L'invité du jour : Philippe Juvin - 05/08
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Chapitres
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:49Invité politiquePromesse
« C'est une idée qu'il faut utiliser, qu'il faut appliquer. »
- 0:56Invité politiqueFait
« désormais on a un déficit qui est tellement important que toute une marge de manœuvre, au lieu d'aller dans les hôpitaux, l'éducation et la recherche, on les met, ces marges de manœuvre, dans le remboursement de la dette. »
- 3:57Invité politiqueFait
« La première dépense publique, ce n'est pas le train de vie de l'État, comme on le croit. Ce sont les retraites. »
- 4:09Invité politiquePromesse
« On ne travaille plus longtemps. On travaille jusqu'à 67, 68 ans. »
- 5:06Invité politiqueFait
« à cause de ses dépenses, que tout l'argent qu'on devrait mettre dans l'appareil productif, on le met dans des prestations sociales, des retraites, etc. »
Temps de parole
- Philippe Juvin63 %
- Présentateur29 %
- Locuteur 14 %
- Locuteur 24 %
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Vous écoutez RMC.
107 milliards d'euros, c'est le déficit de l'État juste pour le premier semestre de cette année. Ça explose comparé à l'an dernier. Alors le gouvernement pourrait ressortir une vieille recette. L'année blanche, le ministre des Comptes Publics, David Hamiel, a laissé entendre qu'il y était favorable pour 2027. Ça veut dire quoi l'année blanche ? C'est par exemple geler la hausse des prestations sociales. On ne l'indexe pas sur l'inflation. Même chose pour les pensions de retraite. Et puis pour le barème de l'impôt sur le revenu, ce qui permettrait de faire payer l'impôt à davantage de monde. Bonjour Philippe Juvin. Oui, bonjour. Merci d'être avec nous.
Vous êtes député LR des Hauts-de-Seine, rapporteur général du budget à l'Assemblée Nationale. Philippe Juvin, l'année blanche, c'est une bonne ou une mauvaise idée ?
C'est une idée qu'il faut utiliser, qu'il faut appliquer. Parce que le problème est le suivant, c'est que désormais on a un déficit qui est tellement important que toute une marge de manœuvre, au lieu d'aller dans les hôpitaux, l'éducation et la recherche, on les met, ces marges de manœuvre, dans le remboursement de la dette. Donc il faut, pour résoudre la question de la dette, dépenser moins et avoir plus de recettes. Pour dépenser moins, il y a plusieurs techniques. Une des techniques, c'est l'année blanche, c'est-à-dire qu'on met fin à l'indexation automatique de certaines dépenses. On dit que la dépense de 2027 sera la dépense de 2026. On ne l'augmente pas.
C'est valable pour les retraites, ça serait valable pour les prestations sociales, ça serait valable pour le barème de l'impôt, ça serait valable pour les subventions aux associations. Ce n'est pas très intelligent, mais c'est très efficace.
Une question, Philippe Juvin. Est-ce qu'il n'y a pas un effet pervers potentiel à l'année blanche ? C'est-à-dire que les prestations sociales ne sont pas indexées, on venait de le dire, les pensions de retraite, donc c'est moins d'argent pour les consommateurs français, et donc la consommation baisse, et c'est un peu le serpent qui se mord la queue.
Oui, alors vous avez raison, la seule discipline budgétaire, c'est-à-dire dépenser moins, ça ne suffira plus, elle peut même effectivement faire baisser la croissance par la baisse de la consommation, on l'a vu en Italie. Et donc, il faut accompagner tout ça simultanément de transformations structurelles, très radicales, très massives, par exemple, simplifier le cadre réglementaire pour stimuler la compétitivité des entreprises, le marché du travail, mobiliser l'épargne des Français, etc. Oui, ça ne suffit pas, mais aujourd'hui, on est vraiment dans une impasse, et si on ne baisse pas la dépense, on ne peut pas y arriver. Il faut baisser la dépense, et il faut augmenter les recettes.
Et Pierre Rondeau, notre économiste, est resté à mes côtés, Pierre. En ce qui concerne l'augmentation de la TVA, je crois que c'était une proposition qui avait été faite de la TVA sociale pour financer les mesures d'indexation des pensions de retraite sur l'inflation. Est-ce que c'est une chose, en tout cas c'est une idée sur laquelle on peut aller ?
Je pense que toutes les idées doivent être regardées compte tenu de la gravité des choses. Moi, je suis favorable, en fait, à une grande réforme, mais qui ne peut pas se faire très ponctuellement avec une recherche simplement d'efficacité budgétaire. Il faut que ça soit global et qu'on ait une réflexion sur les effets sur l'économie française. Je pense que l'augmentation de la TVA est une manière d'agir. Plutôt que taxer le travail, franchement, plutôt que taxer le travail, il faut mieux taxer la consommation.
Philippe Juvin, rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale, député LRD Hautsen, est avec nous. Une question, Victor Pourchet, pour vous, Philippe Juvin, qui nous parvient sur le WhatsApp de l'émission au 06 12 424 424.
Oui, parce qu'il y a un mot qui revient énormément, énormément dans les messages qu'on reçoit sur le WhatsApp d'RMC, notamment de Kevin, qui nous dit qu'on n'arrivera pas à combler ce trou béant sans toucher aux retraites. À quand une politique claire pour changer ce système de retraite ?
Votre interlocuteur a raison. Quand je dis qu'il faut baisser la dépense publique, il faut bien voir ce qu'est la dépense publique. La première dépense publique, ce n'est pas le train de vie de l'État, comme on le croit. Ce sont les retraites. Deuxièmement, c'est la santé. Donc, si on ne touche pas à la question des retraites, si on ne touche pas à la question de la santé, on ne peut pas baisser, en fait, significativement la dépense publique. Donc, comment on fait pour que les retraites coûtent moins cher à la collectivité ? On ne travaille plus longtemps. On travaille jusqu'à 67, 68 ans.
Moi, dès cette année, au prochain budget, je vais faire une proposition qui va consister à revenir sur le gel de la réforme des retraites qui a été décidée l'année dernière. Il faut absolument qu'on travaille plus longtemps. De toute façon, on voit bien qu'il n'y a plus d'enfants dans les écoles. Donc, expliquez-moi comment on va faire pour financer tout ça.
Vous connaissez parfaitement le sujet, Philippe Juvin. Le problème, c'est qu'en France, on n'arrive même pas à travailler jusqu'à 64 ans. L'emploi, enfin, le chômage des seniors, il est phénoménal.
Oui, mais moi, je vais vous dire, si on ne dit pas la vérité aux Français, en fait, on les trompe et on les emmène vers une grande paupérisation. Il y a 30 ans, il fallait une quinzaine d'années pour doubler son revenu. Quand vous commencez à travailler, au bout de 15 ans, vous doubliez votre revenu. Vous voyez, vous pouviez faire des projets, acheter une maison, etc. Aujourd'hui, il faut 140 ans pour doubler son revenu. Pourquoi ? Parce qu'en fait, la paupérisation du pays est telle, à cause de ses dépenses, que tout l'argent qu'on devrait mettre dans l'appareil productif, on le met dans des prestations sociales, des retraites, etc.
Donc, on peut effectivement faire l'autruche, mettre la tête sous le sable et dire, ça va bien se passer. Non, non, ça ne va pas bien se passer. Baisser les dépenses et augmenter les recettes, c'est-à-dire la productivité. Travailler plus aussi. Si on ne travaille pas plus, on ne peut pas non plus y arriver. Nous sommes le peuple de l'OCDE qui, quand vous prenez la population totale, en âge de travailler, vous la divisez par le nombre d'heures travaillées, nous sommes ceux qui travaillons le moins de toute l'OCDE. Donc, il faut travailler plus aussi.
Philippe Juvin, il y avait une réforme des retraites dans les tuyaux. Bonne ou mauvaise, en tout cas, il y avait une réforme des retraites dans les tuyaux. Elle a été suspendue, arrachée par les socialistes, en échange d'une non-censure du gouvernement. Est-ce que c'est ça, aujourd'hui, qui nous coûte très cher ?
Ça coûte très cher, oui. Et ça va coûter de plus en plus cher au fur et à mesure que les années passent. C'est pour ça que, dès cette année, je vais proposer de revenir sur cette suspension. Par voie d'amendement, je vais faire une proposition au budget. Après, de toute façon, je vais vous dire, celui qui vous dit qu'on peut ne pas travailler plus longtemps, en fait, quel que soit le processus qu'il choisira, il vous ment. Il vous ment, tout simplement, puisqu'on connaît la courbe démographique. Donc, oui, il faut travailler jusqu'à 67, 68 ans, probablement. Les Suédois ont mis en place un système qui dit qu'il n'y a plus de débat sur l'âge de la retraite.
L'âge de la retraite augmente automatiquement en fonction de l'augmentation de l'espérance de vie en bonne santé. Un an de l'espérance de vie en bonne santé, huit mois de travail en plus. C'est automatique. C'est ça qu'il faut faire.
Une dernière question, Philippe Juvin, sur les incendies que l'on connaît, qu'on vient de connaître en France et qu'on connaît encore. Les pompiers, tout à l'heure, j'avais l'un de leurs représentants syndicals avec nous, nous disent qu'ils sont à bout. Ils n'ont pas les moyens. Ils demandent un plan Marshall pour les services de secours et d'incendies en France. Éric Coquerel, d'ailleurs, réclame un budget ratificatif en urgence. Il le rappelle du Parlement dès ce mois d'août pour la sécurité civile. Est-ce qu'on en a les moyens ? Est-ce qu'il faut se donner les moyens pour nos sapeurs-pompiers ?
C'est tout le drame. C'est tout le débat actuellement. En fait, comme tout notre argent disponible, toutes nos recettes fiscales, elles vont essentiellement au remboursement de notre dette, on n'a plus d'argent à mettre dans les services publics. C'est valable pour l'école, c'est valable pour l'hôpital, c'est valable pour les incendies. Donc, moi, je veux bien que les gens disent qu'on veut plus de moyens pour les pompiers. Et moi-même, j'en souhaite. J'ai été officier chez les pompiers de Paris. C'est un truc que je connais bien. Et il faut plus de moyens. Mais aujourd'hui, je suis désolé, je ne vois pas où on trouve les moyens, à moins de travailler plus.
Et donc, il faut se donner les moyens de pouvoir répondre à ses besoins. Et travaillez moins ailleurs.
Merci Philippe Juvin d'avoir été avec nous. Député LR des Hauts-de-Seine, rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale. Merci d'avoir été avec nous sur RMC, RMC Story.
Philippe Juvin