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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 22 octobre 2017 8 minAutoproduitPortrait personnelSécurité

Jean-Michel Fauvergue : "L'affaire Merah, c'est l'an 0 en matière d'individus radicalisés"

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Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Attaque 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:17Invité politiqueFait
    « Le terrorisme ? Coulibaly. »

Temps de parole

  • Jean-Michel Fauvergue71 %
  • Présentateur29 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Le 6-9 du week-end, Éric Delvaux, sur France Inter. Bonjour Jean-Michel Fauvert, député La République En Marche, ancien chef du RAID. Vous signez ce livre, donc, Patron du RAID face aux attentats terroristes, c'est aux éditions Mareuil. C'est le récit de vos quatre années passées à la tête de cette unité d'élite, au contact des pires attentats qu'ait connu la France d'après-guerre. D'ailleurs, c'est assez rare qu'un patron de ces unités d'élite dévoile ainsi les coulisses, par exemple, avant ce que vous appelez un top-assaut, par exemple celui de l'Hyper-Cacher ou au Bataclan. Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de raconter ça ?

0:43
Jean-Michel Fauvergue

Alors, moi je me suis confié depuis deux ans à Caroline de Juglard, qui est à la liste de M6. Tout à fait. Et j'ai commencé à me confier entre Vincennes et le Bataclan, juste avant le Bataclan. Il me semblait important, dès cette époque-là, bon, bien sûr, le bouquin était à paraître plus tard, beaucoup plus tard, mais il me semblait important, dès cette époque-là, de témoigner de ce que je vivais, mais de témoigner de l'ensemble de choses. Parce qu'on voit surtout l'intervention, on voit les images chocs, on a dans la tête ces interventions-là et des images assez dures. Mais derrière, il y a des hommes et des femmes au RAID.

Il y a la nécessité pour le chef du RAID, pour le patron du RAID, puisque un chef dans la police nationale, c'est un patron, c'est comme ça qu'on l'appelle, pour le patron du RAID, de dire comment il avait fait pour la cohésion, pour le management, pour le commandement de cette équipe-là, c'est quelque chose d'important. Et puis derrière, il y a tous les rapports humains.

1:50
Présentateur

Parce que depuis 2012 et l'apparition de Mera, les attentats Montauban et Toulouse, quelque chose a changé, il a fallu adopter vos méthodes ? Adapter, pardon, vos méthodes.

2:00
Jean-Michel Fauvergue

Oui, tout à fait. L'affaire Mohamed Mera, c'est l'an zéro, c'est écrit dans le livre, c'est l'an zéro de ces individus radicalisés qui agissent en trois temps. Le premier temps, c'est qu'ils tuent des gens, des cibles, qui ont un haut potentiel émotionnel dans la population française, des militaires, à l'école juive, les petits-enfants juifs. A bout touchant. A bout touchant, oui, c'était l'horreur absolu. Ensuite, ils se retranchent et n'essaient pas de partir. Une fois qu'ils sont retranchés, quand leur aide est là, ou les unités spéciales, ils meurent, ils vont chercher la mort. Ils recherchent la mort. Et ça, c'est quelque chose de fondamentalement différent.

2:46
Présentateur

Ça veut dire que désormais, lors des prises d'otages ou de terroristes ou de personnes radicalisées retranchées, le temps n'est plus à la négociation, l'assaut est plus rapidement envisagé qu'avant ?

2:57
Jean-Michel Fauvergue

Ça veut dire que le temps doit être récupéré par les forces d'intervention et par le patron du RAID ou par le patron de la force d'intervention qui intervient, bien évidemment. Le temps doit être récupéré. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire ne pas laisser l'initiative aux prôneurs d'otages, aux terroristes, parce que si on lui laisse du temps, il aura le temps, un, de se reposer, deux, d'initier des explosifs, de tuer les otages aussi, et aussi de mettre sur la toile et de revendiquer, de parler sur la toile, de faire traîner dans le temps et de mettre aussi ces films mortifères qu'ils prennent tous de leurs actions.

3:48
Présentateur

Ce que vous avez retenu et ce que vous avez constaté surtout, c'est que désormais, ces personnes radicalisées ne se rendent jamais.

3:53
Jean-Michel Fauvergue

Oui, à partir de l'affaire Mera, on a tiré cette conclusion-là, mais en regardant aussi tout ce qui s'est passé ailleurs dans le monde, parce que la France n'est pas le seul pays qui est impacté par ce type de terrorisme, et nulle part dans le monde, nulle part, il ne se rendait. Nulle part.

4:09
Présentateur

Lors de l'assaut de l'hypercachère à la porte de Vincennes, vous saviez, en envoyant vos hommes, que la personne à l'intérieur ne ressortirait pas vivante ?

4:17
Jean-Michel Fauvergue

Le terrorisme ? Le terrorisme, Coulibaly. Non, je ne le savais pas, parce que le but final quand même d'une unité de police, c'est d'interpeller et de mettre à disposition la justice, mais c'est très difficile dans ces circonstances-là, et c'est très difficile surtout si vous avez 26 otages à sauver. Et c'est très difficile quand l'individu est déterminé, quand on sait qu'il recherche la mort.

4:43
Présentateur

Mais lorsque vous donnez l'assaut, comme dans l'hypercachère, il y a toujours un premier homme, celui qui est devant, celui qui va essuyer les premiers tirs, or, vous le dites, vous l'écrivez, votre priorité, c'est la vie de vos hommes. Comment vivez-vous cette contradiction ?

5:00
Jean-Michel Fauvergue

Ce n'est pas une contradiction. À un certain moment, il faut rentrer, il faut aller au contact, et donc forcément, dans la colonne d'assaut, il y a toujours un premier. Par contre, un petit détail opérationnel, c'est rarement le premier qui est blessé, parce qu'il y a des effets rebonds des projectiles, donc c'est rarement le premier qui est blessé. Mais ne nous y trompons pas, au raid, les gars se battent pour être en premier, et pour être devant. C'est comme dans toutes proportions gardées, c'est comme dans Astérix et Obélix, quand ils montent à l'assaut du camp romain, ils se battent pour arriver les premiers. Pourquoi ?

Parce que d'abord, il y a l'effet adrénaline, mais aussi et surtout, il y a cette envie chevillée au corps, de servir sans faillir, c'est la devise du rêve. C'est la devise, servir sans faillir. Oui, de rentrer, de sauver des gens. On est tous mus par ça.

6:04
Présentateur

Être chef de ces types-là, de ces gars-là, au raid, ça veut dire quoi ? Être chef du raid, ça consiste en quoi ?

6:11
Jean-Michel Fauvergue

Alors, être chef du raid, ça veut dire plusieurs choses. Être patron du raid, c'est d'abord être conscient de la menace, l'analyser correctement, voir la manière dont les terroristes maintenant agissent pour pouvoir mieux les contrer. Et c'est ce qu'on a fait. On a fait évoluer nos process d'intervention. C'est ensuite être dans les moments de calme, à l'écoute de ce que disent les gars et se forger autour de soi une hiérarchie intermédiaire importante. Être chef du raid, c'est d'avoir un management de cœur pendant les périodes calmes et un commandement de guerre sur les périodes d'assaut.

6:54
Présentateur

Avec beaucoup de charisme, et c'est ce que l'on vous reconnaît. Un mot encore sur les assauts. Ils sont préparés quelques minutes avant le top assaut et ça ne se déroule pas toujours comme c'est prévu ?

7:06
Jean-Michel Fauvergue

Ça se déroule toujours comme c'est pas prévu. Oui, c'est ça. En fait, c'est comme ça. Il faut préparer notre assaut. C'est absolument important. Et la préparation, elle est bien en amont puisque les gens chez nous, les gars, les opérateurs, répètent leur gamme à longueur de journée. Et justement, il faut avoir les réflexes pour pouvoir s'adapter à ce qui survient et qui n'est jamais prévu. Et ça, c'est aussi le rôle du patron du raid.

7:37
Présentateur

La formation, la préparation des hommes du raid, on en reparlera peut-être avec les questions des auditeurs. Jean-Michel Fauvergue, l'ancien chef du raid, est avec nous jusqu'à 9h. On va prendre les auditeurs. Tout à l'heure, vous appelez les auditeurs au 01 45 24 7000. Vos questions à l'ancien patron du raid, Jean-Michel Fauvergue, devenu député. La République en marche. A tout de suite.