Aller au contenu
Tous les transcripts
Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 14 août 2026 9 minDivertissementEnvironnement & énergieCulture, médias & sport

À Aurillac, les nuisibles prennent la rue

Source d'origine 6 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:01OuverteRéponse directe

    Que s'est-il passé ?

  • 2:23OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous en avez fait ?

  • 2:47OuverteRéponse directe

    Mais alors, comment ça vit un rat ?

  • 3:46OuverteRéponse directe

    Pour ceux confrontés aux rats au quotidien, c'est plus difficile à mesurer ou à entendre.

  • 5:00OuverteRéponse directe

    Pourquoi avoir choisi cette ambiance-là, ces personnages-là ?

  • 6:11OuverteRéponse directe

    Votre joueur de flûte, il n'emmène personne jusqu'à la Jordane, dites-moi.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:08Locuteur 1Fait
    « un rat a mordu un enfant de 5 ans la main. »
  • 1:21Locuteur 1Fait
    « les rats sont là depuis très longtemps, depuis plusieurs mois. »
  • 2:26Locuteur 1Fait
    « On en a adopté dans des rateries. »
  • 2:53Locuteur 1Fait
    « C'est hyper complexe et c'est hyper beau. »
  • 3:27Locuteur 1Fait
    « Ils dorment tous ensemble, même s'ils sont dans une très, très grande cage. »
  • 3:36Locuteur 1Fait
    « Ils s'entraident. »
  • 4:10Locuteur 1Fait
    « les rats, c'est une question politique. »
  • 4:18Locuteur 1Fait
    « C'est des poubelles qui ne sont pas assez récoltées. C'est des logements vétustes. »
  • 7:11Locuteur 1Chiffre
    « Oui, on est une quarantaine et il y a 18 nationalités différentes. »
  • 7:27Locuteur 1Fait
    « il y a un acteur anglais, il y a une actrice canadienne, il y a une actrice malienne et on est deux Français. »

Temps de parole

  • Locuteur 150 %
  • Invité42 %
  • Locuteur 52 %
  • Présentateur2 %

≈ 2,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Culture Les matins d'été, Julie Gacon

0:06
Invité

Depuis les quartiers extérieurs jusqu'au centre-ville, partout où le docteur Rieux venait à passer, les rats attendaient en tas, dans les poubelles ou en longue file dans les ruisseaux, écrit Albert Camus dans La Peste. La presse du soir s'empara de l'affaire dès ce jour-là et demanda si la municipalité, oui ou non, se proposait d'agir. L'ordre fut donné de collecter les rats morts tous les matins à l'aube. Mais dans les jours qui suivirent, la situation s'aggrava, des réduits, des sous-sols, des caves, des égouts, les rongeurs montaient en longue file titubante pour venir vaciller à la lumière, tourner sur eux-mêmes et mourir près des humains. Bonjour Tilda Barès. Bonjour.

Merci d'être avec nous. Bienvenue dans Les Matins d'été. La pièce « Nuisible » au pluriel que vous mettez en scène avec Paul Collomb sera jouée la semaine prochaine à Aurillac, au Festival international de théâtre de rue. Dans votre pièce, les rats ne sont pas aussi présents que dans La Peste de Camus. aussi visibles, mais ils ont mordu un enfant. Que s'est-il passé ?

1:03
Locuteur 1

Alors on est dans un quartier périphérique et on est un jour et demi après une attaque, un rat a mordu un enfant de 5 ans la main. Et on a réuni tout le quartier, on a mis des mots dans les boîtes aux lettres, on a réuni tout le quartier pour discuter de cet état de crise. En fait, les rats sont là depuis très longtemps, depuis plusieurs mois. Qu'est-ce qu'on fait ? Et de cette question « Qu'est-ce qu'on fait ? » va découler tout le spectacle.

1:26
Locuteur 2

Je vois sa main, sa toute petite main, plein de sang, et là je vois le rat, le rat encore, suspendu à sa petite main et...

1:37
Locuteur 5

Ouais, sauf que ça fait des mois qu'ils sont là. Et avant que votre fils se fasse taillauder la main, vous c'était pas si grave, c'est ça ? Attendez,

1:44
Locuteur 2

attendez,

1:44
Locuteur 5

J'ai quelque chose à proposer.

1:47
Présentateur

Le mot rat vient de verre glatin, rat des rats, qui signifie ronger. C'est lui. Oliver, enlève ça !

1:56
Locuteur 5

Il va prendre ma parole.

1:57
Locuteur 3

Est-ce que quelqu'un peut taser ce rat ?

1:59
Locuteur 5

Non, non, non, est-ce qu'on peut juste s'asseoir 5 minutes ?

2:02
Locuteur 3

Moi, je veux savoir. On s'assoit !

2:10
Invité

Les personnages de cette pièce sont une aide soignante, une femme de ménage, un gardien de parking, un octambule fêtard, un spécialiste des rats, et des rats. Pour écrire cette pièce, style d'Abarès, vous vous êtes procuré des rats. Vous vous les êtes procurés, ça veut dire que vous les avez adoptés ? Qu'est-ce que vous en avez fait ? Oui, c'est ça.

2:26
Locuteur 1

On en a adopté dans des rateries. Donc, c'est souvent des familles qui élèvent des rats pour les vendre à des personnes.

2:34
Invité

C'est drôle, parce qu'on dirait, comme dans une bande dessinée, que les personnages de l'émission de mardi qui sont venus ici parler de leur film sont venus dans votre pièce libérer des rats pour mieux ensuite vous donner leur carte de dératiseur professionnel. On a parlé du film, un grand raccourci, et il était question de rats. Mais alors, comment ça vit un rat ?

2:53
Locuteur 1

C'est hyper complexe et c'est hyper beau. En fait, c'est très grégaire. Par exemple, on ne peut pas adopter un rat tout seul. Forcément, il doit être deux, il doit être trois. Et puis, ça s'adapte très fort à l'humain. C'est aussi pour ça qu'ils vivent aussi proche de nous. Donc, en fait, on a écrit, on les a mis à la table avec nous. On a écrit aux heures où ils se sont réveillés. On s'est observés, ils nous ont observés. C'était vraiment un aller-retour entre eux, l'autrice et nous.

3:21
Invité

Vous êtes en lien avec eux. Ce sont des animaux, paraît-il, très solidaires ?

3:25
Locuteur 1

Extrêmement solidaires. Ils dorment tous ensemble, même s'ils sont dans une très, très grande cage. S'il y en a un qui meurt, il y a une phase de deuil pour tout le monde. Ils s'entraident. C'est-à-dire qu'il y a énormément d'expériences de laboratoire qui disent que quand un rat est bloqué, un autre rat préférera le débloquer plutôt que d'aller chercher de la nourriture.

3:46
Invité

Mais pour ceux qui sont confrontés aux rats dans leur quotidien et qui n'ont pas choisi d'en adopter, c'est plus difficile à mesurer ou surtout à entendre. Les rats peuvent ravager une récolte. Ils sont un cauchemar pour les gens. Et voilà, j'en fais tomber ma gourde. Pour les gens qui en ont chez eux en ville parce qu'ils vivent dans un logement vétus, voire insalubre et qu'ils n'ont pas la possibilité de partir. Les rats, c'est aussi une affaire de choix politique. Et ça, ça apparaît aussi dans votre pièce.

4:09
Locuteur 1

Effectivement, en fait, les rats, c'est une question politique. C'est-à-dire qu'avoir des rats dans un quartier, une surpopulation de rats, c'est forcément qu'il y a un problème humain. C'est des poubelles qui ne sont pas assez récoltées. C'est des logements vétustes. C'est des habitudes qui ne sont pas bien prises. C'est un quartier qu'on a oublié. Donc, en fait, ces questions-là, on remet vraiment l'endroit politique de dire, en fait, l'espèce humaine n'a jamais réussi à vivre sans les rats. Il y a eu différentes espèces de rats au fur et à mesure de notre histoire et ils ont toujours été là, toujours été avec nous.

Donc, la question, c'est comment est-ce qu'on peut vivre ensemble avec une population qui est gérable.

4:49
Invité

Et pour ceux qui vivent avec sans avoir rien demandé, c'est infernal, mais pour ceux qui vivent loin des endroits infestés ou ceux qui ne veulent pas voir, les rats sont invisibles, invisibles comme les travailleurs de nuit. Pourquoi avoir choisi cette ambiance-là, ces personnages-là ?

5:04
Locuteur 1

Parce que dans la deuxième partie du spectacle, on va déambuler, donc on va marcher ensemble, on va courir même, on va arpenter la ville et qu'on voulait le faire de nuit et que changer notre regard sur la ville la nuit, la déplacer, si c'est possible, avec une sensation plus d'animal, plus de hordes, plus de groupes.

5:24
Invité

Parce qu'il y a, donc votre pièce se joue en deux temps, il y a d'abord le conseil, la réunion des habitants, une réunion de quartier qui sera jouée au collège de la Jordane à Aurillac, mais qui peut jouer partout, puis une déambulation nocturne au flambeau. Qui est le joueur de flûte ? Il y a une flûte ou pas ? C'est moi. C'est vous, là ? Donc il y a vraiment comme dans le joueur de flûte de Amelin ?

5:43
Locuteur 1

Oui, elle apparaît petit à petit. Après, il y a vraiment trois déambulations simultanées, c'est-à-dire qu'on divise le public en trois groupes. Il y a les goûteurs de la rorde, il y a les solitaires et il y a la horde. Et donc ça va donner une expérience particulière et différente pour chaque spectateur et chaque spectatrice. Donc c'est vraiment, il va y avoir de la flûte, il va y avoir de la course, on va se cacher, on va longer les murs, on va grimper sur des poubelles, on va grimper sur des trucs, on va danser, on va prendre la rue.

6:11
Invité

Dans le conte, le joueur de flûte de Amelin, il attire les rats jusqu'à la rivière avec son air de flûte et puis les habitants reviennent sur la promesse qu'il lui avait faite de le payer. Alors le joueur de flûte revient et puis il fait pareil avec les enfants. Votre joueur de flûte, il n'emmène personne jusqu'à la Jordane, dites-moi la rivière qui traverse Aurillac. Vous allez jusque-là, en tout cas il y a une question de s'approprier les lieux.

6:32
Locuteur 1

Oui, on passe très proche de la Jordane en tout cas, mais on espère ne jeter personne dedans. Mais c'est vraiment, c'est comment est-ce qu'on se fait guider ensemble. C'est-à-dire que dans les hordes de rats, dans les colonies de rats, il y a des rats qui guident les autres quand ils doivent sortir. Donc il y a aussi cette question-là, qui est-ce qui guide ? Là, c'est trois femmes, donc c'est aussi un endroit assez matriarcal.

6:55
Invité

Et votre troupe, votre collectif est basé à Fécamp en Seine-Maritime. Il s'appelle In Itinéré. Vous êtes une quarantaine. C'est mixte, mais il y a beaucoup de femmes. On entendait bien des accents tout à l'heure. Les comédiens, comédiennes viennent un peu du monde entier.

7:11
Locuteur 1

Oui, on est une quarantaine et il y a 18 nationalités différentes. Donc l'accent, ça a été très présent dans l'écriture. On a beaucoup travaillé aussi avec les langues, les langages de chacun et chacune. C'est un plaisir et c'est vraiment une joie de créer ensemble avec cette internationalité-là. Par exemple, il y a un acteur anglais, il y a une actrice canadienne, il y a une actrice malienne et on est deux Français.

7:31
Invité

Votre collectif qui n'itinérait, le mot de collectif prend tout son sens dans la façon dont vous en parlez parce qu'il s'agit, dites-vous, de poser des questions collectives dans vos spectacles.

7:42
Locuteur 1

Lesquelles ? Souvent, c'est comment est-ce qu'on vit ensemble avec différents axes, mais c'est qu'est-ce qui fait société, qu'est-ce qui fait groupe, qu'est-ce qu'on accepte en tant que groupe. Dans nos spectacles, on a raconté l'histoire de la commune de Paris, on raconte des histoires de familles qui sont forcées à la migration, des questions collectives du choix de fin de vie. Comment est-ce qu'on vit ensemble ? Là, c'est vraiment un quartier, comment est-ce qu'on fait quartier ?

Qu'est-ce qui fait que tout d'un coup, d'une question individuelle, un enfant se fait mordre, la question devient politique, elle devient collective et c'est ensemble qu'on s'en empare et qu'on décide d'y répondre. Et la question du climat,

8:19
Invité

Tilda Barès, vous en faites quoi dans le théâtre de rue où vous êtes justement en prise, à chaque fois que vous faites un spectacle, vous êtes en prise avec le climat, non pas la météo seulement, mais le climat ? Je pense qu'il y a

8:31
Locuteur 1

autant de réponses que de personnes qui font du théâtre en espace public. Mais vous ? Mais c'est très... Bien sûr, on y pense à chaque fois, on y pense dès qu'on joue sous 40 degrés, on y pense dès qu'on joue sous un énorme orage qui est trop gros pour notre climat, on y pense quand on joue à 21h le soir parce qu'en fait à 14h c'est insoutenable. Il y a énormément de festivals qui s'adaptent aux conditions climatiques, on est un peu en retard, forcément, mais qui essaient d'organiser ça. Mais nous, quand on crée un spectacle, forcément, on réfléchit au ciel qu'on va partager avec le public, on crée dehors, on ne peut pas s'isoler de ça.

Donc on le vit ensemble, on le traverse ensemble, on le questionne ensemble.

9:13
Invité

Merci Tilda Barès. La pièce nuisible que vous mettez en scène avec Paul Coulon sera jouée la semaine prochaine à Aurillac, de mercredi à vendredi, inclus au Collège de la Jordane. Lundi prochain, dans les midis de culture, Alietto Vigne recevra le directeur du festival. Merci Tilda Barès d'avoir été avec nous. Merci beaucoup. Merci.