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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 30 août 2026 43 minContradictoireFond programmatiqueInstitutions & électionsEurope & internationalÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Présidentielle 2027 : la fabrique des candidats

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 65 %Attaque 17 %Défensif 17 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:31OuverteRéponse directe

    Est-ce que ça vaut le coup ?

  • 3:14OuverteRéponse directe

    Comment qualifieriez-vous ce début de course à l'Elysée ?

  • 4:32OuverteRéponse directe

    Christian Lebar, comment passe-t-on du statut de personnalité politique à celui de candidat présidentiable ?

  • 9:28OuverteRéponse directe

    Comment se construit cette présidentiabilité ?

  • 11:26OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que la fonction présidentielle impose comme représentation particulière du pouvoir en France ?

  • 15:06OuverteRéponse partielle

    Parmi les sept principales candidatures, laquelle est actuellement la plus présidentiable et pourquoi ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:30InvitéFait
    « On voit qu'on a des candidatures qui se posent et s'éliminent depuis quasiment un an et demi. »
  • 3:42InvitéFait
    « Le rôle d'un parti politique, on adore détester les partis politiques, mais un parti politique, on en a besoin en démocratie. »
  • 4:11InvitéFait
    « Ça explique en partie seulement l'aspect un petit peu vaporeux de ce début de campagne, à la fois très précoce et en même temps. »
  • 4:21InvitéFait
    « Il devrait y avoir une sélection par les partis, par les banques, parce que ça coûte cher une campagne. »
  • 4:52InvitéFait
    « C'est une campagne un peu en ordre dispersée. »
  • 5:13InvitéFait
    « On a de plus en plus de candidats qui créent leurs partis, davantage qui ne sont désignés par les grands partis. »
  • 5:27InvitéFait
    « La mécanique des primaires, qui a participé à ces phénomènes de régulation des candidatures lors des dernières élections, cette mécanique, elle est elle-même un peu chaotique. »
  • 5:52InvitéFait
    « Les candidatures elles-mêmes ne sont pas encore complètement arrêtées. »
  • 6:10InvitéFait
    « On a quand même eu, avant l'été, toute une série de vrais grands meetings, de grands candidats à l'élection. »
  • 6:22InvitéFait
    « C'est assez inédit. »
  • 6:30InvitéFait
    « Il y a beaucoup de candidatures qui arrivent très tôt, qui démarrent une campagne active très tôt. »
  • 6:40InvitéFait
    « Ce n'est pas parce que vous démarrez plus tôt, que vous avez plus d'argent, que vous pouvez dépenser légalement plus d'argent. »
  • 9:12InvitéChiffre
    « Selon les décodeurs du Monde, au 27 août 2026, 24 candidats étaient déclarés. »
  • 33:20PrésentateurFait
    « La jeunesse, elle est plutôt du côté de Jean-Luc Mélenchon. »
  • 33:23PrésentateurFait
    « Les personnes qui gagnent peu d'argent, ils sont plutôt du côté de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen. »
  • 37:33InvitéFait
    « Le RN reste attaché à la retraite à 60 ans, quoi qu'on en pense, c'est pour tenir une base électorale qui est mobilisable. »
  • 37:45InvitéFait
    « L'amour de la droite pour l'indexation des retraites en pleine crise budgétaire. »
  • 37:50InvitéFait
    « L'amour de la droite pour l'absence de droits de succession ou leur baisse. »
  • 38:33PrésentateurFait
    « Regardez aux Etats-Unis, l'électorat républicain avant Donald Trump, il était libre-échangiste. »

Temps de parole

  • Invité29 %
  • Invité 224 %
  • Présentateur20 %
  • Présentateur 219 %
  • Invité 33 %
  • Invité 43 %

≈ 2,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour et bienvenue dans le magazine du week-end. Nous sommes ensemble et en direct jusqu'à 13h30, présidentielle 2027, la fabrique des candidats. Une émission préparée par Mathilde Varin, réalisée par Grégory Wallon à la technique Élise-le.

0:28
Invité

Marvin veut me faire faire de la politique. Ah, voyez-vous ça ? En tant que quoi ? Sénateur. Mais pourquoi pas, s'il veut vraiment s'y intéresser ? Et tu vas être obligé de te faire inscrire. Il ne l'a jamais fait, vous savez. Vous n'avez pas de raison pour le faire. Eh bien, j'espère que personne ne le saura. Ce n'est pas inintéressant. Écoutez, je pense que vous avez tout pour réussir. D'une part, vous êtes sincère. Ensuite, pour les électeurs, vous êtes crédible. Vous avez déjà le nom. Mais qu'est-ce que vous entendez par le nom ? Vous n'allez pas mêler mon père à tout ça. D'accord, on ne le fera pas. Il est beau garçon. Oui, c'est vrai. Et en plus, il a le pouvoir.

Qu'est-ce que tu veux dire ? Tu sais bien ce que je veux dire. Non, je n'en sais rien. Vous voulez dire que je pourrais dire ce que je veux ? Faire ce que je veux ? Aller où ça me plaira ? C'est vrai. Voilà votre garantie. J'échoue. C'est ça ? Alors pourquoi vous préoccuper ? Vous êtes libre, Mackey ? Vous n'avez aucune chance, alors que risquez-vous ? Ça restera entre vous et le public. La question est de savoir si vous acceptez de jouer le jeu. Non, la question est de savoir si ça vaut le coup.

1:29
Présentateur

Est-ce que ça vaut le coup ? Dans cette scène du film The Candidate, voter Mackey en français, réalisé par Michael Ritchie en 1972, le conseiller politique Marvin Lucas, joué par Peter Boyle, sait que Bill Mackey, incarné par Robert Redford, n'a quasiment aucune chance de gagner. Mais il va construire son image, son discours, son personnage. La machine se met en marche. La thématique est plus que jamais d'actualité. Comment fabriquer un candidat dans ce cas précis à la présidentielle ? Car avant de devenir président, il faut d'abord devenir présidentiable. Derrière une candidature se cache une mécanique bien huilée.

Déplacement, réseau d'élus, d'experts, programme, financement, stratégie de communication, ciblage électoral. Dans une actualité politique fragmentée et accélérée, comment imposer un récit ? Et dans tout cela, quelle place pour le fond et les idées ? Pour en parler avec nous en studio, Rachel Gara-Valcarcel, journaliste politique à l'Humanité, autrice de la newsletter Bloc et Parti. Bonjour. Bonjour. Benjamin Morel, constitutionnaliste, maître de conférences en droit public à l'université Paris-Panthéon-Assas, auteur de Crise politique, crise de régime, paru en mars aux éditions Odile Jacob. Bonjour. Bonjour.

Et à distance, Christian Lebart, politiste, professeur à Sciences Po Rennes, auteur de Présidentiable, paru l'année dernière aux presses universitaires de Rennes. Bonjour.

2:51
Invité

Bonjour.

2:52
Présentateur

Merci à vous trois d'avoir accepté notre invitation. D'abord, un tour de table. Nous sommes à moins de huit mois du premier tour de l'élection présidentielle, qui aura lieu les 18 avril et 2 mai 2027. Plusieurs responsables politiques ont déjà annoncé leur candidature ou ont été désignés par leur parti et un premier débat a déjà eu lieu entre les sept principaux organisés par le MEDEF ce jeudi. En quelques mots, comment qualifieriez-vous ce début de course à l'Elysée, Benjamin Morel ?

3:18
Invité

C'est vrai que Debord, il est très précoce. On voit qu'on a des candidatures qui se posent et s'éliminent depuis quasiment un an et demi. Or, d'habitude, on avait plutôt une stabilisation à l'automne. Mais il faut bien comprendre que la période actuelle est quand même marquée par quelque chose qui est l'affaiblissement des grands organes politiques, des grands partis politiques. Le rôle d'un parti politique, on adore détester les partis politiques, mais un parti politique, on en a besoin en démocratie. C'est ce qui permet de filtrer des candidatures, de former des militants, de former des candidats, d'avancer tout ce que vous évoquiez.

C'est-à-dire comment est-ce qu'on construit un candidat ? C'était le rôle du parti, de même que c'était son rôle de construire le programme. On voit qu'aujourd'hui, ces grands partis sont en grande partie dysfonctionnels et que donc, à partir de là, leur rôle de filtre est abîmé. Leur rôle de construction d'un programme l'est également, même si le présidentialisme, depuis quelques années, quelques décennies, avait fait que le programme du candidat était souvent le programme du parti.

Et ça, évidemment, ça explique en partie seulement l'aspect un petit peu vaporeux de ce début de campagne, à la fois très précoce et en même temps, avec une quarantaine de candidats déclarés, même s'infiné, il devrait y avoir une sélection par les partis, par les banques, parce que ça coûte cher une campagne, et également, infiné, par les maires lorsqu'il faudra trouver les 500 signatures.

4:32
Présentateur

On va y venir. Christian Lebar.

4:36
Invité

Oui, je dirais aussi que c'est une campagne un peu en ordre dispersée. Les grands mouvements de régulation des campagnes sont devant nous, parce qu'il y a énormément de candidatures, de présidentiables, possibles, potentiels, supputés, etc. Et je rejoins Benjamin Morel sur l'idée que, d'une part, les partis politiques qui, traditionnellement, régulaient les candidatures, ne sont plus guère en mesure de faire... Alors, il faut dire simplement, on a de plus en plus de candidats qui créent leurs partis, davantage qui ne sont désignés par les grands partis.

Les grands partis sont toujours là, mais on a de plus en plus de petits partis individuels qui servent, effectivement, plutôt au financement qu'à s'inscrire vraiment dans une logique d'investiture, comme on a pu le connaître par le passé. Et puis, je dirais aussi que la mécanique des primaires, qui a participé à ces phénomènes de régulation des candidatures lors des dernières élections, cette mécanique, elle est elle-même un peu chaotique, puisque, bon, il y a une primaire à gauche, mais dont on ne connaît pas encore dans le détail les modes d'organisation. Les candidatures elles-mêmes ne sont pas encore complètement arrêtées.

Et puis, surtout, la légitimité des primaires, on en parle à droite, la légitimité des primaires, elle est très difficultée, elle est difficile. Cette institution qui devait un peu réguler...

6:02
Présentateur

On a un petit problème technique, on va essayer de récupérer le son. Rachel Garra, Valcarcel. Oui, je dirais aussi que c'est une campagne qui a démarré très très tôt. On a quand même eu, avant l'été, toute une série de vrais grands meetings, de grands candidats à l'élection. Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe. C'est assez inédit. Il y a déjà eu des candidats qui se déclarent tôt, notamment des gens qui passent par une primaire. Mais là, ce n'est pas le cas. Donc, il y a beaucoup de candidatures qui arrivent très tôt, qui démarrent une campagne active très tôt, ce qui va d'ailleurs poser une question de financement, parce que ce n'est pas extensible.

Ce n'est pas parce que vous démarrez plus tôt, que vous avez plus d'argent, que vous pouvez dépenser légalement plus d'argent. Mais c'est aussi, effectivement, le fait qu'il y a beaucoup de candidats qui ont comme première priorité de légitimer leur candidature avant tout. Et dans un scrutin présidentiel qui est devenu extrêmement tactique, en fait, il faut être à la bonne place au bon moment pour prendre l'ascenseur, disons, et surtout pas prendre le toboggan. Et donc, l'idée, c'est de partir le plus tôt possible éventuellement. Rachel Garaval-Carselle, une question d'actualité. Là encore, vous rentrez des universités d'été, du PS et de LFI. Qu'est-ce qui en ressort ? Commençons par le PS.

Le PS savoure un peu d'être à nouveau sous le feu des projecteurs. L'année dernière, déjà, souvenez-vous, cet événement, il arrivait juste après le harakiri budgétaire de François Bayrou. Donc, tout le monde était là pour savoir qu'allait faire le Parti Socialiste. Là, il a une primaire. Certes, une primaire fermée. Ou s'il y a 50 000 votants à la fin, ce sera bien déjà pas mal. Et avec un candidat qui, malgré tout, est au-dessus de 10% aujourd'hui dans les sondages, il est dans cette zone grise où, effectivement, comme je disais, vous pouvez soit prendre l'ascenseur, soit prendre le toboggan. Mais en tout cas, vous avez une chance de faire quelque chose.

Donc, évidemment, ça intéresse les médias. Mais vous avez une compétition aussi qui se met en place, puisque Olivier Faure va faire sa déclaration de candidature ce soir. Et, visiblement, a décidé de jouer sa chance crânement. C'est très différent de ce qui se passe à la France Insoumise, où vous aviez, d'après les liens du parti, 8 000 personnes. C'est évidemment invérifiable. Mais il y avait énormément de monde, beaucoup plus que dans les années précédentes. Ils ont montré la preuve d'un très grand professionnalisme, je trouve, qu'ils ont d'élection en élection. Ils progressent quand même. Et puis, eux, ils ont un candidat.

Comme ils le disent très bien, et je trouve que c'est un argument qui marche très, très bien, c'est carré. Ils donnent l'image d'être prêts. Et ça, forcément, c'est très différent de ce qui se passe au Parti Socialiste. Et vous avez trouvé que leur rapport avec les journalistes avait légèrement évolué ? Oui, comment dire ? Les rapports avec les journalistes dans les partis, il est cyclique. La France Insoumise ne fait pas exception. L'année dernière, on était quelques mois après la sortie de la meute. Je n'y étais pas, moi, personnellement. Mais je sais que c'était un petit peu plus compliqué. Là, cette année, ils étaient tout miel. D'accord.

Et au total, vous l'avez dit, Benjamin Morel, selon les décodeurs du Monde, au 27 août 2026, 24 candidats étaient déclarés, auxquels s'ajoutent une dizaine de candidats potentiels. Cependant, la liste officielle ne sera connue qu'après la validation des 500 parrainages par le Conseil constitutionnel. Christian Lebar, comment passe-t-on du statut de personnalité politique à celui de candidat présidentiable ? Comment se construit cette présidentiabilité ?

9:39
Invité

Alors, la notion de présidentiable, elle est très incertaine, elle est très volatile, elle est très floue. Ce n'est pas une notion juridique. C'est, je dirais, le résultat de tout un ensemble de discours, de perceptions, de représentations, qui viennent principalement des commentaires médiatiques, ceux des journalistes, des politologues, de la classe politique elle-même, autour d'une personnalité dont on va dire qu'elle est ou qu'elle n'est pas présidentiable. On va diagnostiquer un déficit de présidentiabilité en s'appuyant sur toute une série d'éléments, parfois objectifs.

Ça peut être l'investiture d'un grand parti politique, ça peut être la facilité avec laquelle on va recueillir des signatures, ça va être l'expérience ministérielle ou politique d'une façon générale. Ça peut être un bon score dans les sondages d'opinion.

10:29
Présentateur

Donc ça, c'est la dimension symbolique. C'est ce que vous appelez la dimension symbolique, c'est ça ?

10:34
Invité

Oui, oui, bien sûr. De toute façon, la présidentiabilité, ça n'est rien d'autre qu'un capital symbolique qui est octroyé comme ça par des effets de bluff et de croyances partagées, disons ça comme ça. Bon, on peut l'objectiver, mais ça reste une représentation.

10:50
Présentateur

Parce que vous distinguez aussi la dimension institutionnelle.

10:57
Invité

Ah oui, clairement. La dimension institutionnelle, c'est remplir les conditions objectives pour être candidat, c'est-à-dire réunir les signatures pour pouvoir candidater. Mais derrière ça, il y a évidemment une hiérarchie établie par exemple par les commentateurs, entre les candidats crédibles, les candidats sérieux, les candidats auxquels on va accorder de l'importance et puis les petits candidats dont on va dire qu'ils témoignent et auxquels on ne va pas donner ce statut de présidentiable alors même qu'ils sont candidats.

11:25
Présentateur

Benjamin Morel, qu'est-ce que la fonction présidentielle impose comme représentation particulière du pouvoir en France ?

11:32
Invité

Plusieurs choses, si vous voulez. C'est-à-dire que lorsque vous élisez un président au suffrage universel direct, au moins en France, ce n'est pas nécessairement le cas dans d'autres pays qu'il élige, je pense au Portugal, à l'Autriche, à la Finlande, mais où en fait ce sont des présidents qui n'auront jamais de majorité parlementaire derrière. Ce qui fait le pouvoir d'un président en France, ce n'est pas le fait qu'il ait été élu. En fait, il n'a pas plus de pouvoir qu'avant l'élection au suffrage universel du président de la République et même juridiquement, on peut dire qu'il en a moins sur certains aspects que ses prédécesseurs de la Troisième République.

Pouvoir réglementaire, disposer des forces armées, tout ça appartient au Premier ministre alors que sous la Troisième, ça appartenait au président de la République. Ce qui fait son pouvoir, c'est le fait de disposer d'une majorité. D'ailleurs, ça va être intéressant en 2027 de voir s'il en a une. Mais dans tous les cas, dès lors qu'il possède une majorité, il devient dans l'espace politique occidental le chef de l'État qui a le plus de pouvoir. Et ça, ça implique deux choses. Vous savez, un président de la République, c'est un peu un président Janus en France. Il est à la fois le chef de l'État et donc il incarne le pays à l'étranger, etc.

Et donc, vous cherchez des signes de présidentiabilité. C'est toujours la question, pourra-t-il demain parler avec Vladimir Poutine ? Pourra-t-il parler avec Donald Trump ? Donc, il faut arriver à incarner cette image d'un pays uni dans une situation internationale compliquée. Et l'autre aspect, qui est très lié à cette élection au suffrage universel direct, c'est qu'à chaque élection présidentielle, le peuple cherche d'une certaine façon un sauveur. C'était pensé comme ça, un peu par De Gaulle. C'est-à-dire que Nicolas Sarkozy disait que les Français sont monarchistes et régicides.

Vous cherchez un sauveur, quelqu'un qui vous dit que vous allez voir ce que vous allez voir, moi, président de la République, il n'y aura plus de problème, de pouvoir d'achat, etc. Au bout de six mois, il ne vous a peut-être pas sauvé. Et d'une certaine façon, vous lui en voudrez. Mais vous vous direz que dans quatre ans et demi, notre sauveur vous sauvera. Et donc, c'est un peu une drogue dure que celle du présidentialisme, la capacité qu'a le peuple à se chercher à chaque fois un sauveur, tout en étant rarement content de celui qu'il s'est désigné quelques temps plus tard.

13:26
Présentateur

Rachel Garaval-Carsel ? Oui, je suis évidemment d'accord avec ce que vient de te dire Benjamin Morel. Mais même si effectivement, les pouvoirs intrinsèques du président de la République dans la Constitution ne sont pas si énormes, l'élection du président au suffrage universel, elle est pensée pour lui donner un blast phénoménal et donc une légitimité politique énorme comparée à la légitimité divisée de 577 députés. Alors, ça marche plus ou moins. C'est-à-dire qu'effectivement, vous n'avez pas toujours de majorité, même si très souvent, le blast de votre élection, pas toujours de votre réélection, vous donne une majorité parlementaire.

Mais voilà, c'est le césarisme démocratique, c'est le gaullisme de 1958.

14:11
Invité

Christian Lebar ? Oui, je dirais que, pour compléter ce qui a été dit, que le rôle présidentiel en France, il s'est construit autour d'une tension entre la verticalité très gaullienne, évidemment, du pouvoir présidentiel et puis aussi des grandeurs liées tout à l'inverse, à la proximité, le fait d'être au salon de l'agriculture, de pouvoir parler au chef d'entreprise, de savoir faire un bain de foule ou un meeting. Donc voilà, ces deux dimensions qui sont évidemment antagoniques, mais il faut savoir jouer sur les deux tableaux, à la fois la stature internationale, les réseaux internationaux et la capacité à être sur le terrain, à payer de sa personne avec les agriculteurs en difficulté, etc.

Et bon, Paris-Provence, internationale, locale, enfin voilà, c'est toujours une équation très compliquée autour de ces deux choses.

15:06
Présentateur

Et alors, avec tout ce qui vient d'être dit, justement, selon vous trois, parmi les sept principales candidatures, qui, laquelle, est actuellement la plus présidentiable et pourquoi, Benjamin Morel ?

15:16
Invité

Je me garderais bien de répondre directement à cette question. Qu'est-ce qu'on tient ? Mais ce qu'on peut dire, c'est que vous essayez tous de construire une présidentialité. Si vous prenez par exemple la personnalité de Marine Le Pen, c'est intéressant, c'est-à-dire que vous avez une personnalité qui se construit une présidentialité sur le temps long en allant rencontrer des chefs d'État étrangers ou en essayant de les rencontrer, en construisant, tout à l'heure que sur le bar l'évoquait, mais un lien particulier avec le peuple, etc. Emmanuel Macron a également cherché à construire ça avant même d'arriver au pouvoir.

On voit qu'aujourd'hui, Édouard Philippe et d'autres parient sur leur expérience passée d'hommes d'État pour montrer que, eh bien, demain, ils peuvent à nouveau exercer ces fonctions. Donc, on a quand même une recherche de présidentialité qui est fondamentalement aujourd'hui structurante et qui fait que, au fond, eh bien, l'éthos politique va compter, c'est-à-dire le fait d'être considéré eu égard à ce que l'individu est lui-même est tout aussi important dans une partie, en tout cas, du discours que le programme.

Quand on commentait au sein du RN la rivalité entre Jordan Bardella et Marine Le Pen, on parlait de programme, mais j'y reviens, est-ce que Jordan Bardella peut parler à Vladimir Poutine ? Marine Le Pen n'a-t-elle pas plus d'épaisseur pour le faire ?

Ce logiciel-là, et je rejoins tout à fait ce qui a été dit, qui est essentiellement une construction à la fois médiatique, une construction du discours, c'est quelque chose qui, en France, pèse énormément avec l'élection au suffrage universel du Président de la République, même s'il faut nuancer, c'est-à-dire que, quand vous regardez tous les pays, même les démocraties parlementaires où on n'élit pas, directement en Allemagne, le chancelier, en Grande-Bretagne, le Premier Ministre, au fond, la médiatisation politique fait que les personnalités, les chefs d'exécutifs ont pris un poids dans leur personnalité et dans la manière dont ils se sont mis en avant, extrêmement important dans la démocratie occidentale.

Ça renvoie au petit sujet que vous évoquiez tout à l'heure, la Merkelmania en Allemagne, d'une certaine façon, a comme répondant en France la nostalgie, par exemple, de Jacques Chirac.

17:16
Présentateur

C'est vrai. Rachel Garaval-Carsel. Moi, je crois qu'il faut se détacher de la question de la présidentialité parce que, comme on l'a dit, c'est quand même une construction et une construction de nous, nous, médias, quand même, avant tout. Parce qu'au fond, pour me permettre cette lapadicelle, on n'est pas président avant d'être président. Je me souviens, souvenez-vous, l'an dernier, cette image de tous les dirigeants européens alignés devant le bureau de Donald Trump à la Maison Blanche. Il y a plein de gens qui se disent qui on imagine à la place de Macron ? En fait, on n'imagine pas forcément quelqu'un parce qu'en fait, tant qu'il n'est pas dans le rôle, c'est très difficile.

Alors, vous me direz qu'il y a des gens qui ont été dans le rôle et qu'on n'a jamais, même dans le rôle, on n'a pas vraiment bien imaginé. Mais bon, après, c'est leur... On ne citera pas de nom. On ne citera pas de nom parce qu'ils voudraient peut-être revenir. Non, mais voilà, c'est terriblement injuste pour les candidats parce que, fondamentalement, malgré tout, ce sont les circonstances qui font les présidents, éventuellement peut-être les présidentes. Ce même président qu'on n'iméjanime pas forcément très très fort, il a été à la hauteur lors de moments très tragiques pour la France et à un point qu'on n'imaginait peut-être pas avant. Ce sont les circonstances qui font ça.

Donc, c'est assez injuste. Ça a un effet, je ne le dis pas du tout, mais il faut reconnaître quand même que c'est assez injuste. Christian Lebar ? En particulier pour les femmes.

18:40
Invité

On pourrait ajouter que cette définition de la présidentiabilité, elle est effectivement très variable, selon les électorats, sans doute, mais aussi selon la conjoncture. Si la situation internationale se tend, les critères qui font le bon président ou la bonne présidente seront sensiblement différents de ceux qui pouvaient prévaloir dans un contexte plus calme, je dirais. Je prends un exemple. Emmanuel Macron a pu se faire élire en 2017 en se présentant comme extérieur au champ politique. Je ne suis pas un professionnel de la politique, disait-il, etc.

Dans un contexte un peu populiste où le fait d'être extérieur au champ politique pouvait apparaître comme quasiment une ressource de présidentiabilité, très paradoxalement. Je ne suis pas sûr qu'on soit encore complètement dans ce contexte-là. En tout cas, pour le casting qui s'annonce, là, on a quand même pour l'essentiel des professionnels de la politique aguerris, venant des grands partis, etc. On n'a pas de candidature extérieure au champ politique. Donc, tout ça pour dire que ça évolue selon le contexte. C'est important.

19:45
Présentateur

Et du côté de l'opinion des Français, selon la quatrième vague du baromètre de la stature présidentielle des potentiels candidats du cabinet d'études et de conseils verriants. Pour le Figaro Magazine, réalisé du 8 au 10 juillet 2026, soit après la condamnation en appel de Marine Le Pen, c'est important. Marine Le Pen et Jordan Bardella restent en tête sur l'ensemble des dimensions testées avec des niveaux de stature présidentielle proches ou supérieurs à 40%. Edouard Philippe reste solide malgré une légère érosion. Son avantage repose sur la compétence et l'expérience. François Hollande enregistre un rebond. Gabriel Attal est stable, tandis que Bruno Retailleau semble atteindre un plateau.

Enfin, à gauche, Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon restent cantonnés à des niveaux relativement faibles, même si Jean-Luc Mélenchon affiche une légère amélioration reposant sur deux dimensions. Sa capacité à représenter la France et celle à prendre des décisions. Votre réaction à cette enquête, qu'est-ce que cela nous enseigne Rachel Garaval-Carselle ? Ça nous enseigne que tout ça est quand même un peu lié aux intentions de vote, en réalité. Et que quand on a envie de voir quelqu'un comme président, on le voit comme président. C'est un peu une tautologie d'une certaine manière. Évidemment, quand vous avez un candidat qui fait 3%, en fait, vous ne le voyez pas vraiment président.

Quand vous avez un candidat qui est à 35%, vous le voyez un petit peu plus comme président. Je ne veux pas totalement jeter au feu ce type de sondage. Pas du tout. Mais voilà, il faut le relativiser par rapport à ce qu'est notre paysage politique. Aujourd'hui, le RN est dominant. Il est talonné peut-être par Édouard Philippe et la gauche, elle est bien derrière. Benjamin Morel.

21:21
Invité

Oui, je suis assez d'accord. La politique, c'est aussi en grande partie de la physique, au sens où, quand il y a un espace politique qui s'ouvre, quelqu'un s'y engouffre. Prenez Macron 2017. Ce qui fait Macron 2017, ce n'est pas qu'il a la stature du président, c'est que vous avez une primaire à gauche qui enfante d'un candidat très polarisé à gauche, Benoît Hamon, qui fait une mauvaise campagne. Il y a un électorat de centre-gauche qui est orphelin. Vous avez une primaire à droite qui enfante d'un candidat très polarisé à droite, François Fillon, qui, plus est, l'électorat orphelin, qui est le moins sûr à l'époque de son choix, mais choisit le seul choix qui est vraiment le sien.

Ce qui fait Emmanuel Macron, ce n'est pas d'abord le personnage, même si, évidemment, il a du talent, etc. C'est cet espace politique. Aujourd'hui, quand vous regardez l'espace politique, alors certains imaginent des personnalités, Dominique de Ville, de Pin, Sébastien Lecornu, etc. Mais la question, c'est quel espace électoral ? Si l'espace électoral n'existe pas, et si derrière, on l'évoquait, il n'y a pas un parti, une structure avec de l'argent, c'est, pour la jouer gagnante, à minima 8-10 millions d'euros. Et vous pouvez monter jusqu'à 21 millions d'euros. Donc, forcément, il faut avoir un peu de fond. Et ça, les partis politiques ne peuvent pas l'aligner.

L'enjeu de la primaire du PS, c'est d'abord la caisse de campagne du Parti Socialiste. C'est pour ça que Raphaël Luxemagne, notamment, en a besoin pour être candidat. Et les signatures derrière. Et donc, tout ça fait que, nécessairement, l'espace politique structure une candidature, et qu'ensuite, quand vous avez un candidat sur cet espace-là, je rejoins tout à fait ce qui était dit, eh bien, vous lui trouvez des qualités. En tout cas, vous mettez en avant certaines des qualités qui sont portées aux dépens de, peut-être, quelques défauts que vous essayez de gommer.

22:57
Présentateur

Vous avez un très bon exemple avec Jean-Luc Mélenchon qui a fait trois campagnes présidentielles où, en fait, les qualités que lui trouvent les gens sont assez indexées sur les intentions de vote qui montent à l'approche de l'élection présidentielle. On ne sait pas si ça va se produire de la même manière, mais on a au moins deux exemples en 2017 et 2022 là-dessus avec Jean-Luc Mélenchon. Christian Lebar, est-ce qu'il existe des stratégies bien identifiées d'auto-présidentialisation pour un candidat ou est-ce que la stature, comme on l'a évoqué, est vraiment forgée en grande partie par les médias ? Vous parliez des livres, par exemple.

23:31
Invité

Oui, la présidentiabilité, elle est aussi travaillée, bien sûr, par les principaux intéressés. Moi, j'ai travaillé sur les livres politiques. C'est un exemple tout à fait flagrant. Faire un livre, surtout le faire à ce moment-là du calendrier politique, c'est très clairement envoyer un signal comme quoi on est capable de prendre de la hauteur par rapport aux débats politiques quotidiens, on est capable de s'exprimer autrement que par les réseaux sociaux ou sur les chaînes d'information continue, on est capable de citer un écrivain, un philosophe, etc., pour mettre un peu en perspective l'histoire de la société française.

Bref, on anticipe un peu la position de surplomb qui sera celle attendue du président. Donc, le livre, et en particulier le livre de candidats à l'élection présidentielle, participe, bien sûr, de cette présidentiabilité. On a vu des personnalités politiques très connues, par exemple, se faire un peu silencieuses ou un peu rares de leur prise de parole pour monter en présidentiabilité parce que, clairement, on change de registre quand on est candidat à l'élection présidentielle. Donc, oui, bien sûr, toutes ces stratégies-là sont très travaillées par les candidats et leurs équipes de campagne.

24:41
Présentateur

Et avant de poursuivre cet échange, petite pause musicale avec Lou Rawls, The Politician, sorti en 1972 sur l'album A Man of Value. France Culture Le magazine du week-end Oumidialo

25:04
Invité

Bienvenue si vous nous rejoignez

26:01
Présentateur

en direct sur France Culture dans cette émission consacrée à la fabrique des candidats parce qu'une présidentielle ne se gagne pas seulement dans les urnes, elle se prépare longtemps à l'avance avec une équipe, un récit des réseaux et de l'argent, beaucoup d'argent. Nous avons commencé à l'évoquer. Christian Lebar, en préparant cette émission, vous avez vraiment insisté sur l'enjeu autour des pré-financements. Expliquez-nous.

26:24
Invité

Oui, tout à fait. Bon, Benjamin Morel l'a dit, une compagne présidentielle, ça coûte très cher. On sait que pour ceux qui franchissent la barre des 5%, il y a des remboursements possibles. Mais d'une part, tout le monde des candidats, évidemment, ne la franchissent pas. Et puis, du coup, il faut quand même anticiper ces financements, les avancer. Et donc là, il n'y a pas 5 ans de solution. Il faut obtenir des prêts bancaires. Et on sait que ce point a fait l'actualité, en particulier du côté du Rassemblement national ces dernières années. On sait que les donateurs peuvent participer aux campagnes, mais que les dons sont plafonnés.

Donc, on voit des candidats qui partent à la pêche aux dons individuels, mais c'est toujours très fastidieux. Et puis, on sait, bien sûr, ça a été rappelé tout à l'heure, que le fait d'avoir une formation politique importante derrière soi, c'est une garantie de financement sans équivalent. Et donc, c'est pour ça que les candidats ont quand même le souhait de se prévaloir d'une grande formation politique pour adosser leur campagne. Et c'est aussi pour ça que ceux qui ne sont qu'à la tête de petites formations politiques, voire de partis politiques individuels, sont souvent en grande difficulté.

Certains renoncent et pas seulement pour des questions de signature, mais aussi pour des questions de financement. Donc, c'est quand même le nerf de la guerre.

27:46
Présentateur

Benjamin Morel, qui sont les personnes qui entourent les candidats et je pense notamment au réseau d'élus ? Quel est son rôle ?

27:53
Invité

Il y a plusieurs types de personnalités qui entourent les candidats. Vous avez un entourage proche qui peut être composé notamment de hauts fonctionnaires, de gens qui vont être... Et d'ailleurs, c'est un vrai enjeu pour le RN comme pour la FI de montrer qu'il y a des réseaux dans l'État. Ces réseaux dans l'État, c'est une façon de construire un programme avec des gens qui vont être compétents, etc. Et puis, c'est ensuite une manière également de montrer qu'il serait en capacité d'exercer. Parce qu'on a l'impression qu'un président arriverait au pouvoir et qu'il serait tout puissant. Si vous ne maîtrisez pas l'administration, vous ne maîtrisez rien.

Et donc, il faut être en capacité de peupler les cabinets, il faut être en capacité de peupler les ministères. On a vu combien ça pouvait être difficile pour Emmanuel Macron qu'il ne venait pas d'un grand parti politique. Et donc, ça, c'est un enjeu à la fois de structuration d'une campagne et de crédibilisation d'une candidature. Et ensuite, vous avez des réseaux d'élus. Et ces réseaux d'élus, ils vont permettre à la fois de montrer que vous avez un lien avec le terrain, de maîtriser, on y revient, mais potentiellement des réseaux issus d'un milieu partisan qui vont vous assurer des financements, des déplacements, un accompagnement.

Et puis, une campagne, ça fonctionne sur le principe du tiers de confiance. En gros, vous avez un candidat, vous ne connaissez pas vraiment, est-ce que vraiment c'est un bon candidat ? S'il y a une autre personnalité politique, notamment un grand élu, etc., que vous connaissez, qui vous dit, écoutez, celui-là, vraiment, c'est mon candidat. Si je fais confiance à A et que A fait confiance à B, je peux faire confiance à B.

Si vous prenez là aussi Macron en 2017, des personnalités comme Gérard Collomb, Jean-Yves Le Drian, ce sont des relais et d'opinions vis-à-vis du parti, d'un réseau militant, d'autres résumés locaux et de l'autre côté, de l'opinion en général pour montrer que, au fond, la confiance peut être transitif et qu'avoir des lieutenants que vous allez envoyer sur les plateaux télévision, etc., ça vous donne du crédit, ça vous donne de la force et ça permet de faire ce qui a été évoqué tout à l'heure, c'est-à-dire que ça vous permet à vous de vous mettre en retrait, de jouer le président parce qu'une grande personnalité présidentiable ne va pas débattre avec des secondes couteaux.

Il va rester en retrait. C'est un petit peu la posture

29:54
Présentateur

d'Edouard Philippe en ce moment.

29:55
Invité

Exactement. Et vous envoyez des lieutenants débattre à votre place, ce qui montre que vous êtes très important parce que votre parole est rare, elle est réservée et en même temps, ça vous permet de capter le terrain, d'être présent dans les débats et donc de ne pas être justement marginalisé.

30:08
Présentateur

Et parmi ces doutils de préparation d'une campagne, il y a le ciblage électoral à ce sujet. Mimé, un des candidats a beaucoup fait parler de lui.

30:18
Invité

Elle s'appelle Nathalie, elle adore aller au marché le samedi, elle écoute Cabrel et surtout, elle pourrait voter Raphaël Guzman en 2027. Le Média Politico a publié mardi 12 mai une note confidentielle de l'équipe de l'eurodéputé. Celle-ci identifie les publics prioritaires pour sa stratégie électorale et aussi ceux à éviter. Dans ce document de 48 pages, on retrouve les portraits robots, un peu caricaturaux de ces électeurs type ou fidèles. Nathalie de Nantes, 57 ans, professeure de lettres qui aide les migrants et écoute Cabrel, Stromae et Mylène Farmer est un profil acquis à la cause du président de place publique.

Il y a aussi les électorats de conquête, à gauche avec Romain de Romainville, 43 ans, ingénieur chez EDF ou au centre avec Gérard de Guérande, 68 ans, un retraité au niveau de vie confortable avec ses 5100 euros de pension par mois. En revanche, la liste de ces électeurs difficilement mobilisables comprend les 18-25 ans, les CSP Moins, les parents seuls avec enfants ou les banlieues. Raphaël Glucksmann a publié un communiqué de réponse le soir même. Assez ! Ce document volé dont j'ai immédiatement rejeté les conclusions n'a aucune valeur politique.

31:18
Présentateur

Voilà un reportage publié dans Le Progrès le 13 mai. Alors, Rachel Garaval-Carsel, est-ce que Nathalie de Nantes et Romain de Romainville étaient aux universités d'été ? Peut-être. C'est possible, mais je n'ai pas vu tout. Alors, plus sérieusement, vous avez consacré un article à la question du ciblage électoral sur votre site Bloc et Parti. Qu'est-ce que nous dit cette affaire ? Ce qu'elle nous dit, c'est qu'il y a une grande hypocrisie d'une certaine manière. Et pas particulièrement de la campagne Glucksmann, mais de toutes les campagnes. Parce que tous les candidats à l'élection présidentielle vous disent qu'ils parlent aux Françaises et aux Français, qu'ils veulent rassembler.

Il n'y en a pas un qui dit qu'il ne veut pas rassembler. Sauf qu'en fait, aujourd'hui, une campagne électorale, que ce soit la présidentielle ou une municipale, ça se joue sur la mobilisation de votre camp. En fait, vous faites assez peu changer d'avis les gens. Il y a toujours des gens qui basculent, mais en fait, ce n'est pas là-dessus que se gagne une élection, c'est sur la mobilisation différenciale. Il faut que votre camp, a priori, les électeurs qui votent pour vous, soient plus mobilisés que l'autre camp. Et pour faire ça, il faut savoir qui, a priori, vote pour vous.

Et donc, il y a eu cette note, le dit, elle le dit d'une manière extrêmement caricaturale quand on en parle avec des gens dont c'est le travail, les questions de mobilisation. Mais, toutes les campagnes essaient de savoir qui vote pour eux pour cadrer le message, pour les mobiliser, eux, en particulier. C'est normal. Moi, je trouve que ça n'a rien de particulièrement sale, si je puis dire. Juste, il faut en être conscient. Et en l'occurrence, je trouve que dans cette polémique, ce qui est assez frappant, c'est que même si les profils sont caricaturaux dans cette note, je trouve que c'est rigolo quand même que Raphaël Luxman dise, mais ce n'est pas du tout.

À un moment donné, il faut être lucide sur son propre électorat. En réalité, c'est de fait, aujourd'hui, je ne dis pas que ça va rester comme ça de toute éternité, la jeunesse, elle est plutôt du côté de Jean-Luc Mélenchon. Les personnes qui gagnent peu d'argent, ils sont plutôt du côté de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen. Et effectivement, cette classe moyenne supérieure, et on l'a vu aux Européennes, ce n'est pas un sondage, elle a plutôt été du côté de Raphaël Luxman. Bon, ce n'est pas honteux. Christian Lebar ?

33:37
Invité

Oui, alors évidemment, tous les candidats et leurs équipes vont cibler des électorats. Ils ont à peu près tous une vision assez précise de la sociologie de leur électorat captif. Ils ont une idée assez précise des parts de marché qu'ils peuvent gagner auprès de tel et tel segment de la société. Bon, tout ça est très pensé, bien sûr, par des gens qui connaissent bien la sociologie électorale. Avec quand même quelques limites qu'il faut rappeler. La première, c'est que l'électorat est de plus en plus volatile, donc il est de plus en plus difficile de décrire sociologiquement les électorats en termes de niveau de diplôme, niveau de richesse, etc.

Donc c'est un peu quand même la bouteille à l'encre. Et puis deuxième difficulté, il faut aussi rappeler que la France n'est pas les Etats-Unis. En France, on ne peut pas acheter des données qui permettent de cibler, par exemple, par des messages mail ad hoc, on ne peut pas cibler des électorats précis parce qu'on ne peut pas acheter des données d'électeurs, tout simplement. Donc ça reste des stratégies quand même très grossières, très très grossières et très approximatives.

34:44
Présentateur

Oui, et à partir de là, comment arbitrer entre ce que l'on croit politiquement et ce que l'on pense électoralement efficace, Christian Lebar ? C'est difficile.

34:52
Invité

Il y a quelques exemples effectivement de stratégies qui peuvent donner l'impression qu'un parti politique, voire un leader, fait un peu son deuil de ses convictions originelles pour aller donner des gages, etc. Vous avez un exemple en particulier ? Exemple en tête. Tout le monde en a en tête, donc je ne donnerai pas l'antenne. Mais bon, voilà. Donc bon, le métier politique, ça sert aussi à... Enfin, c'est aussi l'art de savoir faire passer ce qui de loin peut être qualifié comme des stratégies un peu opportunistes, mais de les faire accepter, de les faire apparaître comme acceptables et peut-être aussi d'y croire soi-même, de s'y convertir soi-même. Voilà.

C'est le métier politique dans toute sa dimension stratégique.

35:37
Présentateur

Et finalement, est-ce que le risque, ce n'est pas, c'est une question un petit peu naïve, mais que les stratégies électorales ne déterminent pas les idées ? Benjamin Morel ?

35:45
Invité

En partie, oui. C'est-à-dire que alors, on est passé, même si c'est très très caricatural, d'une vision d'offre politique. Si vous voulez, un parti politique puissant avec des militants était en capacité de produire un logiciel et ce logiciel, il fallait trouver un électorat. Et si jamais vous aviez trop de variations dans le logiciel, vous aviez des enquiquineurs qui s'appelaient des militants qui ne s'étaient pas engagés pour ça, qui vous engueulaient et donc dans le parti politique, ça tanguait.

Et donc, le parti politique du XXe siècle, structuré avec un centralisme démocratique, etc., sur le modèle du parti communiste mais qui ensuite s'est diffusé à gauche comme à droite parce qu'il était efficace, ce parti politique apparaît moins efficace depuis quelques années par rapport à des structures mouvementistes. Et quand vous prenez La République En Marche, La France Insoumise, ce ne sont pas tant des partis que des mouvements qui peuvent s'adapter beaucoup plus à leur électorat. En même temps, c'est ça, d'une certaine façon.

Vous prenez les enquêtes des sondages du matin et si les enquêtes disent que le ciel est bleu, le ciel est bleu, si le ciel est vert, le ciel est vert, si vous voulez. Et donc, vous vous adaptez à votre électorat. Ça, pour tenir le pouvoir, ce n'est pas forcément très efficace. Mais pour le conquérir, c'est extrêmement efficace. Et si jamais vous avez, par exemple, de la part de Jean-Luc Mélenchon, la non-volonté d'avoir forcément de grands élus, etc., si le parti est très concentré, très centralisé dans les mains de quelques-uns, c'est parce qu'il y a une efficacité.

De même pour Emmanuel Macron, d'une certaine façon, La République En Marche n'a jamais voulu devenir un parti à l'ancienne parce que, ce qu'on a appelé dans le cas Berlusconi le parti unipersonnel, eh bien, c'est une structure extrêmement efficace parce que c'est une structure qui s'adapte à la demande électorale et qui peut varier avec elle. Les variations stratégiques de Jean-Luc Mélenchon, elles s'expliquent par une stratégie électorale. Le fait que, par exemple, le RN reste attaché à la retraite à 60 ans, quoi qu'on en pense, c'est pour tenir une base électorale qui est mobilisable.

Si vous prenez l'amour de la droite pour l'indexation des retraites en pleine crise budgétaire et, de l'autre côté, l'amour de la droite pour l'absence de droits de succession ou leur baisse, vous le comprenez si vous comprenez qu'une grande partie de l'électorat de droite est retraitée. Et donc, chacun s'adapte à son électorat et ensuite, eh bien, essaye de construire son logiciel idéologique et programmatique eu égard à ces intérêts-là.

38:06
Présentateur

Rachel Garaval-Carsel ? Pour essayer de ne pas montrer quelque chose que de cynique. Il y a une certaine logique à ce qu'un parti ouvrier défendre les ouvriers, un parti qui a beaucoup de retraités dans ses électeurs défendre les retraités. Le parti, il a aussi une fonction de porte-parole. Il peut aussi lui-même diriger un changement de son propre électorat. Regardez aux Etats-Unis, l'électorat républicain avant Donald Trump, il était libre-échangiste. À partir du moment où Donald Trump devient le chef à contester du parti républicain et qu'il est contre le libre-échange, on a vu dans les sondages que son électorat était devenu contre le libre-échange.

Donc, ça va dans les deux sens, si je puis dire. Dernière question, selon vous, quel est l'élément qui pourrait faire la différence entre un simple candidat et un véritable présidentiable en 2027 ? Rachel Gara-Valcarcel. Je crois que vous avez besoin absolument d'une machine très importante pour faire de la mobilisation, pour aller taper à des portes. Mais, vous pouvez avoir la plus belle machine du monde si vous n'êtes pas à l'endroit où aujourd'hui sont les Français. ça fera une belle campagne, mais ça ne fera pas un président de la République. Christian Lebar ?

39:21
Invité

Alors, je dirais que le bon présidentiable ou la bonne présidentiable, c'est la personne qui va réussir à aussi imposer des enjeux. Parce que cette présidentiable, on n'en a pas parlé, mais elle peut se jouer sur le dérèglement climatique, elle peut se jouer sur les tensions géopolitiques internationales, elle peut se jouer sur le pouvoir d'achat, les retraites, elle peut se jouer sur des enjeux quand même très différents. Donc, s'imposer comme présidentiable, c'est aussi réussir à faire en sorte que les enjeux qu'on porte, et je renvoie à tout ce qu'on vient de dire, les enjeux qu'on porte soient les enjeux saillants au moment de l'élection présidentielle.

39:58
Présentateur

Benjamin Morel ?

39:59
Invité

Je vois complètement ce qui a été dit, il vous faut un espace politique, il vous faut être en capacité à imposer un logiciel, il vous faut un appareil politique suffisamment professionnel. J'en rajouterai un quand même qu'on néglige assez souvent, mais c'est un sens politique. La politique, palgré tout, c'est un individu pour une élection présidentielle, et cet individu, c'est souvent lui qui est passé sur le gris, c'est souvent lui qui prend des décisions. On aime accuser les entourages, etc., mais si les entourages disent des choses intelligentes et qui ne sont pas suivies, eh bien, in fine, ça ne fait pas une bonne campagne.

Ce sens politique, aujourd'hui, il implique malgré tout, et là aussi, je vais dire un gros mot, avoir une petite carrière politique derrière soi. Bien souvent, pas toujours, Emmanuel Macron en a, il n'en avait pas nécessairement, mais la plupart du temps, eh bien, des personnalités qui ne viennent pas du monde politique ont du mal à l'acquérir. Prenez le cas Zemmour, par exemple, lors de la dernière élection présidentielle, il y avait un capital, ce capital a, en partie, il n'y a pas que ça, mais était dilapidé par un manque de sens politique, par des erreurs assez grossières qu'un politique professionnel, eh bien, n'aurait pas commis. C'est une forme de schizophrénie de l'électorat.

On aime les gens qui ne viennent pas du monde politique, en même temps, in ciné, eh bien, on vote bien souvent pour eux.

41:05
Locuteur

Un peu de pif.

41:05
Présentateur

À suivre, donc, merci, Rachel Garaval-Carselle, journaliste politique à l'Humanité, autrice de la newsletter Bloc et Parti. Merci, Benjamin Morel, constitutionnaliste, maître de conférences en droit public à l'université Paris-Panthéon-Assas, auteur de Crise politique, Crise de Régime, paru en mars aux éditions Odile Jacob. Et merci, Christian Lebar, politiste, professeur à Sciences Po Rennes, auteur de Présidentiable, paru l'année dernière aux presses universitaires de Rennes et de La Politique à l'envers, paru aux presses du CNRS l'année dernière. Également, c'était la dernière émission des Etés de France Culture, déjà.

Merci à Émilie De Jong, Florian Delorme et Clotilde Dumetz pour leur confiance. Merci à Léa Varin, Apolline Limosino, Jeanne De Lecroix, Mathilde Varin et Sarah Ben Abderraman à la préparation. Merci à Marie Placé, Vivian Lecuivre, Nathalie Salle, Boris Pachinsky et Grégory Wallon qui se sont succédés à la réalisation. Merci aux équipes techniques, merci au fond du cœur, aux invités qui pour la plupart ont répondu présents en studio ou à l'autre bout du monde malgré la chaleur et en interrompant parfois leurs vacances. Et merci à vous de nous avoir suivis. Merci pour vos retours. Ce fut un plaisir de vous accompagner en direct tous les week-ends d'un été riche en actualité.

Bonne suite de programmes sur France Culture et excellente rentrée.