Glucksmann Père et fils sur France 24, en 2008
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour et bienvenue dans l'entretien. Les invités aujourd'hui Gluxman père et fils André et Raphaël Gluxman pour cette explication ou tentative d'explication de M 68 à celui qui prétendait en liquider l'héritage Nicolas Sarkozi expliqué donc mi 68 expliqué à Nicolas Sarkozy chez de Noël. Donc vous dites que euh finalement celui qui voulait nous débarrasser de l'héritage de 68 est beaucoup plus 68 qu'il ne le croira. Expliquez-moi ça. B en fait c'est le premier président qui n'est pas français depuis 12 générations, qui est divorcé, remarié.
C'est pas vraiment la France de Tantivon Nicolas Sarkozy et c'est surtout le premier président qui fait qui ouvre les vannes de l'État et qui fait appel à la société civile. Vous savez la France vit quand même dans un mythe étatiste qui qui cultive sa propre méthodologie et ses propres mythes et c'est le premier qui rond avec ça. Le le thème de la rupture c'était un thème fait un 68 parce que la 68 ça a été une grande rupture de la société civile avec la tradition étatique de la France. Rupture, voilà, c'est la rupture. C'est ça. C'est la rupture, c'est d'une rupture à l'autre. Maintenant, c'est vrai que c'est le candidat quand même du parti conservateur.
Le président, il lui parle à droite et il développe des thèmes qui sont pas franchement 68. Mais vous en venez vous, André Gluxman parfois vous demander si mai 68 est vraiment un événement qui a changé quelque chose pour la gauche ou qui était même un événement de gauche. Ah oui. Non, mais ça il y a pas de propriété privée de M68 et aujourd'hui les commémorations, c'est une sorte de d'accaparement de mai 68. Or, M 68, ça a été deux ruptures, pas une seule.
La première, c'était le Gaulle lui-même qui l'a dit, il a dit euh c'est fini avec euh la sérénité antique d'une population de paysane, d'un peuple de paysan et maintenant aujourd'hui a succédé chez les enfants du siècle la sourde angoisse des déracinés. Le déracinement, ça c'est le premier la première rupture. Déracinement, c'est-à-dire rupture avec la tradition. juif allemands. Nous sommes tous des juifs allemands. Vous savez les déracinés pour de Gaulle autant de baresse parce que c'était un monsieur qui avait quand même une certaine culture, ce qui est différenci d'aujourd'hui.
Et bien les déracinés c'était des gens des jeunes laurins qui étaient pris en main par des libanaises, par des étrangers, le bon peuple disait par des juifs ou par des des Allemands, des ennemis des méte ou des fond, il y a eu plusieurs versions après par la suite. Voilà. Mais quand on dit nous sommes tous des juifs allemands et que les étudiants en question n'étaient ni juifs ni allemands, sauf d'énormes exceptions comme Danic Ménit. Mais c'était vraiment un des très rares. Euh c'est une rupture avec le passé au fond.
Vous êtes vous êtes en conflit surtout vous peut-être en conflit avec ceux qui prétendent d'être des héritiers de 68 et particulièrement Danny con bendit parce qu'il y avait une de j'aime bien Danny c'est pas le problème mais il y avait une deuxième rupture qu'il a incarné que lui a incarné et qu'il oublie aujourd'hui un peu. C'est la rupture avec le communisme qui est une rupture avec une culture traditionnelle révolutionnaire communiste, cetera. Vous savez en en mai 68 le parti communiste était le premier parti de gauche 23 % des voix et cloisonnait sa clientèle c'est-à-dire les classes ouvrières interdiction d'aller discuter avec les avec les étudiants.
Bon ça c'est fini c'est complètement fini. Dan, il disait ouais, j'ai défilé avec des crapules staliniennes. Je sais pas si vous imaginez, mais à l'époque dire ça à la télévision, c'était vraiment pas être de gauche, hein. Donc c'était un double scandale mes 68, un scandale pour la droite, une folie pour la gauche. Et je crois que c'est resté comme ça. Alors, j'essaie de voir un peu ce qui est derrière vos votre la thèse du livre. C'est vrai que euh alors vous Raphaël ce vous essayez de régler peut-être un compte avec Mitteran parce que votre histoire à vous c'est le Rwanda. Le film que vous avez fait sur le Rwanda. Les responsabilités de la France. Ça c'est la France à l'époque de Mitteran.
Euh euh votre père André c'est plutôt la découverte du goulag et cetera. Mais euh OK, d'accord. Vous pensez donc que Sarkozi a est 68 tard parce qu'il a tué son père politique Khiragir ? Ça c'est c'est non, il y a il y a eu récemment un appel dans l'bdomadaire Marianne qui rassemblait les signatures de d'absolument toute la classe politique depuis la gauche jusqu'à la droite et c'était une conjonction des conservatismes de gauche et de droite qui ont géré la France pendant 40 ans et qui aujourd'hui ne supportent pas la moindre idée de rupture avec la tradition française.
Et moi le reproche que je fais à la génération de 68 parce que je les remercie d'avoir libéré la France du carcan traditionnel mais le reproche que je leur fais c'est d'avoir oublié la politique. Ils ont formidablement ouvert la la société française dans les mœurs, dans la culture, dans la liberté de de chacun, les relations sociales, mais ils ont complètement oublié l'État français, la politique française. Vous savez, Mitteran était le candidat de la gauche en 65, c'était encore le candidat de la gauche en 74. Le gaolisme était l'idéologie dominante à droite en dans les années 60 et c'était encore l'idéologie dominante puisque Chirac se revendiquait de Gaul et Villepin aussi.
Donc, il y a pas eu de changement d'attitude de l'État français. Il y a pas eu de changement des mythes politiques français. D'accord. Mais alors Sarkozy est un changement de par ses origines, sa formation et cetera. Le fait d'abord qu'il a gagné pour la première fois, on peut trouver plein de raisons. Mais est-ce que vous n'idéalisez pas au fond un peu Sarkozy en quoi est-ce qu'il fait une rupture avec ce que vous appelez la vieille France ? Prenez les droits de l'homme par exemple qui est un sujet qui vous qui qui est un sujet cher à vous deux.
En quoi est-ce qu'il y a une différence avec c'est pas tellement lui qui est l'objet de notre notre étude, c'est la société française qui l'a qui l'a élu et il change par sa personnalité et la société change dans son rapport au pouvoir avec Sarkozi. C'est-à-dire que ce qu'on lui reproche, c'est la désacralisation de l'État. Mais ça cette désacralisation du politique, c'est une chose essentielle d'une démocratie. Et la preuve c'est que on quand on parle des droits de l'homme, par exemple la visite de Kaddafi qui a fait un grand scandale, c'est pas la première fois que la France reçoit un dictateur. C'est pas la première fois que la France honore un dictateur.
Et c'est pourtant la une des premières fois où cela fait à ce point scandale. Et ce qui est intéressant, c'est que dans le rapport des Français à SarkoZ, il y a une forme de désacralisation permanente. C'estàd qu'on ne respecte pas Sarkozy comme on respectait François Mitterran. Et ça à mon avis c'est le signe aimez son côté iconoclast quoi qui Oui bien sûr hein. Bon mais alors vous André Luxman le Tibet la rencontre avec Poutine vous avez avalé tout ça en plus de Kaddafi depuis Non j'ai pas avalé moi je je n'entre pas en religion je choisis entre deux candidats puisqu'il y en avait deux en fait et je ne je ne dis pas que celui que j'ai choisi c'est Dieu.
C'est ça la différence d'aujourd'hui, c'est que la société française qui continue à vivre comme en 68, c'est-à-dire à se remettre en question, elle ne choisit pas un dieu, elle est en crise et c'est tout. Euh si vous voulez, la crise ça signifie deux choses. D'une part, après mai 68, les gens se sont dit les les 68 he se sont dit "Bon, tout est foutu, il y a plus Marx, il y a plus le grand soir, la révolution de Robespierre ou de Staline ou de Lenine, c'est fini. Donc plus rien ne compte. Ça c'est ce qu'on appelle le post-modernisme. On se fout de tout, on ne se soucie de rien et on fait ses petites affaires. C'est une vraie tendance qui a suivi mes 68.
Et là quand Sarkozy critique le relativisme, il a raison. Il y a un relativisme en France, il y a un manfoutisme. Mais il a tort quand il pense que c'est mai 68. C'est plutôt une façon, d'accord, d'être déprimé après mai 68. Mais il y en a une autre, celle qu'incarne les ONG, celle qu'incarne le soutien au dissent, celle qu'incarne même la réunification de l'Europe, la chute du mur, la fin du marxisme. De ce point de vue là, il y a une sorte ce qui semble être un aboutissement avec Sarkozi, c'est Kouchner, ministre des affaires étrangères pour lui pour le coup 68ill, ministre des affaires étrangères. Et qu'est-ce que ça change ?
Ça change une chose, ça change pas tout parce que un ministre des affaires étrangères au qu d'orsais c'est un ministre avec sa petite équipe de quatre personnes dans un millier de fonctionnaires qui eux ne changent pas hein mais par contre il peut prendre des initiatives et il y en a une qui est remarquable c'est le Rwanda ça tuen parleras mieux que moi. Alors non mais par exemple la France en Afrique avait une la même politique que soit la gauche ou la droite au pouvoir et aujourd'hui elle avait ses ennemis à tête desquel le gouvernement rendait.
Aujourd'hui Kouchner a été à Kigali et a dit que la France avait fait des fautes politiques lors du génocide qui conflit même déjà à l'époque il était en conflit avec mais le fait le simple fait qu'on puisse nommer à la tête du K d'Osais quelqu'un qui était en conflit sur la ligne de la politique africaine de François Mitteran ça veut dire que Sarkozy a su imposer un renouvellement. Oui mais regardez Jean-Marie Boquel vient d'être viré parce que il a dit des choses désagréables sur la Franceque. Ça n'ira pas sans tension. Moi je pense que l'enjeu c'est de savoir si la rupture va vraiment être mise en œuvre. Je je n'en sais rien.
Le fait est que le seul qui avait mis cette nécessité de la rupture sur la table, c'était Nicolas Sarkozi au moment des élections. Oui, si vous voulez, nous ce qu'on dit qu'il y a rupture nécessaire, que SarkoZis en effet le héros pendant des élections, qu'il risque de subir le conservatisme de gauche et le conservatisme de droite. Donc il risque même de se ranger. Ça sera un la fin de la rupture. Ce que nous indiquons, c'est tout simplement l'embranchement, le choix, l'aiguillage. Euh nous ne garantissons pas Sarkozi, mais s'il le fait pas cette rupture, s'il il n'a pas le courage d'aller jusqu'au bout, bah il faudra qu'il y en ait un autre. Et puis vous gardez votre indépendance.
Et à un moment, enfin, vous rappelez que Yasmina Reza d'ailleurs à propos de cette phrase sur 68 rapporte que lui-même a dit "C'était quand même une mauvaise foi absolue." Bon, est-ce que la mauvaise foi c'est un trait de caractère 68 ? Alors ça c'est c'est un trait de caractère des campagnes électorales. On tape à tous les coups. Il y a eu des débordements de d'idées en 68 par exemple élection piège à con c'est encore de la mauvaise foi électorale. Vous vous dites au début du livre vous dites que vous étiez un peu admiratif de l'utilis du coût politique que fait Sarkozy quand il fait cette sortie sur 68. Oui, parce que il a divisé la gauche, c'était ça son idée.
La gauche s'unifiait uniquement sur le slogan tout sauf SarkoZi et lui il a lancé son pavé 68 à sa manière. Vous êtes un peu cynique à votre façon vous aussi. Alors vous êtes un peu cynique à votre façon vous aussi André Glous. Mais une campagne électorale c'est un théâtre c'est évident. Mais alors ça c'est le début du livre parce que moi j'ai j'étais très choqué par le discours de Sarkozi et ce qui m'a étonné c'était son sourire. Il rigolait pendant le discours de Sarkozy alors que moi je trouvais ça quasiment Vous pensais qu'il allait mal le prendre. Voilà, j'étais persuadé.
C'était la première fois qu'il allait un meeting électoral et en plus pour soutenir un candidat droite qui semblait pas naturel. Et enfin, il reçoit le discours de Sarkozy en pleine tête sur sur 68. Donc moi, j'étais très choqué et je l'ai vu rigoler. Il m'a dit "C'est Dany qui attaque Danny." Donc j'ai trouvé ça un peu énigmatique voire cynique et c'est comme ça qu'on commence la discussion. Est-ce que vous pensez André Gluxman que Sarkozy vous a utilisé pendant la campagne électorale ? Est-ce que vous le revoyez depuis ? Est-ce que où est-ce que voilà, il s'est servi de vous maintenant ? Oh, c'est comme toujours, tout le monde utilise tout le monde hein dans le combat politique.
Moi, j'espère influer sur lui et aider à la politique des droits de l'homme. Bon, sur certains points ça marche, sur certains points ça marche pas. Euh, réciproquement probablement. Oui, bien sûr, mais enfin vous savez, je je suis pas vraiment d'une utilité très grande pour SarkoZi et et est-ce qu'il y a pas pour terminer une phrase un slogan de mes 68 qui pourrait s'appliquer à Sarkozy ? J'ai quelque chose à dire mais je ne sais pas quoi je ne sais pas comment le dire. Ouais, c'est bah c'est tout à fait ça. C'est la fête de la parole libre. Bon après lui, il va falloir qu'il arrive à à la domter cette parole puisque 68 pendant 5 ans, ça risque de lasser très vite les français.
Merci André Raphaël Luxman. M 68 expliqué à Nicolas Sarkozy chez de Noël tout de suite le jour. Merci.
[Musique]
çık çık çık.