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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 23 février 2022 9 min

Marie-Noëlle Battistel, sur le climat : "On va vers le bon chemin pour adapter nos aménagements" de montagne

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

La montagne représente un quart du territoire français et son économie repose énormément sur le tourisme, un modèle essentiellement tourné vers le ski. Mais le réchauffement climatique est déjà en train de changer la donne et pour de nombreuses stations, une transition est inévitable. Bonjour Marie-Noëlle Battistel. Bonjour. Vous êtes députée socialiste de l'ISEE, vous êtes la rapporteure d'une mission d'information sur le tourisme de montagne. Vous avez présenté vos conclusions hier soir à l'Assemblée. Alors ça fait quelques années déjà quand même qu'on parle des effets du réchauffement sur l'économie de montagne avec la raréfaction de la neige d'année en année.

Il y a récemment eu aussi des états généraux sur cette question. Et pourtant, vous écrivez dans votre rapport que la prise de conscience demeure insuffisante parmi certains acteurs de la montagne. Je vous cite. Ça veut dire qu'il y a du déni encore aujourd'hui ?

0:47
Marie-Noëlle Battistel

Oui, alors effectivement dans quelques secteurs. Je pense que d'une manière générale, notamment depuis les états généraux du tourisme en montagne qui ont eu lieu il y a quelques mois. Oui, en septembre. Voilà, où on a su mettre autour de la table différents acteurs qui n'avaient pas pour habitude de communiquer ou de s'asseoir autour de la table pour discuter des enjeux de la montagne. Et donc, je pense que ça, c'est une vraie réussite et qui témoigne d'une prise de conscience collective qui s'opère. Et je suis plutôt optimiste sur ce sujet, même s'il y a encore dans certains secteurs, mais ça devient de plus en plus rare.

Et je pense qu'on va vers le bon chemin pour adapter nos aménagements, pour avoir un regard sur la montagne un peu différent. C'est vrai que cette saison de ski avec beaucoup de neige cette année nous contredit un peu, mais c'est aussi ce que dit le rapport du GIEC, que les hivers seront très irréguliers. Et ça ne veut pas dire qu'il n'y aura plus jamais de neige, mais qu'il y aura des saisons ou plusieurs saisons de suite avec un enneigement moindre.

2:00
Présentateur

Mais pour ceux qui n'ont pas encore cette prise de conscience dont vous parlez, c'est quoi leur réflexion ? On sait qu'on va dans le mur, mais il faut en profiter le plus possible parce que s'adapter, c'est toujours plus compliqué, ça coûte de l'argent. C'est un peu ça leur réflexion ?

2:15
Marie-Noëlle Battistel

Le problème de l'adaptation, c'est qu'on n'a pas vraiment de modèle équivalent et qu'il faut vraiment, dans un certain nombre de stations, avoir un changement assez radical. Et au-delà de cela, je pense que la prise de conscience qu'on constate, elle est plus territoire par territoire. Il est vrai que l'impact n'est pas le même de par la topographie des massifs dans certaines stations plutôt que dans d'autres. Et donc je crois qu'il y a des... d'ailleurs les études le montrent, puisque par exemple en Isère, il y a eu une étude qui a été faite sur les différents massifs de l'Isère.

Et on voit bien qu'il y a des stations où l'échéance, elle est là, tout de suite, et d'autres où on est sur du terme de 30 à 40 ans. Et donc c'est vrai que les décisions et les changements de mentalité ne s'opèrent pas de la même façon et c'est un peu normal. Et d'ailleurs les stations de moyenne montagne, pour la plupart, ont déjà entamé cette transition. Oui, il y a par exemple notamment sur le Vercors où il y a des aménagements qui ont évolué déjà depuis de nombreuses années et où les pratiques sont différentes.

Et puis il y a aussi, on parle beaucoup des stations de ski pour le tourisme de montagne, mais il y a aussi toute la partie estivale où l'attrait de la montagne devient de plus en plus important l'été, notamment pour avoir un peu de fraîcheur et où il y a, sur certains endroits, on peut déjà parler de surfréquentation de population et qui pose d'autres problèmes avec les autres usages de la montagne, notamment le pastoralisme ou l'agriculture.

Et donc ce n'est pas essentiellement sur la montagne d'hiver qu'il faut évoluer, c'est aussi sur l'ensemble de la saison, puisque l'hiver le tourisme est plutôt concentré sur des périmètres qui sont bien déterminés sur les pistes de ski ou de randonnée, alors que l'été on a de la fréquentation un petit peu éparse et qui est moins driveée.

4:21
Présentateur

Et le ski, ça représente quand même une part très importante de l'économie locale. Justement, on va prendre un exemple, à la Clusa, en Haute-Savoie, le maire veut construire une nouvelle retenue d'eau, il y en a déjà quatre, pour produire encore plus de neige artificielle. Les opposants à ce projet dénoncent une fuite en avant. Vous aussi, la neige artificielle, ce n'est pas ça la solution ?

4:44
Marie-Noëlle Battistel

Moi, je pense qu'il ne faut pas faire preuve de dogmatisme en la matière. Je pense qu'il y a encore certains endroits où on peut produire de la neige artificielle, il y a d'autres endroits où c'est moins pertinent.

Et à titre d'exemple, sur l'ISER, également, on conduit une étude d'un schéma de conciliation de neige de culture, massif par massif, qui montrera au regard de la ressource en eau aussi, puisque c'est très différent d'un massif à l'autre, s'il y a encore des opportunités, si c'est pertinent à tel endroit ou si ça ne l'est plus, pour définir des zonages où l'ennagement artificiel pourra encore avoir quelques petites antennes pour consolider une activité hivernale et à d'autres endroits où il faudra y renoncer parce que c'est une fuite en avant, comme vous le dites.

5:37
Présentateur

Marie-Noëlle Baptiste, il y a eu une adaptation un peu obligée l'an dernier avec la pandémie, puisque ça a entraîné la fermeture des remontées mécaniques. Ça a été de facto un moyen de se rendre compte que la vie sans ski est possible. On l'a vu, ça, dans les stations ?

5:51
Marie-Noëlle Battistel

On l'a vu, la vie était possible, sauf que le modèle économique, qui repose essentiellement sur le ski en montagne, s'est effondré. S'il n'y avait pas eu le fonds de soutien et de solidarité de l'État, on avait énormément de structures qui auraient fermé, notamment, alors là on parle des remontées mécaniques, mais il y a tout l'écosystème autour, avec la restauration, les lois, l'ensemble des activités. On n'était absolument pas sur les mêmes échelles de chiffre d'affaires.

6:19
Présentateur

Est-ce qu'il y a déjà des exemples de stations qui ont réussi leur transition ? Vous citez quelques exemples dans votre rapport d'aménagements qui ont été réalisés et réussis. Vous parlez de Champs-Rousse, vous parlez de Saint-Pierre-de-Chartreuse, vous parlez d'Arthouse dans les Pyrénées-Atlantiques. Mais est-ce que ce sont juste quelques aménagements ou une vraie transition réussie ?

6:37
Marie-Noëlle Battistel

Il y a des transitions qui ont été contraintes parce qu'il n'y a vraiment plus de neige et qu'il a fallu se tourner vers un autre modèle. Et d'autres, il y a Métabier aussi, où il y a une orientation qui est différente avec une restauration des équipements existants plutôt que de renouveler. Moi, je dirais qu'il n'y a pas de bonnes recettes qui peuvent s'appliquer à toutes les stations. Il faut vraiment que cela parte du terrain avec un projet territorial qui ne sera pas adaptable sur tous les massifs montagneux. Donc, c'est au regard de la configuration, au regard de l'altitude, de la topographie, de l'exposition des stations qu'il faut réagir d'une manière différente.

Et je crois que ça doit vraiment partir du territoire. C'est ce qui ressort bien dans notre rapport, que la recette n'est pas applicable partout et qu'il faut avoir en conscience cela.

7:37
Présentateur

Il faut re-territorialiser justement ce tourisme de montagne, diversifier les activités aussi. Le but, c'est ça, de développer des activités qui soient possibles en toute saison, pas que l'hiver.

7:50
Marie-Noëlle Battistel

Oui, oui. Et puis surtout, adapter les métiers, parce qu'il y aura forcément une mutation dans les métiers. Par exemple, on cite le rapport de la FRAT sur les métiers de la montagne et l'adaptation de ces métiers, la saisonnalité, la pluréactivité. Il faut aussi consolider, pérenniser, déprécariser ces métiers qui sont souvent... D'ailleurs, cette année, on a bien vu le manque de personnel dans l'ensemble des métiers de la montagne.

8:21
Présentateur

Ça veut donc dire développer des formations, des reconversions ? Ça veut dire qu'il faut un soutien financier des pouvoirs publics ?

8:28
Marie-Noëlle Battistel

Oui, qu'ils soient très ciblés et, je vous le disais, adaptés au territoire. La formation est effectivement extrêmement importante. Et puis, il y a toute la question aussi du logement des saisonniers, de l'accompagnement des saisonniers pour que ces métiers demeurent attractifs, quelles que soient les propositions vers lesquelles on va, que ce soit l'été ou l'hiver, il faut adapter les métiers à la situation actuelle. Oui, parce que c'est toute la vie économique de la montagne qui est chamboulée par... Mais il y a encore de l'avenir dans le ski, parce qu'il y a des secteurs de montagne qui auront encore beaucoup de neige pendant longtemps.

Donc, ne tournons pas la page complètement du ski, mais sachons...

9:13
Présentateur

Diversifier. Voilà, et s'adapter. Merci Marie-Noëlle Battistel, rapporteure d'une mission d'information sur le tourisme de montagne. Vous étiez l'invité du 5-7.

Marie-Noëlle Battistel, sur le climat : "On va vers le bon chemin pour adapter nos aménagements" de montagne — Marie-Noëlle Battistel · Pourquijevote