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interviewSud Radio (sur YouTube)· 30 mars 2025 9 min

Quand Bruno Retailleau tente de dissoudre des groupes ultras de football

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Ils étaient des milliers à manifester hier dans les rues Saint-Étienne contre la dissolution possible de deux groupes emblématiques de supporter ultra du club local. Des banderoles qui ont été affichées un peu partout dans tous les stades de Ligue 1 et hier. Ne touche pas à mes copors liberté pour les ultras.

Pourquoi le ministère de l'intérieur engage une procédure de dissolution de ces groupes ultra ? On en parle avec notre invité Mathieu Zagrosski. Bonjour.

Bonjour. Soyez le bienvenu sur Sud Radio, Chercheur associé au centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales. Vous êtes spécialiste des questions de sécurité intérieure et notamment autour du sport.

Bruno Rotaillot qui part en guerre contre les supporters qu'il jugent ultra violent. Bruno Retaillot aussi qui fait publier des chiffres en qui montre qu'il y aurait de plus en plus de d'actes de violence en marge du football. D'abord, est-ce que c'est vrai ?

Oui. Alors après, enfin, j'ai j'ai pas regardé le le le rapport en question. Euh il y a effectivement un certain nombre d'incidents qui ont euh euh relativement sérieux, qui ont émaillé le football ces derniers mois et ces dernières années et qui ont marqué l'opinion et dans le cas de Saint-Étienne, il y a notamment l'envahissement du terrain face à Hauser il y a de cela de saisons au moment de la descente en de la descente en Ligue 2.

Donc il est indéniable qu'il y a un certain nombre d'incidents et certains encore une fois qui sont marquants autour du football. Bon, après la question est temps de savoir et je pense que c'est l'objet de notre de notre discussion si la dissolution d'association et est la solution à ce type de phénomène. Exactement.

À Saint-Étienne, notamment deux associations d'ultra, de grosses associations assez emblématiques. D'une part, les Magic Fans, d'autre part, les Green Angels sont visés par une procédure de dissolution. D'abord, il y a des précédents de dissolution d'association de supporters emblématiques.

Ça a été le cas à Nice avec la Brigade Sud. Ça a été le cas à Paris avec les Boulogne Boys. Quelles sont les conséquences d'une dissolution d'abord ?

Bah les conséquences d'une dissolution, c'est tout simplement que l'association n'existe plus. Quand on parle de dissolution, on parle de dissolution plus particulièrement de loi euh de comment dire d'association de loi 1901. Donc en fait le le groupe en question bah n'a plus de local, n'a plus la possibilité de s'organiser, n'a plus le droit en fait par exemple de déployer des banderoles euh affichant le nom de l'association.

C'est ce qui vous avait fait pardon référence au BL Boys en 2008. Effectivement, c'était au Parc des Princes et puis 3 ans plus tard, il y a eu le le enfin 2 ans plus tard, il y a eu le plan le Prou qui a dissou toutes les associations de supporters du Parissing-Germain et effectivement n'ont plus le droit de s'afficher de de s'afficher comme tel. Dans le casadre de Saint-Étienne, on parle quand même de des deux plus grandes en fait associations de la ville.

Quand je dis plus grande association de la ville, c'est pas du stade mais de la vraiment euh de la ville et de ses de ses environs. Sont les deux plus grandes associations de loi 1901. Exactement.

D'ailleurs, on va y revenir parce qu'elles ont un certain nombre d'actions extrasportives aussi, y compris sur le plan caritatif. Euh mais avant ça, vous avez cité ces deux exemples, les Boulogne Boys euh de la tribune Boulogne du Parc des Princes à Paris et euh la brigade sud de Nice. Euh c'est pas tout à fait pareil parce que les Boulon Boys ont complètement disparu du Parc des Princes, en tout cas en tant que groupe.

En revanche, la brigade sud à Nice a été remplacée par la populaire sud. Qu'est-ce qu'il y a comme différence entre la populaire sud qui existe aujourd'hui à Nice et la brigade sud qui existait jadis ? Bon, il y en a ou effectivement, il y en a pas vraiment le noyau ultra ni soit. existe existe toujours en fait la différence avec Paris c'est que à Paris la dissolution des associations c'est accompagné de mesures extrêmement restrictives notamment sur les achats de place et d'abonnement.

Autrement dit bon vous aviez à Paris deux tribunes rivales qui étaient Huteuil et Boulogne. Bon tout le monde tout le monde s'en souvient plus ou moins. En tout cas les gens qui s'intéressent au football alors non seulement les associations ont été dissoutes mais aussi la possibilité d'acheter dans les des places dans les deux tribunes a été rendue aléatoire.

Autrement dit, si vous vouliez aller en virage, vous ne pouviez plus dire "Je vais à Boulogne ou je vais à Hauteuil." C'est un ordinateur en fait qui tira au sort à votre place. Ce qui fait que ça a complètement dissuadé les anciens groupes de revenir.

Bah, pour la bonne et simple raison qu'il ne pouvaient plus se regrouper entre eux qui n'était plus les bienvenus au Parc des Princes. Sauf que ça, corrigez-moi si je me trompe, Mathieu Zagrotski, c'était une décision du club, le Parissing-Germain, pas une décision de l'État. Alors, disons que c'est une décision des deux.

Les les 10 dissolutions d'association de supporters, il n'y a que l'État qui peut le faire. C'est c'est pas un pouvoir que le club qu'un club a entre ses mains. En revanche, la politique de billetterie, ça c'est entre mains des clubs.

C'est en fait ça a été en fait un une mesure qui a été prise, une série de mesures prisees main dans la main entre l'État et euh et le club Parissing-Germain Football Club. Euh là, dans le cas de Saint-Étienne, on n'est pas du tout dans dans comment dire la même démarche puisque le club lui s'oppose à la dissolution des Magic Fans et des des Green Angel. Est-ce que ça signifie concrètement si je fais un peu de prospective que si le club reste proche de ses groupes ultras, imaginons que les deux association soi dissoutes d'autres secrets avec un autre nom au même endroit dans le stade et elles sont accompagnées comme à Nice et en d'autres termes elles renaissent.

C'est tout à fait imaginable. De toute façon, il faut se dire chacun des deux virages de Saint-Étienne, c'est environ 8000 personnes si je dis pas de bêtises. Ell elles vont pas s'évaporer à moins que vous ne preniez des mesures encore une fois d'interdiction individuelle de stade, ce qui est très compliqué et ce serait même illégal parce que bah l'immense majorité des gens qui font partie de ces ces associations n'ont rien à se reprocher.

Vous pouvez pas les les interdire leur interdire de venir de venir dans l'enceinte. Alors après, oui, l'État peut éventuellement euh s'opposer à une entre guillemets à une reconstitution de de ligue dissoute, en tout cas d'association euh euh dissoute. Mais là, on entrerait en fait dans une bataille juridique également médiatique euh qui serait pas forcément à l'avantage de de l'État parce que on voit bien alors même si on peut pas dire que l'opinion publique se soulève globalement contre les dissolutions d'association de supporters, ça laisse, je dirais ça laisse ça laisse le français le français moyen relativement indifférent.

Mais dans le monde du football, euh c'est ces mesures sont assez populaires euh parce qu'elles sont euh au mieux euh enfin au mieux c'est de l'affichage au pire c'est complètement ineffic. Alors il y a une dernière question que j'aimerais vous poser notamment parce que ça semble assez particulier au football. Vous vous l'avez dit vous-même l'immense majorité de c'est quoi 8000 personnes dans les deux virages du stade Geoffre Guichard ne sont pas des personnes violentes.

On a quand même l'impression quand on regarde l'encadrement sécuritaire des matchs de football que c'est l'un des seuls ps de la société. C'est un reproche souvent fait par les ultras mais me semble-t-il a raison où on pratique la sanction collective. Vous avez 10 types qui agitent des fumigènes.

Vous fermez toute la tribune avec les milliers de personnes qui sont dedans. Vous avez peut-être quoi 50 ou 30 personnes qui envahissent le terrain et effectivement se conduisent de manière très violente, sont condamnés et ben vous dissolvez toute l'association. Comment ça se fait qu'on tolère les sanctions collectives ou qu'on les pratique en tout cas sur le football ?

Ouais, c'est c'est une c'est c'est une c'est une vaste question. Elle est très intéressante, d'autant plus que ça ne se pratique pas chez nos voisins. Euh les les Anglais le font pas, les Allemands ne le font pas.

Alors ce je dirais il y a deux raisons à ça. La première, c'est celle que j'ai avancé il y a quelques instants, c'est qu'il y a une relative indifférence de l'opinion publique à cela. En fait, on s'est aperçu de l'existence des interdictions de stade de ce type de mesure au moment où Édouard Philippe il y a quelques années avait envisagé les interdictions de manifester notamment qu' au moment de la crise des gilets jaunes.

Ça c'est la première chose. La seconde chose c'est que euh idéalement faudrait appliquer des sanctions individuelles. Tout le monde est d'accord là-dessus.

Après l'identification des supporters qui vont allumer un fumégiène, qui vont commettre des incidents, prenons l'exemple de Marseille-Lon euh la saison dernière avec le jet de projectile contre le bus lyonnais et le l'entraîneur lyonnais qui est euh blessé au visage. On n' jamais retrouvé l'auteur. Donc le le problème c'est que souvent euh les gens ont le visage masqué.

On est dans un milieu, on dénonce pas euh ses ses camarades et donc souvent l'État se trouve un petit peu démuni et pour dire qu'il fait quelque chose euh par un par affichage et deux ben aussi par mesure de sécurité, se dit bah autant qu'on ferme toute la tribune ou qu'on interdise tel ou tel club de déplacement comme ça on prévient les incidents futur même si on n'est pas parvenu à retrouver les auteurs des actes commis. Après encore une fois, c'est vécu et à juste titre comme une grosse injustice par bah les centaines de ou les milliers de supporters qui sont venus et qui eux n'ont pas commis d'incident. Exactement.

On en reparlera en tout cas avec vous, pourquoi pas Mathieu Zagrotski ? Merci beaucoup. Je rappelle que vous êtes chercheur associé au centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales.