Attentat antisémite à Sydney, enfant tondu dans un foyer à Paris et discriminations à l'embauche... Le 8h30 franceinfo d'Aurore Bergé
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France Info
Bonjour Aurore Berger. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul. Bonjour Agathe. Une attaque terroriste a fait au moins 15 morts, dont une enfant et un français aussi, Dana Elkayam. On y reviendra hier sur la plage de Bondi à Sydney. Une célèbre plage australienne où des centaines de personnes étaient réunies pour la fête juive de Hanouka. Réaction hier dans Paris à l'occasion d'un allumage public.
Je crois que je n'ai même plus de colère. J'ai vraiment un sentiment de fatalité. C'est une situation dans laquelle on a grandi et il faut apprendre à vivre avec. De notre côté aussi, on va être un peu plus vigilants et préparer tout le monde. Déjà prévenir les enfants. En cas d'attaque, il faut soit se cacher, soit se sauver, soit se baisser.
Aurore Berger, les juifs ne sont plus en sécurité nulle part aujourd'hui ?
Je pense qu'il faut admettre que depuis le 7 octobre, il y a eu une recrudescence massive de l'antisémitisme singulièrement dans les démocraties occidentales et qu'il n'y a pas de sanctuaire en fait. Et que notre responsabilité, c'est une responsabilité de protection. Donc c'est ce qu'on fait sur le renforcement de la sécurité, évidemment sur les lieux de vie juive et puis surtout les lieux de culte et les écoles aussi qui pourraient être ciblées parce qu'elles ont déjà été ciblées. À Toulouse, souvenez-vous, c'était un attentat dans une école juive notamment. Mais il n'y a pas de sanctuaire, pas même en France ?
Non, parce que malheureusement, le terrorisme fait qu'il est d'abord un mouvement international et qu'il cible principalement les démocraties, les démocraties occidentales et qu'on sait qu'en plus en France, justement, les valeurs que nous portons, le fait qu'aussi on a la plus grande communauté juive d'Europe, malheureusement, ne nous protège pas par principe. Au contraire, on sait qu'on est ciblées et donc c'est la raison pour laquelle on est mobilisés, c'est la raison pour laquelle les services de renseignement, les forces de l'ordre font leur travail au quotidien pour déjouer des attentats et pour assurer la protection.
Mais ce qu'il y a de pire, c'est ce qu'on entendait dans le témoignage que vous venez de diffuser, c'est-à-dire que finalement, on s'habituerait presque à l'idée que l'antisémitisme reste et va rester et qu'il faut apprendre à vivre avec. Il ne faut pas apprendre à vivre avec l'antisémitisme. On ne peut pas dire à nos enfants de se méfier et d'avoir peur systématiquement, de se casser, de casser une part de leur identité. Ils sont français et ils sont libres de vivre en France. Oui, mais parce qu'il y a ce que moi j'appelle... Certains qui cachent leur mezouza à leur porte, qui n'osent pas se balader dans la rue avec une kippa, on entend énormément de témoignages sur France.
Oui, mais on cache des signes qui pourraient être des signes distinctifs parce qu'on a peur que la menace puisse venir nous frapper. Donc moi, c'est ce que j'appelle l'antisémitisme d'atmosphère, c'est-à-dire qu'on s'habitue à ça. Vous laissez développer l'antisémitisme d'atmosphère et j'imagine que vous allez particulièrement cibler la France insoumise. Est-ce que vous avez des informations particulières sur une menace en Europe ou en France qui, comme vous l'avez dit, accueille la plus large communauté juive ? C'est ce que je vous disais, il n'y a pas de sanctuaire. Et donc ça veut dire que nous, on a mobilisé et d'autant plus renforcé.
Le ministre de l'Intérieur d'ailleurs a donné une instruction dès hier sur l'ensemble des lieux de culte parce qu'en plus, on est dans un moment qui est un moment de fête religieuse. Avec Ranouka, vous parliez de l'allumage hier des bougies. C'est toute la semaine. On sait, c'est toute la semaine jusqu'au 22, donc on sait que malheureusement, de facto, quand vous avez des manifestations religieuses, des fêtes religieuses, il y a donc des rassemblements et donc il y a des risques supplémentaires qui peuvent exister. Donc il y a une mobilisation supplémentaire qui doit évidemment se mettre en place. Mais c'est le cas depuis cet octobre.
Mais c'est lié à l'attentat de Sydney parce que de toute façon, les lieux de culte juifs allaient être davantage sécurisés pendant cette période de fête.
En tout cas, il y a une instruction supplémentaire qui a été donnée par le ministre de l'intérieur hier à l'ensemble des préfets de manière à garantir cette sécurité. Aussi justement pour que les Français juifs ne renoncent pas, ne renoncent pas à tout simplement vivre dans notre pays, libres de pratiquer aussi leur religion, leurs fêtes en se disant que s'ils allaient demain dans une synagogue, ils pourraient être pris pour cible. Et on ne peut pas, encore une fois, intérioriser cette menace-là. Votre collègue des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud, a annoncé qu'un compatriote d'Anne Elkayam avait été tué. Que pouvez-vous nous dire de lui ?
Je peux vous dire que c'était un jeune Français de 27 ans qui était ingénieur et qui avait décidé de partir pour travailler notamment en Australie et qui s'est retrouvé comme des centaines de personnes sur une plage pour un moment qui était un moment festif. Ça fait penser à ce qui s'est passé en Israël le 7 octobre. C'est-à-dire, c'est Nova. On vient pour célébrer, on vient pour faire la fête, on vient pour se rassembler et être ensemble. Et on a des terroristes qui ciblent parce que délibérament, ils ciblent des Juifs. Et c'est ça qui s'est produit. On a une petite fille de 10 ans qui a été assassinée et ils n'ont pas fait dans le détail.
Voilà, ils ont tué autant de Juifs qu'ils pouvaient tuer. Et il se trouve qu'il y avait malheureusement en plus un Français, un de nos compatriotes, qui était sur place à ce moment-là.
Aura Berger, vous venez de parler d'antisémitisme d'atmosphère. Qu'est-ce que ça signifie pour vous ? D'ailleurs, vous avez tweeté hier « l'antisémitisme n'est pas résiduel », ce qui fait référence à Jean-Luc Mélenchon qui avait déclaré « l'antisémitisme reste résiduel en France ».
Ce n'est pas résiduel quand on entend les témoignages que vous venez de passer. Ce n'est pas résiduel quand on a des Français qui s'interrogent sur leur avenir dans notre pays. À chaque fois que je rencontre nos compatriotes juifs, la première question qu'ils me posent c'est « est-ce qu'on a encore un destin en France ? Est-ce qu'on peut rester dans ce pays ? Est-ce que nos enfants seront en sécurité ? Comment on peut s'habituer à ça ? » Et je considère moi que toutes celles et ceux qui, depuis le 7 octobre, ont participé à nourrir cet antisémitisme, ont déversé une espèce de haine obsessionnelle d'Israël, sont en partie responsables de ce qui se passe.
Vous visez les insoumis, mais hier vous avez vu que beaucoup d'insoumis ont posté des messages sur les réseaux sociaux en signe de solidarité avec les victimes.
En quelques minutes, ils ont immédiatement posté et publié un message. Enfin, ce n'est pas un tweet qui va effacer deux ans d'un antisémitisme débridé. Vous ne pouvez pas à la fois leur reprocher de ne pas condamner et puis de faire des messages de condamnance. Mais à quel moment ont-ils condamné ce qui s'est passé le 7 octobre 2023 et l'ont-ils qualifié de terrorisme islamiste ? À quel moment ont-ils dit ce que le Hamas avait fait ? À quel moment ont-ils été aux côtés des Français juifs ? Il n'y a pas un Français juif aujourd'hui qui n'a pas peur de la menace que représente la France insoumise.
Ce qui est d'ailleurs un marchepied extraordinaire pour le Rassemblement national qui deviendrait comme une valeur refuge pour les Français juifs, ce qu'il n'est pas et ce qu'il ne sera jamais.
Et vous voulez dire que quand ils ont posté ces messages hier, ce n'était pas sincère ? Vous avez dit de façon extrêmement coordonnée ?
Quand vous pouviez à peu près tous au même moment les mêmes mots, oui, je pense qu'il y a des consignes qui ont été passées en disant sur ce coup-là, ce serait bien qu'on publie tous un message. Et vous en déduisez quoi ? Comment ? Et vous en déduisez quoi ? Ce que j'en déduise juste, c'est qu'il y a deux ans de stratégie électorale. L'antisémitisme, ce n'est pas un dérapage. L'antisémitisme, c'est une stratégie électorale. Et le problème, c'est qu'une fois que vous avez épuisé tous les mots, il reste les balles. Et c'est ça qui s'est produit hier. C'est des balles qui ont frappé.
Parce qu'il y a eu des mots pendant deux ans de manière systématique et il y a eu ce déversoir d'une haine obsessionnelle d'Israël.
Vous faites un lien direct entre les mots de la France insoumise et ce type d'attache contre les juges ?
Entre les mots qui se sont tenus dans toutes les démocraties occidentales depuis le 7 octobre. Entre les mots des responsables politiques qui n'ont pas été capables de condamner et de Britannique hier n'est pas capables de nommer l'antisémitisme alors qu'il n'y a pas de doute et qu'il parle juste d'un attentat. Ça n'est pas un attentat comme un autre quand on cible délibérément une communauté. Et en l'occurrence là, il n'y a malheureusement pas de doute sur le caractère antisémite.
On vous entend, Aurore Berger. En France, certains se filment en train de chanter des propos antisémites sur l'air de couleur mentalo, des propos épouvantables, donc antisémites, négationnistes. Ça s'est passé lors du Festival 2023 d'égalité et réconciliation, l'organisation fondée par Alain Soral. La vidéo a été récupérée par Mediapart, mise en ligne. Est-ce que vous allez saisir la justice ?
Oui, on va faire un signalement au procureur de la République parce qu'on ne n'acceptera jamais la banalisation de l'antisémitisme d'où qu'il vienne, qu'il soit d'extrême gauche ou d'extrême droite. Ça reste de l'antisémitisme et donc évidemment il faut agir et il faut que le procureur de la République puisse statuer et j'espère puisse évidemment condamner parce que là le caractère antisémite ne fait aucun doute. Vous nous annoncez un signalement ? Un signalement au procureur de la République. Vous l'avez déposé ? Il sera fait ce matin. Mediapart révèle également que le directeur de cabinet de Jordan Bardella, François Paradolle, a fait partie du mouvement d'Alain Soral.
Égalité et réconciliation, est-ce que vous attendez une clarification politique de Jordan Bardella, du Rassemblement National, sur ces liens passés ou actuels avec des sphères ouvertement antisémites ? Mais on en a eu la démonstration lors des élections législatives de 2024. Jordan Bardella a passé quasiment l'intégralité de la campagne législative à s'excuser d'avoir investi un certain nombre de candidats qui ici se grimaient en Asie ou qui là avaient des propos qui étaient des propos racistes ou antisémites.
Moi ce que je dis aux Français juifs, c'est que je comprends l'angoisse existentielle qui peut être la leur aujourd'hui et qui est une angoisse du fait notamment de la France Insoumise. Mais le Rassemblement National ne sera jamais un refuge pour eux parce qu'encore aujourd'hui, dans les rangs du Rassemblement National, il y a celles et ceux qui continuent à professer cette haine et qui en font leur beurre. Et donc c'est ça qui est insupportable, c'est de se dire que parce qu'on a peur de ne plus avoir de destin ici, on se rangerait vers ceux qui seraient les plus radicaux. Mais ce n'est pas comme ça, à mon avis, qu'on combat la menace.
On la combat en étant d'une clarté absolue républicaine, d'une intransigence absolue, en ne laissant rien passer quand il y a de l'antisémitisme et en le nommant à chaque fois qu'il existe et d'où qu'il vienne.
Aurore Berger, la vidéo révélée par France Info avait ému et scandalisé la mère du petit garçon de 8 ans, tondue en guise de punition par des éducateurs d'un foyer parisien de l'aide sociale à l'enfance, a témoigné ce matin sur notre antenne. C'est la première fois qu'elle s'exprime publiquement. C'est une exclusivité France Info. On l'écoute au micro d'Aurélien Tirard. C'était un choc.
C'était un choc pour moi. Je n'ai jamais autorisé quelqu'un à raser la tête de mon fils. Je suis prête pour y aller jusqu'au bout pour que ce foyer soit fermé, pour que ces éducateurs, ils payent.
Ces faits, ils étaient connus depuis longtemps. Au revoir, j'ai en tout cas la violence qu'il peut y avoir dans ces foyers. Il aura fallu attendre cette affaire, ces violences, cette indignation pour que le gouvernement réagisse.
Déjà, j'aimerais que la mairie de Paris réagisse. Je ne comprends pas que cet enfant puisse être toujours dans le même foyer ce matin, au moment où on se parle. Le foyer où il a subi des sévices. Le foyer où il a été humilié. Et un foyer qui, du coup, n'est pas un foyer sain pour lui. On imagine que ce petit garçon, tous les jours, s'endort dans ce foyer, se réveille dans ce foyer et croise des éducateurs qui, peut-être, ont été complices de ce qui s'est passé. En tout cas, ont vu et n'ont pas signalé. Sa mère dit qu'il veut sortir de ce foyer. Je pense que la mère espère surtout pouvoir être aux côtés de son enfant, passer le plus de temps possible avec son enfant.
Ça, c'est à la justice de le déterminer. Mais vraisemblablement, il n'est pas en sécurité là où il est.
Et ça, c'est la mairie de Paris qui décide de qui est dans tel ou tel foyer ?
Ce sont les départements. La mairie de Paris, c'est aussi un département. Ce sont les départements qui ont en charge la protection de l'enfance. Donc, il y a des décisions de justice. Ça, c'est à la justice de le dire. Il faut déjà faire le ménage auprès des éducateurs. Ce qui me sidère, c'est que la mairie de Paris, le problème, c'est qu'il lance une enquête interne qui est portée par l'adjointe en charge de la protection de l'enfance. Donc, on ne peut pas être jugé parti dans cette affaire. Ce qui est certain, c'est qu'il y a un problème systémique dans la protection de l'enfance dans notre pays. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'il y a un projet de loi qui va être débattu très rapidement.
C'est pour ça, d'ailleurs, qu'il y a eu un vote, pour le coup, unanime à l'Assemblée nationale pour garantir qu'il y ait la présence d'un avocat pour défendre les enfants qui relèvent de la protection de l'enfance. On parle des enfants les plus vulnérables de notre pays. On parle de ceux qui ont déjà subi des violences, qui ont déjà potentiellement subi des sévices. On parle parfois de nourrissons quand on va dans des pouponnières. Moi, je m'y suis rendue. C'est des enfants qui ont quelques jours, quelques semaines et qui, déjà, quelques jours ou quelques semaines, ont subi des sévices de la part de leurs parents. Donc, c'est à ceux-là qu'on doit la plus grande des protections.
Mais pour revenir à votre première réaction, vous pensez qu'Anne Hidalgo porte une responsabilité dans le cas de cet enfant tombé ? La responsabilité, je ne sais pas si elle n'est pas personnelle, ce n'est pas ça que je dis, mais il y a une responsabilité d'organisation. La mairie de Paris ne peut pas dire qu'elle n'a pas les moyens. Il y a des départements qui nous disent qu'on a un sujet financier, on a un sujet budgétaire, on a un sujet de moyens. C'est 12 milliards d'euros par an. À Paris, ça me paraît compliqué d'expliquer que c'est un problème de moyens. C'est un problème d'organisation, c'est un problème de moyens.
Justement, qu'on accepte d'y consacrer ou pas, il se trouve qu'il y a cet enfant, mais il y en a sans doute d'autres. Et c'est ça, le sujet. Donc, il faut à un moment faire le ménage sur les éducateurs, ce que je dis sur les contrôles, ce qu'on appelle les contrôles d'honorabilité, c'est-à-dire garantir évidemment qu'il y a un casier judiciaire vierge pour tous les adultes qui interviennent auprès de nos enfants.
Mais est-ce que ça suffit, Orberger, d'avoir un casier judiciaire vierge ?
Ce serait déjà la moindre des choses. Mais quand on voit les procédures de recrutement... Aujourd'hui, ce n'est pas le garanti.
C'est vrai. Des journalistes ont réussi à se faire embaucher en 10 minutes comme éducateurs pour enfants. Vous trouvez ça normal ?
C'est bien ce que je dis. C'est-à-dire qu'à un moment, ça, c'est les règles qui sont mises en place, mais c'est encore la mairie de Paris. Donc ça, c'est des règles qui sont mises en place et qui doivent garantir un minimum de sérieux de celles et ceux qui sont auprès de nos enfants. Mais concrètement, ça veut dire... Plus que le casier, ça veut dire quoi ? Ça veut dire des évaluations psychologiques obligatoires, un suivi renforcé des personnes en foyer ? Déjà, la première chose, ce serait au moins le casier judiciaire vierge pour tous ceux qui sont au contact de nos enfants.
Et quel que soit leur statut, qu'ils soient fonctionnaires, contractuels, vacataires, stagiaires, peu importe, ils sont auprès de nos enfants. Ils sont censés s'en occuper, les accompagner et surtout les protéger. Là, ils n'ont pas protégé, ils les ont mis en danger. Et cet enfant, il faut le sauver, il faut l'accompagner, il faut qu'il puisse aller dans un autre endroit que celui où il est aujourd'hui, peut-être dans une autre école que celle dans laquelle il est aujourd'hui, parce que je comprends qu'il subirait en plus du harcèlement.
Et puis, c'est quoi cette manie de se dire qu'au lieu de signaler des sévices, on les prend en vidéo et qu'on les fait tourner et qu'on ajoute de l'humiliation à l'humiliation que cet enfant a déjà subie. Il y a quand même des choses qui devraient nous réveiller dans la société.
Avec Aurore Berger, ministre de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. On parle de cette nouvelle proposition du Rassemblement National qui fait beaucoup réagir.
Oui, ils veulent rouvrir des maisons clos qui seraient gérées par les prostituées elles-mêmes. On écoute Jordan Bardella sur France 2 samedi. Je pense que des lieux clos, c'est toujours mieux que des taudis dans le bois de Boulogne. Alors, maisons closes et maisons closes. Je veux dire, on peut mettre en place des lieux clos qui soient des lieux sécurisés pour éviter que cette activité qui, de toute manière, existe, quoi qu'on fasse, se déroule dans des conditions insalubres et d'insécurité. Madame Berger, je vous vois hausser les sourcils sous vos lunettes. Oui, parce que je pense qu'il ne connaît pas du tout cette question-là.
Vous qui êtes en charge des violences faites aux femmes, est-ce que vous pensez que ce sujet mérite d'être débattu ? Débattu, ce n'est pas moi qui en déciderais. S'il dépose une proposition de loi, de facto, on en débattrait, je la combattrais de toutes mes forces parce que ce n'est pas le plus vieux métier du monde, la prostitution. C'est le plus vieux système de domination du monde. C'est ça qu'il faut bien comprendre. Aujourd'hui, dans notre pays, on estime qu'il y a 40 000 personnes qui sont en situation de prostitution et surtout, on a de plus en plus de mineurs.
Donc, si demain, vous légalisez la prostitution, parce qu'on peut se payer de mots, mais à la fin, ouvrir les maisons clos, ça veut dire légaliser et institutionnaliser la prostitution, vous dites à des adolescents de 12 ans, de 13 ans, de 14 ans que c'est normal, que c'est acceptable, que c'est la voie qu'ils peuvent emprunter et donc qu'ils pourront continuer à avoir cette vie-là. Ce n'est pas la vie qu'on veut pour nos enfants et nos adolescents de se retrouver en situation de prostitution, d'exploitation sexuelle.
Ce que dit le Rassemblement National, c'est que notre système est hypocrite, ce n'est pas légal, on ne peut pas l'interdire non plus totalement et donc on ne fait rien pour protéger ces femmes qui parfois doivent se cacher et qu'ils le font parfois au risque de leur sécurité. Deux choses.
Déjà dans les pays où ça a été légalisé, on voit que la prostitution illégale n'a pas baissé et qu'il y a de plus en plus de personnes qui sont en situation de prostitution. Donc ça n'a pas du tout réduit le phénomène, ça l'a amplifié. L'Allemagne qui l'a légalisé est en train plutôt d'emprunter la voie de la France pour voir comment justement elle peut aussi porter la question de l'abolition. Et puis il y a un autre argument que je trouve encore plus insupportable, c'est de dire si on rouvre les maisons closes, il y aura moins de violences sexuelles dans le pays. Un, c'est totalement faux. Deux, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'en fait, ces femmes qui seraient dans les maisons closes, on peut leur infliger les pires sévices au monde et ce n'est pas un problème. Ce n'est pas un problème d'humanité, ce n'est pas un problème de dignité humaine. Donc moi, la position de la France, elle est claire. La position du gouvernement est claire. On est un pays abolitionniste. On fêtera les 10 ans de la loi de Laurence Rossignol l'an prochain et on maintient cette position et continuera d'accompagner d'ailleurs celles qui sont en situation de prostitution, de poursuivre les proxénates et de poursuivre aussi les clients.
Laura Berger, je suis une sale conne. L'insulte de Brigitte Macron pour qualifier des féministes qui avaient interrompu le spectacle d'Arie Habitant est devenue un hashtag militant. Vous qui êtes ministre de l'égalité entre les femmes et les hommes, vous qui avez érigé avec le président les violences faites aux femmes en grande cause du quinquennat. Sur ce point, pouvez-vous défendre la Première Dame ?
La question n'est pas de défendre ou pas la Première Dame. D'ailleurs, la grande cause, elle continue. Évidemment, elle se poursuit, elle s'amplifie sur les moyens qu'on y accorde et la manière avec laquelle la loi va continuer à être changée.
Est-ce que le hashtag continue d'exister ? J'entends bien
et j'entends bien le cri de ralliement que ça peut représenter pour certaines. Moi, ce que je dis et ce que je maintiens, c'est deux choses. Un, je n'aime pas la méthode. Je n'aime pas l'idée que des propos qui soient pris dans les coulisses deviennent une actualité. Ou alors, je souhaite bon courage à notre vie démocratique si tous les propos que nous tenions les uns et les autres en coulisses pouvaient demain se retrouver sur la place publique. Deux, je connais son engagement personnel et je n'ai aucun doute sur l'engagement personnel qui est le sien dans la lutte contre les violences.
Yorah Berger, pardon. Vous dites que vous n'aimez pas la méthode. Vous défendez aussi la présomption d'innocence. Et en même temps, quand vous avez défendu votre loi contre les violences faites aux femmes, vous avez insisté sur le fait que les victimes souvent sortent broyées par le traitement judiciaire qui leur est réservé. Vous aviez dit aussi, vous aviez demandé que le classement sans suite soit systématiquement motivé. La question, c'est aujourd'hui, est-ce que sur ce sujet des violences faites aux femmes, on peut avoir confiance dans la justice ?
Oui, on peut et on doit. C'est évidemment ce qu'on fait au quotidien, c'est-à-dire de renforcer les moyens de la justice.
La semaine dernière, j'étais à l'École nationale de la magistrature de manière à pouvoir renforcer toutes les formations des magistrats, formation initiale et formation continue, c'est-à-dire tout le long de l'exercice de leur métier de magistrat, justement pour l'actualiser, pour mieux prendre en compte la parole des victimes, pour accepter l'idée, par exemple, qu'une victime peut porter plainte puis ensuite se rétracter, ce qui ne veut pas dire que les violences n'ont pas eu lieu, mais parce qu'en fait, c'est un processus et c'est un processus qui est extraordinairement douloureux et personnel, ne pas juger d'ailleurs une victime qui porte plainte ou qui ne porte pas plainte et c'est vrai qu'il y a ce sujet du classement sans suite qui aujourd'hui crée beaucoup d'incompréhension et donc le fait de motiver, d'expliquer la décision, je pense que ça, je ne sais pas si ça apaisera, en tout cas ça rendrait plus intelligible ce qui se passe.
C'est une alerte de la défenseuse des droits mercredi. On connaît évidemment la discrimination liée à la couleur de peau mais on va parler des discriminations liées à la jeunesse. C'est un préjudice quand on cherche un emploi ou dans sa carrière, les 18-24 ont deux fois plus de risque de rapporter l'expérience de discrimination comparée aux 45-54 ans, rapporte-t-elle. Est-ce que ce constat vous a étonné et concrètement, parce qu'il faut qu'on avance très concrètement, que faites-vous pour y remédier ? Alors étonné, malheureusement non parce que c'est des alertes que nous avons mais ce que dit la défenseur des droits qui est une autorité indépendante dans notre pays, c'est quoi ?
C'est qu'on a un Français sur trois qui les cinq dernières années a subi une discrimination dans l'emploi, soit au moment de l'embauche, soit au moment de sa carrière. En fonction de quoi ? De son âge, de son handicap, de son origine, de son nom de famille, de son adresse. Moi ce que je veux c'est qu'on s'attaque à ça. Donc qu'est-ce qu'on fait ? Je lance aujourd'hui une campagne massive d'envoi de 4000 CV test qui répondent à de véritables offres d'emploi de manière à savoir concrètement s'il y a plus ou moins de difficultés en fonction de secteur d'activité. Donc vous lancez un testing, est-ce qu'il sera contraignant, est-ce qu'il y aura des sanctions ?
Alors déjà, on le lance avec ça n'a jamais été fait au niveau de l'État et dans cette ampleur-là. 4000 CV test qui répondent à de véritables offres d'emploi parce que souvent ce sont des CV spontanés ce qui n'a pas le même impact. 20 secteurs d'activité et on va tester le sexe, on va tester le nom, le prénom et on va tester l'adresse parce que l'idée c'est justement de garantir, de savoir déjà ce qu'on doit combattre et donc de réussir à bien le mesurer.
Et dans le temps où ces CV vont être envoyés, l'idée c'est de ne pas perdre de temps justement et on a 6 mois d'une initiative qu'on fait avec plus de 30 000 entreprises françaises et qui vont permettre justement d'avancer et de garantir qu'on appréhende mieux les discriminations et surtout qu'on les combatte mieux dans notre pays.
Les Français ne savent pas s'ils auront un budget à Noël et de plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer un retour du 49.3 qui permettrait d'adopter ce budget sans vote. C'est notamment le cas d'Elisabeth Borne, figure du bloc central. Elle le dit dans Le Parisien ce matin on ne doit pas se priver du 49.3 sur le budget. Est-ce que vous d'accord avec Elisabeth Borne ou elle se trompe ?
La question n'est pas est-ce qu'on est d'accord ou pas. C'est que le Premier ministre aujourd'hui a fixé une ligne qui est de dire on doit garantir de trouver des compromis. On a réussi à le faire sur le budget de la sécurité sociale alors que beaucoup prédisaient que ça ne serait pas possible. On l'a fait. Il y a eu plusieurs votes et on aura le vote définitif d'ailleurs demain qui devrait être positif puisque le précédent l'a été. Mais le budget de l'Etat ça n'a rien à voir
vous savez que les oppositions par principe ne votent pas le budget de l'Etat.
Elles peuvent s'abstenir sans voter pour mais ça peut permettre mais on disait la même chose sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Moi je crois que les Français sont un peu lassés quand on ne leur parle que des questions budgétaires ils ont envie qu'on passe à autre chose. Le meilleur moyen qu'on passe à autre chose c'est qu'on aboutisse à des compromis.
Question très rapide vous êtes ministre de l'égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre la discrimination comme le disait Agathe donc on ne comptait pas vous interroger sur la crise agricole sauf que vous avez retweeté hier un de nos confrères de BFM qui remarque que sur les 27 tweets les plus partagés concernant la fameuse dermatose nodulaire 22 proviennent de comptes d'ultra droite ou de complotistes anti-vax. Pourquoi vous avez retweeté ça madame ?
Parce que je trouve que c'est très éclairant sur la manière avec laquelle les crises et les crises médiatiques peuvent naître c'est à dire qu'on voit qu'il y a une amplification qui est réalisée et que malheureusement la science aujourd'hui est de plus en plus critiquée on en vient à critiquer les faits aujourd'hui le choix qui a été fait par le gouvernement sur la dermatose ce n'est pas un choix de confort c'est un choix scientifique et donc c'est intéressant je trouve de voir que les comptes qui ont été les plus partagés étaient eux-mêmes des comptes qui étaient déjà des comptes anti-vax notamment au moment de la crise du Covid.
Aurore Berger comme toujours c'est le moment de la question qui est à retrouver sur les réseaux sociaux de France Info aujourd'hui la question qui trahit vous avez été membre de l'UMP puis de LR avant de basculer dans le macronisme quand votre ancien chef Nicolas Sarkozy incite la droite à se tourner vers le Rassemblement National est-ce qu'il trahit votre ancienne famille politique ?
En tout cas je ne comprends pas la position qui est la tienne aujourd'hui c'est-à-dire que moi j'ai toujours du respect et de la reconnaissance pour le président de la République qu'il a été c'est très sincère mais il avait posé des lignes rouges claires quand il était président de la République aucune compromission aucune alliance possible avec le Rassemblement National je ne pense pas que l'avenir de la droite soit dans la dissolution avec le Rassemblement National je crois que ce sera au contraire l'effacement de la droite de la même manière que nous si on veut continuer à avoir un avenir un avenir politique il faut une clarté absolue et évidemment se tenir très à distance et du RN et de la France Insoumise Nicolas Sarkozy estime que le Front Républicain révolue et vous ?
Sur la question du Front Républicain c'est autre chose moi le Front Républicain c'est pas exactement la même chose lui parle à la fois d'alliances potentielles qui pourraient être faites moi ma position elle est extrêmement claire sur le refus de toute alliance de toute compromission d'aucune sorte ni avec le RN ni avec la France Insoumise ou leurs alliés potentiels le sujet du Front Républicain moi je trouve que c'est une forme d'infantilisation des Français c'est aux Français de choisir au moment d'une élection d'une élection législative si on est en capacité de pouvoir se maintenir et d'être candidat je ne vois pas pourquoi on imposerait le retrait des candidats et ça veut dire qu'on demanderait au final aux Français d'avoir moins de choix les Français sont grands ils sont adultes ils ne sont pas des enfants ils savent très bien ce qu'ils font quand ils mettent un bulletin dans l'urne et moi je pense qu'il y a un enjeu de respect des Français et donc le respect des Français ça passe par le respect de leur vote et le respect de leur choix et ça passe par un combat politique c'est à nous de combattre pour qu'ils n'aient pas envie de glisser un bulletin dans l'urne du Rassemblement National ou de la France Insoumise
Merci beaucoup Aurore Berge d'avoir répondu aux questions de France Info Merci Paul On se retrouve demain
Aurore Bergé