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interviewLCI — L'invité d'Adrien Gindre· 6 juin 2023 18 min

L’Interview Politique – Aurélien Pradié, député LR du Lot, invité d’Adrien Gindre dans Les Matins LCI

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Locuteur 2

Bonjour Aurélie, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Aujourd'hui c'est donc la quatorzième journée d'action contre la réforme des retraites. Le gouvernement a laissé entendre qu'il était peut-être temps de passer à autre chose, est-ce que c'est aussi votre avis ?

0:19
Locuteur 1

Sûrement qu'il est temps de passer à autre chose, mais je l'ai dit depuis l'origine, lorsque ce texte a été passé en force par le gouvernement, j'ai considéré que c'était un texte empoisonné. Et le poison lent est en train de se propager à la fois dans tout le corps social, on le voit, cette réforme n'est pas acceptée par les Français, non pas parce que les Français refusent la réforme, mais parce que c'est une réforme inefficace et injuste. Et puis, il y a un nouveau poison. Ce poison, il est en train aujourd'hui d'intégrer le corps démocratique.

Ce qui se joue cette semaine avec la nouvelle proposition de loi d'un groupe d'opposition, c'est pas seulement l'âge légal de départ à la retraite.

0:52
Locuteur 2

Je vous fais allusion à la proposition de loi d'abrogation à la réforme des retraites qui devait, j'ai envie d'employer le passé, de débattu à l'Assemblée le jeudi, parce qu'on a compris que l'exécutif et la présidente de l'Assemblée entendaient considérer ce texte comme inconstitutionnel, parce qu'il prévoit des charges financières très lourdes qui ne sont pas compensées.

1:09
Locuteur 1

Mais remettons-nous un peu les idées au clair. Je le redis, ce texte-là, aujourd'hui, le sujet de cette semaine, à l'Assemblée nationale, n'est pas tant les 60, 62 ou 64 ans. Le sujet, c'est le rapport à notre démocratie. Je pense que ce texte-là, parce qu'il a été adopté dans des conditions épouvantables, est un texte empoisonné pour notre démocratie. Vous le disiez à l'instant, nous avons aujourd'hui une rupture totale avec tous nos principes démocratiques et parlementaires. Depuis quand la présidente de l'Assemblée nationale peut-elle, par avance, considérer qu'un texte n'est pas constitutionnel ?

C'est son rôle, l'article 40 de la Constitution dit que les amendements ou propositions qui rajoutent des charges financières ne sont pas possibles. Pardonnez-moi de vous dire que vous vous trompez totalement, et peut-être faites-vous partie de ceux... On va relire l'article 40 ensemble, Aurélien Pradier. Je le connais bien.

1:51
Locuteur 2

Les propositions et amendements formulées par les membres du Parlement ne sont pas recevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence une aggravation de la charge publique.

1:59
Locuteur 1

Et figurez-vous que ce texte-là... Non, vous vous trompez, totalement. D'abord, je vous le dis très sereinement, je pense que vous faites partie de ceux qui s'habituent à un mode dégradé de notre démocratie. Ou alors vous faites partie de ceux qui ne veulent pas respecter notre règle, notre Constitution. Le torpillage démocratique est en train de nous coûter. Alors remettons-nous les idées au clair. Non, la présidente de l'Assemblée nationale, qui représente le pouvoir législatif, n'a pas à évaluer de la constitutionnalité par avance ou pas d'un texte. Cette fonction-là, de dire si un texte est constitutionnel ou pas, elle revient au Conseil constitutionnel, à personne d'autre.

Et s'habituer à cette dislocation, y compris de la séparation des pouvoirs, je vous le dis comme je le pense, c'est grave.

2:40
Locuteur 2

Quant à l'article 40, je reviens, il nous faut être clair.

2:46
Locuteur 1

Sur l'article 40, l'article 40 que vous avez lu, que je connais bien pour le pratiquer comme parlementaire depuis 6 ans, il indique qu'une proposition de loi doit être gagée. C'est-à-dire qu'elle doit avoir une ressource. Il se trouve que ce texte-là est gagé par une recette, qui est une recette que nous mettons tous sur nos propositions de loi, qui est celle de la taxe sûre. Mais jamais pour compenser 15 milliards. Mais bien sûr que si. Et d'ailleurs, je ne vous ai pas trouvé aussi indigné, lorsqu'il y a quelques semaines, la majorité a fait voter une proposition de loi à l'Assemblée nationale, qui a coûté plusieurs milliards d'euros sur la question du bien vieillir.

À cette époque-là, personne n'a hurlé au loup en fonction de l'article 40. Mais disons les choses simplement. Je pense que, vous comme moi, que l'on soit favorable ou pas, parmi les téléspectateurs, à la réforme des retraites, nous devons nous inquiéter du rapport extrêmement dégradé que nous avons à notre démocratie. Lorsque la présidente de l'Assemblée nationale, lorsque des parlementaires de la majorité, aujourd'hui, si la branche sur laquelle nous sommes assis, celle du devoir de voter, nous avons un problème dans notre pays, allons au vote jeudi. Quelle est cette démocratie parlementaire dans laquelle on refuserait tout simplement de voter ?

Et le Conseil constitutionnel fera son œuvre ensuite. Voilà ce que nous demandons. Pouvoir voter, c'était quand même pas exceptionnel dans une démocratie parlementaire.

4:05
Locuteur 2

Vous êtes aussi le représentant, l'héritier, je ne sais pas peut-être, d'une famille politique qui est très attachée à l'équilibre de nos finances publiques. Et je le suis. À la maîtrise de la dette. On est dans une situation, vous l'avez vu, où certes l'agence Standard & Poor's dit « On maintient la note de la France », mais tout en disant « La perspective est négative ». Le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, s'est chiné à rassurer en disant « On va sortir de manière définitive de quoi qu'il en coûte, mais on ne fera pas pour autant d'austérité ». Est-ce que cette question de l'équilibre des finances, qui est apportée en partie par cette réforme, n'est pas un sujet essentiel ?

4:36
Locuteur 1

Il y a une erreur dans ce que vous dites. C'est que cette réforme-là n'est pas financièrement efficace. Je vais vous donner un chiffre dont personne ne parle. Savez-vous combien nous consacrons chaque année dans notre pays aux pensions d'invalidité ? 8 milliards d'euros. Vous m'entendez ? 8 milliards d'euros. C'est une dépense publique considérable. Ces pensions d'invalidité, elles viennent couvrir celles et ceux qui ont commencé à travailler très tôt, avant 21 ans pour la plupart d'entre eux, et qui ne peuvent pas, pour des raisons physiques, lorsque vous avez travaillé toute votre vie à l'extérieur par exemple, aller jusqu'à 64 ans.

Demain, la réforme des retraites, telle qu'elle a été bricolée, parce qu'elle est totalement bricolée, elle ne va faire qu'augmenter un certain nombre de dépenses.

5:13
Locuteur 2

Moi, ce à quoi je crois, c'est qu'elle a été modifiée de ce point de vue-là. Pas simplement aux yeux, mais elle a été modifiée.

5:20
Locuteur 1

Il se trouve qu'agir sur les carrières longues, c'est faire en sorte d'avoir moins de dépenses indues sur les pensions d'invalidité. Il y a un problème dans cette réforme des retraites, c'est qu'elle est injuste. Elle ne traite pas le cœur du sujet. Moi, je suis favorable à une réforme des retraites. J'ai d'ailleurs proposé que nous travaillions principalement sur la durée de cotisation, plutôt que sur l'âge légal. Personne ne croit, pas même le Président de la République, puisqu'il l'avait dit il y a quelques années, au fait que reporter l'âge légal soit efficace. Les circonstances ont changé ? Non, les circonstances n'ont pas changé.

Le vrai sujet, et je vais avancer, le vrai sujet, c'est le rapport au travail. Il nous faut travailler davantage en ce pays. Si nous travaillons... Oui, je suis d'accord en théorie. En pratique, lorsque nous passons aux travaux concrets, il y a moins d'accords. Je suis favorable à ce que nous travaillions davantage, plutôt que de demander à reporter l'âge légal. Commençons à remettre au travail tous ceux qui n'y sont pas dans notre pays, à augmenter le temps de travail lorsqu'on est en bonne santé, à traiter de la question de la démographie dans notre pays. Bref, tous ces sujets qui sont bien...

Qui sont bien plus essentiels que le gadget du report de l'âge légal, qui n'a qu'une vocation, c'est s'acheter une bonne conscience de réformateur. Moi, je ne suis pas là pour m'acheter une bonne conscience. Je suis là pour réformer le pays, vraiment.

6:33
Locuteur 2

Vous disiez, il faut un vote. Alors, il peut y avoir un vote via le dépôt d'une motion de censure. Est-ce que vous, vous souhaitez le dépôt d'une motion de censure contre le gouvernement, à la suite de cet épisode de jeudi ?

6:42
Locuteur 1

Je ne pense pas que ce soit le bon moment. J'ai une opposition claire à ce gouvernement. Je l'ai fait savoir lors de la première réforme des retraites, du premier débat, parce qu'il était pour moi inacceptable qu'après avoir promis qu'il n'y aurait pas de 49-3, que nous pourrions débattre sereinement de ce sujet, le gouvernement nous ait pris pour des imbéciles et ait pris les Français pour des imbéciles. La conclusion, c'était évidemment de soutenir une motion de censure. Aujourd'hui, ce n'est pas le moment.

7:05
Locuteur 2

Donc, si vous avez des oppositions autres que vous, déposent une motion, que ce soit l'IOT, la France Insoumise, le RN, vous ne voterez aucune de ces motions de censure ?

7:12
Locuteur 1

Nous verrons dans les circonstances. D'abord, je ne suis pas sûr que les oppositions aient le souhait de déposer une motion de censure. Il faut le faire au bon moment. Je pense que c'était le bon moment lors du passage en force du gouvernement. Mais voyez-vous vraiment, je vous le dis, le torpillage de notre démocratie, auquel nous sommes en train de nous habituer, est grave. Il y aura une vie démocratique après cette réforme des retraites. Qu'est-ce qui va se passer lorsqu'une nouvelle proposition de loi arrivera ? Comme c'est le cas depuis le début de la Ve République, elle n'avait jusque-là jamais été torpillée. Elles le sont aujourd'hui. Qu'est-ce qui se passera demain au Parlement ?

Est-ce que sur tous les autres textes, il va se passer la même chose ? Est-ce que vous percevez dans le pays ce sentiment légitime qu'ont nos concitoyens que cette démocratie parlementaire, elle ne fonctionne plus ? Tout ça, c'est un sentiment extrêmement grave dont Emmanuel Macron lui-même devrait s'inquiéter parce qu'il y aura une vie politique et démocratique après Emmanuel Macron et la réforme des retraites.

8:01
Locuteur 2

Vous alliez lui écrire ? À quel sujet vous allez écrire au président de la République ?

8:04
Locuteur 1

Je vais lui écrire pour lui parler de sa fonction. Je ne suis pas macroniste, mais je respecte le président de la République. Il est président de la République jusqu'en 2027 et il va le rester. Mais il faut qu'Emmanuel Macron ait bien en tête que ce comportement qui consiste à fracturer les Français, à attiser aujourd'hui tous les incendies sociaux et démocratiques dans notre pays, n'est pas à la hauteur de la fonction présidentielle.

8:26
Locuteur 2

Quand fait-il ça ? Il le fait quotidiennement.

8:29
Locuteur 1

Il le fait quotidiennement lorsqu'il humilie sa première ministre. Il le fait quotidiennement lorsqu'il s'assoit. Il a souligné hier qu'il n'y avait, en l'occurrence, pas de matière. Oui, enfin, pardon. Il y a des villes de savon sans mousse. Oui, mais je ne comprends plus les phrases creuses et les images alambiquées d'Emmanuel Macron. Tout ce que je sais, c'est que depuis une semaine, sa première ministre a été humiliée. Moi, je n'ai aucune sympathie politique particulière pour Mme Borne, mais je ne considère pas, lorsqu'on est président de la République, qu'on doit passer son temps à humilier sa première ministre.

Vous voyez bien qu'il y a une dégradation continue de notre fonctionnement démocratique. Le rôle du président de la République, même si Emmanuel Macron n'est pas mon choix politique, c'est de rassembler les Français. Et un pays fracturé, comme nous le connaissons aujourd'hui, est un pays faible. Voilà ce que je vais lui écrire. Pour lui rappeler qu'au-delà de nos divergences, il a une responsabilité, c'est d'être à la hauteur de sa fonction de rassemblement. Cette forme d'immaturité politique qui consiste à aller à la castagne avec les Français, ce n'est pas à la hauteur d'un président de la République.

C'est sa responsabilité personnelle, ce n'est pas celle, par exemple, de sa première ministre ou de son gouvernement. C'est une responsabilité politique. Moi, je n'ai pas d'antipathie ou de haine particulière à l'égard d'Emmanuel Macron. Mais je pense que lui, comme président de la République, a une responsabilité. Moi, je suis stupéfait de voir qu'il y a presque chaque semaine une provocation des Français. Et Emmanuel Macron a ce goût pour la provocation permanente. Je trouve que c'est un goût assez puérile, en politique, en réalité. Et que peut-être même que c'est un goût cynique. Je ne sais pas si tout cela n'est pas fait, au fond, pour dresser une partie des Français contre les autres.

Vous savez, le fameux camp de la raison contre le camp des désespérés. Attention à ce que le camp des désespérés ne devienne pas majoritaire dans notre pays. Et la responsabilité de la droite républicaine, elle est de reparler à cette France désespérée, à cette France des travailleurs, à tous ceux qui sont punis par cette réforme des retraites injustes, à tous ceux qui veulent que notre pays se redresse, à ces Français travailleurs et humbles auxquels nous ne parlons plus.

10:17
Locuteur 2

Mais quelle droite aurait-il impradier ? Parce que je pense que quand on dit les républicains, on est bien inspirés d'employer le pluriel, il y a des républicains très différents au sein de votre parti. Il y a encore quelques jours, même sur cet épisode des retraites, vu de l'extérieur, c'est assez saisissant, votre parti a décidé de substituer certains députés au sein de cette commission qui devait justement se pencher sur l'abrogation de la réforme des retraites. Il y a un contre-gouvernement qui a été mis en place par Éric Ciotti avec des personnalités de LR. Vous, vous n'êtes pas dedans. Parce que vous n'avez pas voulu ? Parce qu'on ne vous l'a pas proposé ?

Parce que vous êtes personne de la non grata maintenant de votre propre famille ?

10:48
Locuteur 1

Je ne me sens absolument pas isolé. Pour tout vous dire, depuis cet épisode de la réforme des retraites, je vois dans ma propre famille politique, mais au-delà, auprès des Français, puisque c'est probablement le plus important, toutes celles et ceux qui ne voyaient plus cette droite respectueuse des Français humbles, des travailleurs, retrouver un peu de force. Nous avons fait moins de 5% la dernière élection présidentielle. Vous imaginez bien qu'on ne passe pas de 4 et quelques pourcents à plus de 50% sans un peu de grabuge. Il faut que la droite se remette la tête à l'endroit. Il faut du grabuge pour remonter la pente. Bien sûr, il faut tout remettre à plat.

Et forcément, lorsque vous remettez les choses à plat, il y a un peu d'agitation. Puis, il faut retrouver un goût. Le goût du tempérament. Il ne veut pas y avoir que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen qui aient du tempérament dans ce pays. Vous trouvez votre famille trop tiède ? Je pense qu'il nous faut, à droite, retrouver le goût du tempérament. Que dans une période où il y a tant de combats essentiels à mener pour notre pays, il n'y a pas de place pour ceux qui seraient tièdes. Il faut un peu de force et de tempérament. La droite a toujours eu une diversité. Je pense qu'aujourd'hui, la droite doit redevenir le parti des travailleurs. Ce que nous ne sommes plus depuis bien longtemps.

Le parti de la jeunesse, à laquelle nous ne parlons plus depuis des années. En le faisant sur des sujets très concrets. Les salaires, l'immigration, mais aussi l'environnement, l'éducation. Tous ces sujets dont nous ne parlons plus. Et on peut me reprocher beaucoup de choses depuis quelques mois et quelques années. Et vos camarades le font, en l'occurrence ? Oui, et ils ont raison. Et ce n'est pas très grave. Je les aime autant qu'ils m'aiment. Mais en revanche, nous avons, et j'ai souvent ouvert des sujets qui jusque-là étaient des sujets dont nous avions peur et qui pourtant sont au cœur de la vie des Français.

12:14
Locuteur 2

Vous dites tempérament. Quand on regarde ce que dit Bruno Retailleau, et l'allusion est assez transparente, qu'est le président des sénateurs républicains, il dit que certains prennent systématiquement le contre-pied pour leur gloriole personnelle. Ils ne voient pas du tempérament, ils voient de la gloriole personnelle.

12:27
Locuteur 1

Je ne pense pas que Bruno Retailleau parle de moi. Il peut parler sûrement de certains de ses amis. Il a raison. Il y a une chose à laquelle je ne crois pas. C'est la droite doloriste. Vous savez, la droite qui aime faire mal. Il s'est installé une idée curieuse à droite depuis quelques années, selon laquelle le courage politique se mesurerait à l'injustice qu'on infligerait aux Français. De l'ariste comme la douleur. Comme la douleur. Eh bien moi, je ne crois pas à une droite de la douleur. Je crois à une droite de l'effort. Qui sait être juste, y compris avec les Français les plus modestes.

Mais je suis certain que je finirai par convaincre, y compris Bruno Retailleau, que c'est le chemin qui nous a fait gagner par le passé et qui nous fera gagner demain.

13:02
Locuteur 2

Mais alors, dans l'intervalle, parce que les prochaines grandes élections à ce stade, c'est la présidentielle en 2027, il y a quand même un pays, il y a quand même des Français qui ont un quotidien. Votre famille politique, elle a aussi été agitée par la question de comment se comporter avec le pouvoir en place, avec le président de la République, dont vous parliez à l'instant. Il y a quelques jours, il y a des députés, les Républicains, qui sont allés dîner avec Franck Riester, le ministre chargé des Relations avec le Parlement. Vous ne vous y étiez pas ?

13:25
Locuteur 1

Non.

13:25
Locuteur 2

Parce que vous ne voulez pas ? Parce qu'on ne vous invite pas ? Parce que ça ne vous intéresse pas de dialoguer avec le gouvernement ?

13:30
Locuteur 1

Je dialogue au sein de l'Assemblée nationale. Je suis un parlementaire. Je représente une partie du pouvoir législatif. Il représente le pouvoir exécutif. Et puis, je ne suis pas macroniste. Enfin, excusez-moi, je ne suis pas macroniste.

13:39
Locuteur 2

Il y avait, je crois, une de vos anciens soutiens ou de vos amis actuels, Valérie Bazin, par exemple. Elle est avec vous dans la course de la présidence.

13:44
Locuteur 1

Elle est avec beaucoup de mes amis politiques. Ce n'est pas le sujet. Chacun est libre d'aller dîner avec qui il veut. Moi, je vous avoue que je n'ai pas très envie d'aller dîner avec Franck Riester. Mais surtout, je veux le dire plus sincèrement, un peu de clarté dans notre vie politique et démocratique ne ferait pas de mal. On a le droit d'être macroniste. Ce n'est pas un problème. On a aussi le droit de ne pas l'être. Et ces petits dîners cachés, ces petites dragues au fond du couloir, je trouve cela détestable. Je vous le dis comme je le pense. Que chacun assume avec qui il dîne. Que les ministres assument de dragouiller et que des parlementaires assument de se faire dragouiller.

Je pense qu'on est un peu moins dragué quand on considère qu'il n'y a pas de discussion possible. Tout ça, ce n'est pas qu'une question d'attitude. À force de faire sauter tous les clivages politiques, à force de faire blanc bonnet et bonnet blanc, les seuls repères qui restent dans le paysage politique sont les extrêmes. Et si je me bats, c'est pour que nous n'abandonnions pas la parole des Français les plus modestes à Marine Le Pen et à Jean-Luc Mélenchon.

14:38
Locuteur 2

Pour ça, il faut un peu de clarté. Aurélien Pradié, la clarté, qu'est-ce que ça veut dire ? Demain, il y a un vote solennel à l'Assemblée sur la loi de programmation militaire. C'est une loi proposée par le gouvernement, mais qui propose une augmentation des crédits de l'armée. On est à un peu plus de 400 milliards sur 7 ans. Là, vous dites je vote contre ou je m'abstiens parce que je suis dans l'opposition ou je vote pour parce que c'est une bonne loi ?

14:57
Locuteur 1

Je voterai cette loi. C'est une loi positive. Nous aurions pu aller beaucoup plus loin. C'est une certitude. D'ailleurs, notre groupe a fait des propositions. Mais enfin, quelle serait cette position que nous aurions de priver nos armées, nos armées, dont nous avons, vous le savez, particulièrement besoin aujourd'hui, qui fait partie de la souveraineté de notre nation, de les priver de moyens supplémentaires ? Ce n'est pas aussi clair dans votre famille politique. Votre président groupe

15:18
Locuteur 2

Olivier Marlex

15:19
Locuteur 1

dit abstention jusque-là, si j'ai bien compris. Je n'en sais rien. Je suis un grand garçon. J'ai repris un peu de liberté et franchement, je pense que nos téléspectateurs ne comprendraient pas une seule seconde que sur un sujet aussi important que nos armées, nous n'avancions pas dans le sens de l'intérêt national. Aussi important, les républicains ne parleront pas d'une seule voix. Là encore, on aura des voix différentes. Ce n'est pas certain. Nous allons avoir une discussion et je pense que nous arriverons sur une position commune.

Enfin, il aurait mieux valu être un peu plus exigeant sur la réforme des retraites dont tout le monde sait aujourd'hui qu'elle est injuste, mal préparée, mal ficelée et que nous le soyons. Que nous soyons simplement plus à la hauteur du défi national sur la question de nos armées.

15:55
Locuteur 2

Vous parliez de l'immigration il y a un instant. Ça va aussi être un des enjeux importants des mois à venir. Ça en est un aujourd'hui mais ça va n'être un sur le plan parlementaire puisqu'il y a des textes en préparation du côté des républicains comme du gouvernement. Est-ce que vous vous êtes prêts là par exemple, comme vous venez de le dire sur la loi de programmation l'immigration illégale ?

16:15
Locuteur 1

Je ne me laisserai pas endormir par le gouvernement. Certains ont peut-être eu cette expérience. En tous les cas, je ne me laisserai pas bercer. C'est clair. Je ne l'ai pas fait sur les retraites. Je ne vais pas le faire sur ce sujet. Et donc les républicains ont avancé des positions. Elles sont très claires. Réforme constitutionnelle. Je souhaitais d'ailleurs que nous ayons un référendum parce qu'il faut redonner la parole aux Français sur ce sujet et ensuite des mesures très fortes sur la politique migratoire.

16:38
Locuteur 2

Et déroger au droit européen ce qui pour un parti qui a toujours été pro-européen Frexit ?

16:43
Locuteur 1

Non, pas tout à fait. En tous les cas, pour moi, ce n'est peut-être pas le sujet prioritaire. Le sujet prioritaire, c'est comment nous reprenons la main, notamment sur une immigration qui est l'immigration liée au travail. Et nous avons fait une proposition avec plusieurs de mes collègues qui est en train de faire son chemin d'ailleurs qui a perturbé au début mais qui aujourd'hui progresse. Moi, je crois que le travail est une bonne manière d'intégrer. Nous l'avons vu sur beaucoup de populations depuis des années. Le travail est une bonne voie d'intégration avec eux. Vous êtes d'accord avec l'idée qu'il y ait des titres de séjour sur les métiers en tension ?

Non, parce qu'aujourd'hui, tous les métiers sont en tension. Qu'appliquer des quotas sur les métiers en tension reviendrait à avoir un volume minimal d'immigration sur tous les secteurs d'activité. En revanche, je crois à autre chose qui est l'instauration d'un salaire minimal par secteur d'activité. Comme le fait le Danemark. Nous avons aujourd'hui en France une immigration du travail subie, bassement qualifiée, qui tire vers le bas nos salaires. Passons à une immigration choisie qui tire les salaires vers le haut.

C'est le salaire minimum imposé dans chaque secteur d'activité qui nous permettrait de mieux sélectionner celles et ceux que nous accueillons et de leur permettre, par ailleurs, de ne pas avoir besoin de l'assistance sociale et d'avoir un revenu qui leur donne une pleine autonomie. Nous avons fait cette proposition avec plusieurs de mes collègues il y a quelques semaines. Nous allons voir

17:50
Locuteur 2

si elle permet d'avancer. Certains accords avec certains pays comme l'accord de 68 avec l'Algérie. C'est l'ancien Premier ministre Edouard Philippe qu'il propose chez nos confrères de l'Express. Qu'est-ce que vous dites ?

17:59
Locuteur 1

Nous l'avons proposé depuis des années. Pierre-Henri Dumont, mon collègue député, le proposait dès il y a presque six ans lorsqu'il avait travaillé sur ce sujet. Edouard Philippe est curieusement un meilleur observateur qu'un meilleur acteur. La retraite lui fait du bien. Je pense qu'il faut qu'il reste à la retraite. Cette proposition qu'il fait est une bonne proposition. Nous l'avions toujours faite et nous la défendrons. Maintenant, il faut l'expliquer au président de la République qui manifestement n'est pas tout à fait de cet avis.

18:21
Locuteur 2

Et le débat va se poursuivre. Merci beaucoup, Aurélien Puyé, d'avoir été l'invité de LCI ce matin. Merci à tous.