"Macron revoit à la baisse toutes nos ambitions" | Clémence Guetté (France Insoumise)
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Je ne veux plus mentir.
Bienvenue dans Face à l'urgence, l'émission du Média qui invite les représentants politiques à parler d'écologie et du climat. Alors que le 28 février, le GIEC publie un nouveau rapport, celui du groupe 2, le sujet n'a toujours pas à percer ni dans les médias ni dans la campagne présidentielle, laissant penser que de nombreux responsables politiques, notamment au pouvoir, n'ont toujours pas compris la gravité et l'urgence dans laquelle nous nous trouvons. Pour en discuter, nous recevons Clémence Guettet de la France Insoumise. Bonjour Clémence Guettet. Bonjour. Alors Clémence Guettet, vous êtes la secrétaire générale du groupe de la France Insoumise à l'Assemblée nationale.
Surtout, vous êtes la coordonnatrice, la co-responsable du programme L'Avenir en commun. Vous êtes également candidate pour les prochaines législatives. Vous qui êtes passée durant vos études sur les bancs d'Agro-ParisTech, vous connaissez bien les problématiques liées à l'écologie et vous avez récemment publié le livret sur les thématiques de la planification écologique. Mais en vrai, des livrets thématiques qui abordent ces questions, vous en avez plusieurs. Vous en avez plein sur l'énergie, la mer, l'agriculture, l'outre-mer. C'est quelque chose d'assez transversal chez vous. Et c'est notamment ce qu'on va voir. Vous êtes là pour ça, pour nous expliquer et nous détailler ce programme.
Comment allez-vous ?
Ça va très bien. On est en campagne. Vous l'avez dit, on a beaucoup de documents, donc on a encore plein de travail, parce qu'il y a L'Avenir en commun qui est sorti le 18 novembre dernier, qui résume en 694 mesures les grandes lignes du programme. Et puis, il y a tous ces documents complémentaires, donc sur notre plan sur le 100% renouvelable, pour une alimentation de qualité. Il y a plein de sujets qui touchent de près ou de loin à la question écologique. Et puis, pour nous, c'est un squelette, c'est-à-dire que c'est aussi une pensée qui énerve l'ensemble du programme, y compris jusque dans la déclinaison de nos mesures sociales.
On va y venir. Je parlais en introduction du rapport du GIEC. J'aurais aussi pu parler des marches pour le climat qu'il y a eu le 12 mars. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté avec le mot d'ordre, « look up », en référence au film succès de Netflix, « Don't Look Up », qui a tant fait parler en début d'année, et qui pointe l'aveuglement des politiques et des journalistes.
Pourtant, aujourd'hui, on a l'impression que le sujet ne s'est toujours pas imposé et que, bon, pas forcément que la France insoumise, mais que vous, la France insoumise, ainsi que les autres partis de gauche, comme Europe Écologie Les Verts, comme l'ENPA, par exemple, etc., vous avez échoué, finalement, à mettre à l'ordre du jour cette question.
Je pense qu'il y a une responsabilité qui est quand même, et avant tout, celle des gens qui nous dirigent, et notamment depuis cinq ans, celle de Macron. Peut-être que, dans vos questions, on va revenir sur son bilan précis, mais je pense qu'il porte deux fois pour une action climatique.
Et malgré cela, on n'arrive pas aujourd'hui à…
Et malgré cela, on n'arrive pas. Il a été aussi condamné une fois pour non-respect des normes sur la pollution de l'air. Il a un bilan qui est extrêmement lourd. Et puis après, il y a aussi une responsabilité des médias. Donc là, je ne pointe pas le vôtre spécialement, mais c'est 2,7 % du temps d'antenne dans cette présidentielle qui est consacrée aux questions écologiques. Donc je ne crois pas que la culpabilité ou la responsabilité principale soit la nôtre. Donc je conteste un petit peu cette…
Et comment ça se fait qu'aujourd'hui, on n'y arrive pas ? Enfin, je veux dire, on le voit…
Parce qu'ils n'y ont aucun intérêt. Parce qu'on vit dans un monde qui est dirigé par un système économique qui est celui du capitalisme financiarisé, et qu'ils n'ont absolument aucun intérêt à ce qu'il y ait une prise de conscience de l'urgence écologique au sens large, qui pourtant a bien lieu dans la population, mais qui mène à des vraies réponses politiques. Ils ne comptent pas le mettre en œuvre. Donc évidemment, ce n'est pas le sujet qui le ressasse à longueur d'intervention.
Ils sont plus à l'aise pour parler sécurité et immigration, mettre ce type de thème nauséabond dans le débat public, plutôt que pour dire, regardez notre bilan sur la question écologique, et voilà ce qu'on va faire, parce que c'est maintenant qu'il faut agir. Donc non, je ne suis pas d'accord avec vous, et par ailleurs, vous l'avez dit dans votre introduction, on a beaucoup travaillé sur ces questions-là, notamment avec les associations qui ont la plus grande expertise sur le sujet. On ne prétend pas l'avoir, nous, en notre nom propre.
On ne va pas se mentir, Clémence Gaîté, c'est vrai, les thématiques de l'écologie et du climat, elles sont au cœur de votre programme, de la France Insoumise, et même elles sont présentes tout au long du programme. De toute façon, en réalité, il faudrait soit ne pas avoir lu votre programme, soit être de très mauvaise foi pour dire le contraire, évidemment, mais il reste à déterminer si vos propositions et les solutions que vous avancez sont les bonnes. Mais que s'est-il passé exactement, justement, ces dernières années ? Comment vous en êtes arrivés à structurer votre programme autour de ces enjeux ? Comment vous en êtes arrivés à considérer autant l'écologie dans votre projet ?
Votre question est bonne, parce que c'est vrai que nous, on vient d'une histoire longue, qui est celle de la gauche radicale, qui n'a pas toujours eu conscience de l'impératif climatique et de la centralité de la question écologique. Il n'empêche qu'à la France Insoumise, et en reprenant là aussi une histoire plus ou moins longue, ça fait un certain temps qu'on a largement intégré tous ces questionnements. En 2012, Jean-Luc Mélenchon parlait d'éco-socialisme. Ça tenait déjà ces deux bouts de la question de la justice sociale avec l'impératif écologique.
Aujourd'hui, en 2022, vous dites toujours éco-socialiste.
On n'utilise plus ce terme exactement, mais je trouve que c'est un concept qui est quand même intéressant, justement pour le fait qu'il combine ces deux notions-là.
Pourquoi vous ne l'utilisez plus alors ?
C'est une évolution sémantique, mais honnêtement, c'est un terme qui est intéressant. Après, il y a d'autres notions qui ont fait éruption dans le débat public, par exemple l'éco-féminisme, qui est un concept qui n'existait pas non plus à l'époque et qui a son intérêt aujourd'hui pour lier d'autres questions, justement, féminisme, écologie.
Qui existait, mais qui n'était pas sur le devant de la scène.
Oui, Françoise d'Aubonne, d'accord, mais en tout cas, ça a été largement popularisé depuis. Et 2017, le programme était déjà quand même très ambitieux sur le plan écologique. J'imagine que vous l'aviez lu ou que vous l'avez lu. Et il est vrai que cette fois-ci, il l'est encore plus parce que Macron nous a fait perdre 5 ans, qu'on ne peut plus attendre et qu'il va falloir… Nous, on parle de bifurcation pour justement dénoter de cette urgence, de cet impératif de changer énormément de choses dans nos modes de production, dans nos modes de consommation.
On ne peut plus se contenter de parler de transition aujourd'hui.
Oui, et puis voilà, de petits pas, de petites mesures, des gestes individuels, de tout ce qui nous ont mis aussi dans la tête de responsabilité sur les gens. Je crois qu'on a quand même vécu entre-temps le mouvement des Gilets jaunes, qui a montré à quel point on ne peut pas mener une politique écologique contre les gens dans le pays. Il va falloir absolument avoir à cœur de faire payer pour nous ceux qui sont responsables, c'est-à-dire les très riches et les multinationales. Il y a des rapports éloquents qui sont sortis sur ces sujets, ces dernières semaines.
Exactement, là-dessus, vous me parlez des très riches et des multinationales, mais le sujet, est-ce que ce n'est pas aussi le capitalisme, le capitalisme qui détruit la nature ?
Oui, je vous l'ai dit, on est dans un système, le capitalisme général, qui nous a imposé ces règles de court-termisme, d'échanges généralisés, qui de fait nous font dépasser, le jour du dépassement, je crois qu'en 2021, c'était fin du mois de juillet, il y a quelques années encore, c'était à la fin de l'année. Donc on sait qu'on dépasse les limites planétaires dans la façon dont on consomme et dont on produit. Peut-être qu'on va venir à la règle verte, mais c'est pour ça que la règle verte, c'est au centre du programme.
Mais justement, vous écrivez dans votre programme qu'il faut s'adapter au système de la nature, qu'est-ce que ça signifie ?
Ça signifie qu'il faut prendre conscience que là, on est entré dans une ère d'incertitude écologique majeure, et ce n'est pas se faire peur que dire des choses comme ça. C'est-à-dire qu'on sait que les phénomènes climatiques extrêmes, ils vont se multiplier, ils vont être d'une ampleur de plus en plus grave. On sait qu'on est entré dans la sixième extinction de masse des espèces du vivant. On sait que la masse des objets produits par les êtres humains va être trois à quatre fois supérieure à la masse du vivant, je crois que c'est en 2050. Donc là, on est dans une situation dont il faut prendre l'ampleur, la mesure, la gravité.
Et par ailleurs, il faut donc, c'est ce que je vous disais, bifurquer. Et nous, le concept de règle verte, je le détaille parce que…
Oui, parce que c'est l'une de vos mesures phares. Vous voulez l'inscrire dans la Constitution.
Règle verte dans la Constitution, ça veut dire qu'on ne prélève pas davantage à la nature que ce qu'elle ne peut reconstituer et on ne produit pas davantage de déchets que ce qu'on ne peut absorber, traiter, recycler, etc. C'est un concept qui peut-être peut paraître abstrait, mais qui a des implications sur, ensuite, l'ensemble du programme et l'ensemble de nos mesures, qui a des implications dans tous les secteurs, transport, agriculture, logement, on va y venir, j'imagine, dans la discussion. Mais voilà, de bifurcations de grande échelle et qui se fait avec les gens et pas contre les gens.
Justement, par rapport à ça, vous proposez l'harmonie des êtres humains entre eux et avec la nature comme vision du monde. Un écologue, il vous dirait que, justement, l'humain, il fait partie de la nature. Pourquoi l'en détacher ?
C'est vrai, c'est assez juste. C'est une référence aussi à une citation qu'on avait trouvée assez belle des travaux du baron d'Holbach. On a eu une discussion avec Jean-Luc Mélenchon et on a mis cette formule. C'est vrai que l'humain fait partie du vivant, de la nature. C'est aussi une façon pour nous de mettre l'accent, quand même, sur l'opération de détachement qui a été faite, quand même, beaucoup dans la pensée contemporaine, notamment notre traitement vis-à-vis des animaux. Peut-être que là aussi, on va y revenir.
Mais peut-être que c'est une pensée occidentale, parce qu'on sait que les peuples autochtones ont une approche quand même différente.
C'est très juste, mais c'est vrai qu'on sort de deux ans de pandémie qui a été générée par une zoonose. On voit ce qui se passe en ce moment avec la grippe aviaire. On sait qu'on va connaître d'autres pandémies. Ça a quand même largement impacté, vraiment profondément, nos modes de vie. Et donc, c'est une formule qui vise à remettre dans son ensemble ce détachement qui a été opéré par ailleurs.
– Alors, pour entrer dans le vif du sujet de votre programme, de son esprit, de sa logique, vous dites, pour réussir cette bifurcation écologique, il nous faut une stratégie. Cette stratégie, c'est la planification écologique. Avant vous, dans cette émission, dans Face à l'urgence, j'ai reçu des candidats à l'élection présidentielle, notamment Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, ou encore, bon, Anaskazip, qui malheureusement n'a pas eu les parrainages. On a discuté de la planification. Les trois m'ont répété une chose, qu'on ne pouvait pas aborder ce sujet sans parler de la propriété privée. Sinon, on sera toujours confronté à ces mêmes intérêts privés.
On ne peut pas planifier à la place de Total ou de Lafarge. Alors, je vous pose la question, comment peut-on assurer le contrôle public ? Comment peut-on planifier sans socialiser l'économie et sans exproprier ?
Ce sera nécessaire pour une partie. C'est d'ailleurs pour ça que nous, on propose la création de pôles publics sur un certain nombre de sujets, notamment le sujet de l'énergie. Mais quand on voit que Macron…
Donc, il y aura une expropriation privée.
Macron a fait tout l'inverse. Il y aura aussi des droits de réquisition. Il y aura aussi, par exemple, on va peut-être parler de la forêt. Mais de fait, oui, il va falloir jouer sur la propriété privée.
Philippe Poutou, quand il était face à moi, vous le connaissez bien d'ailleurs, puisque vous avez mené campagne avec lui lors des régionales, il me disait sur ce plateau, « Celui qui possède a le pouvoir, et c'est donc celui qui possède qui a le pouvoir de planifier l'économie. » Vous êtes d'accord avec cette phrase ?
Oui, en partie. Après, je ne suis pas là pour… Je vais vous parler de notre programme, et pas celui du NPA, si vous le permettez.
Ce que je veux dire, c'est que peut-être que…
Je vais juste finir mon idée, parce que sinon, je n'y arriverai pas. Pour finir sur l'idée, le bilan de Macron, par exemple, sur la question des pôles publics. Le bilan de Macron, c'est la tentative de faire… Le projet Hercule, sur le plan énergétique, c'est la tentative de privatiser la SNCF. Donc, de fait, évidemment, il va falloir revenir sur tout ça, et pouvoir maîtriser collectivement et démocratiquement, et donc par une possession de l'État, pour ce qui est des grands chantiers à mettre en œuvre, ces pôles publics sur le transport.
Si on veut faire du fret, si on veut en finir avec le tour routier, de fait, il va falloir posséder la SNCF en entier, pouvoir agir sur cette question du fret et du transport individuel de personnes. Il en est de même pour la question énergétique. On ne peut pas donner au privé tout ce qui est rentable, où on a mis de l'investissement public pendant des années, je pense par exemple à l'hydraulique et avec les barrages, et garder dans l'État tout ce qui coûte très cher, et qui, de fait, va provoquer des déséquilibres énormes, notamment sur les factures des gens, avec l'histoire de la péréquation tarifaire qui va être mise à mal.
Ça veut dire, pour le dire beaucoup plus simplement, ça veut dire le système qui nous promette, vous habiterez loin d'une centrale, puisque eux, c'est le tout nucléaire qui propose, vous paierez beaucoup plus cher que si vous habitez à côté. C'est à ça qu'on va à long terme. On voit en ce moment la galère des gens avec le prix du gaz, de l'essence et des moyens de se chauffer aussi pour bon nombre de nos co-citoyens et concitoyennes. On sait que ce problème va être accru si jamais on ne reprend pas le pouvoir sur ces pôles publics dont je vous parlais.
Mais justement, pourquoi je parle de, pourquoi je reviens sur ce qu'ils m'ont dit ? Parce que peut-être, par exemple, Philippe Poutou pointait du doigt, c'était peut-être l'absence de substance, de contenu qui fasse consensus derrière la planification. Parce qu'aujourd'hui, tout le monde, ils sont nombreux à parler de planification, d'Europe Écologie, les Verts, ou même au Parti Socialiste. On est d'ailleurs assez content
d'avoir gagné cette bataille des idées.
Même aujourd'hui, le Parti Socialiste, on parle également. Oui, puisqu'il y a le pouvoir également, puisqu'il y a un haut plan au commissariat en exercice.
C'est dommage qu'ils utilisent le mot, mais qu'ils ne le fassent pas.
Il y a ce haut plan. Et même vous, vous le rappelez d'ailleurs, dans votre livret, les multinationales aussi planifient, mais pas forcément dans l'intérêt commun.
Bien sûr, bien sûr que non. Non, la planification, nous, ça veut dire, un, en respectant la règle verte, c'est la déclinaison. Une fois qu'on a dit règle verte, d'accord, mais comment on fait ? En planifiant. En planifiant avec l'État et avec les communes, notamment, qui seront à un échelon très important. Donc, on a sorti un plan sur cette question, justement, de la planification, pour montrer comment, à partir d'un conseil à la planification écologique, on déclinera jusqu'à des consultations faites au plus près des citoyens. Au niveau local, donc.
Au niveau local, au niveau communal, principalement, parce qu'on pense que c'est l'échelon qui est adapté pour avoir des débats, en fait, de proximité, ou des visites, aller visiter concrètement, qu'est-ce que c'est ?
Donc, c'est la commune qui planifie ?
C'est la commune, c'est le conseil à la planification écologique qui organise des consultations, qui seront menées au niveau communal, qui ensuite remontent, c'est un peu le format cahier de doléances, en vérité, et ensuite, on fera des lois de planification à partir de 2023 pour qu'elles soient déclinées et appliquées.
Donc, ça signifie que vous allez commencer par une grande enquête, une étude, un état des lieux du pays pour évaluer les besoins, savoir exactement comment identifier les gaspillages, comment ça se passe, savoir aussi, peut-être, mettre en place aussi des plans de relocalisation.
Et puis, commencer à avoir des débats citoyens. On peut être très éloigné de ces enjeux et de ces questions dans son quotidien. Et donc, il s'agit aussi de pouvoir expliquer, de pouvoir, je ne sais pas, pour prendre un exemple très concret, qu'est-ce qu'une régie publique de l'eau dans ma commune, ça change pour moi ? Si jamais on ne prend pas le temps d'avoir cette discussion ensemble, on ne le sait pas nécessairement. Mais je reviens sur quelque chose. Je vous ai dit, loi de planification en 2023, le temps que ces consultations se fassent. Mais dès notre arrivée au pouvoir, 2022, des mesures d'urgence, quand même. Parce qu'il y a des choses qu'on peut faire sans attendre.
Il y a des choses qu'on peut faire tout de suite. Par exemple, je ne sais pas, pour vous prendre un exemple, on peut mettre tout de suite un ISF avec une composante climatique. On peut faire tout de suite un moratoire sur les lignes de train sans attendre la consultation pour savoir depuis 30 ans quelles gares ont été fermées, quelles lignes seraient nécessaires pour que les gens puissent se déplacer correctement. Il y a des choses qu'on peut faire vraiment sans attendre. Et on le fera, bien sûr.
Et on n'a pas besoin de réorganiser l'État pour y parvenir ?
En partie. En partie, évidemment, parce qu'ils ont aussi dépecé beaucoup d'opérateurs publics. On a vu, pendant le mandat, malheureusement, à chaque budget, ils faisaient voter des baisses pour le ministère de la Transition écologique, notamment. Mais il y a aussi tous les opérateurs de proximité, de recherche et d'information. Je pense, par exemple, à l'ONF, pour ce qui est de la question de la forestière, mais aussi l'hygiène, parce que comment on fait si jamais on n'a pas de données ? Comment on fait sans Météo France ? Parce que là, ils ont supprimé des postes en veux-tu en voilà.
Alors que comment on fait pour les aléas climatiques, pour les connaître, si on n'a plus d'expertise météorologique, alors qu'on était extrêmement bon sur la question ? On l'est toujours par l'implication des agents. Mais de fait, il va falloir remettre des postes, beaucoup dans ce cas.
Tout cela, c'est justement ce que va financer les 200 milliards d'euros d'investissement écologique et social que vous prévoyez ?
Notamment, alors peut-être pour reprendre dans l'ordre, les 200 milliards, c'est sur le quinquennat. Alors déjà, c'est assez amusant parce que la dernière fois, on proposait moins et on avait les hauts cris. Mais c'est impossible, M. Mélenchon, vous allez nous ruiner, on ne peut pas investir autant, etc. Entre-temps est passée la pandémie. Macron s'est quand même rendu compte qu'il fallait investir. Bon, ça a été pour sauver les entreprises. Et on sait le dévoiement des aides publiques qui ont pu être faites à ce moment-là. Il n'empêche que maintenant, l'idée d'un plan d'investissement écologique, elle choque moins et on continue à la porter. C'est 200 milliards, en effet.
Dans ces 200 milliards, il y a des très gros postes de dépenses. Par exemple, il y a 93 milliards pour la transition énergétique. Il y a tout ce qui est rénovation thermique des bâtiments. Il y a des milliards pour l'agriculture. Il y a des plus petits postes de dépenses, mais qui seront quand même indispensables. Notamment, par exemple, je pense à l'adaptation de certaines grandes installations pour faire face aux aléas et aux changements climatiques qu'on va connaître. Les ponts, les barrages, enterrer les fils électriques, ce genre de choses. Donc ça, c'est 200 milliards sur le quinquennat, 45 milliards environ par an.
Alors, à l'époque du Front de Gauche, à l'époque, vous faisiez alliance avec d'autres parties dans le PCF. Vous vouliez un référendum sur le nucléaire. Aujourd'hui, vous voulez en sortir. Pourquoi ?
Parce que... Déjà, vous le dites très justement, il y avait la question d'une alliance avec le PCF qui, lui, est favorable à continuer le nucléaire. Donc, poser la question aux gens paraît l'option politique la plus juste, la plus démocratique. C'est une évidence. Là, nous ne sommes pas... Il n'y a pas un énorme débat
non plus sur le nucléaire.
Comment ?
Il n'y a pas un énorme débat sur le nucléaire aujourd'hui dans la société civile. Ce n'est pas quelque chose...
Oui, mais malheureusement, il n'empêche que celui qui est aux manettes nous a sorti il y a quelques semaines encore un grand plan pour mettre des mini-réacteurs partout et relancer le fiasco des EPR alors qu'on sait que c'est coûteux. C'est quand même six fois le budget déjà prévu. On pense que ça va continuer à augmenter. Donc, quelle était votre question initiale ?
C'est pourquoi justement avoir décidé aujourd'hui de sortir du nucléaire ? Sachant aussi que vous me dites que c'est coûteux mais ce qui peut être coûteux aussi c'est au niveau de la facture de l'électricité. On dit aussi que le nucléaire peut permettre...
C'est déjà plus cher je crois que l'éolien aujourd'hui. Le nucléaire.
Ça ne m'empêche pas une explosion du prix de l'électricité ?
Non, bien sûr que non. Et par ailleurs, quand on...
On dit que le nucléaire permet un tarif compétitif.
Oui, on dit ça. On dit aussi que ce n'est pas dangereux. Il y a quand même beaucoup de fausses idées. Sur la sortie du nucléaire, je crois que c'est devenu une nécessité pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'on arrive à un point de non-retour sur le vieillissement de nos installations. Donc de fait, maintenant c'est carénage. Maintenant c'est on arrête ou on continue et c'est ce que veut faire Macron. Donc il veut prolonger encore ces centrales qui sont vieillissantes. On sait que plus elles sont vieillissantes, plus elles sont dangereuses. Il y a des défauts de sûreté qui sont... Enfin voilà, on sait qu'il y a de nombreux incidents.
Il y a un lanceur d'alerte qui a parlé d'une politique de dissimulation de ces incidents. Au Tricastin. Au Tricastin, tout à fait. On sait que ça va être coûteux. On sait que ce ne sera pas résilient face aux changements climatiques parce qu'il y a besoin d'eau. Donc les sécheresses vont nous poser des problèmes certains. Donc voilà, il y a énormément de désavantages à continuer. Et on a le sentiment que c'est maintenant qu'il faut mettre un coup d'arrêt pour ne pas repartir pour 60-70 ans. Mais du coup,
comment on fait ? Parce que du coup, vous avez un plan de production électrique pour pallier à l'absence du nucléaire. Est-ce que vous savez comment faire ? Avec quelle énergie ? Vous avez parlé de l'éolien à l'instant. Est-ce que vous avez mesuré également la production nécessaire qu'il faudrait demain pour remplacer le nucléaire ?
Alors, c'est ce que je vous disais tout à l'heure. On travaille beaucoup avec les associations. On n'a pas la prétention nous-mêmes de savoir faire ça. Et puis par ailleurs, une fois qu'on aura les outils de l'État et du gouvernement, ça nous permettra d'affiner ça. Il y a plusieurs scénarios qu'on a retenus pour se baser, pour faire nos propositions. Négawatt est le seul scénario de RTE qui était favorable à la sortie du nucléaire. Je crois que c'était le sixième, le dernier, qui n'a d'ailleurs pas été beaucoup présenté contrairement aux autres. RTE qui est donc une agence de l'État qui dit que c'est possible.
Et en effet, le but, c'est de sortir du nucléaire le plus vite possible avant 2045, si c'est possible, le plus vite possible. Donc en y mettant les moyens, en travaillant avec les sous-traitants du nucléaire, j'insiste là-dessus, ça participe à la dangerosité du système tel qu'il est exploité aujourd'hui. Vous avez parfois 50 sous-traitants de 50 boîtes différentes qui interviennent sur une même installation. Et heureusement que ces gens sont extrêmement compétents, extrêmement qualifiés et investis dans leur travail parce que la sûreté repose sur leurs épaules.
Donc on ne le fera surtout pas sans eux, on le fera bien avec eux parce qu'ils seront indispensables pour démanteler ces installations. On est en contact avec des associations de sous-traitants du nucléaire, c'est vraiment un combat qui est important pour nous parce que justement ce n'est pas contre la filière nucléaire, contre les emplois qu'on fait cette proposition et on pense en plus qu'on va pouvoir en créer avec le renouvel.
On va se demander ce que deviennent les travailleurs du nucléaire derrière. C'est des habitants d'un massé d'emplois, d'un massé industriel qui dépendent de cette filière. En général, on parle à l'instant du Tricastin mais dans le Tricastin, il n'y a que ça.
Oui, c'est partout pareil autour des installations nucléaires, c'est logique. Mais ils seront indispensables pour cette opération. On ne sait pas combien de temps ça va prendre de démanteler.
On sait combien ça nous coûtera ?
Le coût du démantèlement, je vais vous dire une bêtise, peut-être. On a prévu 93 milliards pour la transition énergétique sur le coût du démantèlement, je ne sais plus. Il suffit de regarder les négawatts, honnêtement, on a repris leurs chiffres. Et vous m'aviez posé une question qui est pourquoi sortir quand même ? C'est ça, c'est pour ne pas retourner dans cette logique où si on remet le doigt dedans, on est reparti jusqu'à la fin du siècle facilement.
La solution peut-être finalement, parce que je vous demandais justement comment on allait pas lier
à l'absence de production.
Est-ce que la solution, c'est quoi ? C'est la sobriété finalement aussi peut-être ?
Alors, c'est indispensable. sobriété énergétique.
Donc régulière nos dépenses énergétiques.
Certaines, de fait. l'isolation thermique des bâtiments, ça va permettre à ça, par exemple, passer à du transport en train ou à des mobilités douces, ça va permettre aussi, voilà. Mais il y a une chose qui est importante, c'est qu'il y a une incertitude pour le moment sur quel mix précis de renouvelables il va falloir opérer. Ce qu'on sait, c'est qu'on a un potentiel immense dans les énergies maritimes. Il y a 5000 éoliennes en mer en Europe. Il y a un prototype d'éoliennes flottants, donc ceux qui attaquent le moins la biodiversité qui sont les plus respectifs. C'est-à-dire que
qui ne sont pas posées dans les fonds.
Exactement, parce que sinon, c'est des dalles de béton. On sait les dégâts écologiques que ça peut provoquer. Il y en a un prototype que Jean-Luc Mélenchon est allé visiter. Donc on sait qu'on a un potentiel énorme là-dessus. D'ailleurs, Macron a fait des annonces récentes, je crois que c'était ce début de semaine, sur l'éolien offshore flottant. Et donc, il y aura ça. Évidemment, il y a l'hydraulique. Et puis ensuite, il va falloir regarder les projets éoliens et photovoltaïques sur le territoire, avec les problèmes parfois que ça peut poser en termes de conflits d'usage ou de voisinage pour les gens.
Et c'est là que je vous reparle des consultations citoyennes, parce qu'il va falloir en discuter, de où on met ces installations. Donc on sait qu'on a quand même un potentiel.
Sachant que les éoliennes, ça ne fait pas forcément consensus, notamment auprès des pêcheurs.
Voilà, c'est ce que je... Pas que, d'ailleurs. Sur le territoire, ça ne fait pas consensus non plus. Mais de fait, il va falloir qu'on fasse des choix collectifs. Et entre des mini-réacteurs partout sur le territoire ou éoliens, géothermie, éoliens offshore, hydrauliques, bon, on fera des choix.
D'ailleurs, c'est un peu étonnant dans l'actualité, aujourd'hui, ce sujet de l'énergie, notamment ce sujet du nucléaire, quand on ne discute pas plus, notamment avec la guerre en Ukraine, parce que c'est justement en partie un petit peu aussi le sujet aujourd'hui là-bas, les questions d'énergie, les risques posés notamment par le nucléaire en Ukraine avec la guerre. On pourrait s'attendre à ce que la presse, les candidats, s'emparent un peu plus de cette thématique et pourtant non.
Nous, on l'a fait, notamment au moment où il y a eu les bombardements sur le site de la centrale.
La principale centrale ukrainienne.
De la principale centrale. De la principale centrale. De la principale centrale. Oui, il y a quand même tout de suite une opération médiatique quand même de démontage de cette dangerosité.
Il y a aussi la zone de Tchernobyl qui est passée sous contrôle russe.
Tout à fait. Non, mais ça pose des problèmes de sûreté. Ces installations de nucléaire civil, on le sait, c'est un point faible en termes de sûreté sur le territoire.
On a envie de cacher un petit peu la poussière sous le tapis. Le nucléaire, c'est un petit peu ça ce sujet qui nous dérange et dont on n'a pas envie de parler du tout.
Vu que c'est ce qu'il nous propose d'en mettre partout. Je comprends que ça les dérange en effet. Mais c'est vrai que nous, on a réagi et on a pointé ce danger.
L'autre sujet que possède hier, c'est celui de notre agriculture. On dit de l'Ukraine que c'est le grenier à blé de l'Europe qui a un risque de pénurie. Face à ça, on nous ressort les ficelles de l'agriculture industrielle intensive. Vous, vous dites au contraire ce qu'il nous faut c'est une agriculture écologique et paysanne. Demain, si vous êtes au pouvoir, vous menez une réforme agraire.
Oui, une réforme agraire d'ampleur avec énormément de créations d'emplois. Il y a beaucoup de sujets dès lors qu'on se met à parler agriculture. Il y a un premier sujet quand même qui est celui des conditions de travail et d'existence de nos paysans et paysannes aujourd'hui.
Une des professions avec le plus de suicide.
Une des professions avec le plus de suicide. Une des professions avec des bas revenus extrêmes. Nous, on dira aussi plus une retraite en dessous du SMIC pour les paysans. Mais des prix planchers pour qu'ils soient rémunérés justement pour les produits qu'ils mettent en circulation et notamment pour contrôler la grande distribution, les marges qu'elle peut se faire et ce qu'elle paye aux paysans, paysannes qui est aujourd'hui absolument ridicule et ne leur permet pas de bien vivre. On sait que d'ici 10 ans, je crois que c'est la moitié de la profession agricole actuelle qui sera partie à la retraite. Donc, il va y avoir une reconversion.
Pour préparer la relève.
Exactement. Et donc, il va falloir investir dans les formations. Aujourd'hui, les formations notamment à la bio sur le territoire, c'est quasiment rien. C'est-à-dire que c'est le parcours du combattant pour pouvoir y accéder, notamment sur certaines spécialités, l'arboriculture par exemple, mais d'autres. Donc, il va falloir réinvestir énormément dans les organismes de formation. Pour ça, il va falloir aussi quand même éloigner les lobbies agricoles des organismes de formation parce qu'aujourd'hui, les contrôles quand même…
On connaît le poids de la FNSE.
Exactement. Aujourd'hui, c'est un contrôle très, très fort. Créer des emplois. Nous, on vise au minimum 300 000 emplois agricoles. Et puis…
Je ne sais pas de quelle sorte ces 300 000 emplois. Ils iront où exactement ?
Alors ça, il va falloir qu'on le fasse, mais ce sera sur tout le territoire. Je crois qu'aujourd'hui, selon les bassins de vie, c'est entre 2 et 5 % de ce qui est produit localement qui est consommé localement. Donc, vous êtes agriculteur, vous ne produisez quasiment rien pour vos voisins. Les paysans et paysannes, ils ne demandent rien de mieux que de nourrir leur coin, en fait, finalement. Et c'est pour ça qu'ils ont fait ce métier-là. Donc, on va relocaliser. Donc, il en faudra absolument partout et dans toutes les spécialités, avec évidemment un objectif de la bio, pour ce qu'on mange ensuite.
Et c'est pour ça qu'on a d'ailleurs fait un plan alimentation et non pas agriculture pour remettre la focale sur la destination de ce qui est produit aujourd'hui.
Parce que pour produire autrement, pour produire bio, pour produire local, etc., en fait, il faut plus de travailleurs dans les champs, dans les cultures.
Et puis, moi, j'ai fait beaucoup de débats où on me dit des choses aussi absurdes, que vous voulez revenir au temps de nos grands-parents, que tout le monde se casse le dos, etc. C'est absolument faux. Il suffit d'aller voir aujourd'hui des gens qui ont des plus petites exploitations, parce que, de fait, ça va aller aussi avec la fin de ces grandes exploitations immenses qu'on connaît, beaucoup en céréales, notamment destinées à l'exportation. Donc, on va voir le type d'exploitation, la taille des exploitations et les activités, la façon dont on les réalise. Il faudra aussi réinvestir dans la recherche agronomique, parce que là aussi, ça a été une diminution drastique des moyens.
Notamment pour l'agroécologie ?
Notamment pour l'agroécologie, la permaculture, des modes plus respectueux, oui.
Et la PAC, la politique agricole commune, on en fait quoi ?
La PAC, alors c'est un énorme sujet, évidemment. On a aussi produit des documents sur nos stratégies face à l'Union européenne, parce qu'on sait qu'ils ne vont pas nous laisser faire facilement notre programme, pour le dire simplement. L'idée d'un protectionnisme, ça va à l'encontre des traités de libre-échange. Ce qu'on veut faire sur la politique agricole, vous avez raison de le dire, il y a la PAC, qui de fait est formée d'une toute autre logique aujourd'hui. Nous, on prévoit de réorienter le budget de la PAC dès 2023.
Les grandes logiques, c'est qu'on en finit, enfin, on en finit, on baisse drastiquement ce qui est appelé les aides à l'hectare, qui sont en fait des aides distribuées massivement pour tout et n'importe quoi, sans aucun contrôle sur ce à quoi elles servent véritablement. Multiplier par deux, voire par trois, les aides à la bio.
Mettre des moyens aussi sur ce qui s'appelle la DJA, donc c'est en fait l'aide aux installations pour les jeunes agriculteurs, parce qu'aujourd'hui, avec la PAC, je crois que c'est une installation sur trois seulement qui est accompagnée, aidée, alors que toutes les problématiques se situent dans les premières années et que vu, nous, ce qu'on propose, de fait, il y a un gros enjeu sur ces premières années-là, sur l'accès aux fonciers, sur la formation, je le disais, donc augmenter largement l'aide aux jeunes agriculteurs, agricultrices qui vont s'installer. mettre fin.
– Parce que le modèle de la PAC, c'est vraiment soutenir les plus gros, là, aujourd'hui, on est dans une logique totalement inversée.
– Sachant que pour que les gens se représentent aussi, c'est, je crois, plus de 10 milliards, ce budget, ça fait 30 000 euros en moyenne par agriculteur ou agricultrice, sauf que c'est capté par les gros, aujourd'hui. C'est comme dans le reste du système capitaliste parce que c'est de l'agriculture intensive. Donc, revenir sur ce modèle-là et mettre les moyens sur l'aide à la bio, et on pense que c'est possible de le faire. Puis après, il y a aussi tout un tas de financements absurdes, le système des assurances privées qui capte énormément d'argent. Enfin, voilà. Donc, il y a une refonte de la PAC à opérer et on le fera, oui.
– Justement, pour pouvoir réussir à mettre en place toutes ces politiques… Enfin, juste avant, je mentionnais l'Ukraine, justement, sur l'énergie, l'écologie, l'agriculture. Finalement, on se dit que tout ça, c'est lié, que la PAC, c'est aussi la condition pour mener une politique écologique et ne pas accroître le risque. Je parlais du risque nucléaire, mais aussi du risque alimentaire. Mais on peut parler aussi du risque, du coup, climatique et écologique.
– Et quelle est votre question ?
– Ma question, c'est justement, aujourd'hui, on est dans une situation de conflit et on peut se dire que toutes ces politiques-là, elles vont passer à la trappe.
– Par l'implication de l'Union européenne, vous voulez dire ?
– Par les volontés, par le fait, aujourd'hui, qu'on est dans une situation où la guerre, c'est le sujet numéro un.
– Oui, mais… comment on fait dans cette situation-là ? – On ne va pas mettre sous le bois sous tous les chantiers qu'il y a à opérer parce que la guerre. Je veux dire, en ce moment, on est déjà dans un débat qui consiste à dire la présidentielle bof, les débats bof parce que la guerre, la démocratie n'attend pas la fin de la guerre. Donc, il en est de même pour les politiques qu'on va devoir entamer. Je veux dire, c'est évidemment extrêmement préoccupant. De fait, il y a une action géopolitique et notamment diplomatique qui va prendre du temps et sur lesquelles on va devoir s'impliquer beaucoup, notamment au niveau de l'Union européenne.
Mais bon, nous, on a d'autres propositions aussi qui consistent à sortir de l'OTAN, arrêter de s'engager dans des conflits à tout va, arrêter d'aller donner des leçons partout à tous les peuples du monde comme Macron a pu le faire. Donc, non, il va falloir mener tous ces combats en même temps. Je suis d'accord avec vous, c'est une grande ambition. Il n'empêche qu'on est là pour ça.
Votre discours, il consiste aussi à dire qu'on ne peut pas résoudre la crise écologique sans répondre aux inégalités sociales et aux divisions liées au genre et au racisme. D'ailleurs, tout à l'heure, vous parliez de l'éco-socialisme. L'écologie, c'est aussi ça, c'est aussi une question sociale. Et elle questionne également notre rapport au territoire.
Oui, c'est une question sociale. j'ai envie de dire vraiment, c'est ça le problème majeur. C'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas assez de lutte des classes dans le discours écolo. Parce que quand on a vu ce qui s'est passé avec les Gilets jaunes, il y a eu ce projet de réforme de taxes. C'est vraiment le mépris pour ce que les gens sont obligés de subir dans leur quotidien du fait de choix politiques qui ont été effectués. Parce que c'est les services publics toujours plus loin, la dépendance à la voiture, le fait de devoir se surchauffer parce qu'on vit dans une passoire thermique ou dans un logement qui n'est pas isolé, même s'il n'est pas classé passoire thermique.
Et donc, stop, il faut en finir avec cette stigmatisation des individus qui sont en plus toujours ceux qui ont le moins de moyens financiers. Donc, une politique écologique juste, c'est une politique qui s'en prend à celles et ceux qui sont les plus responsables. Je vous parlais des multinationales tout à l'heure. Il y a eu ce rapport sur la façon dont les riches investissent leur patrimoine financier et la façon dont ce patrimoine financier est utilisé pour des activités les plus polluantes. Le rapport d'Oxfam. Notamment Oxfam et Greenpeace, oui, c'est ça.
Donc, il va falloir aller contraindre toutes celles et ceux qui, pour le moment, s'en mettent plein les poches et c'est les autres qui trinquent. Donc, non, oui, on va revenir évidemment là-dessus. Et sur les territoires...
On pourrait notamment parler des Outre-mer parce que vous faites un focus spécifique là-dessus. Jean-Luc Mélenchon, il est allé plusieurs fois dans des départements traversés par des crises, des conflits spécifiques liés à l'écologie. Je peux parler de la Guyane, un territoire avec de forts enjeux en matière de biodiversité. Il y a le Parc national d'Amazonie, les problématiques liées à l'extraction de l'or. On peut parler aussi de la Réunion où il est allé récemment à Paul Vergès, figure locale du PCR, le Parti communiste réunionnais.
On peut également évoquer la Guadeloupe, la Martinique, touchées par les algues sargasses et où, surtout, vous demandez la reconnaissance du statut de crise sanitaire et écologique concernant l'eau potable et son assainissement, la contamination au chlordécone et les effets cocktails avec d'autres substances dont les conséquences sont inconnues.
Oui, c'est vraiment des territoires qui ont été maltraités sur le plan social et écologique, évidemment. ces déplacements-là, ils nous permettent de nous nourrir de ce que les gens, les populations disent. Il y a des plans pays, notamment, qui ont été élaborés suite aux mouvements sociaux, je pense à la Guyane notamment, dont on a repris les propositions, là aussi, sans rougir. C'est-à-dire que c'est toujours la façon dont c'est la plus intelligente de concevoir un programme, c'est d'écouter celles et ceux qui sont concernés. Et donc, en effet, ils ont été concernés par des scandales écologiques majeurs.
On a vu, on a un petit peu reparlé du chlordécone, du fait du traumatisme que ça a généré et de la situation sanitaire. Et en plus, pour la France, c'est un réservoir de biodiversité exceptionnelle, rare. C'est aussi des lieux où il peut y avoir de la recherche écologique extrêmement... de spots. Évidemment. Mais c'est aussi les endroits où la catastrophe est la plus imminente, en quelque sorte. La montée des océans, la déforestation. Vous allez à Mayotte, au rythme actuel.
Ils sont aux avant-postes de la crise.
Il n'y a plus de forêt. Oui, évidemment.
D'ailleurs, vous êtes également pour la reconnaissance du crime d'écocide.
Oui, au niveau international. On pense qu'il va falloir mener une diplomatie écolo ambitieuse. On l'a vu au niveau français, malheureusement. Macron a été condamné pour son inaction climatique, on l'a dit, mais lui-même revoit à la baisse à chaque fois toutes nos ambitions depuis la COP qui s'était déroulée à Paris. Et donc, sur le plan international, on ne pèse plus sur ces questions-là. Donc, il va falloir pousser pour la reconnaissance de ce crime d'écocide et mener une diplomatie qui soit aussi dirigée vers l'application du respect écolo et de la baisse des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, en effet.
Vous portez un intérêt particulier pour les forêts. Vous souhaitez laisser au niveau national 25 % de la surface de la forêt française en libre évolution. Qu'est-ce que cela signifie qu'il y aura des territoires interdits à l'homme de rire en sauvagement ?
Pas exactement. Non, il y a une problématique énorme sur la forêt française. Elle est très vaste. On est, je crois, à la deuxième forêt européenne, notamment sur les territoires ultramarins, mais pas que. Il y a plein de problématiques sur le territoire de l'Hexagone. Ce qui est le plus compliqué, c'est le fait que ce soit des parcelles en propriété privée, par exemple, parce que c'est des gestions indépendantes sur des tout petits bois ou des toutes petites forêts qui empêchent de gérer de manière durable les forêts. Les grandes parcelles, on a un autre souci qui est que la sylviculture a été... Il n'y a plus de politique sylvicole, à vrai dire.
Là aussi, c'est de l'intensif en monoculture avec des coupes rases qui détruisent les sols. Je suis allée dans les Landes. Je veux dire, vous allez dans des endroits... C'est absolument atroce. Vous voyez que le sol est mort. Et donc, ça n'est absolument pas pensé en gestion de long terme. Donc, il va falloir rediversifier les essences. Il va falloir que l'ONF puisse jouer son rôle. Je le disais, on a perdu la moitié des agents de l'ONF en 30 ans. Donc, il va falloir en réembaucher parce que c'est des gens qui ont une expertise incroyable. Et d'ailleurs, c'est une des professions aussi où il y a eu énormément de suicides dans les 15, dernières années.
C'est plus d'une cinquantaine de personnes qui se sont suicidées parce que leurs conditions de travail ne leur permettent plus de protéger la biodiversité, de surveiller le foncier, de faire de l'éducation à la nature, comme ça pourrait être aussi leur rôle. Donc, redonner des moyens de l'ONF et surtout, gérer la forêt publique de manière durable. Donc, diversité des essences, laisser, comme vous le disiez, une bonne part de la forêt en libre évolution et puis réinvestir pour que la filière sylvicole, je crois qu'aujourd'hui, c'est un chêne sur quatre qui est exportée en France, non transformée. pour que la filière sylvicole soit elle aussi relocalisée.
Donc, remettre des syries en France, on a réduit le nombre de syries divisé par dix, on n'en a plus que 1500, remettre des syries et faire en sorte que tout le bois soit transformé. J'avais une discussion absolument passionnante avec quelqu'un qui dirige une syrie. On a une perte du bois parce que les usages, la toute petite transformation pour tout utiliser dans nos forêts, c'est complètement passer à la trappe. Vous avez juste de l'intensif, les grumes qui sont traités et on ne fait plus rien du reste. Une utilisation absolument absurde du bois énergie sur laquelle on va revenir de manière drastique. Donc, tout est à faire et là aussi, on a beaucoup de propositions.
Et les parcelles privées, vous les réquisitionnez ?
Oui, une bonne partie. Quand elles sont laissées à l'abandon, non gérées, mais malheureusement, c'est le cas de beaucoup. Pas toutes, évidemment.
Vous voulez aussi sanctuariser les écosystèmes marins. Vous parlez même de règles bleues pour l'eau que vous comptez également peut-être inscrire dans la Constitution. C'est sur le même modèle que la règle verte ?
Exactement. Là aussi, c'est une catastrophe écologique qui est en cours sur l'eau. Tout le modèle va dans le mauvais sens en termes de pollution. La quasi-totalité des rivières et des cours d'eau français sont polluées. On a fait même disparaître de la carte des ruisseaux qui gênaient un petit peu certains agriculteurs. Et puis, en mer, on a une surface maritime qui est considérable.
Sachant que 80% des pollutions en mer viennent de terre.
Oui, bien sûr. Et puis, il y a un enjeu même pour l'esprit humain de recherche. On connaît très peu la mer. La seule chose qu'on développe aujourd'hui, c'est l'aquaculture intensif, la pêche qui n'est absolument pas raisonnable. Il y a de grands chantiers à engager.
Pour réduire la pollution, viser les zéros déchets, les zéros plastiques. Oui,
ça, c'est une mesure d'urgence par exemple. La consigne, réutiliser des consignes en verre et en finir avec le plastique jetable à usage unique, ça peut être fait très rapidement. En plus, il y a eu une discussion sous Macron, c'est arrivé jusqu'à l'Assemblée nationale. Une fois de plus, ils n'ont rien fait.
D'ailleurs, tout ça, ça avait été pensé aussi par la Convention citoyenne pour le climat, mais ça a été un petit peu jeté à la poubelle.
Un petit peu, comme vous dites.
Ensuite, ça signifie également revoir notre consommation, même les publicités, etc. Tout ça, il va y avoir énormément à réduire. Je ne vais pas beaucoup aller plus loin sur les questions qui concernent les océans parce que c'est une marotte de la France insoumise et je pense qu'en fait, ça mériterait une émission
entière,
ce sujet. Si on part là-dessus, je pense qu'on en a pour une heure. Je vais plutôt aborder un autre sujet sans transition avant de conclure. Vous êtes également un des rares mouvements à parler autant des animaux, notamment de l'élevage industriel. Vous faites beaucoup le lien avec les zoonoses et le Covid. La question animale, elle est importante. Quelle place elle a ?
Elle est très importante. On a un petit peu parlé au début de l'émission. C'est une question de cohabitation du vivant. Donc, il y a une question quasiment philosophique. dont Jean-Luc Mélenchon s'est d'ailleurs beaucoup emparé ces dernières années.
Qui dit beaucoup sur nous.
Comment ?
Qui dit beaucoup également sur nous, sur nos sociétés.
Bien sûr, sur notre rapport. Oui, oui, tout à fait. Il y a la cohabitation avec les animaux familiers. Il y a les pratiques de loisirs, notamment, qu'il va falloir largement réglementer. En France,
parce qu'on a un peu du mal à réformer la chasse.
Oui, parce qu'il y a des conflits d'usages. Mais de fait, nous dira qu'il va falloir interdire la chasse, notamment pour le week-end, pour que ces conflits d'usages cessent. On sait qu'il y a énormément de soucis sur certains territoires avec ça. Après, on a la question centrale aussi sur la condition animale. C'est la question de l'élevage intensif. C'est 8 animaux sur 10 dans notre pays qui sont dans des conditions de vie absolument atroces. sur Caille-Bauti ou dans des tout petits espaces, les lapins dans des toutes petites cages, la poule sur la feuille A4. On connaît ces chiffres-là. Mais je veux dire, aller visiter des lieux, c'est un choc. Qu'est-ce qu'a fait Macron contre ça ?
Il a créé la cellule Déméter. Donc, circuler, il n'y a rien à voir. Bon, on a un gros souci avec la façon dont sont élevés les animaux aujourd'hui en France. Donc, il va falloir revenir là-dessus.
concernant la cellule Déméter a dit qu'il fallait arrêter.
Oui. Oui. Mais ils avaient essayé de le mettre en place quand même. Et puis, ça va aussi avec des choix, notamment sur notre alimentation. Il va falloir consommer moins de protéines animales. Il va falloir revenir là-dessus.
À titre personnel, je sais que vous, vous êtes végétarienne.
Vous êtes très bien informée.
Vous soutenez...
Comment vous avez cette info ?
C'est public, c'est dans la presse. Vous soutenez une politique qui vise du coup à réduire une alimentation incarnée. Est-ce que ça signifie qu'il faut se diriger vers une alimentation, un mode de vie végane ou comme Fabien Roussel, il s'agit juste de manger mieux ?
Vous me citez des positions antagonistes. Il s'agit de réduire. On dit 50 % de protéines animales en moins. Ça veut dire, ça nous ramène au sujet de la PAC, par exemple. Comment on réoriente les aides vers des protéines végétales ? Aujourd'hui, c'est très peu soutenu en France, alors que ça permettrait de nous nourrir. Et ça se fera par des changements lents, des habitudes aussi. Mais il y a une nécessaire prise de conscience et ça, on pense que c'est le rôle des politiques que de sonner cette alerte-là. En fait, tout le modèle n'est pas vertueux.
Les conditions de travail des gens qui travaillent dans des élevages intensifs ou dans des abattoirs pour aller jusqu'au bout de la chaîne, c'est absolument désastreux. Il y a des lanceurs d'alerte dans ces domaines-là qui témoignent de ces conditions de travail qui sont déplorables.
D'ailleurs, auprès de L214, vous êtes les mieux notés sur la question animale. Merci Clémence Guettet, c'est la fin de cette émission. N'hésitez pas à liker, à partager, à vous abonner et puis surtout n'oubliez pas de commenter ces vidéos si vous avez des choses à nous raconter. On sera très heureux de vous lire. Merci encore Clémence Guettet d'être venue sur le plateau du Média. Merci.
Clémence Guetté