MATHILDE PANOT : "DÉTESTER MÉLENCHON N’EST PAS UN PROGRAMME !"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
On va avoir une campagne qui va être très violente et qui va nécessiter aussi que sans cesse on déconstruise les mensonges qui sont dits contre nous. Détester Mélenchon et la France insoumise, ce n'est pas un programme. Et je trouve que, bon, ils sont toujours d'une violence extrême contre nous, mais ils ont quand même compris qu'il y avait une grosse force populaire derrière nous. Et donc ils ont peur de nous maintenant. Je trouve que ça enclenche un cercle vertueux qui montre que le peuple est de retour en politique et qu'en fait, on est légitime à le faire.
Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue pour un nouvel épisode du Fauteuil. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir la présidente du groupe parlementaire de la France insoumise, Mathilde Panot. Bienvenue sur le Fauteuil.
Merci, merci pour l'invitation.
Comme d'habitude, on commence le Fauteuil avec toujours une question régulière qu'on a toujours avec nos invités. C'est quoi ton premier moment de politisation ? C'est quoi ton premier rapport à la politique ?
Je pense que c'est d'abord une colère, moi. J'étais très, très en colère de voir qu'on vivait dans un pays aussi riche et de voir non seulement des gens qui dormaient à la rue, qui n'arrivaient pas à s'en sortir. Et moi, en fait, je suis rentrée par la politique d'abord par l'associatif, qui est d'ailleurs une forme aussi d'action politique. Avec donc d'abord un premier engagement à ATD Carmond, donc Agir tous pour la dignité. Et à l'époque, je faisais à la fois du théâtre de l'opprimé, qui vient du Brésil à Augusto Boal. Au départ, lui, c'est un théâtreux. Il fait d'ailleurs une pièce sur la Révolution française. Et donc, il fait cette pièce.
Et puis, il se rend compte que le public, quand il termine la pièce, se lève et dit « Ouais, on va aller tout casser, en fait ». Et donc, il s'interroge beaucoup sa pratique théâtrale, qui était une pratique théâtrale assez classique. Et à partir de là, il fait ce qu'on appelle du théâtre de l'opprimé, que moi, je faisais avec des jeunes à Nancy, qui est le fait, par la pratique théâtrale, de savoir comment est-ce qu'on réagit à telle ou telle situation d'injustice. En fait, on fait une scénette avec une injustice, généralement qui vient du vécu de quelqu'un. Ou alors, on simule une grève dans une usine avec des ouvriers.
Et on fait agir, je ne sais pas, le patron, quelqu'un qui est l'auteur d'une injustice. Et le public peut dire, donc les spectateurs peuvent dire stop quand ils veulent, pour prendre la place de quelqu'un. Et essayer d'influer sur le cours des choses, pour dire qu'en fait, on peut changer la manière dont se passent les choses. Donc je faisais à la fois du théâtre forum, je faisais des bibliothèques de rue dans des quartiers populaires, dans les hauteurs de Nancy. Et moi, c'est principalement par là que je suis rentrée dans la politique.
Et puis par des rencontres aussi, puisque j'avais la chance de faire mes études avec un certain Adrien Clouet, que je connais maintenant depuis 20 ans, qui lui était très engagé politiquement. Donc moi, pendant ce temps-là, je faisais plutôt un engagement associatif. Et il m'a beaucoup, beaucoup, beaucoup tannée avec son engagement politique. Et c'est beaucoup grâce à lui aussi que je suis ici.
Adrien Clouet, députée de la France Insoumise, qu'on reçoit souvent aux médias aussi. Et oui, du coup, de ce que tu nous dis, c'est très lié à la culture, ton engagement ?
Oui, enfin, oui, c'est vrai. Dans l'associative, on a fait beaucoup de culture. En fait, l'idée de ATD Carmond, au départ, de l'association dans laquelle j'ai commencé à militer, après, j'en ai fait d'autres. Mais au départ, ATD Carmond, c'est né dans un bidonville à Noisy. Donc on est dans l'après-guerre. Au départ, c'est un prêtre qui fonde ça. Et lui, la première chose qu'il fait, qu'il fait un gros scandale à l'époque, c'est qu'il crée dans le bidonville un salon de beauté.
OK.
Et en disant, en fait, c'est ce qui permet aussi aux gens de retrouver leur dignité. Et ATD, ce n'est pas une association qui distribue la nourriture, qui distribue... C'est une association qui veut donner les outils aux gens pour qu'ils puissent récupérer leur vie, être maîtres sur leur vie, donc avec beaucoup d'outils d'éducation populaire, etc. Donc moi, j'ai fait ça longtemps avec eux. On faisait des universités populaires. Je ne sais pas, par exemple, j'ai travaillé avec des gens des Philippines qui vivaient sous un pont sur les objectifs du millénaire pour le développement. Donc des choses qui sont très loin.
Et par exemple, ces gens-là, c'était intéressant parce qu'on leur avait proposé un terrain, parce que sous le pont, ils étaient régulièrement inondés jusqu'à la taille. Et on leur avait proposé un terrain au sec. Et en fait, ils étaient retournés vivre sous le pont, ce qui faisait dire à plein de réacs que c'était des gens irresponsables, qu'il fallait leur enlever leurs enfants, etc. Or, en fait, la raison pour laquelle ils n'étaient pas restés sur le terrain sec, c'est que s'ils restaient dans ce terrain, alors leurs enfants ne pouvaient plus aller à l'école, si ce n'est à marcher pendant cinq heures pour pouvoir y aller. Et donc, en fait, ils préféraient dire...
En fait, on préfère vivre dans des conditions qui sont déplorables et que nos enfants puissent avoir un avenir plutôt que le contraire. Et du coup, c'était assez intéressant. Et donc, ouais, en fait, il y avait beaucoup de choses qui passaient par la culture, effectivement. Et c'est un engagement qui m'a beaucoup appris, y compris sur... Enfin, là, par exemple, on parle souvent des 1,2 million de personnes qui sont tombées sous le seuil de pauvreté sous Macron. En fait, bon, évidemment, ce n'est pas des chiffres, c'est des personnes. Mais en fait, ce qu'on oublie de dire souvent, c'est que pour sortir de la pauvreté en moyenne en France aujourd'hui, il faut six générations.
Et moi, je me rappelle, par exemple, à Nancy, avoir croisé des jeunes qui, par exemple, quand ils te parlent, ne te regardent plus dans les yeux. Et en fait, ça, c'est des choses qu'ils ont appris de leurs parents. Parce qu'en fait, à force d'être tout le temps méprisés, ils préfèrent ne plus regarder. Donc, en fait, tu leur parles et ils ne te regardent pas. Par peur d'y lire du mépris, alors que, très clairement, moi, j'étais dans la même assoce qu'eux. Enfin, je veux dire, on se voyait depuis longtemps. J'ai milité avec eux pendant deux ans. Donc, il n'y avait pas de problème a priori. Mais c'est jusque dans les corps, en fait, que la pauvreté, elle s'ancre.
Et ouais, ça m'a beaucoup appris, cet engagement militant-là.
On va accélérer la vitesse pour parler de la France Insoumise. Tu fais partie des fondatrices du mouvement. Tu n'es pas passé par un système politique, enfin, d'intégration de la politique classique. Tu n'as pas fait le truc de Science Polena, quoi. Enfin, le parcours classique qui emmène du Parti Socialiste au reste. Et c'est quoi ton point d'entrée ? Comment ça se fait ? C'est quand le moment où tu passes justement de cet engagement associatif à la fondation de la France Insoumise ?
Alors, j'ai quand même fait un parcours un peu classique puisque j'ai quand même fait Science Pol. Et à Science Pol, il y a quand même plein de gens. Moi, je me rappelle d'une nana que j'avais rencontrée qui me disait « Je ne comprends pas pourquoi en France, elle venait d'un lycée français, à l'étranger. Je ne comprends pas pourquoi en France, vous vous plaignez avec un SMIC à 3 000 euros. Quand même, c'est pas mal. Je lui ai dit « Le SMIC à 3 000 euros, je te le prends direct. » Une forme de déconnexion. Et en vrai, je le dis un peu en rigolant, mais de violence aussi que moi, j'ai vécu à Science Pol. Et en fait, le moment où moi, je bascule...
En fait, je ne bascule pas parce que je fais pendant très longtemps les deux engagements associatifs et engagements politiques. C'est le moment où justement, j'arrive à Paris pour le master. Donc à Science Pol Paris. Et que là, je m'engage à l'époque, c'était dans le front de gauche Science Pol et dans les campagnes, la campagne notamment présidentielle de 2012 de Jean-Luc Mélenchon. Et donc, c'est à ce moment-là que je commence à faire des réunions politiques, de l'action politique, avec une forme de violence aussi au départ, je le dis, parce qu'à l'époque, on va dire que particulièrement à Science Pol, il faut imaginer qui est à Science Pol.
Il y avait par exemple, dans les camarades qui militaient avec nous, des gens qui connaissaient l'ensemble des groupuscules d'extrême-gauche dans le monde, ce qui peut être très intéressant quand quelqu'un vous explique, mais qui peut être aussi extrêmement excluant lorsqu'on ne vous explique pas. Et en fait, on était assez peu de nanas à l'époque au Front de Gauche Science Pol. Ça s'est amélioré petit à petit. Mais je me rappelle que ma première réunion, j'avais dit à Adrien Clouet, justement, enfin, genre, je ne suis pas sûre de revenir.
Où est-ce que tu m'emmènes ?
Et je suis restée par fierté mal placée. Mais c'était bien, en fait, de rester, parce qu'y compris. En fait, l'associatif, ça m'a beaucoup appris. J'ai adoré mon engagement associatif. Après, il y a quand même un moment où vider la mer avec sa cuillère, c'est fatigant et on a envie que ça change pour tout le monde. Et moi, c'est principalement pour ça que je me suis lancée dans le combat politique. C'est parce que j'avais envie que ça change vraiment.
C'est intéressant, ce dont tu as parlé, parce que je pense que c'est quelque chose qui freine beaucoup de gens à aller en politique. C'est le côté première réunion. On te bombarde d'infos. Et tu as l'impression que tout le monde maîtrise. Et tu dis, mais ce n'est pas ma place. Moi, je ne connais pas la théorie post-marxiste.
Hier, je voyais les jeunes insoumis. Je leur ai dit, soyez inclusifs et inclusives. Parce qu'il y a plein de gens. Rien que passer la porte de la réunion, c'est compliqué. Alors, se retrouver dans des discussions, on ne comprend rien. Et où personne ne vous explique parce que c'est considéré comme normal. Vous devez avoir tout lu. Et en fait, c'est dommage parce qu'il y a des gens qui partent aussi à cause de cela. Et là, on est quand même dans une campagne présidentielle. Une campagne présidentielle, c'est un moment qui est extraordinaire à vivre comme militant et militante. Parce que c'est le moment où le pays se politise massivement. Où les gens s'intéressent aux choses.
Et donc, du coup, c'est le moment où, justement, il faut donner toutes les conditions à tout le monde de pouvoir s'investir comme il ou elle le souhaite.
Et d'ailleurs, pour vivre cette campagne présidentielle aux côtés du Média TV, on a lancé une nouvelle campagne de dons parce que le Média TV est en danger, comme beaucoup de médias indépendants. C'est une crise qui touche toute la presse indépendante. Et on a besoin de vous pour continuer, pour continuer à couvrir cette campagne et les campagnes à suivre avec toujours notre charte qui est disponible sur notre site. On est profondément antiraciste, féministe, en lutte contre les LGBTphobies. Et on essaye de vous proposer quelque chose de différent des médias mainstream. Donc, pour continuer de nous aider, allez sur cap.lemedia.tv.fr.
Faites-le, je le dis aux gens qui nous écoutent. Faites-le parce qu'on a vraiment besoin de médias indépendants. C'est vraiment une des conditions du débat démocratique.
Et quand on voit ce qui est en train de se passer, notamment avec l'Empire Bolloré, mais pas que, et ce qui s'est passé encore récemment du patron de Canal+, qui annonce que pour les 600 artistes qui ont signé la tribune contre Bolloré, qui n'était même pas au départ contre Canal+, mais qui était contre la mainmise de Bolloré sur la culture et la création, et que du coup, le premier financeur du cinéma français à hauteur de 40% dit qu'il va les boycotter, non seulement on veut leur apporter notre soutien total, mais il faut aussi évidemment soutenir ceux qui font vivre aussi une information pluraliste qui n'est pas dans la main des milliardaires d'extrême droite.
C'est assez flippant, mais tu m'as fait une transition parfaite. Cette campagne, elle va s'articuler aussi sur le rapport aux médias. Et globalement, on a l'impression qu'il y a l'Empire Bolloré, mais il y a aussi tout le reste des médias plus modérés qui s'adaptent à son agenda. On le voit dans les recrutements de France Info, qui va aller chercher des anciens chroniqueurs de CNews.
Qui d'ailleurs disent, bon, restez sur CNews quand ils sont sur la chaîne.
Oui, qui ont toujours les réflexes. Comment vous vous préparez à ça ? Est-ce que la stratégie des nouveaux médias, justement, fait partie de ce process, de cette réflexion ?
En tout cas, nous, ça sera une des premières choses dont on s'occupera quand on sera au pouvoir. Je recommence par la fin, quand on aura gagné. C'est qu'il faut absolument déconcentrer les médias. Ça, c'est une urgence démocratique absolue, et puis y compris une urgence sociale pour les journalistes qui y travaillent aussi. Donc ça, c'est la première chose.
Ensuite, la deuxième chose, évidemment, vous avez vu que ça a fait hurler et pleurer nombre de médias, le fait que Jean-Luc Mélenchon fasse maintenant régulièrement des conférences avec les nouveaux médias, qui est une manière aussi de leur donner à la fois de la visibilité, mais aussi de contourner un peu l'officialité médiatique, sur laquelle on continue d'aller, mais qui sont de plus en plus des gardes à vue médiatiques, avec, bon, on a vu des mensonges répétés, effectivement un alignement sur l'agenda de l'extrême droite de plus en plus.
Et donc, on a besoin de trouver des espaces pour contourner tout cela, d'autant que cette campagne présidentielle, en plus de cette main mise encore plus forte des milliardaires sur l'information, elle va avoir une, je ne dirais pas une nouveauté, mais une difficulté supplémentaire qui va s'accroître encore, c'est la question des ingérences étrangères.
On a vu là, dans les élections municipales, et ça a été encore confirmé récemment, qu'il y a eu des ingérences étrangères, qui viennent directement d'Israël sur les campagnes municipales de Sébastien Delogu, de François Pigmal, ou encore de David Guiraud, pour donner un exemple de ce que ça donne, parce que pour beaucoup, ça a été des raids numériques, plutôt des actions sur les réseaux sociaux. Mais par exemple, Sébastien Delogu avait, dans les rues de Marseille, des affichettes qui étaient collées, d'une certaine Sophie qui affirmait que Sébastien Delogu l'aurait violée. Et ça, c'était l'ingérence étrangère qui vient directement de proche de Netanyahou, dont on essaye de remonter la piste.
Donc je veux dire, ça a vraiment des effets qui sont extrêmement graves et qui vont faire qu'on va avoir une campagne qui va être très violente, et qui va nécessiter aussi que sans cesse, on déconstruise les mensonges qui sont dits contre nous. Alors je trouve qu'il y a un truc qui est intéressant qui s'est passé dans les élections municipales, notamment suite à la violence qui s'est déployée contre nous. On avait plusieurs épisodes de violence, mais notamment suite à la mort de Quentin Deranque. Je trouve que ce qui est intéressant, c'est qu'à la fin, peut-être que certains comprennent que les médias, ce n'est pas la vraie vie.
Et qu'il y a plein de gens qui ne croient plus l'officialité médiatique lorsqu'elles nous qualifient ici d'assassins, ici de racistes, ici etc. Mais c'est évident qu'on a une difficulté qui est immense, et que donc il faut non seulement déployer du terrain, mais aussi déployer un démontage des mensonges qui sont dits sur nous en continu. Et donc en général, il ne faut pas croire ce qui est dit sur nous à la télé.
On va revenir sur ton parcours, c'est un petit aparté sur les médias, mais juste aussi pour préciser qu'on a fait un entretien avec François Picmal que vous pouvez retrouver sur la chaîne du Média TV, notamment pour parler de ces ingérences étrangères et des procédures d'appel qui sont en cours dans le cadre de l'élection municipale. Donc vous pouvez le retrouver sur notre chaîne. On en a fait deux d'ailleurs, si je ne dis pas de bêtises. Tu prends la tête du groupe parlementaire en 2022, dans ce même contexte d'attaque, parce que les attaques médiatiques sont de plus en plus violentes, mais ça fait très longtemps que la France Insoumise aussi subit ce genre d'attaque. Comment tu l'as vécu ?
Tu étais prête à ça ? Comment ça se passe, la gestion de ce groupe parlementaire ? Comment tu t'es retrouvée à ce degré de responsabilité ?
Alors, si tu étais prête et pas prête. De toute façon, on a tous appris sur le tas. Il faut se rappeler que la France Insoumise, elle rentre pour la première fois à l'Assemblée nationale en 2017 seulement, et qu'en cinq ans, on a quand même multiplié par quasiment cinq notre nombre de députés, donc avec des gens qui n'ont jamais été élus pour un grand nombre d'entre eux, c'était par exemple mon cas, et qui donc apprennent plein de choses sur l'État. En même temps, je dis que j'étais prête aussi, parce que depuis 2019, en fait, j'étais vice-présidente du groupe, donc en fait, je gérais déjà beaucoup de choses du groupe.
Moi, la plus grande fierté que j'ai dans le groupe parlementaire, je le dis souvent, mais pour moi, c'est la chose la plus importante qu'on a réussi à démontrer en étant à l'Assemblée nationale, c'est d'abord que tout le monde peut faire de la politique et que même on en fait mieux que celles et ceux qui s'y croient prédestinés. Quand on est arrivé à l'Assemblée, il faut imaginer le niveau de mépris qu'on avait à notre rencontre.
Je me rappelle, bon, alors, il y avait Caroline Fiat, première aide-soignante élue à l'Assemblée, qui était la députée Bac-2, Jean-Hubert Grattnon, qui était au RSA, activité députée de La Réunion, qui pose une question au gouvernement sur l'augmentation de la pauvreté dans notre pays et le Premier ministre lui répond, ou le ministre, je ne sais plus, lui répond en disant « De toute façon, vous ne dénoncez pas la misère, vous en vivez ». Enfin, des choses, mais qui étaient hallucinantes. Et je trouve que, bon, ils sont toujours d'une violence extrême contre nous, mais ils ont quand même compris qu'il y avait une grosse force populaire derrière nous et donc ils ont peur de nous maintenant.
Et je trouve que le fait d'avoir eu, et d'avoir toujours, bon, alors, je disais, une aide-soignante, une ouvrière agricole, Mathilde Ligné, qui est élue actuellement, un chauffeur de taxi, enfin, plein de... Rachel Kéké, qui est élue de 2022 à 2024, je trouve que ça enclenche un cercle vertueux qui montre que le peuple est de retour en politique et qu'en fait, on est légitime à le faire.
Et je pense que ça, c'est un message qui est très, très important, notamment dans un moment où on a eu de cesse de dire aux gens, un, qu'ils étaient dépolitisés, notamment aux gens des quartiers populaires, ce qui est insupportable à entendre, et deux, qu'en fait, il fallait être un peu expert pour pouvoir s'occuper de la politique. Moi, je vois souvent des enfants en classe qui me demandent, il faut faire quoi comme études pour être député ? Et je leur dis, bah, rien de spécial, en fait.
Et je pense que c'est hyper important pour, justement, redire que le peuple se laissera pas exclure de la politique et qu'on laissera pas des décisions se prendre en notre nom sans qu'on puisse être là et sans qu'on ait notre mot à dire, et je pense qu'on dit notre mot à dire assez fort et assez haut et que ça permet, notamment dans la période où ils sont devenus minoritaires, de contrecarrer à de nombreuses reprises leur plan.
On tourne cet épisode quelques jours après l'annonce de la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour 2027. C'est toujours les mêmes discussions à gauche. Bon, il y a des gens qui disent que c'est une erreur stratégique parce que Jean-Luc Mélenchon ne serait pas capable de rassembler. Mais on a envie de poser la question inverse. Est-ce qu'il y a quelqu'un d'autre à gauche qui est capable de faire 22% au premier tour ? Est-ce que cette critique, elle a une résonance ? Tu trouves qu'elle... C'est juste des gens qui pensent en intérêts partisans ou c'est quelque chose qui peut vous poser une difficulté pendant la campagne ?
On nous l'a fait à peu près à chaque élection. Rappelez-vous, en 2022, en 2022, on nous expliquait que de toute façon, la gauche ne pourrait jamais gagner l'élection présidentielle de 2022 et que de toute façon, ce qui se jouait, c'était 2027. Donc en fait, on nous le fait à chaque fois. Et en fait, ceux qui font ça, non seulement dégoûtent des gens, essayent de mettre le pays dans un espèce d'état de on ne peut rien faire, on ne peut rien changer, un état de désespoir absolu. Et je pense que le lancement de notre candidature et de la candidature de Jean-Luc Mélenchon montre au contraire qu'il y a une forte envie dans le pays d'inventer un autre avenir ensemble.
Il n'y a qu'à voir le nombre de signatures sur Mélenchon 2027.fr. C'est impressionnant. La dernière fois, on avait mis 4 jours à obtenir les 150 000 parrainages citoyens pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Cette fois-ci, on a mis moins de 24 heures. Et là, à l'heure où on enregistre cette émission, on est à peu près à 273 000, si je suis exacte. Je ne vais pas faire
de prédiction sur combien dans 10 jours.
Exactement. Mais ce qui est, en termes de dynamique, personne ne peut faire ça dans le pays. Je veux dire, c'est la construction d'une force politique. Et Jean-Luc Mélenchon, contrairement à toutes les caricatures qui sont faites sur lui, moi, je vous demande qui est-ce que vous connaissez autour de François Ruffin ? Qui est-ce que vous connaissez autour de Rafaël Glucksmann ? Vous ne connaissez personne. Alors que Jean-Luc Mélenchon, qui est décrit comme l'homme égothique par excellence, et celui qui non seulement a fait émerger toute une génération et une équipe, voire des équipes qui sont prêtes à gouverner.
Et puis surtout, Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pas un aventurier de ce qu'on fait en politique. Jean-Luc Mélenchon, il a une haute conscience du temps long dans lequel on s'inscrit. Nous, on ne fait pas la France insoumise pour s'imaginer être une fois ministre, premier ministre, président, pour être les gestionnaires de la France pendant cinq ans. Nous, on fait la force politique de la France insoumise en pensant le temps long dans lequel on s'inscrit et justement la manière dont on veut changer profondément ce pays et l'avenir qu'on propose notamment aux jeunes générations. Donc, cette question du temps long, elle est importante.
Et puis, Jean-Luc Mélenchon, c'est quand même un extraordinaire candidat. C'est quelqu'un qui a une culture historique qui est immense, une profondeur politique, qui est quelqu'un qui est reconnu, y compris internationalement par des chefs d'État, y compris parce que Jean-Luc Mélenchon est un des rares qui s'est toujours intéressé à l'international, ce qui n'est pas du tout le cas du reste des partis politiques, ni à gauche, ni à droite, ni nulle part.
Qui arrive à évoluer sur ces questions aussi, parce que si on compare avec des positions précédentes, notamment la réflexion qui est en cours sur la Palestine et sur notamment la position, ça c'est une critique qui est souvent faite sur les précédentes positions de Jean-Luc Mélenchon en 2016, etc. Les soutiens de Ruffin ou de Roussel, on parle souvent sur les réseaux, mais c'est pour le coup le seul politique qui arrive à dire « Ok, j'évolue sur cette question parce qu'on m'a convaincu de ça ou ça ».
Par exemple, en 2016, je me rappelle que j'avais fait rencontrer à Jean-Luc Mélenchon un ami qui était à ce moment-là dans la plateforme Stop ou Contrôle au Faciès. Et Jean-Luc Mélenchon pour plein de raisons dans son histoire était encore à un moment où il voulait dire « Je fais confiance à la justice, à la police ». Enfin, il avait des difficultés à appréhender ce que c'était les violences policières. Et moi, je me rappelle de cette discussion avec Issa où il lui dit « En fait, dès qu'on a 8, 10, 12 ans dans un quartier populaire, notre lien avec la République, bon, c'est l'école et sinon c'est la police, il n'y a que ça.
Et en fait, dès 8, 10 ans, 12 ans, surtout quand tu es un jeune homme, on t'apprend que tu es étranger dans ton propre pays. C'est ça le contrôle au faciès en permanence. Et par exemple, ça, Jean-Luc Mélenchon est quelqu'un qui aujourd'hui le porte complètement. Je veux dire, il y a aussi le fait à la fois de discuter, d'être très en lien avec les différents mouvements sociaux, collectifs, intellectuels du pays qui fait que on est aussi capable de dire de changer d'avis, d'avancer sur des questions, de faire avancer notre programme toujours en mieux. Et ça, c'est aussi une force de Jean-Luc Mélenchon.
La stratégie de la France insoumise, c'est pour le présidentiel, on fait, évidemment, c'est un peu caricatural, mais est-ce que c'est d'augmenter la participation dans les bastions forts, dans les quartiers populaires, etc. Parce que j'ai l'impression que l'analyse que fait la France insoumise des électorats, c'est toujours que les électorats ne sont pas stables et on peut les faire augmenter. Et j'ai l'impression que le reste de la gauche se dit, OK, pour gagner, j'ai 7%, il faut que j'aille récupérer les 12 de chez Macron, les 3 de je ne sais qui, et qu'il n'y a pas une volonté d'aller chercher un électorat qui n'existe pas, en fait.
Déjà, le fait de vouloir faire une primaire, c'est déjà un signe de cet entre-soi, en fait, de dire, on va essayer de se convaincre entre gens déjà convaincus de savoir qui est le meilleur. Puis après, on connaît l'histoire. Généralement, celui qui a gagné n'est pas soutenu par celui qui a perdu, qui va soutenir parfois un autre candidat. Enfin bon, bref, on connaît l'histoire. Donc, à mon avis, c'est assez juste comme analyse. Par exemple, nous, aux élections européennes, on a réussi à faire un million de plus de voix pour la gauche de rupture.
Donc, à chaque fois, nous, notre but, ce n'est pas juste dans les bastions forts, parce que je trouve que ça a été beaucoup caricaturé du fait, notamment, de Ruffin. Je le dis très clairement. Par exemple, je ne sais pas dans le système Ruffin où est-ce que moi, j'appartiens. Je veux dire, moi, je suis élue à Ivry-sur-Seine. C'est vrai que c'est une bonne question. Mais par exemple, moi, j'ai grandi à Saint-Privé-Saint-Méman dans une ville de 4000 habitants, dans le Loiret. Donc, vous comprenez le problème, quoi. Bon, bref. Mais du coup, en fait, notre but principal, c'est de redonner le goût de la politique aux gens et donc de ramener massivement les gens aux urnes.
Alors, évidemment, les endroits où il y a le plus absensionniste, il y a évidemment dans les quartiers populaires, mais aussi partout sur le territoire la question de la jeunesse. Il y a, bon, les plus précaires de ce pays qui sont aussi ceux qui votent le moins. Et donc, nous, on est par exemple fiers à la France Insoumise d'être quasiment les seuls à faire tous les ans des campagnes d'inscription sur les listes électorales. Moi, à l'époque, j'avais lancé les caravanes d'égalité des droits quand on avait lancé la France Insoumise. Ça existe depuis 2016. On le fait chaque année.
C'était à la fois sur l'accès à la citoyenneté politique, donc l'inscription sur les listes électorales, mais aussi à la citoyenneté sociale, donc l'accès aux droits. Et en fait, quand on voit qu'il y a quasiment 11 millions de personnes dans notre pays qui sont non inscrits ou mal inscrits parce qu'ils ont déménagé, vous comprenez que c'est un enjeu majeur. C'est un enjeu majeur démocratique de dire que ce n'est pas normal qu'il y ait des millions de gens qui ne puissent pas donner leur avis sur ce qu'ils veulent pour le pays et pour eux-mêmes.
Mais surtout, ce qui est délirant, c'est que depuis 2016, l'État refuse de faire des campagnes d'inscription sur les listes électorales parce qu'ils savent très bien que ceux qui ne vont pas voter, ceux qui s'abstiennent massivement, sont aussi ceux qui iraient sanctionner leur politique. Donc nous, on est fiers de faire ce travail-là. Et puis quand même, quelque chose qui donne de l'espoir, je trouve, pour la campagne de 2027, c'est qu'on a quand même 4,2 millions de jeunes qui ont eu 18 ans entre 2022 et 2027, donc ils vont pouvoir voter pour la première fois.
Et on a quand même la chance d'avoir dans ce pays une jeunesse qui est massivement antiraciste, antifasciste, féministe, consciente des enjeux écologiques. Et puis l'autre chose, c'est moi quelque chose qui me parle particulièrement, c'est ce dont parle Vincent Tibéry dans son livre « La France est-elle de droite ? » Il dit « Pour la première fois, on observe une socialisation à l'envers ». En fait, il dit pendant des années, pendant des décennies, la socialisation, elle se faisait du haut vers le bas, c'est-à-dire des générations les plus âgées vers la jeunesse. Un professeur dans une école, des grands-parents ou des parents dans une famille, etc.
Il dit « Pour la première fois, on voit l'inverse ». Et l'exemple parfait, c'est ce qu'on a réussi à faire avec les associations féministes, c'est l'inscription de l'avortement dans la Constitution. Pourquoi ? Depuis 50 ans que l'avortement est légalisé en France, il n'y a jamais eu de vote favorable du Sénat. Donc pour changer la Constitution, il faut voter dans les mêmes termes Assemblée-Sénat. Or, c'était impossible puisque en 50 ans, il n'y a jamais eu de vote favorable du Sénat. Donc ce que faisaient les lois, c'est qu'elles allaient à l'Assemblée. Au Sénat, ils votaient contre et puis le dernier mois aller à l'Assemblée qu'ils votaient pour.
Et d'ailleurs, avant que nous, on arrive à faire voter pour la première fois dans notre niche parlementaire, en septembre, il y avait eu une tentative au Sénat et cette tentative avait échoué. Alors pourquoi est-ce qu'en février d'après, au Sénat, la constitutionnalisation du droit à l'avortement a été votée ? Eh bien ça, c'est des sénateurs et sénatrices qui racontent que leurs filles, petites filles, nièces, sont venues les voir et leur ont dit « je ne viendrai plus jamais de voir à Noël, je ne viendrai plus jamais de voir aux vacances, bref, je ne viendrai plus jamais de voir si tu ne votes pas en faveur du droit des femmes à disposer de leur corps ».
Et du coup, ça a fonctionné et ça a même continué le processus puisqu'il y a encore plus de votes au Congrès a eu lieu à l'Assemblée et au Sénat. Et donc, s'il y a des jeunes qui nous écoutent, allez parler à vos grands-parents parce que nous, les grands-parents, on ne les touche pas. Souvent, ils sont touchés par la télé ou autre et en fait, cette socialisation inversée, on va la voir dans les votes aussi, j'en suis certaine.
C'est déjà le cas. Je pense que moi, ma grand-mère en Tunisie, elle vote pour qui je lui dis de voter. Par exemple.
C'est un exemple de socialisation inversée.
J'ai précisé en Tunisie pour qu'il n'y ait pas ensuite une polémique de « j'oblige ma grand-mère à voter les filles » ou je ne sais quoi. Je voulais te parler encore de...
Ce serait pourtant un très bon conseil.
Oui, je voulais te parler de ce contexte à gauche. Il y a toujours un petit côté où on se demande si certains sont vraiment candidats à gauche pour gagner ou s'ils y vont juste, comme tu l'as dit tout à l'heure. Avant, en 2022, ils disaient « non, mais ce n'est pas la bonne élection, la bonne élection, c'est 2027 ». J'ai l'impression qu'en faisant un peu de science politique, est-ce qu'ils y vont uniquement pour les législatives, pour avoir l'exposition médiatique qui va avec ? Il y a un petit côté...
Je ne sais pas s'il y a un problème de sincérité politique dans la chose, de dire « non, on peut gagner sur cette ligne-là, sur cet agenda-là », alors que l'idée, c'est plutôt d'exploiter la campagne comme outil pour législative.
Il y en a, c'est une campagne de notoriété. Il y en a d'autres qui, effectivement, ne pensent déjà qu'aux législatives et aux places aux législatives en se disant déjà que les présidentielles s'est perdue. Donc ça, c'est évident qu'il y en a beaucoup qui font ça. Et par ailleurs, je trouve que ça donne un spectacle un peu lamentable, en fait, quand on regarde la manière dont ils sont tous en train de se pouiller entre eux. Et, enfin, nous, quand même, dans la grande force, quand Jean-Luc Mélenchon dit « nous, c'est carré, on a un programme, une équipe et un seul candidat », en fait, même, c'est agréable.
C'est pas juste que c'est carré et que nous, on est en ordre de bataille alors que les autres sont aux fraises en train de faire je ne sais quoi. C'est que c'est agréable, en fait, de ne pas passer son temps à critiquer les camarades avec qui tu mènes la lutte, à baver les uns sur les autres, à faire des complots les uns sur les autres, ce qu'ils ne cessent de faire. Et puis, peut-être qu'en conseil qu'il faudrait leur rappeler, comme il s'appelle souvent la gauche non-mélenchoniste, détester Mélenchon et la France insoumise, ce n'est pas un programme.
Et donc, en petit conseil pour eux, il ferait mieux d'arrêter de parler de nous, d'arrêter de parler sans cesse de Jean-Luc Mélenchon et puis peut-être de commencer à faire des propositions au pays.
Pour parler de ces anciens alliés du nouveau Front populaire, de la NUPES, de l'extérieur, on a l'impression que ça s'est fracturé toujours sur des sujets qui touchent les personnes racisées ou qui sont en lien en tout cas avec des personnes racisées, que ce soit la cause palestinienne, les violences policières que certains alliés à gauche ont beaucoup utilisé pour créer un clivage. Comment tu l'expliques ? Parce que de l'extérieur, j'ai posé la même question à quasiment tous les responsables politiques qu'on a eus sur le frontail.
Déjà, je trouve ça vraiment intéressant comme analyse puisque je trouve ça juste et ça permet de dépasser ce qui est généralement dit sur NUPES, NFP, c'est-à-dire en gros la France insoumise était méchante et on parle trop fort et voilà pourquoi ça s'est brisé. Donc, c'est juste. Alors, comment on l'explique ? À mon avis, il y a quand même beaucoup de choses. La première chose, c'est que je pense qu'il y a beaucoup de ces formations politiques qui ne sont pas au clair sur ces questions-là. D'ailleurs, on en reparlera peut-être mais on voit, certains ne veulent pas utiliser le terme d'islamophobie, ne sont pas au clair sur l'antiracisme. On le voit très très bien en ce moment avec certains.
On n'a pas parlé de la BD de Refrain Challenge.
Il y a une question, voilà, exactement. Il y a une question, je pense aussi, d'être pris dans un système de respectabilité, de plaire à l'officialité médiatique, voilà, d'avoir peur, en fait, de prendre des positions et de tenir bon sur des principes. Nous, quand même, le gros avantage qu'on a maintenant, c'est que certes, on nous a fait toutes les polémiques du monde, mais au moins, nous, on sait tenir un rapport de force et on n'a pas peur de prendre une position sur ce qu'elle nous coûterait ou pas. Enfin, je veux dire, on prend des positions quand on pense qu'elles sont justes, quand elles correspondent à nos principes, quand elles aident des luttes, y compris.
Donc ça, je pense que ça, c'est une grosse force qu'on a et que d'autres n'ont pas, et puis, y compris parce que, bon, nous, on est assez homogène politiquement, et y compris tout ce dont on disait, dans lequel on a avancé au fur et à mesure sur violences policières, islamophobie, antiracisme, sur lequel, bon, on a toujours tous des progrès à faire, mais n'empêche qu'on avance beaucoup, y compris programmatiquement. Bon, ben, nous, on a avancé tous ensemble. Dans d'autres parties, en fait, il y en a une petite partie qui vont dire islamophobie et puis l'autre partie va contredire ça. Donc, je pense qu'il y a aussi une forme d'homogénéité politique chez nous.
Et puis après, je pense qu'on nous fait subir à nous, la France insoumise, ce qu'on fait subir aux habitants des quartiers populaires, en fait. Il y a une forme de mépris qui est insupportable. Enfin, il faut quand même voir, c'est des formations politiques qui, par exemple, pour certaines d'entre elles, vont être aux côtés des agriculteurs quand ils manifestent, avec un gouvernement qui dit, face à la souffrance, on n'en voit pas des CRS.
Mais quand il y a des jeunes qui se mobilisent en disant, on refuse qu'ils puissent nous arriver comme c'est arrivé à Naël et malheureusement à beaucoup d'autres jeunes, c'est-à-dire qu'on puisse juste nous mettre une balle dans la tête lorsque on est dans une voiture, ou même lorsqu'on tente de nous arrêter. Quand il y a des habitants des Outre-mer qui demandent juste l'accès à l'eau et qu'on leur envoie le GIGN et le RED, comme ça a été fait en Guadeloupe, qu'on va gazer directement des soignants et des patients en Martinique au moment des manifestations au moment du Covid. Bon, mais même pendant les Gilets jaunes, par ailleurs. Donc tout ça, enfin...
Les Gilets jaunes, c'était quelque chose qu'on disait, c'était la première fois qu'on voyait des gens traités comme des habitants des quartiers populaires.
Donc je pense que c'est un peu nous traiter comme ça. C'est-à-dire que dans l'entre-deux-tours, on est très sympathique quand on n'y est pas pour essayer d'avoir nos voix. Là, on est sympathique avec nous. Et puis le reste du temps, il y a une forme de mépris qui est insupportable. Et puis je pense que nous aussi, la force qu'on a, qui est différente pour le coup d'autres, c'est que nous, on a quand même un lien constant qui est beaucoup plus fort avec les luttes, les collectifs, bref, tous ceux qui font aussi la vie démocratique du pays, qui fait que, bon, on n'est plus en phase aussi sur tous ces sujets-là.
Avec du recul, maintenant, est-ce que tu dis que cette alliance, elle était positive, elle était utile ? Parce qu'on a reçu Philippe Poutou récemment dans le fauteuil qui, lui, pour le coup, pensait que ce format d'alliance était positif. Mais d'autres, à l'extrême-gauche, comme Evolution Permanente ou Lutte Ouvrière, ils vous reprochent d'avoir réhabilité le Parti Socialiste, finalement.
Bon, ça existe chez nous, ce débat aussi. Oui, on m'entend. Il y a beaucoup d'insoumis aussi qui disent que, voilà, le PS est extrêmement problématique. Je veux dire, c'est quelque chose qui circule très largement, y compris dans les rangs insoumis, plus jamais PS. Bon, la NUPES puis le nouveau Front populaire, ça a été inscrit quand même dans des contextes. Et notamment, si la NUPES a pu se faire, c'est parce qu'il y a eu un rapport de force qui a été décidé par les électeurs et les électrices lors de l'élection présidentielle. Où nous, on fait 22% et tous les autres font moins de 5% avec le Parti Socialiste qui fait 1,7% à l'époque.
Donc, qui, en gros, dans le rapport de force, nous permet d'avoir un programme de rupture. Bon, maintenant, les choses, elles ont... bon, ça a eu un effet de démonstration quand même de dire pour tous les gens qui nous décrivent comme des sectaires, à chaque fois, c'est nous qui avons permis à chacun d'avoir un groupe parlementaire. Donc, ça a eu un effet de démonstration. Après, aujourd'hui, ce qui reste, il y a un bloc de la censure, en fait, de la rupture qui existe encore, qui permet encore de faire des choses et de discuter. Après, avec le Parti Socialiste, c'est très compliqué, voire impossible. Enfin, je dirais, y compris, d'ailleurs, dans le vocabulaire qu'ils utilisent.
Ils ont changé d'alliance, en fait. Ils ont changé de camp. Quand ils décident de ne pas censurer le gouvernement, le cornu, de fait, ils rentrent dans une majorité, enfin, dans un soutien sans participation au gouvernement. Et puis, quand ils ne cessent de pointer Jean-Luc Mélenchon comme étant le moins bon candidat au second tour de l'élection présidentielle, alors qu'eux-mêmes n'ont aucun candidat qui pourrait aller au second tour, bon, à un moment, il faut... Enfin, je veux dire, si on est contre l'extrême droite, même si on n'est pas contre l'extrême droite, mais notamment, on va dire encore plus, si on est contre l'extrême droite, il faudra choisir son camp.
Oui, c'est la fameuse phrase de « à la fin, ça sera en nous contre eux ». On va revenir un peu sur toi. Tu présides un groupe de 71 députés avec beaucoup de personnalités fortes, de personnalités différentes. C'est quoi ton boulot au quotidien ?
Alors, mon boulot au quotidien, c'est que nous sommes effectivement 71 députés. Après, il faut imaginer qu'un groupe parlementaire, c'est un vrai collectif humain. Il y a ceux qu'on voit et il y a ceux qu'on ne voit pas ou qu'on voit moins. Notamment, du coup, ça donne à peu près 300 collaborateurs et collaboratrices à la fois de groupe et de députés. Donc, c'est un vrai collectif animé. Bon, moi, mon boulot, évidemment, c'est l'animation du collectif en général. Je ne suis pas toute seule à faire ça. J'ai deux vice-présidents. J'ai Marianne Maximi et Adrien Clouet qui sont vice-présidents du groupe.
J'ai un bureau qui se réunit toutes les semaines qui permet de faciliter aussi toutes les affaires courantes du groupe, choisir toutes les semaines les questions gouvernement, les textes qui vont être déposés par le groupe, etc. Et puis, évidemment, de tenir le cap politique de ce que... Enfin, de ne jamais oublier pourquoi et pour qui on est là. Et notamment, une des choses qu'on a théorisées très vite en étant à l'Assemblée nationale, c'est ce qu'on appelle un pied dedans, un pied dehors. C'est facile à comprendre.
Un pied dedans, c'est-à-dire dans les luttes parlementaires, faire comprendre à l'extérieur ce qui est en train de se passer, les mauvais coups du gouvernement, essayer de les déjouer puisque maintenant, c'est possible vu qu'ils sont une minorité. Ce qu'on a réussi sur la loi Yadant, ce qu'on a réussi sur le 1er mai, etc. Et puis, un pied à l'extérieur, donc à chaque fois dans les luttes et de faire rentrer aussi les revendications à l'intérieur de l'hémicycle.
Est-ce que c'est peur que l'institution vous influence trop et vous formate ?
Mais parce que l'Assemblée nationale, c'est impressionnant là-dessus. Je veux dire, il y a vraiment un côté les ors de la République. Je veux dire, quand vous êtes à l'Assemblée nationale, vous pouvez manger à l'Assemblée nationale. Il y a des restaurants... Enfin, c'est logique pour que les gens puissent se restaurer. Retirer de l'argent, il y a un bureau de poste, il y a un coiffeur, il y a une buvette parlementaire. Donc, en fait, assez rapidement, si vous ne voulez pas sortir du tout de l'Assemblée nationale, vous pouvez ne pas sortir une salle de sport que Benalla disait qu'il fréquentait très souvent, n'est-ce pas ?
Donc, en fait, si vous ne voulez pas sortir de l'Assemblée nationale, vous pouvez ne pas sortir de l'Assemblée nationale. Et c'est évidemment extrêmement dangereux. Donc, oui, oui, nous, on fait attention. Et puis, y compris, il y a des impératifs dans le groupe parlementaire qui nous semblent hyper importants. Par exemple, sur la question de tout ce qui est les droits fondamentaux, comme on a un gouvernement qui, à peu près, tous les six mois ou un an, nous pond des lois plus répressives sur la question de la justice, de la prison, etc. Nous, tous les députés de mon groupe ont déjà été au moins une fois en prison.
Tous les députés de mon groupe ont été au moins une fois dans un centre de rétention administrative. Et je considère que c'est primordial si on veut comprendre de quoi on parle parce que ce n'est pas du tout la même chose de dire, ah oui, mettons de la prison à tout le monde, arrêtons tout le monde dans des centres de rétention administrative après avoir vu ce que ça voulait dire concrètement. Donc ça aussi, c'est des choses sur lesquelles on fait attention. Et puis après, la vie parlementaire, enfin, on a de la chance. Nous, on est des militants. On est payés à militer. C'est extraordinaire. On a une chance incroyable d'être élu.
Et donc, c'est aussi hyper riche dans les gens qu'on va rencontrer, les associations, les collectifs, les syndicats avec lesquels on va construire des propositions de loi, avec lesquels on va pousser des textes de loi. Par exemple, la nationalisation d'ArcelorMittal qu'on a gagnée dans la niche précédente en novembre. Bon, tout ça, ça se construit avec les uns et les autres. Et ça, c'est une chance extraordinaire qu'on a.
Tu en parlais en début d'interview, quand tu étais arrivée au Front de Gauche, tu disais, Front de Gauche Sciences Po, tu disais qu'il n'y avait pas beaucoup de nanas. et tu es une des rares femmes à ce niveau de visibilité et de responsabilité à gauche. Est-ce que tu le vois dans ton quotidien ce traitement différent ? Est-ce qu'à l'Assemblée, tu le remarques, la violence qui peut s'exercer contre les femmes politiques ?
Oui, très clairement. Enfin, je veux dire, les femmes, tout y passe. La manière dont on s'habille, notre physique, notre vie privée. Et d'ailleurs, le pire étant probablement pour des femmes qui en plus sont arabes ou noires, je pense à la violence qu'a subie à de multiples reprises mon ami Daniel Obono, Nadej Abomangoli, Rima Hassan, qui est quand même un des exemples du harcèlement qui est fait contre Rima. Donc ça, c'est encore pire pour elles. Donc oui, on voit bien la violence qui est déployée contre les femmes. Et oui, il y a un traitement qui reste différencié. Ça, c'est une évidence.
À gauche, comment ça se manifeste ? Est-ce que tu vois sur quels angles la gauche doit encore faire des efforts là-dessus ?
Surtout, c'est un peu comme quand on parle de racisme. Je veux dire, la société, elle reste patriarcale. Donc en fait, tous les mouvements politiques, même que lorsqu'ils essayent de faire toujours mieux, sont traversés par des choses qu'il y a dans la société. Donc il y a plein de choses. Nous, on fait à chaque élu, enfin à chaque fois qu'il y a un nouveau mandat, on fait des formations, notamment sur la question du sexisme, notamment sur la question des violences sexistes et sexuelles. qui sont des violences sexistes. Donc formation, ça, on le fait.
Et puis après, on essaye, enfin en fait, c'est la meilleure manière de faire en sorte qu'il y ait, je ne sais pas si c'est moins de violence, mais en tout cas, de permettre à d'autres femmes d'avoir leur place plus facilement pour la suite, c'est qu'il y ait plus de femmes aux responsabilités. Et pour le coup, moi, je suis présidente du groupe, donc j'ai une vice-présidente, Marianne Maximi, il y a deux vice-présidentes de l'Assemblée nationale, Nadej Abomangoli, qui est quand même la première femme noire à occuper ce poste, et Clémence Guettet.
Ensuite, au Parlement européen, on a la coprésidente du groupe de la gauche européenne qui est Manon Aubry, on a la présidente de notre délégation qui est Marine à mesure. Donc ça aussi, c'est une manière d'aider, on va dire, à ce que d'autres femmes aussi aient leur place. Et puis, je le dis parce qu'en fait, mine de rien, on a eu assez peu de femmes en politique qui... Enfin, assez peu. Il y en a eu, hein. Mais en fait, il reste, et ça, c'est assez intéressant aussi, il reste à inventer c'est quoi être des femmes en politique. Parce que, par exemple, on me reproche beaucoup d'être une femme extrêmement dure, agressive, qui a...
C'est le cadrage médiatique, oui.
Oui, mais en fait, aussi parce que si j'étais un homme, on dirait de moi que je suis un tribun. Parce qu'en fait, je fais des discours avec des millions de vues. Mais comme je suis une femme, je ne suis pas un tribun. Enfin, d'ailleurs, il n'y a pas de féminin à ça, on ne va pas dire que je suis une tribune, quoi. Mais du coup, ça donne des traitements différenciés qui, d'ailleurs, se voyaient beaucoup, par exemple, dans les invitations médiatiques. Moi, il a fallu attendre que je sois présidente du groupe parlementaire officiellement, alors que j'étais vice-présidente depuis deux ans et demi du groupe, pour que je sois enfin invitée dans les médias.
C'est-à-dire que j'ai mis cinq ans à être invitée dans les médias.
Mais même dans les médias, il y avait un cadrage assez bizarre où si c'est toi qui es en train de confronter un journaliste en contradiction, etc., ensuite, l'analyse, ça sera la colère, la gestion des émotions, etc. Si c'est un homme, ça sera punchliner, il est fort en débat.
Oui, ça reste de manière très forte, ça c'est clair.
La transition, c'est la Nouvelle France. Peut-être que ça fait partie justement de cette Nouvelle France. C'est quoi exactement ? Et pour faire le lien avec ce qu'on entend en ce moment, est-ce que tu regrettes qu'à gauche, il y a de plus en plus de gages qui sont donnés à la droite, notamment sur l'immigration ou le racisme ? Je pense aux récentes déclarations de François Riffin sur l'immigration du travail, des personnalités du Parti Socialiste qui refusent d'utiliser le mot islamophobie. Il y aurait plein d'exemples à prendre. Mais cet alignement...
On aurait pu citer Roussel aussi ?
Oui, je n'avais pas de citation en tête, mais il y en a plein. Mais oui, est-ce que ces gages, tu les regrettes ? Et globalement, est-ce que ça vous met dans une position compliquée ?
C'est plus que les regretter. C'est aberrant de se dire de gauche et de céder comme ça du terrain à l'extrême droite. En fait, ils s'alignent sur les fantasmes de l'extrême droite qui, encore une fois, ne sont pas la réalité. Ce n'est pas parce que dans les médias, ces news suivies par d'autres qui les imitent, on parle sans cesse d'immigration, d'insécurité par des immigrés ou je ne sais quoi, que c'est la réalité de ce que les gens vivent.
Il faut se rappeler, par exemple, dans les cahiers de doléances des gilets jaunes, quand les chercheurs ont analysé les cahiers de doléances des gilets jaunes, les premières questions qui revenaient sans cesse, c'était l'éducation des gosses, le pouvoir d'achat, des choses qui n'ont rien à voir avec les fantasmes qu'à l'extrême droite. Donc, en fait, c'est lamentable de reprendre les thèmes de l'extrême droite en pensant que c'est comme ça qu'on pourra vaincre l'extrême droite. On ne vaincra l'extrême droite qu'en étant clair sur ses principes et en ne cédant pas un pouce à l'extrême droite sur les questions du racisme, sur les questions d'immigration, sur toutes ces questions-là.
Tous ceux qui, en fait, leur cèdent du terrain, à chaque fois, les font avancer parce qu'en fait, ils rentrent dans leur cadre idéologique. Tout comme l'extrême droite devient fréquentable parce qu'on la fréquente, eh bien, l'extrême droite devient acceptable parce qu'on accepte ses thèses. Et donc, il faut être absolument strict sur le fait de ne jamais rien céder à l'extrême droite. Ça, c'est la première chose. Et la deuxième chose, du coup, la Nouvelle France, c'est pour ça que pour nous, c'est un concept qui est très puissant. Pourquoi ? Parce que vous avez d'un côté l'extrême droite qui fantasme une France qui n'existe pas et n'a jamais existé.
Une France qui serait une France blanche, une France chrétienne, une France qui serait envahie de je ne sais qui. Enfin, bon, bref. Donc, ils sont dans un fantasme complet sur ce qu'est le pays. Et le concept de la Nouvelle France, c'est tout simplement dire que c'est la France qui assume son peuple dans son entièreté. Et que le peuple, si on prend un point de départ, parce qu'il faut prendre un point de départ pour comprendre d'où on parle, si on prend 1958 qui est la constitution de la Ve République, on a un peuple qui a profondément changé depuis 1958. Je veux dire, les femmes, ont conquis des droits nouveaux, notamment le droit à l'avortement, mais beaucoup d'autres.
L'homosexualité était pénalisée à cette époque. Vous aviez, par exemple, dans les années 70, une famille sur 10 qui était une famille monoparentale. Généralement, une femme avec des enfants, disons le plus simplement, puisque c'est généralement ça. Aujourd'hui, c'est une famille sur quatre, donc il y a des nouvelles formes de famille. Il y a... Bon, ça, c'est un chiffre qui fait... C'est ça qui fait souvent réagir les fachos, mais il y avait un français sur dix qui avait des grands-parents aujourd'hui, c'est un français sur trois aujourd'hui qui a des grands-parents étrangers. Et ça, c'est la France telle qu'elle est aujourd'hui.
Et donc, la France qui s'assume dans l'entièreté de son peuple, c'est aussi celle qui peut regarder vers son avenir et créer des choses nouvelles.
Et notamment, une des choses nous, lesquelles on projette la nouvelle France, c'est la question de la Sixième République et du pouvoir du pouvoir au peuple et sur la manière dont, à partir de ce pays tel qu'il est aujourd'hui et non pas des fantasmes de l'extrême droite, comment est-ce qu'on fait peuple ensemble et notamment, comment est-ce qu'on réécrit une constitution qui permet de récupérer le pouvoir à un homme et un seul, c'est-à-dire un président qui a des pouvoirs absolument démentiels comme on l'a vu notamment avec Macron au moment de la retraite à 64 ans.
Je crois qu'on ne pouvait pas mieux conclure la séquence. Pour finir sur le fauteuil, on pose toujours des questions un peu culturelles. Je voulais te demander trois morceaux que tu écoutes en ce moment ou que tu voudrais recommander.
Trois morceaux, je recommande Rakaï de Kerry James. J'adore écouter ça en allant dans l'hémicycle. Je trouve que le texte est incroyable. Ensuite, quand même, petite pensée pour le peuple libanais avec la guerre que leur mène Netanyahou. Mashroulaïla, trois minutes. Et puis, la dernière, c'est un ami qui m'a fait rencontrer un chanteur haïtien qui est très populaire en Haïti, qui est un super chanteur. Je vous recommande d'aller écouter qui s'appelle Wouli Saint-Louis-Jean qui a fait des chansons qui sont extrêmement belles dont beaucoup sont en créole haïtien.
C'est quel style ? Lui,
il adore la chanson française. Il adore Brassens, il adore Ferra. D'ailleurs, il m'en a joué. Donc, c'est un parolier, vraiment. C'est vraiment des très, très belles chansons.
Ok. Est-ce que tu te souviens de la dernière fois qu'on s'est vus ?
Au concert de Médine.
Justement. C'était quoi ton dernier concert ?
En vrai, c'est mon dernier vrai concert. C'est vrai ? Au concert de Médine. Malheureusement, je ne prends pas assez le temps d'y aller. Mais, entre-temps, comme il y a eu une campagne municipale, j'ai notamment été à Brest et j'ai donc vu un petit concert lors du meeting que je faisais à Brest pour aider notre candidate qui s'appelle Armel Le Malabar et qui a fait une chanson super, qui a fait un buzz sur Internet qui s'appelle Bienvenue à Brest et qui dit, notamment dans cette chanson, ils veulent que je parte mais je reste. Et puis, c'est une chanson qu'il a fait dessus. C'est vraiment super. Donc, vous pouvez écouter.
Allez. Un film ou une série qui t'a plus récemment, qui t'a surprise ?
Alors, récemment, j'ai regardé deux films d'Abderrahman Sisako qui est un réalisateur qui est né en Mauritanie et qui a grandi une partie de sa vie au Mali, qui a fait deux films que j'ai trouvé mais superbes. Vraiment, notamment, les images sont incroyables. Donc, l'un, c'est Bamako. Bamako, c'est un procès par la société civile notamment du FMI et d'autres institutions internationales qui étranglent le peuple. Donc, c'est super à regarder. Et puis, l'autre, c'est Timbuktu qui, là, raconte comment des djihadistes, en fait, essayent d'imposer au peuple malien des lois de fondamentalisme religieux avec la résistance du peuple malien qui est vraiment assez merveilleuse.
Par exemple, il y a cette poissonnière qui dit « Mais comment vous voulez que je mette des gants alors que je dois réarroser régulièrement mon poisson ? » Il y a cette chasse qui est faite à la musique et puis on voit des sortes de miliciens qui sont en train de chercher d'où vient la musique un soir et puis qui appellent le chef quand finalement ils trouvent la musique parce qu'ils sont assez embêtés parce que ce sont des musiques à la gloire de Dieu. Donc, ils ne savent plus s'ils doivent arrêter ou pas arrêter. Il y a l'interdiction de jouer au foot.
Donc, on voit par exemple ces jeunes qui sont en train de jouer sans ballon qui est une scène absolument magnifique où du coup ils passent à côté et ils ne peuvent rien faire puisqu'il n'y a pas de ballon donc théoriquement ils ne jouent pas au foot. Et c'est très beau. C'est aussi très dur comme film mais je vous recommande de le voir. Vraiment, c'est magnifique.
En tout cas, c'est très bien vendu. Un bouquin que tu ferais lire à tes adversaires ?
Au départ, je voulais dire « Le temps des salauds » de Luc Jalon qui montre justement comment l'extrême droite devient fréquentable à force qu'on la fréquente et qui fait un bon inventaire de tout ce que la Macronie a fait pour aider à l'extrême droite. Mais en fait, je pense que je leur ferais lire « Les racines du ciel » de Romain Garry.
« Les racines du ciel » dans l'histoire de ce livre, c'est un personnage qui s'appelle Morel qui lutte pour protéger les éléphants notamment du braconnage et autres, des trafiquants d'ivoire en disant les éléphants c'est la manifestation la plus maladroite de la vie sur Terre donc si on protège les éléphants, on protégera tout le monde dans le monde, dans l'humanité.
Et en fait, ça vient d'une histoire plus longue parce que ce personnage en fait a été dans des camps de concentration, a été enfermé dans des camps de concentration et un jour dans son barraquement, tout le monde a un moral d'enfer ce qui inquiète beaucoup les nazis de voir tous ces prisonniers qui ont un super moral donc qui les torture pour essayer de savoir ce qui se passe et tout et en fait, ils ne savent jamais parce qu'en fait, ce qui se passe c'est qu'il y en a un d'entre eux qui a dit à tous les autres « Les gars, j'ai une super idée.
» Pensez à une immense plaine et à un troupeau d'éléphants qui courent en liberté et en fait, c'est l'image de la liberté absolue et en fait, donc chacun se met à penser à ces éléphants qui courent, chacun commence à adopter son propre éléphant et lorsqu'il meurt à transmettre son éléphant à un autre prisonnier et en fait, je leur ferai lire ça parce qu'il y a des choses chez l'être humain qu'on ne pourra jamais arracher. Une envie de liberté qui est inarrêtable et qui est un ressort qui existe chez tous les êtres humains et avec parfois besoin que certains se lèvent ou haussent la voie pour que d'autres puissent suivre.
Mais il y a quelque chose chez l'être humain qu'on n'arrivera jamais à nous arracher et je trouve que pour leur dire « Vous ne viendrez jamais à bout de nous » et que c'est une bonne manière de leur dire aussi.
C'est très beau et je pense qu'on ne pouvait pas mieux conclure. Ça me rappelle les images pendant le génocide à Gaza des enfants qui jouaient au foot ou qui allaient sur la plage et ensuite, c'était repris en France par la droite. Alexandre Nôtre qui disait « Regardez-les ! » Et c'était vraiment cette envie de liberté qui veulent aussi qu'ils les travaillent comme ce que tu disais où tu disais ils ne supportaient pas de voir des gens trouver un peu de joie. Merci beaucoup Mathilde Paneau d'avoir été avec nous.
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Mathilde Panot