Léon Panetta, ancien directeur de la CIA, et ex-secrétaire américain à la Défense, invité de LCI
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir Léon Paneta, ravi d'être avec vous Marga. Est-ce que c'était la bonne idée d'intervenir en Iran ? Je pense que l'Iran a toujours été un adversaire et un sujet de préoccupation pour nous en raison de ses efforts pour développer l'arme nucléaire et de son soutien aussi à l'instabilité dans la région.
L'Iran est donc un ennemi de longue date. Mais je pense que l'effort qui vise à mener cette attaque en collaboration avec Israël dans l'espoir que si on éliminait les dirigeants, le régime s'effondrerait en quelques jours. Ça ça n'était pas un bon objectif. car nos sources de renseignement avaient clairement indiqué que cela n'arriverait jamais.
Et donc, je m'oppose au fait que les États-Unis n'ont jamais vraiment eu d'objectif clair quant à la raison d'être de cette guerre. À quel point l'Iran était proche de fabriquer la bombe nucléaire ? Et bien, c'est une bonne question.
Il y a beaucoup d'estimations différentes, mais je pense que les renseignements dont j'avais connaissance indiquait qu'il leur faudrait encore plusieurs semaines pour parvenir à mettre au point l'arme nucléaire. Même s'ils disposaient de combustible enrichis à un niveau très élevé, leur capacité à assembler tous les éléments complexes nécessaires à une bombe allait selon nous prendre beaucoup plus de temps. Donc comme le montraient encore une fois les renseignements, il y avait pas de menace imminente qu'il soit capable de mettre au point rapidement une arme nucléaire.
Pourquoi l'Iran est-il si difficile à maîtriser sur la scène internationale ? C'est une question à laquelle plusieurs présidents américains ont dû faire face en essayant de déterminer quelle était exactement la meilleure approche. Je pense que le président Obama estimé que la meilleure approche consistait à œuvrer en faveur d'un accord.
Il a fallu 2 ans pour mettre au point cet accord. La France a participé à cet effort au côté de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de la Russie et de la Chine. Ça a nécessité de nombreuses négociations, mais ils sont finalement parvenus à un accord qui imposait des limites à l'enrichissement et qui prévoyait également un régime d'inspection.
Et le fait est que cet accord a effectivement permis de limiter la capacité iranienne à développer le type d'enrichissement susceptible de mener à une arme nucléaire. Donc c'était une approche parmi d'autres. Le président Trump estime que l'action militaire est le moyen d'y parvenir.
Mais le problème c'est que l'histoire nous a toujours enseigné. qu'on ne peut pas bombarder pour obtenir un changement de régime. On a essayé ça au Vietnam, ça n'a pas fonctionné.
On a essayé ça en Irak, ça n'a pas fonctionné. Un changement de régime ne peut se produire que si vous attaquez la la base grâce au peuple qui se soulève et qui rend ça possible. Le changement de régime n'était donc pas ce que j'appellerais un objectif réaliste par rapport à cette initiative.
Maintenant, bien sûr, nous avons appliqué des sanctions contre l'Iran. Les sanctions économiques ont eu des conséquences douloureuses. Nous avons lancé une attaque durant la guerre des 12 jours et pris pour cible leur programme nucléaire.
Et oui, ça a considérablement endommagé leurs installations d'enrichissement. Je veux dire par là que la majeure partie de leur combustible enrichi est désormais enfouie très profondément sous terre, même si on ne sait pas vraiment s'il existe d'autres site où il pourrai procéder à l'enrichissement. Je pense que c'était une occasion à saisir nous car le guide suprême était affaibli, l'économie était affaiblie et leur capacité nucléaire était endommagée.
Si les États-Unis avaient utilisé la CIA pour tenter de développer un leadership au sein de la population et soutenir cette révolte, ça aurait pu être le moment opportun pour essayer de voir si on pouvait provoquer un changement de régime, mais malheureusement ça ne s'est pas produit. Donc désormais, on est dans une impasse avec l'Iran et franchement les deux pays se trouvent dans une situation où aucun n'est mesure en fin de compte d'agir de manière à mettre effectivement fin à cette guerre. Nous sommes donc dans l'impasse pour l'instant.
Est-ce qu'avec la disparition de l'ayatola, ce régime est désormais plus dangereux, plus imprévisible ? Je pense que les renseignements montrent clairement que le régime est plus puissant que jamais, plus solidement ancré que jamais. C'est un régime encore plus intransigent que sous le dernier Ayatola.
Et ils ont réussi à survivre à de nombreuses attaques menées tant par Israël que par les États-Unis. Or, les États-Unis avaient un certain nombre d'objectifs militaires, je crois environ 13000 cibles. Je pense qu'ils ont probablement fait du bon travail pour affaiblir l'armée iranienne, mais l'Iran a survécu.
Les renseignements indiquent aujourd'hui qu'ils disposent d'une capacité de missile plus importante que ce que nous leur accordions. Près de 60 % de leur puissance de frappe a été rétablie seulement en terme de lanceur mais aussi en nombre de missiles. ajouter à cela ce qui selon moi constitue leur plus grand levier de pression, la fermeture du D3 d'Ormouse.
Pour être franc, j'ai été stupéfait que le président se dise surpris par la fermeture du D3 d'Ormous par l'Iran. Lorsque j'étais secrétaire à la défense et qu'on discutait d'une éventuelle action militaire contre l'Iran, l'une des premières choses dont on savait qu'elle se produirait était que l'Iran fermerait ce Détroit. 20 % du pétrole mondial transite par le D3 d'Omouse.
Et donc franchement, il aurait fallu mettre en place un plan visant essentiellement à rouvrir le D3 et à garantir la libre circulation des navires dans cette zone. Mais ça n'a pas été le cas. Et aujourd'hui, le D3 d'Omous est fermé à la fois par l'Iran et par un blocus imposé par les États-Unis.
Et les États-Unis en subissent les conséquences. Hier, on vient on nous a annoncé une flombée, la plus forte hausse de l'inflation depuis plusieurs années, près de 3,8 %. Le prix du carburant monte en flèche dans ce pays, le prix des engrais, le prix des denrées alimentaires.
Notre économie est mise à mal tout comme l'économie mondiale. Le Fond monétaire international a déclaré que si la situation perdurait, si ces perturbations se poursuivaient, il y aurait de fortes chances qu'une récession mondiale se produise. Donc à l'heure actuelle, je dois dire que l'Iran dispose d'un formidable levier avec la fermeture duOmous.
Est-ce que vous êtes au courant d'un plan du Pentagone pour rouvrir le D3 d'Ormous ? Et bien, je suis certain qu'ils ont mis en place des plans à cette fin. Je pense que ce qui serait probablement judicieux à ce stade, c'est de faire appel à la marine pour assurer le passage dans ce D3 d'Ormous.
Sans aucun doute, ils vont devoir déminer une partie de la zone. Ils vont devoir recourir à la force militaire pour s'assurer de pouvoir maintenir le D3 ouvert et je pense qu'on pourrait nouer des relations avec nos alliés, des pays comme la France ou la Grande-Bretagne entre autres qui ont indiqué qu'ils aideraient à garantir la libre circulation à Ormouse. fois que nous aurions réussi à le rouvrir.
Donc il y a des possibilités d'ouvrir ce D3. Franchement, je pense que les États-Unis ont manqué une occasion en ne recourant pas à l'armée pour ouvrir le D3 d'Ormous dès le début. Mais maintenant, c'est difficile à faire.
Donc, il va falloir faire appel à la marine. Il va falloir utiliser les navires dont on dispose. Il va falloir utiliser des hélicoptères, les force spéciale.
Il va falloir utiliser certaines de nos capacités qui je pense peuvent permettre d'ouvrir le D3 d'Ormouse. Je pense qu'à l'heure actuelle, on ne parviendra pas à sortir de cet impasse pour mettre fin à cette guerre tant que les États-Unis n'auront pas trouvé un moyen d'ouvrir le D3 d'Ormous. Est-il probable que les États-Unis soient à nouveau confrontés à l'Iran dans quelques années ?
Je pense que là, c'est la question euh tragique. Écoutez, l'histoire des conflits au Moyen-Orient depuis 80 ans montre qu'à chaque fois qu'Israël affronte un adversaire, qu'il s'agisse de Esbola, du Hamas, de l'Égypte ou de n'importe qui d'autre, une nouvelle guerre éclate au bout de quelques années. Et s'il y a un accord, quel qu'il soit d'ailleurs, et ce qui est loin d'être acquis.
Mais s'il y a un accord qui met fin à cette guerre, franchement, je ne fais pas confiance au régime au pouvoir en Iran pour respecter cet accord. Et je ne pense pas qu'ils aient particulièrement confiance en la capacité des États-Unis à respecter cet accord. Je pense donc qu'il y a de fortes chances que d'ici 4 ou 5 ans, les États-Unis et Israël se retrouvent à nouveau en guerre.
Est-ce que Israël agit toujours comme un allié des États-Unis à l'heure actuelle ? Écoutez, vous le savez, on entretient manif manifestement une relation de longue date qui vise à protéger Israël, la seule démocratie du Moyen-Orient. Nous sommes liés l'un à l'autre.
Nous avons apporté un soutien militaire, mais j'ai toujours pensé pour être franc, les États-Unis dans le cadre de cette relation devait également préserver leur indépendance lorsqu'il s'agit de protéger notre sécurité nationale. Je pense que cela s'est érodé récemment. Je pense que les États-Unis ont suivi les recommandations d'Israël concernant l'attaque et Israël continue bien sûr d'attaquer le Esbola et je comprends pourquoi.
Mais le gros problème ici est que même si les États-Unis pourraient très bien mettre fin à cette guerre, comme l'a dit Netaniaahu dans l'émission 6 Minutes, et bien cette guerre n'est pas terminée et il y a encore un certain nombre d'objectifs qu'ils estiment devoir atteindre. Israël pourrait donc s'avérer être un partenaire très difficile dans tout accord qui viserait à mettre fin à cette guerre. Est-il vrai que Donald Trump prend les décisions sur la scène internationale tout seul sans conseiller autour de lui ?
Franchement, c'est très risqué de ne pas avoir dans dans cette salle des personnes expérimentées et bien informées pour conseiller le le président des États-Unis. Vous savez, pendant 80 ans, depuis la Seconde Guerre mondiale, les président aussi bien démocrates que républicains, d'ailleurs, bien qu'ils aient eu des divergences politiques, ont largement suivi les mêmes principes en matière de politique étrangère. Ces présidents estimaient que l'Amérique devait être un leader mondial.
Ils estimaient que les États-Unis devaient renforcer leurs alliances, soutenir l'OTAN. soutenir les autres alliances que nous avions car cela était important pour notre sécurité. Ils croyaient en en une armée forte, ils croyaient en une diplomatie forte.
Ils estimaient également qu'il était important de tenir tête au tyran. Mais le gouvernement actuel suit une voix un peu différente, agissant pratiquement de son propre chef. Au cours de son premier mandat, le président Trump disposait de gardes fou.
Il y avait des personnes à viser à ses côtés, des personnes qui étaient prêtes à lui dire non et à lui faire comprendre qu'il pouvait faire des erreur. Et je pense que ça a été très utile pour la politique étrangère de notre pays à l'époque. Au cours de son deuxème mandat, ses gardes de fou ont disparu.
Le président agit pratiquement de son propre chef. Ainsi, en matière de prise de décision, d'après mon expérience, un président devrait faire appel au conseil de sécurité nationale, au secrétaire d'État, au secrétaire à la défense, à nos chefs militaires et à nos responsables du renseignement qui doivent tous ensemble s'assoir autour d'une table et évaluer la situation. Qu'en est-il de cette crise ?
Quelle approche doit-on adopter pour y faire face ? Quel type de plan militaire ou diplomatique, doit-on mettre en place ? Quelles sont les conséquences de nos actions qui peuvent être évaluées ?
Tout ça faisait partie d'un processus auquel les anciens présidents avaient l'habitude de recourir. Ce n'est plus le cas et par conséquent, nous nous retrouvons dans le genre de situation que nous connaissons actuellement en Iran. La Russie et la Chine ont fourni des technologies essentielles à l'Iran pendant cette guerre.
Quel levier ont les États-Unis ? face à la Chine et la Russie. Et bien, je pense que le président Trump affirme depuis longtemps qu'il entretient de bonnes relations avec Poutine.
Il semble dialoguer avec lui, mais j'ai l'impression que Poutine utilise essentiellement cette relation pour faire ce qu'il veut. Donc en fin de compte, je pense que nous n'avons pas vraiment beaucoup d'influence sur Poutine. Je pense que le président américain devrait tenir tête à Poutine.
Comme je l'ai dit plus tôt, les présidents précédents ont tenu tête au tyran en Ukraine. Le peuple ukrainien et l'armée ukrainienne ont mené un combat très courageux pour tenter de mettre fin à l'agression russe. Et en ce moment, vous savez, ils s'en sortent plutôt bien.
Ce serait le moment, le bon moment pour le président Trump de dire à Poutine, nous allons fournir du matériel militaire sophistiqué à l'Ukraine. Nous allons les soutenir et nous allons faire en sorte que vous n'y parveniez pas. C'est comme ça qu'on amène Poutine à négocier en se montrant ferme et en lui tenant tête.
Or, ce n'est pas ce qui se passe. Je ne pense pas que la Russie serait très efficace en tant que médiateur dans ce dossier avec l'Iran. Je sais que le président Trump est en visite en Chine.
Je suis sûr qu'il espère que la Chine prendra des mesures pour jouer ce rôle de médiateur, mais je ne pense pas que ce soit susceptible d'arriver. Je pense donc que l'avenir de cette guerre dépendra de la capacité des États-Unis à faire preuve de suffisamment d'intelligence pour mettre en place un processus de négociation qui aboutira à une paix plus durable. on for this interview.
Benjamin Haddad