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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 23 mars 2020 28 minContradictoireActualité / polémiqueSantéÉconomie & entreprisesNumériqueInstitutions & élections

Philippe Juvin : "Le confinement est indispensable mais la bonne technique serait de tester plus de monde"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 45 %Attaque 25 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:41OuverteRéponse directe

    Comment s'est passée la journée de dimanche et où en êtes-vous ce matin ?

  • 1:25OuverteRéponse directe

    L'Ile-de-France est-elle arrivée à saturation ?

  • 2:15OuverteRéponse directe

    À quelle date attendez-vous le pic de l'épidémie ?

  • 2:46RelanceRéponse directe

    Expliquez-nous pourquoi ces gens sont littéralement foudroyés.

  • 4:09OuverteRéponse partielle

    Est-ce qu'il faut s'attendre à d'autres cas de ce genre dans vos rangs ?

  • 4:55OuverteRéponse partielle

    Combien de soignants ont été testés positifs dans votre hôpital ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:31PrésentateurChiffre
    « Samedi sur BFM, Philippe Juvin, vous disiez qu'il y avait une augmentation de 20% des patients en réanimation et de 35% des patients ventilés. »
  • 1:16Invité politiqueChiffre
    « Habituellement, dans un service d'urgence en temps normal, on hospitalise 15% des patients, et là, probablement, on était à plus de 60% de nos patients qu'on a dû garder parce qu'ils étaient extrêmement affaiblis. »
  • 8:34PrésentateurChiffre
    « La France réalise 5000 tests par jour. »
  • 12:09AuditeurChiffre
    « Il y a 300 000 traitements disponibles chez Sanofi Aventis. »
  • 17:00Invité politiqueFait
    « Tout le monde sur le pont. »
  • 22:40Invité politiqueFait
    « Personne n'a 1000 lits de réanimation. »

Temps de parole

  • Philippe Juvin66 %
  • Présentateur17 %
  • Invité9 %
  • Auditeur4 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous sommes en ligne ce matin avec le chef du service des urgences de l'hôpital Georges Pompidou à Paris. Il est également maire Les Républicains de la Garenne-Colomb. Vous avez la parole évidemment, amis auditeurs. 0145 24 7000, les réseaux sociaux, et passez aussi par l'application mobile de France Inter. Philippe Juvin, bonjour. Bonjour. Et merci d'être avec nous. Deux titres de presse ce matin, les hôpitaux face à la déferlante en Ile-de-France, ça c'est le Figaro, la vague est là pour l'énorme manchette à la une des échos. Samedi sur BFM, Philippe Juvin, vous disiez qu'il y avait une augmentation de 20% des patients en réanimation et de 35% des patients ventilés.

Alors dites-nous, pour commencer, comment s'est passée la journée de dimanche hier, et où en êtes-vous ce matin ?

0:48
Philippe Juvin

Eh bien nous avons vu continuer à arriver aux urgences de l'hôpital Pompidou, comme dans beaucoup d'urgences d'ailleurs de la région Ile-de-France, beaucoup de malades, qui, comme ça a été dit dans un précédent reportage ce matin chez vous, arrivent, après avoir passé plusieurs jours chez eux, très fatigués, très atteints, avec des difficultés respiratoires, et une proportion importante doit être hospitalisée. Il faut que vous considériez qu'habituellement, dans un service d'urgence en temps normal, on hospitalise 15% des patients, et là, probablement, on était à plus de 60% de nos patients qu'on a dû garder parce qu'ils étaient extrêmement affaiblis.

1:25
Présentateur

L'Ile-de-France est-elle arrivée à saturation, à l'heure où l'on parle ? Là, je parle des infrastructures hospitalières.

1:33
Philippe Juvin

Non, on a encore de la marge, on a encore des lits de réanimation qui sont ouverts, Dieu merci, et puis, on a également une capacité à développer des lits de réanimation, ou plus exactement, à faire de la réanimation dans des endroits qui n'y sont pas, a priori, prévus. Par exemple, on est en train de réquisitionner des réanimations cardiaques, qui sont des réanimations où on ne fait pas de ventilation lourde, habituellement. On pourrait également utiliser des salles de réveil, ou habituellement, on vous met après une intervention chirurgicale.

Je sais même que des réanimations pédiatriques peuvent être utilisées pour des adultes, dès lors qu'heureusement, il n'y a manifestement pas beaucoup de formes graves chez l'enfant.

2:15
Invité

Professeur Juvin, à quelle date attendez-vous le pic de l'épidémie ? Est-ce que vous avez de la visibilité sur cette question ?

2:21
Philippe Juvin

Non, moi, je n'en ai aucune, et pour être très franc, je ne sais pas si quelqu'un en a cette visibilité. En fait, certains disent, cette semaine, d'autres dans 10 jours, d'autres demain. En fait, on ne sait pas. Il faut beaucoup d'humilité dans cette affaire. Chaque jour, ce suffit, et chaque jour, on arrive, et chaque jour, on regarde une situation qu'on gère au mieux possible.

2:46
Invité

Vous disiez samedi, je vous cite, « La situation est d'une gravité que vous n'imaginez pas. Certains patients arrivent sur leurs deux pieds, nous parlent, et deux heures après, ils sont asphyxiés. Expliquez-nous pourquoi ces gens sont littéralement foudroyés. »

3:00
Philippe Juvin

Ils sont foudroyés parce que le virus est un agent infectieux qui se loge au fond de vos poumons, dans le petit sac qu'on appelle l'alvéole, qui est tapissé de cellules, les pneumocytes, pour utiliser des termes scientifiques, et le virus attaque ces cellules et empêche l'oxygène que vous respirez, qui rentre dans votre bouche, dans votre trachée, puis qui arrive au fond des poumons. Il empêche cet oxygène de franchir la barrière de cette cellule qui lui permettrait l'oxygène d'aller ensuite dans les vaisseaux et d'irriguer d'oxygène tous vos tissus.

En fait, il y a une altération de ce qu'on appelle la barrière alvéolo-capillaire, entre l'alvéole et le capillaire, le vaisseau, qui est détruite, qui est très inflammatoire, et c'est la raison pour laquelle les gens, du coup, peuvent respirer autant qu'ils veulent, mais en fait, ils sont asphyxiques, l'oxygène ne passe pas à la barrière du poumon.

3:58
Présentateur

Un médecin, Philippe Juvin, un médecin hospitalier, mort hier, urgentiste, c'est le premier, a dit Olivier Véran, le ministre de la Santé. Il était donc urgentiste dans l'Oise, à Compiègne. Est-ce qu'il faut s'attendre à d'autres cas de ce genre dans vos rangs, à vous ?

4:14
Philippe Juvin

C'est une question à la fois complexe et très délicate, vous imaginez. Comment vous dire ? À Wuhan, mais Wuhan a été l'épicentre de l'épidémie où les gens ne se protégeaient pas suffisamment. Au début, j'insiste, ce qui n'est plus notre cas, les statistiques chinoises, pour autant qu'elles soient vraies, disent que 63% des soignants ont été, à un moment ou à un donné, à un autre, infectés. Une infection de tout type, il y a des infections, de gens qui n'ont guère qu'une toux, une fatigue, heureusement. D'ailleurs, c'est la très grande majorité des cas. Écoutez, moi, je ne sais pas si c'est le premier, j'espère surtout que c'est le dernier.

4:55
Présentateur

Une question, on sait que les tests sont réservés en priorité aux personnels soignants. Combien ont été testés positifs dans votre hôpital ?

5:04
Philippe Juvin

Je n'ai pas le chiffre dans mon hôpital. Il y a quelques centaines de soignants qui sont positifs, manifestement, en Ile-de-France. Encore une fois, la majorité sont positifs avec des symptômes de faible importance. Vous savez, en fait, aux urgences, les gens sont en première ligne, les soignants sont en première ligne et les patients arrivent alors qu'ils sont souvent dans les premiers jours de la maladie ou dans leurs expectorations, dans leur sécrétion, il y a le taux maximal de virus. Elle est là, la gravité.

Donc il faut que nous, aux urgences, on soit extrêmement protégés et il faut que nos collègues de réanimation qui, eux, font des soins qui souvent les amènent à aller au fond de la gorge des gens pour mettre des tuyaux, etc. Et donc une période très contaminante soit aussi très protégée. Il y a vraiment deux populations qui sont surexposées en médecine, qui sont les urgentistes et les réanimateurs, mais en réalité, évidemment, tous les soignants à un moment ou à un autre.

6:09
Invité

Diriez-vous aujourd'hui que vous êtes suffisamment protégés ?

6:14
Philippe Juvin

Oui, je pense qu'on est suffisamment protégés à l'hôpital. En revanche, se pose la question des soignants qui sont en ville. Olivier Véran est venu dans notre hôpital nous rendre visite et rendre hommage aux soignants hier. Il nous a annoncé qu'ils avaient commandé des millions d'éléments de protection, des masques, etc. Je pense aux dentistes qui sont libéraux, qui sont un peu dépourvus et qui, eux, pourtant, regardent dans la gorge des gens où il y a le virus. La plus grande concentration est là.

Je pense à tous ces gens qui vont soigner dans les EHPAD, tous ces gens qui vont à domicile, même voir des personnes âgées dépendantes qui ont besoin ne serait-ce que d'être lavées, d'être nourries. Ces gens-là aussi méritent d'être protégés.

6:58
Invité

Aujourd'hui, Philippe Jevin, vous utilisez combien de masques par jour ? Et puis, décrivez-nous une journée type dans votre service. Ça commence à quelle heure ? Ça finit à quelle heure ? Racontez-nous votre quotidien d'urgentiste pendant l'épidémie.

7:10
Philippe Juvin

En réalité, il n'y a plus de journée type. La journée, elle est évidemment continue. 24 heures sur 24, il y a des gens qui arrivent et il y a des équipes d'infirmières, de médecins qui se relaient. Dans mon service, le relais se fait à 8h30 pour les médecins, un peu plus tôt pour les infirmiers. À 8h30, on se passe la consigne des patients encore présents. On se donne le compte-rendu des histoires les plus compliquées qu'on a eues durant la nuit pour apprendre. Et puis, en permanence, les patients arrivent, les internes les voient ou les seniors. Ensuite, on les revoit.

Quand ils doivent être hospitalisés parce qu'ils sont dans une situation préoccupante, on leur fait un test qui consiste à mettre un bâton, comme un grand coton-tige au fond du nez et à ramener les sécrétions. Et on a le résultat 12 ou 24 heures plus tard. Tous les patients sont isolés, bien entendu. Chaque fois qu'on entre dans une chambre d'un patient, on est obligé de se laver les mains, bien entendu, de se mettre une casaque, des gants, des lunettes, des protections. Quand on ressort, on fait les gestes inverses en se lavant.

Et tout ça est assez éprouvant physiquement parce que vous imaginez bien qu'après une journée de travail, on a parfois tendance à être un peu moins prudent sur les règles d'hygiène. Et c'est en cela que c'est un métier qui demande beaucoup de constance.

8:34
Présentateur

Philippe Juvin, la France réalise 5000 tests par jour. Olivier Véran a encore une fois justifié un usage rationnel et rationné, disons, de ces tests qui ne doivent être utilisés que pour les soignants et les personnes fragiles. L'Allemagne, elle, en réalise 25 000 par jour. L'Espagne entend se porter à 80 000 par jour. Est-ce qu'on doit, nous aussi, en France, déployer de la voilure et augmenter le nombre de personnes testées tous les jours ?

9:03
Philippe Juvin

Écoutez, évidemment. Évidemment, l'OMS, il y a une semaine, a dit qu'il fallait tester toute la population. C'est ça, le sujet. Aujourd'hui, quand vous venez dans mon service et que vous venez, par exemple, pour une simple toux, je vais vous examiner. Mais dès lors que je ne vous hospitaliserai pas et que vous n'avez pas de risque particulier, je vais vous renvoyer chez vous. Alors même que vous êtes peut-être infecté et infectant, je vais vous renvoyer à votre domicile. Vous allez côtoyer votre femme, vos enfants, etc. Et ça, je ne saurais pas réellement si vous êtes positif, mais je m'en doute et pourtant, je vous renvoie chez vous.

Le vrai sujet, en fait, entre le test et le confinement, c'est qu'il faut faire les deux d'une manière intelligente. Il faut tester un maximum de gens et confiner d'abord et en priorité, à part, bien entendu, ceux qui sont positifs. Sinon, ça n'a pas de sens. Le confinement tel que nous le faisons, il est indispensable parce qu'on n'a rien d'autre. Mais il est indispensable, je le dis, et c'est vraiment bien de l'avoir décidé. Mais la bonne technique serait de tester beaucoup, beaucoup, beaucoup plus de monde et de faire de ce test une arme de lutte et d'isolement des vrais malades. C'est ça le sujet.

10:08
Invité

L'avez-vous dit hier à Olivier Véran quand il est venu vous rendre visite et vous rendre hommage pour votre travail. Est-ce que vous avez dit à Olivier Véran, au ministre de la Santé, qu'il faut généraliser ces tests, qu'il faut en faire beaucoup plus, que c'est la véritable arme pour lutter contre cette technique ?

10:23
Philippe Juvin

Non seulement je lui ai dit, mais vous savez, Olivier Véran est un médecin, il sait tout ça. Tout ce que je vous dis, il le sait. Simplement, il vient d'arriver et il gère comme il le peut. Et je trouve plutôt bien une situation de pénurie extrême. On ne peut pas lui reprocher qu'on ne puisse pas faire de tests. Il y a deux semaines, il n'était pas ministre. Ce qu'il nous dit, c'est qu'il a commandé des millions de tests. Il faut qu'ils arrivent. Vous savez, c'est un peu comme en 1917, on attendait les Américains, mais il faut que les tests arrivent.

10:51
Présentateur

On est au standard, Philippe Juvin. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de questions d'auditeurs qui vous sont adressées. On va commencer avec Jean-Claude. Jean-Claude, bonjour. Oui, bonjour. Soyez le bienvenu, on vous écoute. Dites-nous tout.

11:08
Auditeur

Oui, bien écoutez, je vous appelle. On a été testés positifs. Moi, j'ai fait un stage prolongé avec un certain nombre de jeunes qui venaient de tout un tas de régions de Rhône-Alpes qui après sont apparues dans les projecteurs. Je me suis en quelque sorte auto-confiné. Il y a 15 jours de ça, j'ai appelé le 115 à midi. Sur 11 symptômes, j'en avais 9. On m'a dit, restez chez vous. Ne contaminez pas vos proches. Dans la semaine, j'avais de la fièvre, etc. Dans la semaine, ma femme a été contaminée. Elle est passée aux urgences. Elle est diagnostiquée positive. Fièvre, maux de tête, etc. Et voilà, on est chez nous. On est confinés. Pour moi, ça fait 15 jours. Ce n'est pas une nouveauté.

Et on apprend qu'il y a des traitements qui existent, qui sont des traitements qui sont donnés des fois même à titre de traitement préventif aux gens qui vont dans des zones où il y a du paludisme. C'est le professeur Raouf, vous en avez parlé, mais il a fallu longtemps pour crever ce mur du silence. Il y a une pétition sur change.org qui a atteint 150 000 signatures. Il faut qu'elle continue. Et il y a 300 000 traitements disponibles chez Sanofi Aventis. Alors, qu'est-ce qu'on attend ? Au moins pour en parler. Qu'est-ce qu'on attend pour ne plus traiter ce médicament comme un truc neuf pour lequel il faudrait 3 ans d'essai sur des cobayes, etc.

12:21
Présentateur

Vous parlez de la chloroquine. Merci, Jean-Claude, pour cette question. Je vais donner la parole à Zachary dans la foulée. Bonjour.

12:29
Invité

Oui, bonjour Nicolas. Et bonjour M. Juvain, justement. À la suite des recommandations du professeur Raouf sur la chloroquine, on a entendu des médecins reprendre la rhétorique martiale du président pour justifier l'utilisation de cette chloroquine. Donc, est-ce que cet état de guerre brandi par l'exécutif et la situation d'urgence sanitaire dans laquelle nous sommes peuvent justifier, justement, de passer outre les protocoles habituels ? Pardon. Ou est-ce qu'il faut, au contraire, justement, conserver ces gardes-fous mis à l'épreuve, notamment dans ces situations de crise ?

12:55
Présentateur

Merci, Zachary. Merci, Jean-Claude. Philippe Juvain, réponse.

13:00
Philippe Juvin

Alors, l'étude du professeur Raouf montre et semble montrer que c'est efficace. Il faut le dire très clairement. Le problème, c'est qu'un certain nombre de gens analysent cette étude en disant qu'elle souffre de défauts qui fait que les résultats ne seraient pas aussi probants que ça. Le véritable sujet, c'est qu'on n'a pas de traitement contre cette maladie, qui est une maladie très grave. Donc, il est sûr qu'il faut très, très rapidement qu'on sache si c'est efficace. Et il faut aussi une deuxième chose. Il faut qu'on produise très massivement dès maintenant le produit.

parce que si on a la confirmation et j'espère qu'on l'aura dans les jours qui viennent, qu'on peut le donner à tout le monde, enfin au maximum de gens, il va falloir qu'on le donne. Donc, il va falloir qu'on en ait. Et je ne sais pas quels sont les états de stock, mais nous sommes un pays qui est en a 66 millions d'habitants. Dans cette hypothèse, on pourrait le donner aux malades. Peut-être pourrait-on le donner aussi aux soignants, en préventif, comme votre auditeur l'a rappelé pour le paludisme. Et donc, il va falloir qu'on ait beaucoup, beaucoup de stocks. Là aussi, en fait, vous savez, cette guerre est une guerre logistique.

On l'a vu avec les tests, on l'a vu avec les masques, on le voit avec la question du confinement, peut-être demain avec la question du plaquenil, le médicament dont il va falloir qu'on donnera peut-être à tout le monde. C'est une question logistique. Il faut des logisticiens et des scientifiques. C'est comme ça qu'on va gagner.

14:26
Invité

Il y a des médecins qui mettent en cause encore hier soir dans le 20h de France 2, le professeur, le chef de service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon disait, attention, il ne faut pas trop dire aux gens que c'est un espoir, on ne le sait pas encore. Il y a très peu de tests cliniques qui ont été faits, 24. Il y a encore des médecins qui semblent dire, attention à ne pas trop brandir l'idée qu'on a trouvé le médicament miracle. Il faut faire attention aux effets secondaires, il faut faire attention au dosage de la chloroquine. Est-ce que vous entendez cela ou vous avez tendance à dire, écoutez, on a déjà des résultats positifs sur pas mal de personnes, il faut y aller ?

15:10
Philippe Juvin

Moi, je pense que les choses sont évidemment très, très complexes. On a envie de le donner parce qu'encore une fois, on n'a rien. Vous voyez, on n'a rien. Donc, on a envie de donner ce médicament qui est un médicament qui est connu depuis des années et qu'on prescrit en particulier les rhumatologues dans une pathologie qu'on appelle le lupus qui est une maladie inflammatoire peu fréquente mais grave. On a envie de le donner. En même temps, il faut bien vous dire que si on le donne à tout le monde, d'abord on risque de créer, si on le donne à tout le monde tout de suite là aujourd'hui, on risque de créer une pénurie pour les gens qui en ont vraiment besoin.

Je vous ai parlé de ces malades de cette fameuse maladie, le lupus. Ça serait quand même incroyable et effectivement, il y aura dans le lot quelques effets secondaires mais le problème, c'est que les effets secondaires hypothétiques devant une... Alors qu'en face, vous avez une maladie pulmonaire, le coronavirus, qui s'aggrave très vite, vous voyez, la balance est vite fait. Non, il faut vraiment qu'on sache dans les jours qui viennent pour savoir si on ouvre. Mais de toute façon, nous sommes... Enfin, plusieurs personnes déjà le prescrivent, le prescrivent, ces médicaments. Oui, plusieurs hôpitaux parisiens le prescrivent déjà. Mais bien sûr, bien sûr.

16:20
Présentateur

On retourne au standard, Philippe Juvin, c'est Jean-Pierre qui est en ligne et avec nous sur France Inter. Bonjour. Oui, bonjour. Est-ce que vous m'entendez ? Parfaitement bien, on vous écoute.

16:30
Auditeur

Je voulais savoir un petit peu où en était la mobilisation du secteur privé qui représente de nombreux lits de réanimation à savoir probablement près de 5 à 6 000 sur la France. On n'entend absolument pas de mobilisation de ce secteur. Et je voudrais poser la question au professeur. Est-ce que, de votre côté, vous faites appel aux anesthésistes du privé, aux matériels du privé, aux anesthésistes du privé ?

16:55
Présentateur

Merci Jean-Pierre pour cette question. Philippe Juvin vous répond.

16:58
Philippe Juvin

Alors évidemment, évidemment, je veux dire que tout le monde sur le pont. Tout le monde sur le pont. Alors on a demandé à quelques hôpitaux privés de nous prendre des malades. Alors certains jouent vraiment le jeu. D'autres prétendent qu'ils veulent jouer le jeu et quand on les appelle pour leur proposer un malade, trouvent des raisons pour ne pas nous les prendre. Alors je ne sais pas. Est-ce qu'ils n'ont vraiment pas de lit ? Ou est-ce qu'ils ont... Enfin, il y a peut-être d'autres raisons. Il y a d'un côté une déclaration très publique des hôpitaux privés en disant on a des lits libres, venez, etc.

Et sur le terrain, on perçoit souvent, je dis souvent, des réticences quand on propose des malades. Donc, voilà, ça serait bien que tout ça soit clarifié parce que vraiment on ne peut pas se payer de luxe qu'on ait des lits libres, vides, des respirateurs qui soient inutilisés. par exemple, aujourd'hui, j'ai quelqu'un que je connais qui travaille dans une clinique à Paris qui m'a indiqué qu'ils avaient quelques respirateurs de disponibles et on va essayer de voir si on ne peut pas les récupérer dans notre hôpital.

18:05
Présentateur

Deux questions qui nous viennent sur l'application de France Inter. Maximilien, sur le don du sang en raison des pénuries, y a-t-il un risque à se rendre dans les hôpitaux afin de se porter donneur ? Les procédures sont-elles modifiées en particulier pour les premiers dons ? Que pouvez-vous nous dire Philippe Juvin ? Maximilien souhaiterait donner son sang ?

18:28
Philippe Juvin

On peut toujours donner son sang et il le faut d'ailleurs parce que vous savez on parle du coronavirus mais en même temps aux urgences on continue à recevoir des gens qui ont besoin de sang qui saignent parce qu'ils ont une hémorragie qui ont des accidents alors moins aujourd'hui on a évidemment beaucoup moins d'accidents grâce au confinement mais on a toujours des besoins.

A ma connaissance samedi mais depuis samedi je ne me suis pas renseigné les banques en tout cas chez nous étaient suffisantes mais on en a besoin il ne faut surtout pas arrêter de donner du sang parce que de toute façon le sang c'est quelque chose qu'on ne sait pas fabriquer et on ne transfuse que du sang qu'on a pris à quelqu'un d'autre donc il nous faut du sang continuer à venir.

19:07
Invité

Est-ce qu'on est testé avant de donner son sang ?

19:10
Philippe Juvin

Est-ce qu'on est testé ? Non Sur le Covid ? On ne fait pas de prélèvement sur le Covid non non on vous interroge bien entendu.

19:16
Invité

Vous dites qu'il y a de moins en moins d'accidents et pourtant est-ce qu'avec les enfants confinés à la maison en permanence les risques d'accidents domestiques sont plus grands ? Est-ce que vous voyez une augmentation aux urgences d'accidents domestiques notamment avec les enfants ?

19:31
Philippe Juvin

Il faudrait voir avec des urgentistes pédiatres moi je ne m'occupe que d'adultes il est clair qu'il y a un risque d'augmentation d'accidents domestiques mais ce sont des accidents de nature différente de celles que nous connaissions avant par exemple dans mon hôpital nous étions la centre de polytraumatisés c'est-à-dire des gens qui arrivaient après des gros traumatismes accident de la route typiquement ou autre ceux-là évidemment c'est en chute libre heureusement heureusement ce qui nous permet de nous dégager du temps mais vous savez je raconte toujours cette histoire le 15 novembre durant les attentats du Bataclan alors que nous avions 60 ou 50 victimes qui arrivaient tout ensemble nous avons eu quelqu'un qui arrivait aux urgences qui avait un infarctus du myocarde et qu'il fallait bien traiter donc le système dont je vous parlais tout à l'heure la nécessité de l'organisation elle est fondamentale c'est-à-dire que si on est désorganisé non seulement on ne saura pas bien traiter les gens du coronavirus mais on ne saura pas bien traiter non plus les autres

20:31
Invité

mais justement que faites-vous que faites-vous professeur Juvin des malades qui n'ont pas le Covid-19 et qui se présentent aux urgences quelle est la procédure aujourd'hui ?

20:40
Philippe Juvin

alors le service est divisé en deux parties il y a une partie qui est spécialisée dans l'accueil du coronavirus qui peu à peu au fil des semaines a pris une grande importance qui est évidemment maintenant tout à fait majoritaire et puis il y a une partie que l'on qualifie de Covid-free sans Covid où on a des équipes qui ne font que ça qui ne se mêlent pas aux autres et on a des circuits de patients si on doit les hospitaliser ces patients qui ne sont pas suspects de Covid qui viennent pour autre chose nous les mettons dans des lits d'hospitalisation dans des secteurs strictement différents en fait nous essayons de créer une étanchéité la plus parfaite entre les deux secteurs pour des raisons évidentes

21:17
Présentateur

Philippe Juvin le sujet se pose normalement dans l'intimité du dialogue entre les familles et les médecins la question de savoir jusqu'à quand pousser la réanimation ça ce sont des des sujets oui que les uns comme les autres avons pu rencontrer dans nos vies là le sujet change de nature face à l'afflux de patients face à l'engorgement des hôpitaux et il change de nature aussi parce qu'il est posé publiquement et non pas dans la sphère intime privée et familiale comment gérez-vous la question du tri des malades en service de réanimation quelle est la doctrine pour vous à l'hôpital Pompidou

21:58
Philippe Juvin

il faut que vous sachiez qu'en réanimation et en médecine d'urgence depuis toujours nous devons faire des choix enfin ces choix nous les faisons d'abord en accord avec les patients eux-mêmes la famille d'une manière d'une manière collective il est clair que la question peut se poser d'une manière plus aiguë et un des sujets fondamentaux c'est justement ne pas avoir fait à avoir faire le choix je veux dire par là que tant qu'on a des capacités de réanimation suffisantes tant qu'on a un lit de plus que du nombre de patients qui arrivent le choix n'a pas à être fait vous voyez c'est de cet ordre là c'est comme ça que ça marche vous avez beau avoir 1000 lits de réanimation 1000 lits de réanimation ce qui est énorme personne n'a 1000 lits de réanimation dès lors que vous en avez un de plus qui est libre en fait la question que vous posez ne se pose pas et c'est pour ça que nous insistons tellement auprès de la population pour leur dire qu'ils se confinent parce que s'ils se confinent vous avez bien compris le confinement a pour effet un peu théorique mais je pense que c'est une réalité d'étaler la vague et qu'est-ce qui se passe si ce matin à Pompidou je reçois 100 patients graves d'un coup évidemment je ne pourrais pas les prendre tous en charge 100 d'un coup en revanche s'ils arrivent sur 10 jours je peux tous les prendre en charge et la question du tri n'a plus de sens mais cette question du tri c'est la question c'est la question ultime qui se pose à nous bien entendu il faut faire en sorte qu'on n'ait pas à se la poser

23:32
Invité

vous parlez du confinement Philippe Jevin le conseil d'état a refusé hier soir le confinement total que certains médecins réclamaient en urgence en référé et le conseil d'état a en revanche demandé que les exceptions au confinement soient nettement plus précisées par le gouvernement et notamment la question du jogging pensez-vous qu'il faut interdire le jogging par exemple ?

23:54
Philippe Juvin

alors d'abord je découvre que les conseillers d'état avaient une possibilité d'imposer à l'exécutif et au législatif leur philosophie dans un monde qui est labile où tout change où la vérité d'aujourd'hui n'est pas la vérité d'hier c'est quand même face à tout ça est à Chirac-Horédix et à Brac-Cabrantesque la question du confinement je vous l'ai dit tout à l'heure le confinement intelligent consisterait à confiner les gens qui sont positifs et qui ne soient pas confinés avec des gens qui sont négatifs pour qu'ils ne les infectent pas c'est ça le vrai sujet et c'est ce vers quoi il faut qu'on aille la politique du confinement doit évoluer intelligemment grâce parallèlement à un développement massif du dépistage je sais que l'exécutif est en train enfin il travaille activement mais c'est ça la solution alors maintenant aller faire son jogging tout seul dans la rue c'est pas un problème quand on est seul on ne rencontre personne donc ça je ne comprends pas cette position non j'avoue je n'ai pas compris

24:55
Présentateur

on a encore une question de Patrick que je salue bienvenue sur France Inter Patrick on vous écoute

25:01
Auditeur

oui bonjour je voulais juste apporter un témoignage mon fils travaille à l'hôpital Pompidou et je lui demandais si c'était bien protégé je l'ai eu au téléphone le vendredi dernier il me dit écoute depuis une semaine je garde le même masque et le soir je le mets dans ma blouse dans la poète et ma blouse au vestiaire et je le reprends le lendemain matin parce que c'est un appartement

25:23
Présentateur

voilà merci pour ce témoignage Patrick qui se déroule donc dans votre hôpital Philippe Juvin ça vous semble baroque incroyable ou tout à fait tout à fait possible franchement

25:35
Philippe Juvin

vous savez je suis très à l'aise sur la question des masques c'est moi qui il y a une semaine est un peu mis le pavé dans la mare avec ce scandale absolu des masques qui étaient 2 milliards il y a manifestement en 2012 ou 2013 et qui ont disparu donc je suis très à l'aise sur les masques dans mon hôpital je n'ai pas connaissance enfin il n'y a pas de rationnement de masques je vous le dis très tranquillement donc il faut que ce monsieur vienne me voir tout le monde sait où je suis en revanche oui la question se pose ailleurs je vous l'ai dit tout à l'heure il faut donner des masques aux dentistes

26:07
Présentateur

merci merci beaucoup Philippe Juvin je voudrais apporter une précision à ce que nous disions sur l'hôpital sur le secteur privé c'est Xavier qui nous envoie via l'application de France Inter le message suivant je suis chirurgien dans un hôpital privé nous avons arrêté toute activité programmée depuis plus d'une semaine et nos lits de réanimation sont en attente prêts à être utilisés je suis scandalisé donc que vous puissiez dire que l'hôpital privé ne prend pas sa charge voilà pour

26:36
Philippe Juvin

excusez-moi non non mais encore une fois vous savez c'est une affaire complexe je jette la pierre à tout le monde je vous dis simplement à personne que dans la personne oui c'est vrai vous avez raison les nuits sont dures on vous entend ce matin je vais vous dire très simplement les choses évidemment il y a des hôpitaux qui ont reçu nos patients sans aucune difficulté simplement je vous dis mon quotidien parfois on passe des coups de fil et parfois on a des gens qui sont un peu réticents alors que ce monsieur ne sait si me pas viser je serais très content qu'il me prenne mes patients et je serais très heureux avec lui de gagner la bataille

27:10
Présentateur

merci voilà le message est passé à Xavier merci beaucoup Philippe Juvin bon courage merci à vous et à vos épis

27:17
Invité

comment allez-vous Philippe Juvin on vous entend ce matin on entend la voix plus fatiguée qu'hier avant-hier et que d'habitude comment allez-vous

27:25
Philippe Juvin

écoutez ça va ça va ça va et les équipes tiennent le coup elles ont le moral elles sont assez soutenues par même très soutenues par les témoignages des uns et des autres ça c'est assez extraordinaire

27:38
Invité

et par les applaudissements

27:39
Philippe Juvin

c'est pas le journal de 20h qu'on attend mais ce sont les applaudissements de 20h et puis il y a des gens sympas qui nous apportent des pizzas des croissants le matin et au-delà de l'aspect calorique qui est important vous savez qu'à la guerre il faut que les troupes mangent il y a un aspect psychologique qui est évidemment majeur

27:57
Présentateur

allez bon courage à vous bon courage merci à vous et à vos équipes merci à vous

28:01
Locuteur

merci à vous merci à vous

Philippe Juvin : "Le confinement est indispensable mais la bonne technique serait de tester plus de monde" — Philippe Juvin · Pourquijevote