Yaël Braun-Pivet est l'invitée de Thomas Sotto
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Thomas Soto, RTL Matin. Il est 7h42, elle est depuis 4 ans maintenant la présidente de l'Assemblée Nationale, Yael Brown-Pivet, l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Yael Brown-Pivet.
Bonjour Thomas Soto.
Le gouvernement a renforcé son projet de loi sur la protection des enfants. Il y a ajouté la perpétuité pour les violeurs en série d'enfants, un encadrement plus strict des enquêtes. Pour ce qui concerne le périscolaire, les parents connaîtront désormais l'identité de toutes les personnes qui interviennent auprès de leurs enfants. Est-ce que pour vous le compte est bon ? Est-ce que le pays a enfin pris les mesures nécessaires pour protéger nos enfants ?
En tout cas j'espère que tout le monde aujourd'hui a bien pris la mesure de ce qui se passe et de ce qu'il faut faire. Alors c'est un bon début et le gouvernement a bien fait de choisir le premier texte de loi qui était soumis au Parlement sur ces thématiques-là avec ces mesures-là qui sont vraiment très bienvenues. Mais évidemment que ça ne suffit pas. Nous allons avoir au début du mois d'octobre la fameuse loi intégrale de protection des enfants et des femmes. J'y suis favorable, j'en demande l'inscription depuis des semaines à l'instar de 160 parlementaires qui siègent à l'Assemblée nationale. Nous avons obtenu gain de cause.
Nous aurons la semaine du 20 juillet une réunion importante sous mon égide et celle du Premier ministre avec les parlementaires pour travailler ce texte. Mais il faut continuer à avancer parce que c'est quelque chose de systémique et donc il faut avoir une réponse globale.
Ça veut dire que ce texte, la loi intégrale, sera, si les députés le décident et les sénateurs, adoptée avant la fin de l'année ? Il le faut.
Il le faut, c'est important. Les enfants et les femmes de notre pays en ont besoin. Elles doivent et ils doivent être protégés. Cette loi est un pas important. Il faudra aussi des moyens, évidemment. Et ça, c'est la discussion budgétaire qui permettra d'allouer les bonnes sommes. C'est pas la moindre.
Vous dites qu'il faudra mettre les moyens, quoi qu'il en coûte, là-dessus, pour le coup ?
Évidemment, il s'agit de la promesse républicaine. On doit protéger nos enfants et les femmes de ce pays. Et il s'agit aussi de notre devoir. Donc, en fait, s'il n'y a pas de sujet pour moi, il faut mettre l'argent. Il faut embaucher des magistrats, dégreffier, réorganiser notre justice. On le sait tous. On le sait tous. Donc, maintenant, il faut avancer. Maintenant, on sait tous que ce n'est pas qu'une question de justice, que ce n'est pas une question de politique pénale. C'est aussi une question d'éducation, de sport, de santé, de prise en charge, d'écran, de réseaux sociaux, etc. C'est la raison pour laquelle on plaide pour une loi intégrale, pour avoir une réponse globale.
Il y aura samedi des grandes marches citoyennes contre les violences sexuelles. Ça va se passer à Paris, mais aussi dans de nombreuses autres villes de France. Est-ce que vous pourriez y participer ?
Alors, je me suis posé la question, parce que moi, ça ne me gêne pas. Et au contraire, je suis aussi une citoyenne. Je suis une maman. Je peux être dans la rue pour manifester. Pour autant, là, je considère qu'aujourd'hui, mon travail, mon job, c'est de faire que cette loi soit inscrite. C'est de la travailler avec le Premier ministre, le gouvernement et les parlementaires. Et c'est ce que je fais. C'est pour ça que je vous disais, moi, j'ai obtenu l'inscription. Là, on va travailler le fond avec cette réunion. J'ai saisi le Conseil d'État. J'ai saisi le CESE.
Et donc, moi, maintenant, ce qui m'importe, c'est que cette loi puisse être examinée dans les prochaines semaines à l'Assemblée nationale. C'est ça, ma mission première. Mais je suis aux côtés des femmes. Je suis aux côtés des associations. Je les soutiens. Et ils ont raison de manifester. Parce que nous, quand on fait de la politique, on a besoin du peuple pour pouvoir solidifier et renforcer notre action.
Le meurtre de Liana, mais aussi le lynchage à mort du jeune Louis à Narbonne remettent pour certains la question de la peine de mort dans le débat. Une proche de Bruno Retailleau, Céline Imard, députée européenne, ce n'est pas n'importe qui, puisqu'elle était deuxième sur la liste LR aux européennes de 2024, a dit qu'elle était pour le retour de la peine de mort. Dans un registre différent, l'animatrice Karine Lemarchand a dit sur Instagram « Pour moi, tu enlèves la vie, on t'enlève la vie ». La peine de mort peut-elle redevenir un sujet de débat dans notre pays ?
Alors, aujourd'hui, tout est possible. On peut débattre de tout, et c'est normal, c'est la liberté d'expression. Pour autant, on ne peut pas et on ne doit pas revenir sur l'abolition de la peine de mort. Vous savez, la peine de mort, elle n'a jamais dissuadé personne de commettre un quelconque crime. Elle n'a pas d'effet dissuasif, et c'est démontré à travers les siècles et encore aujourd'hui. Mais vous dites que tout peut être débattu quand même. Mais c'est la liberté d'expression, donc tout peut être débattu, et c'est normal.
En revanche, il ne faut pas, et on ne peut pas organiser aujourd'hui un débat public sur la peine de mort avec cet objectif de la remettre dans notre arsenal judiciaire. La France s'honore d'être un pays abolitionniste. J'accueillerai aujourd'hui à l'Assemblée nationale la clôture du 9e congrès pour l'abolition universelle de la peine de mort. Il n'est pas question de revenir là-dessus. Et je vous rappelle que l'abolition a été constitutionnalisée grâce à Robert Badinter, qui était sénateur à l'époque, pour justement mettre cette abolition dans notre coffre-fort constitutionnel. On ne peut pas revenir dessus, et on ne doit pas revenir dessus. Ça vous choque qu'une personnalité de chez LR...
Après, je ne peux pas empêcher, qu'elle ou telle, de proposer le retour de la peine de mort. Mais je pense que c'est une absurdité totale. Et donc, il ne faut pas revenir là-dessus. Et je suis très ferme sur cette position.
Et Elbron Pivet, la course à la présidentielle s'accélère. Déjà parce qu'on connaît la date du scrutin. On votera donc les 18 avril et 2 mai. Sauf que ces dates ne conviennent à personne. Parce que le 1er mai, on le sait, c'est toujours une journée très politique, avec des manifestations, avec des meetings. Et que ce 1er tombera la veille du second tour, pendant la période où, en principe, personne ne parle de politique. À droite, Bruno Retailleau est furieux. Le RN n'est pas content. La gauche n'est pas contente. Est-ce que ces dates sont mauvaises ?
Alors, ce sont des mauvaises dates, oui. Et les autres étaient tout aussi mauvaises. Le problème, c'est qu'on a des délais qui sont inscrits dans la Constitution. C'est l'article 7. entre 35 et 20 jours avant la fin du mandat du Président. Donc, il y avait juste une autre possibilité, qui était de décaler d'une semaine en amont. Le problème, c'était qu'on se retrouvait avec un premier tour qui était pendant toutes les vacances scolaires de toutes les... Non, je crois que le premier tour était pendant les vacances scolaires de deux zones. Deuxièmes étaient sur les trois zones. Donc, en fait, on est, je crois, l'Elysée a choisi la moins mauvaise des solutions.
Donc, vous, ça vous va ?
En fait, c'est deux mauvaises solutions. Donc, en fait... Mais là, le 1er mai, on entend que c'est un... Je ne suis pas candidate, donc ce n'est pas... Ça, c'est une autre information.
Vous n'êtes pas candidate.
À ce jour, je crois que je n'ai pas fait de déclaration de candidature nulle part. Donc, sauf même pas sur votre... Mais il faut changer les dates.
Est-ce que vous dites à Emmanuel Macron, peut-être qu'il faut y réfléchir ? Peut-être qu'il faut entendre l'unanimité politique contre ces dates ?
Ce qui est sûr, c'est qu'effectivement, s'il y a une unanimité de tous les partis politiques pour considérer que ça n'est pas une bonne date et que les dates en plein milieu de toutes les vacances scolaires de tout le pays sont meilleures, dans ce cas-là, il faut écouter les partis politiques. Mais je crois qu'ils ont été consultés et on a fait ce choix-là. Après, je vous dis, deux mauvais choix à disposition. Donc, peut-être qu'ils ont choisi le moins pire. Mais ça, ça leur appartient.
Bon. Une campagne qui a déjà débuté. Il y aura un meeting de campagne d'Edouard Philippe à Paris. Est-ce que vous y serez ? Est-ce que vous allez y aller ?
Je n'y serai pas, comme je n'étais pas au meeting de Gabriel Attal. Pour le moment, je pense qu'avant l'été, l'heure n'était pas au meeting. Et moi, j'oeuvre plutôt à essayer de rapprocher les uns et les autres pour aboutir à une candidature unique avec un programme qui ressemble à quelque chose.
Mais candidature unique, il va de où à où ? Vous avez vu la déclaration de Laurent Wauquiez dans le Figaro. Edouard Philippe peut incarner l'ordre et le sérieux permettant de redresser la France. C'est votre famille politique aussi, Laurent Wauquiez ?
Alors, en même temps, Laurent Wauquiez a appelé à une primaire jusqu'à Sarah Knafow. Et ça, ce n'est pas du tout ma famille politique. Absolument pas. Moi, je ne ferai jamais alliance avec quelque extrême que ce soit. Et donc, aller jusqu'à reconquête. Mais c'est juste inconcevable.
Ça vous gêne qu'il rejoigne éventuellement le...
Je ne sais pas. J'ai lu l'article. Je vois quand même qu'il essaye de rapprocher les uns et les autres. Ce qui est sûr, c'est que là, j'entends vraiment une candidature dans la bouche de Laurent Wauquiez de droite. Je ne suis pas une femme de droite. Et donc, effectivement, ça me gêne d'ancrer la candidature d'un éventuel candidat commun à droite. Uniquement à droite.
Il faut que ce soit la droite, le centre et la gauche.
Ce n'est pas ma famille politique. Moi, je suis une centriste. Et donc, je veux bien... Et je ferai volontiers alliance avec la droite. Mais le centre n'est pas une force d'appoint. Je ne suis pas un supplétif.
Donc, vous êtes plus Gabrielle Attal, alors ?
Moi, je suis une centriste et je suis une modérée. Donc, je veux que mon arc politique, c'est le centre-gauche et le centre-droite. Ce n'est pas la droite, la droite, la droite. Et donc, je ne veux pas, en revanche, que ces propos de Laurent Wauquiez ancrent la candidature de notre candidat commun uniquement à droite. Ce n'est pas mon espace politique.
Il est en train de devenir le candidat naturel ou pas, Édouard Philippe ? Maude Bréjon, chez Renaissance, il est rallié, Éric Wörth. On sent qu'il se passe un petit quelque chose.
Écoutez, moi, je trouve que c'est bien que ce mouvement de rassemblement commence à exister. Après, le rassemblement, il est encore long. On voit bien qu'il y a encore beaucoup de candidatures. Mais donc, moi, ce qui m'intéresse, c'est qu'à la fin, on arrive à converger. Mais surtout, il faut enfin parler des idées. Là, j'entends, on parle d'Édouard Philippe, on parle de Laurent Wauquiez, de Gabriel Attal, de Maude Bréjon, etc. Je ne suis pas sûre que ce soit uniquement ces personnalités-là qui nous permettent de gagner l'élection présidentielle. Ce qui va nous permettre de gagner l'élection présidentielle, c'est un projet, une vision pour les Français.
Et pour le moment, moi, je ne vois pas tout cela. Mais ça va venir.
Il y en a une qui veut y aller aussi à la présidentielle, c'est Marine Le Pen. Mais elle sera peut-être empêchée par la justice. On le saura dans cinq jours maintenant. Est-ce que vous pensez que la décision de justice changera quoi que ce soit ?
Écoutez, oui, ça aura évidemment un impact. Mais on voit bien que, quel que soit le candidat du Rassemblement national, il y a dans notre pays une volonté de radicalité, de solutions parfois peut-être plus extrêmes que celles que l'on propose. Ça me désole parce que, moi, je pense que ce sont de mauvaises solutions et que l'avènement au pouvoir d'un tel parti fracturera notre pays.
Ça fait un danger pour la République ?
Je le crois, oui, parce qu'on parle tout le temps, on entend simplement le programme économique du Rassemblement national. Mais le Rassemblement national, ce sont des valeurs. C'est un programme, c'est un référendum constitutionnel sur la préférence nationale qui est parfaitement contraire à ce qu'est la République.
Jordan Bardella est en tête dans tous les sondages. C'est qui pour vous, Jordan Bardella ? Il représente quoi ?
J'en sais rien et ça m'est complètement égal.
Oui ?
Oui, je suis désolée. En fait, vous savez, moi, ce qui m'intéresse, c'est le projet qu'on va présenter aux Français, c'est la vision qu'on va leur proposer, c'est le recul qu'on est capable d'avoir sur ce qu'on a fait, de bien et de pas bien, et c'est la relation de confiance qu'on peut avoir avec le peuple français après, savoir si c'est Bardella, Le Pen, etc. Il vous impressionne, il vous bluffe un peu ou pas ? Ça m'est parfaitement indifférent. Ah non, alors là, je ne suis absolument pas bluffée. Vraiment pas.
Vraiment pas. En attendant, la vie politique continue à l'Assemblée. Les Verts ont-ils effectivement déposé la motion de censure dont ils avaient parlé ?
Alors, elle est censée être déposée aujourd'hui et elle sera examinée lundi prochain, normalement à 14h. Donc lundi prochain, la motion de censure ? Si elle est déposée aujourd'hui, elle sera examinée lundi à 14h.
Elle vous inquiète ?
Tout à fait. Non, elle ne m'inquiète pas particulièrement. Maintenant, c'est quand même la motion de censure. C'est vraiment une prérogative de l'Assemblée nationale qui vient remettre en cause la responsabilité du gouvernement. C'est un acte important. Il ne faut pas la banaliser. Ce n'est pas parce qu'il y en a beaucoup qui se sont déposés, oui, beaucoup, que c'est un acte anodin. C'est important. Et donc, sur le sujet de la canicule, c'est important également que chacun puisse exprimer ses positions. Donc, c'est des moments qu'il faut regarder avec attention.
Merci beaucoup, Yael Bronte-Pivier, d'être venue ce matin.
Je peux vous souhaiter bon anniversaire Thomas Soto et vous dire que j'ai été vraiment très heureuse de pouvoir participer à tant d'interviews avec vous. Et ça m'a beaucoup touchée. Je pense que vous allez manquer aux Français.
C'est gentil. Bon, moi, j'ai tout dit qu'il y a Greg Dutte qui arrive. Merci beaucoup, Yael. Merci beaucoup, Yael.
Yaël Braun-Pivet