Fusillade à Aubagne : "On peut encore dialoguer avec ces adolescents", affirme la chercheuse Stéphanie Lamy
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Chapitres
Questions et réponses
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- 1:19OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est normal de tomber des nues en découvrant tout ça ?
- 2:20OuverteRéponse directe
Comment un gamin de 14 ans peut entrer dans cet univers ?
- 3:25OuverteRéponse directe
Cette violence extrême chez les adolescents, elle n'est pas née avec Internet ?
- 4:35OuverteRéponse directe
On peut encore dialoguer avec lui, on peut encore le ramener à la réalité ?
- 5:47OuverteRéponse directe
Quels sont les signes qui doivent alerter ? Comment réagir ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:35Invité politiqueFait
« la True Crime Community, TCC pour plus court, fait partie d'un univers beaucoup plus large qui s'appelle l'extrémisme nihiliste violent. »
- 1:47Invité politiqueFait
« la True Crime Community, TCC, a émergé après les fusillades à Colombine, donc des tueries dans une école aux Etats-Unis en 1999 »
- 2:08Invité politiqueFait
« la vaste majorité des personnes qui participent dans cette communauté ne vont pas passer à l'acte. »
- 2:30Invité politiqueFait
« On peut tomber dessus par hasard par le jeu des algorithmes sur les plateformes »
- 2:39Invité politiqueFait
« les contenus qui sont proposés en premier lieu sont plutôt des contenus modérés. »
- 2:54Invité politiqueFait
« il est assez facile de tomber dessus sur des contenus modérés. »
- 3:08Invité politiqueFait
« par sa participation, il peut être amené vers des espaces de plus en plus fermés. »
- 3:18Invité politiqueFait
« il n'y a pas réellement d'idéologie derrière, c'est plus une esthétique et une valorisation de cette violence. »
- 5:16Invité politiqueFait
« dire que la radicalisation n'arrive que par Internet, c'est faux. »
- 5:56Invité politiqueFait
« les signes de la radicalisation sont souvent le retrait, que ce soit des jeunes ou moins jeunes, le retrait par rapport au rite de la famille »
- 6:08Invité politiqueFait
« il y a aussi l'expression de l'ultra-violence et la déhumanisation d'autres personnes. »
- 6:18Invité politiqueFait
« ce qui est très particulier avec l'extrémisme nihiliste violent, c'est cette idée où il y a une détestation du genre humain. »
Temps de parole
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Il
est 7h46, l'invité d'Ici Provence, David Oussiou, et ce matin le profil inquiétant du collégien d'Aubagne, soupçonné d'avoir ouvert le feu lundi sur son principal et une enseignante.
Plus les enquêteurs avancent, plus ils découvrent une facette inquiétante de cet adolescent de 14 ans, un garçon décrit comme discret, mais qui aurait développé une fascination pour les tueries de masse. C'est le parquet national antiterroriste qui évoque une possible adhésion à une mouvance qui glorifie les auteurs de massacres. Et ce qui inquiète les spécialistes, c'est cette fascination pour la violence qui touche des adolescents, parfois très jeunes, avec des liens possibles, avec d'autres mouvances extrémistes, notamment masculinistes. Ces communautés où se développent des discours de haine contre les femmes, parfois jusqu'à justifier la violence à leur rencontre.
Tout le problème surtout, c'est de comprendre comment certains adolescents peuvent passer de la fascination pour les tueurs à l'envie de les imiter.
Et
pour en parler ce matin, Stéphanie Lamy est l'invité d'Ici Provence. Bonjour ! Bonjour ! Bienvenue, vous allez répondre dans un instant aux questions de David Houssy. Vous êtes chercheuse et chargée d'enseignement à Toulouse, autrice également du livre, on le rappelle, on le disait tout à l'heure, La terreur masculiniste aux éditions du Détour.
Est
-ce que c'est normal, Stéphanie Lamy, de tomber des nues en découvrant tout ça ? Parce que finalement, cette True Crime Community, pour beaucoup d'entre nous, et je me mets aussi à la place des auditeurs qui nous écoutent, on n'en avait jamais entendu parler.
Oui,
alors la True Crime Community, TCC pour plus court, fait partie d'un univers beaucoup plus large qui s'appelle l'extrémisme nihiliste violent. Donc au sein de cette galaxie plus large, la True Crime Community, TCC, a émergé après les fusillades à Colombine, donc des tueries dans une école aux Etats-Unis en 1999, et c'est peu à peu structuré d'abord sur les forums internet, puis sur les Tumblr, en fait c'est multi-plateformes. C'est multi-plateformes. Alors il y a la vaste majorité des personnes qui participent dans cette communauté ne vont pas passer à l'acte. Ils sont d'abord fascinés par l'extrémisme violent. Et
Stéphanie, l'ami, comment un gamin de 14 ans peut entrer dans cet univers ? Est-ce qu'il faut aller chercher ces communautés, ou est-ce qu'on peut tomber dessus presque par hasard
? On
peut tomber dessus par hasard par le jeu des algorithmes sur les plateformes, mais les contenus qui sont proposés en premier lieu sont plutôt des contenus modérés. Donc c'est des choses sur des événements qui vont glorifier la performance de la violence, la violence pour la violence. Alors attention, il n
'y
a pas tellement de lien avec le masculinisme, malgré ce qu'il dit, mais en fait il est assez facile de tomber dessus sur des contenus modérés. Et peu à peu, même avec sa propre participation, parce qu'on a quand même appris qu'il postait aussi des images d'armes qu'il avait chez lui, enfin que son père avait chez lui, donc par sa participation, il peut être amené vers des espaces de plus en plus fermés. Et c'est dans ces espaces fermés, sur Discord ou autre, vont s'échanger des images de plus en plus gores, de plus en plus violents, avec une fascination pour la performance de la violence, pour la violence.
Donc il n'y a pas réellement d'idéologie derrière, c'est plus une esthétique et une valorisation de cette violence.
Stéphanie,
l
'ami, cette violence extrême chez les adolescents, elle n'est pas née avec Internet, parce qu'on a retrouvé dans nos archives, il y a 31 ans, le terrible fait d'hiver où un lycéen de 16 ans, Eric Borel, tue 13 personnes dans les rues de Kuerz. La veille,
il
avait assassiné trois membres de sa famille. Est-ce que finalement, ça a à voir ou ça n'a strictement rien à voir
?
Alors, bien sûr que l'ultra-violence, que ce soit chez les jeunes ou les moins jeunes, on ne
va
pas non plus stigmatiser les jeunes comme ça, existe. Elle a toujours existé. Maintenant, aujourd'hui, la différence,
c
'est la production commune, c'est-à-dire la communauté, qui va se créer autour des, entre guillemets, faits divers, ou des incidents particulièrement violents, et la quête de la production de contenus violents par soi-même. Donc là, on a, par exemple, des choses qu'on sait dans les médias. On sait qu'il est parti dans les toilettes se changer, certainement pour se mettre en forme, en esthétique de sa communauté, si c'est le cas. Donc pour l'instant, moi, je n
'ai
pas accès à l'enquête, donc je vais rester prudente sur les éléments. Il y a quelque chose quand même... Donc il y a une recherche...
Oui, il y a quelque chose qui nous a frappé, pardon Stéphanie Lamy, c'est ce qui s'est passé lundi à Aubagne, c'est le rôle du conseiller principal d'éducation, le CPE. Cet homme qui réussit à désarmer l'adolescent, je voudrais que vous écoutiez ce que raconte cette collégienne qui a assisté à cette scène.
Il
a fait ça avec les mots, il l'a crié, et pendant deux minutes, ils ont parlé et il a lâché l'arme.
Alors la suite sera dans le journal de 8h de Camille Payan. Stéphanie Lamy,
ça
veut dire que lorsqu'un adolescent est entré dans cette mouvance, on peut encore dialoguer avec lui, on peut encore le ramener à la réalité
?
Bien sûr, en fait, les liens forts, il ne faut pas oublier que dans la radicalisation, les liens forts, c'est-à-dire les liens qu'une personne va tisser dans la vraie vie, vont toujours être plus forts que ce qui existe sur Internet. Donc le tout Internet, oui, dire que la radicalisation n'arrive que par Internet, c'est faux. Il y a l'environnement familial, bien sûr, mais aussi pour faire renoncer au passage à l'acte, on peut encore dialoguer et surtout avec des jeunes où la radicalisation n'a pas encore pris autant. Donc après, l'enquête va le montrer si effectivement il était réellement lien ou s'il participait de manière marginale avec cette communauté-là.
Il y
a
des parents qui nous écoutent ce matin qui doivent être inquiets. Quels sont les signes qui doivent les alerter ? Comment réagir aussi quand on commence à perdre contact avec son enfant
? Les
signes de la radicalisation sont souvent le retrait, que ce soit des jeunes ou moins jeunes, le retrait par rapport au rite de la famille, les coutumes et les usages de la famille. Après, il y a aussi l'expression de l'ultra-violence et la déhumanisation d'autres personnes. Ce qui est très particulier avec l'extrémisme nihiliste violent, c'est cette idée où il y a une détestation du genre humain. Donc le genre humain, c'est-à-dire que toutes les autres personnes ne servent à rien, peuvent être éliminées. Et ce type de discours devrait mettre la puce à l'oreille.
Je sais que certains camarades de classe ont aussi émis des doutes, ont émis des éléments, ont parlé des éléments qui pourraient être des signaux faibles. Et il faut aussi que les jeunes soient un peu formés, ce que disent leurs camarades de classe. Alors c'est aussi des crimes genrés. Donc il y a aussi ce passage à l'acte qui est très masculin. La socialisation masculine, surtout à cet âge-là, par l'outrance, et à vouloir toujours pousser les limites plus loin, fait aussi partie du processus de radicalisation vers ces mouvances-là.
Je
retiens ce que vous nous dites, Stéphanie Lamy, c'est l'écoute, c'est l'être attentif à ce qui arrive à notre enfant, et puis à notre copain aussi. Il faut rester toujours à l'écoute. Merci infiniment de nous avoir expliqué. Cherchez l'enseignement à Toulouse. Stéphanie Lamy est autrice du livre La terreur masculiniste est aux éditions du
Détour.
Et vous l'avez dit également, on y reviendra dans le journal de 8h avec Camille Payan, 7h53, en musique, tout de suite, Jennifer.
François Lamy