Invité : François-Xavier Bellamy - Audition publique (25/02/2019)
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
- Michel Grossiord: Bonsoir à tous. François-Xavier Bellamy, tête de liste Les Républicains pour les élections européennes, est l'invité d'"Audition publique". Merci d'être avec nous.
Vous répondrez dans un instant à Yves Thréard et Jérémy Marot. Tout à l'heure, à Oriane Mancini et Saveria Rojek. Puis, deux parlementaires viendront vous interpeller dans une vingtaine de minutes.
Il s'agit de Marie-Pierre de la Gontrie, sénatrice socialiste, et Pieyre-Alexandre Anglade, député de La République En Marche. Le chat du Figaro est ouvert pour les téléspectateurs qui nous suivent sur le site du journal. Vous pouvez poser vos questions.
Je me ferai votre relais sur ce plateau. François-Xavier Bellamy, jeune philosophe, vous avez été choisi récemment pour conduire la liste LR aux européennes. L'heure n'est pas encore à un premier bilan.
Ca ne fait que commencer. Mais les sondages n'indiquent pas de grand frémissement. Est-ce que vous êtes inquiet?
Est-ce que ce chiffre de 10% vous amène à vous poser des questions sur votre positionnement? - François-Xavier Bellamy: D'abord, merci pour votre invitation. Quand je suis entré dans cette bataille, lorsque Laurent Wauquiez m'a contacté et m'a proposé de mener cette liste, je savais très bien que ce serait dans un contexte difficile.
Parce que la droite se reconstruit. Laurent Wauquiez fait un travail compliqué dans un contexte de défaites successives pour notre famille politique. Je sais que cette élection se joue dans ce contexte compliqué.
Et j'ai accepté ce défi en sachant que ce ne serait pas une partie de plaisir. - Michel Grossiord: Vous vous êtes fixé un objectif? - François-Xavier Bellamy: C'est de faire de ce moment une étape de la refondation de la droite.
On essaiera de rassembler le plus largement possible les Français. Laurent Wauquiez ne m'a pas fixé d'objectif précis, si c'est votre question. On est dans un moment très particulier de l'histoire politique de notre pays.
On voit que les forces politiques classiques qui ont animé la vie politique française pendant très longtemps sont aujourd'hui en voie d'être marginalisées. - Yves Thréard: Vous n'êtes pas pris en sandwich? Est-ce que vous n'êtes pas pris en sans doute entre le Rassemblement National, qui se recentre d'une certaine façon, et Emmanuel Macron et La République En Marche, qui ont capté une partie de votre électorat, pour faire vite, l'électorat des chefs d'entreprise?
C'est difficile d'exister dans ces conditions. - François-Xavier Bellamy: Nous avons quelque chose à dire de l'Europe, de l'avenir de la France. Ce qui a fait le coeur du projet de François Fillon.
Ca a quand même suscité une bonne partie de l'adhésion des électeurs. Tout cela n'a pas disparu. - Yves Thréard: Ils ont disparu sur la liste de Macron. - François-Xavier Bellamy: Notre objectif, c'est de tenter de leur montrer que nous avons encore quelque chose à dire sur l'avenir de notre pays, et que ce qui a été porté au cours de la présidentielle par la droite n'est pas du tout réalisé dans l'action d'Emmanuel Macron.
On le voit à l'occasion de la crise des gilets jaunes. Ce n'est pas de l'esbroufe, mais les grands problèmes structurels de notre pays, quels sont-ils? Nous sommes les champions du monde en matière de prélèvements obligatoires.
C'est cela qui provoque la crise sociale que nous connaissons aujourd'hui. Les gilets jaunes, ce sont d'abord des gens qui travaillent et qui ne s'en sortent pas, à cause de cette pression fiscale. Est-ce que cette dernière a baissé?
Non. Est-ce que les prélèvements obligatoires ont baissé? Non.
Est-ce que la réforme de l'Etat est engagée? Pas du tout. - Yves Thréard: Dans ces conditions, les électeurs devraient venir vers vous.
Mais ce n'est pas le cas. - François-Xavier Bellamy: Les choses vont se décanter petit à petit. Sur les questions européennes, le Rassemblement National est en train de changer de discours, opportunément, à l'occasion de ces élections.
Si les autres partis se mettent à dire la même chose que ce que les Républicains disent depuis très longtemps, à savoir que nous avons besoin de l'Europe, mais que nous avons besoin de la transformer en profondeur, c'est que notre ligne était la bonne. Nous sommes pris en sandwich, mais c'est effectivement la difficulté de ce moment. Et c'est aussi le sens de mon engagement.
Je m'engage dans cette élection parce que je n'ai jamais cru que le débat politique pouvait se réduire à l'opposition des populismes. Ce clivage prive la démocratie d'un vrai pluralisme. - Jérémy Marot: Le fait est que vous plafonnez toujours à 12% dans tous les sondages.
On ne comprend pas bien votre positionnement. Vous ne parlez qu'à une frange minoritaire de l'électorat. Vous devriez peut-être l'élargir. - François-Xavier Bellamy: On est en train de terminer les derniers arbitrages sur le projet européen.
Il y a déjà eu une réunion du conseil national qui a permis de voter sept points fondamentaux pour la vision que la droite doit porter sur l'avenir de l'Europe. Nous sommes en train de terminer ce travail pour pouvoir le présenter aux Français. Je ne m'inquiète pas des sondages.
La campagne n'a pas encore commencé. Nous n'avons pas encore eu l'occasion de faire valoir nos propositions. Mais nous allons le faire au cours des prochaines semaines.
Nous avons déjà pu travailler sur la question agricole. J'ai d'ailleurs été au Salon de l'agriculture toute la journée d'hier. On va continuer de le faire sur d'autres sujets dans les semaines à venir. - Yves Thréard: Vous avez une image qui vous colle à la peau comme le sparadrap du capitaine Haddock.
C'est celle d'un conservateur. Comment vous pouvez déchirer cette image? - Michel Grossiord: Si vous en avez le désir. - François-Xavier Bellamy: Bien sûr.
J'ai publié un livre en octobre dernier. J'essayais d'expliquer pourquoi le conservatisme n'était pas une option politique valable. Il ne s'agit pas d'être immobile.
Nous sommes dans un contexte de crise profonde. Prenons la question écologique. Durant cette campagne, j'ai l'intention de défendre une préoccupation écologique parce que la droite ne s'est peut-être pas assez préoccupée de ce sujet pourtant majeur pendant longtemps.
L'Europe doit être en pointe sur la question écologique. C'est une préoccupation conservatrice, vous me l'accorderez. Si être conservateur c'est considérer que ce qui compte, c'est de savoir pourquoi nous mettons en oeuvre ce progrès, alors oui, en un sens, je suis conservateur.
Mais on ne peut pas être conservateur dans un moment où tout est en train de s'effondrer sous nos pas. Il faut être inventif. Et l'immobilisme n'est pas une solution. - Michel Grossiord: Parmi les questions qui surgissent aujourd'hui, il y a les marches pour le climat de la jeunesse.
Certains disent qu'il faut peut-être limiter les naissances pour ne pas épuiser la planète. Qu'en pensez-vous? - François-Xavier Bellamy: On est ici devant un débat un peu absurde.
Nous savons que ce qui compte, ce n'est pas le nombre d'individus qui vivent sur la planète. C'est la manière dont ils vivent, la manière dont nous produisons, dont nous consommons, dont nous construisons. Toutes ces choses font partie de ce que nous devons réformer en profondeur.
C'est un élément fondamental au niveau européen. Nous ne pouvons plus vivre dans un monde où on pêche du poisson en Norvège, où on le traite en Chine...
Nous sommes aussi responsables. Aujourd'hui, les Européens, qui sont beaucoup moins nombreux, font l'essentiel de la catastrophe écologique par rapport à des pays en développement qui sont beaucoup plus nombreux et qui contribuent pour une part beaucoup plus faible à l'empreinte carbone qui provoque le dérèglement climatique. C'est une question de mode de vie.
Nous avons besoin de repenser une mondialisation dans laquelle on renonce à ce modèle absurde, qui voudrait qu'on produise en Chine. Il faut que l'Europe soit à nouveau un poumon écologique. - Jérémy Marot: On vous connaît beaucoup pour vos prises de position sociétales.
On a parlé du mariage pour tous, de l'IVG. Cela a infusé dans la presse. On vous connaît moins par le prisme de positions sur l'économie.
Est-ce qu'on peut vous qualifier de libéral? - François-Xavier Bellamy: Oui, je pense que je pourrais me définir comme un libéral au sens authentique du terme. Cela supposerait de bien réfléchir à la définition de ce mot qui a été souvent galvaudée.
Nous sommes champions du monde des prélèvements obligatoires. Il est évidemment nécessaire que l'Etat arrête d'asphyxier les acteurs individuels, les entreprises, en les empêchant de se développer à cause de ce problème. - Yves Thréard: A ce moment-là, vous réduisez l'implication de l'Etat dans l'économie.
Vous êtes d'accord avec ça? - François-Xavier Bellamy: Déjà, on peut faire mieux avec moins. Je suis enseignant.
On a une éducation nationale qui constitue le premier budget de l'Etat, mais qui en même temps est l'une des plus mal classées dans l'OCDE sur ses résultats. S'il suffisait de dépenser beaucoup, on aurait la meilleure éducation nationale. Ce n'est pas le cas aujourd'hui.
Maintenant, je suis aussi libéral dans le sens où nous devons repenser notre modèle d'aménagement du territoire. - Michel Grossiord: Libéral, c'est être pour la prééminence du marché. - François-Xavier Bellamy: Non.
Il faut évidemment que le marché puisse faire son travail. Le marché est dysfonctionnel, s'il est saturé de taxes. Mais il faut aussi redonner du pouvoir aux acteurs de terrain, aux collectivités locales, repenser la décentralisation.
Emmanuel Macron n'est pas du tout libéral en ce sens. - Yves Thréard: Vous étiez hier au Salon de l'agriculture. Vous critiquiez la baisse du budget de la Politique Agricole Commune.
C'est un peu contradictoire, ce que vous dites. - François-Xavier Bellamy: Non, parce que le libéralisme authentique, n'est pas du tout concentré sur la question du marché. Le libéralisme authentique consiste à tenter de mettre l'Etat là où il doit intervenir, au bon endroit.
La question agricole est un cas de figure intéressant. Est-ce que l'agriculture est un marché comme un autre? Je ne le crois pas.
Il y a un enjeu de souveraineté essentiel. Si nous laissons le marché faire, on voit que la Chine mène une politique agressive d'achat de terres agricoles en Afrique mais aussi en Europe, l'achat de vignobles et d'exploitation. Si nous laissons le marché faire, nous perdons notre indépendance alimentaire. - Michel Grossiord: Vous étiez donc au salon de l'agriculture, hier.
On ne vous voit jamais avec Laurent Wauquiez, qui était au salon, aujourd'hui. - François-Xavier Bellamy: Si, nous aurons l'occasion de faire beaucoup de réunions publiques ensemble. - Jérémy Marot: Vous vous sentez suffisamment soutenu par la direction de votre parti?
Le fait de ne pas vous voir ensemble, on se demande quand la campagne va vraiment commencer. - François-Xavier Bellamy: Vous savez, maintenant que je suis dans l'action, je m'amuse de ce jeu des commentaires. On a fait un déplacement à Belfort, et le soir même, tous les éditorialistes ont dit que la tête de liste était étouffée par le chef du parti.
Maintenant que Laurent Wauquiez nous a donné pour mission d'aller faire campagne, d'aller sur le terrain, avec Arnaud et Agnès, mes premiers colistiers, on dit que Laurent Wauquiez se désengage. Je ne le crois pas. Nous sommes en lien régulier.
Cette campagne se construit avec toutes les équipes du parti. J'ai la chance de pouvoir compter sur leurs compétences et leur professionnalisme. On va travailler avec Laurent Wauquiez de façon régulière, ne vous inquiétez pas. - Yves Thréard: Vous avez mis de côté toutes les critiques internes au parti.
Valérie Pécresse est très critique, notamment. - François-Xavier Bellamy: Je reconnais qu'il était légitime de s'interroger sur la candidature qui n'était pas évidente. Je ne suis pas encore connu dans le débat public national, je suis assez jeune.
J'arrive dans cette aventure avec beaucoup d'humilité. Il faut que je montre que je suis au niveau de l'enjeu. Et je le serai avec cette dimension d'équipe, qui sera très forte dans cette campagne.
Je regrette que ces divergences soient étalées dans les médias. C'est ce qui contribue à la défiance de beaucoup de Français à l'égard de la droite. Ils ont le sentiment de ne pas pouvoir dialoguer ensemble.
Mais c'est sans doute un peu le jeu. On va travailler ensemble. - Michel Grossiord: Est-ce que vous avez des mentors pour vous conseiller au niveau politique? - François-Xavier Bellamy: On a l'occasion d'échanger régulièrement avec Laurent Wauquiez depuis le début de cette campagne.
J'ai l'occasion de rencontrer Nicolas Sarkozy, ainsi que beaucoup de figures qui comptent à droite, y compris parmi ceux qui ne pensent pas tout à fait la même chose que moi. Je pense à Gérard Larcher, et on continuera d'échanger. Ce n'est pas parce qu'on est nouveau qu'on est forcément meilleur.
Il faut surtout une complémentarité entre le renouvellement nécessaire attendu par les Français et l'expérience sans laquelle on ne peut pas être efficace. - Jérémy Marot: Vous déploriez l'étalage de divergences au sein de LR. Est-ce que ce n'est pas tout simplement le signe de la coexistence au sein d'un parti de lignes irréconciliables? - François-Xavier Bellamy: Je ne le crois pas.
Depuis que cette campagne a commencé, aussi bien au niveau des points fondamentaux qui ont été votés, que dans les échanges quotidiens que nous avons avec Agnès Evren et Arnaud Danjean, je ne ressens pas de différences profondes au niveau européen. Arnaud Danjean a été juppéiste. Agnès Evren travaille encore avec Valérie Pécresse.
Cela ne nous empêche pas d'avoir une vision absolument unanime sur ce que nous voulons défendre pour l'avenir de l'Europe. Il n'y a pas de droites irréconciliables. - Yves Thréard: La marque de sport Decathlon a mis en ligne pour le public sur son site en français un hijab pour les jeunes femmes qui voudraient faire du sport.
Donc, un accessoire qui masque tout le visage sauf les yeux. Qu'en pensez-vous? - François-Xavier Bellamy: Cette tenue est aujourd'hui interdite par la loi sur la voie publique.
Le port de cette tenue est une dissimulation totale du visage. C'est une infraction. C'est un problème de sécurité.
Et se couvrir totalement le visage contrevient à notre mode de vie. J'enseigne la philosophie. J'ai travaillé récemment avec mes étudiants sur les textes de Levinas qui décrivent ce qu'est le visage dans la tradition judéo-chrétienne.
Je suis terrifié de voir se dessiner un monde dans lequel il faudrait se couvrir le visage pour pouvoir se déplacer. - Yves Thréard: Est-ce que vous allez boycotter Decathlon? - François-Xavier Bellamy: Je crois que les marques ont une responsabilité importante dans le message qu'elles envoient à la société.
Malheureusement, nous ne combattrons pas le mal par les effets, mais par les causes. Et la cause profonde, c'est ce modèle relativiste dans lequel nous sommes entrés. Nous avons renoncé à défendre ce qui constitue notre culture commune, non pas pour exclure, mais pour permettre de rassembler autour d'elle.
On se tromperait si on s'attaquait uniquement aux conséquences. Il faut en revenir aux fondements. Et la question éducative est fondamentale. - Michel Grossiord: Il y a eu d'autres marques commerciales avant Decathlon qui peuvent être les complices d'un communautarisme religieux. - François-Xavier Bellamy: Il y a une tentation communautariste.
Les marques font alors une chose très grave. Je ne voudrais pas la citer parce que je ne suis pas certain, mais je pense à cette marque qui avait commercialisé une publicité montrant des enfants voilés. Le fait de voiler des enfants sur une publicité me semble être le signe d'une rupture problématique. - Jérémy Marot: Un mot sur le mouvement des gilets jaunes.
Plus de la majorité des Français demande l'arrêt de ce mouvement. - Michel Grossiord: 55%, selon le dernier sondage. - Jérémy Marot: Quelle est votre position?
Est-ce que vous demandez aussi l'arrêt de ce mouvement? - François-Xavier Bellamy: Il faut que ce mouvement s'arrête. C'est la première fois dans notre pays que l'on connaît 15 semaines consécutives de manifestations. 15 semaines de troubles à l'ordre public, de dégradations.
On a encore vu des images affligeantes à Clermont-Ferrand ce week-end. Ce mouvement est en train de se dégrader. Il n'a plus rien à voir avec la revendication initiale, qui était celle de centaines de milliers de Français qui exprimaient à travers ce mouvement leur volonté d'en finir avec une pression fiscale étouffante.
Aujourd'hui, on détruit pour détruire. Ce qui est en jeu, c'est la responsabilité du gouvernement, là-dedans. La mission première du gouvernement, c'est de garantir la concorde entre les citoyens et l'ordre public.
Aujourd'hui, nous sommes dans une stratégie d'affrontement, de brutalisation, qui n'a plus rien à voir avec cette mission. Il faut qu'on réponde à cette question du pouvoir d'achat. - Michel Grossiord: Merci, messieurs.
Tout de suite, la deuxième partie de l'émission, avec nos deux parlementaires. Bonsoir, Marie-Pierre de la Gontrie. Vous êtes sénatrice socialiste.
Pieyre-Alexandre Anglade, vous êtes député La République En Marche. - François-Xavier Bellamy: Les 7 points fondamentaux de notre projet sont parfaitement clairs. C'est une ligne précise et claire.
Entre les changements de ligne et la ligne que défendra LREM, nous n'avons pas à rougir. - Marie-Pierre de la Gontrie: Bonsoir, monsieur Bellamy. Je vous découvre tous, car vous êtes une nouvelle personnalité politique.
Vous êtes un personnage déroutant, car vous maniez des idées. Il n'est pas dans la langue de bois ou dans les formules choc. Je ne sais pas si c'est adapté à la situation dans laquelle vous êtes, mais c'est notable.
J'aurais souhaité vous interroger sur le point suivant. Vous avez dit à plusieurs reprises que votre ligne était claire et que vous n'aviez pas changé d'avis. Pourtant, il y a plusieurs points sur lesquels je ne comprends pas votre cohérence avec votre formation politique.
Il y a ce que vous avez qualifié d'opposition personnelle, ou de position personnelle, sur l'opposition à l'IVG. Vous vous êtes expliqué. Ca me heurte beaucoup.
Je termine, et vous aurez le loisir de parler. C'est un problème, car votre formation politique porte ce sujet, et que, contrairement à ce que vous prétendez, le Parlement européen a parfois à se prononcer sur ce sujet. C'est un problème.
Et il y a d'autres points sur lesquels vous n'être pas en accord avec votre famille politique qui sont importants. Vous avez dit que vous auriez voté contre le Sénat, contre l'Europe et le Canada. Vous auriez voté non au référendum sur la Constitution européenne.
Quel est votre avis? Quelle est votre cohérence avec votre famille politique? Pouvez-vous asséner une opinion personnelle qui pourrait prendre le pas sur des convictions collectives? - François-Xavier Bellamy: Sur l'IVG, écartons ce point rapidement, car cette polémique qui a été créée était artificielle.
J'ai seulement dit que sur cette question, nous devrions nous mettre d'accord en sortant de l'idéologie en accompagnant toutes les femmes... - Marie-Pierre de la Gontrie: C'est le raisonnement de tous ceux qui ont combattu l'IVG de dire: "Il faut faire de la prévention." Peut-être que vous n'avez pas vécu ce combat.
L'IVG a toujours existé. La question est de savoir si on permet aux femmes de pratiquer l'IVG dans des conditions correctes ou pas. S'y opposer, c'est terrible. - François-Xavier Bellamy: Il ne s'est jamais agi de remettre en cause la loi Veil.
Une fois que l'on a considéré...
Prenons en charge la cause des femmes. Je ne suis pas une femme, mais cette position est poussée par une expérience personnelle. Dans mon cas, une amie proche devait être abandonnée, souvent du fait de l'égoïsme des hommes, à une situation difficile qu'elle traversait, y compris à cause d'une précarité matérielle.
On devrait pouvoir se mettre d'accord avec les collectivités locales. La région Ile-de-France soutient les initiatives qui accompagnent les femmes en difficulté matérielle, pour leur permettre une liberté de choix. Je dis juste que si l'on pouvait sortir des débats idéologiques pour prendre en compte l'intérêt des femmes, ce serait mieux.
C'était le sens de cette implication. On devrait pouvoir prendre en considération, avec la prévention, cette question fondamentale. On peut avoir des désaccords et considérer que la prévention ne compte pas, qu'on peut se contenter de la situation actuelle, mais ce n'est pas mon cas.
Si je n'étais pas sincère, je me serais passé d'exprimer un sentiment sur un sujet aussi difficile. Ce sujet européen n'implique pas cette question. - Marie-Pierre de la Gontrie: C'est faux. - François-Xavier Bellamy: On a repris une expression que j'avais eue il y a un an et demi sur un plateau télévisé. - Michel Grossiord: On va y revenir. - Pieyre-Alexandre Anglade: La France et l'Europe sont confrontées à des défis très importants liés à la mondialisation et à une forme de déstabilisation qui entoure l'Europe.
On sent la manière dont la mondialisation évolue. Depuis un certain nombre d'années, votre famille politique, LR, a remporté un certain nombre de succès électoraux. Ils ont remporté les élections européennes de 2009.
En 2014, vous étiez seconds, avec une vingtaine de députés européens. LR appartient à une famille politique qui s'appelle le PPE, et qui, depuis 2004, détient tous les pouvoirs au niveau européen. Ma question est de savoir si vous vous présentez comme la liste du renouveau ou de la transformation de l'Europe, alors que vous aviez tous les leviers de pouvoir en Europe et que vous avez été incapables de préparer l'Europe à la révolution numérique, à la lutte contre le réchauffement climatique, à la régulation de l'économie mondialisée.
Serez-vous capable de le faire? - François-Xavier Bellamy: Je crois qu'il faut être précis pour que ceux qui nous écoutent ne se trompent pas. La droite a connu des succès électoraux aux dernières élections, mais ça ne veut pas dire qu'elle a tous les pouvoirs.
Le PPE n'a pas tous les pouvoirs. - Pieyre-Alexandre Anglade: Il a dirigé la Commission européenne avec Barroso et Juncker. - François-Xavier Bellamy: Prenons la question de la baisse du budget de la Politique Agricole Commune.
Elle n'a pas été voulue par le Parlement européen ou le PPE. Elle a été déterminée dans une négociation avec les Etats européens. - Pieyre-Alexandre Anglade: La Commission européenne propose un budget en baisse par rapport à ce qu'était budget de la PAC jusqu'à présent.
Edouard Philippe et Emmanuel Macron se sont inscrits en faux contre ce budget, annonçant une coalition de 19 Etats pour revenir dessus. Désormais, ce sera au Parlement et au Conseil de le négocier. - François-Xavier Bellamy: Le Parlement et le PPE ne sont pas les responsables de cette situation.
Nous n'avons pas eu tous les pouvoirs. Et si la droite a toujours tout bien fait en Europe, la réponse est non. Je ne dis pas que le PPE a toujours suivi les bonnes orientations.
Ce qui était pertinent dans un autre contexte ne l'est plus aujourd'hui. Si Laurent Wauquiez m'a proposé de porter cette liste, ce n'était pas pour faire durer toutes les orientations qui ont été celles de notre famille ces dernières années. Les orientations européennes sont au coeur de cette prise de conscience que la droite a eue, en disant que nous maintenons de façon forte notre engagement pro-européen, mais nous voulons une Europe qui nous permette de ne plus subir notre histoire dans la mondialisation.
Cela suppose de s'adapter. - Michel Grossiord: On annonce un grand discours dans toute la presse européenne, fin mars, sur le thème de l'Europe qui protège. - François-Xavier Bellamy: On a hâte de lire ce discours et de savoir quelle sera la position de LREM pour les européennes.
L'Europe est à un moment important de son histoire. La question qui se pose est de savoir aujourd'hui s'il s'agit d'aller vers une sorte de fédéralisme européen, comme l'a dit Emmanuel Macron lors du discours de la Sorbonne. C'est un propos légitime.
Le président a présenté une vision claire sur l'avenir de l'Europe. - Pieyre-Alexandre Anglade: C'était nécessaire et bienvenu, car la France n'a pas présenté de vision de l'Europe depuis 2005. Et les partis socialistes et républicains sont profondément fracturés sur la question.
La construction d'une souveraineté européenne est absolument nécessaire. Et nous sommes dans l'immobilisme, et incapables d'avancer en Europe. Construire la souveraineté européenne, ce n'est pas diluer ce qui fait la singularité de la France, mais proposer une protection supplémentaire pour répondre aux défis qui sont devant nous, comme le réchauffement climatique, la révolution numérique, la régulation du commerce international... - François-Xavier Bellamy: C'est là que le débat s'engage.
Emmanuel Macron a proposé une vision cohérente. Mais nous ne croyons pas que pour relever ce défi, il faut une forme de dépassement des démocraties nationales. On ne construit pas une Europe efficace contre la volonté populaire, car les peuples forment l'Europe.
Ce n'est pas un grand tout intérieur ou une fracturation des nations, mais une alliance. - Marie-Pierre de la Gontrie: Tout le monde peut être d'accord avec vos belles phrases. Je reste dans des choses concrètes, car vous allez être parlementaire européen demain.
Je reviens à ma question sur le CETA. C'est un vote récent. Il avait été décidé que la ratification deviendrait qu'après les européennes, car c'était compliqué de le faire avant, pour la France.
Vous dites que vous êtes contre, mais votre groupe politique s'est abstenu, a voté pour. Je suis précise. - François-Xavier Bellamy: J'ai dit que je n'aurais pas voté le CETA en l'état. - Marie-Pierre de la Gontrie: C'est la formule analogue de "à titre personnel". - François-Xavier Bellamy: Dans le CETA, il y a des choses positives, y compris pour nos agriculteurs, mais il y a des éléments négatifs, comme la filière bovine. - Marie-Pierre de la Gontrie: En 2017, vous auriez voté pour ou contre? - François-Xavier Bellamy: J'aurais fait comme Arnaud Danjean.
Il fallait retravailler la négociation. Je n'aurais pas voté le CETA. - Marie-Pierre de la Gontrie: Mais votre groupe vote pour. - François-Xavier Bellamy: Nous avons sans doute des choses à faire évoluer.
Il y avait des choses positives dans le CETA pour les agriculteurs, et des choses qui posaient des problèmes, comme la filière bovine, qui n'a pas été correctement traitée. Donc, il aurait fallu le faire. Nous avons besoin d'une politique de libre concurrence.
On en revient au marché. Il ne faut pas que ce soit seulement le commerce, mais la défense des intérêts de nos agriculteurs, et se mettre au service des peuples. C'est lié à un contexte dont nous héritons et qui se montre aujourd'hui dépassé.
La politique européenne de la concurrence et la politique commerciale ont été construites à une époque dorée où on croyait à un monde où les barrières allaient se défaire. On voit que ce n'est pas le cas. A nous de réviser les orientations que nous devons donner à la manière dont ça se construit.
Mais il n'y a pas de divergences sur ce plan entre ma famille politique et ce que j'ai pu dire. - Marie-Pierre de la Gontrie: Il y en a, car certains de vos amis, y compris ceux que vous allez prendre sur vos listes, ont voté pour. Car vous étiez encore plus jeune, vous avez voté non au référendum sur la Constitution européenne. - François-Xavier Bellamy: La gauche et la droite se sont divisées sur cette question. - Marie-Pierre de la Gontrie: Pourquoi cela m'intrigue-t-il?
Parce que quand on s'engage en politique, il faut des convictions assez solides pour les faire vivre dans un collectif, mais qu'on ne puisse pas en permanence les dépasser, les nier, etc. Vous êtes quelqu'un de peu connu. Vos positions ne sont pas connues.
Comment les Français vont-ils s'y retrouver, sachant que sur plusieurs points, vous êtes vous-même parfois en opposition avec votre formation politique? Je ne voudrais pas, mais ça vous regarde, que ce soit l'auberge espagnole, où on prend un peu de tout, et vous n'y gagnerez pas en clarté, ou que ce soit du cynisme, car vous serez aux manettes au Parlement européen. - François-Xavier Bellamy: Nous avons des histoires différentes et nous avons pu avoir des positions différentes.
Mais aujourd'hui, je ne me sens aucune divergence avec mes colistiers. Ce sera la même chose sur la suite de la liste. Nous défendrons ce projet clairement.
Quant aux positions qui devront gérer les fractures du passé, nos positions sont réelles. Il y a une défiance vis-à-vis du projet européen. C'est à ce moment que les choses sont allées dans le mauvais sens.
Je l'assume. Il faut repenser notre rôle dans le projet européen, et nous allons tenter de le faire. Je ne crois pas que l'on puisse aller vers une forme de fédéralisme.
Il était question d'élire un président de l'Europe, ou des Etats-Unis d'Europe, mais c'est un rêve cohérent, que je ne partage pas. - Pieyre-Alexandre Anglade: Ce n'est pas un rêve des Etats-Unis d'Europe, mais acter le fait que dans la mondialisation et le monde actuel, je pense que l'Europe est la meilleure chance de sauvegarder ce qui fait les spécificités de tout pays. Si l'on n'est pas capable de définir collectivement des standards et des valeurs en Europe, ce seront les Chinois, les Américains ou peut-être les Sud-Américains qui le feront, avec des standards qui sont bons à leurs yeux.
Et les spécificités européennes seront gommées. Je crois à une Europe qui protège les Etats et la singularité de ces différents pays. C'est là que je ne vous retrouve pas, car vous défendez une vision intergouvernementale, où on se rend compte que la prise de décision en Europe est empêchée, là où les Etats-Unis ont mis deux ans à sortir de la crise économique et financière, les Européens en sont à peine sortis maintenant.
Notre organisation entre Etats-membres nous en empêche. - François-Xavier Bellamy: La question n'est pas plus ou moins d'Europe, mais quelle Europe on veut construire. Que l'Europe continue d'exister dans la mondialisation.
Il ne s'agit pas de faire un discours uniquement abstrait sur la nécessité de l'Europe. Concrètement: Emmanuel Macron a rappelé récemment son attachement au projet d'armée européenne. Je crois que c'est typiquement la fausse bonne idée.
C'est inefficace et ça ne peut pas faire avancer concrètement notre volonté d'une efficience des intérêts européens dans le monde. Nous achetons des drones aux Etats-Unis, et les autres pays achètent des avions à d'autres pays plutôt que d'acheter aux Européens. Je ne crois pas au projet d'armée européenne, aussi pour des raisons démocratiques.
On ne fera pas une Europe sans la responsabilité démocratique des dirigeants et de leurs populations. Il y a une unité européenne qui se joue dans la commune civilisation qui nous lie. Mais il y a aussi la richesse de l'Europe.
Nous n'avons pas de débat politique commun, en Europe. - Pieyre-Alexandre Anglade: Je vous entends souvent dire qu'il n'y a pas de démocratie au niveau européen car il n'y a pas de peuple européen. Je suis en désaccord fondamental avec cette affirmation.
Le Parlement européen, les traités le stipulent, est une institution supranationale. Pourquoi sollicitez-vous un mandat européen si vous ne croyez pas à la démocratie européenne? - François-Xavier Bellamy: L'Europe peut être un espace démocratique si elle est une alliance de démocraties.
Je ne crois pas non plus à l'idée d'un ministre transnational, comme celle portée par Emmanuel Macron. Nous avons une vision alternative à proposer. - Marie-Pierre de la Gontrie: Vous n'avez pas de problème avec la participation des alliés de Viktor Orban au PPE? - François-Xavier Bellamy: Le risque est de fracturer l'Europe dans le clivage entre populistes et progressistes.
Est-ce que nous voulons mettre Viktor Orban dans les bras de monsieur Salvini ou de madame Le Pen? Personne au sein du PPE n'a engagé de procédure d'exclusion contre Viktor Orban. La situation actuelle va sans doute remettre en question cela. - Michel Grossiord: C'est terminé!
Je reprends le micro. Merci d'avoir participé à cet échange. Nous accueillons Oriane Mancini et Saveria Rojek.
Bonsoir, mesdames. Une question de Marie, qui dit que le RN est revenu sur ses positions anti-européennes, mais veut une réforme. Pourquoi ne pas faire une alliance avec le RN? - François-Xavier Bellamy: Le débat est nécessaire.
Les positions du Rassemblement National semblent évoluer à chaque élection et d'une façon qui fait qu'il est difficile de les suivre. Il y a aussi un débat politique national, et je ne me reconnais pas dans la vision que propose le RN? C'est une politique qui veut fracturer la société française.
Je n'ai pas de contact avec Marion Maréchal. - Oriane Mancini: Elle est plutôt ravie de votre candidature, car elle pense que ça va faciliter les alliances. - François-Xavier Bellamy: J'ai toujours été clair sur le sujet, comme dans Le Figaro, récemment.
J'ai la certitude que le Rassemblement National n'est pas notre avenir. La question est que les deux semblent empêcher toute véritable alternative politique. Je ne crois pas que dans la crise que nous traversons, il y ait une alliance comme remède à cette crise.
Et je ne me sens pas de points communs avec la vision de la société proposée par le Rassemblement National. Il faut une politique qui rassemble les Français. - Saveria Rojek: La grande différence pour vous entre la droite et l'extrême droite, LR et RN, c'est quoi?
Quelle est la principale différence? - François-Xavier Bellamy: Quand j'entends Jordan Bardella dire qu'il faut arrêter de faire des cadeaux aux riches avec l'argent des pauvres, je ne me sens aucun point commun avec cette alliance. Le Rassemblement National est dans une vision de la lutte des classes.
Je n'y crois pas. Nous avons besoin de rassembler les Français. - Saveria Rojek: Sur les flux migratoires, est-ce que le discours LR est si éloigné de celui de Marine Le Pen? - François-Xavier Bellamy: Sur la question migratoire, je ne crois pas que nous puissions, dans un repli national, trouver la solution au problème migratoire.
Salvini a fait une politique très ferme sur la question. Instantanément, les flux se déplacent vers l'Espagne. Si nous ne savons pas travailler ensemble en Europe, nous ne pourrons pas construire une politique migratoire efficace.
Le défi est de travailler ensemble, et la solution passe par l'Europe. C'est ce qui nous distingue du Rassemblement National. Si leur positionnement évolue, nous verrons.
Mais je ne crois pas qu'il faille faire "sauter le bunker de Bruxelles". Nous croyons à la souveraineté des peuples d'Europe, et nous n'avons pas le droit de renoncer à une politique migratoire démocratique qui soit due à notre décision. Nous voulons travailler ensemble à défendre la frontière extérieure en Europe et pouvoir poursuivre la dérogation qui existe actuellement à la circulation dans l'espace Schengen, qui est utilisé car la crise terroriste l'a imposé, y compris pour faire face à la crise migratoire de façon durable.
De cette façon, nous serons mieux protégés que par une alliance avec le Rassemblement National. - Michel Grossiord: Il y a monsieur Bouteflika qui se représente. Est-ce que cela vous inspire des craintes ou des espoirs? - François-Xavier Bellamy: L'espoir d'une démocratie qui associe mieux sa jeunesse, mais aussi une crainte majeure, car si la situation dégénère, nous serons directement en lien. - Oriane Mancini: Le Premier ministre lance un avertissement contre les risques de dérapage sérieux pendant les manifestations. - François-Xavier Bellamy: Ce n'est jamais bon de voir que les institutions ne sont pas capables de canaliser la colère.
Il est trop tôt pour dire si c'est le début d'un nouveau printemps arabe. - Saveria Rojek: Vendredi, il y a eu près d'un million de personnes dans les rues. - François-Xavier Bellamy: Ce sont des manifestations paisibles et il faut que cela continue dans ce climat.
Et dans le cadre des institutions. Toute dégradation de la situation serait préoccupante pour la France. Nous avons des liens spécifiques avec le peuple algérien de par notre histoire.
Nous ne pouvons pas nous considérer comme étant indifférents. - Michel Grossiord: Le risque serait donc une vague migratoire vers la France? - François-Xavier Bellamy: Bien sûr.
La France a ses propres tensions. L'Algérie serait une source de préoccupation. - Oriane Mancini: Le message que vous voulez porter, c'est que l'Union Européenne n'est pas la disparition des identités européennes? - François-Xavier Bellamy: L'Union Européenne doit être au service des peuples européens, et en la rendant efficace, nous pouvons en retrouver toute sa valeur.
On parlait de la PAC. Hier, j'ai passé la journée avec Christian Jacob au Salon de l'agriculture. L'Europe doit faire la preuve de son efficacité.
Aujourd'hui, elle n'en donne pas l'impression. - Oriane Mancini: Vous avez dit: "Il est incroyable que l'on ait réussi à faire de l'idée de nation une idée coupable." Quel est votre positionnement par rapport au nationalisme? - François-Xavier Bellamy: Le nationalisme semble aujourd'hui impliqué à une idée de faute.
Mais c'est la vie démocratique de notre pays et en Europe. L'Europe a inventé, à travers le modèle de la cité grecque, ce cadre efficient pour vivre. - Oriane Mancini: Vous pourriez vous définir comme nationaliste? - François-Xavier Bellamy: Je suis attaché à la nation et à la France. - Michel Grossiord: Vous regrettez d'usage de ce mot, mais vous ne l'utilisez pas pour vous-même? - François-Xavier Bellamy: Je déplore que ce mot soit entaché d'une telle connotation négative.
Est-ce que ça veut dire détester les autres nations? Je ne crois pas qu'aimer sa nation soit haïr les autres. Et je ne crois pas qu'aimer sa famille soit détester les autres familles.
Ce serait ridicule que, pour aimer son pays, on ait besoin de penser qu'il est supérieur aux autres. Les nationalismes ont fait beaucoup de mal à l'Europe. Mais nous avons besoin de ne pas nier le cadre national, et de retrouver un équilibre. - Michel Grossiord: Mitterrand disait que le nationalisme, c'était la guerre. - François-Xavier Bellamy: Je m'inscris en faux contre cette perspective.
Et opposer le nationalisme et le patriotisme, c'est défendre une certaine définition de la nation. Romain Gary était défenseur d'une tradition philosophique qui a conduit au désastre du 20e siècle. Mais aujourd'hui, nous devrions réapprendre à aimer simplement chacun de nos pays. - Michel Grossiord: Certains pays dits nationalistes sont à la pointe du combat.
Selon vous, le premier danger qui menace l'Europe, c'est une percée populiste et nationaliste? - François-Xavier Bellamy: Le danger est celui d'un repli nationaliste, qui ferait s'effondrer le projet européen. C'est un danger gigantesque, car dans le contexte de la mondialisation, il faut que les peuples européens se renforcent dans leur démocratie, dans leur capacité à décider de leur destin. - Saveria Rojek: On entend souvent dire que vous êtes trop archaïque dans votre famille politique.
Sur quel projet européen comptez-vous pour réconcilier cette famille de droite? - François-Xavier Bellamy: Ce projet européen me précède. Ce sera celui de notre famille politique.
Nous avons fondé à Menton les 7 points fondateurs de notre projet européen, et ils sont précis. Nous sommes résolument en faveur de la construction européenne. Nous voulons transformer la manière dont elle se fait.
Nous refusons l'élargissement. Tous ces éléments structurants sont actés et rassemblent notre famille politique. Pour sortir des clichés que vous avez évoqués, j'assume mes engagements, mais il y en a qui me prêtent ce que je n'ai pas dit ou ce que je n'ai pas fait.
Je suis enseignant. Nous avons besoin de défendre une Europe de la culture, du patrimoine, qui peut valoriser ce qui s'est passé pour se projeter dans l'avenir. Il y a le contexte touristique, mais il y a aussi la lutte contre les communautarismes.
Il faut savoir préserver notre héritage et le transmettre. C'est mon engagement fondamental. Je pense aussi que la question écologique est majeure, et j'essaierai de la défendre. - Oriane Mancini: Le soir du 26 mai, est-ce que Laurent Wauquiez sera comptable de votre score, ou en assumerez-vous la responsabilité seul? - François-Xavier Bellamy: La reconstruction de la droite va prendre du temps.
En prenant la tête de cette liste, j'assume la responsabilité du score que nous ferons ensemble, et je l'assumerai avec ma famille politique. On sera tous comptables, y compris ceux qui ont pu jouer le jeu de la division, car beaucoup se sont exprimés dans les médias. Je comprends ce qu'ils ont pu dire.
Mais si nous ne savons pas nous rassembler, nous serons tous responsables. - Oriane Mancini: Gérard Larcher a émis des réticences sur votre candidature. Ces réticences sont-elles derrière lui? - François-Xavier Bellamy: Gérard Larcher, si c'était l'opposant que l'on imagine, je serais hors sujet.
Il pensait que je n'étais peut-être pas le mieux placé, ce que je peux comprendre. Mais maintenant que nous sommes dans la campagne, il faut que tout le monde se rassemble. Sinon, nous serons solidairement comptables de la défaite. - Michel Grossiord: L'objet de votre campagne est d'affronter les gens qui sont censés être vos amis? - François-Xavier Bellamy: Si je ne m'étais connu que par la description qui a été donnée de moi à travers certains médias au cours des premières semaines de la campagne, je ne serais pas reconnu et je serais même détesté.
Je ressemble à une espèce d'ayatollah pro-catholique. - Oriane Mancini: Mais ces critiques viennent surtout de votre famille politique, pas de l'extérieur! - François-Xavier Bellamy: Je me suis engagé en politique avec le souci d'entrer dans le débat toujours du point de vue de la raison commune et d'une vision intelligente et respectueuse.
Ca n'a rien à voir avec l'image qui a été donnée de moi au cours des dernières semaines. - Saveria Rojek: Le 16 mars, vous dévoilerez votre projet et votre liste complète. Vous confirmez que Nadine Morano, Rachida Dati et Brice Hortefeux en feront partie? - François-Xavier Bellamy: Je ne peux rien confirmer, car ce sera du fait de la commission nationale d'investiture qui va bientôt se réunir.
J'ai un mot à dire sur la liste. Dès le début de cette aventure, j'ai dit qu'il me semblait que, pour que ce soit utile, je ne devais pas être le seul à incarner le renouveau. Il faut que le renouvellement soit au-delà de ma simple personne.
La commission a voté dès le premier rassemblement le principe de 50% de nouveaux noms. - Saveria Rojek: Ces noms seront-ils sur votre liste? - François-Xavier Bellamy: Il faut qu'il y ait de l'expérience, et ce n'est pas ma liste, mais celle du parti Les Républicains. - Michel Grossiord: Y aura-t-il les "vieux chnoques"? - François-Xavier Bellamy: Agnès et moi sommes deux nouveaux, Arnaud vient de faire deux mandats au Parlement européen.
C'est ce qui compte. - Saveria Rojek: Il y aura des politiques ou des gens de la société civile, à part vous? - François-Xavier Bellamy: Il y aura aussi une part venant de la société civile dans cette liste. - Saveria Rojek: On a appris tout à l'heure par la bouche du président irakien que 13 djihadistes français seront jugés en Irak.
Ils avaient été arrêtés en Syrie. Leur jugement en Irak correspond à ce que vous souhaitez? - François-Xavier Bellamy: Bien sûr.
En France, nous n'aurions pas les moyens de matérialiser les faits qui leur sont reprochés. Il aurait été difficile de les condamner pour des fautes commises ailleurs. - Saveria Rojek: Est-ce que tous les djihadistes arrêtés en Syrie doivent être jugés en Irak? - François-Xavier Bellamy: Il faut les juger au plus proche des territoires où ils ont commis ou ont été associés à des crimes de guerre.
En France, nous n'aurions pas les moyens de gérer leur situation. - Michel Grossiord: Vous êtes donc contre le retour des djihadistes du Levant? On parle d'options qui sont étudiées au plus haut sommet de l'Etat. - François-Xavier Bellamy: La position des LR est très claire: il y aurait un grand danger à laisser revenir sur le sol français ces personnes.
Il y en a qui ont brûlé leur passeport en quittant le territoire français pour engager le combat contre leur pays. Ils doivent être jugés où ils ont commis leurs crimes. Si nous n'avons pas les moyens de les juger, nous devrons les relâcher sur le sol français. - Oriane Mancini: Dans votre famille politique, Bruno Retailleau a défendu votre candidature.
Il pense que la reconstruction de la droite doit passer par les idées. Serait-il un bon leader pour votre famille politique? - Michel Grossiord: Si vous échouez, sera-t-il un bon patron de parti? - François-Xavier Bellamy: Laurent Wauquiez a été élu avec une large majorité.
Il est le patron du parti, et il est responsable de le gérer au cours des prochaines années. Il lui faudra du temps pour mener sa mission de refondation de la droite, mais c'est une chance qu'il puisse compter sur le soutien d'une figure comme Bruno Retailleau, qui apporte aussi un travail des idées qui me semble nécessaire. - Michel Grossiord: Avez-vous conclu votre deal avec les banquiers? - François-Xavier Bellamy: Oui.
Je suis désolé, parce qu'il y a eu une incompréhension. Il n'y a aucune inquiétude à avoir. J'ai été investi le 29 janvier.
Vos confrères se sont étonnés, trois semaines plus tard, que je n'aie pas encore trouvé un emprunt. Les Français savent que cela prend du temps de souscrire à un emprunt de 2 millions d'euros. On y travaille avec tous les membres du parti, et je n'ai aucune inquiétude.
Ce n'est pas encore signé. - Michel Grossiord: Merci. La semaine prochaine, Eric Woerth sera notre invité.
Il n'a pas toujours eu des mots aimables à votre endroit. Merci à tous.
François-Xavier Bellamy