"Il y a un modernisme fou dans Victor Hugo" affirme Vincent Lindon qui incarne Jean Valjean dans Les Misérables
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:43OuverteRéponse directe
Pourquoi désiriez-vous tant jouer Jean Valjean ?
- 2:44OuverteRéponse directe
Pour vous, qu'incarne Jean Valjean ?
- 3:44OuverteRéponse directe
Victor Hugo percevait Valjean comme un saint laïque. Est-ce que ça vous convient ?
- 6:21OuverteRéponse directe
Pourquoi cette corde de la lutte contre les injustices résonne-t-elle en vous ?
- 7:28OuverteRéponse directe
Votre regard sur le mouvement des lycéens : est-ce que cette colère vous émeut ?
- 9:56OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui vous révolte aujourd'hui ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:51PrésentateurFait
« Il y a un modernisme fou dans Victor Hugo. »
- 4:33PrésentateurFait
« Essayer de tenir sa parole. Dans un monde où c'est de plus en plus rare. »
- 6:42PrésentateurFait
« On se lève le matin, il faut faire au moins une chose pour les autres, sinon ton passage sur Terre n'a absolument aucun intérêt. »
- 10:24PrésentateurFait
« Il y a des écarts qui ne sont plus supportables. »
- 13:40PrésentateurFait
« Dans la civilisation actuelle, il y a une esclave. La loi a des euphémismes. Ce que j'appelle une esclave, elle l'appelle une mineure. »
- 14:20PrésentateurFait
« Il n'y a pas de citoyennes. C'est là un État violent. Il faut qu'il cesse. »
- 17:52PrésentateurFait
« Ça me désole. Ils ne sont pas là pour ça. »
- 18:24PrésentateurFait
« On doit savoir en prendre fidèlement sa part. »
Temps de parole
- Présentateur74 %
- Invité13 %
- Invité 27 %
- ?4 %
≈ 31,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Il est l'un des acteurs français les plus populaires, des plus singuliers aussi. Chaque rôle, pour lui, est un combat en prise avec la société. Chômeur, magistrat, syndicaliste, patron et même premier ministre, le voilà dans la peau d'un personnage qu'il a toujours fait rêver. C'est Jean Valjean, vous êtes
le
héros de Victor Hugo. Bonjour Vincent Lindon. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter à une semaine de la sortie des Misérables au cinéma, réalisé par Fred Cavaillé. Avec vous aussi, amis auditeurs qui aimez Hugo et Lindon, venez participer à la conversation au 01 45 24 7000 et sur l'applic Radio France. Vincent Lindon, pour commencer, vous l'attendiez, ce rôle, vous en rêviez. Pourquoi est-ce que vous le désiriez autant
?
Alors, d'abord, vous vous rendez compte de cette phrase incroyable que je ne pensais pas que j'entendrais un jour. À vous, auditeurs, pour parler avec Hugo et Lindon. Donc avec Victor Hugo et accessoirement Vincent
Lindon.
Non, mais c
'est... Oui,
j'en rêvais parce que c'est un chemin un peu obligatoire. Tous les acteurs et toutes les actrices rêvent de jouer des rôles du répertoire, comme au théâtre, Lorenzaccio, Alceste et là, Jean Valjean. C'est rentré dans le patrimoine même des expressions françaises. On dit d'un couple, c'est les Thénardiers, on dit fais pas ta cosette, on dit tu te prends pour Jean Valjean.
Je
rêvais de ça parce que c'est le roman
qui
est quasiment écrit avec aucun oubli. Il y a toutes les franges de la société dedans. Aussi bien pour Fantine qui est malheureusement la victime sociale. Il y a Jean Valjean qui est cette justice humaine et c'est une promesse. C'est un roman de 2000 pages qui tient sur une promesse d'un homme faite à une femme. Il y a un modernisme fou dans Victor Hugo. Il y a le lien du sang qui est nécessaire mais pas suffisant. Un homme qui tout d'un coup va aimer cette petite fille autant que si c'était sa propre fille. Il y a le rapport de Victor Hugo avec l'égalité homme-femme, avec le droit de vote des femmes, dont on parlera probablement plus tard.
Il y a Javert qui est la justice impitoyable, quoi qu'il en coûte.
Il
y a aussi ces personnages dont on a besoin dans une société. Le personnage de Marius qui est l'idéaliste. On a besoin d'idéalistes,
de
gens qui partent la fleur au fusil. Cosette qui passe de l'ombre à la lumière. Il y a absolument tout le panel de toutes les personnalités de la société française depuis des décennies, des centaines d'années et ça continue.
Mais vous, vous n'êtes pas n'importe lequel de ces personnages puisque vous êtes Valjean.
Il
paraît qu'au cours Florent en 1982, à un prof qui vous demandait pourquoi vous voulez faire ce métier, vous avez répondu
pour
faire Jean Valjean.
Alors, j'ai dit ça une fois, j'aurais dû me taire, mais c'est pas grave. J'ai dit ça une fois parce que j'étais jeune et il y avait cinq ou six questions et dans les cinq ou six questions, j'ai répondu ça. Est-ce que la mémoire lui fait défaut ? Est-ce que c'est vrai ? J'ai très envie que ça soit vrai, il n
'y
a aucun
problème. Mais nous aussi,
on a envie d'y croire.
Bien sûr. Après un rêve,
en
ce qui me concerne moi, je les laisse de côté. J'ai essayé de trouver une technique qui me va, c'est-à-dire que je cesse de rêver des choses parce que c'est trop déprimant, trop dur à porter si ça ne se réalise pas. Par contre, une fois que j'ai fait quelque chose que j'aime énormément, que j'ai adoré, je décide rétroactivement de me dire que
j
'en rêvais. Que c'était votre rêve. Vous avez évoqué, Vincent Lindon, quelques-unes des résonances contemporaines des misérables et on va bien sûr en parler. Mais pour vous, qu'incarne Jean Valjean ? Victor Hugo, il percevait ce personnage mythique comme une sorte de saint laïque. Est-ce que ça, ça vous convient ? Pour vous, Jean Valjean, c'est quoi et c'est qui ?
Alors,
c
'est d'abord, je pense, à un ambassadeur de Hugo.
C
'est formidable, il pense les mêmes choses que Victor Hugo. Je pense qu'il s'est mis vraiment dans la peau de Jean Valjean. C'est la bravoure. C'est beaucoup de choses. C'est la première fois que je fais un rôle où je me dis que je n'ai absolument aucune chance d'égaler, ni de près, ni de loin, le personnage que j'interprète. Mais qui va me servir peut-être de tuteur. C'est un personnage qui vous oblige. Qui vous oblige et qui vous oblige à vous tenir droit, à ne pas faire ceci, à ne pas faire cela. Mais c'est la bravoure, l'humanité, la promesse.
C
'est très important, la promesse. La parole donnée. Comme disait Albert Camus, essayer de tenir sa parole. Dans un monde où c'est de plus en plus rare. C'était une poignée de main. C'était un regard. C'était dire, je vais tenir ma parole. Je vous le promets. Je vous le jure. Aujourd'hui, quelquefois, il y a des centaines de pages, parafaits, recto, verso, avec des notaires, des avocats. Et pourtant, ça ne sert pas à tenir sa parole. Donc c'est ça. C'est aussi un modernisme incroyable. C'est, comme je disais tout à l'heure, quelqu'un qui va aimer Cosette, comme sa fille, alors qu
'avant
de rentrer dans le garni des Thénardiers pour aller chercher cet enfant, ils ne se connaissent pas. Et en quelques heures, quand il va ressortir avec cette petite fille, c'est mon image préférée en ce qui concerne mon rôle, pas le film, c'est quand ce monsieur ressort, Jean Valjean, avec, enfin, monsieur Madeleine, en l'occurrence, avec sa valise, son manteau, ce poids, cette prestance, et qui tient cette petite main menue de cette petite fille et qui vont à la diligence et qu
'on
se dit, voilà, ça y est, Cosette est passée de l'ombre à la lumière, elle est protégée, il va s'en occuper. C'est un symbole formidable et surtout, c'est un, je vous dis, un roman qui tient sur une promesse et je trouve ça incroyable. Après, il y a aussi Valjean qui dit à Cosette qu'elle s'occupe bien plus tard, qu'elle se batte pour les femmes, pour le vote des femmes, pour l'égalité, des hommes et des femmes. Tout ça, c'est en 1862. C'est presque, c'est vertigineux.
Et
de la part d'un homme.
Ce qui est frappant, Vincent Lindon, c'est que Valjean,
c
'est l'incarnation de la lutte contre les injustices et c'est aussi
ce
que vous dégagez dans le choix de vos rôles, dans la façon dont vous en parlez. Pourquoi est-ce que cette corde-là, elle résonne si sensiblement en
vous
?
Parce que je pense que, d'abord, j'ai presque du mal à opiner du chef et à recevoir ce compliment par rapport à l'immensité du rôle que j'ai interprété. Mais c'est beaucoup une question d'éducation et d'exemple. j'ai été élevé par des parents et particulièrement par un père qui m'a toujours dit qu'on se lève le matin, il faut faire au moins une chose pour les autres, sinon ton passage sur Terre n'a absolument aucun intérêt. Mais il y a un slogan aujourd'hui, on y reviendra, des lycéens formidables, par exemple, à Paris, qui disent « on a des privilèges, on veut les partager ».
On aimerait même que leurs parents, que les gens qui sont à la tête des grandes industries, la tête de ces entreprises, s'ils avaient la même phrase, vous vous rendez compte, « on a des privilèges, on veut les partager », ce serait un monde, en tout cas, meilleur et qui marcherait plus sur deux jambes que sur une jambe, c'est sûr.
Mais puisque vous en parlez, Vincent Lindon, effectivement, alors sans faire de parallèle entre ce qui se passe et ce qu
'on
voit dans le film, Gavroche, la révolte de 1830 à Paris, mais votre regard sur le mouvement des lycéens, est-ce que cette colère, est-ce que ces mots d'ordre qu'on les entend dire, est-ce que ça vous émeut ? Est-ce que vous partagez leur combat ? Ça me touche
énormément. Après, j'ai essayé de faire la différence entre ce qui s'est passé en mai 68 et ce qui se passe aujourd'hui.
En
mai 68, c'était le rejet de la société de consommation.
On
se battait contre l'abondance. Aujourd'hui, c'est une crise de la pénurie. C'est des jeunes gens qui veulent des chaises pour s'asseoir, pour travailler mieux au collège, au lycée, à la fac. C'est des petites choses. Enfin, pas que des petites choses. C'est des sanitaires décents, fonctionnels. c'est la répartition des moyens, donc des chances. Et c'est vrai que, dans le sens contraire de mai 68, ça part des territoires français, des territoires perdus de la République, et ça monte vers Paris. Alors que mai 68, c'était le contraire. ça se passait en fait dans une rue, la rue Gué-Lussac, et ça s'est après
étendu
dans la France. Mais, évidemment que ça parle. Mais, j'ai toujours du mal, c'est très bizarre, c'est presque mon lot, souvent, quand un film sort, il y a un événement qui le précède,
ou
qui le succède. et c'est très délicat pour moi de parler de ça ce matin. Je ne voudrais absolument pas que ça soit pris comme une corrélation, un argument de promotion. Il se trouve qu'il se passe ça. Il se trouve que les jeunes sont dans la rue, et c'est très hugolien, ça tombe
en
ce moment, et c'est très émouvant. J'ai des enfants qui ont été au collège, au lycée, ainsi de suite. Et c'est vrai que c'est une des premières fois où la jeune génération revendique d'une manière légitime des demandes et des droits
en
face d'un État qui n'a pas toujours et qui n'a pas actuellement en ce moment assez d'argent dans les caisses pour pouvoir s'offrir une paix sociale, s'acheter une paix sociale et donc un peu et on tombe dans le piège de cette phrase de Jean Valjean qui dit à trop vouloir l'ordre, on finit par créer le chaos.
Vincent Lindon, Florence parlait effectivement de votre combat contre l'injustice et on le voit dans votre filmographie. Qu'est-ce qui vous révolte aujourd'hui
?
Vous vous rendez compte de
la
question que vous me posez un matin à 8h28, il faudrait des années, beaucoup de culture,
me
révoltent les mêmes choses que vous, je ne me défile pas mais toujours la même chose, trop pour l'un, pas assez pour l'autre.
Qu
'il y ait des inégalités sociales, il y en a eu tout un, mais la question qui est fondamentale c'est jusque où sont-elles acceptables ? Si tant est qu'elles soient acceptables, mais il y a des écarts qui ne sont plus supportables, voilà ce qui me révolte. dans tous les domaines, quand le fort a trop de pouvoir sur le faible, enfin, je vais dire des choses qui sont d'un manichéen
déroutant. Mais qu'on n
'entend pas souvent ou pas tout le temps de
la part de l'acteur et
de personnalité du monde de la culture.
Mais parce que parfois je pense aussi, pour prendre la défense de mes camarades, qu'ils sont ou intimidés ou pas invités à l'endroit où ils peuvent s'exprimer, mais c'est très bien que vous me disiez ça parce qu'il y a une chose qui me touche beaucoup et je vais en profiter ce matin puisqu'on est à une matinale. Je déplore le fait qu'on ne donne pas plus de place aux héroïnes et aux héros
français,
mondiaux, mais en ce qui concerne plus particulièrement aujourd'hui en France. Ces gens qui, hier soir, ce matin, demain, après-demain, font des choses héroïques dont on ne parle jamais. Et j'avais dit une fois, je le redis ce matin, on devrait avoir une capsule, cette petite minute, cette petite minute de rêve français. Vous pensez à qui
? à
tous ces gens qu'on ne connaît pas et dont tout d'un coup, dans votre journal, ou pour le commencer, ou pour le finir, dire, voilà, hier, telle personne, Alain Durand, Yvonne Dupont, a fait ceci, cela.
Ça
serait un peu comme cette morale qu'on nous faisait à l'école le matin, qu'on n'écoutait pas toujours, mais en fait, ça rentrait par une oreille, ça sortait par l'autre jusqu'au moment où
trop
d'informations arrivaient et on retenait ces choses-là. Je trouve que les Françaises et les Français mériteraient ce petit hommage parce que moi,
je
suis en lumière, je suis connu et je suis presque gêné de temps en temps quand on me dit vous, Vincent, qui vous battez contre l'injustice, je pense qu'il
y a
des gens qui ne sont absolument pas célèbres ni connus qui se battent huit fois plus que moi.
Les Misérables, c'est l'incontournable absolu de la littérature française qui est encore étudiée quasi systématiquement dans tous les collèges. On voit, en en discutant avec vous depuis tout à l'heure l'incroyable modernité de son propos, de la pensée des textes d'Hugo. Vous
avez
retrouvé en préparant cet entretien une lettre de Victor Hugo que vous voulez nous lire. Vous allez le faire dans un instant, dites-nous en deux mots pourquoi cette lettre ?
C'est une lettre que Victor Hugo a écrite à Léon Richet qui était le rédacteur en chef d'un journal qui s'appelait L'Avenir des femmes qu'il a écrit en juin 1872
et
qui est d'une telle intelligence, d'une telle générosité, d'une telle modernité
que
je regardais et j'ai vu cette lettre. Alors, j'ai fait un tout petit arrangement parce que si je lis toute la lettre, je pense que vous allez me dire à France Inter, je vais vous voir bouger plus vite. Donc, j'ai essayé d'en prendre les meilleurs passages et de les regrouper pour que ça aille un
peu... Allez
-y
!
Bon, quel exemple ?
Je vais un verre d'eau.
Je bois une gorgée d'eau. Voilà. Monsieur,
il
est douloureux de le dire,
dans
la civilisation actuelle, il y a une esclave.
La
loi a des euphémismes. Ce que j'appelle une esclave, elle l'appelle une mineure. Cette mineure, selon la loi, cette esclave, selon la réalité, c'est la femme.
L
'homme a chargé inégalement les deux plateaux du code dont l'équilibre importe à la conscience humaine.
L
'homme a fait verser tous les droits de son côté
et
tous les devoirs du côté de la femme. De là, un trouble profond. De là, la servitude de la femme.
Dans
notre législation, telle qu'elle est, la femme ne possède pas.
Elle
n'est pas en justice. Elle ne vote pas. Elle ne compte pas. Elle n'est pas. Il y a des citoyens. Il n'y a pas de citoyennes. C'est là un État violent. Il faut qu'il cesse.
Je
sais que les philosophes vont vite et que les gouvernements vont lentement. Cela tient à ce que les philosophes sont dans l'absolu
et
les gouvernements dans le relatif. Cependant, il faut que les gouvernants finissent par rejoindre les philosophes.
Quand
cette jonction est faite à temps,
le
progrès est obtenu
et
les révolutions sont évitées.
Si
la jonction tarde,
il
y a péril. Redoublons de persévérance et d'efforts. On en viendra, espérons-le, à comprendre qu'une société est mal faite
quand
l'enfant est laissé sans lumière, quand la femme est maintenue sans initiative, quand la servitude se déguise sous le nom de tutelle, quand la charge est d'autant plus lourde que les peaux les plus faibles et l'on reconnaîtra que, même au point de vue de notre égoïsme, il est difficile de composer le bonheur de l'homme avec la souffrance de la femme.
Voilà.
Merci.
Magnifique. Tout est dit.
Merci, Vincent Lindon.
Je vous en prie.
Les gouvernements vont lentement. J'ai retenu ça de ce texte. On sait, on l'a entendu, votre appétence pour la politique, pour les... Ce
matin, en tout
cas. Non, mais pour les débats
qui traversent la société. Là,
vous venez de nous lire un texte féministe magnifique. On est en pleine campagne présidentielle. Vincent Lindon, ça ne vous aura pas échappé.
Est
-ce que vous la suivez attentivement ?
Je la suis de près et de loin. Le plus près possible pour être un citoyen informé et le plus loin possible pour ne pas me faire éclabousser par quelque chose que je ressens aujourd'hui dans tous les domaines, quels qu'ils soient. et qui m'agressent énormément, qui est une sorte de familiarité et de non-respect pour la fonction qui a été tant admirée. C'est-à-dire ? J'avais l'impression avant que les hommes d'État, les femmes d'État, étaient des papas et des mamans. Aujourd'hui, j'ai l'impression que c'est des copains, des voisins. Il y a un tutoiement extrêmement facile.
Il
y
a
quelque chose de familier. Moi, je n'aime pas la familiarité que l'on confond souvent avec la compréhension ou avec le côté démocrate et républicain. Je pense qu'on a tous besoin, les femmes et les hommes, de quelqu'un qui nous guide, qui a un cap,
qui
nous gouverne, qui est un chef ou une chef, une autorité que l'on respecte où de temps en temps on peut transgresser et je trouve que ça se perd. Je pense que les choses que l'on dit quand elles sont dites avec calme, ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots, pour le dire, arrivent aisément. Et aujourd'hui, je trouve que les mots, pour le dire, n'arrivent pas aisément, arrivent dans le chahut et donc ça se conçoit de moins en moins bien et donc je comprends de moins en moins bien ce qu
'on
veut me dire.
Sur ce chahut, Vincent Landon, ce n'est pas trahir un secret de dire que vous n'avez pas une passion pour les réseaux sociaux ? Ce
n
'est pas une
passion, je n'en ai pas.
Voilà, vous n
'en
avez pas et vous n'aimez pas franchement ce que vous y voyez quand parfois vous regardez ceux des autres. Quand vous voyez, si on reste sur la politique et la campagne, un candidat à
l
'élection présidentielle qui se filme en train de faire des frites pour ses réseaux sociaux, quand vous avez vu un président de la République... Et je n
'ai
pas vu !
Alors oui, on vous le
raconte.
Alors
quand vous voyez par exemple un président de la République qui cet été est pris en photographie par image en train de faire du jet ski, ça le regard de Vincent Landon qui considère que c'était mieux avant sur ses éléments de communication.
Ça
me désole. Voilà, le mot que j'ai, c'est ça me désole. Ils ne sont pas là pour ça. Ça me désole. Je ne
peux
pas vous dire autrement. Ça m'attriste, ça me chagrine, ça me désole, ça me fait perdre confiance en moi,
en
nous
et
en eux. Donc je suis extrêmement... Mais les réseaux sociaux,
pour
en revenir une seconde là-dessus, moi qui n'en ai pas, les réseaux sociaux à l'époque, ils existaient déjà, mais d'une autre manière, quand Michel Rocard avait dit on ne peut pas...
Accueillir
toute
la misère du monde. Accueillir toute la misère du
monde. On a toujours oublié la deuxième partie de la phrase qui fait... Mais elles sont... On doit savoir en prendre fidèlement sa part.
Les
réseaux sociaux, c'est aussi la concision, c'est la simplification, c'est quelquefois la réflexion qui laisse part à la réaction. Moi, je n'aime pas les réactions. Je trouve que c'est trop rapide, trop furtif, c'est trop des coups de sang. C'est vrai qu'aujourd'hui, on a envie qu
'il
y
ait
plus de réflexion. Quelqu'un qui dit écoutez, je ne
vais
pas vous répondre tout de suite, je vais y réfléchir, mais je reviens vers vous dans quelques heures, dans quelques jours, dans quelques semaines pour répondre à cette question. Aujourd'hui, il faut absolument avoir une réponse à tout, tout le temps. Et évidemment, personne n
'est
génial et donc forcément, on se trompe très souvent.
Vincent Landon, comme vous êtes un passionné de la chose publique, tout de même, et de la politique, il se trouve que nos auditeurs s'y intéressent aussi et que François, au standard, a une question assez précise à vous poser. Bonjour, bienvenue François.
Oui, bonjour à tous et merci de prendre ma question. Bonjour François.
Je voulais
savoir ce que vous pensez, M. Landon, de la probable arrivée de l'extrême droite au pouvoir qui va remettre en cause tout un tas
d
'éléments d'acquis sociaux et sociétaux.
Merci
François.
Qu
'est-ce que j'en pense
? J
'en pense pas du bien. Voilà, mais
j
'ai pas une réponse extrêmement précise. C'est toujours pareil, je ne me défile pas, vous me connaissez, j'imagine, je ne suis pas quelqu'un qui se défile.
Par
contre, répondre en 20 secondes à quelque chose qui est un phénomène important de la politique française, comme le sont les autres, c'est très compliqué. Je pense que
on
parle beaucoup, beaucoup d'eux, énormément en ce moment. J'ai toujours tendance à penser que l'esprit français
qui
m'a toujours fasciné et si je devais le résoudre en une phrase,
c
'est puisque c'est comme ça, c'est ce qu
'on
va voir. j'ai toujours une question qui me vient à l'esprit, c'est quand on donne trop souvent des gens gagnants, est-ce que les français, au dernier moment, ne réagissent pas et se disent puisque c'est comme ça, nous verrons bien et ça ne va pas se passer comme ça. Donc ça a été le cas depuis des décennies et des décennies. Ce n
'est pas les favoris qui gagnent
? Je
n'irai pas jusque là, je dis juste qu'il ne faut pas être favori trop tôt, il ne faut pas être en place trop tôt,
parce
que quelquefois on a ce côté, la France c'est aussi Jacques Anctil et Poulidor, Poupou, c'est aussi Henri Lecomte qui gagne devant Pete Sampras à la Coupe Davis alors qu'il n'avait aucune chance de gagner. Les français, c'est aussi la coureuse à pied ou le coureur à pied qui tout d'un coup remonte dans les derniers 400 mètres tout le monde. Les français,
c
'est aussi Jacques Chirac qui était à 9% et Édouard Balladur qui était à 28% au mois d'octobre ou novembre 1994 et Jacques Chirac qui devient président de la République. Les français, c'est aussi les élections législatives les dernières où on donnait 230 sièges pour le Front National et qui finalement n'en a fait que 130.
Bon, le scénario n'est pas écrit.
Il n'est pas écrit, pour l'instant c'est un brouillon.
Merci beaucoup, c'est trop court mais on est obligé de s'arrêter là. Merci, je signale que vous êtes le parrain d'une association qui s'appelle Un Rien C'est Tout avec Marie Drucker et Antoine Griezmann. Ça vous tient beaucoup à cœur.
Je
crois que
vous travaillez beaucoup. C
'est une asso qui s'attache au droit, à la dignité, à
l
'enfance, à l'éducation, à l'environnement, à la santé. J'invite les auditeurs à aller voir de quoi il s'agit. Merci beaucoup Vincent Lindon d'être venu au micro de France Inter.
Merci. Et définitivement,
ça sort la semaine prochaine