France a été très traditionnellement comparée aux autres pays du monde comme un pays centralisateur et unificateur. Et ça, c'est très important, parce que même si actuellement, il y a des forces centrifuges qui sont d'ailleurs entraînées par l'Europe, qui poussent à l'Europe des régions, qui poussent à la dislocation du tissu national, ce qui, à mon avis, est une erreur fondamentale, puisque notre identité, c'est justement le contraire, eh bien malgré ça, vous voyez très bien ce qui se passe dans la société française encore aujourd'hui. L'élection présidentielle, c'est l'élection du roi de France. Et c'est perçu comme tel par les Français.
Et d'ailleurs, malheureusement, ils n'ont pas tout à fait tort, parce qu'il a un pouvoir tout à fait considérable. Et il est cette espèce de rendez-vous qui est désormais quinquennage, qui, à mon avis, est un rythme trop rapide, d'ailleurs. Le septennat était préférable. Mais tout a été abandonné dans l'idée de De Gaulle, puisque De Gaulle avait bien fait la différence entre le monarque qui envisage les choses à long terme et le Premier ministre qui gère la France au quotidien et qui ramasse l'impopularité. Les Français, donc, se tournent vers l'élection présidentielle, un peu comme vers le Messie, ce qui n'est pas forcément une très bonne chose. Mais c'est ainsi.
Et donc je pense que le grand rendez-vous de tous les 5 ans devrait être le moment où les Français se posent vraiment la question « Qu'est-ce qu'on veut faire de notre pays ? ». Et malheureusement, je trouve que le débat commence déjà comme ça a été le cas en 2016-2017, comme ça avait été le cas en 2011-2012, comme ça avait été le cas auparavant. Il est subtilisé aux Français. Les Français, on leur cache une partie de l'offre politique. On ne les fait pas réfléchir. On leur fait des émissions qui sont de l'amusement. Ils ne vont pas au fond des choses.
– François Asselineau, malheureusement, le temps passe extrêmement vite. Mais nous aurons l'occasion de nous retrouver pour discuter de la politique et de la philosophie. Je voudrais me faire le porte-parole des étudiants. Je m'occupe de beaucoup de jeunes et d'étudiants. beaucoup me disent « Je ne crois plus en la politique et je ne crois plus aux politiques ». Pourquoi vous croire ?
– Alors je dirais peut-être par une boutin. La meilleure façon, la plus grande raison de me croire, c'est que je suis caché par les médias. Voilà. C'est que je suis ce qui ne doit pas arriver. Je vais me comparer – c'est un petit peu audacieux et un peu prétentieux – mais je me compare par moments un peu à l'académicien soviétique Sakharov, qui, dans les années 70 du XXe siècle, il était au sommet de la société soviétique. Il était académicien. C'était quelque chose de très très très important. Bon, c'est comme moi. L'inspection générale des finances est un des deux plus grands corps de l'État avec le Conseil d'État. Donc Sakharov avait la voix de tous les honneurs.
Il pouvait circuler dans le monde. Il faisait partie de la nomenclatura. Il avait tout. Et il a fait prévaloir ce qu'il pensait être la vérité, c'est-à-dire qu'il a commencé à dire des choses qui n'étaient pas... Il a remis en cause l'essence même de la construction du socialisme. Il a remis en cause. Il a dit que ça ne marchait pas, que c'était un truc dictatorial. Voilà. Et donc du coup, il est tombé dans un cul de base fausse. Il a brisé sa carrière. Mais 20 ans, 30 ans, 50 ans après, son nom reste quand même la quintessence de la résistance à l'oppression. Donc moi, c'est pareil. Je n'ai pas cherché mon bien-être personnel. Je n'ai pas cherché la voie ni des honneurs ni de l'argent.
J'ai cherché à faire ce que je crois devoir faire conformément à la vérité que l'on doit notamment à nos ancêtres qui ont fait la France et à nos successeurs qui en hériteront. Je pense que les étudiants doivent absolument se défaire de ce qu'ils regardent à la télé, parce que la télé... Qui possède la télé ? C'est soit l'État qui est en main de Macron, soit des intérêts achetés par des milliardaires, que ce soit la télé, les radios, c'est pareil, ou même les journaux. Les journaux sont extrêmement déficitaires. Pourquoi est-ce que des milliardaires achètent des journaux extrêmement déficitaires ? Bon, les radios et les télés sont très peu rentables. Pourquoi est-ce qu'ils achètent ça ?
Parce que ce sont des moyens pour imposer leur volonté. Or, les milliardaires, ils ont intérêt à rester dans l'UE. Ils ont intérêt à rester dans l'euro. Ils ont intérêt à promouvoir la libre circulation des mouvements de capitaux. Ils ont intérêt... Pourquoi ? Parce qu'on constate depuis 20-30 ans que le nombre de milliardaires, leur richesse devient exponentielle. Mais en revanche, une partie de la population sombre dans la précarité, voire dans la misère. Et à partir du moment où je pose le sujet fondamental tel que je le pose, à ce moment-là, ce qui ne doit pas arriver, parce que comme par ailleurs, j'ai un pédigré...
Les gens savent que je suis sérieux, savent que je connais mes dossiers. C'est pas bien. Si j'étais un fantaisiste, si je disais n'importe quoi, là, j'aurais droit à voir aux médias. Si demain, je disais... Pas maintenant. Maintenant, c'est trop tard, parce qu'on me connaît. Mais si, à 20 ans, j'avais dit « Il faut une autre Europe et ci et ça », c'était très bon. Là, le point névralgique, il est là. Et j'invite vraiment les jeunes qui veulent comprendre ce qui se passe... Pas forcément à me croire personnellement, d'ailleurs, mais qu'ils utilisent la raison un peu comme Descartes, c'est-à-dire au crible de la raison, et qu'ils aillent se renseigner notamment sur Internet.
Là, d'ailleurs, vous avez souligné que dans mon programme, il y a la 27 plus 1. La plus unième, c'est que moi, je garantis que les 27 promesses précédentes, je pourrais les tenir parce que, justement, je m'en donne les moyens en sortant des traités européens, en les dénonçant. Et je ne dis pas que je vais les modifier parce que ça n'est pas possible de modifier les traités européens. Et ça, ça me distingue de tous les autres. Mais justement, c'est peut-être pour ça qu'on ne me donne plus la parole.
— Donc le message d'espérance que vous offrez aujourd'hui à la jeunesse, pour résumer ce que vous avez dit, c'est peut-être « user de votre raison ».
— User de la raison. — User de la raison. Et aussi autre chose... Alors ça, je dirais... C'est un petit peu la même chose que ce qu'avait dit Jean-Paul II en Pologne, je crois. C'est tirer des Évangiles. C'est une parole du Christ. N'ayez pas peur. Il faut que les Français, ils arrêtent d'avoir peur. N'ayez pas peur. C'est une parole christique. N'ayez pas peur. N'ayez pas peur de toutes ces forces qui essayent de vous imposer une pensée obligatoire, etc. Révoltez-vous. Redressez-vous. Comme disait De Gaulle, d'ailleurs. Redressez-vous. Et il faut que les Français se redressent. On est les héritiers d'un pays absolument extraordinaire... Depuis le baptême de Clovis, ça fait 1 500 ans.
Depuis les Capétiens, ça fait 1 000 ans. On est les héritiers d'un pays... Il n'y a nul autre pareil, qui a un rayonnement encore dans le monde très très très extraordinaire. Les Français ne doivent absolument comprendre que s'ils se redressent, c'est la voie du salut. Peu importe les gens qui vous disent « On est trop petit ». Mais non, c'est pas vrai. C'est pas vrai. C'est pas vrai. Vous avez des quantités d'États beaucoup plus petits dans le monde qui ne fusionnent pas avec les 26 pays à l'entour, Israël, Singapour, l'Uruguay. Ils savent très bien que... Non. Ce qui importe avant toute chose, c'est d'être soi-même et d'être fidèle à une vision
que l'on a de son propre pays. — Magnifique conclusion, François Sinon. Merci de m'avoir reçu. Et pour vous remercier, je vous offre mon dernier livre, mon 9e livre. — Ah ! Très bien. — Qui est sorti. Et je suis heureux de vous l'offrir. Voilà. Vous avez une... — Alors je crois que vous avez une vie tout à fait extraordinaire.
Vous êtes docteur en philosophie. Et puis j'ai vu... Ça m'a énormément touché, puisque j'ai vu que, paraît-il, vous avez été trouvée quand vous étiez bébé dans une poubelle à Bombay par Mère Thérésa en personne. Et donc ensuite, vous avez été adoptée par une famille française. Alors si vous me le permettez... D'abord, je vais dire ça avec beaucoup d'intérêt. Vous êtes la quintessence de ce que la France peut apporter au monde, d'une certaine façon. Et si vous me le permettez, je me permettrai
de vous inviter à cette fois-ci. C'est moi qui vous poserai des questions. — Avec grand plaisir, François Asselineau. Merci infiniment. Et permettez-moi de terminer cette émission par une très belle phrase d'Anne Schein qui, à mon sens, vous caractérise le plus. Voilà ce qu'il dit. N'essayez pas de devenir une personne qui a eu du succès, mais essayez de devenir une personne qui a de la valeur. François Asselineau, merci pour les valeurs que vous nous avez partagées aujourd'hui. Bon courage pour la présidentielle. Et je vous souhaite tout le succès. Merci infiniment. — Merci beaucoup, Emmanuel Leclerc.
François Asselineau