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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 26 septembre 2025 24 minContradictoireActualité / polémiqueJusticeInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & famille

Nicolas Sarkozy "fait croire que le problème, ce sont les juges et pas les faits", estime Fabrice Arfi de Mediapart

Au micro : Marion LourdesSource d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 70 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:30OuverteRéponse directe

    Pour vous, cette décision, comment la qualifiez-vous ? Bouleversement ? Historique ?

  • 2:48RelanceRéponse directe

    Et en ce cas, quelle est la conséquence ?

  • 2:57OuverteRéponse directe

    Pourquoi le jugement est fondé ?

  • 3:57OuverteRéponse directe

    Comment avez-vous reçu le jugement, vous qui avez été à l'origine des révélations ?

  • 7:29OuverteRéponse directe

    Comment ça s'explique ? Parce que c'est vrai qu'on a du mal à comprendre d'un point de vue extérieur, comment expliquer ces décisions-là ?

  • 9:10OuverteRéponse directe

    Ce procès qui n'est peut-être pas politique, mais qui a des conséquences politiques. Quels sont les mots qu'il faut choisir ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15PrésentateurFait
    « L'ancien président de la République a été condamné à 5 ans de prison ferme, assorti d'une exécution provisoire et d'un mandat de dépôt différé pour association de malfaiteurs. »
  • 0:26PrésentateurFait
    « Une décision dont il va faire appel. »
  • 1:44InvitéFait
    « Personnellement, c'est bouleversant. »
  • 3:29InvitéChiffre
    « Et nous avons, depuis des années et des années, une très forte majorité pour répondre corrompus. »
  • 4:21InvitéFait
    « C'est un moment historique dans l'histoire de la lutte contre les atteintes à la probité dans notre pays. »
  • 4:40InvitéFait
    « Non, Nicolas Sarkozy a déjà été condamné pour corruption définitivement à de la prison ferme. »
  • 5:16InvitéFait
    « C'est l'affaire Bismuth qui lui a valu de passer le procès libyen avec un bracelet au pied. »
  • 5:28InvitéFait
    « C'est qu'il y a, vu la gravité exceptionnelle des faits, pour reprendre les mots de la présidente, et l'attitude de Nicolas Sarkozy vis-à-vis des délits qui lui sont reprochés, ça justifiait qu'il aille en prison, même s'il allait former appel. »
  • 6:38InvitéFait
    « L'objet des négociations, c'était un pacte corruptif, nous dit le jugement, pour un financement illégal de campagne dans la perspective de l'élection présidentielle de 2007. »
  • 7:48InvitéChiffre
    « Ensuite, le tribunal rappelle que la peine encourue pour l'association de malfaiteurs, c'est 10 ans, le parquet financier en avait réclamé 7, bon, ils en donnent 5. »
  • 11:04InvitéChiffre
    « 6 millions d'euros des Libyens ont été versés pour financer la campagne et ça, c'est documenté. »
  • 11:30InvitéFait
    « Nous avons été jugés dans cette affaire pour faux et usage de faux. Nous avons gagné en première instance, en appel, et jusque devant la cour de cassation définitivement, qui a dit que ce document n'était ni un faux matériel, ni un faux intellectuel sur la foi d'expertise scientifique, graphologique et de témoignages. »
  • 12:20InvitéFait
    « Je dirais, sa façon de le vivre, tout cela, c'est de considérer que c'est le capitaine Dreyfus qui revient parmi nous. »
  • 15:16InvitéFait
    « Les juges, ils ne jugent pas des politiques, ils jugent des personnes qui sont soupçonnées d'avoir commis un délit. Il se trouve que ces personnes sont parfois des politiques et c'est souvent le cas. »
  • 21:48InvitéFait
    « Mais diapart, on est bien placé pour savoir qu'un ministre socialiste du budget était un fraudeur fiscal. Je parle de Jérôme Cahuzac. »

Temps de parole

  • Invité38 %
  • Invité 222 %
  • Présentateur20 %
  • Invité 312 %
  • Invité 46 %

3,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter, Alibadou, Marion Lourdes. Grand entretien ce matin au lendemain d'une décision historique condamnant Nicolas Sarkozy dans l'affaire dite des financements libyens. L'ancien président de la République a été condamné à 5 ans de prison ferme, assorti d'une exécution provisoire et d'un mandat de dépôt différé pour association de malfaiteurs. Une décision dont il va faire appel. Questions, réactions chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France, vous êtes déjà très nombreux à vouloir intervenir et pour en comprendre les enjeux, prendre du recul avec Marion Lourdes, trois invités avec nous en studio.

Sarah Guibaudot, journaliste au service police-justice de France Inter, vous avez suivi le procès de Nicolas Sarkozy. Et comme Fabrice Arfi, bonjour, vous étiez dans la salle du tribunal hier lorsque la condamnation a été prononcée. Fabrice Arfi, journaliste, auteur de nombreuses enquêtes depuis 2012 sur l'affaire du financement libyen pour votre journal Mediapart. Et vous signez un article le jour où Nicolas Sarkozy a appris qu'il irait en prison. Jérôme Jaffray, bonjour.

1:14
Invité

Bonjour.

1:14
Présentateur

Politologue, chercheur associé au Cevipof de Sciences Po. Avant d'entrer dans les coulisses de cette décision judiciaire, prenons un peu de recul et regardons les choses du point de vue politique puisque vous êtes la mémoire vive de la Ve République, Jérôme Jaffray. C'est la première fois qu'un président de la République est condamné à de la prison ferme. Pour vous, cette décision, comment la qualifiez-vous ? Bouleversement ? Historique ? Quels sont les mots qu'il faut choisir qui conviennent ?

1:44
Invité

Personnellement, c'est bouleversant. C'est bouleversant dans le rapport qu'on peut avoir avec la politique, avec la justice. Moi, je trouve que je suis fils d'avocat. La justice, dans toute mon enfance, elle a été portée très haut. La justice, c'était fondamental, c'était ce qui garantissait le bon fonctionnement d'un pays. Et puis la politique, je la commente, vous le dites gentiment, depuis très longtemps. Et j'en ai une conception haute. Or, là, nous sommes dans une situation où c'est profondément atteint. C'est-à-dire que le mot « malfaiteur » est associé à un président de la République.

Là, je dois dire que c'est un effondrement de toute notre conception, de toute notre relation à la politique qui se fait. Et si la justice s'est montrée trop sévère, si la justice s'est montrée injuste, c'est un bouleversement de la justice. Donc, il y a deux interprétations possibles.

2:42
Présentateur

Oui, soit le jugement est inadapté, soit la justice a mal fait son travail, ce que vous dites. Oui. Et en ce cas, quelle est la conséquence ?

2:49
Invité

La conséquence, c'est une perte de confiance dans l'ensemble des institutions. Et voilà. Donc, il y a ces deux interprétations possibles.

2:57
Présentateur

Pourquoi le jugement est fondé ?

2:59
Invité

Alors, ça, c'est le dégâts sur la politique, et pas seulement sur Nicolas Sarkozy. Parce que c'est évident, vous comprenez, beaucoup de Français considèrent les politiques, les responsables politiques, comme des malfaisants. Mais si en plus, ce sont parfois des malfaiteurs, là, c'est trop. Et du coup, c'est toute la confiance qui est ébranlée. Et dans les questions que pose régulièrement le Sévi-Pof, dans son baromètre de confiance, il y a la question, est-ce que les responsables politiques sont honnêtes ou corrompus, en général ? En règle générale, bien sûr. Et nous avons, depuis des années et des années, une très forte majorité pour répondre corrompus. À peu près 60% contre 30.

Vous imaginez la prochaine enquête et les résultats là-dessus. Or, si vous considérez le personnel politique en majorité comme corrompu, quelle confiance les électeurs peuvent-elles donner à leurs prochains élus ? C'est tout ça qui est en danger dans notre système démocratique. Et c'est pour ça que ce résultat, cette sentence judiciaire est bouleversante.

3:57
Présentateur

Fabrice Arfi, comment avez-vous reçu le jugement, vous qui avez été à l'origine des révélations qui ont mené à cette condamnation ? Ça fait maintenant des années et des années que cette histoire dure. Vous vous êtes affronté par presse interposée, mais aussi au tribunal avec Nicolas Sarkozy. Qu'avez-vous ressenti hier, donc, le jour où Nicolas Sarkozy a appris qu'il irait en prison ?

4:21
Invité

C'est un moment historique dans l'histoire de la lutte contre les atteintes à la probité dans notre pays. Et c'est un moment grave. Je crois qu'il faut de la solennité vis-à-vis de ce qui est en train de se passer sur l'autel de cette décision de justice. Vous avez dit que c'est la première fois qu'un président de la République est condamné à de la prison ferme. Non, Nicolas Sarkozy a déjà été condamné pour corruption définitivement à de la prison ferme. Et d'ailleurs, il a... Dans l'affaire Bismuth, pas l'affaire des écoutes, parce que les écoutes, c'était le moyen d'enquête. Ce n'était pas un problème. L'affaire Bismuth, c'est l'affaire de corruption d'un haut magistral.

Le corrupteur est Nicolas Sarkozy.

4:57
Présentateur

Trois fois, une fois, donc, de manière ferme. La deuxième, il a fait appel, il est donc présumé innocent. Et la troisième, il va faire appel, il est donc présumé innocent ce matin.

5:06
Invité

Oui, bien sûr, mais Nicolas Sarkozy a été condamné définitivement à de la prison ferme pour corruption, pour avoir été le corrupteur d'un haut magistrat de la cour de cassation. C'est l'affaire Bismuth qui lui a valu de passer le procès libyen avec un bracelet au pied. Bon, ce qu'il y a d'inédit dans le jugement d'hier, c'est qu'il va aller en prison. C'est qu'il y a, vu la gravité exceptionnelle des faits, pour reprendre les mots de la présidente, et l'attitude de Nicolas Sarkozy vis-à-vis des délits qui lui sont reprochés, ça justifiait qu'il aille en prison, même s'il allait former appel.

Et pour pouvoir discuter, il me semble, des conséquences éventuellement politiques du jugement, il faut regarder les faits qu'il y a dans le jugement, et de quoi est constituée cette gravité exceptionnelle. Le tribunal dit que l'enquête, les débats à l'audience, ont permis de réunir des éléments matériels, des preuves, des faits graves, précis et concordants, qui montrent que sous l'autorité et pour le compte de Nicolas Sarkozy, ses deux plus proches lieutenants, son directeur de cabinet, M.

Guéant, et son ami de toujours, qui était son ministre délégué, Brice Hortefeux, sont allés négocier avec le numéro 2 du régime libyen à l'automne 2005, qui est un homme connu de sinistre mémoire en France. C'est un terroriste condamné par la justice française, et il était recherché par la justice française au moment de ses négociations pour avoir commandité à un attentat qui a fait 170 morts. L'objet des négociations, c'était un pacte corruptif, nous dit le jugement, pour un financement illégal de campagne dans la perspective de l'élection présidentielle de 2007. En contrepartie de quoi les Français se sont engagés à regarder la situation pénale de Sénoussi ? Donc ça veut dire quoi ?

Ça veut dire qu'il y a au cœur de cette condamnation pour des attentats à la preuve... Sénoussi, le bras droit de Mouammar Kadhafi. Oui, le terroriste d'État, c'est-à-dire qu'au cœur de cette condamnation pour l'association de malfaiteurs, il y a une affaire de terrorisme. C'est à ce point vrai qu'il y a des victimes qui ont été reconnues dans ce dossier. Les familles de victimes du Décidis ont été jugées recevables... Donc de l'attentat dont est à l'origine de Sénoussi. ...de l'attentat comme partie civile, ça veut dire qu'elles ont subi un préjudice ? Ça veut dire que la mémoire de leur mort ont été bradées par ces négociations ?

Alors, Sarah Guibaudot, justement, Fabrice Harfi était en train d'expliquer les faits qui ont conduit à ce jugement, que Nicolas Sarkozy et ses proches ont immédiatement dénoncé comme sévère à la sortie, notamment parce qu'un seul chef d'accusation était retenu. Ils ne comprennent pas, en tout cas ils le disent, pourquoi le président va être envoyé en prison. Comment ça s'explique ? Parce que c'est vrai qu'on a du mal à comprendre d'un point de vue extérieur, comment expliquer ces décisions-là ?

Alors, je crois que Fabrice a très bien rappelé quand même la gravité, même s'il n'y a qu'un seul délit qui est retenu, de cette association de malfaiteurs, en vue de préparer de la corruption et d'aller chercher un soutien financier de la part d'un des pires dictateurs de la planète. Ensuite, le tribunal rappelle que la peine encourue pour l'association de malfaiteurs, c'est 10 ans, le parquet financier en avait réclamé 7, bon, ils en donnent 5. Ce qui a surpris finalement hier, c'est surtout l'exécution provisoire que le tribunal justifie. Parce qu'il est en prison directement.

Oui, mais il le justifie encore une fois par la gravité des faits, le trouble à l'ordre public et le tribunal, si vous voulez, a bien conscience aussi des enjeux politiques. Pour répondre à Jérôme Jaffray, dans le jugement, on lit que ces faits d'une gravité exceptionnelle sont de nature à altérer la confiance des citoyens dans ceux qui les représentent et sont censés agir dans le sens de l'intérêt général, mais aussi dans les institutions même de la République.

Voilà, alors ce n'est pas un jugement politique, même quand j'entends Nicolas Sarkozy parler de haine à la sortie du tribunal, ça ne correspond pas du tout à ce jugement qui est motivé de manière extrêmement rigoureuse, ni à la teneur des débats qu'on a vu au tribunal en début d'année et au ton toujours égal de la présidente.

9:08
Présentateur

Alors Jérôme Jaffray, on revient vers vous dans un instant parce que c'est un procès qui n'est peut-être pas politique, mais qui a des conséquences politiques. Fabrice Arfi, il y a de très nombreux auditeurs qui vous interrogent sur les chefs d'accusation qui n'ont pas été retenus, la corruption notamment. Ils ont évoqué ce document de Mediapart que nous expliquait Sarah Guibaudot et les aventures judiciaires de ce document en expliquant que la présidente du tribunal avait considéré que c'était probablement un faux. Donc que pensez-vous de se délibérer ? Comme si l'accusation ou le doute porté sur ce document libyen était finalement la preuve de l'absence de preuve contre Nicolas Sarkozy.

Que c'était une accusation sans preuve puisque l'association de malfaiteurs repose sur un faisceau d'indices ?

9:54
Invité

Qu'est-ce que vous leur répondez à ces auditeurs ? Mais en droit, le faisceau d'indices grave, précis et concordant, c'est ce qui forme la preuve judiciaire. Chaque semaine dans les tribunaux,

10:04
Locuteur non identifié

pour la criminalité organisée, pour tous les cas ordinaires.

10:09
Invité

Absolument. Alors, il ne faut pas croire que parce qu'il n'est condamné avec 15 guillemets que pour l'association de malfaiteurs, ce ne serait qu'une construction intellectuelle. Non, mais qu'un document soit probablement faux. Attendez, je vais répondre sur le document. Et je vous prie d'être prudent sur les affirmations liées à ce document. Je ne fais que citer la présidence du tribunal. Absolument, vous avez raison et je vais vous expliquer pourquoi. Mais ça n'est pas qu'une construction intellectuelle. Le tribunal, le jugement dit que des fonds ont été versés par les Libyens, on les a retrouvés pour financer la campagne.

Que des espèces non déclarées qui auraient dû l'être, ont circulé en France, y compris dans la campagne présidentielle. Mais qu'on ne peut pas avoir la certitude définitive que les billets non déclarés, le cash non déclaré de la campagne présidentielle, ce sont les billets de Kadhafi. C'est la raison pour laquelle...

10:59
Présentateur

Pas de preuve absolue que l'argent ait bien abondé, la dite campagne, en député d'indices réels, c'est ce que vous expliquez dans Média.

11:04
Invité

6 millions d'euros des Libyens ont été versés pour financer la campagne et ça, c'est documenté. Sur le document libyen, la phrase de la présidente, elle est incongrue juridiquement et déplacée factuellement. Je vais le dire très rapidement, incongrue juridiquement.

11:17
Présentateur

D'un mot, oui.

11:18
Invité

Oui, mais c'est quand même important. Parce que nous avons été jugés dans cette affaire pour faux et usage de faux. Nous avons gagné en première instance, en appel, et jusque devant la cour de cassation définitivement, qui a dit que ce document n'était ni un faux matériel, ni un faux intellectuel sur la foi d'expertise scientifique, graphologique et de témoignages, y compris de hauts dignitaires français, de la diplomatie et du renseignement. Mais surtout, factuellement, ce document est l'élément qui a permis de révéler la rencontre secrète à Tripoli entre Brice Hortefeux et le terroriste d'État Abdallah Senoussi, qui est au cœur de la condamnation de Nicolas Sarkozy.

Donc, pour un faux document, ça fait beaucoup de vraies conséquences.

11:58
Présentateur

Alors, Jérôme Jaffray, ce qu'ils ont humilié aujourd'hui, c'est la France, c'est l'image de la France. Ces mots sont de Nicolas Sarkozy. Comment les interpréter ? Est-ce qu'effectivement, les conséquences politiques sont à ce point ravageuses que c'est pas simplement la République, mais l'ensemble du pays qui est atteint, touché ?

12:19
Invité

Je le crois. Alors, d'abord, pour Nicolas Sarkozy, je dirais, sa façon de le vivre, tout cela, c'est de considérer que c'est le capitaine Dreyfus qui revient parmi nous. C'est-à-dire que, en d'autres termes, il est victime d'une décision...

12:34
Présentateur

Vous le dites de manière ironique.

12:35
Invité

Oui, mais je crois qu'il le pense. Il vit comme une décision politique contre lui. La haine est sans limite. Il vit ça comme une injustice parce qu'il se considère comme innocent. Et quand il dit la France est humiliée, il dit un président de la République continue toujours d'incarner la France. Et donc, c'est la France que vous me notez. C'est le message. Et de ce point de vue, aller en prison. Évidemment, il ne souhaite pas y rester très longtemps. Et à plus de 70 ans, il peut avoir un aménagement de la peine. C'est bâtir sa légende. Il entre... Bâtir sa légende ? Bâtir sa légende contre l'infamie. L'infamie de l'accusation de malfaiteur.

Car la sortie de prison, j'ai subi cela, bien qu'innocent. Vous imaginez tout le cirque qui va pouvoir bâtir la crise. Mais les conséquences politiques, elles sont effectivement immenses. Puisqu'on en est au symbole, Fabrice Arfi, vous qui avez travaillé pendant 14 ans sur ces financements libyens, comment est-ce que vous avez pris ce geste de Carla Bruni-Sarkozy à la sortie, après le point presse de l'ancien président de la République, d'enlever ostensiblement la protection du micro de Mediapart ? Vous l'interprétez, vous le vivez comment ? D'abord, je veux dire à toutes celles et tous ceux qui nous écoutent que la bonnette de Mediapart va bien. Nous l'avons retrouvée.

On s'inquiétait beaucoup.

13:50
Présentateur

C'est pour le clin d'œil, parce que très sincèrement, c'est dérisoire par rapport à la gravité des faits. Bien sûr, par la gravité de tout ça,

13:57
Invité

mais bon, il n'est pas... Mais c'est par rapport au geste, qu'est-ce que ça veut dire ? Je ne sais pas. Je ne suis pas dans la tête de Carla Bruni, ni derrière ces lunettes fumées avec lesquelles elle est entrée et restée une partie de l'audience. Elle ne l'est meurtée par le moment où elle a enlevé la bonnette, mais c'est le moment accessoire. Pendant le délibéré, sur les conséquences politiques du jugement, je vous avoue que je ne dis évidemment pas ça pour cette matinale, mais je suis sidéré par le climat de conversation publique et médiatique autour du jugement. Expliquez-nous ça.

C'est-à-dire qu'on a quand même un homme, un ancien président, si on parle de Nicolas Sarkozy, qui a été condamné désormais trois fois, dont une fois définitivement pour corruption, une autre fois dans l'affaire Big Malion, ça c'est le financement de sa campagne de 2012, en première instance et en appel pour financement illégal de campagne. D'ailleurs, il y a une audience le 8 octobre prochain à la cour de cassation et qui vient d'être condamnée pour association de malfaiteurs dans l'affaire gigantesque des financements libyens. Et la question qu'on se pose, c'est s'il y a un problème des juges avec la politique.

On pourrait peut-être se demander si Nicolas Sarkozy n'a pas un problème, lui, avec le code pénal. Les juges, ils ne jugent pas des politiques, ils jugent des personnes qui sont soupçonnées d'avoir commis un délit. Il se trouve que ces personnes sont parfois des politiques et c'est souvent le cas. Ils se trouvent dans la délinquance en col blanc et les atteintes à la probité qui concernent la rencontre du pouvoir et de l'argent. Donc c'est vrai que ça concerne assez peu les nécessiteux, ce genre de délit.

Et bien, quand les mises en cause sont condamnées, eux, ils ont, contrairement à toutes celles et tous ceux qui nous écoutent, ils peuvent aller aux 20 heures d'une grande chaîne, ils peuvent imprimer des éléments de langage, prendre la main sur le récit pour faire à croire que le problème dans ce dossier, ce sont les juges et pas les faits. Et ça, c'est un moment trumpien de bascule dans lequel nous sommes en train de vivre, vraiment, sur l'autel des affaires. Trumpien ? Mais bien sûr, c'est Trumpien.

Je veux dire, un ancien président de la République dont un tribunal vient de lui annoncer qu'il va aller en prison parce qu'il ne comprend pas pourquoi il a été condamné pour corruption précédemment et qu'il est déclaré coupable. Il est présumé innocent parce qu'il a formé appel.

15:55
Présentateur

Et il va faire appel.

15:56
Invité

Bien sûr, il va faire appel. Et le parquet national financier aussi va faire appel. Mais parce qu'il ne comprend pas la raison de sa condamnation, qu'il décrédibilise la justice et que les faits pour lesquels il vient d'être condamné sont d'une extrême gravité pour l'association de malfaiteurs, dès qu'il sort, qu'est-ce qu'il dit ? C'est que les juges sont haineux et que c'est un scandale pour l'état de droit. C'est quand même l'ancien président de la République. C'était le garant de l'indépendance de la justice. Donc oui, là, nous sommes à front renversé. Mais ça, c'est le privilège de la délinquance en col blanc.

Alors justement, Sarah Guimaudou, sur cette question de la justice politique ou non, on l'entend, on entend les critiques. On entend Nicolas Sarkozy lui-même qui parle de haine à son encontre, vous le disiez, de la gravité que cette décision a pour la confiance en la justice. On entend, y compris à droite, par exemple, un proche de Bruno Retailleau, François-Xavier Bellamy, qui parle de jugement politique. Cette critique sur l'aspect politique de la justice, elle est récente ? Qu'est-ce qu'elle dit ? Non, je crois qu'elle n'est pas récente et qu'elle survient à chaque fois que des politiques sont condamnées.

Mais je crois qu'on va surtout continuer à l'expliquer ce jugement pour revenir en effet. Par exemple, la note Mediapart, elle avait déjà été écartée par l'accusation. Elle ne faisait déjà plus partie du faisceau d'indices. Moi, j'ai été impressionnée... C'est pour dire que ce n'est pas politique, c'est ça que vous dites ? Moi, j'ai été impressionnée hier par vraiment ce travail de tri extrêmement minutieux qu'a fait le tribunal, pour écarter, allez, on va le dire, tous les maillons faibles de l'accusation, tous les témoignages qui n'étaient pas très solides, tout ce qui n'était pas vraiment prouvé.

C'est dire que si le faisceau d'indices restait important, il repose en effet sur ces rencontres occultes à Tripoli, sur ces flux financiers qui arrivent par trois canaux différents à des proches du candidat à la présidentielle de l'époque. Donc, non, il n'y a rien de politique dans ce jugement.

17:46
Présentateur

Alors, rien de politique, mais malgré tout, Jérôme Jaffray, votre présence est importante pour ça. On a vu hier, justement, un vrai clivage politique se créer, une polarisation quasiment instantanément au moment du prononcé du jugement.

18:01
Invité

Oui, les conséquences politiques, d'abord, c'est un recul accéléré de la confiance.

18:06
Présentateur

Mais il y avait la France des honnêtes gens avec ce slogan qui était rappelé d'une affiche avec Nicolas Sarkozy et François Fillon qui faisaient campagne. Merci à Nicolas Sarkozy et aux Républicains de montrer l'exemple. Je cite Marine Tondelier sur X. Extraordinaire politisation du débat de la condamnation entre la gauche et la droite.

18:27
Invité

Oui, parce que, si vous voulez, il y a une perte de confiance dans les institutions. Ça, ça vient plutôt de la droite, mais qui est prise dans une... Mais pourquoi la droite, précisément ? Parce qu'elle est prise dans une contradiction terrible. Si le jugement est trop sévère, injuste, infondé, et par ailleurs, en permanence, la justice est trop laxiste. Alors, quelle est la valeur de l'argument la justice trop laxiste quand on considère que c'est pas... Et puis, il y a une perte de confiance des institutions dans l'électorat de droite, je pense. On ne croit moins en la justice, on considère qu'elle est politisée, etc.

Et une perte de confiance dans le personnel politique qui, là, est beaucoup plus forte à gauche, dans l'électorat de gauche, parce que, si un ancien président de la République, candidat, avant d'être élu, a pu, et qu'on considère qu'il l'a fait, vu la décision judiciaire, c'est également un effondrement. Et, du coup, ça fait à la fois une exigence sans limite à l'avenir pour toutes les dépenses des candidats en cours de campagne électorale, c'est-à-dire que, là, il y aura une exigence de sortir tous les chiffres en permanence, vous dépensez combien pour ce meeting, à quelle occasion, etc. Et une envie de bascule plus grande encore des électeurs par rapport au système politique classique.

Et, là, ça peut jouer, effectivement, en faveur des extrêmes, qu'ils soient de gauche ou de droite. Alors, justement,

19:45
Présentateur

c'est le sens de votre question, Aurélien. Bonjour. Et Fabrice Harfi, vous aurez le cas. C'est l'occasion d'y répondre. Bonjour et bienvenue dans le grand entretien de France Inter. Bonjour. Je suis juriste de formation. En France, il y a une réelle séparation des pouvoirs. Et je constate que le RN vole au secours de Nicolas Sarkozy, qui a été condamné à 50 prisons fermes. Et je m'étonne que le RN, qui se dise proche du peuple, ne se félicite pas que la justice soit la même pour tous. Voilà. Merci pour votre question, Aurélien.

20:18
Invité

C'est pour ça que je dis que c'est un point de bascule, ce jugement. Parce que c'est un jugement qui, vous savez, au frontispice de nos mairies, a marqué liberté, égalité, fraternité. Et là, c'est la question de l'égalité devant la loi. Et la main du tribunal n'a pas... Est-ce qu'un ancien président de la République peut être injusticiable comme un autre ? Bien sûr. Bien sûr. La démocratie, c'est le règne du n'importe qui. Mais vraiment, sur la question de la justice politique, quand la justice condamne des cambrioleurs, est-ce qu'on fait des émissions télé pour se demander si la justice déteste les cambrioleurs ?

Est-ce que quand un commissaire priseur détourne des œuvres d'art et il est condamné pour ça, on se demande si les juges sont des militants contre l'art contemporain ? C'est vraiment délirant ce qui est en train d'être imprimé dans l'esprit public vis-à-vis d'atteintes à la probité qui ont cette particularité que nous en sommes toutes et tous les victimes. C'est-à-dire que tous les citoyennes et tous les citoyens, quelles qu'en soient les convictions politiques, les parcours de vie, nous sommes tous victimes. Quand il y a un braquage, les victimes sont identifiées, c'est celles qui étaient dans la banque. Là, c'est nous tous et c'est un braquage de la République.

On parle beaucoup des gens de droite parce que oui, en France, il se trouve que Jacques Chirac a été condamné pour atteinte à la probité. Son premier ministre, Alain Juppé, a été condamné pour atteinte à la probité. François Fillon a été condamné pour atteinte à la probité. Son président, Nicolas Sarkozy, l'a été... Mais la droite n'a pas le monopole des affaires. Mais diapart, on est bien placé pour savoir qu'un ministre socialiste du budget était un fraudeur fiscal. Je parle de Jérôme Cahuzac. Et le tribunal a rappelé hier que le législateur lui avait demandé, au fil des années, de réprimer plus sévèrement ses atteintes à la probité.

Et moi, je trouve ça quand même assez inquiétant la façon, en effet, dont Nicolas Sarkozy s'est adressé, voilà, s'en est pris au juge à la sortie du tribunal qu'un condamné dise « je vais faire appel, je suis innocent ». Voilà, c'est normal, mais...

22:12
Présentateur

Et il bénéficie de la présomption d'innocence dès lors qu'il fait appel.

22:14
Invité

Tout à fait, mais là, les propos, la haine, tout ça, ça remet en cause la justice et donc les fondements de l'État de droit.

22:21
Présentateur

Dernier mot avec Jérôme Jaffray, ce sera la fin de cet entretien.

22:23
Invité

Ce qui pose quand même problème, et l'un et l'autre, vous avez souligné que tout le monde est justiciable dans les mêmes conditions, ça n'est pas la conception de la justice dans cette affaire et dans d'autres affaires. Est-ce que ce n'est pas l'exécution provisoire qui fait qu'il peut aller en prison alors qu'il est encore président ? Tout le jour, dans tous les tribus de France, il y a des gens qui vont en prison après dix minutes en comparaison... Et des gens d'être dépôt. C'est l'exigence d'exemplarité qui est posée à tous les politiques. Et qui, du coup, fait qu'ils ne sont plus considérés tout à fait comme des justiciables, comme les autres.

On les charge davantage à partir du moment où on exige d'eux une conduite exemplaire. Dans le réquisitoire, il y avait le reproche fait à Sarkozy de sa soif du pouvoir. Mais moi, je ne connais aucun candidat à l'élection présidentielle qui ne manifeste au minimum une soif du pouvoir. Mais vous en connaissez beaucoup qui vont solliciter des finances qui ne puissent être étrangère. Mais vous voyez, on déborde un peu par le fait qu'on juge, du coup, les politiques au nom de l'exemplarité alors qu'on doit simplement les juger injusticiables comme un autre.

23:23
Présentateur

Merci infiniment, en tout cas, Sarah Guy Baudot, Fabrice Arfi, Jérôme Jaffray, d'avoir été les invités de France Inter ce matin.