Invité politique - Le sénateur (PS) Alexandre Ouizille: «Aucun compromis ne se dégage sur la nécessaire taxation des plus riches»
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Alexandre Ouizi, merci de nous rejoindre sur RFI au lendemain de ce pari gagné du patron du PS Olivier Faure avec l'adoption à l'arraché du budget de la Sécu, 13 voix, c'est court mais suffisant pour valider la stratégie du compromis dans une assemblée pourtant complètement morcelée. Le plus dur reste à venir, on le sait Alexandre Ouizi mais est-ce que vous savouerez encore un peu ce matin cette victoire politique ?
Écoutez, ça a été quand même une longue bagarre avec le gouvernement. Moi je la date en fait déjà du gouvernement Bérou où il a fallu arracher pied à pied le retrait des deux jours fériés qui devaient être sucrés aux Français, le retrait d'une réforme de l'assurance chômage alors que les chiffres du chômage repartent dans l'autre sens, le retrait ensuite de ce qui était prévu en termes d'années blanches qui était en fait une taxation sur les plus pauvres, sur ceux qui ont des allocations handicapées, ceux qui ont des allocations sociales, la victoire sur la réforme des retraits. Donc tout ça a été un long chemin, donc évidemment que... Un mois et demi de combat, oui.
Oui, oui, si je remonte à l'été, encore plus que ça, si vous voulez, ça fait un moment en effet qu'on est engagé dans cette bataille. Donc on est sans triomphalisme parce que ce budget ce n'est pas le nôtre. Si on avait été aux manettes, on n'aurait pas fait ce budget-là de la sécurité sociale. Néanmoins, on a pu arracher des choses qui sont importantes dans la vie quotidienne des gens, les franchises médicales, l'hôpital avec des crédits en plus pour l'hôpital par rapport à ce qui était initialement prévu. Donc on s'est battu et on a eu des résultats, c'est vrai, pour ce projet de financement de la sécurité sociale.
Vous avez permis de limiter la casse ?
On a permis de limiter la casse et puis on est aussi revenu sur une blessure à la fois démocratique et sociale qui est cette injuste réforme des retraites qui ne ciblait finalement que ceux qui avaient commencé à bosser tôt, qui exonéraient complètement tous les autres d'un quelconque effort et qui a été adopté dans les conditions qu'on connaît il y a quelques temps maintenant et pour lesquelles la colère dans le pays ne s'affaiblissait pas. Donc c'est important qu'on ait obtenu aussi cet élément de rupture avec la politique macroniste telle qu'elle a été conduite depuis 8 ans.
Paris gagné pour Olivier Faure, c'est le succès également de la méthode du Premier ministre Lecornu. Est-ce que cela fait de vous, les socialistes, pour autant, les nouveaux soutiens du gouvernement, les supplétifs de la Macronie comme le dénonce la France insoumise ?
Vous voyez bien que tout ça s'est passé au contraire dans la confrontation avec le Bloc central, au point que le Bloc central s'en est trouvé complètement morcelé dans les votes hier, au point qu'il y a eu une rupture entre un ancien Premier ministre et le Président de la République. Donc on n'est pas du tout nous rentrés dans une logique de fait majoritaire nouveau avec un nouveau périmètre. On a été dans une discussion très rugueuse en fait avec le Bloc central où on a pu conduire un certain nombre de choses à leur terme. Encore une fois, tout n'est pas satisfaisant, mais on a réussi à faire un certain nombre d'avancées qui justifient ce que nous avons fait hier.
Et si vous allez demander à Édouard Philippe s'il considère qu'on est dans le même bloc que lui ou si vous nous le demandez à nous, évidemment que la réponse est non. En fait, on est sur des positions politiques qui sont diamétralement opposées. On a trouvé dans un moment d'attente une forme de compromis sur le budget de la sécurité sociale. Voilà ce qui s'est passé exactement. Ça ne change rien au périmètre politique des uns et des autres, et en tout cas pas au nôtre.
Quand on voit les attaques de LFI, est-ce qu'on peut penser aujourd'hui, en tout cas est-ce que ça veut dire que la rupture est complètement consommée entre le PS et le parti de Jean-Luc Mélenchon ?
On est sur des stratégies différentes. Tout le monde l'a vu. Tout le monde l'a compris. On est à la fois sur des stratégies différentes sur le moment politique qu'on traverse. C'est-à-dire que nous, on n'est pas dans une logique d'accélération à tout craint du calendrier politique. On considère qu'il y a un grand rendez-vous démocratique en 2027, qu'une élection présidentielle en 35 jours, comme le souhaitent les Insoumis, ça n'a aucun sens parce que ce pays a besoin de maturer la décision qu'il veut prendre sur les grandes orientations qu'il compte prendre, qu'on est donc sur des stratégies qui en effet sont différentes.
Donc oui, il y a des critiques de leur part, mais j'ai envie de dire, nous, moi ce n'est pas ça qui est ma boussole. La boussole qui est la nôtre, c'est de chercher à voir est-ce qu'on a obtenu oui ou non matériellement des choses. Et là, on a obtenu matériellement des choses. Après, voilà, ils sont dans la position qui est la leur. Moi, je n'ai pas envie plus que ça de commenter ce qu'ils font, si vous voulez. Il y a la colère des Insoumis.
Il y a également celle des patrons qui s'inquiètent de voir les déficits continuer à se creuser. Plus de 20 milliards d'euros avec les dépenses supplémentaires, disent-ils, demandées par le PS. Est-ce que vous les entendez ? Est-ce que vous entendez cette inquiétude des patrons, des chefs d'entreprise ?
Moi, si vous voulez, j'essaie d'entendre tout le monde. Et lorsque j'écoute les économistes de l'OFCE, et nous, nous avions calé notre trajectoire budgétaire sur celle qui était celle de l'OFCE, qui n'est pas une officine gauchiste, mais des macroéconomistes de qualité qui travaillent dans ce pays. Nous avions calé une consolidation budgétaire plus lente, parce que nous disions, et nous continuions de dire, que sabrer les dépenses publiques à toute vitesse, ça ne crée que des pertes d'activité pour tout le monde dans ce pays. Donc, en fait, pour éviter une austérité panique, il fallait ralentir le rythme de consolidation.
Donc, de ce point de vue-là, même du point de vue de l'efficacité économique, et je le dis aux patrons qui pourraient en douter, consolider trop vite les dépenses publiques, c'était mettre en péril l'activité, c'était mettre en péril leur carnet de commande. Donc, en faisant cela, on a aussi protégé l'activité. On ne s'est pas tenu à des questions de justice sociale. On a aussi protégé l'activité, parce qu'il ne faut pas aller trop vite, quitte à tout casser du point de vue de l'activité et de la croissance.
Mission accomplie pour le budget de la Sécu. Le plus dur reste maintenant à venir. On l'a dit avec le gros morceau, le budget de l'État, qui est actuellement d'ailleurs chez vous au Sénat, avant de revenir à l'Assemblée la semaine prochaine. Ça va être très compliqué, cette fois, d'arriver à un compromis. Qu'est-ce qui bloque ?
Ce qui bloque, si vous voulez, c'est que le fait que ceux avec qui nous avons fait un compromis sur le budget de la Sécu et de l'État ne veulent absolument pas en faire sur le budget de l'État. Puisque nous, quelle est notre position sur le budget de l'État ? On l'a dit depuis le début. On veut de la justice fiscale sur les plus hauts patrimoines de ce pays, parce que cette justice fiscale nous permet de ne pas démanteler l'école, nous permet d'avoir une ambition écologique conforme aux engagements de l'accord de Paris, permet, bref, de sauver les fonctions de souveraineté de l'État qui sont essentielles dans le moment que nous vivons.
De ce point de vue-là, regardez ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale. Tous nos amendements, même nos amendements de repli, même les amendements de repli à l'amendement de repli, ont été balayés. Je ne vous parle même pas du Sénat, où l'œuvre de l'Assemblée nationale a été détricotée encore un peu plus. Donc, si vous voulez, pour faire un compromis, il faut être deux. Et sur la question du budget de l'État, il y a eu un refus total, intégral, de mettre à contribution, même, je veux dire, sur une vision de compromis. C'est-à-dire, nous, on voulait 15 milliards sur les plus revenus. Le milieu, ça aurait pu être de dire, il faut qu'on arrive à quelque chose entre 0 et 15.
Il y a un nombre qui s'appelle 7 ou 8. Et on pouvait construire quelque chose de ce point de vue-là. Mais il n'en a jamais été question pour eux. Donc, évidemment, dans ces conditions-là, on ne va pas adopter un mauvais budget pour l'État. Donc, en effet, on est face à une très grande difficulté. D'autant que vous savez que les règles de la navette budgétaire font que, petit à petit, l'entonnoir se resserre et on ne peut plus amender le texte.
Donc, vous n'y croyez pas ?
Alors, je vous parle, je n'y crois absolument pas. Je crois vraiment qu'il n'y a pas de chemin aujourd'hui.
Même si le Premier ministre, lui, juge possible de doter la France d'un budget d'ici au 31 décembre, vous dites que ça va être quasi mission impossible. Ça va nécessairement devoir se terminer par une loi spéciale ?
Là, pour le coup, la question, c'est qui dispose des différents moyens d'agir ? Je vous dis que du point de vue du pouvoir d'amendement, aujourd'hui, on est très limité sur ce qu'on peut faire. Il y a une CMP qui va avoir lieu. Est-ce que, tout d'un coup, il va y avoir une prise de conscience en CMP que ce que nous avons dit est entendu ? C'est-à-dire, à la fois que, en fait, l'école de tout le monde, l'écologie pour tous nos enfants ne peut pas être sacrifiée parce qu'on ne veut pas renoncer au fait que, depuis huit ans, le ruissellement ne fonctionne pas et qu'abaisser les impôts des plus riches ne crée ni activité, ni bonheur public, ni justice sociale, ni quoi que ce soit.
S'il n'est pas renoncé à ça dans les moments qui viennent, eh bien, en effet, il n'y aura pas à la fin de budget soutenable, même du point de vue d'une abstention pour les socialistes. Et donc, évidemment, le gouvernement s'expose à une très grande difficulté. Donc, nous, nous les invitons, et notamment le gouvernement, à prolonger l'œuvre qui a été faite sur le budget de la Sécu, c'est-à-dire être dans une logique de chercher des compromis parce que le passage en force ne fonctionnera pas.
Pas de passage en force, il n'y aura pas de retour, en tout cas, à la tentation de ressortir le 49-3. S'il devait, si on devait échouer à trouver un compromis, ce sera nécessairement une loi spéciale. On sait que le Premier ministre, il travaille déjà, il y a un calendrier contraint.
C'est ça, c'est que quoi qu'il arrive, on ne peut pas laisser le pays en calanque au 31 décembre. Donc, le sujet, c'est d'avoir des outils qui permettent de prolonger, de faire en sorte que les choses ne s'arrêtent pas en janvier et que donc, il y ait des processus qui existent, qui n'existaient pas d'ailleurs sur le budget de la Sécurité sociale, qui permettent d'assurer la continuité de la vie des nations, que les fonctionnaires soient payés, qu'un certain nombre de choses aient lieu. Maintenant, à la vérité, tout ça...
Maintenant, à la vérité, si vous voulez, je ne sais pas comment, en janvier, c'est beaucoup mieux qu'en décembre parce qu'en fait, le débat est relancé selon les mêmes termes. Si vous n'avez pas en face des gens qui sont prêts au compromis,
on aura les mêmes soucis en début d'année prochaine. Merci beaucoup, Alexandre Ouzi. Bonne journée.
Au revoir.
Alexandre Ouizille