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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 1 octobre 2025 24 min

Navire fantôme russe au large de Saint-Nazaire, menaces de mort à son encontre... Le "8h30 franceinfo" de Nathalie Loiseau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Nathalie Noiseau. Bonjour Agathe Lambret. On va parler de la situation politique en France difficile. Comment nos voisins européens nous observent-ils ? Mais d'abord, c'est un pays en alerte maximale qui accueille un sommet européen demain, le Danemark. Alors que des sites sensibles, aéroports, bases militaires ont été survolés à plusieurs reprises par de mystérieux drones ces derniers jours. La France a envoyé des moyens anti-drones en renfort. D'autres pays européens ont fait face à ce type d'incursion ces dernières semaines. Y voyez-vous d'abord la main de Moscou, Nathalie Noiseau ? Mais qui d'autre ?

0:38
Nathalie Loiseau

D'abord, ça a été très clairement établi pour les survols d'avions russes au-dessus de Pays-Baltes, au-dessus de la Pologne, de la Roumanie. Et sur les drones, qui d'autre a intérêt à faire peur aux Européens, à nous faire penser à autre chose qu'à l'Ukraine, mais plutôt à nous-mêmes. Et à s'en prendre au Danemark, le pays qui aide le plus l'Ukraine par tête d'habitants, le pays qui, vous l'avez dit, reçoit les dirigeants européens aujourd'hui pour un sommet qui est consacré à l'Ukraine et à la défense.

1:08
Invité

Donc vous ne croyez pas aux dénégations russes ?

1:10
Nathalie Loiseau

Ecoutez, s'il fallait se mettre à croire à la propagande russe, vous vous souvenez que la Russie avait dit qu'elle n'attaquerait jamais l'Ukraine ?

1:17
Présentateur

Nathalie Noiseau, il y a un navire fantôme russe qui a été repéré depuis deux jours au large de Saint-Nazaire. Ce même bateau qui avait été repéré par les enquêteurs danois. Il aurait pu servir de plateforme de décollage. Une enquête est ouverte. Une enquête est ouverte. On attendra d'avoir des précisions.

1:33
Nathalie Loiseau

Qu'est-ce que vous pouvez nous dire ? D'abord que c'est important qu'il y ait des enquêtes européennes et ça sert à ça la coopération policière européenne. Ensuite, les navires fantômes, qu'est-ce que c'est ? Ce sont des navires, souvent en fin de vie, que la Russie utilise pour exporter clandestinement du pétrole, pour échapper au système mis en place par l'Union Européenne. Mais ces navires, ils sont soupçonnés, par exemple, d'avoir sectionné des câbles d'Internet en mer Baltique à plusieurs reprises. Et maintenant, la question se pose de savoir comment les drones...

2:05
Invité

C'est des câbles sous-marins, je peux qu'on comprenne bien.

2:06
Nathalie Loiseau

Ce sont des câbles sous-marins. Et on voit, quand on suit la trajectoire de ces navires, qu'ils repassent à plusieurs reprises à l'endroit où un câble, finalement, est sectionné. Donc, on se doute que c'est ça qui est arrivé. Tant qu'ils restent dans les eaux internationales, on ne peut rien faire.

2:23
Présentateur

On ne peut pas leur dire de partir. On ne peut pas les arraisonner. On ne peut rien faire.

2:28
Nathalie Loiseau

Dans les eaux internationales, c'est compliqué. Et, en revanche, dans les eaux territoriales, ils peuvent être arraisonnés. Et une enquête doit être menée, évidemment. Et on a resserré, nous, Européens, les sanctions et le contrôle de cette flotte fantôme, qui est un moyen pour la Russie, à la fois de contourner les sanctions et d'essayer d'intimider les Européens. Le but, il est toujours le même. Que nos opinions publiques...

2:48
Présentateur

C'est quoi le but ? C'est de nous déstabiliser de l'intérieur ? Quel est l'intérêt à Moscou à déstabiliser les Européens ?

2:54
Nathalie Loiseau

Que les Européens se disent, d'abord, c'est nous qui devons être protégés plutôt que d'aider l'Ukraine. Donc, protégeons notre ciel, laissons tomber les Ukrainiens. Ou bien que les Européens se disent, vraiment, la Russie est très forte, elle est très puissante, elle est très menaçante. À un moment où, on le sait, la Russie piétine en Ukraine. Elle a pris depuis 2022, quoi, 1% du territoire ukrainien. Quand on voit la disproportion entre l'armée russe et l'armée ukrainienne, ça n'est pas un succès pour la Russie. Donc, il faut que ce soit de nos opinions qui soient manipulées. C'est ce qu'on appelle l'ingérence. Ça arrive sous le temps. C'est arrivé en Moldavie. C'est arrivé en Roumanie.

C'est arrivé partout en Europe. Ça peut arriver demain dans une élection en France.

3:32
Invité

Donc, vous nous parlez, c'est passionnant, surréaliste, de cette flotte fantôme qui, à la fois, transporte... C'est très réaliste, hélas. Non, mais je ne dis pas que ce n'est pas réaliste. C'est incroyable. C'est à la fois du pétrole. Ils peuvent potentiellement couper les câbles sous marins et transporter des drones. Est-ce que vous pensez que Vladimir Poutine, par cette flotte fantôme et ses différents proxys, ou directement, prépare une nouvelle attaque contre l'Europe et contre la France ? Contre l'Europe, en tout cas, c'est ce que pense et ce que dit Volodymyr Zelensky.

3:55
Nathalie Loiseau

C'est ce que disent les services de renseignement allemands, polonais, disent d'ici 5 ans. Si nous, Européens, ne faisons pas ce que nous avons à faire, ce n'est pas une fatalité, si nous ne faisons pas ce que nous avons à faire, si nous donnons des signaux de faiblesse et non pas de fermeté, nous courons le risque d'une attaque sur un pays européen.

4:15
Présentateur

Et justement, comment contrer cette menace ? La Commission européenne envisage notamment de créer un mur anti-drone sur le flanc est de l'Europe. Écoutez, ce qu'en pensait sur France Info tout à l'heure un ingénieur expert des armes. Le meilleur moyen pour un drone de franchir une frontière, c'est par la poste. Donc, toutes les idées de barrages sortent de lignes maginaux anti-drone que l'OTAN veut dresser à l'est sont des tentatives vouées à l'échec par avance. Voilà, c'était Marc Matilla, ingénieur expert en armes sur France Info. Vous y croyez, vous, à ce mur anti-drone ? Vous entendez ce qu'il dit ? Le meilleur moyen d'envoyer un, c'est par la poste.

4:51
Nathalie Loiseau

Mais il a raison. Et à partir de là, la ligne maginaux, ça n'a pas très bien marché, on s'en souvient. Historiquement, non. Il faut protéger notre flanc est, qui est plus exposé que d'autres. Mais nous sommes en réalité tous à la merci d'une opération qui peut être menée contre des infrastructures stratégiques en France.

5:10
Invité

D'accord, mais pour revenir au mur anti-drone dont tout le monde va parler aujourd'hui au Danemark, ça sert à quoi ? C'est quoi ?

5:15
Nathalie Loiseau

Alors, concrètement, ce sont des radars, ce sont des capteurs sonores qui permettent d'entendre arriver les drones. Ce sont des brouilleurs qui empêchent le drone d'arriver jusqu'à sa cible.

5:27
Invité

Une espèce de dôme de fer, en fait, européen ?

5:29
Nathalie Loiseau

Non, pas du tout. Rien à voir. Parce que le dôme de fer, c'est un truc hyper technologique, hyper coûteux. Et ce qu'on a fait en Pologne, par exemple, en abattant des drones avec des avions de chasse, c'est ce que j'appellerais le marteau pilon pour écraser une mouche. C'est une disproportion de moyens. Un drone, ça coûte très peu cher.

5:47
Invité

Et comment on écrase les mouches ? Comment on écrase les mouches ? Si on n'envoie pas des rafales, comment on fait ?

5:52
Présentateur

Vous savez qui le sait ? Est-ce qu'on ne ferait pas comme les Ukrainiens ?

5:54
Nathalie Loiseau

Qui le sait, ce sont les Ukrainiens. Ce que je vous expliquais, c'est-à-dire les capteurs sonores, c'est une méthode qui a été mise en place par les Ukrainiens. Aujourd'hui, l'armée française est en train de réfléchir à, je ne vais pas dire bricoler, mais transformer des vieux canons, des vieilles mitrailleuses. Parce qu'un drone, ça n'a pas besoin de plus.

6:16
Invité

Une balle, il tombe.

6:18
Nathalie Loiseau

Une balle, il tombe. Mais en tout cas, il n'a pas besoin d'un missile pour être abattu. Et puis surtout, il faut les abattre. Et la question qui se pose aussi, c'est comment est-ce qu'on dissuade la Russie de survoler nos espaces aériens souverains avec des avions de chasse ? Imaginez si des avions de chasse européens volaient au-dessus de Kaliningrad, cet esclave russe en territoire polonais. Ça déclencherait des hurlements russes. C'est ce que les Russes font aujourd'hui en Europe. Il faut absolument les dissuader, pas forcément par des survols. La riposte dans ce genre de situation...

6:53
Présentateur

Quelle doit être la riposte ? Parce qu'Emmanuel Macron dit qu'il faut hausser le ton.

6:56
Nathalie Loiseau

Il faut hausser le ton. D'ailleurs, l'OTAN travaille à ça et a changé ses règles d'engagement. Ce qui est extrêmement important. C'est-à-dire qu'un État qui fait l'objet de ce type de menaces peut décider de riposter. Et qu'en train de dire qu'il faut abattre les avions russes, justement. Écoutez, en 2015, il y a un avion russe qui a survolé la Turquie. Pendant 12 secondes, il a été abattu. Depuis, il n'y a plus d'avions russes qui survolent la Turquie.

7:21
Présentateur

Nathalie Loiseau, un dernier mot. Vous parliez des élections présidentielles. Il faut se préparer de l'élection présidentielle en 2027 à avoir des ingérences russes pendant la campagne. D'abord, on en a déjà aujourd'hui.

7:33
Nathalie Loiseau

Vous avez vu les mains rouges sur le mur des Jus, les étoiles bleues sur les murs de Paris. Récemment, les têtes de cochons devant des mosquées. Et tout ça a été des opérations de déstabilisation avec des agents qui travaillaient pour la Russie. Donc, on en a entre les élections. Mais au moment des élections, nous sommes le pays européen après l'Ukraine le plus ciblé par la désinformation russe. Nous, la France.

7:56
Présentateur

Plus que les autres pays européens après l'Ukraine.

7:58
Nathalie Loiseau

Plus que n'importe quel autre pays européen. Parce que nous avons nos fragilités. Parce que nous avons des partis extrémistes très hauts dans les sondages. Et que, en quelque sorte, ça vaut la peine d'appuyer sur ce qui fait mal. De mettre du sel sur nos plaies. Pour, quel résultat ? Pour essayer, vu de Vladimir Poutine, d'avoir au pouvoir en France un parti qui lui est favorable. Donc, oui, attendons-nous à ce que nous avons vu en Moldavie, ce que nous avons vu en Roumanie. Nous arrive en France. Bravo les Molda.

8:30
Invité

Marine Le Pen démarque catégoriquement tout le lien avec Vladimir Poutine. Parce que c'est elle que vous citez entre les lignes.

8:34
Nathalie Loiseau

Alors, est-ce qu'on peut se rappeler qui s'est présenté pour le Rassemblement National à l'élection partielle ? Dimanche dernier. Thierry Mariani. Thierry Mariani, dont le soutien à la Russie, il n'en fait pas mystère. Il en fait même son fonds de commerce. Et moi, je regarde comment vote le Rassemblement National au Parlement européen. Naturellement, comme tous les partis qui sont liés ensemble, le Fidesz d'Orban, etc., ils sont tous favorables à Vladimir Poutine.

9:04
Invité

Le nerf de la guerre, c'est aussi l'argent au sommet danois aujourd'hui. La question des avoirs russes gelés. La commission propose de transformer, on parle quand même de 176 milliards d'euros gelés en prêts à l'Ukraine pour l'aider évidemment à financer la guerre. Est-ce que vous soutenez cette initiative ?

9:21
Nathalie Loiseau

Je fais plus que la soutenir. Ça fait un an que je répète que ces avoirs russes doivent servir à ce que l'on prête à l'Ukraine. Dès maintenant, l'argent qui lui revient. C'est un prêt ou un don ? Non, c'est un prêt. C'est un prêt. Mais on récupère à cet argent ? Soit la Russie paye des dommages de guerre qu'elle doit à l'Ukraine. Il faut que la Russie paye pour la guerre qu'elle a déclenchée. C'est un principe très simple. La Russie sera un jour condamnée à payer ses dommages de guerre. Est-ce qu'il faut attendre ce moment pour prêter de l'argent à l'Ukraine ? La réponse est non. Soit la Russie les paye, soit l'Ukraine aura juridiquement le droit de saisir ses avoirs.

9:54
Présentateur

La France est frileuse pourtant, Nathalie Loiseau. Frédéric Schmer, le chancelier allemand, s'y est dit favorable. Mais pas la France pour l'instant. Pourquoi ? J'espère que la France va évoluer.

10:02
Nathalie Loiseau

J'ai vu une déclaration du ministre français, du ministre allemand et du ministre polonais à entière qui était déjà plus ouverte et tout le monde le sait. Je suis une fervente défenseuse de cette idée parce que ça n'est pas au contribuable français de prendre dans sa poche. On sait que nous avons un déficit, on sait que nous avons une dette. C'est à la Russie de payer pour ce qu'elle a fait.

10:23
Invité

Je vous repose ma question dans quelques secondes. On sait que Kiev ne remboursera jamais ce prêt s'il lui est attribué. On le sait ça. Donc c'est une forme de don.

10:29
Nathalie Loiseau

Il remboursera avec l'argent russe, soit l'argent que la Russie lui versera. Et si la Russie ne lui verse pas cet argent, soit l'argent qu'il pourra confisquer. Ces avoirs russes ne doit... Imaginez une seconde que ces 200 milliards d'euros d'avoirs russes, nous les rendions à la Russie. Est-ce que ça vous paraît envisageable ? La réponse est non.

10:50
Présentateur

Nathalie Loiseau, un dernier mot avant de changer le sujet. Vous qui passez beaucoup de temps à Bruxelles, dans les couloirs du Parlement européen. Quel regard ont nos homologues sur la situation française ? Est-ce que vous percevez depuis quelques mois et depuis la chute des gouvernements une forme de déclassement français ?

11:06
Nathalie Loiseau

Je perçois une double incompréhension. L'incompréhension sur la situation politique. Parce que dans beaucoup de pays européens, un parti à lui seul n'a pas la majorité. Et à ce moment-là, ils construisent des coalitions. Regardez en Allemagne, la droite et la gauche ont construit une coalition. Et c'est loin d'être une exception. C'est nous l'exception. Une espèce d'immobilisme politique qui fait que chacun campe sur ses positions et personne ne fait un pas vers l'autre. Ça, c'est la première incompréhension. La deuxième incompréhension, c'est vu le niveau de notre dette, le niveau de notre déficit.

Quand on compare au niveau de notre débat politique, où un très grand nombre de partis politiques continuent à dire que demain, on rase gratis. Ce n'est pas à la hauteur. Et que finalement, ce n'est pas tout à fait grave d'avoir un déficit. Et ce n'est pas tout à fait grave d'avoir une dette aussi conséquente. Quand des pays comme l'Espagne, le Portugal, la Grèce ont fait des efforts considérables. L'Italie également. Et qui nous voit, ils ont l'impression qu'on a des soucis de riches, qu'on a des enfants gâtés et qu'on n'est pas sérieux.

12:08
Invité

C'est ce que j'entends tous les jours. Avec Nathalie Loiseau, députée européenne Renew,

12:17
Présentateur

présidente de la commission spéciale du Parlement européen sur la lutte contre les ingérences et la désinformation. Vous êtes aussi membre du parti d'horizon. On parle de la situation politique en France, Paul.

12:27
Invité

Oui, normalement, à un moment, on va finir par avoir un gouvernement. On ne sait pas si ce sera jeudi ou si ce sera dimanche. Sébastien Lecornu nous fait savoir. Matignon fera sa déclaration de politique générale normalement la semaine prochaine. On ne sait pas quand. Par contre, ce qui nous intéresse, c'est le fond. C'est son programme. Madame Loiseau, vous qui êtes à la fois ancienne macroniste, devenue proche d'Edouard Philippe, qu'est-ce que vous attendez concrètement de ce programme ?

12:48
Nathalie Loiseau

Ce que l'horizon attend, c'est de faire au mieux sans pouvoir faire tout ce qui doit être fait. La situation politique est telle que personne n'a la majorité à lui tout seul. Ça veut dire que tout le monde va devoir faire des compromis. Ça veut dire que Sébastien Lecornu est dans une situation qui est compliquée. Ça n'échappe à personne.

13:13
Invité

Le dilum qui était plus faible de la Ve République. Il a dit ça au syndicat.

13:15
Nathalie Loiseau

Que nous le soutenons parce que nous voulons qu'il réussisse, parce que nous voulons que la France réussisse. Mais est-ce qu'il pourra prendre toutes les décisions qui sont nécessaires pour notre pays ? A l'évidence, non. Rien de significatif ne pourra se passer avant l'élection présidentielle. C'est regrettable. Parce que pendant que nous sommes à l'arrêt ou à petite vitesse...

13:35
Invité

Il n'y a rien à se passer en France d'ici 2020, c'est à ce qu'on lui dit.

13:37
Nathalie Loiseau

De significatif. Quand vous entendez... C'est pas un peu désespérant, non ? Bien sûr, désespérant, non. Parce que si vous faites de la politique, vous n'êtes pas désespérés. Mais si vous ne pouvez pas transformer le réel. Mais pas suffisant. Pas suffisant. Parce que le monde bouge vite. Personne ne nous attend. Et pour le moment, nous sommes à petite vitesse. Là où d'autres sont à très très grande vitesse.

13:57
Présentateur

C'est aussi une déclaration d'Edouard Philippe qui a un peu agacé les macronistes. Le fait qu'il ne se passerait plus rien en France jusqu'en 2027. Edouard Philippe...

14:05
Nathalie Loiseau

Vous savez, il ne dit pas ça pour s'en réjouir, Edouard Philippe. Et je ne vous le dis pas en vous disant que c'est une bonne nouvelle. C'est simplement du réalisme.

14:11
Présentateur

Et justement, il continue, Edouard Philippe, dans le podcast Legend. Il revient sur son départ de Matignon en juillet 2020. Il explique pourquoi, selon lui, il a été remercié à l'époque. Écoutez.

14:23
Invité

Je pense que j'étais de plus en plus Premier ministre. Et que ce président n'aime pas beaucoup les Premiers Ministres. Et il n'a pas envie d'un Premier ministre qui prend beaucoup, beaucoup d'espace. Et qu'en effet, avec le temps, j'étais de plus en plus Premier ministre.

14:34
Présentateur

Et Emmanuel Macron n'aime pas beaucoup les Premiers Ministres. Encore moins ceux qui prennent de la place. Vous partagez l'analyse d'Edouard Philippe ?

14:40
Nathalie Loiseau

En tout cas, ce qui est clair, c'est que ce n'est pas Édouard Philippe qui est parti. C'est Emmanuel Macron qui a changé de Premier ministre. À un moment où Édouard Philippe était populaire. Et populaire d'une manière assez inhabituelle. Il était populaire en plein Covid. Vous vous en souvenez. Il était populaire parce qu'il disait la vérité aux Français. Parce qu'il allait régulièrement, en conférence de presse, dire ce qu'il savait, ce qu'il ne savait pas. Parce qu'il était sincère. C'est ce moment-là qu'a choisi Emmanuel Macron pour changer de Premier ministre.

15:07
Présentateur

Et vous pensez que Sébastien Lecornu, il a été nommé parce qu'il ne prend pas beaucoup d'espace ?

15:11
Nathalie Loiseau

Je pense qu'il a du courage d'avoir accepté que beaucoup critiquent depuis le banc de touche en se disant surtout qu'il ne faut pas être appelé parce que c'est trop compliqué. Je pense que ça n'est pas facile. Je pense qu'il s'est eu pendant trois semaines. Vous, journalistes, vous le remarquez. Et j'allais dire, ça vous manque. C'est normal. Vous avez besoin de déclarations. Parce que les Français n'en avaient pas un peu assez qu'on parle à tort et à travers sans agir. Il a peut-être eu raison de consulter très largement. Les syndicats, c'est un peu une nouveauté. De mettre un peu tout le monde devant ses responsabilités. Est-ce qu'on aura une classe politique responsable ? J'espère.

J'en suis pas tout à fait sûr.

15:51
Invité

Si on en croit le dernier sondage IFOP sur 2027, ce n'est pas évident pour vous. Edouard Philippe est clairement à la peine. Un décrochat spectaculaire. Il est caracolé entre 22 et 26 dans un précédent sondage. Là, on est plus sur du 16-19. À peine devant Raphaël Glucksmann qui fait une percée assez remarquée. C'est le début de la dégringolade pour Edouard Philippe.

16:07
Nathalie Loiseau

Écoutez, les sondages, il faut en prendre et en laisser.

16:11
Invité

Vous les prenez quand ils sont mauvais et vous ne les prenez pas quand ils sont mauvais.

16:14
Nathalie Loiseau

Non, on est en 2025, pas en 2026. Ça dit plusieurs choses. Ça dit la solidité du rassemblement national.

16:21
Invité

Oui, je rappelle qu'entre 1933 et 1935 est cumulé à quasiment 40 si on ajoute Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan.

16:27
Nathalie Loiseau

Et que donc une partie des postures politiciennes que l'on constate aujourd'hui sont à côté du sujet. Les chicaneries des uns et des autres, quand on a un rassemblement national à plus de 30%, on pourrait s'en passer. Ça dit aussi l'éparpillement des voix. Parce que vous dites Edouard Philippe est crédité de 16% des voix. C'est le seul qui arrive au deuxième tour face à Jordan Bardella ou à Marine Le Pen. Mais dans le même sondage, vous avez Gabriel Attal, vous avez Dominique de Villepin, vous avez Bruno Retailleau. Je crois que c'est un signal pour tout le monde. Il y a trop de gens qui se voient président de la République dans ce pays.

17:07
Présentateur

On entend votre signal. Ça dit aussi peut-être de la difficulté de vouloir incarner la rupture quand on a été Premier ministre pendant trois ans. On en reparlera. Nicolas Sarkozy, ancien président condamné à cinq ans de prison avec exécution provisoire pour association de malfaiteurs dans l'affaire du financement libyen de la campagne présidentielle en 2007. Pour la première fois, un ancien président va dormir en prison. Est-ce que vous faites partie de ceux que cette décision dérange, Nathalie Loiseau ?

17:32
Nathalie Loiseau

D'une part, je ne me réjouis pas de cette décision. Parce que vous l'avez dit, l'ancien président de la République condamné est devant aller en prison. Je ne m'en réjouis pas. Mais je ne supporte pas ceux qui s'en prennent à la justice. On ne commande pas une décision de justice quand on est parlementaire. Je le rappelle parce que, sur votre antenne, ils ont été nombreux à venir s'asseoir totalement sur la séparation des pouvoirs. On ne politise pas la justice. On ne s'en prend pas à la justice. Je rappelle que la magistrate qui a prononcé la peine a été menacée de mort. C'est totalement inadmissible. Elle a dit le droit. Elle a appliqué le droit.

18:19
Présentateur

Et justement, est-ce qu'il faut changer ce droit, Nathalie Loiseau ? Certains parlementaires s'interrogent sur l'exécution provisoire. Sébastien Lecornu n'a pas exclu que les parlementaires s'en saisissent. C'est une mesure qui fait que l'appel n'est pas suspensif. Est-ce qu'il faut revenir sur cette décision à l'Assemblée ?

18:35
Nathalie Loiseau

Est-ce que je peux rappeler que 85% des condamnations à 5 ans de prison et plus sont assorties d'exécutions provisoires ? Peut-être que ça doit évoluer. Mais si ça doit évoluer, ça doit évoluer pour tout le monde.

18:50
Invité

Mais ça ne doit pas évoluer, à vous écouter, du coup ?

18:52
Nathalie Loiseau

Non, mais ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut pas faire un changement de loi pour une ou quelques personnes. On ne peut pas s'apercevoir d'un problème quand ça touche un col blanc et pas quand ça touche d'autres types de Français. Tous les Français sont égaux devant la justice.

19:11
Présentateur

Pas de traitement différent. Vous vous entendez, Nathalie Loiseau, vous étiez diplomate et en charge du Maghreb quand Moammar Kadhafi est venue à Paris en 2007. C'est un mauvais souvenir. Alors expliquez-nous, justement. Vous avez pu observer les liens, notamment Nicolas Sarkozy.

19:24
Nathalie Loiseau

Ce que rappelle ce procès, ce que rappelle ce jugement, c'est les erreurs de jugement de Nicolas Sarkozy sur la Libye. C'est d'avoir sauté au cou de Moammar Kadhafi. Rien n'était trop beau pour le leader libyen quand il est venu à Paris. Et c'est un mystère pour personne. J'étais diplomate, j'avais un devoir de réserve vis-à-vis de l'extérieur. Je ne serais pas venue sur votre plateau pour vous le dire. Mais tout le monde le savait au Quai d'Orsay que j'étais révulsée par cette invitation, par cette visite et par le traitement qui était fait.

19:51
Invité

L'ancien président a indiqué dans JDD qu'il l'avait reçu pour le remercier de la libération des otages.

19:55
Nathalie Loiseau

Et il nous avait demandé de négocier un accord de défense, un accord nucléaire. On déroulait le tapis rouge à Moammar Kadhafi. Quelques années plus tard, et tournant le doigt toute la tradition française qui s'était opposée à la guerre d'Irak, en disant qu'on ne fait pas la guerre pour renverser un régime et pour créer le chaos, le même Nicolas Sarkozy s'engage dans une guerre en Libye face à celui qu'il avait encensé. fait tomber Moammar Kadhafi. On paye encore aujourd'hui les conséquences du chaos libyen. Donc si on parle de jugement, parlons des erreurs de jugement de Nicolas Sarkozy, président de la République vis-à-vis de la Libye. J'en garde un souvenir amer.

20:36
Présentateur

Nathalie Loiseau, comme tous les jours, c'est le moment de la question qui est retrouvée sur les réseaux sociaux de France Info. Aujourd'hui, la question qui fait peur. Vous avez été récemment menacée de mort après avoir refusé une minute de silence en hommage à Charlie Kerr, qu'influenceur pro-Trump assassinait. Une minute de silence qui était réclamée par l'extrême droite au Parlement européen. Est-ce que, d'abord, vous pouvez nous donner des exemples de menaces que vous avez reçues ?

21:01
Nathalie Loiseau

Alors, j'en ai reçues sur les réseaux sociaux et puis par d'autres biais. On va te saigner, tu es la prochaine, voilà comment je les traite, les gens comme toi, avec une image de revolver. Non, ça ne fait pas peur. C'est fait pour faire peur. C'est fait pour intimider. Mais moi, j'ai reçu des milliers, je dis bien des milliers, de témoignages, de messages, de Français anonymes, ordinaires, me donnant leur soutien, disant que j'avais bien fait de refuser la trumpisation de notre vie politique. Et ça, je vais vous dire, c'est réconfortant. C'est du carburant. C'est à ça que je pense en me levant le matin.

C'est à cette majorité silencieuse qui n'a pas envie qu'on importe tous les excès des Etats-Unis dans notre pays et qui a confiance dans des hommes et des femmes politiques qui défendent nos valeurs.

21:51
Invité

Sur X, on peut aussi lire vous concernant son tour viendra, on sait où tu habites.

21:55
Nathalie Loiseau

Oui, on sait où tu habites, oui.

21:57
Invité

On a bien compris que vous étiez soutenue par certains de vos électeurs et électrices. Mais est-ce que vous vous êtes également sentie soutenue par vos collègues, par la classe politique ?

22:05
Nathalie Loiseau

D'abord, j'ai porté plainte et je ne laisserai aucune de ces menaces sans réaction. J'ai porté plainte, le préfet de police s'est informé. Alors, s'agissant de mes collègues, ceux de mon parti, oui. Mais au Parlement européen, quand je me suis opposée à cette minute de silence, je pensais que je serais une voix parmi 50. J'étais la seule sur 720.

22:24
Invité

C'est-à-dire que les violents gagnent, ils font peur ?

22:26
Nathalie Loiseau

C'est-à-dire qu'il n'y a pas que le bruit des bottes qui me fait peur. C'est plutôt le silence des pantoufles. Vous visez qui ? Quel groupe ? Tous ceux qui ne se sont pas exprimés et qui ont eu peur. Parce qu'on me l'a dit à l'oreille.

22:38
Présentateur

Mais c'est-à-dire que l'extrême droite fait peur, concrètement, aujourd'hui ?

22:40
Nathalie Loiseau

On m'a dit « Tu sais, tu as beaucoup de courage ». J'ai aucun courage. J'ai aucun courage. Si dire que Charlie Kirk est une victime d'un assassinat odieux, mais que ça n'est pas un héros, si c'est du courage, alors dans quel monde vivons-nous ? Si certains préfèrent ne rien dire et rester planqués dans leurs coins, mais dans quel monde vivons-nous ? Ce n'est pas pour ça qu'on a été élus.

23:02
Présentateur

Il y a une brutalisation des rapports politiques ?

23:05
Nathalie Loiseau

Il y a une tentative d'intimidation. Moi, j'ai fait l'objet de tout un tas d'intimidation. Quand je voyage, parce que vous m'avez entendu sur la Russie, je n'ai pas ma langue dans ma poche. Oui, j'ai fait l'objet de mesures d'intimidation. Un exemple, très rapidement. On a détruit ma chambre d'hôtel quand j'étais au Kosovo. On l'a démolie en mon absence, mais exactement deux minutes avant que j'arrive.

23:28
Présentateur

Ça, c'est une tentative.

23:29
Nathalie Loiseau

C'est ce qu'on appelle quand même une tentative d'intimidation. Je suis toujours là, je vais bien.

23:34
Présentateur

Merci Nathalie Loiseau d'avoir répondu aux questions de France Info. Un entretien à retrouver sur les réseaux, sur l'application Radio France et sur Youtube.