Budget, crise agricole: l'interview de Sandrine Rousseau en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous êtes députée Europe Écologie-Les Verts. Merci d'être en direct avec nous. Je sais que vous êtes à l'Assemblée nationale parce qu'on continue d'examiner le budget 2025. C'est le troisième jour où les députés se penchent dessus. Juste avant d'évoquer le budget, Sandrine Rousseau, j'aimerais avoir votre avis sur cette colère du monde agricole, la possibilité d'un nouveau mouvement social. Est-ce que vous comprenez la grogne qui remonte chez les agriculteurs ?
Oui, mais parce qu'aucun des problèmes n'a été réglé lors de la précédente crise puisqu'il parle de revenus, il parle de prix décent des produits qu'ils fabriquent et qu'ils font pousser, qu'ils récoltent dans leurs champs ou dans leurs élevages et qu'en fait, c'est incompatible avec un monde de concurrence libre et non faussée, d'un monde de spéculation. C'est incompatible. Donc en fait, il faut considérer les produits agricoles en dehors d'un champ concurrentiel et même, j'ai envie de dire, en dehors du marché. C'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait des prix planchers et il faut que les revenus soient assurés pour les agriculteurs et particulièrement pour ceux qui ont de petits revenus.
Là, on va commencer l'étude du budget sur la partie dépense des recettes et il y a par exemple une mesure pour améliorer les retraites des agriculteurs. Aujourd'hui, il y a une incertitude sur la date d'application de cette réforme pour les agriculteurs entre 2026 et 2028. Ça va changer considérablement les conditions de départ en retraite des agriculteurs. Donc en fait, rien n'a été réglé pendant la crise agricole. On a fait des annonces, on a enlevé une ou deux normes, mais à la fin, le monde agricole ne s'en est pas trouvé ni conforté, ni rassuré, ni enrichi d'aucune manière.
Justement, j'aimerais avoir votre avis sur une proposition qui a été faite par l'ancien ministre de la Santé, Frédéric Veltou, qui a proposé une taxe sur les produits transformés basés sur leur teneur en sucre. Donc plus une boisson contient du sucre, plus elle sera lourdement taxée. La ministre de l'Agriculture a dit « Bah oui, pourquoi pas ? » En fait, je trouve cette idée intéressante. Et elle ajoute « Les recettes de cette taxe pourraient aller vers l'agriculture. » Est-ce que c'est un amendement que vous pourriez soutenir, quitte à charger la barque davantage pour les Français ?
Oui, bien sûr, parce que ce sont des produits qui, par ailleurs, ont des effets extrêmement nocifs sur la santé. Après, la question, c'est à quels agriculteurs ça va. C'est toujours pareil. C'est que si c'est à l'image de la PAC favorisant les exploitations les plus importantes, les plus industrielles, ça sera non. Si c'est pour aider les petits agriculteurs, alors ce sera oui. Mais voilà, c'est toute l'ambiguïté de la politique gouvernementale qui nous parle de petits agriculteurs du matin au soir. Dans la bouche de tous les ministres de l'agriculture, il y a le mot « petit agriculteur ».
Mais la réalité, c'est que pour l'instant, ils n'encouragent que la très grande agriculture, la plus industrielle, la plus intensive. Et il y a vraiment un jeu de fauné, un jeu de mensonge, un jeu de cynisme même de la part du gouvernement vis-à-vis du monde agricole. Donc oui, leur colère est légitime. Maintenant, j'entendais que la question, c'était... Et la colère se tourne vers les normes environnementales. Moi, je dis les normes environnementales ne sont pas le sujet. Et au contraire, elles doivent protéger les Français et Françaises. Elles doivent protéger les agriculteurs. Elles doivent protéger ceux qui mangent les produits, mais aussi les nappes phréatiques.
Enfin, ce sont nos maladies de demain. Donc il n'est pas question de revenir là-dessus.
Cette proposition, elle sera discutée à l'Assemblée nationale comme des centaines et des centaines d'amendements. Ça sert à quelque chose, ce débat parlementaire ?
Voilà, c'est vraiment... On vit ici, dans l'Assemblée nationale, une espèce de pièce de théâtre mauvaise. Et pour la première fois, le Premier ministre et le gouvernement ont une stratégie différente d'Elisabeth Borne ou Gabriel Attal. C'est-à-dire qu'ils ne passent pas par des 49-3. Moi, je pense qu'ils ne vont pas recourir aux 49-3. Je pense qu'ils vont nous occuper. Donc là, il y a la commission des finances qui travaille en même temps que la commission des affaires sociales, qui travaille en même temps que l'hémicycle. Donc on court dans tous les sens pour essayer de voter. Ça n'a aucun sens.
Et je pense qu'ils veulent faire durer les débats pour qu'en fait, le texte s'arrête, puisqu'il y a un délai d'étude du budget. C'est un petit peu technique. Mais au bout de 40 jours, il passe au Sénat. Et s'il n'est pas voté, il passe en l'État au Sénat. Donc je pense qu'ils vont essayer d'occuper les parlementaires pendant 40 jours, selon une stratégie que moi, j'appelle la stratégie du bruit du frigo. C'est-à-dire qu'ils mettent des débats partout, en commission des affaires sociales, en commission des finances, partout, partout. Là, il y a des débats, il y a des réunions en même temps. Et en fait, c'est le bruit du frigo.
C'est-à-dire qu'on n'entend plus rien, du coup, puisqu'il y a des débats partout.
C'est-à-dire, en gros, si je vous comprends bien, vous dites à Michel Barnier, bon, arrêtons cette pièce de théâtre et dégainez tout de suite le 49-3.
Mais ne soyez pas hypocrites. Ne soyez pas hypocrites. Et ne prenez pas la représentation nationale pour des imbéciles. C'est ça que je lui dis à Michel Barnier.
Je reviens vers vous dans un instant, Sandrine Rousseau. Sur le fonctionnement, sur ce qu'était en train de dire Sandrine Rousseau, elle dit, voilà, ne soyons pas hypocrites. Est-ce que, de toute façon, le scénario peut se terminer autrement que par un 49-3 ?
Oui, il peut se terminer autrement que par un 49-3. C'est très enlisé, mais il y a un petit espoir quand même qu'à un moment donné, les deux parties, si j'ose dire, gouvernement et parlement, cherchent une autre solution. La solution, ça peut être, à un moment donné, de faire une commission mixte paritaire. Parce qu'en effet, en première lecture à l'Assemblée, ça va dépasser les délais, ça va s'enliser. S'il n'y a pas de 49-3 tout de suite, et j'espère qu'il n'y en aura pas, ça va partir au Sénat inachevé. Le Sénat, lui, va faire un travail plus homogène parce qu'il y a une majorité. – Donc il y aura un vote positif au Sénat ?
– Il y aura un vote positif sur un budget qui sera le budget du Sénat.
– Et ensuite, commission mixte paritaire ? – Commission mixte paritaire.
Sur cette base du Sénat, si chacun arrive avec des concessions, si chacun arrive avec des propositions acceptables pour les autres, négociables, ça peut aboutir. Regardez hier sur, par exemple, le fait de pérenniser la surtaxe sur les ménages les plus aisés. Le modèle est venu avec la gauche. Sur d'autres aspects, peut-être qu'il y aura d'autres consensus qui se trouveront. – Ça permettrait au Parlement de dire aux Français, vous voyez, on a compris votre message, on travaille ensemble. On n'a pas de majorité, on n'est pas d'accord sur tout, on n'est même d'accord sur pas grand-chose. Mais il faut un budget à la France et on l'a donné.
L'autre solution pour éviter le 49-3, mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne solution, c'est d'aller au terme du débat. Et puis vers Noël, le gouvernement constatera que le Parlement a épuisé son temps, que la France n'a pas de budget. Et on appliquera la règle administrative, c'est-à-dire le budget 2025, ça sera le budget 2024, reconduit. Mais là, je pense que Bruxelles, les marchés financiers, les observateurs internationaux vont nous le faire payer.
– Sandrine Rousseau, vous accusez le camp gouvernemental de faire traîner les débats pour qu'il n'y ait pas de vote à la fin à l'Assemblée nationale. – Voilà, vous parlez d'hypocrisie. Le fait est qu'en commission des finances, il y a eu une discussion parlementaire. Les députés n'ont pas été capables. Et pourtant, il y a un tas d'amendements qui ont été votés, des amendements soutenus par le NFP. Le fait est que les députés n'ont pas été capables de se mettre sur ce projet amendé. Et encore une fois, chacun a campé sur ses positions.
– Alors non, c'est tout à fait faux. Déjà, je reviens sur Michel Barnier. Ce dont je l'accuse, c'est de transformer l'Assemblée nationale, qui est le cœur battant de la démocratie française, en un espèce de brouhaha qu'on n'entend plus, qui devient inaudible. C'est pour ça que je parlais de bruit du frigo. Sur le budget, ce qui s'est passé est tout à fait différent de ce que vous dites. C'est que nous avions gagné des amendements pour connoter ce budget et pour faire en sorte qu'il soit plus juste, qu'il soit plus ancré et plus conforme au vote des Français du 7 juillet dernier.
Et puis, ça n'a pas plu et ça n'a pas convenu à Michel Barnier, qui du coup a enjoint ses troupes, a demandé à ses troupes de ne pas voter le budget. Alors que nous avions finalement trouvé un compromis...
Le RN non plus n'a pas voté le budget.
Oui, mais enfin, le RN, on ne sait jamais ce qu'ils votent à l'avance. Alors eux, ils changent de stratégie d'un jour à l'autre. On ne comprend rien à ce qu'ils font. Mais là, en tous les cas, si la majorité avait dit « Ok, c'est le travail parlementaire, on respecte, il y a des amendements qui sont passés, ils ne nous plaisaient pas au départ, mais c'est le jeu de la démocratie », le budget passait. Le budget passait. Et en fait, ils ne le veulent pas. Donc, ce qu'ils font, c'est qu'ils vont s'appuyer sur le Sénat, qui bien sûr est beaucoup plus à droite que l'Assemblée nationale.
Et donc, ils vont occuper les parlementaires ici à l'Assemblée, ils vont occuper les députés, jusqu'à ce que le texte soit obligé de passer au Sénat. Le Sénat est plus à droite.
Grosso, on a quand même l'impression, vous-même, vous parlez de pièce de théâtre, on a quand même l'impression que dans cette pièce de théâtre, chacun sait exactement le rôle qu'il a à jouer, la partition qu'il a à faire, et chacun campe sur ses positions et reste dans son couloir.
Non, ça n'est pas vrai. Là, j'ai passé de la journée, et la journée d'hier encore en commission des affaires sociales, nous avons voté des amendements qui n'étaient pas de notre camp. Et nous les avons votés parce que nous estimions qu'ils étaient pertinents. Donc non, ça n'est pas vrai. Et je ne vous laisserai pas développer ce discours-là, parce que ça n'est pas vrai. Nous faisons des efforts pour voter avec l'IOT, avec le Modem, sur les amendements qui sont les plus pertinents. Et en fait, c'est ça, le travail démocratique. Et c'est cela que refuse absolument le gouvernement de Michel Barnier.
Après, vous votez des amendements. Effectivement, vous avez raison. Vous avez voté un amendement. On entend la sonnerie du côté de l'Assemblée nationale.
Ça veut dire qu'il faut qu'on y retourne.
On a encore quelques minutes. On peut vous garder encore quelques minutes, Sandrine Rousseau ? Oui, oui, oui. Vous avez voté, vous avez raison de le dire. Vous avez voté un amendement qui a été déposé par le Modem. Un amendement qui va pour que la surtaxe pour les plus riches soit imposée de manière permanente. Alors que le gouvernement avait dit que ce sera éphémère, ce sera pour trois ans. C'était d'ailleurs l'argument du gouvernement de dire, voilà, il y a une contribution, il y a un effort qui est demandé, mais c'est exceptionnel. C'est marqué dans une durée. Le fait est, d'accord, certes, cet amendement, il vient du Modem, mais il l'empêche, ça va dans votre sens.
Ça va dans le sens du discours du NFP.
Oui, mais enfin, il ne vient pas du NFP, il vient du Modem. Donc ça veut dire que le Modem comprend ou souhaite qu'il y ait là une modification de la politique qui est menée jusqu'à présent. Bon, ben, je veux dire, le Modem, ils ont le droit d'avoir cette envie-là et ce programme-là, en fait. Et là, de fait, nous avions trouvé des majorités. Vraiment, et j'insiste sur le fait que nous jouons le jeu de la démocratie, c'est-à-dire nous sommes tout à fait loyaux. Si un amendement nous semble être opportun auquel nous n'avions pas pensé, nous le votons. C'est ce qui s'est passé pour le Modem. Et inversement, d'ailleurs, le Modem vote certains de nos amendements.
Liotte vote certains de nos amendements. Donc, en fait, là, une majorité se dessine en réalité à l'Assemblée nationale, mais une majorité qui semble presque insupportable au gouvernement, puisque nous avions obtenu un compromis sur le volet recette du budget de l'État. Et Michel Barnier a dit à ses députés ne le votez pas. Donc, voilà, je veux bien qu'on soit responsable de tout, tout le temps. Mais là, en l'occurrence, nous avons joué le jeu vraiment de manière tout à fait honnête et sincère de la démocratie. Nous l'avons fait sans idéologie et sans parti pris, mais forcé de constater qu'il n'y a pas de volonté de trouver de compromis ici.
Et forcé de constater qu'il y a la volonté de remplacer l'Assemblée nationale par cette espèce de brouhaha insipide et de faire du Sénat le centre de la démocratie. Ce qui est plus grave, parce que c'est plus à droite, ça ne correspond pas au vote des Français. C'est tout. C'est aussi simple que ça.
– Sandrine Rousseau, Jordan Bardella n'a pas exclu de censurer le gouvernement s'il passait par un 49-3. Est-ce que vous pourriez voter une motion de censure déposée par le RN pour faire tomber le gouvernement ?
– Mais imaginez-vous que s'il y a un 49-3, de toute façon, il y aura plusieurs motions de censure, comme à chaque fois. Donc voilà, on votera la motion de censure. Alors moi, je ne voterai pas celle du RN, mais on votera une motion de censure. S'il y en a une de déposée, que ça soit du modem, de l'IOT, voilà. – Mais si c'est du RN, vous ne la voterez pas ? – Non, parce que pour moi, l'arc républicain s'arrête au RN et qu'il y a d'autres choses à trouver. Il y a un autre fonctionnement démocratique à trouver en dehors du RN, dans les forces démocrates. Et qu'en fait, ce serait ça aujourd'hui, la responsabilité démocratique. Mais manifestement, ça n'est pas la volonté.
– Mais est-ce qu'en revanche, vous appellerez les élus du RN à venir soutenir votre motion de censure ? – Non. – Parce que sans les voix du RN, votre motion de censure ne passera pas et vous ne ferez pas tomber le gouvernement.
– Mais bien sûr que si, on peut le faire tomber. Regardez, Jérémy Yordanoff, il a été élu vice-président de l'Assemblée nationale sans les voix du RN. Ça n'est pas vrai. On peut très bien gagner des choses sans les voix du RN. Et nous n'appellerons pas le RN à voter avec nous. Après, c'est eux qui feront leur politique et ils décideront indépendamment de nous. Mais moi, personne chez nous n'appellera les voix du RN. Mais Jérémy Yordanoff, hier, a gagné.
– D'accord, Sandrine Rousseau, mais si vous n'avez pas les voix du RN, vous allez avoir besoin des voix du MoDem, vous allez avoir besoin d'une voix d'une partie de la Macronie pour faire tomber le gouvernement.
– L'élection de Yordanoff, elle a été possible parce qu'il y avait plusieurs candidats. Une motion de censure, c'est on vote ou on ne vote pas. C'est la motion de censure Liott qui pourrait totaliser les soutiens de Liott. Le RN et vous ?
– Absolument, comme la dernière fois. La motion de censure de Liott était parmi celles qui avaient le plus de chances. Et je voterai la motion de censure de Liott. Donc en fait, là, ce qui se passe dans l'Assemblée, c'est que rien n'est écrit d'avance. Tout se fait un peu en fonction des textes et en fonction des circonstances. Mais il n'est pas vrai. Et vraiment, ça, je m'oppose en faux de dire que la gauche ou le MoDem ou quoi, nous dépendons du RN. Ça n'est pas vrai. Je sais que leur nombre de députés a augmenté. Et je respecte les Français qui ont décidé de cette composition-là. Mais nous n'avons pas besoin d'eux pour faire des compromis à l'intérieur de l'Assemblée nationale.
– Vous êtes claire sur la motion de censure. C'est un peu moins clair à gauche, je parle, j'entends, du côté du NFP. Quant à la proposition d'abrogation de la réforme des retraites qui sera déposée par le RN dans le cadre de la niche parlementaire le 31 octobre, Fabien Roussel a dit aujourd'hui que s'il était député, il voterait cette proposition de loi. Il dit d'accord, il y a une imposture du RN. Jean-Luc Mélenchon dit lui que c'est une arnaque. Mais Fabien Roussel dit, il y a un moment donné, il faut aussi faire passer l'intérêt général des Français. Et on ne peut pas dire qu'on a combattu pendant des mois et des mois contre cette réforme des retraites et ne pas la voter.
– Sauf que la proposition de loi du RN, même si elle était adoptée à l'Assemblée nationale, ne passerait pas au Sénat. Puisqu'il n'y a pas de député RN, de sénateur RN au Sénat. Donc en fait, tout cela n'est encore une fois qu'une pièce de théâtre. Et nous avons étudié ce texte en commission ce matin. Il y a un vote qui est sorti de cette commission. C'est une loi qui est en partie amputée, qui est sortie de la commission des affaires sociales. C'est-à-dire qu'il y a des articles qui en sont sortis vidés et transformés. Mais on verra ce qui va se passer en hémicycle. Moi, j'ai déjà, comme je vous l'ai dit sur la motion de censure, posé mon choix.
Mais c'est vrai que c'est une complexité parce que le RN a cette stratégie qui consiste à tendre des pièges et non pas à tenir une ligne. Moi, j'avais proposé un amendement...
Et alors, qu'est-ce que vous ferez, vous, le 31 octobre ? Vous ferez quoi ?
Mais moi, je vous dis, moi, je ne la voterai pas. Vous ne la voterai pas. Mais je vous l'ai déjà dit et je le redis et je le redirai jusqu'à la fin. Moi, j'avais proposé un amendement en début d'étude du budget de la Sécurité sociale, demandant et la brogation, et une conférence de financement avec les partenaires sociaux. Le RN a voté contre. Donc, vous n'allez pas me dire que ce sont les défenseurs de la brogation de la réforme des retraites. Ce sont les défenseurs du bazar politique, ça oui, mais pas d'une ligne politique. Donc, c'est cela que nous allons faire.
Et par ailleurs, il y a d'autres niches qui arrivent ensuite, qui pourront réétudier la possibilité d'abroger la réforme des retraites. Je dis aux Français et Françaises quand même, parce que c'est très important, nous ne lâchons rien sur les retraites. Il faut bien entendre ça. Nous ne lâchons rien. Nous ferons tout pour abroger cette réforme.
Sandrine Rousseau, j'aimerais encore vous poser une question sur un dernier sujet, parce que je sais que vous êtes une fervente défenseuse des droits des femmes, des violences. Enfin, voilà, vous luttez contre les violences faites aux femmes. J'aimerais vous faire réagir sur l'affaire Nicolas Bedos. L'acteur réalisateur a été condamné pour agression sexuelle à un an de prison, dont six mois sous bracelet électronique. Un jugement inédit, injuste, choquant. C'est ce qu'a dit son avocate, qui était l'invité hier de BFM TV. On va l'écouter et vous pourrez réagir juste après.
Nicolas Bedos, il n'a pas été jugé pour ce qu'il a fait. Nicolas Bedos, il a été jugé pour ce qu'il est. Mais personne ne vous dira le contraire. Qu'est-ce qu'on cherche là ? On cherche l'exemplarité. D'ailleurs, sur votre plateau même et ailleurs, l'avocat de la partie civile est sorti de l'audience en disant « Ah, c'est une décision qui va faire œuvre pédagogique, c'est une décision exemplaire. » Mais depuis quand la justice vient piétiner les droits des accusés pour faire des exemples ?
A-t-il été condamné pour ce qu'il est, comme le dit son avocate, ou pour ce qu'il a fait ?
Je rappelle que cette avocate est payée par Nicolas Bedos pour le défendre. Donc évidemment, elle le défend. Et elle le fait d'ailleurs avec talent, puisque manifestement, un, vous la recevez, et deux, son discours a de l'écho, si j'en crois le nombre de personnalités qui se sont inquiétées de ce jugement. Déjà, moi, j'ai l'habitude de ne pas commenter une décision de justice, mais je dis quand même que dans le jugement qui a été rendu, il est dit que ce que le juge a voulu sanctionner, c'est la répétition des faits. Et je rappelle qu'il y a eu deux plaintes, l'une pour viol, l'autre pour agression sexuelle, qui n'ont pas été étudiées parce qu'elles étaient prescrites.
Donc en fait, je pense que le juge, il y avait quand même huit témoignages, il y avait deux parties civiles. Je veux dire, voilà, on peut évidemment défendre Nicolas Bedos, et c'est tout à l'honneur de son avocate que de le défendre. Il faut juste se souvenir que c'est son avocate.
Sandrine Rousseau, Nicolas Bedos est victime d'une addiction alcoolique. Il l'a reconnue, qu'il l'a menée à avoir ses comportements, ses actes, qui lui valent condamnation. Il a commis ce délit. Est-ce que vous lui diriez, comme vous avez dit hier pour le député Kerbra, « Soigne-toi bien, reviens-nous vite en forme ? »
Alors, il a des obligations de soins, donc ce n'est pas moi qui vais lui dire « Soigne-toi bien », c'est la justice qui lui impose de se soigner. Et par ailleurs, Andy Kerbra, à ma connaissance, n'a agressé personne et n'a pas eu de comportement de type harcèlement sexuel ou violence sexuelle. S'il en avait, d'ailleurs, je changerais de position. Si j'apprenais qu'il en avait, je changerais de position à son égard. Mais il a commis un délit en finançant un trafic de drogue.
Peut-être que l'argent qu'il donne à son dealer sert à acheter des armes de guerre.
Non mais, enfin, on peut tout mélanger. Et oui, la guerre au Proche-Orient, c'est lié à Andy Kerbra, on peut aller jusque-là. Mais enfin, à un moment, il faut juste rester raisonnable. Il se fait du mal à lui-même, ça c'est sûr, il n'y a pas de doute. Parce qu'en plus, à avaler des produits comme ça, qu'il trouve sur une station de métro dont on ne sait absolument pas la composition, je pense qu'il se fait beaucoup de mal à lui-même. Il se met en danger. Ça, il n'y a pas de doute. Raison pour laquelle je pense qu'il faut absolument qu'il entre dans un parcours de soins, qu'il aille voir un médecin, un addictologue, et qu'il sorte de ses addictions.
Et d'ailleurs, il a lui-même dit dans son communiqué de presse qu'il le faisait. Maintenant, il n'a pas commis de délit en dehors de sa propre santé et d'avoir acheté cette drogue. Moi, je dis, la consommation de drogue doit être décriminalisée, déstigmatisée. Par contre, la consommation de drogue ne peut pas être une excuse pour faire du mal à autrui. Ça, jamais. C'est aussi simple que ça.
Son dealer qui est mineur, est-ce qu'il ne lui porte pas tort en l'enfonçant dans cette criminalité ?
Ah ben si. Et d'ailleurs, c'est l'erreur qu'il a faite. Et c'est pour ça qu'il est condamné par la justice là-dessus. Maintenant, je rappelle qu'une addiction, ça fait faire... Voilà, on est prêt à tout pour acheter sa drogue. C'est le principe même de l'addiction. Et que oui, il a fait une bêtise là-dessus. Maintenant, moi, je voudrais qu'on change de regard sur la drogue. Parce qu'en France, nous n'avons aucune empathie pour les personnes qui se droguent, pour les personnes alcooliques, ou pour les personnes qui sont victimes d'addiction. On est au contraire dans un truc vraiment très sévère.
Moi, je voudrais juste dire aux 12 millions de personnes qui sont concernées par de l'addiction, nous avons de l'empathie pour vous. Nous savons ce que c'est d'être addict et d'être dépendant de cela. Vous avez besoin d'une politique de santé publique et pas d'injures ou d'humiliation. Merci.
Merci.
Sandrine Rousseau