Émeutes en Nouvelle-Calédonie, attaque mortelle d'un fourgon pénitentiaire, fusion de l'audiovisuel public... Le "8h30 franceinfo" de Bruno Retailleau
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Bonjour Bruno Rotaillot.
Bonjour à vous.
La Nouvelle-Calédonie en pleine vague de violence, un couvre-feu a été instauré. On a appris ce matin qu'une personne a été tuée par balle dans les émeutes. Des centaines de blessés aussi sont à déplorer. Sur place, le haut-commissaire de la République, Louis Lefranc, vient de s'exprimer en conférence de presse. On l'a senti totalement dépassé.
Les morts, pour te dire ce qui s'est passé, je me demande comment il n'y en a pas plus. Mais c'est sûr, ce soir, cette nuit, si cet appel au calme n'est pas entendu, c'est un mort qu'il va y avoir. Ça va être bien plus que ça.
L'heure n'est pas grave, elle est très grave, dit-il ce matin. Quelle est votre réaction ?
A entendre le haut-commissaire. Le haut-commissaire, c'est le représentant de l'État en Nouvelle-Calédonie, qui est française, il faut le rappeler, après trois référendums. Il a l'air totalement dépassé. C'est l'image, ce haut-fonctionnaire, d'un État qui a perdu le contrôle. Et moi, j'appelle avec nos parlementaires calédoniens, et notamment Georges Naturel, qui est sénateur, dans mon groupe LR, j'appelle l'État désormais à se saisir des outils d'autorité qui lui permettent de rétablir l'ordre public, c'est-à-dire à déclarer l'état d'urgence.
Il faut déclarer l'état d'urgence parce que le GIGN sur place ne suffit plus ?
Non.
La violence est trop importante ?
Non, le GIGN est un outil, notamment de l'état d'urgence ou non. L'état d'urgence, c'est en réalité un État juridique qui permet aux représentants de l'État, aux hauts-commissaires, de se saisir d'un certain nombre d'instruments, de réduire, par exemple, certaines libertés publiques de circulation. Il y a eu le couvre-feu, il n'y a pas besoin, mais quand même. Et aussi d'augmenter des contrôles. C'est fondamental parce que là, on a des morts. J'avais Georges Naturel hier soir, il me dit, Bruno, on a désormais des milices, l'État est débordé, et donc les gens sont tentés de se défendre par eux-mêmes. Il faut savoir que la Nouvelle-Calédonie, c'est un peuple de chasseurs.
Il y a 100 000 armes qui circulent. Vous vous rendez compte ? Il y a un mort, il y en aura d'autres. Mais le couvre-feu, il est déjà en vigueur.
L'interdiction de circuler avec des armes à feu, elle est déjà en vigueur. Pas à l'état d'urgence. Oui, mais ces mesures, déjà très fortes, ont été prises. Il y a déjà eu deux nuits. Là, la nuit est en train de tomber en ce moment-là, en Nouvelle-Calédonie. Et pour l'instant, ça n'endigue pas le problème.
Non, non, c'est très différent. Le couvre-feu, c'est un instrument de l'état normal, si j'ose dire, des opérations de maintien de l'ordre public. L'état d'urgence, vous montez d'un cran. Et vous êtes autorisé à prendre des mesures exceptionnelles qui peuvent contraindre, c'est vrai, des libertés publiques. Je parlais de la liberté de circulation, je parlais aussi d'un certain nombre de contrôles, mais c'est un instrument qu'il faut. Moi, ce que je demande à l'état, au-delà de l'état d'urgence, et je m'adresse aux hommes et aux femmes politiques, qu'ils soient loyalistes ou indépendantistes, il y a deux exigences.
La première exigence, c'est qu'il ne peut pas y avoir de dialogue dans la chienlit. C'est d'abord le rétablissement de l'ordre public, de l'ordre républicain, et puis le dialogue. Et ensuite, il y a l'exigence démocratique. J'ai lu le communiqué de Daniel Goa, que j'ai rencontré, que je connais, le patron de l'Uc indépendantiste. Et une phrase est terrible. Il refuse la démocratie. Il dit, nous, on est dans un processus de décolonisation.
Il faut expliquer ce qui se passe. D'où vient cette colère, Bruno Retailleau ? En fait, elle vient d'une réforme constitutionnelle voulue par le gouvernement, mais aussi par vous, les Républicains. Réforme constitutionnelle qui a été votée hier par les députés, tout comme au Sénat. C'est normal que le processus législatif ait continué, alors que c'était la violence, les émeutes sur place en Nouvelle-Calédonie ?
Non, mais le chantage antidémocratique ne peut pas gagner. Pourquoi est-ce qu'il y a eu cette réforme constitutionnelle ? Parce qu'il devait y avoir des élections provinciales. Et depuis les accords de Nouméa, le corps électoral avait été gelé. C'est-à-dire qu'il y avait des Français qui ne pouvaient pas voter. Et on est dans une démocratie. Le Conseil constitutionnel n'aurait jamais accepté de nouvelles élections sans le dégel du corps électoral. Là, l'objectif, c'est d'élargir le corps électoral. Sans que lorsque vous êtes Français, vous vous rendez compte, vous êtes depuis dix ans, vous ne pouviez pas voter. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Donc, on ne pouvait pas organiser des élections démocratiques sans dégeler ce corps électoral. Sans faire en sorte que progressivement, au bout de dix ans, très progressif, un dégel progressif, on change les règles pour que ce deviennent des règles démocratiques. Mais les indépendantistes les refusent parce qu'ils refusent la règle démocratique.
Mais Bruno Rotaillot, est-ce que pour apaiser les choses, il ne serait pas temps de dire qu'on met sur pause ce processus ? On rappelle que le vote a eu lieu cette nuit à l'Assemblée, mais qu'il y a encore un vote au Congrès pour en terriner. Et pour l'instant, la date n'est pas fixée.
C'est ce qu'on a fait au Sénat. Le vote qui a été émis par l'Assemblée nationale à une très forte majorité hier, c'est le vote conforme du texte du Sénat. Qu'est-ce qu'on avait fait au Sénat ? On avait cherché tous les moyens pour encourager un accord. Et on avait été critiqué par cela, par le gouvernement. On avait même dit, écoutez, s'il y a un accord qui intervient jusqu'à dix jours des élections, ce n'est pas grave. On interrompt tout le processus, on remet les choses sur la table, on discute et on repousse les élections. Et même, on rend la loi caduque. Vous vous rendez compte ? On avait posé déjà, il y a plusieurs mois, on avait senti finalement que la tension montait.
Et je pense que le président de la République, ce n'est pas toujours... Je vois sourire, mais je ne lui donne pas toujours raison. Vous n'êtes pas sous-tendateur avec lui, mais là, vous trouvez qu'il va bien agir. Il a indiqué qu'il ne convoquerait pas, s'il y avait la perspective d'un accord, le Congrès immédiatement. Je pense qu'il a raison.
Il appelle les représentants, justement, des partis néo-calédoniens à venir à Paris pour discuter. C'est la bonne méthode.
Mais c'est la bonne méthode. Simplement, je le redis, la violence ne peut pas gagner. Ce que je veux dire, c'est que le préalable au dialogue, c'est la non-violence, c'est la paix civile, c'est la concorde civile. Parce que sinon, on aura des dizaines de morts et on aura d'autres centaines de blessés. Donc oui au dialogue, mais d'abord et avant tout, la restauration de l'ordre républicain.
Bruno Retailleau, on a entendu ce matin votre appel à déclarer l'état d'urgence en Nouvelle-Calédonie. On va parler d'un autre sujet brûlant de l'actualité, cette évasion mortelle hier. C'est dans un instant, juste après le fil info, il est 8h39, Mathilde Romagnon. L'heure n'est pas grave, elle est très grave en Nouvelle-Calédonie, selon le représentant de l'État sur place. Les émeutes ont fait une première victime, une personne tuée par balle et une centaine de policiers et de gendarmes ont été blessés, selon le ministre de l'Intérieur. Les violences sont liées à une réforme constitutionnelle adoptée hier à l'Assemblée nationale à Paris.
Au lendemain de l'attaque mortelle d'un fourgon dans l'heure, les syndicats de l'administration pénitentiaire appellent au blocage des prisons. Ils observeront une minute de silence à 11h en hommage aux deux agents tués. Trois autres ont été blessés hier et le prisonnier transporté s'est enfui, il est toujours recherché. Emmanuel Macron en déplacement cet après-midi en Seine-Maritime a fait camp pour inaugurer le troisième parc d'éoliennes en mer de France. Et demain, le chef de l'État se rendra à Flamanville. Il assistera à la fin du chargement d'uranium du premier EPR français.
L'actrice américaine Meryl Streep a reçu hier soir une palme d'or d'honneur lors de la cérémonie d'ouverture du Festival de Cannes. Aujourd'hui sur la croisette est présenté le court-métrage de Judith Godrèche sur les violences sexuelles.
France Info
Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Brachia.
Et Bruno Rotaillot, le président du groupe Les Républicains au Sénat, journée prison morte dans les établissements pénitentiaires. L'intersyndical appelle au blocage un peu partout en France. Immense émotion après la mort de deux agents suite à l'évasion de ce détenu Mohamed Amra. Les syndicats de la pénitentiaire y voient la conséquence d'un manque de moyens. Est-ce que vous partagez leur colère et surtout leur diagnostic ?
Je vais exprimer évidemment aux familles qui sont endeuillées parce que les deux gardiens de prison étaient pères de famille. L'un avait deux enfants et l'autre avait sa conjointe qui était enceinte. Donc vraiment d'abord mes pensées vont vers ces familles, vers leurs amis et vers tout ce corps de notre administration qui est encore difficile parce que la tâche est dure, les moyens manquent, notamment les prisons. Il y a quelques jours, c'est une anecdote, dans mon journal quotidien dans l'Ouest de la France, Ouest France, il y avait un détenu qui avait traîné l'État en justice parce que dans une cellule de 13 mètres carrés, ils étaient 4 ou 5.
Et bien sûr que les détenus ont droit à des conditions de détention dignes, ce sont toujours des êtres d'humains, ils doivent être sanctionnés. Mais ce que je veux dire, c'est que dans ces conditions, le travail justement de l'administration pénitentiaire est très difficile parce que ça encourage la violence.
Mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut construire davantage de places de prison ou alors il faut réduire le nombre de détenus en prison, c'est-à-dire en libéré, éviter les détentions provisoires par exemple ? C'est ce que disait un rapport parlementaire ?
Non, bien sûr que non. Mais juste pour reprendre un peu de hauteur, je me mets à la place des Français. J'étais à Mayotte il y a quelques jours, au bord de la guerre civile. On vient de parler de la Nouvelle-Calédonie. Un mort pour l'instant, des centaines de blessés. Et les Français ont assisté, ont regardé les images qui ne cessent de défiler depuis hier soir, de ces deux fonctionnaires qui sont massacrés. L'État est dépassé. L'État a perdu le contrôle. Il ne parvient même plus à protéger ses fonctionnaires. Je pense qu'on n'est plus sur de la rustine. Il faut qu'on change de logique. On parlait des places de prison, bien sûr. Il faut plus de places de prison. C'est fondamental.
15 000 places d'ici à 2027. Oui, mais on les attend toujours. Moi, en Vendée, je l'attends toujours. Et les élus sont d'accord. Gardesso dit, ah oui, mais les élus n'en veulent pas. Si, on en veut. Ça fait des années qu'on en veut. Alors qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on facilite le travail, justement, de ces personnels de la pénisentiaire ? Non, bien sûr. Mais quand je dis qu'il faut tout changer, regardez ce qui se passe. J'ai vu, j'ai examiné les antécédents judiciaires de ce type qui a été libéré et qui nous a valu deux morts. Eh bien, entre 11 et 14 ans, 19 délits avec des violences.
Là, vous avez un cas typique où, en France, on veut, sous prétexte d'éduquer les jeunes délinquants, on ne les sanctionne pas. On a dissocié la sanction de l'éducation alors que les deux sont liés. Moi, ce que je demande...
Il était en prison. Ce n'est pas comme s'il n'avait pas été sanctionné, Bruno Retailleau.
Non, mais ce que je veux dire... Je vais m'expliquer. Allez-y. Je vais m'expliquer très clairement. En France, le problème, c'est qu'on ne sanctionne pas, ou trop tardivement, des jeunes mineurs délinquants. Et donc, on les laisse s'installer dans un parcours de délinquance. Et au départ, ils volent un oeuf, etc. Et puis ensuite, le crime arrive. Mais c'est déjà trop tard. Ce que je souhaite, moi, c'est qu'on ait des peines courtes de prison dès les premiers délits. Et ça, c'est fondamental. Comme le fait, d'ailleurs, la Hollande.
Même quand on est mineur, parce qu'il y a quand même l'excuse de minorité.
Alors, je souhaite qu'elle soit abaissée. Je souhaite que l'âge de la minorité pénale, la majorité pénale, soit, elle aussi, abaissée à 16 ans. Bien sûr, il le faut. Mais les courtes peines de prison, pas dans n'importe quel centre de détention, dans des prisons qui seront adaptées. Et on y fait quelques semaines, simplement. Mais c'est fondamental. D'abord, on les coupe de la meute. On les coupe de la meute. Et ensuite, on leur montre que la sanction, elle est là. Et la sanction, c'est aussi le préalable de l'éducation, parfois. Et on le sait avec nos propres enfants.
Il y a une enquête de justice. Est-ce que les parlementaires, qui peuvent se rendre, d'ailleurs, à n'importe quel moment dans les prisons, ça fait partie de vos prérogatives, est-ce que les parlementaires doivent aussi demander des comptes au gouvernement sur cette évasion ?
Bien sûr, je me suis rendu à plusieurs reprises dans des prisons. Ce matin, François-Xavier Bellamy était à Frennes, à 6h30 matin, pour discuter avec le personnel pénitentiaire. Je pense que nous, notre rôle d'élu, c'est aussi de recueillir leur dolérance pour améliorer les choses. Et évidemment, chaque parlementaire détient une petite parcelle de la souveraineté populaire, puisque nous sommes des représentants. Et nous devons mettre devant le gouvernement des propositions. C'est ce que je ne cesse de faire. C'est ce que nous cessons de faire depuis bien longtemps. Et quand je parle de changement de logique, je dis qu'il faut renverser les choses.
La logique, aujourd'hui, c'est qu'on ne veut pas sanctionner. Ben si, il faut sanctionner. Et les pays qui réussissent, on ne va pas inventer les choses. Pourquoi est-ce qu'il y a des... La Belgique loue des places de prison à la Hollande ? Pourquoi ? Parce que la Hollande a incarcéré beaucoup plus. Ils ont construit des places de prison. Et ensuite, il y a eu moins de détenus parce que la dissuasion avec ces sanctions a fonctionné. Et la Belgique, lui, loue des places de prison.
Il y a plein d'exemples, Bruno Retailleau, notamment dans le trafic de drogue, puisqu'on va en parler tout de suite. La prison n'est pas un frein au trafic, par exemple. Ça continue, la délinquance continue à l'intérieur des prisons.
Mais pourquoi ? Parce que ce sont des passoires. Parce que les téléphones portables fonctionnent. On verra pour l'instant. Il faut avoir ce recul nécessaire parce qu'une enquête est en train de se dérouler. Mais on apprendra peut-être que les renseignements qui ont été donnés sur le trajet viennent de la prison. Parce qu'il fallait savoir quel était le trajet, à quelle heure le convoi quittait la prison.
Un surveillant nous disait tout à l'heure, rien de plus simple, parce que de toute façon, il avait un téléphone.
Mais ce n'est pas normal. Mais ça n'est pas normal, justement. Et vous savez qu'il y a des trafiquants qui conduisent leur petite entreprise ou leur grande entreprise de narcotrafic depuis la prison.
C'est ce que dit d'ailleurs ce rapport parlementaire qui a été rendu public hier par deux sénateurs, dont un sénateur LR, qui dit que sur le trafic de drogue, la prison, en fait, ça ne sert à rien. L'activité continue en prison. Exactement.
Attendez, cette commission d'enquête, elle a été demandée par mon groupe, LR, sur notre droit de tirage. Et c'est un rapport qui fera date. Puisque pour la première fois, on a une vision globale de la consommation à la corruption. La corruption, oui. On est sur une voie de la mexicanisation. On n'y est pas. Mais il y a ce risque. Submergé par le narcotrafic, c'est ce que dit le rapport. C'est ce que dit ce rapport.
Mais le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, semble avoir un peu anticipé, puisqu'il a déjà pris les devants fin avril. Il a déjà annoncé certaines mesures qui sont préconisées par le rapport. Notamment un parquet spécialisé dans le grand banditisme.
Cette bonne guerre. Ça va dans le bon sens. Cette bonne guerre. Mais ce que je veux dire, là aussi, je reprends ce que je vous disais il y a quelques instants. C'est un changement de logique. Ce n'est pas simplement ce que nous demandons. Ce n'est pas simplement la création d'un parquet national dédié au narcotrafic. Il le faut parce que nous pensons que le narcotrafic doit être traité un peu comme le terrorisme. avec des mesures qui sont exceptionnelles. Ce qu'on veut, nous, c'est toute une chaîne pénale qui soit spécialisée.
C'est-à-dire un parquet national, des cours d'assises spécialisées, y compris d'ailleurs des juges d'application des peines qui ne soient pas ordinaires, qui soient eux aussi spécialisés. On demande ce qu'on fait les Etats-Unis avec leur agence fédérale qui est très puissante contre la DEA. On demande la même organisation. Donc, il faut des nouveaux outils. Mais il faut des nouvelles règles.
Là encore, des questions se posent quand même sur ce que vous proposez, Bruno Rotaillot. Parce que sur le trafic de drogue, on est l'un des pays les plus répressifs et on voit bien que ça ne marche pas. Le rapport en question rapporte justement à une France submergée par le narcotrafic, un trafic qui va même jusqu'à dans les zones rurales. Ça ne les arrête pas, la répression.
C'est cohérent avec ce que je vous disais à l'instant. Quand vous ne sanctionnez pas très tôt, vous sanctionnez très tard. Et ceux que vous prenez, évidemment, ils écopent de lourdes peines de prison. Mais le problème, il n'est pas là. Le problème, c'est qu'il faut avoir une vision globale et il faut anticiper les choses. Donc, changement d'outils, changement de règles, création d'un nouveau crime d'association de malfaiteurs pour le narcotrafic.
Si vous dites que le problème est aussi ailleurs, parce que quand on voit l'exemple du trafic de drogue, c'est un modèle social parallèle qui est construit dans les quartiers les plus sensibles, dans certaines zones rurales. En fait, c'est une nouvelle organisation sociétale.
Mais bien sûr, mais c'est pour la corruption. Avec de la corruption, parfois. Vous êtes, par exemple, au Havre. Eh bien, avec 100 000 euros, vous pouvez demander à tel grutier, tel docker, de ranger un conteneur ici, parce qu'on sait qu'ici, il ne fera pas l'objet d'une foule des douanes. On en est là. La corruption atteint aussi un certain nombre de membres de la fonction publique, aussi bien douanes, docker, mais aussi d'autres éléments. Donc, il faut prendre, justement, l'état des lieux dans toute son ampleur, et changer nos règles, et changer la logique. Je le disais à l'instant, il faut des nouvelles règles. Il faut aussi ce qu'on appelle un dossier coffre.
Il ne faut pas que les avocats, il ne faut pas que les avocats, dans un dossier pénal, il faut qu'ils aient accès, évidemment, dans la procédure du contradictoire, un certain nombre de pièces, mais il faut aussi protéger les techniques d'investigation. Ils n'ont pas besoin de les connaître, d'ailleurs, pour défendre leurs clients. Et ça, si on ne le fait pas, c'est important. Les repentis les indiquent, par exemple. En France, vous n'avez pas le droit, parce que sinon, c'est une complicité, voire même, vous pouvez être condamné parce que vous avez encouragé un indique à un trafic de drogue. Eh bien, il faut copier, bien sûr, le statut du repenti. Est-ce qu'on appelle l'infiltration civile ?
Donc, nos propositions, elles ne sont pas de deux ou trois comme celles du garde des Sceaux. Elles sont complètes, y compris avec la saisie des avoirs des narcotrafiquants. Il faut les taper au portefeuille.
Voilà. Bruno Rotaillou, vous êtes avec nous encore pour quelques minutes. On laisse passer le fil. Info, il est 8h51. Mathilde Romagnon. Deux morts. C'est le nouveau bilan ce matin des émeutes en Nouvelle-Calédonie, dont une personne tuée par balle. Selon le ministre de l'Intérieur, une centaine de policiers et gendarmes ont été blessés. Les violences se sont liées à une réforme constitutionnelle, texte adopté hier à l'Assemblée nationale à Paris. Et Bruno Rotaillou, le président du groupe LR au Sénat, appelle ce matin le gouvernement à déclarer l'état d'urgence sur l'archipel. Plusieurs prisons bloquées aujourd'hui à l'appel des syndicats de l'administration pénitentiaire.
Hier, deux agents ont été tués, trois autres blessés dans l'attaque d'un fourgon. Dans l'heure, le prisonnier qu'il transportait s'est évadé. L'intersyndical sera reçu à 14h par le ministre de la Justice. Les éboueurs parisiens ont commencé hier leur mouvement de grève dans la capitale. Ils menacent de faire de même pendant toute la période des Jeux olympiques. Les syndicats demandent une hausse de salaire et une prime pour ceux qui vont travailler pendant les JO. C'est aujourd'hui l'ouverture de la plateforme de revente officielle pour les billets des Jeux olympiques. Les modalités seront dévoilées à 11h ce matin. 8,2 millions de places ont déjà été vendues pour ces JO.
France Info
Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Braclia.
Bruno Rotaillou, président du groupe LR au Sénat. On s'achemine vers un big bang de l'audiovisuel public. Le projet de fusion voulu par Rachida Dati a entamé hier son parcours législatif pour aller vite. La ministre de la Culture, issue de LR, reprend une proposition de loi union centriste déjà adoptée au Sénat. Est-ce que vous êtes favorable à cette fusion Radio France, France Télévisions, INA, avec ou sans France Média Monde ?
Bien sûr, nous y sommes favorables. Nous avons voté ensemble la proposition de loi de Laurent Laffont qui préside notre commission de la culture. J'en fais d'ailleurs partie. Ce que je veux dire simplement, c'est que le texte qui va être voté à l'Assemblée nationale n'est pas le texte du Sénat. Il a été amputé des trois quarts de ses articles. Par exemple, nous, nous voulions établir une meilleure égalité entre les règles qui fonctionnent sur l'audiovisuel en France, public et privé, et puis aussi les plateformes américaines. Je veux dire que ce qu'on autorise ou ce qu'on interdit en France pour vous et pour le privé, on doit avoir les mêmes exigences aussi sur les plateformes.
Donc, il y a de nombreux articles, mais certains, on les réintroduira. Je suis favorable, moi, à ce qu'il y ait un pilotage de l'audiovisuel public unique. Pourquoi faire ? Pour faire des économies ? Parce que non, d'abord, par un souci de cohérence. Les économies, je vais vous dire, ce n'est pas un gros mot. Je ne vois pas pourquoi l'audiovisuel public en France ne ferait pas comme les Français au moment où on a 3100 milliards de dettes.
C'est-à-dire qu'il y a trop de postes, par exemple, 16 000 salariés au total dans toutes les entités.
Il y a une... Écoutez, ce n'est pas moi, je ne gère pas l'audiovisuel public, ça ne vous a pas échappé d'ailleurs français. Simplement, s'il faut faire des économies pour être plus efficace, ce n'est pas un gros mot. Donc, fusion dit aussi suppression de postes. S'il y a besoin pour être efficace, pourquoi pas ? Je veux dire qu'on a aujourd'hui une administration en France qui est pléthorique et on a 3100 milliards de dettes. Je voudrais simplement vous redire qu'en 2027, les seuls intérêts qu'on aura à payer sur la dette, ce sera pratiquement l'équivalent de l'impôt sur le revenu. Donc, on est au bord de la faillite. Donc, qu'est-ce qu'on fait ?
Et je pense, moi, qu'on a besoin d'une exigence culturelle en termes d'information aussi, de divertissement, d'un audiovisuel public qui soit piloté par une personne parce qu'on ajoute de la cohérence, de la qualité.
Mais juste sur le débat public, sur la démocratie, sur le rôle des journalistes, ça changerait quoi de fusionner tout le monde ?
Mais ça change exactement comme ça a pu changer avec la BBC qui est un service public de très très grande qualité. Voilà, on peut avoir un pilotage, une cohérence avec, au sein de ce groupe-là, qui serait fusionné un certain nombre d'entités plus spécialisées sur tel ou tel public. Mais je ne vois pas en quoi ça peut remettre en cause la qualité. Simplement, encore une fois, dans ce texte-là, on ne peut pas réduire l'ambition de l'audiovisuel français uniquement au secteur public.
Donc, il y a des questions qui se posent sur l'audiovisuel, notamment privé, et aussi sur ces plateformes américaines qui vous concurrencent, qui concurrencent nos grands outils d'information et où s'exprime aussi la diversité culturelle française. On y tient ce principe-là.
On est à moins d'un mois des européennes. Bruno Rotaillot et Gérard Larcher, le président du Sénat, ne partagent pas les choix d'Éric Ciotti et de Laurent Wauquiez pour la liste Les Républicains. Il a exprimé ses réserves dans le journal La Tribune, venant d'un des élus les plus influents de votre camp. Ce n'est pas un problème ?
Non, non, je connais bien Gérard Larcher. Je l'ai encore vu hier. On en a discuté hier. Et voilà ce qu'il m'a dit. Je ne lui ai pas demandé l'autorisation de vous le dire. Il m'a dit, voilà, j'avais un certain nombre de candidats. Je pensais qu'on pouvait renouveler. Mais maintenant, c'est tranché. On y va. On a un excellent tête de liste avec François-Xavier Bellamy. Une numéro 2 qui est top. Christophe Gomart aussi en numéro 3.
Le problème, c'est quoi ? C'est la présence des sarkozistes, Morano et Hortefeux sur la liste en position éligible.
Non, mais quand Gérard Larcher vous dit, je pensais qu'on pouvait renouveler, c'était à eux qui pensaient.
Non, mais peu importe ce que me dit Gérard, et je suis dans la même disposition d'esprit, aujourd'hui, il faut qu'on porte notre candidat, notre liste. C'est désormais notre liste. Une liste. J'ai fait les élections régionales. J'ai eu à composer une liste, c'est le moment le plus difficile dans la vie politique. On fait des choix, et ces choix-là, il contente certains et il en mécontente d'autres. Le choix, il est fait. Nous sommes, avec Gérard Larcher, solidaires désormais de cette liste, et nous la supportons parce que, simplement, François-Xavier a un excellent bilan, sans doute le meilleur de tous les bilans, de tous les députés européens français, mais il a un très bon projet.
Toutes les têtes de liste nous disent ça quand ils viennent ici, mais oui. Mais oui, mais regardez sur le nucléaire, regardez quand il s'est agi de défendre.
Sur plein de sujets, tout le monde dit la même chose. Chacun défense au candidat.
Ah bah oui, mais j'invite aussi les gens à aller voir concrètement les votes.
Bon, alors visiblement, ça ne convainc pas forcément l'opinion publique, puisque dans les différentes enquêtes d'opinion, François-Xavier Bellamy peine à décoller, aux alentours de 7-8%, à égalité avec les listes reconquêtes, Europe Écologie Les Verts ou encore la France insoumise. Sur le papier, on se dirige tout droit vers ce qui s'est passé, sur ce qui s'est passé en 2019, 8%. Ça a été vécu à l'époque comme une débâcle, une grosse claque et Laurent Wauquiez avait dû quitter la tête du parti. Là, si vous avez le même score, Éric Ciotti devra quitter la tête du parti aussi ?
Non, depuis, malheureusement, il y a eu les présidentielles. Ça ne vous a pas échappé. Et on a fait moins de 5%. Ah, donc vous êtes habitué à vos débâcles en fait, c'est ça ? Non, non. Je considère qu'on peut atteindre 10%. Et ce serait la condition 8 à 10% pour qu'on puisse se redresser, se relever. Simplement, on est dans la politique politicienne. Je veux simplement dire aux Français qu'on ne doit pas réduire le débat, comme beaucoup de médias le font, au match Macron-Le Pen. Ça, c'est détestable. On ne peut pas dire après que les Français ne vont plus voter si on leur présente un faux-semblant de démocratie et de débat.
Mais sur le fond, vous avez du mal à vous faire de la place entre les deux quand même.
Mais les choses sont très claires. Les Français ont un choix qui est simple. Ils ont le choix de la candidate de M. Macron. M. Macron veut une Europe fédérale. Aucun peuple n'en veut. Il veut la dissolution de la France dans une Europe fédérale. Et puis, il y a M. Bardella qui n'a rien fait, qui n'a servi à rien, qui a gagné en 2014. Il était premier. Ils étaient premiers à l'époque. En 2019, quand il fait de leur victoire, rien. Ils n'ont servi à rien du tout. Y compris d'ailleurs quand il s'est agi de lutter contre l'immigration clandestine. Ils n'ont même pas voulu voter justement les crédits alloués pour augmenter le budget de Frontex, les gardes-côtes, les gardes-frontières européens.
Donc, entre pas du tout d'Europe parce que, en fait, ce sont des anti-européens, M. Bardella. Et une Europe fédérale, ce que personne ne veut ni en France ni dans les 26 autres pays européens. François-Xavier Bellamy veut défendre les intérêts de la France. Et il les défendra au sein du groupe majoritaire. Il n'y a que là qu'on puisse défendre vraiment les intérêts de la France au sein du PPE.
On a compris que vous ne regarderez pas forcément le débat Marine Le Pen-Emmanuel Macron s'il devait avoir lieu comme il le souhaite l'un et l'autre.
C'est fou, mais vous avez une responsabilité. Arrêtez, pas vous. Non, mais en l'occurrence, c'est l'un et l'autre qui en parlent. Les médias en général. Arrêtons de vouloir réduire, d'atrophier, de confisquer la démocratie au profit d'un face-à-face qui arrange l'un et l'autre. Ils se servent de la courte échelle. Ils se font la courte échelle mutuellement.
Bruno Rotaillot, le président du groupe LR au Sénat, était l'invité du 830 France Info.
Bruno Retailleau