Alain Juppé : "Je dérange beaucoup car j'ai des positions assez équilibrées"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:14OuverteRéponse directe
Est-ce que vous faites partie de ceux qui disent bienvenue à ces migrants ? Est-ce que vous pensez que leur vie peut se prolonger en France ?
- 0:55RelanceRéponse partielle
Ils accueillent des adolescents, vous avez entendu Bernard Cazeneuve annoncer cet accord avec la Grande-Bretagne hier soir.
- 1:00OuverteRéponse directe
Quel est à vos yeux le bon niveau d'immigration en France ? On compte environ 200 000 entrées par an, est-ce que c'est trop ? Est-ce que c'est comme il faut ?
- 1:45OuverteRéponse directe
Mais s'agissant des réfugiés qui fuient leur pays en guerre, est-ce que vous trouvez que la France ou les Français ont ouvert assez grand leurs bras ?
- 2:09FerméeRéponse directe
Quel est à vos yeux le bon niveau d'immigration en France ? On compte environ 200 000 entrées par an, est-ce que c'est trop ? Est-ce que c'est comme il faut ?
- 3:21ComplaisanteRéponse partielle
J'aborde le sujet aussi Alain Juppé parce que j'ai vu circuler, pas forcément de la part de ceux qui vous veulent du bien, une interview que vous avez donnée au Monde en 99 et qui faisait la une du quotidien.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:22Invité politiqueChiffre
« Nous accueillons à Bordeaux une cinquantaine, je crois que ce sont des jeunes, des mineurs, et dans plusieurs autres communes de Bordeaux-Métropole. »
- 0:39Invité politiqueFait
« j'ai vu dans quelles conditions les personnes qui étaient là vivaient, des conditions indignes. »
- 0:47Invité politiqueFait
« Ce que je voudrais dire c'est qu'il faut aussi s'attaquer aux causes, pas simplement aux effets. Les causes on les connaît, c'est d'abord les accords du Touquet, il faut les dénoncer. »
- 1:21Invité politiqueFait
« Il faut partager les choses, nous avons renoncé à avoir une véritable politique de reconduite à la frontière des migrants illégaux. »
- 2:16PrésentateurChiffre
« On compte environ 200 000 entrées par an, est-ce que c'est trop ? Est-ce que c'est comme il faut ? »
- 2:22Invité politiqueFait
« Le problème c'est l'immigration illégale. Et celle-là il faut la contrôler en changeant fondamentalement les modalités de contrôle aux frontières externes de l'Union Européenne. »
- 2:48Invité politiqueFait
« Le regroupement familial c'est un étranger qui fait venir sa famille. J'ai proposé de durcir les conditions, parce qu'aujourd'hui elles sont trop lâches. »
- 2:54Invité politiqueFait
« Mais il y a une grande partie de ce regroupement familial qui sont des français, qui font venir de la famille enfance. »
- 3:00Invité politiqueFait
« Et là c'est un peu plus difficile, il faudra lutter en particulier contre les mariages blancs et les mariages gris qui sont une façon de détourner la réglementation actuelle. »
- 3:11Invité politiqueChiffre
« Et puis enfin, il y a une immigration économique qui n'est pas très importante, 10% des 200 000. »
- 3:34Invité politiquePromesse
« Je n'ai pas changé d'avis, je viens de vous dire qu'il fallait voter des quotas chaque année. »
- 3:48Invité politiqueFait
« L'Allemagne a besoin de travailleurs immigrés. »
- 4:46Invité politiqueFait
« Il y a longtemps qu'ils posent le problème de la légitime défense. Et beaucoup de policiers me disent, quand on est attaqué, ou bien on se défend et on se retrouve au tribunal, ou bien on ne fait rien et on risque notre vie. »
- 4:52Invité politiquePromesse
« Je propose qu'on aligne les conditions de légitime défense des policiers sur celles des gendarmes. »
- 5:23Invité politiqueFait
« Il faut clarifier ce point. Et puis ensuite, il y a le problème des effectifs. Il est vrai qu'on a eu tort avant 2012 de baisser les effectifs dans la police et la gendarmerie dans un contexte qui était peut-être différent. »
- 5:45Invité politiqueChiffre
« On sait qu'en France, le taux d'incarcération est inférieur à celui de la moyenne européenne. »
- 5:57Invité politiqueFait
« Ça a été vraiment une politique pénale de gribouille depuis 2012. »
- 9:03Invité politiqueFait
« Les bas salaires en France sont très certainement insuffisants et on connaît la situation des travailleurs pauvres. »
- 9:12Invité politiqueFait
« C'est que quand on compare le coût du travail avec les charges et les impôts avec ce qui existe autour de nous, nous sommes au-dessus. »
- 9:30Invité politiquePromesse
« Et donc il faut baisser les charges et les impôts pour redonner aux entreprises une marge, à la fois pour reconstituer leur compétitivité bien sûr, mais aussi pour avoir une politique salariale qui soit moins restrictive. »
Temps de parole
- Alain Juppé76 %
- Présentateur24 %
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France Inter.fr Le 7-9, Patrick Cohen sur France Inter.
Bonjour Alain Juppé. Bonjour Patrick Cohen. Le camp de Calais est en train de se vider depuis hier. Est-ce que vous faites partie de ceux qui disent bienvenue à ces migrants ? Est-ce que vous pensez que leur vie peut se prolonger en France ?
Nous accueillons à Bordeaux une cinquantaine, je crois que ce sont des jeunes, des mineurs, et dans plusieurs autres communes de Bordeaux-Métropole. Les maires ont également décidé d'accueillir de petits groupes. Ce que je voudrais dire sur cette question difficile, je me suis rendu moi-même dans la jungle au début de cette année, j'ai vu dans quelles conditions les personnes qui étaient là vivaient, des conditions indignes. Ce que je voudrais dire c'est qu'il faut aussi s'attaquer aux causes, pas simplement aux effets. Les causes on les connaît, c'est d'abord les accords du Touquet, il faut les dénoncer.
Certes la Grande-Bretagne n'est pas très réceptible, ce n'est pas une raison pour ne pas ouvrir le débat.
Ils accueillent des adolescents, vous avez entendu Bernard Cazeneuve annoncer cet accord avec la Grande-Bretagne hier soir.
Non mais l'enjeu n'est pas celui-là, l'enjeu est de savoir si nous allons garder sur le territoire national français des personnes dont la Grande-Bretagne ne veut pas chez elles. Le président du conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, demande la renécociation de cet accord et je le soutiens. Le deuxième point qui n'a pas été traité c'est que dans la jungle il y a des personnes en situation illégale et puis il y a des demandeurs d'asile ou des personnes qui sont prêtes à demander l'asile. Il faut partager les choses, nous avons renoncé à avoir une véritable politique de reconduite à la frontière des migrants illégaux.
Il faut reprendre cette politique, il faudra lui donner aussi une dimension européenne. Voilà, à partir de là l'accueil, à condition que ce soit par petits groupes, ne reconstituons pas dans des villes ou des villages de France des jungles de 100 ou 150 personnes, des petits groupes sous la responsabilité de l'État qui doit en prendre évidemment le contrôle.
Mais s'agissant des réfugiés qui fuient leur pays en guerre, est-ce que vous trouvez que la France ou les Français ont ouvert assez grand leurs bras ?
La France a fait ce qu'elle pouvait faire ou ce qu'elle devait faire, peut-être peut-elle faire mieux. Moi ce qui me frappe surtout c'est la capacité d'accueil de beaucoup de nos concitoyens, y compris de nos associations qui sont souvent extrêmement généreuses dans ce dossier extrêmement difficile.
Quel est à vos yeux le bon niveau d'immigration en France ? On compte environ 200 000 entrées par an, est-ce que c'est trop ? Est-ce que c'est comme il faut ?
Il faut savoir d'abord qui sont ces 200 000 personnes, qui sont les immigrants légaux. Le problème c'est l'immigration illégale. Et celle-là il faut la contrôler en changeant fondamentalement les modalités de contrôle aux frontières externes de l'Union Européenne. C'est un autre sujet. Sur l'immigration légale 200 000, le tiers de cette immigration ce sont des étudiants. Et comme je l'ai dit, je ne souhaite pas qu'on ferme la porte de la France aux étudiants étrangers parce que c'est une chance pour nous de les accueillir quand ils rentrent chez eux, ce sont les ambassadeurs de la France. Ensuite la moitié de l'immigration c'est l'immigration familiale.
Et ça n'est pas toujours le regroupement familial, je ne veux pas rentrer dans des distinctions un peu difficiles. Le regroupement familial c'est un étranger qui fait venir sa famille. J'ai proposé de durcir les conditions, parce qu'aujourd'hui elles sont trop lâches. Mais il y a une grande partie de ce regroupement familial qui sont des français, qui font venir de la famille enfance. Et là c'est un peu plus difficile, il faudra lutter en particulier contre les mariages blancs et les mariages gris qui sont une façon de détourner la réglementation actuelle. Et puis enfin, il y a une immigration économique qui n'est pas très importante, 10% des 200 000.
Et là je propose que le Parlement chaque année vote des quotas de personnes que nous sommes prêts à accueillir sur le territoire national.
J'aborde le sujet aussi Alain Juppé parce que j'ai vu circuler, pas forcément de la part de ceux qui vous veulent du bien, une interview que vous avez donnée au Monde en 99 et qui faisait la une du quotidien. Monsieur Juppé, il faut accueillir de nouveaux immigrés. Le slogan Immigration zéro est irréaliste. L'Europe aura encore besoin de main d'oeuvre étrangère.
Je n'ai pas changé d'avis, je viens de vous dire qu'il fallait voter des quotas chaque année.
Oui, des quotas plutôt pour restreindre que pour augmenter l'immigration.
Des quotas pour dire voilà de quoi nous avons besoin. Et puis la situation d'Europe est extrêmement diverse. L'Allemagne a besoin de travailleurs immigrés. Puis, pardon, mais ce petit jeu qui consiste à ressortir des déclarations d'il y a 10 ans, 1999, je ne suis pas sûr que l'état du monde était le même en 99 qu'aujourd'hui. Alors essayons d'évoluer et de ne pas ressasser en permanence le passé.
L'immigration était déjà à la une.
Oui, mais le contexte, c'est tout à fait vrai, mais je pense que le terrorisme n'était pas ce qu'il est aujourd'hui et l'état du monde au Proche-Orient n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. Donc vivons aujourd'hui et pas dans le passé.
Les policiers sont toujours dans la rue, colère qui peut paraître compréhensible et légitime, mais mouvement illégal avec des voitures de police et des gyrophares allumés, des visages cagoulés. Quelle devrait être, selon vous, la réponse de l'état et des autorités ?
Aucun responsable public ne peut valider ou cautionner des comportements illégaux, mais je comprends la colère de nos policiers. Et il faut en tenir compte. Une colère qui est d'abord motivée par le fait qu'ils se sentent lâchés par l'état et qu'ils n'ont pas le sentiment qu'ils sont véritablement soutenus dans leur action. Je vais prendre un seul exemple. Il y a longtemps qu'ils posent le problème de la légitime défense. Et beaucoup de policiers me disent, quand on est attaqué, ou bien on se défend et on se retrouve au tribunal, ou bien on ne fait rien et on risque notre vie. Je propose qu'on aligne les conditions de légitime défense des policiers sur celles des gendarmes.
Il n'y a aucune raison de le distinguer, puisqu'ils sont aujourd'hui sous l'autorité du même ministre, le ministre de l'Intérieur.
Pour ce qui est, l'expression n'est pas appropriée, la légitime défense, les policiers peuvent être en légitime défense.
Non, elles sont encadrées dans des conditions. Parlez aux policiers, il faut écouter les policiers. Ils vous diront comment ça se passe véritablement, quand effectivement ils utilisent leurs armes parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement. Dans 9 cas sur 10, ils ont le droit à une enquête, ils sont renvoyés devant les tribunaux. Il faut clarifier ce point. Et puis ensuite, il y a le problème des effectifs. Il est vrai qu'on a eu tort avant 2012 de baisser les effectifs dans la police et la gendarmerie dans un contexte qui était peut-être différent. Aujourd'hui, il faut reprendre des recrutements.
Mais moi, ce qui me frappe, ce qui me stupéfie, c'est qu'il faille attendre la fin du quinquennat pour commencer à se poser ces questions. Même chose en ce qui concerne les possibilités d'incarcération. On sait qu'en France, le taux d'incarcération est inférieur à celui de la moyenne européenne. On sait que les détenus dans les prisons sont traités de manière indigne depuis des années et des années. Et on attend la fin du quinquennat pour lancer un plan de construction de prison. Ça a été vraiment une politique pénale de gribouille depuis 2012.
Des sanctions contre ceux qui violent les règles, les policiers qui manifestent. C'était la question que je vous posais aussi, Alain Juppé. Il faut reprendre le dialogue.
Et s'il y a des violations manifestes de la loi, il faut évidemment les sanctionner. Elles sont manifestes et on les voit à peu près toutes les nuits,
dans les rues de Paris notamment.
Je pense qu'aujourd'hui, le dialogue est plus important que tout autre chose parce que c'est révélateur d'une crise profonde. quand les policiers sont obligés de recourir à de telles méthodes, c'est qu'il y a vraiment une carence de l'autorité publique et de l'État. Et je leur apporte, en ce qui me concerne, dans leur combat, pour réaffirmer leur place dans l'État, toute ma considération.
Il y a dans le livre d'Anna Cabana, qui paraît demain, un fantasme nommé Juppé, cette phrase qui vous est prêtée en août 2010. Vous voyez, c'est plus récent que la fois d'avant. Ce n'est pas encore tout à fait de l'actualité. Juste avant votre retour au gouvernement, je ne veux pas l'intérieur, le ministère de l'intérieur, je n'aime pas les flics et pas la justice, je déteste les juges.
Vous savez, ce livre est une œuvre d'imagination. J'ai déjà vécu ça du fait du même auteur. Dans un livre précédent, elle laissait entendre que je n'étais pas le fils de mon père. Ça avait suscité dans ma famille une profonde indignation. Tout ça, c'est de l'imagination. Ce sont des propos d'il y a plusieurs années que j'ai pu tenir sur certains points. D'autres sont déformés ou tronqués. Et en tout cas, je n'ai pas pu dire ça parce que je n'en passe pas un mot. J'ai de la considération pour les fonctionnaires. Je l'ai toujours montré dans ma vie publique et en particulier pour les fonctionnaires de police, je viens de le dire, que je n'ai pas été candidat au ministère de l'Intérieur.
C'est une autre affaire. Quant à la justice depuis 2004 et depuis que je l'ai été condamné, je me suis fixé une règle absolue. Je n'exprime aucun point de vue personnel critique ni sur l'institution ni sur les magistrats.
Donc vous aimez les policiers et vous aimez les juges.
Aujourd'hui, je les soutiens. Et un candidat à l'Élysée ne peut pas dire autre chose. Et je dénonce la façon dont les choses ont été gérées depuis 2012 aujourd'hui. Je le répète, une politique pénale de gribouille et une crise qu'on n'a pas vue depuis longtemps entre ceux qui sont chargés de maintenir l'ordre public et puis l'État.
Vous voyez que François Hollande n'est pas le seul à faire des confidences à des journalistes ?
Non, moi je n'ai pas fait de confidences. Je regrette. Je ne vais pas passer 60 entretiens en tant que président de la République à m'entretenir avec des journalistes. Peut-être un peu moins. Voilà, oui, c'est ça.
Jean-François Copé croit que le pain au chocolat vaut 10 fois moins que son prix réel. Alors je ne vais pas vous demander le prix de la chocolatine comme on dit à Bordeaux, mais est-il important à vos yeux pour un responsable politique de connaître le coût de la vie et le prix des choses ? Le coût de la vie, certainement.
On peut aussi piéger tout homme politique par ce genre de questions. Est-ce que c'est des mini-viennoiseries ? Est-ce que c'est des vraies viennoiseries ? Est-ce que c'est le tarif de Bordeaux ? Est-ce que c'est le tarif de Paris ? Enfin, il y a des choses un peu plus importantes. Bien sûr qu'il faut connaître le prix de la baguette. Bien sûr qu'il faut connaître le prix du ticket de métro, y compris du tramway à Bordeaux. Ce sont des choses qu'on doit connaître pour bien mesurer la vie quotidienne de nos concitoyens. C'est tout à fait nécessaire.
Même une mini-chocolatine à Bordeaux, ça vaut plus que 10 ou 15 centimes. Écoutez, il y a eu le dimanche matin
d'aller acheter un croissant, une chocolatine et une ficelle. Pour un total de... C'est ce que je mange. Et au total, un peu plus de 3 euros.
Y a-t-il une grande ville en France où une famille, et là c'est la question sérieuse, peut vivre avec un SMIC ?
Les bas salaires en France sont très certainement insuffisants et on connaît la situation des travailleurs pauvres. Il faut bien voir quel est notre problème. C'est que quand on compare le coût du travail avec les charges et les impôts avec ce qui existe autour de nous, nous sommes au-dessus. Sauf que la part des impôts et des charges est très supérieure à ce qui se trouve dans la concurrence et la part des salaires un peu plus faible. Et donc il faut baisser les charges et les impôts pour redonner aux entreprises une marge, à la fois pour reconstituer leur compétitivité bien sûr, mais aussi pour avoir une politique salariale qui soit moins restrictive.
Ça ne répond pas tout à fait à ma question. Si, je vous dis qu'il faut augmenter les bas salaires bien sûr. Je réponds tout à fait à votre question.
Donc la réponse est non. Ou c'est très difficile de vivre avec un SMIC dans une grande ville ?
Oui, bien sûr. Ça tombe de source. Ça coule de source dans ce que je vous ai répondu je pense.
Invité de France Inter, on vous retrouve dans quelques minutes avec d'autres sujets, les questions des auditeurs de France Inter évidemment. Il est 8h31.
Alain Juppé