Jean-Luc Mélenchon : "Si vous ne faites des élections que si vous êtes sûr de les gagner, vous n'êtes pas un démocrate"
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France Inter, Nicolas Demorand, Benjamin Duhamel, La Grande Matinale. Et avec Benjamin Duhamel, nous recevons ce matin le fondateur et leader de la France Insoumise. On compte sur vous, amis auditeurs, amis auditrices, pour intervenir au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Jean-Luc Mélenchon, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter. La France est plongée dans la crise politique. Si le gouvernement Le Corne 2 a été nommé hier soir, la perspective d'une censure et d'une dissolution ne s'est toujours pas éloignée. Ça, c'est pour le contexte français.
On va parler dans quelques instants de la situation en Israël, de l'immense émotion alors que les otages sont en train d'être libérés par le Hamas. Mais d'abord, Jean-Luc Mélenchon, ce nouveau gouvernement. On connaît désormais les noms des ministres de Sébastien Lecornu, le préfet de police Laurent Nunes à l'intérieur, l'ex-PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou au travail, Gérald Darmanin à la justice. Je m'arrête là. Quel regard portez-vous sur cette équipe gouvernementale ?
Monsieur Demorand, si vous me le permettez, mon premier mot sera pour m'associer au bonheur que ressentent les familles qui vont retrouver ou les prisonniers ou les otages. Et pour nous, les Français, qui avons été si impliqués de cœur, d'esprit, dans tout ce qui s'est passé, il faut que cette journée soit une journée de joie partagée, mais aussi de méditation, et pour ceux qui sont croyants, de prière pour nous morts, et la fin de cet à feu massacre qui dure depuis deux ans.
Puissions-nous enfin, je pense que Pierre Aski vient de faire un très bon résumé des données de la situation, sortir de là, et bien comprendre que, moi je l'avais dit le premier jour, par expérience, peut-être du temps, la violence ne produit que de la violence. Jamais, aucun conflit n'a été réglé par la guerre, il n'a été qu'envenimé.
Jean-Luc Mélenchon, on parlera dans un instant... Excusez-moi de perturber... Non, non, mais on parlera du gouvernement dans un instant, mais puisque vous allez sur la situation à Gaza, sur la libération des otages israéliens, c'est évidemment une immense émotion, sauf que quand on a lu et vu un certain nombre de vos réactions, de celles des insoumis, vous avez par exemple écrit sur Rix, Jean-Luc Mélenchon, une fois de plus, les Palestiniens devront subir un nouvel ordre politique étranger concernant le plan de paix ordonné par Donald Trump. L'eurodéputé insoumise, Rima Hassan, a parlé d'un plan de paix à la dimension néocoloniale et néolibérale.
On entend ce que vous dites ce matin sur ce bonheur de voir les otages israéliens libérés. Est-ce pour autant difficile de reconnaître le succès diplomatique qui permet cette libération des otages ?
Bon, pour les félicitations, les congratulations et l'autorejouissance, on compte sur vous. Mais les gens sérieux qui ont à se préoccuper du futur, combien de veulent faire M. Aski ? À l'instant, à l'instant même, il vient de soulever toutes les difficultés que rencontre la situation. Et je vais vous faire remarquer un mot, M. Duhamel, je vous connais, vous êtes républicain et démocrate comme moi. Il y a un mot qu'on n'entend pas, c'est élection. Quelqu'un a l'intention, un jour ou l'autre, de demander aux Palestiniens s'ils vont ou non voter pour choisir leurs représentants, et ainsi de suite. Maintenant, si vous m'interrogez...
Pardon Jean-Luc Mélenchon, mais qui est responsable du fait qu'il n'y ait pas d'élection ?
Eh bien, vous allez nous le dire. Mais moi, ce que je sais, c'est que je souhaite des élections. Voilà ce que je sais. Ce qui compte, M. Duhamel, votre position est la mienne, il faut bien nous comprendre. Vous êtes un observateur et un commentateur. Moi, je suis un acteur. Et comme homme politique, comme responsable de ce pays, la France, je dis que la solution passe par le fait qu'on demande au peuple ce qu'ils pensent de leur propre destin. Que ce soit en Ukraine, que ce soit en Palestine ou ailleurs. Maintenant, si vous voulez regarder l'ordre qui est proposé, je rejoins tout à fait ce qu'ont dit mes camarades. Mais ce n'est pas le jour. Aujourd'hui n'est pas le jour.
On commencera à discuter à partir de demain et que la discussion à Charmelchec aura avancé. C'est-à-dire que, imaginez qu'on va régler le problème sans prendre l'avis des Palestiniens. Sans qu'on s'accorde sur la formule de, il y a deux états ou il y en a un seul, entre Palestine et Israël. C'est une vue de l'esprit. À ce qu'il vient de dire, pardon, c'est pas souvent que je suis d'accord avec lui. Mais il vient de dire, si on n'a pas une solution ou un cadre ferme, on est sûr qu'on prépare d'autres catastrophes. Je pense comme lui.
Jean-Luc Mélenchon, une question très précise. Vous dites, c'est pas le jour. On va pas y passer à la matinée. Non, non, mais c'est important. Et certes, ce n'est pas le jour des polémiques. Mais comme vous avez vocation, ou du moins vous le souhaitez à exercer le pouvoir, c'est important d'avoir votre regard là-dessus. Est-ce que, et c'est une question qu'on a souvent posée aux Insoumis, avec parfois des réponses assez floues, est-ce que vous êtes favorable à la démilitarisation du Hamas ?
Je suis favorable à ce qu'il n'y ait plus d'armes du tout, ni de guerre. Pourquoi, monsieur ? Oui, tout le monde est favorable à ce qu'il n'y ait plus de guerre, Jean-Luc Mélenchon. Non, il n'y aura pas de polémique ce matin. Ne cherchez pas, vous n'y arriverez pas. Parce que sinon, je vous répondrai avec le droit international, que vous ne connaissez pas. Parce que vous parlez, mais vous ne savez pas. Vous ne savez pas que le droit international reconnaît, dans les pays ou les zones qui sont occupées par une puissance étrangère, et Gaza est considérée comme une telle situation, Gaza n'est pas annexée par Israël, même si la Knesset l'a votée. Et reconnaît le droit à la résistance armée.
Par conséquent, ni vous, ni moi, n'y pouvons rien. La solution ne consiste donc pas, en France, à se jeter à la figure des hypothèses qui nous conduisent à nous affronter, mais à voir comment nous pouvons contribuer à une paix durable.
Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pas une question ni de polémique, ni d'affrontement. Non, c'est le fait de voir que la dernière fois qu'il y a eu des élections, c'était en 2006, le Hamas a été élu à Gaza. Et la question qui, au fond, concerne les jours et les semaines à venir, est-ce que vous considérez que le Hamas est encore légitime comme acteur d'une éventuelle gouvernance palestinienne, ou est-ce qu'il est disqualifié et, par conséquent, il faut qu'il soit démilitarisé ? La question est assez simple.
Mais, je viens de vous répondre, et si vous voulez, on va en rester là. Je ne veux pas polémiquer avec vous. Si vous partez de l'idée qu'une élection n'est valable que quand on connaît le résultat, alors, monsieur, posez-vous la question pour votre propre patrie, puisqu'on passe notre temps à nous dire que toutes les élections sont dangereuses en France, parce qu'il y a le Rassemblement National.
Donc, le Hamas n'est pas disqualifié ? Puisque vous dites que ça dépendra du résultat des élections.
Mais, monsieur, je dirai ce que vous voulez. Ce sont les Palestiniens qui décideront, et tout ce que vous pouvez rajouter à votre radio n'y changera rien. Essayons pour une fois d'avancer en étant positifs, en disant des choses qui prennent un peu de la hauteur, et pas de se transformer en une espèce de théâtre de guerre de second plan où s'affrontent des gens qui n'ont pas attiré un coup de fusil. Monsieur Duhamel, avez-vous une idée de ce que c'est qu'un pays occupé ? Avez-vous été voir à quoi ça ressemble ? Savez-vous ce que c'est que deux ans de guerre ? C'est quelque chose de terrifiant.
Et je crois, Jean-Luc Mélenchon, qu'on en parle assez largement sur cette antenne. Alors, monsieur, ce n'est pas le sujet. Mais simplement, je constate qu'à la question « Le Hamas doit-il déposer les armes ou pas ? » qui est une question assez simple, vous n'y répondez pas.
Mais, pardon, monsieur, vous ne m'avez pas posé cette question. Vous m'avez demandé s'il devait être démilitarisé. Je viens de vous répondre, je ne souhaite pas qu'il y ait de conflits. Bien, écoutez, vous tirez la conclusion que vous voulez. On la connaissait d'avance. C'est de m'assimiler au Hamas parce que c'est ce que vous faites depuis deux ans.
Bon, ce gouvernement, Jean-Luc Mélenchon, je l'ai décrit rapidement, votre regard ?
Écoutez, je pense que c'est une comédie. D'abord parce qu'il reproduit les traits essentiels du précédent. Il les durcit sur certains aspects, comme par exemple la présence de personnalités qui sont très hostiles, tout le groupe Horizon, à la retraite à 64 ans, pour la raison qu'ils la veulent à 67. Qu'ils comportent des personnalités qui vont directement contre la décision de supprimer l'autorisation de mettre des pesticides partout, comme monsieur Lefebvre. qu'il est question de gens qui ont autrefois dirigé des grandes scènes d'hypermarché. C'est bien leur... C'est son problème.
Mais en attendant, c'est quand même la cause principale de la dévastation des petites et moyennes entreprises du commerce. Donc, j'ai l'impression que les personnes qui sont là ne sont pas comme il était annoncé. Et quoi que je n'en sois pas partisan d'un accord général où tout le monde finirait par s'entendre, nous ne sommes pas élus pour nous entendre. Nous sommes élus pour appliquer ce que nos électeurs nous ont demandé de faire. Eh bien, je pense que ce gouvernement est une comédie qu'il va évidemment tomber, puisqu'il n'y a aucune possibilité de suspension des retraites avec les gens qui sont là-dedans.
Et donc, les socialistes voteront la censure comme nous et comme la majorité de l'Assemblée.
Alors, c'est intéressant, Jean-Luc Mélenchon. Là, vous venez de dire beaucoup de choses sur les socialistes, les retraites. On va en parler. D'abord, pour que les choses soient très claires, la France Insoumise va déposer une motion de censure dès aujourd'hui, comme le fait le Rassemblement National. Voilà, motion de censure déposée.
Il n'y a même pas de débat. Nous avions déjà déposé la motion de censure et la présidente de l'Assemblée a dit qu'on ne pouvait pas censurer un gouvernement où il n'y avait que le Premier ministre. Donc, de fait, elle a été rejetée. Nous allons la représenter, en effet, dès à présent.
Pourquoi vous dites que ce gouvernement sera forcément censuré ? Les socialistes ne peuvent pas censurer puisque ce qui est dans le débat aujourd'hui, et c'est ce que demandent les socialistes, c'est la suspension de la réforme des retraites. Si le gouvernement, si Sébastien Lecornu, à la tribune de l'Assemblée Nationale demain, dit « Nous décidons de suspendre la réforme des retraites » ou du moins, nous mettrons au vote la suspension de cette réforme des retraites. Et si les socialistes réussissent à obtenir ce gain concret pour des centaines de milliers de travailleurs ?
Et si mon chien a des ailes, ça pourrait très vite en faire un poulet. Écoutez, de tous les scénarios de fiction que vous avez imaginés autour de cette table depuis maintenant deux mois que dure ce cirque, tous les scénarios, il s'est produit exactement ce qu'aucun n'avait prévu. Premièrement, le départ de M. Bayrou posant la question de confiance. Vous me regardez, M. Duhamel, les yeux grands ouverts comme si c'était une... Vous avez l'air d'avoir... Vous n'avez pas de mémoire. Vous étiez en vacances à ce moment-là.
J'ai notamment la mémoire, Jean-Luc Mélenchon, de vous avoir entendu dire que le président de la République allait être destitué et la motion de destitution a été évacuée par le bureau de l'Assemblée.
Attendez, ne changez pas de sujet. Vous avez l'air... Vous êtes mal à l'aise, je le comprends. Pourquoi ? Parce que le 19 août, le 18 août, rien de tout ça n'était sur la table. On allait tranquillement voir la rentrée se dérouler. M. Bayrou avait déposé son plan, son projet de budget, etc. Est arrivé l'appel au 10 septembre et ensuite l'idée qu'une grève générale pourrait avoir lieu. Tout d'un coup, M. Bayrou, pour la première fois, depuis 5 ans, dépose la motion de confiance qui est immédiatement refusée.
Et depuis, cet événement prévu par aucun d'entre vous, dont vous ne vous expliquez pas l'origine, mais dont je viens de vous rappeler l'origine, c'est le mouvement populaire du 10 septembre et le mouvement intersyndical du 18 septembre. Eh bien, voilà pourquoi. Donc vous avez le point de départ. Que se passe-t-il ? Ce pays ne veut plus de la politique qui est pratiquée par M. Macron. Ça n'est pas sa communication qui est mauvaise, ça n'est pas sa personne, peut-être est-elle détestée, mais ce n'est pas le sujet. C'est la politique qu'il pratique. Par conséquent, il faut en finir, pas composer avec. Il n'a plus aucune légitimité. Il a perdu toutes les élections depuis son élection en 2022,
qui était une élection contrainte. Sur la question des retraites, vous avez combattu la réforme d'Elizabeth Borne, vous avez peut-être parmi vos sympathisants, même sans doute vos sympathisants, vos électorats, des gens qui sont frappés directement par le report de l'âge légal. S'il y a une possibilité de suspendre la réforme à 62 ans et 9 mois, c'est-à-dire de permettre à des centaines de milliers de gens de partir plutôt à la retraite. Jean-Luc Mélenchon, écoutez juste, on va essayer de faire les choses calmement, je vous pose des questions, vous pouvez y répondre.
Est-ce que quand on fait de la politique et a fortiori quand on est de gauche, on ne se bat pas pour obtenir des avancées concrètes, même si ça ne va pas aussi long que vous ne le souhaitez. Mais écoutez, monsieur Diamel,
on va faire les choses tranquillement, comme vous venez de le dire. Et en effet, je le souhaite. Donc vous allez éviter de me dire ce qu'on doit faire quand on est de gauche, parce que ce n'est pas votre cas. Pour savoir, je vous pose des questions. Moi, je vais vous répondre sur un point précis. 91% des Français ne voulaient pas cette réforme. Pas 63 ans et 9 mois. Parce que ce que vous ne dites pas à cet instant, ce dont il est question, ce n'est pas de la suspension de la réforme des retraites. Ce n'est pas vrai. Vous mentez et vous le savez. Non, mais taisez-vous un peu, laissez-moi répondre. Jean-Luc Mélenchon,
on essaye de rester correct. Oui, c'est ça. Vous posez des questions, vous y répondez.
Non, je réponds si je veux et comme je le veux. Donc je vous explique. Je sais que c'est votre but de faire monter le ton sur ce plateau, vous l'avez dit tout à l'heure. Donc, mais oui, c'est votre but. Vous m'écoutez, il n'est pas question de supprimer la réforme des retraites. Il est question de la suspendre. Suspendre, ça veut dire qu'elle reste dans l'état dans lequel elle est. Elle est donc, au janvier prochain, 63 ans et 9 mois. Permettez-moi de vous dire que ce n'est pas pareil. L'abolition de la réforme des retraites et la suspension. Ça n'a rien à voir.
Donc la suspension, ce n'est pas assez. Attendez, mais non,
laissez-moi vous expliquer un point de vue. Tous les points de vue ne sont pas forcément les vôtres. La compétition qu'il y a actuellement, c'est une compétition à propos de la dette dont on ne parle plus. Comment la régler ? Et deuxièmement, comment et où faire des coupes ou des recettes supplémentaires ? Ce n'est pas notre manière de voir les choses. Nous croyons qu'il faut choisir entre deux options fondamentales qui sont posées dans le monde entier. Depuis que M. Trump a décidé d'en changer les règles du jeu avec l'abolition de la libre circulation des marchandises. Donc, est-ce qu'on continue comme avant, la politique qui nous a amenés jusque-là, ou bien est-ce qu'on en change ?
Nous sommes partisans d'un changement avec l'idée d'un changement global de l'ordre économique. Autrement dit, que pour remplir les caisses de l'État, il n'y a pas que l'impôt et les coupes de services publics, il y a la relance de l'activité. relancez l'activité par notamment des investissements écologiques. Parce que c'est par là que ça passe. Alors là, vous avez un deuxième choix. Pardon M. Duhamel de vous interrompre, mais il y a un deuxième choix. Le deuxième choix, c'est est-ce que vous préférez l'économie d'armement qui s'annonce dans toute l'Europe ou l'économie de développement écologique ? Ce sont deux domaines d'investissement incompatibles l'un avec l'autre.
Vous ne pouvez pas faire 5% du produit national passant dans les armes et 5% dans l'écologie. Ce n'est pas compatible. Voyez-vous, j'ai essayé laborieusement, mais laissez-moi finir une phrase et ça ira beaucoup plus vite. Je vous laisse finir. Et donc, il y a donc une vision d'opposition entre deux ordres globales. Et c'est ce que veut le peuple français. C'est pourquoi la dissolution au fond ne sera pas la solution, mais vous allez sans doute me poser une question aussi là-dessus, plutôt que de m'apprendre comment on est de gauche. Non, ce n'est pas vous apprendre
ce que signifie être de gauche puisque visiblement vous y répondez, mais ça veut dire que quand il y a cette possibilité de suspension de la réforme des retraites, vous préférez appeler à la démission du président de la République. Même une petite avancée ne vous satisfait pas.
Mais nous ne sommes pas des syndicalistes. Les syndicalistes, c'est leur rôle de négocier des avancées petites, moyennes, grandes, et ils se disputent des fois entre eux pour savoir si c'est suffisant. Notre rôle à nous, c'est d'être sur une orientation pour le pays. Nous pensons que tout ce qui se joue en ce moment, sa cause unique est le président de la République. Que le nouveau gouvernement, c'est le président de la République, il a nommé M. Lecornu lui-même, s'est dit être un moine soldat. Par conséquent, c'est la politique du président de la République qui va continuer à s'appliquer.
Dès lors, si on veut changer quelque chose et faire des choix et donner de l'autorité, c'est en passant par le président de la République. Donc, son départ. Quel moyen ? Et le seul moyen que nous avons. Les uns sont dans l'adjuration. M. le président, allez-vous-en, c'est Édouard Philippe. Ce n'est pas très correct et ce n'est pas non plus...
Vous qui dites qu'il n'est pas très correct ?
Non. Vous n'avez pas rendu service. Tous les mots pour vous sont un prétexte à faire des histoires. Qu'est-ce qui n'est pas correct ? Quand on est un élu, on doit d'abord utiliser les moyens politiques que l'on a. Il n'y a qu'un seul et unique moyen d'obtenir le départ d'un président de la République pour un député, pour les représentants de la nation. Les députés sont les représentants du peuple. C'est la destitution. On peut dire... Alors, on a le droit de dire ça n'aura jamais lieu, etc., etc. Mais qui êtes-vous pour dire des choses pareilles vu que rien de ce qui s'est passé, vous ne les avez vus se produire ?
Qu'est-ce qui vous permet de dire que les trois quarts de l'Assemblée nationale qui a voté le départ de M. Bayrou ne voteraient pas le départ du président de la République ? Oui, vous, vous savez tout, M. Le Glamel. Il faut deux tiers de l'Assemblée et deux tiers du Sénat.
Donc, tous les constitutionnalistes et les experts de nos textes savent et disent que la motion de destitution n'a littéralement aucune chance de passer.
Bon, oui, voilà, voilà, prenez-le sur un autre ton, réfléchissez. Il y a d'autres avis. Nous avons, nous aussi, des constitutionnalistes, pas parce que nous sommes de gauche que nous sommes une bande d'ignorants, d'accord ? Donc, il y a aussi des gens parmi nous qui réfléchissent, qui savent. Et aussi, des gens qui savent que la politique ne se règle pas d'une manière administrative, elle se règle par le fait que des gens réfléchissent et prennent des décisions. Or, tous les élus savent que le cœur du problème, c'est M. Emmanuel Macron. Et que si nous le laissons au pouvoir encore deux ans, eh bien, nous aurons deux ans de chaos.
Car, on nous a beaucoup accusé, permettez que je le dise, permettez que je le dise, on nous a beaucoup accusé du chaos, mais ce n'est pas nous qui le créons. Maintenant, je vais encore vous dire une chose sur la comptabilité parce qu'on n'a pas le temps de parler sérieusement de ces affaires. Regardez, on nous dit une dissolution, ça coûte tant. On pourrait avoir la discussion là-dessus. On nous dit, il faut faire des économies ici et ça. Moi, je vois une chose. Il y a une épidémie de cancer dans ce pays. Personne. Pas un instant.
Pas un mot n'a été dit sur le fait que si l'on voulait améliorer les comptes de la Sécu qui sont positifs aujourd'hui, moins les dettes de l'État, eh bien, une des politiques, ça serait la prévention du diabète, de l'obésité, qui ne viennent pas du fait que les gens mangent trop mais qu'ils mangent mal, etc.
C'est-à-dire que si on fait une politique qui part des besoins, des demandes, des urgences, au lieu de faire une froide comptabilité où on coupe dans les dépenses en privant encore les gens de toutes sortes de services de l'État, ou en augmentant les impôts parce que là, ce qui est prévu par le budget, c'est la classe moyenne va continuer à être le beaudet de ce pays, eh bien, on aurait une autre politique qui se ferait. Voilà tout ce que je dis. M. Macron doit s'en aller et le reste, ce sont des histoires. C'est un jour sans fin. On va recommencer la même comédie. Et je termine en vous disant que je connais son plan. Ce gouvernement va tomber.
Et dès lors qu'il tombera, il y aura une dissolution. Et dès lors qu'il y aura une dissolution, le gouvernement pourra faire passer par ordonnance son budget.
Voilà le plan. Mais c'est quand même étonnant, Jean-Luc Mélenchon, vous appartenez à un courant de pensée qui est contre le présidentialisme, qui considère que sous la Vème République, le président a trop de pouvoir, qu'il faut en revenir au Parlement. Et vous préférez le départ du président, une présidentielle anticipée, à une dissolution. Pourquoi c'est parce que vous craignez qu'une dissolution ne soit pas favorable à la France insoumise ? – Voilà, vous m'attribuez bien sûr
toujours des pensées médiocres. Pourquoi ? Pourquoi pensez-vous que la seule raison pour laquelle je dirais une dissolution ne règle pas, ça serait pour arranger mes affaires ? Vous n'avez pas bien étudié la situation. Ce n'est pas notre problème. Nous avons déjà été 17. Nous sommes 71. Notre problème, ce n'est pas de sauver nos places. C'est de faire ce qui permet d'avancer. Maintenant, votre remarque sur la présidentialisation, M. Duhamel. Votre remarque. Elle mérite d'être regardée. Et vous savez, je vais acheter tous les jours mes courses ou tous les deux jours dans un magasin d'une grande chaîne d'hypermarché. Et je suis contre le capitalisme et la grande distribution. Vous voyez ?
Et vous, vous mettez de l'essence dans votre scooter et je suis sûr que vous n'êtes pas d'accord avec l'augmentation du prix de l'essence. Nous vivons dans la vie réelle. Et dans la vie réelle, on fait avec ce qu'on a. Aujourd'hui, je ne vais pas opposer mes rêves d'une sixième république que j'espère voir s'appliquer bientôt parce qu'un jour, on y viendra. Je vis dans la réalité. Et dans la réalité, c'est M. Macron la cause des problèmes. Donc M. Macron doit s'en aller.
On a une question au standard de Dominique. Bonjour Dominique. Bienvenue. Vous nous appelez de Reims. Bonjour. Bonjour M. Mélenchon. Bonjour Madame. Vous dites que la violence conduit à la violence. J'ai une supplique à vous adresser. Je souhaiterais que votre groupe parlementaire participe à ce débat appelé à l'Assemblée nationale. car la violence, elle arrive chez nous, dans le peuple. Merci Dominique pour cette question. La violence des débats à l'Assemblée nationale. Jean-Luc Mélenchon, votre groupe est pointé par Dominique.
Oui. Je pense que ça s'adresse à davantage que mon groupe. Il est vrai que le ton est beaucoup monté à l'Assemblée nationale. Il faudra en chercher à chaque fois les causes. Et je crois qu'on s'y perdrait. Mais la cause principale de la violence, c'est le blocage. C'est-à-dire des gens, honnêtement, quels qu'ils soient, sur tous les bancs, ils sont là matin, midi et soir, et ils ont l'impression que rien ne débouchera jamais compte tenu de la composition de cette Assemblée et des choix politiques qui sont de toute façon, de gré ou de force, imposés par le Président Macron. Donc moi, je lui donne raison. Aucun d'entre nous ne souhaite vivre dans la violence.
Vous voyez, ça a un inconvénient majeur. La plupart de nos députés présentent, déposent des rapports sur toutes sortes de sujets. On n'en parle jamais. Le moindre incident de séance donne lieu à des heures de présentation. Donc moi, je vous donne raison. Je ne souhaite pas, j'ai été sénateur longtemps, le ton était plus au trait qu'à l'Assemblée nationale et la première fois que j'ai mis les pieds, j'en ai eu peur. Alors c'est dire, si ça me faisait peur même à moi...
Jean-Luc Mélenchon, une question de Régis sur l'application Radio France qui dit, êtes-vous conscient qu'après avoir contribué à renforcer Macron par vos agissements, vous ne servez plus qu'à renforcer le RN contre qui vous n'auriez aucune chance ? Et je me permets de rebondir sur la question de Régis et sur... Il n'était pas assez grand pour la poser lui-même, il fallait que ce soit vous avec votre papier. Pas du tout, c'est parce que c'est une question qui est écrite sur l'application Radio France Jean-Luc Mélenchon. Voilà, vous savez, il les écrit et donc moi je m'en fais le messager en quelque sorte.
Et je rajoute ce chiffre, le baromètre est là pour les échos, 75% des Français ont une image négative de vous, nettement plus que Jordan Bardella ou Marine Le Pen. Est-ce que vous ne risquez pas, en appelant ainsi à la démission du Président de la République, à sa destitution et donc à l'organisation d'une présidentielle anticipée, et bien au fond à paver le chemin du Rassemblement National ? Voilà.
Je vous poserai volontiers la même question, connaissant vos agissements. Non, mais regardez, ça ne sert à rien d'aborder la politique par l'insulte. C'est-à-dire dire, vous ne servez à rien, vous aidez... Monsieur, j'ai passé ma vie à combattre l'extrême droite, donc quand vous me dites que vous pavez le chemin de l'extrême droite, je ne le prends pas comme un compliment. Pose la question quand on voit dans tous les sondages Jean-Luc Mélenchon,
législative présidentielle, le RN est très largement en tête. La question, si demain il y avait une élection, qu'est-ce qui vous fait dire que c'est vous qui tireriez profit de la situation ?
J'ai compris. Le problème n'est pas de savoir si nous allons tirer profit. de la situation. Le problème n'est pas de savoir qu'est-ce qui est nécessaire pour le pays. Si vous ne faites des élections que quand vous êtes sûr de les gagner, alors vous n'êtes pas un démocrate. Et quand il a été proposé au début du RN, qu'il soit interdit, c'était il y a plus de 25 ans de ça, Charlie Hebdo avait fait une pétition pour l'interdire, et je l'avais signé, et je l'avais porté. Et j'avais dit, je crois que c'est le moment de le faire, parce que c'est en partie dangereux. Maintenant, le RN est là. Que ça vous plaise ou pas, monsieur Duhamel, on ne peut le vaincre que politiquement.
Et on ne peut le vaincre politiquement qu'en n'étant pas tous les chaouches du gouvernement de monsieur Macron. Tous ceux qui de près ou de loin portent les sacoches de monsieur Macron finiront comme lui, et ils seront expulsés. C'est ça qui renforce le RN. Mais il n'y a pas que le RN qui se renforce. Voyez-vous, dans la mauvaise circonscription, on vient d'avoir l'élection partielle qui est en Espagne. Mauvaise pour nous, parce que elle n'était pas, ce n'est pas nous qui l'avions. Nous venons de progresser de trois points avec notre candidat. Et bien sûr, nous avons été battus, c'était prévisible. Mais nous avons progressé. Dans la circonscription à Paris, c'est l'inverse.
Le candidat unique était socialiste. Parce qu'on a dit, ah ben c'est parce que c'est un effet que vous avez perdu. Et il a reculé de douze points. Par conséquent, dans cette affaire, les gens comprennent qu'il faut faire un choix de société. Et c'est à ce choix de société que nous invitons. Voilà ce qui compte. Et j'en profite pour dire, puisque personne ne m'a posé la question, ce qui est bien étonnant, que la semaine dernière, nous sommes tombés d'accord, les écologies, Génération, nous LFI, ainsi que le président du groupe communiste à l'Assemblée nationale, pour dire que nous demandions, premièrement, la rupture totale avec M. Macron, donc la censure.
Et deuxièmement, des candidatures communes sur la base du programme du NFP. Alors voyez-vous, dans la vie, il n'y a pas que les menaces et la peur. La Ligue de la peur ne nous mènera nulle part. Il faut oser, vouloir, et aspirer au futur avec des solutions. Nous amenons des solutions. Et M. Duhamel, si les Français n'en veulent pas, nous nous soumettrons.
Merci Jean-Luc Mélenchon, fondateur, leader de la France Insoumise, d'avoir été au micro d'Inter ce matin.
Jean-Luc Mélenchon