Olivier Paccaud : « La dissolution est maintenant la décision la plus sage »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Olivier Paco, merci d'être là, sénateur LR de l'Oise. On va longuement évidemment revenir sur cette situation politique inédite, ce coup de théâtre hier soir au sein de votre parti. Et cette situation, elle fait la une de nombreux journaux régionaux ce matin. On va regarder trois titres consacrés justement à ce gouvernement. Le Cornu, d'abord le Républicain Lorrain, gouvernement, les mêmes et le maire. Le deuxième titre, c'est celui de Presse Océan, un gouvernement pour combien de jours. Et puis le dernier titre, c'est le télégramme, LR menace déjà de claquer la porte.
Si vous devez choisir un titre pour résumer ce qui se passe en ce moment, vous choisissez lequel ?
Difficile parce que les trois sont bien vus. Un gouvernement pour combien de jours, pour combien d'heures peut-être ? Pour vous, ça se compte en heures ? Je pense qu'on en est là, bien sûr. Parce qu'effectivement, ce qui s'est passé hier soir à 19h40, avec l'annonce d'un gouvernement qui… Alors, j'ai rarement l'occasion d'être d'accord avec et Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, mais dans ce que vous avez cité, malheureusement, ils ont raison. On attendait une rupture. C'est M. Lecornet lui-même qui l'avait promis. On a tout sauf une rupture. On nous ressort le jeu des sept familles. Ce n'est pas possible. Les Français en ont « soupé » de la série dure en même temps.
Et donc, les Républicains ne cautionnent pas du tout ça. Alors, ils vont se prononcer tout à l'heure. Alors, en étant un tout petit peu caricatural, on nous avait vendu M. Lecornu comme un petit Machiavel. On découvre Jean-Claude Duss à Matignon. Sur un malentendu, ça peut passer. Non, ça ne peut pas passer.
Mais juste pour qu'on comprenne bien Olivier Paco, qu'est-ce qui explique ce message à 21h30 de Bruno Retailleau, deux heures après avoir été renommé au ministère de l'Intérieur ? Pourquoi ce revirement ?
Parce que nous avons l'impression d'avoir été totalement floués.
Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Parce que Sébastien Lecornu ne vous a pas donné la composition du gouvernement ? C'est un problème de composition du gouvernement ?
Pas seulement, mais surtout. Alors, très concrètement, comment ça s'est passé ? Il y a eu cette espèce de feuille de route qui a mis du temps à arriver, qui a été négociée, raturée. On a reçu, effectivement, hier, un document de trois pages qui s'intitule « Feuille de route », qui est d'ailleurs très étonnant parce qu'il n'est pas signé. On ne sait pas de qui il émane. C'est trois pages qui sont une litanie de portes ouvertes en disant qu'on va se battre pour la jeunesse, pour la souveraineté agricole. Bon, on est évidemment d'accord. Néanmoins, et on a eu un débat à ce sujet, entre 14h30 et 17h. Tous les parlementaires républicains étaient quasiment présents en visio. 185 parlementaires.
Parce qu'il y a les députés européens aussi. Et on en a conclu qu'il valait mieux participer au gouvernement sans pour autant le cautionner.
– Quand vous dites « on en a conclu », il y a eu des débats.
– Oui, il y a eu des débats. On va dire que 80% des parlementaires LR étaient favorables à une participation exigeante. Il y a des choses qui ne nous convenaient pas forcément.
– Mais il y a eu des fractures entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, c'est ça, durant cette réunion ?
– Laurent Wauquiez a dit son scepticisme, Bruno Retailleau a dit qu'il valait mieux y aller pour tenter d'infléchir le cours du paquebot France. Il vaut mieux être à l'intérieur qu'à l'extérieur. Voilà. Maintenant, ce qui…
– Et il a été suivi par 80% des parlementaires,
c'est ce que vous nous dites ? – Oui, bien sûr. 80% des parlementaires étaient présents.
– Ok, donc il est 17h30, vous dites « on participe au gouvernement, une participation exigeante ».
– Exactement.
– Là, Bruno Retailleau va à Matignon rencontrer Sébastien Lecornu. Est-ce que vous savez ce qui s'est passé à Matignon ?
– Non, je n'étais pas avec Bruno Retailleau. Néanmoins, nous avions bien dit que cette participation exigeante serait conditionnée et pourrait éventuellement prendre fin assez vite si en matière fiscale, en matière… Je vais prendre un exemple, la location sociale unique. Nous y étions favorables simplement pour que le travail paye plus que la Cistana, nous avions souhaité qu'elle soit plafonnée à 70%. Rien n'est précisé dedans. La location sociale unique, les socialistes la veulent aussi, mais pas du tout de la même façon que nous. Donc, c'était encore du « en même temps », si vous voulez. Et donc, très concrètement, nous ne souhaitons pas le « en même temps ». Et donc, nous avons…
– Mais pardon, du coup, c'était sur le fond, sur la feuille de route. Il n'y avait pas question de quitter en fonction de qui était ou non au gouvernement aussi.
– Peut-être que l'erreur des Républicains, c'est d'avoir cru qu'il y aurait un casting un petit peu renouvelé et personne ne pouvait s'attendre à avoir, effectivement, le jeu des sept familles de la Macronie avec cerise sur le gâteau avarié, le retour de Bruno Le Maire, l'Attila de Bercy, l'homme qui vaut 1 000 milliards de dettes, l'empereur du déficit. C'est une provocation. C'est une provocation. Les Français n'en veulent pas, les Républicains n'en veulent pas. Et donc, le comité stratégique, effectivement, des Républicains va se réunir ce matin. Je ne peux préjuger…
– Attendez, juste, pardon, Olivier Paco, ça veut dire que vous n'étiez pas au courant, Bruno Retailleau et les Républicains, que Bruno Le Maire faisait son retour au gouvernement ?
– Non, nous n'étions pas au courant. Et je peux vous dire qu'entre 19h40 et 23h, les téléphones ont chauffé. Et sur les 185 parlementaires LR, il n'en est pas un, il n'en est pas un qui a été satisfait du casting. Et les mots les plus durs ont sifflé aux oreilles de M. Lecornu, j'en suis convaincu.
– C'est-à-dire ?
– C'est une…
– Qu'est-ce qu'ils disaient sur les boucles LR ?
– Que ce casting est pathétique, pour reprendre un mot qui a été cité, c'est catastrophique. On ne peut pas donner un nouveau souffle, un nouvel élan en reprenant exactement le dernier carré, les derniers grognards de la Macronie. Ce n'est pas possible.
– Mais du coup, ce qui a provoqué la colère des Républicains, c'est le fait qu'il y ait dix ministres renaissants dans le gouvernement ou c'est vraiment la nomination, le retour de Bruno Le Maire ?
– Il n'y a pas que Bruno Le Maire. Avoir encore M. Barrault aux affaires étrangères, Mme Borne à l'éducation nationale, Mme Pannier-Runacher. Enfin, objectivement, j'ai cru que c'était une fake, moi, quand j'ai vu la liste apparaître. Franchement, je n'y ai pas cru.
– Mais je crois qu'ils sont maintenus. Bruno Retailleau est maintenu à l'intérieur, Achille Dadati est maintenu à la culture, Annie Gennevar est maintenu à l'agriculture. Ce n'est pas ce que vous souhaitiez ?
– On souhaitait le maintien, effectivement, de certains ministres LR ou de Gérald Darmanin, qui est dans notre ligne philosophique, bien sûr. Mais, vous savez, un gouvernement, en même temps, ça ne peut plus marcher. Je veux dire, il y a une hémiplégie ou un grand écart, entre guillemets, dont on a vu ce qu'il donnait au niveau et politique, et économique, et social. Ce n'est plus possible.
– Mais est-ce que vous auriez souhaité plus de ministres LR au gouvernement ? Est-ce que c'est aussi ça qui a coincé ?
– Non, ce n'est pas uniquement une question de proportion, même s'il y avait eu des engagements qui, a priori, n'ont pas été remplis. Mais non, ce n'est pas uniquement l'égo, entre guillemets, des LR qui pensaient qu'il devait y avoir beaucoup plus de ministres.
– Le fait que Sophie Prima soit plus porte-parole et ne figure pas dans la première liste, ça a joué aussi ou pas ?
– Je ne pense pas, même si Sophie Prima a été une excellente porte-parole, non.
– Du coup, on est hier soir, il y a ce tweet de Bruno Retailleau, est-ce que, vous dites, ça a chauffé sur les boucles à l'air, ça veut dire que Bruno Retailleau, il s'est retrouvé face à une fronde interne de ses parlementaires, de ses élus locaux ?
– Non, je pense sincèrement que Bruno Retailleau est le premier à avoir été surpris par le casting, le premier. Vous savez, c'est un homme de conviction, c'est un homme qui n'a pas de double langage, il vous le dira certainement beaucoup mieux que moi, alors il l'a mis dans un tweet relativement polissé mais très clair, la rupture promise ou les conditions de la rupture promise ne sont pas au rendez-vous. À partir de là, nous allons décider, après une nuit de sommeil et avec sérénité, la suite à donner, et très honnêtement, je ne suis pas optimiste pour ce gouvernement. Le Cornu, il aura peut-être la gloire d'être le gouvernement le plus court de la Vème République.
– Est-ce que dans les heures qui viennent, les ministres à l'air vont démissionner du gouvernement Le Cornu ?
– Je ne sais pas, je les vois mal rester.
– Vous souhaitez qu'ils démissionnent ?
– Moi, personnellement, oui. Moi, personnellement, si j'étais ministre, je ne resterais pas dans ce gouvernement.
– Est-ce que le socle commun a encore un avenir ? Il y a Bruno Retailleau qui a fait ce tweet, Gabriel Attal qui fustige le spectacle à Figeon, Hervé Marseille qui dit qu'il reprend sa liberté. Est-ce que ce matin, le socle commun existe encore ?
– En tout cas, il est plus qu'écorné. Et c'est vrai que j'ai noté la colère d'Hervé Marseille, il en faut beaucoup pour le mettre en colère, et même de Gabriel Attal. Donc concrètement, ce gouvernement ne plaît à personne. Peut-être à Emmanuel Macron, peut-être à Emmanuel Macron, et quand même à Sébastien Lecornu, mais une situation qui ne satisfait ni les oppositions, ni la majorité fragile, ça ne peut pas durer, ça ne peut pas tenir.
– Est-ce que pour les LR aussi, en même temps, il est un peu difficile à tenir, on est à l'approche des municipales, est-ce que ce n'est pas compliqué d'être à la fois dans le gouvernement et à la fois dire, nous, on est l'opposition à Emmanuel Macron ?
– Mais bien sûr que ce n'est pas facile, que le sentier était très étroit, mais nous sommes un parti responsable, et on a toujours préféré, entre guillemets, la patrie à notre parti. On pensait que pour mieux servir le gouvernement et éviter une dérive, par exemple, fiscale, parce qu'il y a eu beaucoup de ballons d'essai sur la taxe Zuckmann, la pression logique et légitime de la gauche sur un retour de l'ISF. Il nous semble que dans ce pays ultra fiscalisé, il ne fallait pas faire cette erreur. Donc, nous souhaitions, entre autres, participer au gouvernement pour éviter certaines dérives. Visiblement, les conditions ne sont pas remplies.
– Est-ce que sur le fond, vous aviez quand même obtenu des concessions, des garanties de la part de Sébastien Lecornu ?
– Écoutez, certaines petites choses. Par exemple, l'annonce d'une loi, d'un texte de loi contre la fraude fiscale et sociale. Oui, c'est quelque chose que nous souhaitions et qu'il y allait dans le bon sens. Je prends cet exemple-là. Bon, l'allocation sociale et unique, je vous ai dit que c'était trop vague, mais il y avait quand même cette annonce. Donc, il y avait des petits gestes.
– Sur la fiscalité ?
– Alors, sur la fiscalité, il met très clairement dans sa lettre de cadrage qu'elle sera stable, en indiquant qu'il pouvait y avoir, dans certains cas, certaines hausses, dans d'autres, éventuellement des baisses. Mais tout cela était un petit peu flou. Néanmoins, une lettre de cadrage, ce n'est pas un discours de politique générale, et le flou pouvait peut-être un petit peu s'expliquer ou s'excuser. Néanmoins, il manquait beaucoup de choses. Je prends un exemple. Sur l'AME, rien. Il n'y avait strictement rien.
– Y compris parce que, dans son interview aux Parisiens, il avait laissé sous-entendre qu'il pouvait revoir certains critères. Ça n'y figurait plus ?
– Ça n'y figurait pas dans la feuille de route.
– Et rien d'autre sur l'immigration ?
– Le mot en faisait partie, mais on avait un petit chapitre très évanescent, où il y avait de quoi satisfaire tout le monde.
– Maintenant, et d'autant plus s'il a l'air quitte le gouvernement, est-ce qu'il y a d'autres choix pour Emmanuel Macron que de provoquer une dissolution ?
– J'en vois peu. J'en vois peu. À partir du moment où… – Il y a un autre choix, c'est de nommer un Premier ministre de gauche. – Oui, c'est de nommer un Premier ministre de gauche, un Premier ministre d'Union nationale. Mais à chaque fois, il a nommé un Premier ministre ultra-macroniste. Il a nommé François Bayrou, il a nommé Sébastien Lecornu.
– Il a nommé Michel Barnier, qui n'est pas non plus ultra-macroniste.
– Oui, il a nommé Michel Barnier, et il n'a pas respecté ses engagements de ne que présider. Ça s'est mal passé, et ça n'a pas duré longtemps. – De toute façon, il ne faut pas se raconter d'histoire. La Ve République a été faite pour le fait majoritaire. Il n'y a pas de fait majoritaire à l'Assemblée nationale. Cette Assemblée totalement éparpillée ne peut continuer à fonctionner. – Donc il faut une dissolution ? – Je pense que c'est probablement la solution la plus sage, même s'il y a tous les risques.
– Et notamment que le fait majoritaire profite au RN, vous êtes bien placé pour le savoir, dans l'Oise.
– Oui, tout à fait.
– Ce n'est pas grave, il faut prendre ce risque, vous dites ?
– Écoutez, ce sont les Français qui décideront. On est dans un pays où la souveraineté est aux mains du peuple, normalement. Et c'est vrai que depuis trop longtemps, on ne recourt plus au peuple. Je me souviens que M. Macron, une fois, deux fois, trois fois, nous a parlé de référendum. On l'attend toujours. Et donc peut-être qu'effectivement, il faut remettre le peuple au centre et lui demander ce qu'il veut réellement.
– Allez, l'avenir du gouvernement Lecornu en sursis, alors qu'il avait fait des concessions. Vendredi, Alex, il avait annoncé renoncer au 49-3 pour faire passer le budget. Comment faire passer ce budget sans 49-3 ? C'est votre éclairage, Alex.
– Effectivement. Alors, il y a plusieurs scénarios possibles. Premier scénario, les députés examinent le budget, ils le remanient en votant des amendements, des compromis se dessinent entre les groupes politiques. Et à la fin, une majorité émerge à l'Assemblée nationale pour voter l'ensemble de ce texte financier. Alors, ce serait le scénario idéal, une victoire pour la démocratie parlementaire, mais c'est très compliqué. Souvenez-vous, l'an dernier, les députés avaient profondément remanié le budget, notamment la partie recette du projet de loi de finances, avec des amendements sous l'impulsion de la gauche qui avaient créé des impôts nouveaux. Des majorités se dessinaient.
Mais au final, une majorité de députés avaient voté contre cette partie recette du projet de loi de finances et l'avaient rejetée à l'Assemblée nationale.
Deuxième scénario, les députés remanient profondément le budget, mais la copine ne plaît pas au gouvernement. Qu'est-ce qui se passe ?
Eh bien, le gouvernement a un autre outil. Il peut utiliser la procédure dite du vote bloqué, c'est-à-dire l'article 44 de la Constitution. Cela veut dire qu'à un moment de l'examen de ce budget, le gouvernement arrête les débats et demande aux parlementaires de se prononcer sur l'ensemble du texte, mais dans la version rédigée par le gouvernement. Alors, c'est peu probable que le gouvernement utilise le vote bloqué, car il serait censuré dans la minute par les députés.
Et qu'est-ce qui se passe si le Parlement n'arrive pas à se mettre d'accord sur un budget dans le délai imparti des 70 jours, c'est-à-dire midi décembre ?
Eh bien là, ce serait une défaite pour la démocratie parlementaire. Cela veut dire que les parlementaires n'auraient pas réussi à se mettre d'accord sur ce budget. Et dans l'urgence d'avoir un texte financier d'ici à la fin de l'année, eh bien techniquement, le gouvernement peut faire passer le budget par ordonnance. Ce texte financier aurait juste à être signé par le président de la République. Alors là aussi, c'est peu probable. Un budget qui passe par ordonnance, ça n'est jamais arrivé dans l'histoire de la Ve République.
Et puis enfin, il y a un autre outil pour le gouvernement, et celui-là, on le connaît mieux, c'est de faire voter dans les derniers jours de décembre une loi spéciale, c'est-à-dire reprendre le budget de l'année antérieure. La loi spéciale, c'est ce qui s'était passé l'an dernier, après la censure du gouvernement de Michel Barnier. Olivier Paco, abandonner l'utilisation du 49-3, est-ce que c'était une bonne idée de Sébastien Lecornu ?
Non, je vous le dis clairement. Le surutiliser, en abuser, n'est pas une bonne chose non plus, et malheureusement, c'est ce qui a eu lieu ces dernières années. Mais Sébastien Lecornu a lui-même reconnu qu'il était le Premier ministre le plus faible de la Ve République. Il se privait ainsi d'une des rares armes qu'il possédait, ça ne me semblait pas forcément l'idée la plus lumineuse, c'était de la communication. Il faut bien dire les choses peut-être ce qu'elles sont, mais la communication a ses limites en termes d'efficacité politique.
Alors c'est une manière de faire peser la responsabilité sur les parlementaires. Est-ce que vous pensez qu'une majorité peut se dessiner sur le budget ?
Non.
À l'Assemblée ?
Non, je ne pense pas. Alors effectivement, vous avez raison, on renverse la responsabilité. En gros, c'est à vous, messieurs les parlementaires, de vous entendre. Et si vous ne le faites pas, le peuple vous prendra témoin, c'est vous les méchants, entre guillemets. Emmanuel Macron avait fait exactement la même chose, juste après la dissolution. C'est à vous de vous entendre. Sauf que quand on s'engage en politique, on a des idées, on a des idéaux, on a des convictions. Et quand, par exemple, certains veulent plus d'impôts et que d'autres veulent moins d'impôts, je ne sais pas comment on fait. Objectivement, ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible.
Mais pourtant, le RN est aussi favorable à des économies, à une baisse des dépenses publiques. Est-ce qu'il n'y a pas un compromis possible entre le socle commun et le RN sur cette question du budget ?
Écoutez, le RN, au niveau économique, permettez-moi de vous dire qu'il est de gauche. Je peux prendre beaucoup d'exemples. Ils ont refusé de conditionner le RSA à 15 heures de travail. Ils sont pour le retour de la retraite à 62 ans. Ce sont les meilleurs alliés de la gauche au niveau économique. Et ils ont souvent voté avec la gauche à l'Assemblée nationale. Donc, je vois mal des accords, entre guillemets, de circonstances avec le socle commun et le RN sur des problématiques budgétaires.
Et Sébastien Lecornu qui appelle également une meilleure maîtrise des dépenses des collectivités. On va en parler avec les élus locaux. On va à Vincennes. Bonjour, Charlotte Libère. Merci d'être avec nous. Vous êtes maire UDI de Vincennes. D'abord, est-ce que, compte tenu du contexte, vous jugez que les collectivités doivent faire des efforts en matière de maîtrise de leurs dépenses ?
Bonjour à tous. Écoutez, je crois que les collectivités font déjà des efforts depuis plusieurs années. Et nous avons structurellement quelque chose qui nous permet d'être à l'équilibre à chaque fois que nous votons un bûche, ce n'est pas le cas de l'État. Donc, bien sûr, on doit tous participer, essayer de trouver des solutions pour sortir de cet impasse. Néanmoins, je crois que les collectivités, elles, ont déjà participé depuis fort longtemps à cette effort collectif.
Vous avez lancé, vous, à Vincennes, une initiative inédite. C'est un financement citoyen pour valoriser le patrimoine culturel. Expliquez-nous.
Oui, alors, en fait, c'est né d'une idée simple, c'est de se dire qu'à Vincennes, les gens sont assez attachés à leur ville et qu'ils sont attachés à leur ville parce qu'il existe un patrimoine fort et que pour financer ce patrimoine et pour l'entretenir, ça nécessite un petit peu d'argent. Vu les conditions du moment, sur le plan financier, en termes d'emprunt, il était important pour nous de trouver des alternatives à ce mode de financement classique auprès des banques. Et j'avais, par ailleurs, d'autres citoyens qui me demandaient régulièrement s'ils pouvaient participer à la vie de la ville sans avoir forcément du temps à donner, sans avoir forcément autre chose à donner.
Et donc, je me suis dit que se faire réunir les deux aspects pouvait être une bonne idée. Et ce financement participatif, il permet à des citoyens qui ont peu de temps ou peu d'autres moyens pour aider leur ville de choisir la confiance dans leur municipalité et de prêter de l'argent, finalement, à leur collectivité pour financer l'entretien de leur patrimoine.
Est-ce que, du coup, c'est bénéfique pour vos habitants et c'est bénéfique aussi pour l'Amérique ? Combien vous avez récolté ?
Alors, à ce jour, après pratiquement un petit mois de mise en place de la plateforme, on est à plus de 140 000 euros. Ce qui veut dire que sur un projet qui en coûte peut-être 300 000, on arrivera au-delà de la moitié financée par le participatif. Ça veut dire que c'est ce qu'on retirerait potentiellement. Là, puisqu'on est sur un acte complètement volontaire, si on devait ajouter ça, cet emprunt, à la dette de la collectivité, là, ce n'est pas le cas.
C'est-à-dire que nos citoyens font le choix de financer un patrimoine sur leur bien propre en faisant confiance à un système qui est un financement participatif, qui est rémunéré, puisque ses citoyens seront rémunérés au bout de 5 ans, à 2,5 %. Donc, c'est plus que le livret A. Et en même temps, c'est un acte fort de confiance dans la situation actuelle.
Olivier Paco, qu'est-ce que vous pensez de cette initiative ?
C'est une excellente idée. L'emprunt municipal ou départemental ou régional, ce sont des idées très peu utilisées, mais qui me semblent vraiment pouvoir être fédératrices, comme Mme le maire le dit très bien. Je trouve que c'est remarquable. Et donc, avoir déjà réuni quasiment la moitié de la somme dont elle a besoin sur ce projet-là, ça fait plaisir en plus aux gens qui investissent. Il y en a beaucoup qui, d'ailleurs, sont donateurs pour la fondation du patrimoine ou des associations caritatives.
Là, non seulement elles font le bien, entre guillemets, mais en plus, financièrement, ça rapporte plus pour elles qu'effectivement de laisser dormir leurs petites économies sur un livret A ou sur un LDD. Donc, bravo.
Voilà, bravo, Mme le maire. Merci beaucoup. C'est le message d'Olivier Paco. Merci, Charlotte Libère, d'avoir été avec nous, maire UDI de Vincennes. Merci beaucoup. On va continuer. On va retrouver Jacques Paquier. Bonjour, Jacques. Merci d'être la directeur de la rédaction du journal du Grand Paris. Jacques, vous vouliez interroger Olivier Paco sur un autre sujet. C'est l'avenir du département de l'Oise en périphérie de la région Île-de-France et du Grand Paris.
Absolument, M. Paco. Je voulais vous demander comment vous regardiez les débats franciliens. Certains souhaiteraient que la métropole soit agrandie, élargie aux frontières de la région Île-de-France. Comment vous regardez ces débats vous-même ? Est-ce qu'il ne vous semble pas que cela pourrait accroître l'effet frontière avec une région Île-de-France qui fait 33% du PIB et puis ses voisins ? Comment regardez-vous ce débat ?
J'ai été conseiller régional de Picardie. L'Oise est effectivement le département le plus méridional de la Picardie et des Hauts-de-France. Néanmoins, je suis attaché comme l'immense majorité des habitants de l'Oise à cette région des Hauts-de-France. Mais c'est vrai que quand on habite au sud de l'Oise, donc en dessous de ce qu'on appelle la RN31, alors ça va être des communes comme Sanlis, Chantilly, Chambly, Mérue, on est vraiment aux lisières de l'Île-de-France. L'immense majorité des habitants travaillent en Île-de-France. Et effectivement, vous avez parlé d'effet frontière, ça peut poser une petite problématique. Néanmoins, on ne va pas refaire à chaque fois la carte des régions.
Déjà, l'agrandissement Picardie-Hauts-de-France a posé des problèmes. Personnellement, je pense qu'il pourrait y avoir certains avantages pour des habitants du sud de l'Oise qui… Alors ça peut être en termes de passe-navigo ou autre, mais objectivement, je ne suis pas favorable à écarteler, dépecer l'Oise pour qu'une partie du département devienne francilien, non ? Nous sommes dans l'Île-de-France, nous sommes Picard et nous y sommes très bien.
Oui, deuxième question, M. Paco, merci beaucoup. Quel type de coopération renforcée, si j'ose dire, vous souhaitez, si c'est le cas ? Je sais que les élus de l'Oise parfois demandent des investissements dans les infrastructures de transport pour relier plus rapidement l'Oise à Roissy, par exemple. Quels sont vos chevaux de bataille sur ces questions des coopérations interrégionales ou avec l'Île-de-France ?
Vous avez raison, le Picard et Roissy, le fameux barreau, fait partie des grands projets qui sont importants pour le développement des Hauts-de-France et du sud de l'Oise plus précisément. On peut parler aussi, on peut souhaiter des coopérations plus fines en matière d'infrastructures scolaires. Je pense par exemple au lycée. Des fois, c'est peut-être dommage de construire deux lycées à quelques kilomètres, l'un au nord de l'Île-de-France, l'autre au sud de l'Oise, c'est à Chaumont-en-Vexin. Alors, nous, on va aménager un collège en lycée. Mais c'est vrai qu'un partenariat plus fin entre les deux régions aurait pu être peut-être plus pertinent, plus efficace.
On est frontaliers, nous, par exemple, aussi avec la Normandie. Eh bien, figurez-vous qu'on a construit une piscine entre les régions, enfin, financée par les deux départements et les deux régions. Donc, c'est possible et peut-être que ça doit se développer entre la région Hauts-de-France et la région Île-de-France. Oui.
Merci beaucoup.
Merci, Jacques. Merci beaucoup d'avoir été avec nous la une du journal du Grand Paris. C'est la tech au secours du climat. Merci beaucoup, Jacques Paquet. Un dernier mot sur un autre sujet, Olivier Paco, puisque vous suivez particulièrement ici au Sénat les questions d'éducation, d'enseignement. Il y a un syndicat d'enseignants qui a proposé de débaptiser, de laïciser le nom des vacances de Noël et de la Toussaint. Qu'est-ce que vous en avez pensé ?
Mon Dieu, mon Dieu, c'était la priorité. Tout le monde attendait ça. Voilà, il y a des problèmes de niveau, il y a des problèmes de recrutement. Un des principaux syndicats nous sort, il faut laïciser le nom des vacances. C'est stupide, c'est même choquant. Dans un pays où, effectivement, on est sur le Titanic, alors il y en a qui réécrivent à l'écriture inclusive la partition n'importe quoi. Voilà. Donc, non, certainement pas. C'est une forme de wokisme malsain.
Merci Olivier Paco, merci beaucoup. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Olivier Paccaud