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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 16 mai 2019 24 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Manon Aubry : “Le jeu qui consiste à rapprocher le RN et la FI est extrêmement dangereux pour la démocratie”

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 64 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:50OuverteRéponse directe

    Avez-vous l'ambition de poursuivre le mouvement souverainiste en l'orientant à gauche ?

  • 1:56RelanceRéponse partielle

    Plan A ou plan B ? Renégocier ou désobéir aux traités ?

  • 2:51OuverteRéponse partielle

    Comment on en sort de ces traités ?

  • 4:59RelanceRéponse partielle

    En quoi cette méthode diffère-t-elle de celle de Salvini sur les migrants ?

  • 9:43OuverteRéponse directe

    Votre écologie est-elle compatible avec le marché ?

  • 11:13OuverteRéponse partielle

    Angela Merkel prend ses distances avec Macron, vous y attendiez-vous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:07Invité politiqueFait
    « Je crois que le panorama que vous brossez dresse une Union Européenne qui va globalement dans le mur si on continue tel que nous le faisons à l'heure actuelle. »
  • 1:16Invité politiqueFait
    « Moi, j'ai appris dans les livres d'histoire que l'Union Européenne devait être celle de la coopération. »
  • 3:15Invité politiqueChiffre
    « Par exemple, l'austérité budgétaire qui a conduit à la fermeture de 100 000 lits ces 20 dernières années. »
  • 4:16Invité politiqueFait
    « La France sur les 10 dernières années, il y a eu une seule année où la règle des 3% a été respectée. »
  • 6:54Invité politiqueChiffre
    « Ça créera 900 000 emplois. »
  • 6:55Invité politiqueChiffre
    « Même pour ceux qui s'attachent à la sacro-sainte croissance, ça créera près de 4% de croissance. »
  • 10:27Invité politiqueChiffre
    « Et ça veut dire faire cette planification, planifier des dizaines de milliards d'euros d'investissement dans les énergies renouvelables. »
  • 19:57Invité politiqueFait
    « Je pense que le jeu qui consiste à rapprocher le Front National et le Rassemblement National et la France Insoumise est extrêmement dangereux pour la démocratie. »
  • 21:06Invité politiqueFait
    « La transition écologique, nous nous plaçons la planification écologique et la transition écologique au-dessus de toutes les valeurs. »

Temps de parole

  • Manon Aubry67 %
  • Présentateur14 %
  • Invité9 %
  • Invité 26 %
  • Auditeur3 %

6,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Et avec Alexandra Ben Saïd et Yael Goh, c'est la suite de notre série de grands entretiens spéciaux consacrés aux élections européennes. Huit têtes de lits sur deux semaines au micro de France Inter. Aujourd'hui, celle qui emmène la liste de la France Insoumise. Bonjour Manon Aubry. Bonjour. Et merci d'être au micro d'Inter. Question rituelle, celle du contexte international, je le rappelle, brossée à grands traits. Montée en puissance de mouvements protestataires, souverainistes, nationalistes dans le monde et en Europe. Certains gouvernent. Ils sont, même s'ils discuteraient sans doute l'étiquette marquée à droite ou très à droite, au sein de l'UE, de l'Union Européenne.

Ils récusent des règles qui pouvaient jusque-là paraître intangibles. Matteo Salvini a renversé la table sur la question des migrants. Il dit vouloir le faire sur les questions budgétaires aussi. Alors, ce mouvement est profond. Avez-vous l'ambition, comment le dire, de le poursuivre mais en l'orientant à gauche ? Est-ce qu'on peut dire les choses comme ça ?

0:59
Manon Aubry

Je crois que le panorama que vous brossez dresse une Union Européenne qui va globalement dans le mur si on continue tel que nous le faisons à l'heure actuelle. Où on a des politiques libérales qui créent la compétition de tous contre tous. Moi, j'ai appris dans les livres d'histoire que l'Union Européenne devait être celle de la coopération. Et en réalité, elle est devenue celle de la compétition en matière fiscale avec les paradis fiscaux européens, en matière sociale avec le statut du travailleur détaché, en matière économique avec les statuts de libre-échange.

Et je crois qu'il faut prendre le contre-pied radical de cette orientation-là en posant de nouvelles règles pour la coopération européenne, précisément qui redonnent les lettres de noblesse à la coopération, qui prend à bras le corps la transition écologique en plaçant la planification écologique et la règle verte, en faisant du protectionnisme solidaire, une taxe aux frontières de l'Union Européenne pour arrêter ce grand déménagement du monde. Voilà des exemples concrets de mesures qu'on peut prendre pour cesser cette compétition du tous contre tous qui est devenue l'Union Européenne.

1:56
Invité

Maintenant, Aubry, si on est radical, comme vous le dites, on fait plan A ou plan B ? On rappelle à nos auditeurs, plan A, dans votre théorie, on renégocie les traités de l'Union Européenne. Plan B, si on n'y arrive pas, on désobéit aux traités, voire on en sort. La radicalité, c'est quoi pour vous ? Sortir ? Frexit de gauche assumé ?

2:14
Manon Aubry

Non, ce n'est pas un Frexit. Sinon, on dirait Frexit. Ce serait plus simple et on ne passerait pas autant de temps à essayer d'expliquer notre position. Je pense que c'est important de comprendre parce que les traités européens, ça paraît abstrait pour les gens. On ne sait même pas ce qu'on sait. On a voté non en 2005, c'est tout ce dont on se souvient. Et d'ailleurs, un vote qui n'a pas été respecté. Il faut d'abord comprendre pourquoi ces traités européens sont problématiques. Parce qu'ils empêchent de faire la transition écologique avec la règle des 3% de déficit.

2:37
Invité

Donc on en sort s'ils ne sont pas bons, ces traités ?

2:39
Manon Aubry

C'est important d'expliquer d'abord ces règles. D'abord, transition écologique, ils mettent en concurrence nos services publics qui se traduit par la libérisation du rail, par exemple.

2:51
Présentateur

Mais comment on en sort de ces traités, alors ?

2:53
Manon Aubry

C'est important de comprendre l'histoire de quelles règles posent problème. Parce que notre position, elle n'est pas dogmatique, elle est purement pragmatique. Pour faire la transition écologique, pour faire l'immunisation sociale et fiscale, pour protéger nos services publics et pour faire du protectionnisme solidaire, il faut rompre avec ces règles. Alors comment on en sort ? Donc concrètement, on va voir la Commission européenne et les autres États européens et on liste les dispositions qui nous posent problème. Par exemple, l'austérité budgétaire qui a conduit à la fermeture de 100 000 lits ces 20 dernières années. Et on leur dit, nous ces règles-là, on ne les applique pas.

C'est ça qui crée du rapport de force.

3:23
Invité

Donc ça c'est de la désobéissance, c'est ça ?

3:25
Manon Aubry

Et dès le départ, alors c'est important, c'est une vision de l'Europe qu'on prend dans un cadre où on arrive au pouvoir au niveau national.

3:31
Invité

C'est pas vraiment du domaine de la compétence des députés européens, on est d'accord ?

3:35
Manon Aubry

Bien sûr, et c'est important de ne pas mentir aux électeurs, mais ces élections européennes sont l'occasion de confronter nos visions de l'Europe. Ces visions de l'Europe que nous défendrons au Parlement européen avec nos alliés européens dans le cadre d'une coalition européenne.

3:48
Invité

Mais rompre avec les traités, désobéir, on connaît qu'un seul pays qui l'a fait finalement. Ça s'appelle l'article 50 et justement donc c'est sortir des traités et ça c'est le fréglit.

3:57
Manon Aubry

Vous savez, je vais vous donner plein d'exemples de règles qui ne sont pas respectées au niveau européen. Le déficit commercial qui est limité à maximum 6%, l'Allemagne fait 9%. La Hongrie, la Pologne, l'Autriche qui viole allégrement les droits de l'homme. La Hongrie sur la liberté d'information, sur la justice. On peut même mettre la France sur les 3%, on a eu 10 ans. La France sur les 10 dernières années, il y a eu une seule année où la règle des 3% a été respectée. Donc ce n'est pas vraiment un carcan ? C'est un carcan. Alors, sur la question du budget, c'est en réalité un carcan et ça le devient de plus en plus.

Parce que ce qu'en général les auditeurs ne savent pas forcément, c'est qu'il y a un dispositif qui s'appelle le semestre européen, au niveau européen, qui soumet nos budgets. Donc avant qu'ils soient examinés par nos parlementaires nationaux, ils sont examinés par la Commission européenne qui renvoie la copie, qui dit par exemple, coupez dans vos budgets de la santé. Et je le disais, ça se crée et ça se traduit par la fermeture de plus de 100 000 lits d'hôpitaux. Et donc ce carcan budgétaire s'impose de plus en plus d'année en année et c'est pourquoi il ne faut pas le respecter.

4:59
Présentateur

Manon Aubry, en quoi cette méthode de désobéissance diffère-t-elle de celle d'un Salvini qui dit sur les migrants ? Non, j'arrête, les cadres institutionnels me poussent à faire ça. Je dis non. Sur le budget, idem. En quoi est-ce méthodologiquement différent que de renverser la table et de susciter, de créer une crise institutionnelle ?

5:20
Manon Aubry

Je crois que c'est l'échelle de valeurs qui fait la différence.

5:22
Présentateur

Mais la méthode est la même.

5:23
Manon Aubry

Non, je crois que tout est différent. Quand on a un Salvini, quand on a un Orban qui viole les droits de l'homme, qui regarde des exilés droits dans les yeux et qui leur dit « allez mourir en Méditerranée », eh bien aujourd'hui, ça ne peut pas être la coopération européenne fondée sur ces valeurs-là. Parce qu'il y a des valeurs, notamment dans la chaire des droits fondamentaux de l'Union européenne, et nous sommes attachés à ces valeurs.

5:44
Présentateur

Mais sur le budget, il dit la même chose ?

5:48
Manon Aubry

Sur la question du budget, là aussi, je crois que l'horizon et l'objectif sont complètement différents. C'est pour ça qu'aujourd'hui, l'horizon et l'objectif de la transition écologique doivent être inscrits noir sur blanc dans les traités européens.

5:58
Présentateur

Mais la méthode est la même ?

5:59
Manon Aubry

Non, ce n'est pas la même. Parce que je crois qu'aujourd'hui, rien ne peut nous comparer avec Salvini. Et d'ailleurs, la preuve est, c'est qu'au final, il a changé complètement son budget sous orientation de l'Union européenne. Par contre, c'est vrai...

6:10
Invité

Est-ce que ce n'est pas plutôt les marchés qui l'y ont forcé ? A vrai dire. Vous savez bien que quand on ne respecte pas la règle des 3%, en réalité, ce n'est pas Bruxelles qui fait peur. Ce sont les marchés, parce qu'on emprunte à nos investisseurs et qu'ils augmentent donc le taux d'intérêt. Plusieurs choses là-dessus.

6:24
Manon Aubry

D'abord, le taux d'intérêt est très bas en ce moment. Il est à 0,5%. Mais pour l'Italie, vous avez vu que ça a augmenté du coup. Ça a augmenté assez peu. Et en réalité, pour l'économie, ça a un impact positif. Pourquoi on veut pouvoir emprunter pour faire la transition écologique ? C'est que pour investir dans les énergies renouvelables, pour se donner l'objectif de 100% d'énergie renouvelable, tout le monde est d'accord, c'est plusieurs dizaines de milliards d'euros qu'il faut. Et ces plusieurs dizaines de milliards d'euros, il faut pouvoir les sortir un moment de son porte-monnaie. Et ce sera positif pour l'économie. Ça créera 900 000 emplois.

Même pour ceux qui s'attachent à la sacro-sainte croissance, ça créera près de 4% de croissance. Voilà comment concrètement ce sera in fine positif pour tout le monde.

7:03
Invité

Vos idées et la campagne, vous nous direz sans doute que c'est un épiphénomène dans cette campagne européenne, mais vous avez l'un des conseillers régionaux, la France Insoumise en Rhône-Alpes, Andrea Cotarac, qui a donc rendu son tablier, qui appelle à voter Rassemblement National le 26 mai pour faire barrage à Emmanuel Macron. Vous le connaissiez, ce Andrea Cotarac ?

7:23
Manon Aubry

Je vais être honnête avec vous, je n'avais jamais entendu parler de lui. J'ai même du mal à retenir son nom tellement je n'avais jamais entendu parler de lui.

7:30
Invité

Parce que Marine Le Pen, elle, visiblement, le connaissait. Elle a dit à 7h50, elle a déjeuné il y a quelques semaines avec lui.

7:34
Manon Aubry

Manifestement, elle le connaissait beaucoup mieux que moi. Il n'est pas candidat, pas présent dans le dispositif de campagne. Et je crois que c'est la dérive d'un homme qui trahit des valeurs. Et moi, je vais vous dire sincèrement, c'est tout ce que je déteste en politique. Des gens qui, par opportunisme, vont se vendre à d'autres mouvements politiques.

7:54
Invité

Par opportunisme, en suivant finalement ce que dit Jean-Luc Mélenchon depuis quelques mois, que ce sera un référendum pour ou anti-Macron. Mais non, mais il applique à la lettre. Et il se dit, il se dit quoi ? Si je vote utile pour faire barrage à Emmanuel Macron, il faut qu'il soit deuxième, donc je vote pour Marine Le Pen. Il applique de manière radicale une théorie au départ qui était la vôtre, le référendum pour anti-Macron.

8:15
Manon Aubry

Manon, sauf qu'aujourd'hui, tout oppose la France insoumise et le Rassemblement national. Faire barrage à Emmanuel Macron, c'est aussi faire barrage au Rassemblement national. Je crois qu'aujourd'hui, seule la France insoumise est capable de le faire sur le terrain, notamment dans les quartiers populaires où on est les seuls encore présents, mais aussi sur le terrain des idées. Ou quand je vois à quel point la République en marche est devenue le marchepie en quelque sorte du Rassemblement national, tous deux sont contre la hausse du SMIC, tous deux sont pour la hausse du temps de travail. Les amis de Mme Le Pen en Autriche ont fait la semaine de 60 heures de travail.

Tous deux n'ont fait rien pour la transition écologique. Tous deux sont contre l'égalité femmes-hommes et au niveau européen ont voté contre une résolution pour l'égalité femmes-hommes.

8:57
Invité

Vous mettez un signe égal quasiment ? Un peu comme Jean-Luc Mélenchon 2017, deuxième tour, il ne donne pas de consigne de vote au deuxième tour de la présidentielle.

9:03
Manon Aubry

Vous avez remarqué que je n'ai pas mis un signe égal. J'ai dit qu'aujourd'hui, la République en marche est devenue un marchepied au Rassemblement national. Finalement, en voulant faire de cette élection un seul duo, on l'a vu avec par exemple hier soir juste un débat entre tous les deux, comme si on rejouait le second tour de l'élection présidentielle, alors Emmanuel Macron pourra se poser encore plus comme soi-disant le seul rempart à l'extrême droite, alors qu'en réalité, ces politiques qui créent du désaveu nourrissent en quelque sorte l'extrême droite. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, moi, je me bats aussi résolument contre l'extrême droite et contre la République en marche.

Je ne veux une victoire ni de l'un ni de l'autre.

9:42
Présentateur

Alexandra Bensaïd.

9:43
Invité

Manon Aubry, on revient au programme et à votre concept d'écologie populaire. Alors, pour vous, l'écologie, ça n'est pas compatible avec le marché. Vous dites qu'il n'y a pas de capitalisme vert. Dans ce cas-là, on veut comprendre qu'est-ce qui arrive aux entreprises. Est-ce que vous ne souhaitez pas ça une économie administrée ? Dans votre programme, il y a le mot planification.

10:00
Manon Aubry

Alors, on a toujours été pour une économie mixte, c'est-à-dire une économie qui est régulée. Quand on dit que les entreprises qui polluent davantage doivent payer davantage, elles peuvent bien sûr évoluer sur le marché, capitaliste tel qu'on le connaît, mais il faut réguler ces entreprises-là. Et s'agissant de planification écologique, je sais que le mot planification fait peur, mais planification, c'est en fait planifier l'avenir, l'avenir de nos enfants, l'avenir de ceux qui se mobilisent tous les vendredis dans la rue et des jeunes contre le changement climatique.

Et ça veut dire faire cette planification, planifier des dizaines de milliards d'euros d'investissement dans les énergies renouvelables.

10:33
Invité

En empruntant, on a compris, en empruntant.

10:35
Manon Aubry

En empruntant notamment, mais je le disais, ça va être positif pour l'économie. On a, en France, on est le deuxième gisement en vent. Je pense que ça peut être des ressources inouïes que l'on peut utiliser. Ce sera bon pour tout le monde. Et je crois que ça devrait devenir une évidence. On n'a plus le temps d'attendre 12 ans pour changer les choses. On a d'ailleurs déposé à l'Assemblée nationale une résolution par nos députés demandant un état d'urgence climatique et écologique, à l'image de ce qui a été fait en Irlande, par exemple. J'espère que cette résolution sera votée et soutenue par un plus grand monde, parce qu'on ne peut plus attendre.

11:10
Présentateur

Allez, on avance sur les questions internationales. Yael Goz.

11:14
Invité

Angela Merkel en campagne, elle aussi côté allemand, et qui prend ses distances avec Emmanuel Macron. Elle dit ses différences de mentalité, sa relation parfois conflictuelle. Ça dépend de la traduction qu'on fait de l'allemand, mais vous vous y attendiez ?

11:27
Manon Aubry

Je ne suis pas toujours au fait des hauts et des bas dans le couple franco-allemand. Remarquez d'ailleurs qu'en Allemagne, en matière de traduction, ils parlent souvent de moteur franco-allemand. Ça doit être plus la vision allemande liée aux voitures. Moi, je ne sais pas exactement ce qu'est l'état de leur relation. Je constate néanmoins que dans les politiques qu'ils mènent, il y a quand même une ligne commune en matière de baisse des dépenses dans les services publics, en matière de dérégulation du marché du travail. Après, les intérêts économiques, l'histoire du marché économique allemand et l'histoire du marché économique français sont relativement divergents.

C'est peut-être ce qui nourrit cette différence, mais je ne suis pas dans tous les détails.

12:03
Invité

L'Allemagne, elle repose la question du siège du Parlement européen. C'est la dauphine d'Angela Merkel. Aujourd'hui, il y en a deux. Il y a Bruxelles et Strasbourg. Et la dauphine dit, non, Strasbourg, on n'en veut plus. Vous, quelle est votre position ?

12:15
Manon Aubry

Je crois que, clairement, il faut pouvoir maintenir le Parlement à Strasbourg parce qu'en fait, Strasbourg, ce n'est pas choisi au hasard. C'est le fruit de la réconciliation franco-allemande. Il y a des institutions européennes dans quasiment chaque pays de l'Union européenne. Il y a la Banque centrale européenne en Allemagne, à Francfort. Donc voilà, chaque pays a une institution.

12:30
Invité

La transhumance, ce n'est pas très écologique de faire la transhumance tous les mois pour quatre jours à Strasbourg ?

12:36
Manon Aubry

Heureusement, il faut prendre le train. Et tant qu'on a des services publics et des trains. Non, je crois que ça fonctionne plutôt bien. Alors moi, je vais connaître les institutions de l'intérieur, j'espère, à partir du 26 mai. Mais je crois que polémiquer sur ce sujet, c'est résumer le débat politique européen à quand même relativement peu de choses.

12:52
Présentateur

Manon Aubry, dans le chapitre international de votre programme, c'est également un point. Pourquoi voulez-vous dénoncer l'accord d'association entre l'UE et Israël ?

13:03
Manon Aubry

Alors là, je n'ai pas l'argument, je voudrais que je vérifie, je ne peux pas vous dire.

13:07
Invité

C'est le point 4, aliné à 3, de page 26 du programme.

13:12
Manon Aubry

Je pense que la position, c'est de manière plus générale sur l'ensemble des accords économiques qui sont passés aujourd'hui par l'Union européenne, qui favorisent le libre-échange entre l'ensemble des pays au niveau international.

13:23
Présentateur

C'est un accord de coopération économique et commerciale avec Israël, donc il faut arrêter de commercer avec Israël ?

13:30
Manon Aubry

Non, ce n'est pas ce que nous disons. Dans l'ensemble des accords économiques qui sont signés à tour de bras par l'Union européenne, quel est le problème ?

13:36
Présentateur

Mais là, vous en pointez un dans ce programme, qui est celui avec Israël ?

13:38
Manon Aubry

On en pointe de nombreux. On parle notamment de l'accord commercial avec le Canada, de l'accord commercial avec les Etats-Unis, de celui avec la Nouvelle-Zélande. Si vous qui en mettez une nature différente, il y a une question économique. Non, mais je vous pose la question, pourquoi le faire ? Moi, je vous explique. Il faut arrêter de commercer avec Israël ? Non, sur les accords de libre-échange, de manière générale, on ne dit pas qu'il faut arrêter de commercer, il faut abaisser les barrières. Ce que font ces accords, c'est abaisser les barrières douanières. Abaisser les barrières douanières, ça veut dire organiser le grand déménagement du monde, faire venir sur notre marché.

14:09
Présentateur

Non, là, c'est la politique européenne de voisinage. C'est la politique européenne de voisinage, dit le site du Parlement européen.

14:15
Manon Aubry

Ça marche pour l'ensemble des Etats en dehors de l'Union européenne. Ça veut dire favoriser la production en dehors de l'Union européenne. Par ailleurs, sur la question de l'Israël, il y a quand même la question aussi de produits qui viennent sur les marchés français et qui ont été produits dans les colonies israéliennes et dénoncés par de nombreuses ONG, y compris ONG françaises, pour l'impact que cela a au niveau local.

14:39
Présentateur

Mais donc, il faut sortir de cet accord. C'est ça ce que vous dites.

14:41
Manon Aubry

Sortir de cet accord, qui est un accord, encore une fois, de coopération commerciale et économique. Il ne veut pas forcément dire ne plus commercer du tout avec ces Etats-là, mais ça veut dire pouvoir renégocier pour contrôler davantage et non pas juste chercher l'abaissement des barrières douanières.

14:54
Présentateur

Ce n'est pas le sujet de ces accords, mais on entend votre réponse.

14:59
Manon Aubry

Je vois que vous avez beaucoup d'intérêt pour la politique israélienne ce matin.

15:03
Présentateur

Oui, on a lu votre programme avec intérêt.

15:06
Manon Aubry

J'espère que vous avez lu toutes les propositions pour faire une taxe kilométrique aux frontières de l'Union européenne et abaisser les barrières douanières.

15:13
Présentateur

C'est sur un chapitre sur l'Etat de Palestine que vous voulez reconnaître.

15:17
Manon Aubry

Pour cesser de nourrir ce conflit israélo-palestinien, il faut faire en sorte qu'on arrête d'acheter des produits qui ont été élaborés.

15:26
Présentateur

Mais l'UE est également le principal bailleur de fonds de la Palestine.

15:29
Manon Aubry

Et c'est une bonne nouvelle.

15:31
Présentateur

Oui, c'est une bonne nouvelle, vous le dites. Pourquoi arrêter la coopération avec Israël ? Est-ce qu'on ne peut pas faire les deux à la fois ? En tout cas, c'est ce qui se passe aujourd'hui. Il faut punir Israël ?

15:41
Manon Aubry

On ne dit pas qu'il faut punir Israël. Je ne comprends pas. Après, je vous invite à ne pas faire l'ensemble de l'entretien sur cette question-là. Mais pour en finir...

15:48
Présentateur

On a des questions, elles sont importantes.

15:49
Manon Aubry

Pour en finir, je pense véritablement que faire venir en France des produits qui ont été élaborés dans les colonies israéliennes et qui violent allégrement les droits de l'homme, comme des ONG l'ont dénoncé, alors oui, il faut pouvoir élever la voix.

16:02
Invité

Yael Gauze ! Quasiment 20% au premier tour de la présidentielle en 2017. C'était le score de Jean-Luc Mélenchon. Sous les 10 aujourd'hui dans les sondages pour la semaine prochaine. Qu'est-ce qui s'est passé ? Et aujourd'hui, où vous mettez le curseur pour dire à vos militants, vos électeurs, que tout est encore sous contrôle ?

16:16
Manon Aubry

Je crois que le point de comparaison, en réalité, c'est celui des législatives en juin 2017, parce que l'offre électorale était similaire. Il n'y avait pas autant d'offres à la présidentielle.

16:26
Invité

Ça vous arrange de prendre un référent plus bas ?

16:28
Manon Aubry

Non, mais c'est l'élection la plus récente et l'offre électorale était similaire et le résultat était autour de 11%. Mais après, je crois que véritablement, pour répondre sur le fond de votre question, l'enjeu, c'est de la mobilisation. L'enjeu, c'est de savoir combien de gens vont aller voter le 26 mai parce que la plupart d'entre eux, pour le moment, n'ont pas prévu d'aller voter. Et moi, je veux dire à tous ces gens-là que l'Union européenne est présente dans notre quotidien. Le matin, quand on se lève, les céréales que les gens sont peut-être en train de manger en ce moment, quand elles ont été produites avec du glyphosate, c'est une autorisation de l'Union européenne.

Quand on va prendre les transports, s'ils ont été libéralisés et qu'il n'y a pas que des gares ou des lignes de train ont été fermées, là aussi, c'est une autorisation de l'Union européenne. Alors, plus que l'Union européenne est présente dans notre quotidien, je pense qu'il faut en reprendre le contrôle.

17:12
Présentateur

Un mot, Alexandra, puis on file au standard.

17:13
Invité

Alors, justement, reprendre le contrôle, on a Donald Trump qui vient d'exclure Huawei du secteur des télécoms aux Etats-Unis par décret. L'Europe n'est pas du tout sur cette position. Est-ce que l'Europe a tort ? Est-ce que Trump a raison ?

17:26
Manon Aubry

Ça dépend des raisons pour lesquelles Huawei a été exclu aux Etats-Unis. Je pense que ça démontre...

17:33
Invité

C'est parce qu'il se méfie de ce que Pékin pourrait demander à cette entreprise.

17:36
Présentateur

Sur une technologie aussi sensible.

17:38
Manon Aubry

Que la 5G. Je pense que ça démontre surtout la capacité d'un Etat, quand il le faut, et je pense que les raisons sont discutables en l'Etat, pour répondre sur le fond de votre question, à réguler les entreprises multinationales. Et je souhaite que, quitte à réguler des entreprises multinationales, moi la première question que j'ai envie de leur poser, c'est pourquoi elles ne payent pas leur juste part d'impôt ? Pourquoi aujourd'hui il existe des paradis fiscaux en Europe, comme l'Irlande et le Luxembourg, et que rien n'est fait, et qu'on continue à piller nos poches ?

18:04
Invité

Mais sur Huawei, il sait bien que Huawei soit sur la 5G en Europe ou pas ?

18:09
Manon Aubry

Je pense que continuer les avancées technologiques, ce n'est pas forcément une mauvaise chose, et que l'enjeu de régulation des entreprises porte davantage sur le fait qu'elles payent leur juste part d'impôt ou non.

18:17
Présentateur

Allez, on file au standard, il est 8h40 et je salue Jean-Paul. Bienvenue sur Inter, bonjour.

18:23
Auditeur

Bonjour France Inter, bonjour Madame Aubry. Alors pardonnez-moi, vous savez, moi je ne suis qu'un primaire, mais je n'arrive pas à voir, j'entendais M. Dupont-Aignan hier, Mme Le Pen à 8h moins 10, vous maintenant, qu'est-ce qui vous différencie d'eux ? Je n'arrive pas à comprendre. C'est touffu, on ne comprend absolument pas. Où est votre marqueur de gauche ? Point d'interrogation, on ne le voit pas Madame Le Pen à l'air.

18:49
Présentateur

Vous ne comprenez pas Jean-Paul, ça ne vous saute pas aux yeux ou aux oreilles ?

18:52
Auditeur

Ça ne me saute rien du tout, ni aux yeux ni aux oreilles.

18:55
Présentateur

Bon, ben écoutez, voilà. Merci pour cette question, je précise quand même, entre parenthèses, que vous avez une très belle voix de radio. Manon Aubry vous répond.

19:02
Manon Aubry

Oui, je crois que, là, vous témoignez des conséquences, des rapprochements qui ont pu être faits par certains médias entre le Rassemblement National et la France Insoumise. Je vais vous répondre sur le fond. Tout nous différencie. Tout. Quand eux sont pour rejeter à la mer les migrants et ne pas accueillir des bateaux en détresse, nous sommes pour accueillir ces bateaux en détresse. Quand ils sont contre l'égalité femmes-hommes et le congé parental, nous sommes pour. Quand ils sont contre la hausse du SMIC, nous sommes pour. Quand ils sont pour les institutions de la Vème République, nous sommes contre cette Vème République et pour passer à une VIème République, la liste est longue.

Et je vais vous dire, au-delà de ça... Oui, mais il y a eu du trouble, Manon Aubry. Il y a eu du trouble. L'épisode des Gilets jaunes, François Ruffin citant et ses référents à Étienne Chouard sur le RIC. Je suis désolée. Je vais répondre jusqu'au bout. Je suis en colère. Je suis en colère. J'ai grandi dans le Var. J'ai grandi à Fréjus. Mon engagement est né contre le Rassemblement National. A l'époque, le Front National extrêmement présent dans le Var. Je pense que le jeu qui consiste à rapprocher le Front National et le Rassemblement National et la France Insoumise est extrêmement dangereux pour la démocratie. Parce qu'aujourd'hui, tout nous oppose sur le fond.

Vous êtes dans un vaivien permanent. Parfois vous êtes dans le gauche-droite.

20:11
Invité

Parfois dans le peuple élite.

20:12
Manon Aubry

Nous sommes un rempart aujourd'hui à l'extrême droite sur le terrain. C'est insultant ce que vous faites. Je ne dis pas vous personnellement, mais c'est insultant pour les militants qui se battent pied à pied sur le terrain, partout en France, y compris dans les quartiers où plus personne ne fait de la politique. Et qui eux, vous le savez très bien, si vous êtes un observateur à viser de la vie politique, qui véritablement se battent contre l'extrême droite. Oui, mais je veux dire haut et fort parce qu'ils nous posent beaucoup trop souvent la question.

20:39
Invité

Il y a parfois un discours peuple-élite et parfois un discours gauche-droite. Il y a cette oscillation permanente.

20:45
Manon Aubry

Mais qu'est-ce que veut dire le discours gauche-droite ? Moi, je suis profondément de gauche et je n'ai pas de problème à le dire. Mais moi, je préfère parler sur le terrain des idées. Et vous savez pertinemment qu'aujourd'hui, sur le terrain des idées, sur le terrain des méthodes politiques, sur le terrain de ce qu'on fait, absolument tout nous oppose. Je vous ai donné une liste de questions. Je vais vous en donner une dernière. La transition écologique. Nous nous plaçons, la planification écologique et la transition écologique au-dessus de toutes les valeurs. Eux n'ont que faire de l'avenir de nos enfants et de notre planète. Je crois qu'une fois pour toutes, ce matin, ce sera très clair.

21:16
Présentateur

On repart au standard. Olivier, bonjour.

21:19
Auditeur

Bonjour. Merci de prendre ma question et merci à vous pour la qualité de vos émissions. Madame Aubry, je vous ai entendu il y a quelques minutes vous inquiéter du taux d'abstention. Que pensez-vous de la responsabilité absolument colossale de la France insoumise à l'occasion des dernières élections présidentielles puisque les chiffres l'ont prouvé. S'il y avait eu une vraie alliance entre M. Hamon et M. Mélenchon, ce n'est en aucun cas Marine Le Pen qui était au deuxième tour.

Donc ne pensez-vous pas que parmi tous les partis qui nous ont tous déçus depuis maintenant des dizaines d'années, le dernier sur lequel reposait d'énormes espoirs, c'était bien la France insoumise et que finalement aujourd'hui la déception se traduit par effectivement cette abstention contre laquelle je pense que vous ne pourrez plus rien.

22:00
Présentateur

Merci Olivier pour cette question. Manon Aubry vous répond.

22:03
Manon Aubry

Avec Dessy on met Paris en bouteille donc je ne sais pas ce que cela aurait donné en 2017 mais moi je vais vous répondre franchement je pense qu'il faut reconstruire et reposer les graines de la gauche.

Peut-être que la gauche était en jachère et qu'il faut en reposer les graines et que la volonté de la France insoumise en tout cas pour cette élection européenne et d'avoir un rassemblement assez large on a Emmanuel Morel qui vient du parti socialiste on a des gens qui viennent du parti communiste comme Farida Amrani Sergio Coronado qui vient d'Europe Écologie Les Verts moi qui n'ai jamais fait de politique avant et qui vient du milieu associatif et je crois que c'est aussi peut-être la preuve que la politique n'est pas réservée qu'à des professionnels et qu'on peut la reconstruire ensemble. Vous vous reparlez après le 26 mai

22:44
Invité

ou vous reparlez tous après le 26 mai comme l'a dit Yann Brossat à ce micro lundi ?

22:48
Manon Aubry

En tout cas tous ceux avec lesquels nous pouvons être en accord sur une rupture avec notamment ces règles européennes là pour reconstruire la coopération européenne alors oui maintenant il faut être cohérent si le PCF dit PCF is back et l'objectif c'est juste de mettre le logo du PCF ça ne suffira pas mais peut-être que je ne sais pas on créera le front populaire de demain en tout cas moi j'y suis plutôt favorable avec tous ceux avec lesquels on est d'accord mais pour cela d'abord il faut donner un maximum de force et de mobilisation pour ces élections européennes du 26 mai pour ne pas reconstruire sur absolument rien.

23:20
Présentateur

Merci Manon Aubry tête de liste la France insoumise d'avoir été au micro de France Inter depuis 8h20 la semaine prochaine nous continuerons ce débat ce dialogue avec les différentes têtes de liste bonne fin de campagne selon l'expression là encore consacrée.