Benoît Hamon : "Il y a des choses positives dans ce quinquennat, mais nous avons échoué sur la question sociale"
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Êtes-vous, Benoît Hamon, avec votre candidature, le symbole à gauche d'une rentrée façon puzzle ?
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Réaction à votre candidature à la primaire socialiste, le canard enchaîné cite le ministre Jean-Marie Logan : ce début de compétition relève d'un combat de nains.
- 2:07ComplaisanteRéponse partielle
Aujourd'hui, notre modèle de développement, il est totalement essoufflé. On continue à courir après un demi-point de croissance, et on fait quoi ?
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Aujourd'hui, les sujets sécuritaires semblent être les plus préoccupants pour les Français. Cette dominante sécuritaire, est-ce un avantage pour François Hollande ?
- 3:57OuverteRéponse directe
Vous connaissez les préoccupations des Français ?
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Dans le bilan de ce quinquennat de François Hollande, il n'y a rien de bon ? Tout est à jeter ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:44Invité politiqueFait
« il a été raté notamment parce que sur un certain nombre de questions importantes, la question sociale, la question démocratique, nous avons placé notre politique dans les pas parfois de nos prédécesseurs. »
- 1:28Invité politiqueFait
« Je pense au chômage de masse, je pense à l'augmentation de la pauvreté, je pense au phénomène de ghettoïsation et de communautarisme qui ont augmenté, à l'isolement des territoires ruraux. »
- 2:34Invité politiquePromesse
« Je défends quoi ? Le revenu universel d'existence. »
- 4:06Invité politiqueFait
« Je sais aujourd'hui qu'on se rapproche d'un modèle social qui est celui des Anglais ou des Allemands avec des taux de pauvreté qui sont insupportablement élevés, où on peut travailler et être pauvre. »
- 5:35Invité politiqueFait
« Le Premier ministre s'exprime, dise que c'est une forme d'asservissement de la femme et qu'il ne faut pas légiférer. »
- 7:14Invité politiqueFait
« Moi j'ai été ministre, j'ai fait une loi consommation dont aujourd'hui on considère qu'elle a énormément d'effets positifs pour les consommateurs français. »
- 8:07Invité politiqueFait
« La loi travail, elle s'est imposée contre la vie du Parlement, contre la vie d'une majorité de syndicats, contre la vie d'une majorité de Français, et on n'a rien pu faire pour l'en empêcher. »
- 9:58Invité politiqueFait
« Il faut que ces deux gauches autoproclamées irréconciliables quand on écoute Manuel Valls ou parfois Jean-Luc Mélenchon, il faut les réunir pour gagner l'élection présidentielle. »
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France Inter, Pierre Veil, le 6-9 de l'été. Et notre invité ce matin, Benoît Hamon, député socialiste des Yvelines et candidat à la primaire socialiste, on le sait depuis hier soir. Bonjour Benoît Hamon. Bonjour Pierre Veil. Êtes-vous, Benoît Hamon, avec votre candidature, le symbole à gauche d'une rentrée façon puzzle pour reprendre le titre d'un article du Monde hier ? Écoutez, la primaire c'est déjà un progrès démocratique. Il permet d'exposer ses idées. Parce qu'il y a du monde, Gérard Filoche, Marie-Noëlle Linnemann, François Drugy, Arnaud Montebourg certainement dans quelques jours, François Hollande.
C'est bien qu'il y ait du monde. Et s'il y a du monde, ça veut dire qu'il n'y a pas déjà de candidat naturel. De candidat naturel pour succéder à François Hollande, même pas lui-même. Et si nous en sommes là, c'est qu'aujourd'hui nous avons le sentiment que si ce quinquennat n'a pas été simple, et que la situation à laquelle François Hollande a été confronté n'a pas été facile, il a été raté notamment parce que sur un certain nombre de questions importantes, la question sociale, la question démocratique, nous avons placé notre politique dans les pas parfois de nos prédécesseurs.
Et si aujourd'hui nous sommes dans cette situation où les électeurs de gauche apparaissent déboussolés, désorientés, c'est que sur ces questions essentielles, qui sont celles sur lesquelles les Français aujourd'hui ont à tendre des réponses, et ceci depuis longtemps, nous avons fait des choix politiques qui, hélas, ont esquivé les vraies réponses, n'ont pas trouvé des solutions. Je pense au chômage de masse, je pense à l'augmentation de la pauvreté, je pense au phénomène de ghettoïsation et de communautarisme qui ont augmenté, à l'isolement des territoires ruraux. Sur ces questions centrales, nous sommes restés, au bout du compte, sur des solutions du passé.
Et c'est la raison pour laquelle aujourd'hui, moi je me réjouis qu'une primaire a lieu, parce que c'est un progrès démocratique, et qu'elle permettra, justement, de mettre en débat des solutions.
Réaction à votre candidature à la primaire socialiste, le canard enchaîné, cite le ministre Jean-Marie Logan, ce début de compétition relève d'un combat de nains. Et Stéphane Le Foll, après la candidature déclarée de Marie-Noëlle Yenemann, celle annoncée de Gérard Filoche, c'est la fragmentation des frondeurs.
Oui, tout ça, c'est le petit bout de la lorgnette, si vous le voulez bien, moi j'aimerais bien qu'on parle des vrais sujets. Aujourd'hui, notre modèle de développement, il est totalement essoufflé. On continue à courir après un demi-point de croissance, et on fait quoi ? On lui sacrifie le code du travail ? On lui sacrifie des droits sociaux ? On sait que le coût environnemental d'un demi-point de croissance est énorme, et pourtant, il n'y a pas un seul de ces candidats classiques qui ne dira pas cap sur la croissance. Moi, je considère aujourd'hui qu'il faut changer de modèle de développement. Je défends quoi ? Le revenu universel d'existence.
Le principe selon lequel, aujourd'hui, pour être moins dépendant du travail, toute personne perçoive un revenu universel qui permet justement aussi de quoi ? Réduire le temps de travail, c'est-à-dire reprendre la marge du progrès social. Mieux vivre à son travail, et mieux vivre dans la société. Enfin, développer les formes alternatives d'entrepreneuriat. Ce qui est incroyable aujourd'hui, c'est qu'on ne se retourne pas sur des années d'échecs, des quinquennats qui se succèdent, et à chaque fois, des hommes providentiels. Je dis des hommes, il aurait pu y avoir des femmes, mais des hommes providentiels. C'est l'échec.
Les vraies réponses sont esquivées, et on a des commentaires qui sont des commentaires qui, finalement, discutent le principe même d'être candidat. Mais si dans une démocratie, on ne peut pas exposer ses idées, on comprend aussi pourquoi notre modèle démocratique est aujourd'hui largement essoufflé et contesté.
Aujourd'hui, les sujets sécuritaires semblent être les plus préoccupants pour les Français, bien plus que tous les débats sur la ligne économique, qui est social-libérale, ou qui est un vrai socialiste. Cette dominante sécuritaire, est-ce un avantage pour François Hollande, président sortant ? Écoutez, les questions de sécurité, elles sont importantes.
Le droit à la sûreté, c'est un droit fondamental, comme l'égalité et la liberté. Cela étant dit, aujourd'hui, moi, je ne rentrerai pas dans cette campagne présidentielle en considérant que la question centrale du débat politique, c'est la question identitaire ou la question sécuritaire. Je ne méprise pas ces questions-là, surtout en période de terrorisme.
Vous connaissez les préoccupations des Français ?
Je les connais, mais je sais aujourd'hui que 5,5 millions de personnes sont à Pôle emploi. Je sais que la pauvreté augmente dans la jeunesse. Je sais aujourd'hui qu'on se rapproche d'un modèle social qui est celui des Anglais ou des Allemands avec des taux de pauvreté qui sont insupportablement élevés, où on peut travailler et être pauvre. Je sais aujourd'hui que les phénomènes de ghettoïsation ne cessent de s'amplifier. Tout ça, on n'en parle pas. Les grandes oubliées, toujours, ce sont les classes populaires. Voulez-vous que je vous dise, les dirigeants politiques de ce pays ne parlent aux classes populaires que pour évoquer avec elles la question identitaire ?
Je ne méprise pas cette question. Il y a une angoisse identitaire en France. Mais ce qui m'insupporte, je le dis avec beaucoup de franchise, c'est que finalement, on abandonne la question sociale pour ne parler aux classes populaires que de la question identitaire. Et le débat, aujourd'hui, absolument incroyable sur le Birkini, est le symbole de cet échec de la classe politique française. Pourquoi est-ce incroyable, ce débat ? Mais vous vous rendez compte que dans certaines communes, sans qu'on ait jamais vu un seul Birkini, on prend des arrêtés pour dire en gros quoi ?
C'est qu'il est interdit de porter une tenue qui n'est pas interdite par la loi, à ce que je sache, qui pourrait troubler l'ordre public, sans qu'on sache si, oui ou non, ça trouble l'ordre public. Mais à partir de ce principe-là, si on considère qu'il y a là, sur les plages, il ne faut pas porter de tenue religieuse ou être visible ou donner une marque de visibilité à sa religion. Mais qu'est-ce qui empêchera demain que la djellaba et la barbe sur les plages soient considérées comme une forme de provocation ? Vous vous rendez compte, aujourd'hui, où nous en sommes arrivés ?
Nous en sommes arrivés à ce que sur le Birkini, le Premier ministre s'exprime, dise que c'est une forme d'asservissement de la femme et qu'il ne faut pas légiférer. Mais si c'est si grave, qu'il légifère ? Je trouve que la capacité que nous avons à construire aujourd'hui des débats qui sont des débats, honnêtement, qui n'ont qu'une conséquence, c'est d'expliquer aujourd'hui que la France a un problème avec l'islam et les musulmans. Et moi, je revendique appartenir à une tradition politique qui considère que la laïcité, c'est une laïcité sans épithète. Ça veut dire qu'il y a des principes, ceux de la Déclaration des droits de l'homme, ceux de la loi 1905.
Et à ce titre, l'islam doit être traité comme une religion ordinaire. Ça n'est pas une sous-religion que l'on traite par un biais post-colonialiste ou une religion dont on considère que finalement elle est un nid permanent de terroristes qu'on traite par le biais sécuritaire. Il faut trouver ce cadre. Et ce cadre, à mes yeux, il ne peut pas être trouvé par des déclarations intempestives de dirigeants politiques qui ne cessent de vouloir faire leur beurre politique et leur beurre électoral sur la question de l'islam.
C'est pour ça que, je vous le dis, moi je n'aime pas les vêtements qui pourraient marquer l'idée qu'il y a une inégalité entre la femme et l'homme, mais considérer aujourd'hui qu'il faille légiférer pour la droite ou passer des arrêtés sur le burkini pour d'autres,
ça me paraît complètement à côté de la plaque. Vous êtes candidat à la primaire socialiste parce que vous êtes déçu par le quinquennat de François Hollande. Dans le bilan de ce quinquennat de François Hollande, il n'y a rien de bon ? Tout est acheté ?
Non. Il y a bien des choses positives, mais l'essentiel c'est qu'aujourd'hui sur la question sociale, celle des inégalités, de la pauvreté ou du chômage, l'échec est là. Moi j'ai été ministre, j'ai fait une loi consommation dont aujourd'hui on considère qu'elle a énormément d'effets positifs pour les consommateurs français. Pourquoi ? Parce qu'elle leur redonne du pouvoir. Je sais ce que j'ai pu faire à l'économie sociale et solidaire, je sais ce qui se fait à l'éducation nationale avec Najat Vallaud-Belkacem, à la santé avec Marisol Touraine. Je ne participerai pas à une curée anti-Hollande, je considère qu'il y a des choses positives qui ont été faites.
Mais à cette étape, sur la question démocratique comme sur la question sociale, il me semble que nous avons échoué. Et si je peux dire un mot sur la question démocratique, Pierre Veil, ce qui moi me donne l'envie aujourd'hui de participer encore plus fortement au débat politique, c'est qu'on vit dans une démocratie par intermittence. On vote tous les 5 ans, mais les Français ont le droit de vote, mais entre deux votes, ils n'ont plus de voix. Et la meilleure démonstration de cela, c'est qu'on n'ait pu avoir la loi travail.
La loi travail, elle s'est imposée contre la vie du Parlement, contre la vie d'une majorité de syndicats, contre la vie d'une majorité de Français, et on n'a rien pu faire pour l'en empêcher. On a appliqué la Constitution. C'est bien la raison pour laquelle je milite pour une 6ème République. Une 6ème République qui permette de faire respirer la démocratie. Ça a sans doute été la 5ème République un modèle qui fonctionnait à la démocratie. Comment on fait respirer la démocratie ?
D'abord, en faisant en sorte que le chef de l'exécutif ne soit plus un irresponsable devant le Parlement tel qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on ne puisse rien faire pour contester ses choix, qu'il ait le droit pendant 5 ans de dominer autrui ou de faire ce qu'il veut, y compris de trahir ses engagements électoraux, mais qu'on ait la possibilité que le Parlement, avec moins de députés sans doute, un Sénat qui pourrait être fusionné avec le Conseil économique et social et environnemental, mais qu'on ait les moyens de contrôler l'action de l'exécutif et de faire en sorte que la démocratie respire.
Et puis, un mot sur le Parlement, il n'est aujourd'hui représentatif que d'un électeur sur deux. Il ne représente pas toutes les nuances de la vie politique française. Quand une moitié de l'électorat n'a aucun représentant au Parlement, tout ça aussi, c'est une forme de déni de démocratie. Dans ce domaine-là aussi, il faudra faire évoluer et changer de République. La monarchie républicaine, ça suffit.
Avant de retrouver la revue de presse avec Agnès Soubiran, une question, Benoît Hamon, si François Hollande gagne la primaire, vous le soutiendrez lors de la campagne électorale de 2017 ? Au même titre qu'il me soutiendra si je gagne la primaire. Très bien. Parfait. Vous avez l'espoir de l'emporter ? Je pense que lors de cette primaire. Avec tous ses candidats ?
Pour une raison. Il y a du monde. Si vous voulez que... Non, mais ce n'est pas le problème qu'il y ait du monde. Pour être au second tour de l'élection présidentielle, il faut réunir la gauche. Il faut que ces deux gauches autoproclamées irréconciliables quand on écoute Manuel Valls ou parfois Jean-Luc Mélenchon, il faut les réunir pour gagner l'élection présidentielle. Et même pour être au second tour de l'élection présidentielle.
Et il me semble aujourd'hui que cette capacité à parler avec les écologistes, avec ceux qui appartiennent à des formes de gauche plus contestatrices, plus radicales, ceux qui se sont opposés à la loi travail comme ceux qui ont pu soutenir un certain nombre de réformes du gouvernement, cette capacité à construire des ponts, aujourd'hui, François Hollande ne l'a plus. Et vous l'avez ? Sa difficulté, ce sera de renouer un lien de confiance avec les Français et je pense qu'il est trop tard. Et c'est la raison pour laquelle je m'engage.
Parce que je considère aujourd'hui qu'il faut rassembler la gauche et qu'il faut démontrer que dans les solutions que l'on propose sur les questions sociales, économiques et démocratiques, on a les moyens sur le fond
de rassembler la gauche. Benoît Hamon, vous restez en notre compagnie. D'autres questions pour vous avec le standard d'interactif 0145 24 7000 les réseaux sociaux sur Twitter et le hashtag interactive. Et il y a
Benoît Hamon