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interviewRMC· 23 octobre 2024 10 min

Drogue : Sandrine Rousseau soutient Andy Kerbrat

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Sandrine Rousseau, merci d'être dans ce studio ce matin. Vous êtes députée écologiste de Paris, vous faites partie de l'alliance NFP à l'Assemblée et dans le groupe du nouveau Front populaire, il y a ce député LFI, Andy Kerbrat, qui a donc été trouvé en flagrant délit d'achat et de possession de drogue. C'était dans les métros, dans les couloirs du métro parisien, en possession de plus d'un gramme de 3 MMC. C'est cette drogue de synthèse qui fait partie d'ailleurs des drogues qui étaient utilisées et dont on a beaucoup entendu parler au moment de l'affaire Pierre Palmade. Vous aviez réagi comment d'ailleurs au moment de l'affaire Pierre Palmade ?

0:35
Sandrine Rousseau

Pierre Palmade, il a mis en danger gravement la vie de personne. Donc il avait besoin de soins, d'addiction, et il avait absolument besoin de sortir de la spirale infernale dans laquelle il était. D'ailleurs, il aurait dû sortir bien avant que le drame se promène.

0:51
Présentateur

Mais ce député à qui vous exprimiez votre soutien hier sur Twitter en disant « Soutien, cher Andy, la consommation de drogue et l'addiction sont un enjeu de soins. Tu as reconnu, tu es dans un parcours de soins, reviens-nous en forme. » S'il n'avait pas été pris en flagrant délit, s'il n'avait pas été arrêté par la police, il n'y allait pas de lui-même prendre des soins ?

1:10
Sandrine Rousseau

Ça ne vous choque pas, ça, vous ? Ben si, ça fait partie des problèmes. Bien sûr que ça fait partie des problèmes. Et les personnes qui sont en addiction...

1:16
Présentateur

Vous dites que tu as reconnu, c'est dans un parcours de soins, il a été pris en flagrant délit, et donc maintenant, évidemment, il dit « Désolé, je me connais. »

1:23
Sandrine Rousseau

Il y a une décision de justice, il a reconnu, il a payé sur... C'est une amende forfaitaire, il a payé cette amende. Je veux dire, c'est précisément le sujet, c'est que dès qu'on stigmatise les consommateurs, et on est au cœur du sujet, dès qu'on stigmatise les consommateurs, dès qu'on criminalise les consommateurs, ils s'éloignent des soins. Ils ont peur d'un jugement, et donc ils ne vont pas se soigner. Et c'est tout l'échec de la politique de la drogue en France.

C'est-à-dire que, un, on est dans une forme de répression permanente de la drogue, et on est abreuvé de discours sur le fait qu'il faut renforcer les mesures contre les consommateurs, alors qu'il faut renforcer les mesures contre les dealers. Ça, là-dessus, je n'ai aucun doute. Mais par contre, sur les consommateurs, il y a une politique de santé.

2:09
Présentateur

Mais pardon, Sandrine Rousseau, quand même, je suis quand même assez frappée par le fait que vous l'excusiez bien vite. Vous dites, tu as reconnu, tu es dans un parcours de soins. Mais, encore une fois, l'effet, c'est que ce député, ce drogue, va acheter de la drogue. Il est pris en flagrant délit. Pas de bol, j'ai envie de dire. Il tombe sur des policiers dans les métros parisiens. Il est, à ce moment-là, pris en flagrant délit. Et donc, en effet, depuis, il dit, je reconnais et je vais me soigner.

2:35
Sandrine Rousseau

Mais ce n'est pas du tout spontané. Non, ce n'est pas spontané. Évidemment, il s'est fait prendre. Enfin, évidemment, il s'est fait prendre et il est allé devant la justice.

2:45
Présentateur

Mais ce n'est pas fait prendre. Vous dites, Pierre Palmadou, les risques qu'il prend, et qu'il prend, y compris pour la démocratie.

2:51
Sandrine Rousseau

Mais absolument, c'est pour ça qu'il a besoin de rentrer dans un parcours de soins. La question que l'on doit se poser, c'est pourquoi ces gens-là ne vont pas dans des parcours de soins ? Pourquoi il n'y va pas ? Et en fait, l'espèce d'opprobre, l'espèce de honte qu'il y a à consommer de la drogue, le caractère caché et confidentiel, et le risque qu'ils prennent à consommer de la drogue, alors même qu'ils ont des addictions, fait qu'ils n'entrent pas facilement dans des parcours de soins.

Je rappelle aussi quand même qu'il y a des centres d'addictologie en France qui crèvent de ne pas avoir suffisamment de soignants, et que les moyens mis sur la lutte contre l'addictologie en tant que maladie sont très insuffisants par rapport aux besoins que l'on peut avoir.

3:33
Présentateur

Ça pose évidemment un certain nombre de questions, y compris sur la lucidité d'un député à exercer son mandat. On avait tout à l'heure le témoignage d'un auditeur qui disait tout à fait comme vous, Sandrine Rousseau, que c'était un vrai problème d'addiction et de soins, mais il précisait aussi avoir des amis qui consommaient cette fameuse drogue 3MMC, et il disait qu'ils sont dans un état de nervosité, d'agitation, d'énervement. Et lui, son interrogation c'était aussi de se dire comment est-ce qu'on peut avoir des députés qui prennent des décisions aussi graves que de voter les lois alors qu'ils n'ont pas toute leur tête en quelque sorte.

4:08
Sandrine Rousseau

Mais il a absolument raison, c'est la raison pour laquelle il faut lutter contre la consommation de drogue partout. Mais il y en a partout de la consommation de drogue. Enfin, il y en a ici dans cette rédaction très probablement, il y en a à l'Assemblée, il y en a partout. Et c'est précisément pour ça. On a commencé à véritablement... Je trouve qu'il y a un côté...

4:23
Présentateur

Alors dans ce cas-là, ceux qui ne se droguent pas, ils se retrouvent prêts. Mais laissez-moi finir une phrase. Bah oui, de toute façon, quand on se drogue, on est victime.

4:31
Sandrine Rousseau

Non mais on a commencé à lutter efficacement contre l'explosion de l'épidémie de sida à partir du moment où on est sorti du jugement sur les personnes qui l'avaient et on est parti... On est victime de prendre des drogues comme on est victime de sida ? On est parti des comportements des personnes et sans jugement, on a fait de la prévention. Aujourd'hui, la prévention en France est très insuffisante. Cette drogue est utilisée notamment pour le chemsexe. Je ne sais pas si c'était son cas là, et par ailleurs, je ne veux pas le savoir. Mais si c'est utilisé sur le chemsexe, aujourd'hui, il y a à peu près une overdose tous les 12 jours dans des pratiques de chemsexe.

Enfin, c'est un enjeu majeur. C'est un enjeu majeur de mise en danger et des personnes. Et d'autrui, raison pour laquelle, encore une fois, il nous faut changer de regard sur les personnes qui consomment. Et oui, c'est un problème. Évidemment, ça atténue le discernement. Et c'est fait pour ça, d'ailleurs. C'est fait pour ne plus avoir à subir, à souffrir. La singularité, c'est quand même qu'il est député. Oui. Est-ce qu'il n'y a pas un devoir d'exemple ? Non, mais il pourrait être chauffeur. Il pourrait être chauffeur, il mettrait en danger de la même manière. Donc, en fait, oui, la consommation de drogue met en danger les personnes qui consomment.

En premier lieu, les personnes qui consomment. Et d'autres personnes, c'est évident. Raison pour laquelle nous devons changer de regard, puisque la lutte contre la drogue est un échec en France. Nous faisons partie des pays qui consommons le plus de drogue. Je voudrais juste dire une chose qui n'a pas été beaucoup dite sur Andy Kerbrad. C'est qu'il a été victime de viol dans son enfance. Il en a témoigné lui-même dans Me Too Garçon, à l'âge de 3 ans. Et en fait, dans les conséquences les plus courantes du psychotrauma liées au viol dans l'enfance ou à l'âge adulte, il y a la consommation de produits stupéfiants. Donc, en fait, quel a été cet enfant pris en charge ou pas pris en charge ?

Et à quel moment on a fait de la prévention vis-à-vis de cette consommation ? J'entends parfaitement tout ça.

6:28
Présentateur

Et il dit être en très grande souffrance. Mais il est député.

6:32
Sandrine Rousseau

Oui, mais il serait ambulancier. On aurait le même sujet de dangerosité.

6:36
Présentateur

L'ambulancier n'a pas un devoir de ne pas faire prendre de risque à ceux qu'il transporte. Le député a peut-être un devoir d'exemplarité, non ? Il a un devoir d'exemplarité, absolument. Par ailleurs, il enfreint la loi. Il y a quand même aussi une question du rapport à la loi. Quand on est celui qui écrit la loi, qui vote la loi et qu'on enfreint la loi, ça... Oui, mais bien sûr. Tout ça, c'est bon ? Tout ça, c'est OK ? Il n'y a pas de problème ?

6:59
Sandrine Rousseau

Évidemment qu'il y a un problème avec ça. Évidemment qu'il doit payer devant la justice et il le fait. Mais quand il y a eu un autre député macroniste qui s'appelle Pellerin, qui a lui aussi été pris en consommation de cocaïne, mais je n'ai pas demandé sa démission de la même manière. Parce que je pense que nous devons vraiment avoir... Encore une fois, je le dis, ces gens sont malades de leur addiction. C'est une maladie, l'addiction. Il aurait un cancer, on n'aurait pas du tout le même regard. C'est une maladie, l'addiction. Alors oui, c'est une maladie qui conduit à enfreindre la loi. Pour vous, il n'est que victime. À aucun moment, il y a le choix.

7:35
Présentateur

Conscience, vous n'imaginez pas du tout la conscience de l'être humain qui décide à un moment quand même...

7:39
Sandrine Rousseau

Quand on est en addictologie, c'est précisément ça, c'est qu'on est dépendant. On est dépendant. Et ça fait faire les plus grandes conneries. S'il a fait une connerie, il n'y a pas de doute là-dessus. Et il doit payer pour cela. Il n'y a pas de doute là-dessus. Et tant qu'il n'est pas totalement soigné, peut-il continuer à rester député ? Alors ça, je pense qu'il faut vraiment qu'il s'engage dans un parcours de soins. Là par contre, pour moi, ce sera vraiment la ligne rouge très importante dans ma position. Il ne peut rester député que s'il rentre dans un parcours de soins, véritablement. Sandrine Rousseau, un mot sur la question de la réforme.

Il y a d'autres problèmes d'addiction dans l'hémicycle. Je veux dire, il n'est pas le seul. Ça veut dire quoi ça ? Il y a de l'addiction à l'alcool. Et il y a probablement d'autres addictions aux drogues. Et qu'en fait, il ne faut pas être naïf sur le sujet. Il y en a dans l'hémicycle, il y en a ailleurs. Il y en a ici, il y en a probablement ici. Absolument. Sandrine Rousseau, juste un mot quand même de politique. Et j'invite d'ailleurs tous les députés qui ont des problèmes d'addiction à vraiment rentrer dans un parcours de soins.

8:34
Présentateur

Oui, c'est le moment peut-être de s'y mettre. Sandrine Rousseau, juste quand même une question sur la réforme des retraites. Parce qu'on sait qu'il y a un vrai tiraillement chez les élus de gauche. Vous voulez l'abrogation de la réforme des retraites. Le RN dépose une proposition de loi qui va dans ce sens. Faut-il, c'est le cas par exemple de Fabien Rousseau, il dit les communistes, nous on va sans doute le voter parce qu'on se dit d'où que vienne cette abrogation, ce que veulent nos administrés, c'est qu'on abroge cette réforme, même si ça veut dire voter avec le RN. Quelle est votre position ?

9:02
Sandrine Rousseau

Moi, ma position est que je ne la voterai pas pour une raison simple qui est que, en fait, moi j'avais proposé un amendement en début d'étude du budget de la sécurité sociale demandant l'abrogation et ne l'ont pas voté. De sorte qu'en fait, la démarche du RN n'a qu'une seule visée, c'est de nous piéger et non pas de tenir une ligne qui est l'abrogation. Après, il y a des gens dans mon groupe qui probablement la voteront puisque c'est un sujet qui, en effet, est piégeux. Donc c'est compliqué, voilà, et je respecterai toutes les positions de vote. Moi, à titre personnel, j'ai une discipline que je m'impose, qui n'est pas toujours facile, je m'en prends beaucoup là-dessus.

Et je comprends vraiment que les électeurs puissent aussi ne pas comprendre la position que je tiens. Je reçois beaucoup de messages, mais je la tiendrai parce que, pour moi, c'est important. Mais je comprends aussi que d'autres députés puissent avoir d'autres positions.

9:45
Présentateur

Et il y aura donc une liberté de vote là-dessus. Merci beaucoup, Sandrine Rousseau, d'être venue dans ce studio ce matin. Je rappelle que vous êtes la députée écologiste de Paris. On l'apprend à l'instant. C'est une dépêche urgente AFP qui nous le dit. Sur le budget, un possible recours au 49.3 est au menu du Conseil des ministres de ce mercredi. Ce qui mettrait fin de manière immédiate au débat sur le contenu de ce budget.