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interviewfranceinfo· 16 février 2026

L'interview en intégralité d'Alexis Corbière

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour Alexis Corbière. On commence naturellement cet entretien avec la mort samedi du jeune Quentin. Je rappelle qu'il a été lynché en marge d'une conférence à Sciences Po Lyon à laquelle participait la députée insoumise Rima Hassan.

Quelle est votre réaction sur ce drame ? D'abord, c'est une des premières fois que je m'exprime sur le sujet. Une pensée évidemment pour ce jeune homme, sa famille, ses proches, c'est horrible.

Mourir à 23 ans dans des conditions terribles, j'ai envie de dire un peu pour ses idées aussi, qui ne sont vraiment pas les miennes, on l'aura compris. Mais pour autant, rien ne doit justifier la violence, les coups. Fondamentalement, philosophiquement, quand on est contre la peine de mort, on est contre tous ces gestes qui peuvent entraîner la mort.

Donc j'ai une condamnation très nette de tout ça. Maintenant, on va échanger, mais doit venir aussi le moment de la clarté sur les faits. Cet après-midi, mais vous allez me poser la question, le procureur va s'exprimer.

Attention aux commentaires, peu informés, un peu politicien. Quentin était effectivement un militant nationaliste proche du collectif identitaire Némésis. Ce collectif désigne comme responsable de ce lynchage un groupuscule antifasciste, la Jeune Garde.

L'année dernière encore, Jean-Luc Mélenchon évoquait la Jeune Garde comme une organisation alliée. – Oui, mais vous voyez, déjà, on est dans le récit de ce que dit ce groupuscule, que ce soit Némésis ou autre. Ça, c'est quand même, on doit le savoir, ça ne justifie rien à ce qui a eu lieu, des groupuscules d'extrême droite extrêmement racistes, xénophobes.

Dans une ambiance, la ville, pardon, Lyon, est une ville particulière où beaucoup de groupes d'extrême droite existent. Certains ont été même dissous par la police, qui s'appelait le Bastion. Très violent, on est dans une ville où il y a déjà eu des crimes racistes sur ces groupuscules d'extrême droite.

Et j'ai envie de dire qu'il y a un jeu, enfin un jeu, le terme est vraiment très mal adapté, mais d'affrontements entre ces groupuscules d'extrême droite et des militants locaux. Donc ce que je veux dire, c'est qu'à ce stade, je n'épouse pas le récit, ils ont peut-être raison, mais je n'épouse pas le récit de gens qui se font connaître depuis des années comme étant des gens violents, des gens xénophobes, des gens qui cherchent la bagarre. Donc moi, je fais confiance à la police et à la justice.

Alors eux, ils accusent des gens, on verra. – Ce groupuscule, la jeune garde, encore une fois avec toutes les précautions d'usage. – Bien sûr, c'est important. – Même si Laurent Nunez a semblé assez clair, en tout cas pour désigner l'ultra-gauche hier soir, en disant qu'ils étaient à la manœuvre.

Mais effectivement, on va attendre à 15h le procureur. – Alors moi, j'ai du respect pour M. Nunez, mais j'ai vu M.

Darmanin partir, pardon, toute pour toute façon, regardez. – Qui dit l'ultra-gauche tout. – Ça m'a rappelé Donald Trump, vous savez, quand Charlie Kirk, ce porte-parole d'extrême droite aussi, avait été horriblement assassiné, il avait dit immédiatement, c'est l'ultra-gauche, etc.

Bon, pour créer le climat que ceux qui sont violents, c'est l'ultra-gauche. On voit bien avec ICE aux États-Unis que ces milices d'extrême droite, là c'est lié à des questions de police, d'immigration, mais sont extrêmement violentes. Attention au récit politique qu'il y a derrière.

D'abord, on condamne. Moi, je vais vous donner mon opinion de manière générale. Pas de violence.

Ces groupes antifascistes, jeunes gardes, moi j'ai un désaccord stratégique depuis un moment, on ne fait pas reculer l'extrême droite. – Elle a été dissoute l'an dernier, parce que Bruno Rotailleau a eu raison. – Non, moi j'étais contre la dissolution, parce que là encore, c'était dans un climat, on voit bien, de créer le discours politique que ce qui est violent, c'est la gauche, c'est ça qu'ils veulent faire.

Ce qu'ils veulent faire, c'est retourner l'idée que l'extrême droite ne serait plus violente, l'extrême droite ne serait plus antisémite, l'extrême droite serait très sympathique, on pourrait même s'allier avec elle, et le diable, c'est la gauche. Alors, il y a la France insouïste, mais pas seulement, qui en prend plein la figure. – Mais vous pouvez quand même dire que la violence politique, elle peut provoquer de l'extrême droite comme de l'extrême gauche. – Si, quand il y a des gens qui se réclament de la gauche, ou de l'extrême gauche, comme vous dites, qui sont violents, a fortiori, qui portent des coups mortels, je condamne, ça c'est clair.

Je l'ai toujours dit, et j'ai envie de m'adresser aux jeunes ce matin, à travers vous. Parce que je ne voudrais pas que de ce drame se produise la vengeance, puis la contre-vengeance, et qu'on rentre dans un cycle de violence. Ça c'est une impasse, et il faut refuser cela.

La paix, la justice, le débat démocratique, ferme, ça va de soi, mais surtout pas la violence. Donc tous les groupes qui organisent de manière autonome le coup de poing pour essayer de machin, tout ça est une impasse, et vraiment, il faut que ça refroidisse ce matin. – Il faut que ça refroidisse, mais on peut se poser la question, qui attise aujourd'hui ce climat de violence politique ?

Il faut le dire autrement, est-ce que vous pensez qu'il y a une responsabilité de la part de la France insoumise ? Non, je dirais, vous voyez, ça ce serait un narratif, où je n'ai aucun fait, mais on veut immédiatement me convoquer, pour que les choses soient claires. – Je peux vous donner des faits, par exemple, ce sont les insoumis qui disent que la police tue, c'est Jean-Luc Mélenchon qui prône le bruit et la fureur, qui refuse d'appeler au calme lors des émeutes de 2023, et lors d'un meeting 14 novembre 2022, qui demande à ces militants dans la salle de passer à des méthodes impactantes.

Est-ce que ça, il n'y a pas un crescendo dans une forme d'appel à la violence ? – Moi, j'ai été exclu de la France insoumise, sali, calomnier, aujourd'hui je fais un groupe, vous l'avez cité, l'après je suis pour l'Union de la Gauche, on va en parler, j'ai plein de désaccords stratégiques. Mais je ne vais pas faire le charognard d'un seul coup à essayer, dans le contexte actuel, de faire porter à la France insoumise la responsabilité d'un crime.

Il y a des gens qui vont aller en prison pour ça, c'est sérieux. Le vocabulaire qui est utilisé là, je peux le commenter, mais je n'ai pas envie de le faire ce matin sur le désaccord que je peux avoir. Ça n'a aucun rapport, les mots qui ont été dits, même si je suis aujourd'hui en désaccord avec la stratégie de la France insoumise, avec le fou ou les fous qui ont massacré un homme au sol, d'accord ?

Que les choses soient claires, parce que sinon, on nourrit un narratif qui ne fera que renforcer l'extrême droite. Mais je profite de l'occasion précédente pour dire, et là c'est plus intéressant, oui, il faut l'union de la gauche et des écologistes, c'est à quoi je travaille, je suis pour une primaire qui aura lieu le 11 octobre, et pas travailler à l'ultra-radicalité d'une espèce de la France la plus radicale de la jeunesse, en disant que tout le monde est pourri à gauche, il n'y a que nous. Donc, de ce point de vue-là, toute cette surenchère parfois que peut porter Jean-Luc Blanchon...

Mais ce n'est pas une manière de cautionner la violence qui est quand même...

Moi, pour ma part, je la condamne clairement. Vous savez, moi quand j'ai été exclu...

Oui, mais la France insoumise la condamne avec des mots, mais dans les faits, ne sais-y la tisser. Non, mais ne me faites pas...

Alix Bouillaguet, ne m'invitez pas, même si toujours en plaisir. Moi, je répète, j'ai été exclu, je suis régulièrement sur les réseaux, insulté par des gens de la France insoumise qui sont dans un délire vis-à-vis de gens comme moi, ils veulent me faire porter la responsabilité de tous leurs problèmes, etc. Donc, je suis sans complaisance.

Je leur dis d'ailleurs, vous vous trompez, aujourd'hui, l'extrême droite peut gagner, si on ne s'unit pas, on perdra. Donc, passer son temps à dénoncer les traîtres, etc. est absurde, d'accord ?

Donc, ne me donnez pas le micro pour dire ce que vous défendez ou pas la France insoumise. Je pense qu'il gâche une potentialité énorme. Maintenant, au moment grave dans lequel nous sommes, cet après-midi, le procureur va parler à 15h, je ne veux pas, parce que ce serait instrumentalisé, je ne veux pas avoir des mots pour dire « Ah, c'est la faute à ce désaccord politique que j'ai avec Mélenchon ».

S'il y a des gens chez eux qui prennent la violence, moi, je suis en radical désaccord. Et je suis en désaccord, vous l'avez compris aussi. Et s'il y a des responsables de la jeune garde qui m'écoutent, je peux leur dire « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous faites ».

Moi, je suis militant de gauche, le mouvement ouvrier, comme on dit. Oui, on a des services d'ordre. Parce que quand on fait une initiative démocratique, parfois, il y a des provocateurs, voire même plus.

On se protège. On doit toujours être dans le défensif, démocratique. Mais tout ce qui est de l'ordre de faire l'affrontement est une erreur.

Et en plus, peut provoquer peut-être des choses terribles. On a tendance souvent, et a raison, à pointer les brebis galeuses qui sont au Rassemblement National. Il y en a beaucoup.

Sauf que quand, par exemple, LFI a investi le député Raphaël Arnaud, qui est fiché S, cofondateur du groupe Antifa La Jeune Garde, et condamné, ferme, en 2025, pour violence volontaire en réunion, à Lyon, est-ce que ça ne pose pas un problème ? Je crois vous avoir répondu. Moi, je ne suis plus là pour commenter les choix.

Vous savez, quand les camarades, les gens de la FI investissaient ces gens, ils nous excluent en même temps. C'est une ligne politique nouvelle, où des gens comme moi sont manifestement jugés comme étant je ne sais trop quoi. Vous avez vu.

Et on préfère exalter plus des gens qui sont dans cette jeunesse comme ça, antifasciste. Non, mais je veux dire, je répète, on aura compris mon propos. On va voir cet après-midi la responsabilité de qui et de quoi.

Moi, je ne sais pas. Et vous non plus, d'ailleurs. Soyons prudents sur les images.

Soyons prudents. Qui et quoi ? J'ai vu des images d'une extrême violence.

Moi, qui ai un peu l'habitude, des fois, d'une certaine expérience, de la violence en politique, je trouve que...

Ça vous a choqué ? Oui, parce que là, on est dans quelque chose où le but n'est pas seulement de défendre ou de réagir à une attaque. Il y a quelque chose qui est très grave.

J'ai vu un homme au sol qui est tabassé par d'autres. Je demande à voir qui est capable de faire ça. Bon, donc ça, c'est une chose.

Il va de soi que je soutiendrai toute forme de condamnation, etc. Mais je ne suis pas pour cette ambiance. C'est quoi ?

On aura compris, ça fait un moment que ça dure. Ils veulent corneriser une partie du nouveau Front populaire, la France insoumise. Ils veulent nous empêcher de faire l'union.

Ils, c'est tous ceux qui portent ce discours facile, consistant à dire que la violence, elle vient de la gauche. Et l'extrême droite, aujourd'hui, on peut s'allier avec elle. Vous comprenez, là, on va voir les municipales.

Qu'est-ce que veulent faire la droite et l'extrême droite ? C'est créer des conditions que peut-être, notamment au second tour, ils puissent s'allier. Ils veulent changer le paysage politique issu de 1945.

On ne pouvait pas s'allier avec l'extrême droite. Le Rassemblement national fait un travail, lui, de communication. Et là où j'en veux à la France insoumise, c'est qu'ils alimentent, ils tombent dans tous les pièges qui leur sont tendus pour donner l'impression que les violences, c'est eux.

Donc je leur dis, les camarades, arrêtez ça. Arrêtez cette espèce de propos, d'attitude, de sectarisme qui nous fracture. Et je voudrais dire une dernière chose.

Nous aussi, moi je suis à l'après aujourd'hui avec Clémentine Autain, Raquel Garrido, nous aussi on est menacés aujourd'hui sur les raisons par nombre de militants d'ultra-droite. Encore une de nos dirigeantes d'hier soir. Donc tout le monde est concerné par ce climat.

Un dernier mot sur Emmanuel Macron qui souhaite une peine d'inéligibilité obligatoire pour les élus coupables d'actes et propos antisémites, racistes et discriminatoires. Est-ce que vous trouvez que c'est une bonne idée ? Je ne l'ai pas expertisé dans le détail, mais tout ce qui participe à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme est bon à prendre.

Je veux dire, de ce point de vue-là, je n'ai pas de soucis. Est-ce que c'est un avertissement pour Rima Hassan, la députée insoumise ? Pourquoi vous dites ça par ailleurs ?

Moi je trouve qu'attention...

Je ne sais pas, elle a relayé récemment, il y a un an, sur X, la photo d'un tag appelant à 10 sous de némésis à l'acide. On peut aussi voir qu'il y a une forme de...

Ça, ça n'a rien à voir avec le racisme et l'antisémitisme. D'appel à la violence. Non, non, mais...

D'accord, vous voyez, vous mélangez tout. Moi, je veux dire, je ne suis pas pour faire ça. Je répète, moi, ce à quoi je veux travailler, on l'aura compris, on n'a pas eu le temps de beaucoup en parler, mais c'est que nous restions unis.

Une primaire. Non, mais parce que c'est la seule stratégie. Ils veulent faire reculer l'extrême droite, veulent empêcher que le prochain président de la République soit une femme ou un homme d'extrême droite.

Il faut l'union de la gauche et des écologistes. Et tout ce qui empêche cette union par des excès fait le jeu de nos adversaires. Voilà où j'en suis.

Merci beaucoup et bonne journée à vous.