«J'ai écrit ce livre sur mon téléphone» : Marie-Christine Saragosse répond à Frédéric Beigbeder
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:00OuverteRéponse directe
Est-ce que vous voyez bien cette femme magnifique qui est le sujet de ce livre ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est une façon indirecte de payer une dette à cette femme puissante ?
- 5:00OuverteRéponse directe
Pourquoi à votre avis, il y a tous ces livres sur la mort d'un parent ?
- 7:00OuverteRéponse directe
Comment avez-vous écrit ce livre ?
- 9:00OuverteRéponse directe
Est-ce que la télé française partout dans le monde, est-ce que c'est pas refaire la colonisation par d'autres moyens ?
- 11:00OuverteRéponse directe
Pourquoi un jeune devrait-il lire votre livre au lieu de scroller sur TikTok ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:00Marie-Christine SaragosseFait
« C'est une promesse que je lui ai faite sur son lit de mort, parce que je pense que cette bascule n'est pas très simple. »
- 6:00Marie-Christine SaragosseChiffre
« Chaque semaine, on touche 278 millions de personnes en radio, en télé, et sur les environnements numériques. »
- 8:00Marie-Christine SaragosseFait
« Il y a eu une explosion de violence après le Covid. D'ailleurs, l'addiction de l'Ukraine, le conflit au Proche et Moyen-Orient, l'Aviran, on espère qu'il y a un accord de paix. »
- 10:00Marie-Christine SaragosseFait
« La France est très attaquée. Après, l'Ukraine, c'est le pays le plus attaqué par la propagande russe. »
- 12:00Marie-Christine SaragosseFait
« On est en guerre, une guerre conventionnelle, mais aussi une guerre de l'information, des manipulations de l'information. »
- 17:00Marie-Christine SaragosseFait
« La laïcité, c'est la liberté religieuse, en fait. Ce que personne ne comprend. »
Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Tout est écrit en langue masculine. Je veux dire, moi, Balzac, Flaubert, tous ces gens qui m'enforgent, c'est une écriture masculine. Moi, je lis couramment femme aussi, d'où Simone de Beauvoir, Annie Ernaud, mais Virginie Despentes.
Donc, je lis les deux langues couramment. C'est formidable. L'homme et la femme.
S'ils parlaient la même langue, ce serait bien. Marie-Christine Saragosse, bonsoir et bienvenue chez La Pérouse. Bonsoir Frédéric.
Je voudrais montrer que j'ai dévoré ce livre. Il est tienne également. Voyez, il a été mordillé tellement il est populaire dans ma famille.
Donc, je suis navré d'avoir maltraité le livre. Je voudrais le montrer, votre livre, qui s'intitule « Mère belle à forte au large », parce qu'il y a une très belle photo de votre mère sur la couverture. Voilà.
Est-ce que vous voyez bien cette femme magnifique qui est le sujet de ce livre, vous avez, alors je vous décris rapidement, vous êtes née en 1960 en Algérie, vous avez fait Sciences Po, Elena, et aujourd'hui, vous êtes le PDG de France Média Monde, c'est-à-dire de Radio France Internationale. France 24. 24K, c'est la société qui regroupe toutes les radios et télévisions françaises à l'étranger.
C'est ça. Et il y a combien de millions d'auditeurs dans le monde ? Alors, chaque semaine, on touche 278 millions de personnes en radio, en télé, et sur les environnements numériques qui prennent de plus en plus de place.
Ça m'a énormément calmé, puisqu'ils n'ont pas du tout ces chiffres chez la Pérouse. Alors, donc, on se dit, vous auriez pu écrire un livre de hauts fonctionnaires, un essai sur les médias, je ne sais pas, ou sur votre parcours professionnel. Pas du tout, mais absolument pas.
C'est le portrait de votre mère, Anne Saragosse, qui fait une suite, une sorte de diptyque avec un livre précédent que vous aviez publié en 2012 sur votre père, et qui s'intitulait « Temps ensoleillé avec fort rafale de vent ». Alors, ma première question, c'est qu'est-ce que vous avez avec la météo marine ? Marine, tout court, mais elle est méditerranéenne, ma météo, je suis Miss Météo de la Méditerranée, parce que, oui, la Méditerranée, c'est le cœur de notre histoire, de mon père, de ma mère, de moi.
Et donc, oui, je trouve que ce sont des jolies métaphores pour les décrire, eux. Oui. Est-ce que c'est une façon indirecte de payer une dette à cette femme puissante, libre, très fantasque, sans laquelle, parce qu'elle était institutrice, vous n'auriez peut-être jamais fait ce parcours professionnel ?
Sûrement. Non, ce n'était pas une dette, c'était une promesse. C'est plus joli, je trouve.
C'est une promesse que je lui ai faite sur son lit de mort, parce que je pense que cette bascule n'est pas très simple. Mourir, on a beau essayer de s'apprivoiser, c'est quand même beau, même si on a tous rendez-vous avec ce moment, ça c'est sûr. Mais on n'est pas tout à fait prêts, je pense qu'on ne l'est jamais.
Et elle avait besoin d'un petit bout d'éternité. À ce moment-là, je sentais que le fait d'écrire, de retenir le temps, c'était une chose dont elle avait besoin. Et le fait est qu'un livre, c'est un objet magique, je trouve.
Oui. Et ça retient le temps. Philippe Solaire se dit d'ailleurs que c'est la même forme qu'une tombe.
Et il y a le nom en haut, et c'est un rectangle, c'est un peu comme le tombeau de votre mère. Mais est-ce qu'elle n'était pas jalouse que vous ayez écrit un livre sur votre père aussi ? Alors peut-être pas jalouse, mais je pense qu'elle se demandait si quand même j'allais accorder autant d'importance à cette mère qui avait même formé mon père, qui l'avait choisi pour moi, qui lui avait expliqué ce que ça voulait dire d'être un père.
Puisqu'il était un jeune homme un peu, disons solaire, mais pas forcément si paternel que ça. Donc elle avait le sentiment sans doute d'avoir été à l'origine de tout. Et elle se demandait si j'en tiendrais compte.
Et oui, c'était pas de la jalousie, mais de l'envie peut-être. Et cette femme a dû tout quitter, l'Algérie française, pour aller vivre dans un appartement dans le sud de la France. Elle était fille d'Italien, elle était très belle.
Et c'est là qu'elle est devenue prof, en fait. Elle avait commencé un peu en Algérie, mais au lycée. Et puis là, elle est devenue institutrice en maternelle, à l'école primaire.
Et je crois que ça a été plutôt la grande passion ensuite de sa vie. Je crois qu'elle a bien aimé. Contrairement à tout ce qu'elle racontait, elle a bien aimé être institutrice.
Mais alors, pourquoi à votre avis, il y a tous ces livres sur la mort d'un parent ? Parce que moi, j'en ai fait un sur mon père. Oui, mais je l'avais lu.
Il y a beaucoup de...
Il y en a énormément. Et je me demande, est-ce que c'est pour savoir ce qui nous a amenés à ce monde présent ? Est-ce que c'est qu'on cherche le sens de notre vie ?
Moi, je pense qu'il y a peut-être un peu de recherche de sens. Mais il y a aussi qu'on est dans un monde un peu chaotique, un peu inquiétant. Et qu'on a peut-être besoin de...
C'est un peu comme Vendredi de Hélène Homme Pacifique. Quand il rentre dans la caverne, quand ça ne va pas, quand il ne peut plus assumer d'être un être humain, il descend dans la grotte, il se met en position fétale pour retrouver une sorte de force pendant que personne ne le voit. Il peut pleurer, il peut...
Moi, c'était en tout cas, quand j'ai écrit, c'était une bulle qui m'isolait de la violence, je trouve, de la radicalité du monde. Je trouve qu'il y a eu une explosion de violence après le Covid. D'ailleurs, l'addiction de l'Ukraine, le conflit au Proche et Moyen-Orient, l'Aviran, on espère qu'il y a un accord de paix.
Tout s'est déchaîné, y compris dans la radicalité des réseaux sociaux, la violence, les manipulations de l'info. Et à un moment, on a besoin de retourner peut-être vers des racines et se blottir en position fétale. Oui, d'ailleurs, c'est aussi un livre sur la France, la France des années 60, 70.
Vous racontez un accident de deux chevaux, il y a tout un univers qui est décrit. Il faudrait se garder quand même de penser que c'était mieux. Je me méfie chaque fois que je me dis que c'était mieux, je me dis que tu vieillis ma vieille, justement.
Mais je pense que ce n'était pas forcément mieux, sûrement pas pour les femmes, mais qu'on était plus jeunes, donc ça avait l'air mieux. Mais donc, je n'ai pas de nostalgie de cette époque, mais par moments, quand même, je trouve qu'on devrait mettre un peu d'eau dans notre vin et se calmer. Je trouve trop radicaux, trop radicaux, trop rapides, l'IA, l'intelligence artificielle.
Ça vous fait peur. J'arrive de vivre à Teg, là, ce matin. Ça bouscule tout, ça nie les humains, les journalistes qui vont, eux, sur le terrain de guerre, et qui, tout d'un coup, voient leur contenu mangé par une intelligence artificielle qui va les invisibiliser, qui ne va pas les rémunérer.
Enfin, c'est d'une violence inouïe, cette négation. Et alors, du coup, quand vous, qui êtes dans ce monde-là, hyper technologique, dirigeant de nombreux médias dans le monde, etc., confrontés à la violence de la guerre, puisque vous avez des journalistes de chez vous qui prennent des risques tous les jours.
Comment avez-vous écrit ce livre ? Est-ce que vous avez parlé d'une bulle, mais je me suis dit, c'est peut-être un moyen, justement, de s'échapper à un moment, dans un carnet de notes, comme un journal intime. Comment vous avez travaillé ?
Alors déjà, je l'ai écrit sur mon téléphone, ce livre. Oui, mais ça arrive de plus en plus souvent. Je l'ai écrit parce que je tape pas très bien, pour dire la vérité, et donc, je vais beaucoup plus vite avec mes pouces qu'avec les dix doigts.
Donc, j'ai écrit le matin en me levant, le soir en me couchant, quand je m'ennuyais un peu dans des transports, ou des choses comme ça. Et oui, c'était une petite bulle, et puis c'était aussi quand même une promesse. Et il faut tenir ces promesses, c'est le bas à bas des rapports humains.
Donc, j'étais assez… C'est un ouvrage de commande de votre mère. C'est un ouvrage de commande, et je suis contente de l'avoir honoré, cette commande. La qualité de ce livre, c'est une sincérité totale, même désarmante par moments.
Et peut-être que justement, c'est ce qu'on ne peut pas être quand on est PDG. On ne peut pas, comme ça, se confier, confier ses fragilités. Pas tout à fait.
Vous dites d'ailleurs que vous n'avez pas peur de mourir, mais que vous aviez peur de perdre les gens que vous aimez, ce qui est normal. Pas peur de mourir, je ne sais pas si je le dis aussi clairement. Parce que depuis que j'ai eu l'impression de vivre une répétition générale de ma propre mort avec ma maman, ce qui arrive quand on perd un parent, on a l'impression qu'on s'entraîne.
On est le prochain. On est le prochain, donc je ne suis pas sûre de ne pas avoir peur. Peut-être avant, quand je n'y croyais pas, puisque ma mère était toujours là, donc je ne croyais pas à la mort avant sa mort.
Mais depuis que j'y crois, je me dis qu'il y a encore un peu de boulot, et que je vais relire Montaigne, s'apprivoiser à la mort, tout ça. Mais j'avais peur de la mort de ma mère, oui. Non, mais l'idée que la littérature, l'écriture, vous permettait de faire ce que vous ne pouvez pas faire dans votre boulot.
Alors, ça c'est sûr que...
Mais en même temps, je le fais un peu dans mon boulot. Alors, je dois dire que c'est...
Oui. En y réfléchissant, je n'ai pas voulu singer de modèles que je ne connaissais pas tellement, d'ailleurs, de PDG traditionnels. Oui.
Je n'ai pas tellement tranché avec qui je suis, je crois, avec mes équipes. Oui. Ils le savent, d'ailleurs.
Ils savent que j'aime rire, chanter, danser, que j'aime bien les gens, que je suis très consciente de l'enjeu de notre mission, que j'y mets plus que du travail. Ils le savent. Ils savent aussi que donc, tout peut m'atteindre beaucoup plus facilement, puisque je mets un peu mes tripes sur la table.
Ils le savent. Mais je pense aussi que du coup, les rapports sont différents et qu'il y a une forme de joie qui est un moteur aussi. Il n'y a pas que la peur.
La joie, l'affection, ça peut être un moteur. Et j'ai essayé de faire ça. Je vais essayer de tenir le plus longtemps possible en faisant ça.
Alors, les conseils de professionnels, donc un livre qui donne envie de pleurer. Alors, je vous aurais dit Primo Levi jusqu'à il n'y a pas longtemps. Et là, je veux dire, mon vrai nom est Elisabeth d'Adelio.
Ah oui, oui, qui est sortie l'an dernier. Ah là, mais j'ai eu du mal à m'en remettre. Et pourtant, il faut absolument le dire.
C'est remarquable. Et ça raconte quand même un statut au cours du XXe siècle des femmes de la rédification qui méritent quand même qu'on continue à se battre pour libérer tout ça. Un livre pour arrêter de pleurer après avoir lu Adelio.
Alors, Romand Fleuve, Hume. Ah, Philibert Hume. Philibert Hume.
Oui. Ça m'a fait tellement rire à chaque fois. Très, très drôle.
C'est l'antidote, oui. Oui, oui. Voilà, c'est parfait.
Un livre pour crâner dans la rue, si vous avez le temps. Entre deux voyages. Le temps retrouvé.
Ah oui. Ça fait toujours son petit effet. Ah oui, pas mal.
Pas mal d'arriver dans une réunion. Le temps retrouvé, en plus, pas le début, pas du côté de chez soi. Non, non, non.
Moi, j'ai fini, j'ai tout lu. Un livre qui rend intelligent. Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, je trouve.
Moi, ça m'a bien ouvert. Qui vient de sortir en pléiade, en plus. Très bien.
Un livre pour séduire. Alors, ce serait plutôt pour donner des conseils à ceux qui voudraient me séduire. Bien sûr.
Alors, ce serait Autant en emporte le vent. Parce que Red Butler. Ah, ben là.
C'est le vieux. Je suis désolé. Vieux schéma patriarcal, pour le coup.
Non, non, non. Le méchant. Ben non, il est d'abord, il est amoureux d'une femme qui est incroyable, Scarlett.
Oui, oui, oui. Elle abat tout, elle va, elle tire à la carabine, elle monte à cheval, elle se sauve, elle ne se laisse pas. Donc, il est amoureux d'une femme forte.
Déjà, ce n'est pas totalement patriarcal. Ensuite, il est drôle. Ensuite, il la soutient dans les moments où il faut, mais il la laisse.
Finalement, il ne pense pas que c'est lui qui va décider pour elle. Vous savez que c'est un des livres qui est un peu critiqué, parce qu'il y a des esclaves, que tout ça est normal. Oui, oui, parce que je suis d'accord.
Et même, on n'a pas pensé qu'il fallait réécrire, corriger, autant n'importe quoi. Je pense qu'il ne faut pas lire en se tournant au-dessus de son épaule. Sinon, il n'y a plus rien qui tient.
Enfin, je ne sais pas. Je comprends les gens qui pensent ça. Mais moi, quand je le lis, je sais bien qu'il y a des...
Sinon, en tant que femme, je ne pourrais rien lire. Tout est écrit en langue masculine. Je veux dire, moi, Balzac, Flaubert, tous ces gens qui m'ont forgé, c'est une écriture masculine.
Moi, je lis couramment femme aussi, d'où Simone de Beauvoir, Annie Ernaud, mais Virginie Despentes. Donc, je lis les deux langues couramment. C'est formidable.
L'homme et la femme. L'homme et la femme. S'ils parlaient la même langue, ce serait bien.
Je pense qu'il y a des endroits où c'est possible. Non, mais vous voyez, si on commence à se dire...
Là, c'est une femme qui écrit, d'ailleurs. Oui, oui, Margaret Mitchell. Comme par hasard.
Mais je trouve qu'on ne doit pas le lire avec notre regard d'aujourd'hui et qu'il y a à prendre dedans des choses. Bon, c'est peut-être un truc de millinette. Peut-être si je le relisais, je dirais c'est naze.
Mais quand j'étais plus jeune, Red Butler, Red Butler...
Et alors, justement, la question pharaonais de 451. Donc, si on vivait dans un monde où les livres étaient interdits, brûlés, ce qui arrive dans certains des pays où vous travaillez. Tout à fait, et ça peut encore arriver dans d'autres.
Lequel vous apprendriez par cœur ? Alors, outre ceux que... les deux que je connais déjà par cœur, j'ai pu m'en rendre compte là.
Alors, ce serait le premier homme d'Albert Camus. Oui, parce que j'ai pas... c'est mon... c'est mon grand frère, c'est pas... je suis né après qu'il soit mort.
Ça, c'était un grand regret. J'ai jamais été sur Terre en même temps que lui. Et lui, au fond, il m'a bouleversé.
Le premier homme, c'est celui que je préfère. C'est... même, je sais, il a été inachevé.
Oui, il a pas le public. C'était posthume. C'était posthume.
Mais ce qui m'avait le plus frappé, c'est quand il va sur la tombe de son père, qui a 29 ans, qui est mort à la guerre de 14-18. Et lui, il en a 40. Et il regarde cette tombe de son père et il se dit qu'il sera toujours...
Pour l'éternité, son père sera plus jeune que lui. Cette chose, cette inversion des générations m'a bouleversée. Et puis, c'est mon grand frère, parce qu'il est né en Algérie, parce qu'il a été repéré par un instituteur germain.
Mes parents, ma mère, elle a tout le temps essayé de repérer dans les milieux qui n'avaient pas forcément de facilité. Il y a des pépites partout qu'il faut repérer, parce qu'ils ne vont pas être aidés par leur milieu. Donc, il me parle, il me parle, voilà.
C'est Camus, quand même, j'apprendrai par cœur le premier homme. Oui, très bien. D'ailleurs, c'est assez bizarre, parce que ce sera votre nom.
Dans la forêt de Ray Bradbury, les gens s'appellent du titre du livre. Donc, vous seriez le premier homme. C'est beau, j'avais pas pensé.
C'est rigolo. Tu sais pas où est le premier homme ? Ben, c'est moi.
Est-ce que je peux résumer votre vie en disant que vous avez voulu réaliser les rêves de votre mère à sa place ? Peut-être pas. J'ai senti qu'à certains moments, elle avait envie que je passe là où elle n'avait pas pu passer.
C'est sûr, quand elle m'envoie à Paris faire des études, elle, elle avait raté son année de médecine à Paris. Et pourtant, elle aurait pu la repiquer. Je pense qu'elle aurait fini par l'avoir.
Elle était tellement faite pour ça. Mais j'ai fait mon chemin à moi, quand même. Je crois que j'ai fait les choses que je voulais faire.
Non, je crois que c'est pas quelqu'un qui...
Elle m'a donné de la force, elle m'a donné de l'audace. Elle m'a dit, le monde est fait pour toi. Tu peux y aller, rien ne t'est interdit.
C'est un fruit qu'on croque, vas-y. Elle m'a donné un peu d'audace. Même si en même temps, vous savez, le syndrome de l'imposteur ou de l'impostrice, plus souvent, c'est le...
La peur de ne pas tout à fait être à sa place ne m'a jamais quittée. Mais comme, finalement, beaucoup de femmes. Mais je crois que, après, le chemin, elle n'a jamais pensé.
C'est jamais elle qui a décidé à ma place. Jamais, jamais, jamais. Alors, on va parler un peu plus de votre métier.
Vous avez été entendue à l'Assemblée nationale par la commission d'enquête parlementaire sur l'audovisuel public, qui a publié un rapport controversé, assez brutal, mais qui épargne France Média Monde. Ça va plus tôt. Je cite, une reconnaissance certaine à l'étranger pour RFI et France 24, un bon point, qui n'empêche pas une recherche à terme de synergie avec TV5 Monde et Radio France.
Je n'ai pas très bien compris. En fait, c'est toujours l'idée qu'il faut fusionner. Il y a trop d'entreprises, c'est ça ?
Peut-être. J'avoue qu'il faudrait demander à l'auteur du rapport, parce que je n'ai pas eu l'occasion de m'entretenir a posteriori avec lui. Non, mais vous voyez que, comment dire, quand Rachida Dati était ministre de la Culture, elle avait ce projet.
On n'était pas dedans, en fait. Non ? Ils ne voulaient pas tout fusionner comme la BBC ?
Radio France, France Télévisions, mais sur l'international, dans la dernière version du projet, on n'y était pas parce qu'on vit une guerre hybride en ce moment. On est en guerre, une guerre conventionnelle, mais aussi une guerre de l'information, des manipulations de l'information, avec en visée non pas seulement l'information, mais les modèles démocratiques. Et donc, il y a une urgence.
Et quand vous faites une grosse réforme de structure, ce n'est pas très facile d'être et d'avoir été en même temps, enfin de construire quelque chose. Vous voyez, pendant que les travaux, nous, c'est maintenant, nous, on a...
Donc, l'urgence, elle est là. La France est très attaquée. Après, l'Ukraine, c'est le pays le plus attaqué par la propagande russe.
Mais les Chinois, parfois, ne sont pas en reste, parfois aussi les Turcs, parfois...
Vous voulez dire qu'il ne faudrait pas réformer quelque chose qui marche et qui existe ? Non, c'est surtout que l'urgence, ce n'est pas tant de faire des réformes ici, chez nous, au chaud, mais c'est plutôt d'être en première ligne pour empêcher que les valeurs, je pense, auxquelles une majorité de gens croient dans les démocraties, la liberté, ça ne s'hérite jamais. On croit qu'on l'a héritée de nos ancêtres qui se sont battus pendant la Seconde Guerre mondiale, et on a vécu un peu sur l'héritage.
Mais ça se conquiert, en général, et ça se mérite. Donc, c'est le moment d'être bien lucide et réveillé, et de savoir le prix qu'on veut accorder à la liberté. Et nous, on est en première ligne, en 22 langues, dans le monde entier, et on voit ce qui se passe.
Et c'est pourquoi, je pense, qu'on a été entendus. L'urgence, ce n'est pas de faire une réforme pour nous, en ce moment, c'est de nous battre sur tous les terrains. Mais vous êtes consciente que si le Rassemblement National est élu, s'ils prennent le pouvoir, dans un an, ils veulent privatiser le service public de l'audiovisuel ?
Je ne suis pas sûre que ça concerne tout le service public. Et je veux dire, tant que les choses ne sont pas là, on ne sait pas ce qui arrivera. Bon, alors quand même, ce n'est pas pour me faire la voix de tous ceux qui critiquent le service public, mais il y a France Info, France 24, France 4, TV5, France 5.
C'est vrai qu'on pourrait se dire qu'ils ne seraient pas complètement idiots d'en fusionner une ou deux, comme ça. Moi, je pense que c'est le public qui doit dicter, évidemment, les moyens. On est sous contrainte de moyens, ok, donc on peut après y rechercher des priorités, mais les synergies n'existent que quand vous vous adressez à un même public.
Une radio, une télé, ce ne sont pas exactement les mêmes usages, donc on peut faire des choses ensemble. Mais si, par exemple, vous fusionnez une radio et une télé 24 heures sur 24, où est la place des images ? Parce qu'une image, à la radio, ça ne passe pas très bien.
Je ne sais pas si vous allez avoir. Alors évidemment, sur le numérique, on peut faire de la vidéo, ça marche, c'est des podcasts, on appelle ça. Mais par exemple, les grands reportages de France 24, c'est une chaîne d'images.
On va sur le terrain, on fait des enquêtes, on a du reportage, c'est-à-dire les sens du journalisme. Il y a des images. RFI fait beaucoup de reportages aussi, mais va travailler les sons.
C'est très enrichissant dans les deux cas. Alors, on est à l'international, parfois on touche les mêmes gens. Mais par contre, si vous voulez fusionner une rédaction d'une chaîne généraliste, qui fonctionne de temps en temps, et une chaîne d'info continue comme France 24, qui fait 24 heures sur 24 et qui s'adresse à un public international, alors que la chaîne d'info, elle, s'adresse à un public français.
BBC l'a fait, ils ont fusionné BBC News et BBC World News. Alors, qu'est-ce qu'ont dit les publics britanniques ? Ils ont dit, mais il y a beaucoup trop d'internationales, ça ne nous intéresse pas.
On n'a pas la petite phrase du politique de tout à l'heure au Parlement. Et les internationaux ont dit, mais qu'est-ce qu'on s'en fout de la petite phrase. Voilà, c'est le public qui dicte sa loi, les langues, les articulations, les formats, chaîne d'info continue.
Donc, rien n'est impossible, mais rien non plus ne va de soi. Oui, je comprends. Et moins on en connaît, plus on a des idées simples sur la question, en général.
Oui, mais est-ce que, alors, bon, alors, attention, la question qui tue. C'est notre rubrique, la question qui tue. Est-ce que la télé française, partout dans le monde, est-ce que c'est pas refaire la colonisation par d'autres moyens ?
Alors, non. Pourquoi est-ce qu'il faut une voix de la France, absolument ? Parce que cette voix de la France, sa signature, c'est le, qu'elle est plurielle.
D'abord, on parle 22 langues. On a 65 nationalités. Moi, quand on ouvre une rédaction à Dakar, et qu'on recrute 10 jeunes Africains de différents pays, et qu'on leur donne carte blanche, mais avec des outils modernes, et une formation, quand même, où on explique la différence entre info et opinion, ce qui n'est pas totalement inutile.
Et donc, qu'on leur explique pourquoi le réel, c'est le but, et pas la manipulation. Et la vérification des infos, les sources. Vérification des infos, etc.
Donc, un savoir-faire professionnel, des outils super à la pointe, et la carte blanche. Ils ne savent même pas qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent. D'habitude, ça n'existe pas.
Moi, quand on a créé Bogota avec France 24 en espagnol, on a recruté sur toute l'Amérique latine. Et ils nous disaient, on découvre la liberté d'informer. Vous, les Français, vous êtes incroyables.
C'est ça notre signature, c'est la liberté. La culture et la liberté, c'est pas mal comme signature. Mais est-ce que c'est si différent de la BBC ou de CNN ?
Je ne sais pas. C'est un peu différent, par exemple, la laïcité. Prenons cette notion complexe et très française.
Elle est incomprise partout. Comment la traduire, même ? Comment on traduit en anglais la laïcité ?
Si on vous dit secularisation, Alors, on va nous dire, ce n'est pas tout à fait le même sens que sécularisation en français. Mais ce n'est pas ça. Une société sécularisée n'est pas forcément laïque.
Non, c'est l'idée que, quoi, qu'on ne mélange pas la religion et la politique. Non ? Oui, et surtout qu'il n'y a pas de religion d'État.
Le droit ne trouve pas sa source dans la religion. Et chacun a droit ou pas de croire ou pas et de pratiquer la religion qu'il veut parce qu'il n'y a pas une religion dominante de l'État. La laïcité, c'est la liberté religieuse, en fait.
Ce que personne ne comprend. C'est ça notre différence principale, vous croyez ? Non, je pense qu'il y a un rapport à la philosophie, aux idées.
Une folie d'idées. L'idée, c'est l'essence même de la France. Les idées, l'art de vivre, la culture, l'exception culturelle.
Il y a plein de choses qui nous caractérisent. Mais les autres sont magnifiques aussi. Moi, plus j'aime la France, plus j'aime les autres aussi.
Puis j'ai toujours travaillé à l'international. Mais je sais que quand je rentre dans ce pays, j'ai quand même toujours envie d'embrasser son sol. Le questionnaire de Bec Bédé.
Pourquoi un jeune devrait-il lire votre livre au lieu de scroller sur TikTok ? Alors, figurez-vous que les jeunes qui regardent TikTok, ils se remettent à lire. Pour peu, qu'on leur fasse un petit vertical d'une minute trente pour recommander un livre.
Et je veux me dire, cher Frédéric, est-ce que vous êtes sur TikTok ? Oui, c'est ma fille, Chloé Bec Bédé, qui s'en occupe. Mais je ne suis pas un booktoker.
C'est-à-dire que je ne fais pas des critiques de livres. C'est vrai que c'est utile, ça. Mais recommander un livre sur TikTok, les statistiques montrent qu'ils se remettent à le dire, les jeunes.
Donc, je me dis, bon, en même temps, je préfère qu'ils ne lisent pas tout de suite le mien parce qu'ils ne savent pas encore que leurs mères sont mortelles. Et il vaut mieux pas le savoir trop tôt. Encore intéressant à demander à quelqu'un qui est responsable du service public, parce que c'est un peu l'idéologie, parfois, de certaines émissions.
Un roman doit-il réparer le monde, Marie-Christine Saragosse ? Il ne doit rien du tout, en fait. Il peut, il fait ce qu'il veut.
Au fond, c'est ça, c'est une liberté, un roman. Mais il est possible qu'il répare les gens, quand même. Je vais citer du lourd.
Montesquieu disait, il n'est pas de chagrin qu'une heure de lecture ne m'est ôtée. Ah oui. Et donc, je pense, je ne sais pas, au niveau du monde, ce serait grandiloquent, même de l'humanité, mais peut-être de l'individu.
C'est bien possible que ça nous répare, quand même. Qu'est-ce que je voulais vous dire ? Ah, tiens, qui est le meilleur écrivain français vivant ?
Je n'aime pas trop que tout se transforme en compétition, où on met un, mesdames, etc. Vous pouvez en dire plusieurs. J'en ai plein que j'aime, mais c'est vrai.
Vivant et français. J'aime beaucoup Annie Ernault. J'aime beaucoup Virginie Despentes, je trouve qu'elle a secoué des trucs.
Je fais exprès de citer un peu des femmes, puisque je parle vraiment femme. Mais j'aime aussi Emmanuel Carrère. Oui.
J'ai lu presque tout Welbeck quand même, même si je ne suis pas toujours d'accord avec lui. Je lis tout ce qu'il écrit. J'attends son prochain roman, je crois qu'il a écrit quelque chose, parce qu'il m'a beaucoup fait rire le roman Fleuve.
Adèle Lyon, elle m'a sciée avec son bouquin. J'en reste encore baba. Mon vrai nom est Elisabeth.
Ah oui, oui, d'accord. Je ne sais plus où donner de la tête, j'en aime pas. Et puis je ne veux pas faire de la flagornerie et parler de...
Voilà, j'en parle pas. Avez-vous menti durant cette conversation ? Je ne m'en souviens pas.
Je crois pas. Et enfin, quel est votre âge mental ? Alors j'en ai plusieurs selon les circonstances.
Là maintenant, à un moment présent, est-ce que vous êtes une petite fille de 8 ans ? Non, non, ça c'est à Noël, c'est réservé à Noël. J'ai 5-6 ans à Noël.
Là, présentement, je dirais que j'ai plutôt une quarantaine d'années dans ma tête. Et il m'arrive d'être très très vieille au travail. Ah oui, d'accord.
Et là, vous devez partir parce que vous avez une réunion très importante. Oui, c'est souvent...
Avec des Allemands ? Oui, c'est vrai. Il y avait des copains de la Deutsche Welle.
D'accord. C'est plutôt des copains, je dois dire. C'est quoi la Deutsche Welle ?
C'est France Médiamond de version allemande. Ah oui, d'accord. BBC World de version allemande.
Alors c'est vos concurrents ? Non, on travaille beaucoup ensemble. Oui, d'accord.
On travaille très bien, on a les mêmes valeurs. Et l'Europe est attaquée. Et l'Europe, c'est là où on habite.
Il faut défendre l'Europe. Bien sûr. Et l'histoire de l'Europe.
Et l'histoire de l'Europe. La civilisation ! Les valeurs.
Quand on dit civilisation, c'est réact. Valeurs, c'est bien comme mot. Valeurs.
Merci infiniment, Marie-Christine Saragosse, d'être venue perdre du temps ici, entre deux rendez-vous importants. Je vous ordonne à tous de lire ce portrait de femme libre et d'une mère. Et c'est vraiment un livre émouvant, mère forte à...
Je n'arrive pas à le retenir par cœur. Et voilà, parce que c'est la météo et c'est tout un art d'être Miss Météo. Mère belle à forte au large.
Je ne serai jamais Miss Météo. J'en suis très déçu. Chez Calman Lévy.
Et je vous le dis chaque semaine, mais vous le savez, lisez des livres. Sinon, vous mourrez idiot. Et c'est une certitude.
Bonsoir. Bonsoir.