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ChroniqueSébastien Gobert· 19 juillet 2025 11 minAutoproduitActualité / polémiqueDéfenseÉconomie & entreprisesInstitutions & élections

Zelensky a changé de gouvernement: à quoi ça sert?

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L'Ukraine vient de vivre une nouvelle semaine riche en rebondissement de l'annonce trumpienne de la livraison de batterie patriote à des bombardements russes incessants sur ces villes, de l'adoption par l'Union européenne d'un 18e paquet de sanction contre la Russie et notamment contre sa flotte fantôme a une poussée insistante des troupes russes autour de Pokrovsk. Et en plus de toutes ces évolutions plus ou moins importantes et plus ou moins dramatiques, l'Ukraine a connu son premier changement de gouvernement depuis 2020. Il y a eu des remaniments entre-temps mais ils sont restés très partiels.

Là, c'est tout le gouvernement qui a changé et dans ce contexte très chargé, c'est loin de faire les gros titres. Mais pourtant, ça en dit long sur l'état de la politique ukrainienne après plus de 3 ans d'invasion généralisé par la Russie. Et j'ai envie de dire les constats qu'on peut tirer de ce changement de gouvernement ne sont pas très inspirants.

Bonjour à tous, c'est Sébastien et bienvenue dans cette nouvelle vidéo qui intervient un peu tard puisque le nouveau gouvernement date du 17 juillet et j'enregistre aujourd'hui samedi 19 juillet. Alors évidemment, je m'excuse de ce retard pour couvrir l'actualité. J'ai été assez absorbé par d'autres projets, mais l'analyse que j'aimerais développer dans cette vidéo, elle reste pertinente et puis en plus de ça, attendre un peu.

Ça m'a permis de vérifier quelques informations le temps que la poussière retombe. Donc je vais commencer par ce qui est le plus symbolique, c'est la personnalité de la nouvelle première ministre. C'est Julia Spiridenko qui à 39 ans devient la seconde femme première ministre d'Ukraine depuis son indépendance en 1991.

Et ça donc après une autre Yulia, Julia Timoschenko, une oligarque princesse du gaz et l'égie de la révolution orange de 2004. Julia Spiridenko, c'est une outsider qui a commencé comme représentante de commerce en Chine. Yulia Spiridenko, c'est une outsider de la politique ukrainienne qui a commencé comme représentante de commerce en Chine et qui n'est entrée en politique qu'après la victoire de Vladimir Zelenski en 2019. et elle a gravi les échelons très rapidement pour devenir ministre de l'économie à partir de 2021 puisque c'est une proche collaboratrice et une fidèle collaboratrice d'Andry Hermac, le chef du cabinet présidentiel extrêmement influent ici en Ukraine.

Et ça fait déjà plus d'un an que Andrc pousse sa candidature pour qu'elle devienne premier ministre. Et ça c'est évident depuis déjà plusieurs mois puisque il l'a mis en avant pour des missions plus ou moins prestigieuses, des missions de premier plan, notamment la négociation avec les Américains sur le deal, sur l'exploitation des minerais. Et là tout de suite, on a une des raisons du changement de gouvernement, c'est que l'administration Trump connaît bien Julias Firidenko et que elle en tant que premier ministre, elle doit permettre de relancer, elle doit permettre de renforcer la relation avec les États-Unis.

Julia Suidenko remplace Denny Schmihal qui était premier ministre depuis mars 2020 et qui avait établi le record de la plus longue durée en poste de l'Ukraine indépendante. Denishmial, c'est un très bon manager et en plus de ça un soldat loyal qui en 5 ans n'a fait aucune vague. Il a même avalé énormément de couleuvre venant de la présidence et il a réussi Bon mal à faire tourner la machine d'état que ce soit au travers du Covid ou de l'invasion généralisée par la Russie.

Denish Schmial, il faut aussi le noter, il n'est visé par aucune affaire de corruption alors que les scandales éclaboussent beaucoup l'élite politique ukrainienne ces derniers temps. Et d'ailleurs, il faut le noter, Julia Suidenko ne traîne aussi aucune casserole, en tout cas pas pour le moment. Mais ce qu'il faut voir là, c'est que Denis Schmihal, bon manager, soldat loyal, sans gros soupçon de corruption, il n'y avait aucune raison de le remplacer.

Et ça c'est quelque chose qui donne vraiment la migraine aux observateurs politiques ici à Kiev, c'est que on ne comprend pas les raisons profondes de ce changement de gouvernement. Parce que je l'ai mentionné, il y a cette idée que la personnalité de Julias Firidenko est plus à même d'établir une relation intime, une relation constructive avec l'administration Trump. Et d'ailleurs, ce n'est pas un hasard.

L'annonce du changement de gouvernement par Volodimir Zelenski est intervenue le jour même où Donald Trump peut se préparait à faire sa grande déclaration sur la Russie et l'annonce de l'envoi de batterie patriote à l'Ukraine et le jour même où son envoyé spécial pour l'Ukraine Kiskelog entamait un séjour d'une semaine complète en Ukraine. Et donc tout ça, ça n'est évidemment pas anodin mais faire de Julia Surdenko la première ministre pour renforcer la relation avec les États-Unis, c'est en fait une excuse qui est arrivée très tard dans la bouche des représentants de la présidence. Et à part ça, le changement de gouvernement n'apporte en fait aucune valeur ajoutée politique.

Et c'est même une prise de risque parce que il est explicitement stipulé dans le contenu de la loi martiale qu'il est interdit de mettre fin aux activités du gouvernement. Et donc là, le président Volodimir Zelenski se retrouve en porte à fau puisque il peut tordre le coup à la loi martiale pour changer de gouvernement mais par contre il se doit de la respecter pour ne pas organiser de nouvelles élections présidentielles ou législatives. Et ça c'est un peu tendancieux et c'est très décrié ici en Ukraine.

Même si évidemment il faut regarder les choses à froid, organiser des nouvelles élections, c'est quand même beaucoup plus difficile que de changer de gouvernement puisqu'il y a des considérations de sécurité. Il y a la dispersion du corps électoral, il y a tout l'aspect logistique et financier qui doivent être prises en compte et qui font que organiser des élections en l'État, ça serait extrêmement difficile. Mais en tous les cas, on est là sur une contradiction flagrante de la position politique du président.

Quand je disais que la valeur ajoutée politique de ce changement de gouvernement, elle est nulle, il faut voir qu'il y a une semaine de ça, l'ancien gouvernement était entièrement acquis à la présidence, comme par ailleurs le Parlement et toutes les institutions d'état dans le cadre de la loi martiale. Et là, après ce changement de premier ministre et ce changement d'équipe, et bien c'est exactement la même situation et on ne voit pas vraiment ce que la présidence y a gagné. D'autant plus que beaucoup de ministres ont en fait joué aux chaises musicales en se déplaçant sur leur droite.

Julia Firidenko était première vice-premier ministre, elle devient premier ministre. Mirailo Federov en charge de la transition numérique, il était vice-premier ministre, il devient premier vice-premier ministre. Le ministre de l'énergie devient le ministre de la justice, ce qui est un changement que vraiment personne ne peut comprendre parce que en plus de ça, le nouveau ministre de l'énergie est une personne qui n'a aucune expérience dans le secteur de l'énergie et ainsi de suite et ainsi de suite.

Évidemment, je vais pas passer en revue tous les portefeuilles, je vais juste m'arrêter sur celui de la défense qui est repris par Denis Schmial. Et donc, on a l'ancien premier ministre qui établit là aussi une nouvelle première dans l'histoire politique ukrainienne. C'est-à-dire qu'il accepte volontairement de rétrograder et de passer du rang de premier ministre à celui de simple ministre.

Enfin, simple ministre, il faut le dire vite, puisque le ministère de la défense actuellement absorbe plus de la moitié du budget de l'État. Quand j'entendais parler du rumeur du changement de gouvernement, moi je me disais que Andriermac donc le chef du cabinet présidentiel voulait se débarrasser de Denis Miral qui bien que manager loyal a un passé dans la société énergétique de l'oligarque Rinette Ahmetov des tech et donc remercier Denish Schmihal ça permettait d'enlever un relais d'influence potentielle à l'oligarque. Et ça c'est peut-être toujours vrai, mais le fait que Denishmial devienne ministre de la défense, un ministère clé dans l'Ukraine en guerre, ça veut tout simplement dire qu'il est loin d'avoir été mis sur la touche.

De manière générale, on a beaucoup présenté ce changement de gouvernement comme une initiative personnelle d'Andrier Mac, donc le chef du cabinet présidentiel pour renforcer encore un peu plus son influence sur la machine d'État. Mais au final, ça n'est pas vraiment ça puisque même s'il a promu Julia Sfidorenko, sa collaboratrice fidèle au rang de Premier ministre, et bien il y a quand même beaucoup de portefeuilles qui lui échappent par exemple celui de la défense. Ce qui fait que on a un changement de gouvernement qui ne crée quasiment aucun appel d'air médiatique, qui contredit la loi martiale, qui n'apporte aucune valeur ajoutée politique au profit de la présidence et qui en plus de ça est illisible quant au choix de certaines dominations.

Et donc, il est très difficile ici en Ukraine de comprendre les logiques de ce changement de gouvernement. Mis à part le fait qu'il y a une chose que ça a permis, c'est d'évincer certaines personnalités toxiques et de glisser sous le tapis certaines affaires de corruption, certains scandales qui ont empoisonné la vie politique ces dernières semaines. Et là, évidemment, je pense à l'ancien ministre de l'unité des Ukrainiens, Alexis Ternichov qui avait été mis aux arrêt il y a de tr semaines pour une affaire de corruption, mais sans qu'il soit démis de son poste de ministre, sans que son sort politique ne soit scellé.

Et bien maintenant, c'est fait. sa carrière est finie sans que le président, ses proches collaborateurs ou un porte-parole du gouvernement ait eu à s'exprimer sur cette affaire. De la même manière, l'ancienne ministre de la justice et de l'intégration européenne, Olga Stéphanie Chilin était soupçonné de conflits d'intérêt, mais maintenant sa situation s'arrange puisque elle devient envoyée spécial de la présidence pour renforcer les relations avec les États-Unis.

Et de fait à Washington, elle sera très loin des enquêteurs ukrainiens et des journalistes d'investigation. Et là, encore une fois, c'est illisible puisque le fait que la ministre en charge de l'intégration européenne soit d'un coup d'un seul affecté aux relations transatlantique avec les États-Unis, ça envoie un message assez contre-productif par rapport à l'ambition ukrainienne de rejoindre l'Union européenne. Mais en plus, le fait de mettre sous le tapis des affaires embarrassantes et d'offrir des reconversions dorées à des ministres qui sont soupçonnés de corruption, ça envoie un très mauvais message par rapport aux orientations stratégiques de la présidence. et a forcé de constater que après 3 ans et demi d'invasion généralisé, dans le contexte de la loi martiale, sans aucune perspective de l'élection, avec une administration Trump qui ne met plus la pression, qui ne met plus l'accent sur les questions de réforme et de lutte contre la corruption et avec des Européens qui n'arrivent pas à envoyer de messages fermes à Kief dans le contexte de guerre, et bien le rythme des réformes et de la lutte contre la corruption s'est tout simplement ralenti ces derniers mois.

Et il y a effectivement plusieurs aspects qui deviennent problématiques. J'en ai cité quelques-uns, mais on peut aussi rallonger la liste. Et il ne s'agit pas ici de donner des leçons à l'Ukraine ou de lui demander l'impossible dans le contexte de l'invasion généralisée, mais de souligner que ces affaires problématiques peuvent devenir aussi contre-productives dans le sens où elles peuvent compliquer l'effort de guerre nationale.

Et donc alors que l'Ukraine enregistre quelques succès sur le plan extérieur, par exemple avec l'adoption du nouveau paquet de sanctions européen ou l'envoi des batteries et missile patriote par l'administration Trump, sur le plan intérieur, on est sur une drôle de configuration avec des politiques illisibles et des pratiques qui sont quand même assez limites. La nouvelle première ministre Julia Suidenko arrive avec une aura de bonnes managers, peut-être même de réformatrice. Elle qui est l'ancienne ministre de l'économie, elle veut mettre l'accent sur la reprise de l'économie qui est assez moribonde ces dernières années.

Mais étant donné qu'elle vient de la même famille politique et du même système que le gouvernement précédent, on se demande vraiment quelles sont ces marges de manœuvre. Sachant que de toutes les manières, le succès ou l'échec de la moindre manœuvre politique à Kiev et bien ça dépend de ce qui se passe sur la ligne de front. Et donc ces tribulations de la politique ukrainienne qui sont vraiment intéressantes à observer en tant que telle et bien elles restent dans une espèce de bulle.

C'est presque un épiphénomène dans le contexte de guerre, mais ça reste très important à observer et à analyser. Merci d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout.