Migrants: l'interview de Marion Maréchal sur BFMTV en direct de Lampedusa
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Mario Maréchal, merci d'être avec nous en direct sur BFM TV ce matin. Vous êtes vice-présidente de Reconquête et tête de liste du parti d'Éric Zemmour aux élections européennes. Vous êtes arrivé hier soir à Lampedusa. Je me posais une question très simple pour commencer. Est-ce que ce que vous avez vu sur place, est-ce que la réalité humanitaire, au fond, change votre regard sur ces gens qui ont traversé la Méditerranée au péril de leur vie ?
Les images sont impressionnantes et douloureuses, je ne vais pas vous mentir. Évidemment, il y a aujourd'hui plus de clandestins sur l'île que d'habitants, principalement des jeunes hommes de ce que j'ai vu. Et ça confirme, au contraire, ce que je crois qu'il est irresponsable, j'ai même envie de dire immoral, de pousser toutes ces personnes à traverser la Méditerranée au péril de leur vie pour leur promettre un Eldorado qui n'existe plus, pour leur promettre des conditions d'accueil que nous ne sommes pas capables, aujourd'hui, de leur apporter. On voit bien ici, les services italiens sont complètement débordés. Il y a vraiment une forme de chaos.
Et donc, c'est vrai qu'évidemment, humainement, ça fait mal au cœur. Mais cette situation humanitaire, elle est au contraire le résultat d'une politique migratoire complètement déraisonnable.
Oui. Peut-être aussi, et on ne peut pas complètement l'occulter, s'il y a autant de monde qui arrive subitement, c'est qu'il y a des circonstances particulières. Peut-être, probablement, liées à ce qui s'est passé en Libye, avec cette catastrophe climatique qui a fait des milliers de morts.
Ce qui est certain, en tout cas, c'est que ces arrivées ne sont pas spontanées. On imagine bien, et c'est d'ailleurs ce que confirme le gouvernement italien, qu'il y a derrière cela une forme de professionnalisme des passeurs et des trafiquants d'êtres humains, une fois de plus en coordination avec certaines ONG qui profitent, disons-le, de la misère humaine pour pouvoir, justement, alimenter ces réseaux qui brassent des millions et des millions sur fond de misère humaine. Donc, c'est absolument insupportable. Et on regrette que l'Union européenne, justement, n'ait pas accompagné, Georgia Meloni, dans sa volonté de mettre fin à ces trafics.
Elle qui a essayé, justement, de limiter cette complicité entre certaines ONG et passeurs et qui s'est vue, eh bien, abandonnée. Et c'est d'ailleurs pour ça que je suis là aujourd'hui. C'est pour apporter un soutien, un soutien au peuple italien, un soutien au gouvernement italien qui est abandonné par l'Union européenne, abandonné aussi par la France et qui se retrouve seule à gérer cette situation. Alors même, disons-le, que les frontières italiennes ne sont pas seulement les frontières de l'Italie, elles sont les frontières de l'Europe entière. Et que les personnes que vous voyez aujourd'hui, derrière moi, pour la majorité d'entre elles, ne vont pas rester en Italie.
Dans une semaine, elles seront pour une partie en France. Voilà, c'est ce que nous devons dire aussi aux Français. Et ils vont venir en France parce qu'aujourd'hui, eh bien, il y a des signaux d'appel qu'il s'agisse du droit du sol, du regroupement familial, de la politique particulièrement généreuse de l'accès aux aides sociales, de la facilité d'accès à la nationalité. Et qu'aujourd'hui, le droit d'asile tel qu'il est construit aujourd'hui par la Commission est un nouvel appel d'air, en fait, à l'immigration clandestine.
Mario Maréchal, pardon de vous dire cela comme ça, mais est-ce qu'il n'y a pas quelque chose d'un peu indécent dans ce que vous dites ? Est-ce que, d'abord, vous ne devriez pas apporter un soutien à ces personnes qui sont juste derrière vous ?
Pardonnez-moi, M. Toussaint, mais la politique de générosité à laquelle vous appelez, ce n'est pas vous qui allez en payer les conséquences. Vous ne savez pas, vous traversez Paris, j'imagine, pour aller à votre studio. Vous voyez, comme moi, sous les ponts parisiens, les camps de migrants, que la France n'arrive d'ores et déjà pas à gérer. Vous voyez les difficultés d'assimilation des populations étrangères que nous avons en France. Vous avez vu, comme moi, les images des émeutes avant l'été, principalement alimentées aujourd'hui par, y compris des Français d'origine étrangère. Vous voyez le poids, aujourd'hui, de l'immigration, notamment de l'immigration clandestine, sur l'insécurité.
Donc, allez aujourd'hui expliquer aux Français qu'ils doivent être généreux pour accueillir quoi ? 10 000, 100 000, 1 million d'Africains supplémentaires. Vous voyez bien que ce n'est pas raisonnable, que nous n'avons plus les capacités. Ce n'est pas rendre service aux Français, mais pas même aux Africains. Comprenez bien aujourd'hui que cette situation est sans fin si nous n'y apportons pas une réponse ferme. Nous sommes 500 millions d'Européens au sein de l'Union européenne. Il y aura bientôt plus d'habitants au Nigeria que dans l'ensemble du continent européen. En 2050, il y aura plus de 2 milliards d'Africains. En parallèle de ça, nous ne faisons plus d'enfants.
C'est donc un sujet, on va dire, historique, vital, qui concerne l'ensemble du continent. Et comprenez bien que si nous n'agissons pas fermement, il y aura des conséquences et une bascule culturelle, civilisationnelle, sécuritaire qui sera irrémédiable. Donc je crois non que ce n'est pas la responsabilité aujourd'hui d'un responsable politique européen que d'expliquer aujourd'hui qu'on peut continuer à mentir à ces populations en leur disant que nous avons les moyens de les accueillir, en particulier en France.
– Ce n'était pas ma question, Mario Maréchal. Je parlais simplement de sentiments, d'humanité.
– Je pense y avoir répondu.
– Mais bon, peu importe. Avançons si vous le voulez bien.
– Vous savez, ne croyez pas, je suis sur place. Je peux vous dire qu'évidemment, c'est dur. Moi, je traverse ces fils, je vois ces gens sous le soleil, je vois ces gens à qui on a promis des choses qu'on n'est pas capable d'apporter. Donc bien sûr que c'est difficile, bien sûr que ça n'est pas évident aujourd'hui d'avoir un discours de fermeté. Mais comprenez bien que moi, en tant que responsable politique, je suis d'abord là pour défendre les intérêts du peuple qui est le mien. Et cette politique de générosité que vous appelez de vos voeux, et je comprends bien qu'elle est confortable, elle a quand même des conséquences aujourd'hui extrêmement graves dans notre pays.
Tous les Français en conviennent. Si tous les Français aujourd'hui, en tout cas une très grande majorité d'entre eux, estiment, sondage d'opinion après sondage d'opinion, qu'il faut stopper l'immigration, c'est qu'il y a bien des raisons, et je ne remets pas en cause la générosité des Français. Je pense que, simplement, aujourd'hui, il faut être raisonnable, et entendre ce qu'ils ont à nous dire aujourd'hui de ce qu'ils subissent de l'immigration massive.
Petite précision, je ne suis pas votre adversaire politique, Mario Maréchal, je vous pose des questions, tout simplement, et je n'exprime rien. Non, non, pas du tout, je ne le prends pas comme ça,
mais vous savez, il n'y a pas d'un côté dans ce débat qui est très compliqué, il n'y a pas d'un côté les gentils et les méchants, voilà. On a tous un cœur, on a tous des enfants, on a tous envie d'être humains, et je peux vous dire que quand je vois les images que j'ai derrière moi, je ne vois pas une politique humaniste. Voilà, je vous le dis franchement, je ne crois pas aujourd'hui alimenter les politiques des passeurs, et faire arriver ces gens dans ces conditions soit une politique humaniste. Je vous le dis franchement, je ne vous dis pas que leur promettre de venir au prix de leur vie pour que la Méditerranée se transforme en site tiers soit une politique humaniste.
Donc attention aussi parfois aux discours, je ne parle pas de vous évidemment, aux discours de générosité, qui ont des conséquences très graves, non seulement dans les pays dont on parle en Europe, mais aussi justement en premier lieu pour ces populations. Moi, je n'en veux pas aux gens qui sont aujourd'hui derrière moi que les choses soient dites. Je veux dire, c'est légitime de leur part de dire, j'espère une vie meilleure, je vais arriver en Europe, je vais demander un droit d'asile, même si je ne l'obtiens pas, j'ai très peu de chances d'être débouté. En France, j'aurai le regroupement familial, j'ai une chance d'être régularisé, j'ai une chance d'accéder à la nationalité française.
C'est logique d'une certaine manière que ces populations tentent de les traverser. Moi, j'en veux aux responsables politiques qui justement font ces promesses et ne mesurent pas derrière les conséquences qu'ont ces politiques pseudo-généreuses.
Alors, revenons à Mme Mélanie, dont vous aviez salué la victoire aux dernières élections italiennes. On sait votre proximité. Alors, elle avait promis beaucoup de choses. Souvenez-vous, un blocus naval avec elle, tout allait changer. Résultat, depuis le début de l'année, 126 000 personnes sont arrivées en Italie. C'est deux fois plus que sur la même période, en 2022. Ce n'est pas un échec pour elle ?
Vous savez, pardon, mais vous savez justement que Mme Georgia Mélanie est victime, je vous le disais à l'instant, de l'abandon de l'Union européenne. L'Union européenne, aujourd'hui, refuse de faire de Frontex une véritable agence de protection de nos frontières. Frontex, aujourd'hui, est perçue et voulue comme davantage une association humanitaire qui va d'abord apporter du sauvetage aux bateaux pour les ramener sur nos côtes. En parallèle de ça, souvenez-vous au moment où Mme Mélanie, justement, voulait fermer les ports italiens et casser cette collusion entre passeurs et ONG.
Au même moment, le gouvernement d'Emmanuel Macron, à travers la personne de Gérald Darmanin, accueillait le bateau de migrants de l'Océane Viking à Toulon, envoyant ainsi un incroyable appel à l'ensemble des candidats à l'immigration, en leur disant, de toute façon, même si vous n'êtes pas accueilli en Italie, vous serez accueilli en France. Donc, tentez, une fois de plus, la traversée. Mme Mélanie, pour des raisons, j'ai envie de dire, géographiques, physiques, elle est la porte d'entrée de l'Europe. Donc, elle paye, en fait, en réalité, les politiques laxistes des différents pays à côté.
Maintenant, moi, ce que je crois aujourd'hui, et c'est d'ailleurs tout l'objet de ma candidature aux européennes et dans les mois à venir, c'est que, justement, l'enjeu de cette élection, c'est d'en faire en sorte que, demain, l'Union européenne soit, au contraire, un allié, un soutien de tous ces chefs d'État qui souhaitent apporter une réponse migratoire ferme et qui, aujourd'hui, ne le peuvent pas, justement parce que la Commission continue de défendre, notamment, une politique d'asile extrêmement large et extrêmement laxiste. Ce qu'il faudrait, aujourd'hui, c'est remettre en place, notamment, l'opération de type Sofia.
Souvenez-vous, à l'époque, une opération militaire coordonnée qui avait vocation à aller détruire les embarcations sur les côtes de Méditerranée qui étaient utilisées par les passeurs, à poursuivre, justement, ces passeurs, à les traîner devant la justice, à casser tous ces réseaux. Mais, cette fois-ci, il faudrait, évidemment, éviter de faire en sorte d'aller chercher ces embarcations pour les ramener sur les côtes et, au contraire, les renvoyer vers les ports de départ. Et j'en finirai par là. La véritable... Comment aider Mme Mélanie ?
C'est tout simplement en acceptant ce qu'aujourd'hui, la Commission refuse de financer des hotspots de l'autre côté de la Méditerranée, c'est-à-dire que les demandes d'asile soient faites dans les pays d'origine ou, en tout cas, dans les pays au bord de l'autre côté de la Méditerranée pour éviter, justement, qu'ils soient et qu'ils arrivent massivement sur notre sol parce qu'on sait qu'une fois qu'ils sont en Europe, c'est très compliqué, évidemment, de les renvoyer chez eux. Donc, moi, je ne crois pas... Je ne doute pas de la volonté de Mme Mélanie. Je sais qu'elle fait tout ce qu'elle peut, y compris au niveau européen, pour tenter d'obtenir un consensus.
Mais à un moment donné, eh bien, ça dépend aussi de nous et ça dépend des élections européennes prochaines si on veut véritablement avoir une réponse coordonnée.
Donc, ce que Georges Amélanie n'a pas réussi à faire en tant que Première ministre d'Italie, vous, Mario Maréchal, future députée européenne, si vous êtes élue, vous réussirez à le faire ?
Mais, pardon, ne nous trompons pas sur une chose. Sachez quand même qu'aujourd'hui, l'Italie est principalement un pays de transit. C'est-à-dire que les personnes qui arrivent en Italie ne restent pas en Italie. Parce qu'en Italie, vous n'avez pas toutes les largesses sociales que vous avez en France. Vous n'avez pas le droit du sol. Vous n'avez pas un accès à la nationalité qui est aussi simple que celui que vous avez en France. Donc, en fait, elle n'a pas mis en place une politique qui, elle, alimente les appels d'air dans son pays. Elle ne fait que subir, en réalité, le fait d'être la porte d'entrée de l'Europe.
Et qu'en étant la porte d'entrée, eh bien, toutes les personnes veulent ensuite aller en Allemagne, en France, au Royaume-Uni. D'ailleurs, permettez-moi à cette occasion de dénoncer l'incroyable hypocrisie du gouvernement allemand. Incroyable hypocrisie du gouvernement allemand qui, aujourd'hui, explique qu'il va fermer ses portes aux personnes immigrées qui arrivent d'Italie, alors que l'Allemagne, ces dernières années, a, sans aucune conversation avec les autres pays membres, accueilli massivement des populations immigrées, notamment des demandeurs d'asile, ou aspirants, en tout cas, demandeurs d'asile.
Souvenez-vous, en 2015, le million de personnes qui sont rentrées par l'Allemagne dans l'espace Schengen. Donc, je veux dire, s'il y a bien un pays, aujourd'hui, qui est responsable de cette situation, qui a alimenté la pelle d'air, qui fait qu'aujourd'hui, l'Italie se retrouve en difficulté, c'est quand même l'Allemagne. Et donc, c'est vrai que c'est assez insupportable, que ce soit d'ailleurs le gouvernement français ou le gouvernement allemand, de voir aujourd'hui, de s'en laver les mains, de ne pas répondre, finalement, de la responsabilité qui est la leur, et de renvoyer la balle à Mme Mélanie, comme si ça ne les concernait pas.
Une fois de plus, ne nous trompons pas, les personnes qui sont derrière moi ne resteront pas en Italie pour la majorité. Dans une semaine, ils seront pour partie à Nice et dans notre pays. Donc, c'est bien un défi collectif.
Une toute dernière question, et je vous demande une réponse rapide, s'il vous plaît, parce qu'on est au terme de cette interview. Et il y a quelques instants, Jordan Bardella a demandé à Emmanuel Macron de prendre un engagement de n'accueillir aucun migrant issu de ce qu'il appelle l'opération concertée de Lampedusa. Est-ce que vous demandez à la France la même chose ?
Non, mais ça devrait être même plus large que ça, j'ai envie de dire. Rappelons quand même qu'Emmanuel Macron est le président record de l'immigration illégale, mais aussi de l'immigration légale. Donc, évidemment, on appelle une rupture dans sa politique. On sait que les Français, je vous l'ai dit tout à l'heure, sont très majoritaires à vouloir un changement dans cette politique d'immigration. C'est l'un des rares sujets consensuels dans notre pays. Il serait en effet tant qu'Emmanuel Macron s'en rende compte.
Merci beaucoup, Mario Maréchal. Merci d'avoir répondu à toutes nos questions ce matin en direct depuis Lampedusa. Vous êtes depuis hier. Merci.
Marion Maréchal