ZYED ET BOUNA : 20 ANS APRÈS, LES JEUNES PRENNENT L'ASSEMBLÉE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Le 27 octobre, 20 ans après la mort de Z Debouna, une partie de la classe [musique] politique et médiatique s'est réveillée de sa petite sieste pour se demander alors où est-ce que ça en est la relation entre la police et les jeunes ? débat, tribune, plateau télé, chacun y est allé de son analyse. Pour cette occasion, le député du 93 [musique] Ali Diuara a convi à l'Assemblée nationale ceux dont on parle toujours mais qu'on écoute jamais pour qu'ils décrivent eux-mêmes leur réalité, leur quotidien face aux forces de l'ordre et ce que 20 ans de promesses non tenues ont laissé derrière eux.
Il y a pas rarement des manifes où on n'est pas ciblé par la police, on n'est pas tapé par la police. Je me suis fait balayer, c'est le cas de le dire, par la police parce que j'avais un masque, vous savez, Covid pour me protéger de cette violence policière, de leur gaz et et des lacrymogènes. Et au final, je me suis retrouvée à me prendre beaucoup de coups de matraque.
Ils m'ont mis des serflex aux mains. Pendant 1 heure, j'étais sous le cardère à attendre. Et lors du contrôle, j'ai demandé à un policier si je pouvais aller au travail.
Ça peut si on pouvait me libérer parce que je devais aller au travail, j'allais être en retard. Et à ce moment-là, le policier vraiment euh vraiment ça lui est venu comme ça sans sans aucune raison. il m'a il m'a il m'a mis il m'a giflé, il m'a mis des il m'a mis des coups, il m'a violenté, il m'a menacé et tout ça euh vraiment sans que je demande mais j'ai eu la chance à ce moment-là, c'est que ça a été filmé donc par un ami à moi mais aussi par sa caméra piétonne.
Et du coup euh là où j'ai vraiment pris conscience que je devais aussi même après cette histoire parler, raconter mon histoire et bien c'est que euh le soir même et le lendemain quand j'ai été déféré, ben j'ai failli aller en prison en fait. J'ai failli aller en prison puisque moi ma voix elle a pas été écoutée. C'était celle des policiers et ils ont complètement menti même leurs collègues.
Etth et j'ai failli aller en prison puisque j'ai été en comparaison immédiate pour violence, rébellion, tentative d'enlever une plein de choses. Et et à ce moment-là, j'ai eu peur. J'ai je me suis bah j'ai vu que c'était une injustice et bref.
Donc j'ai réussi à grâce à ces vidéos et à tous les personnes mobilisées à esquiver un peu la prison pour une chose que je n'avais pas commis, j'avais rien fait. Et euh et après tout ça, oui, il y a eu des l'aspect tout psychologique tout ça, mais ça c'est je le mets je le mets à part vraiment. Moi aujourd'hui, je parle parce que il faut que les jeunes prennent conscience.
Ça m'a quand même glacé un peu le le sang. En gros, c'était euh son grand frère qui avait subi une perquisition de la police et la police du coup, elle avait vu des les photos de sa maman accroché au salon tout simplement. Et le policier, tenez-vous bien, parce que c'est c'est une ce qu'il a dit.
Le policier il a dit "Moi, ta mère tu la vois, moi je la viole, je la tue, je la je l'enterre, je la déterre et je la reviole." C'est littéralement ce qu'il a dit. Et c'est en fait là aujourd'hui le jeune n'arrive plus à sortir.
Je ms par c'est en 2009, il a pas mon âge mais moi j'ai un petit frère, c'est son ami tout ça et en fait c'est des choses ça choque mais c'est vraiment ce qui se passe en fait parce que les gens ils osent pas parler en fait. On est aujourd'hui, on est venu du coup dénoncer en fait ce qui se passe dans notre ville, dans nos quartiers, dans notre département qui est le 93. En fait, il y a un harcèlement au quotidien de la police.
C'estàdire qu'en gros, si c'est pas la Bravem, sera la municipale. C'est pas la municipale, c'est la nationale. Après, c'est la BAC.
Et en fait, c'est on a l'impression en fait que c'est toute la journée, c'est comme ça. En fait, on sort, on sait comment se faire contrôler mais on a pas le choix. On doit sortir, on doit aller en cours, on doit je sais pas, on se promène tout ça.
On a on a pas le choix. Ça m'est arrivé à moi, des amis à moi de Masté, on s'est fait contrôler trois quatre fois dans la même journée par les différentes équipes de police et c'est constant en fait. C'est comme ça tous les jours.
Alors je me présente madame Saunera, la maman de Saunera qui a une bé policière le 14 juillet à Goness. Donc euh je ne sais même pas qu'est-ce que je dois dire parce que le jour des jours mon fils il est traumatisé et il dort pas la nuit. C'est pas l'enfant seulement, c'est toute la famille.
Et en 2013, on a eu le même bavi policière aussi et jusqu'à aujourd'hui sans suite. Donc il faut que ça s'arrête. On est des humains.
Quoi que soit la couleur de la peau, c'est pas ça qui compte. Ce qui compte, c'est l'homme qui compte. C'est pas la couleur desp qui compte.
Je vous remercie. [applaudissements] En fait, moi j'aimerais que tu parles de l'impact aussi au niveau de la famille parce qu'aujourd'hui bah c'était en juillet comme elle l'a dit et jusqu'à l'heure actuelle bah elle a également des problèmes de santé. Euh mais elle a des traumas et j'aimerais bien que tu parles de de ça aussi de ce que tu ressens.
Parce qu' en vrai quand il y a un jeune qui est qui est victime de bavure policière euh il y a toute la famille aussi qu'on évoque pas et dont les mamans. Euh donc cette maman aujourd'hui, elle est là pour témoigner parce que justement son fils, il a 17 ans, aujourd'hui il a arrêté l'école, il est déscolarisé euh parce que il a dû partir à en Provence pour pouvoir s'éloigner de garge parce que en Provence voilà, il avec sa sœur. Mais voilà, aujourd'hui Ali il est déscolarisé, il fait des cauchemars, il est pas bien, il a vu un psychologue grâce à à l'iduara mais la maman aussi aujourd'hui a pas de suivi en fait et ça c'est important de le dire vraiment il y a un impact au niveau de la maman, du papa et des frères et sœurs.
Surtout que c'est pas la première fois qu'elle m' disit en 2013 euh ils ont été victimes de bavur policière. Ali avait 5 ans et la police l'avait traité de de singe. Donc voilà, Ali aujourd'hui il est ben il est en panique dès qu'il voit à proximité un policier.
Tout à fait. Je suis totalement d'accord parce que quand on traite un enfant de 5 ans de des de singes des macaques et euh rentre dans ta chambre et l'enfant il est traumatisé depuis à l'âge de 5 ans et aujourd'hui il a 17 ans et il a peur de sortir et euh il est couché à la maison à rien faire et c'est du traumatisme. Donc comme je disais, il y a pas que Ali qui est traumatisé, c'est toute la famille.
C'est toute la famille qui est traumatisée de cette affaire là. Donc on est des humains, il faut il y a des bons il y a des il y a des bons policiers, on met pas tous le les policiers dans le même panier. Il y a des bons, il y a des mauvais malheureusement.
Et euh voilà pour lui aujourd'hui. Pourquoi la police ils m'ont frappé ? Pourquoi ?
Pourquoi ils m'ont fait ça ? Ben et c'est c'est tout ce qu'il arrête de il n'arrête pas de me dire pourquoi maman ils m'ont tapé. J'ai dit je ne sais pas.
Donc on demande la justice que la justice soit faite. Merci beaucoup. [applaudissements] Je vais vous permettre de de rebondir sur pour revenir sur le cas de d'Ali, je remercie vraiment la la maman de sa présence que j'avais vu en en juillet dernier.
Euh et il y a il y a deux questions qui qui sont posées. Bien évidemment, la question de savoir pourquoi Ali et comme tant d'autres jeunes sont encore violentés, humilié, tapé parce que et moi quand j'ai vu Ali, je lui ai posé la question, je lui ai dit il y a des tâes ce jour-là et d'autres et Carlos mon collègue et je lui ai dit "Mais qu'est-ce que tu penses de tout ça ?" Et il m'a répondu "Franchement je sais pas, on verra on verra." et il voulait pas répondre et il voulait pas parler.
Et après on discuta avec sa sœur et souvent c'est le cas pour nous autres en synd partout. Euh je pense qu'il y a il y a il y a un sujet qu'on qu'on traite pas assez, c'est la question de la santé mentale face à ça. Un traumatisme lorsqu'il est ancré, il modifie la perception, la façon de penser, la façon de s'exprimer et la façon surtout de vivre un événement traumatique.
Là, on a euh une maman qui est traumatisée, donc on prend pas en compte tout ce qui est des répercussions psychologiques que la police vraiment cause dans les familles. Moi par exemple, je suis grande sœur, j'ai des petits frères et tout le comportement familial et toute l'éducation familiale, elle est centrée autour de la police. Les gens sont traumatisés.
On ne laisse plus sortir les petits, on devient extrêmement strict. Les enfants aussi grandissent dans cette peur là qui est constante. Et la peur, elle devient transgénérationnelle.
Elle est transgénérationnelle. Et si on trouve pas de solution immédiatement pour rompre cette hémorragie de crainte, elle risque de se poursuivre et de continuer de génération en génération. On a peur d'aller faire un petit tour en voiture le soir avec nos amis.
On a peur de devenir militant. On a peur d'aller en manifestation et euh et la peur en fait comme comme le jeune homme l'a dit au début, elle se transforme en haine. On on a peur pour nos frères, on a peur pour nos pères et maintenant on a peur pour nous. [musique] La peur a fini par devenir une éducation.
Elle a redéfini les rôles. Les garçons grandissent comme des cibles. Les mères et les sœurs comme des sentinelles.
Dans les foyers, la méfiance a remplacé la confiance. Il s'appelait Naë, il avait 17 ans. Cet adolescent a été tué par un policier ce matin à Nanterre en banlieu parisien.
Alors quand ça arrive, quand un autre enfant se fait tuer, la peur se transforme en colère, en cri, en flamme et [musique] la classe politique s'étonne. Moi, je pense qu'il y a un enauvagement de la société. Ce gamin a 17 ans au à la voiture d'un volant à au volant d'une voiture pardon et qui refuse de tempérer avant évidemment de mourir qui refuse d'obtempérer avec un casier déjà long et très connu des services de police.
Il y a peut-être un moment où c'est le sauver aussi que de réinstaurer une autorité. Il nous parle de problèmes avec l'autorité, d'ensauvagement, de quartier à reconquérir. Mais cette génération, ça fait 20 ans qu'elle écoute.
Elle connaît leur discours, leur rhtorique. Elle sait analyser, comprendre et surtout répondre. Répondre politiquement. quand le ministre de l'intérieur vient sur un plateau télé qui est dirigé aussi par des gens d'extrême droite et qui nous dit clairement on les encercle et on les tape ou c'est vrai avant de se reprendre tout de suite mais on sait ce que tu as voulu dire tu nous enles et tu nous tapes tout est motivé par le racisme avant de se battre contre la police et contre son institution le combat c'est aussi contre l'extrême droite et c'est ça qui reste important aussi ça mérite quand on parle de police de proximité parce qu'en fait on dirait qu'on est des singes en cage.
On a besoin d'être discipliné, on a besoin d'avoir des gens qui viennent discuter avec nous, mais tant qu'il y aura pas assez d'éducateurs spécialisés dans les quartiers, tant qu'il y aura pas tout le nécessaire sur l'aspect psychologique et psychiatrique dans les quartiers et puis ma foi, tant que les écoles elles tombent elles arrêteront de tomber en ruine, tant que dans nos hôpitaux, on fait pas 10 heures de queue pour être soigné, moi je pense que la police de proximité ça n'a pas lieu d'être aujourd'hui. étant donné que dans le dans les médias, dans des instances, dans des institutions, on arrive à dérouler un discours qui consiste à déresponsabiliser un maximum des adultes, c'està-dire des gigas d'arons qui vont aller taper des gosses de 12 ans et les maltraiter. Pour moi, je je vraiment entendre "Oui, mais peut-être qu'il y a des craintes et peut-être que en fait il c'est les stéréotypes qui c'est leur taf, c'est pas leur taf d'aller enfin c'est pas leur taf.
En réalité, si parce que depuis tout à l'heure, on parle de réforme euh de l'institution policière et cetera. Mais pourquoi elle est là cette institution ? Si on dit qu'on devrait mieux les former, mieux les former à quoi ?
C'est quoi leur leur but ? Quel est leur leur euh mission leur mission dans nos quartiers ? Et clairement leur mission, c'est de maintenir cet ordre là.
En fait, leur mission n'est pas de protéger ces jeunes. Leur mission c'est de leur montrer quel est leur c'est de leur Ouais. de leur dire tous les jours quelle est leur place dans la société.
Et pour terminer, parce que beaucoup de personnes posaient la question de savoir pourquoi il n'y a pas de policiers présents, tout simplement parce que je les ai pas invités. Tout simplement parce que je les ai pas invité. [applaudissements] discours pas et là aujourd'hui la parole c'était la parole aux jeunes, c'était la parole aux victime, c'était la parole à la cité, à la rue.
Le simple fait que vous soyez là, le simple fait que vous soyez là, euh que vous veniez massivement, que la salle soit remplie sur un sujet aussi important que que celui-là, pour moi, c'est un sujet sociétal, et ben je pense que ça va faire avancer les choses. Ce qu'il s'est passé ce soir-là à l'Assemblée nationale, c'est quelque chose qu'on avait pas vu depuis longtemps. Des jeunes, des mères, des sœurs qui ont pris la parole [musique] là où d'habitude on parle à leur place.
On les a exclus du récit, mais [musique] ils en sont devenus la preuve. La preuve que même 20 ans de mensonge ne peuvent [musique] effacer la mémoire de la banlieu. Ce soir-là, Zed et Buna était parmi nous dans la conscience de cette génération qui ne demande [musique] ni charité ni pitié, juste la vérité. [musique] Et la vérité ce soir-là, c'est que ces jeunes connaissent mieux ce pays que ceux qui le dirigent. [musique] [musique] [musique]
Aly Diouara