Dominique de Villepin : "Nous sommes désormais dans un monde sans règle ni droit international"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin un ancien Premier ministre, ancien ministre des Affaires étrangères. Il publie « Le pouvoir de dire non » chez Flammarion, livre qui sera en librairie demain. Vos questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. Dominique de Villepin, bonjour. Bonjour. Et bienvenue au micro d'Inter, vous publiez donc « Ce pouvoir de dire non », un texte à votre image, enflammé, lyrique, habité, où vous analysez les bouleversements mondiaux, la décomposition des sociétés occidentales et l'entrée dans le nouvel âge de fer de la guerre.
Ce texte résonne évidemment avec l'actualité au Proche-Orient, avec l'embrasement du conflit entre Israël et l'Iran, avec l'entrée spectaculaire des États-Unis dans la guerre. Vous écrivez que nous sommes entrés dans un monde où la guerre n'est plus un accident, mais un outil ordinaire, une méthode banalisée du rapport de force. Qu'est-ce qui se joue en ce moment selon vous, Dominique de Villepin ? Un embrasement mondial durable, il va falloir s'habituer à la guerre partout, tout le temps. La guerre est-elle devenue la continuation de la guerre par d'autres moyens ?
En effet, c'est tout le danger de la situation, à la fois sur le plan de la stabilité du monde, sur le plan militaire, mais nous en parlerons peut-être aussi sur d'autres seuils. Je pense au domaine écologique, je pense au domaine éthique, je pense au domaine social. Nous franchissons des seuils sans nous en rendre compte et sans ticket retour. Le paradoxe ce matin, quand on se réveille, c'est que si chacun peut se réjouir de voir le régime des Mollahs affaibli, si chacun peut se réjouir de voir le programme nucléaire iranien retardé, nous sommes néanmoins dans un monde plus dangereux parce que nous sommes désormais dans un monde sans règles et sans droits internationaux.
C'est-à-dire que la loi de la jungle, la loi du plus fort, c'est ce qui prévaut partout dans notre monde. Et ce qui s'est passé dans les derniers jours au Moyen-Orient peut se répéter dans d'autres continents. Et le fait que nous, occidentaux, nous soyons parmi les initiateurs à travers les États-Unis, à travers les initiatives d'Israël, doit nous concerner au premier chef. Parce que cela accroît la fracture contre laquelle la France a lutté depuis le début des années 2000. Et c'est le combat de 2003. Éviter cette fracture entre l'Europe, les États-Unis et le reste du monde et le sud global.
Avec ce risque donc d'embrasement, ce risque de guerre infiniment plus dangereuse, compte tenu des moyens dont disposent aujourd'hui les arsenaux dont disposent les différents pays.
Mais vous ne cessez de vouloir défendre le droit international contre cette nouvelle ère où règne effectivement la loi du plus fort. Ce qui avait marché il y a 20 ans, vous vous rappelez souvent votre discours à l'ONU contre la guerre en Irak, est-il encore pertinent aujourd'hui, Dominique de Villepin ? Encore même possible avec des Trumps, des Netanyahou, des Poutines, des Chis ? Que pèse le droit international aujourd'hui ? N'est-il pas la voie de l'impuissance ?
Madame Salamé, en 2003, nous avons défendu la voie de la sécurité collective. En 2003, juste après le drame irakien, j'ai lancé une initiative sur l'Iran. Déjà à l'époque, j'étais inquiet du programme nucléaire iranien, avec mon collègue allemand et mon collègue britannique. Et cette négociation que nous avons été menée à Téhéran avec M. Rouhani, qui est devenu président par la suite, elle a marché. Nous avons signé le premier accord. Et cet accord, il a été confirmé, étendu en 2015.
Depuis, ils ont continué à enrichir leur uranium, ils connaissaient les rapports qui disent qu'ils n'étaient pas loin de la voir.
Les Américains étaient à la veille du sixième round de négociation avec l'Iran, et donc il y avait la possibilité de régler par la diplomatie. Et nous voyons bien, au lendemain des frappes, puisqu'on ne va pas refaire l'histoire, nous sommes au lendemain des frappes. La diplomatie doit reprendre ses doigts, la négociation doit reprendre ses doigts. Comment s'assurer que ce programme nucléaire iranien, il est bien retardé ? Comment s'assurer que ces 400 kilos d'Iranium enrichi qui se baladent aujourd'hui en Iran vont bien être éliminés ? Nous avons besoin d'inspections pour vérifier sur place que ce programme ne franchit pas un certain nombre de minimums qui doivent être respectés.
Il est fallé ces frappes. Le chancelier allemand Friedrich Schmerz dit que c'est le sale boulot qu'Israël fait pour nous. Vous êtes d'accord ?
Je suis d'accord avec Emmanuel Macron quand il rappelle hier que ces frappes sont illégales. Nous n'avons pas aujourd'hui...
Il ne fallait pas les faire.
Il ne fallait pas les faire dans la mesure où la diplomatie permettait d'avancer. Vous savez, il y a deux chemins. C'est toujours pareil. On en revient à cela. Il y a deux chemins. Il y a le chemin que l'on croit le plus court, qui est le chemin de la guerre. Et on se rend compte très vite en avançant que ce chemin y mène à beaucoup plus de drame encore et souvent à du chaos. Et puis il y a le chemin de la diplomatie. Et il faut que l'Europe soit consciente qu'elle ne doit pas lâcher cet objectif. C'est notre devoir. C'est notre vocation. Et c'est ce qui nous permettra d'avoir un monde mieux organisé et plus stable.
Donald Trump, Dominique de Villepin, est une figure importante de votre livre. Le Trumpisme n'est pas la maladie du monde. Il en est le symptôme, écrivez-vous. Alors comment analysez-vous le revirement spectaculaire de Trump sur sa politique étrangère ? Il fait campagne en disant « Je serai le pacificateur. Grâce à moi, il n'y aura plus de guerre dans le monde. » Et en un week-end, il devient chef de guerre qui bombarde des sites nucléaires iraniens, avec donc un pays derrière lui.
Sur des choses aussi graves, l'image que je vais prendre est terrible. Nous sommes dans un match de football américain et Donald Trump a reçu un très beau ballon, pour parler comme lui, un très très beau et gros ballon de la part de M. Netanyahou. Et à partir de là, il a eu le sentiment qu'il pouvait marquer un essai. Et il l'a marqué. Il l'a marqué sans savoir du tout quelles seraient les conséquences. Et s'il pourrait y avoir un engrenage ce matin, il crie victoire. Il crie que bien évidemment, tout ça n'ira pas plus loin et qu'il y aura cessé le feu. Et qu'il y aura cessé le feu. Mais en vérité, personne n'en sait rien.
Personne ne sait quelle est la nature du risque qui est aujourd'hui devant nous. Et c'est pour cela qu'il faut être vigilant. C'est pour cela qu'il faut enclencher un mécanisme diplomatique. Il faut revenir à la table des négociations si nous voulons garantir et sécuriser la situation actuelle. Il ne faut pas rentrer dans une zone qui est dangereuse, qui est celle où la force seule devient l'acteur, le principe des relations internationales.
L'escalade en Iran fait oublier la situation à Gaza. Vous avez des phrases très fortes sur la guerre à Gaza dans votre livre. « Gaza n'est pas un simple conflit local, isolé sur la carte du monde, déjà en flamme. C'est un symbole et un avertissement. » Avertissement de quoi là encore ?
Avertissement de ce que nous avons l'obligation de traiter les injustices et la malheur du monde. Parce qu'on ne peut pas mettre son bonnet sur les injustices et penser qu'on étouffera ainsi les flammes, les passions qui ne manquent pas de surgir. Aujourd'hui, Israël se retrouve dans une nouvelle étape qui n'est pas facile. Et nous devrons accompagner, encourager Israël dans cette voie, qui est une étape politique.
Qui est celle de la domination de la région ?
Israël se retrouve en situation de domination, certains diront d'hégémonie, qui était hier une hégémonie iranienne. Mais ça crée des devoirs, la domination. Et en particulier, Israël doit maintenant non plus traiter militairement les problèmes, pas seulement militairement, mais doit les traiter politiquement. Quelle est la réponse politique que Benjamin Netanyahou va apporter au drame de Gaza ? Nous savons que les otages, bien sûr, tout doit être fait pour les libérer. Mais quelles sont les initiatives politiques ? Quel est le jour d'après pour Gaza ? Quel est le jour d'après pour le Liban ?
Quel est l'encouragement qu'Israël va donner à la reconnaissance de l'intégrité de chacun de ses États ? Est-ce qu'il va restituer une partie du Golan ? Est-ce qu'il va continuer à grignoter les territoires palestiniens pour annexer et déplacer la population ? Aujourd'hui, ces questions politiques, elles sont sur la table. Et il appartient à l'Europe, il appartient aux États-Unis de jouer tout leur rôle pour que nous sortions de l'escalade militaire et que nous rentrions dans l'âge de la responsabilité dans cette région sur le plan politique, sur le plan humanitaire. Parce que nous voyons bien que ce sont les populations civiles qui sont l'impensé de ces drames militaires.
Et puis, il faut aussi penser à l'avenir économique. Et c'est sans doute la seule façon de rallier les monarchies du Golfe, l'Arabie Saoudite, et de normaliser. Parce qu'Israël a le choix soit de maintenir en permanence cette domination militaire, sans véritablement l'asseoir sur le plan politique. Donc, je pense qu'il faut passer à un nouvel âge qui sera celui de la normalisation, mais tout cela à un prix politique.
Dominique de Villepin, on n'a pas fini d'en parler, de toutes ces questions, de la situation au Moyen-Orient, du trumpisme en général et de la redéfinition du monde. Mais ce matin, on vous a aussi invité parce qu'il y a donc ce livre, ce livre où vous parlez beaucoup de la France. On a été frappé en lisant votre livre d'une symétrie de ton avec un autre livre politique paru il y a trois semaines, celui d'Edouard Philippe. Dans votre livre, vous vous appelez, je vous cite, « à se réveiller, à déchirer les voiles d'illusions qui recouvrent les réalités ». Dans le sien, Edouard Philippe fait un appel à la lucidité, appelant à en finir avec la liste des mensonges français.
Il assume d'être en colère. Comment rester calme en ce moment ? Comment ne pas s'emporter face à l'indigence de l'époque ? Comment ne pas voir que notre pays recule, qu'il est bousculé, contesté, même parfois humilié ? Ces phrases d'Edouard Philippe, vous auriez pu les écrire dans votre livre ?
Oui, sauf que je m'efforce de les appliquer à la réalité d'aujourd'hui. Prenons un exemple, la réforme des retraites. La réforme à points était une bonne idée. Elle était sur la table. Edouard Philippe a saboté cette réforme. Et le rêve de porter l'âge de la retraite à 67 ans a mis à mal. Ce projet qui était un bon projet pour la France. Et donc se pose la question aujourd'hui de reprendre les choses. On voit que nous continuons à payer le prix d'une réforme qui est passée en force contre le peuple, contre les salariés, contre les travailleurs.
Le conclat va échouer. Quel est votre regard ?
Souhaitons d'abord que ce matin, François Bayot puisse rattraper les choses. L'avenir de son gouvernement en dépend sans doute. Donc le conclat va échouer. Ce qui montre bien que le problème est beaucoup plus profond que nous le croyons. fondamentalement, la réforme des retraites a cassé l'esprit de réforme dans ce pays et créé une défiance des Français vis-à-vis des projets portés par les politiques. Et c'est pour cela que je proposerais dans la perspective de 2027 que nous fassions trois avancées. La première, c'est que nous reprenions le projet de la réforme à points, puisque c'est une réforme qui peut être plus lisible et plus juste.
Pardon, ça veut dire que vous seriez au pouvoir aujourd'hui ? Vous arriveriez au pouvoir en 2027 ? Vous abrogez la réforme des 64 ans ?
Absolument. Et je crois qu'il faut arrêter de parler d'un âge légal, 64 ans, pour se concentrer sur le respect d'un certain nombre d'années, d'un certain nombre d'annuités et donc sortir de ce traumatisme.
Vous reprenez la retraite à points de la CFDT ?
Je reprends la retraite à points. Avec de la capitalisation ou pas ? Parce que je crois que cette retraite à points introduit plus de lisibilité et plus de justice. Aujourd'hui, si vous êtes un CAP fleuriste, par exemple, eh bien, si vous avez commencé à 18 ans, vous partez à 44 ans. Et si vous êtes un cadre bancaire, eh bien, vous partez à 43 ans. Cette injustice est inacceptable. Et, par ailleurs, il faut que nous introduisions le respect de critères de pénibilité. Emmanuel Macron a sorti un certain nombre de critères. On voit bien que, dans le calcul de l'âge de départ, eh bien, cette pénibilité, elle doit être prise en compte. Et la capitalisation ?
La capitalisation peut apporter quelque chose, mais à la marge du système de répartition, qui est le système qui a la confiance des Français. Donc, que nous introduisions un peu de capitalisation, c'est une bonne chose, en titre complémentaire.
Et s'il n'arrive pas à rattraper le coup, comme vous dites, François Bayrou doit-il partir ?
Je souhaite la stabilité pour notre pays, jusqu'en 2027.
Donc, vous souhaitez qu'il reste jusqu'en 2027 ?
Oui.
Quitte à ce qu'il y ait de l'immobilisme total ?
Mais l'immobilisme, il faut tout faire pour essayer de l'amender. L'immobilisme, il ne date pas de 2024. Et la grande erreur qu'on fait quand on regarde la vie politique, c'est qu'il y a des processus, il y a des seuils. L'immobilisme, il date de 2022, quand le premier gouvernement de Mme Borne, et à la suite de cela, celui de M. Attal, ont choisi de ne pas solliciter la confiance de l'Assemblée nationale. Il faut créer les conditions de la recherche d'un consensus, d'un compromis possible, et il faut que la vie politique apprenne le consensus.
Donc, il ne faut pas censurer François Bayrou ?
Nous sommes revenus à la République des Partis, celle-là même que condamnait le général de Gaulle, et nous devons tout faire pour revenir à une situation plus sereine.
Alors, il y a une thèse, Dominique de Villepin, dans votre livre, c'est que Jacques Chirac a été le dernier président de tous les Français, et que depuis 20 ans, nous vivons une forme, disons, de décadence politique. Chez Nicolas Sarkozy, chez François Hollande, chez Emmanuel Macron, jamais je n'ai retrouvé cette patte commune qui part de la leur différence, sauté aux yeux, chez Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, ce respect presque sacré pour ce que signifie profondément la France. En écrivant ces mots, n'êtes-vous pas, ne le prenez pas mal, un homme du passé qui dit que c'était mieux avant ?
Se réclamer de Chirac, n'est-ce pas, risquait d'apparaître comme un homme bloqué dans les années 2000 ? Qu'aurait fait Chirac en 2025, à l'heure des réseaux sociaux, de l'info en continu ? Vous pensez vraiment qu'il aurait fait mieux que Sarkozy, Hollande et Macron ?
Je pense que notre système institutionnel a été dévoyé. C'est la lecture des institutions et de la constitution que je critique. C'est l'idée d'un président qui veut tout faire. Nous sommes aujourd'hui, en 2025, encore davantage que précédemment, dans une situation où il faut des équipes, où il faut une capacité de mobilisation collective. Or, la verticalité présidentielle, l'idée d'un président qui devient une sorte de super Premier ministre avec un super collaborateur à côté de lui, ça c'est le passé. Ça, c'est ce qui n'a pas marché depuis 2007. Et donc, il faut revenir à ce qui est l'essence de la fonction présidentielle.
Un rôle d'arbitre, on aurait bien besoin en ce moment d'un président arbitre qui nous explique quelle est la situation, qui puisse fixer un certain nombre d'orientations. Un président garant de la continuité nationale. Un président qui soit l'inspirateur de la nation. C'est justement cela la fonction présidentielle. Un homme qui est préparé à la complexité des choix internationaux et qui ne découvre pas l'international le jour où il arrive à l'Elysée. Tout cela, il faut le renvoyer au passé. L'avenir au contraire. La modernisation, c'est l'esprit d'une fonction qui est en phase avec les besoins des Français et du monde. C'est vous donc, si on lit le livre ?
Mais c'est tous ceux qui peuvent aujourd'hui cocher les cases dont je parle et qui peuvent respecter cet esprit de nos institutions. Ça c'est une réponse langue de pointe. Non, je ne suis pas dans une démarche personnelle, vous l'avez compris. C'est pour cela que j'ai choisi de créer mon mouvement, un parti.
La France humaniste.
La France humaniste qui sera présidée par Benoît Jiménez.
Que vous venez de créer là, aujourd'hui.
Un maire, le maire de Garges-les-Gonesse. Parce que je crois que c'est du terrain qu'il faut partir. Vous voyez, la vieille politique, elle part d'en haut et elle croit qu'elle peut tout changer toute seule. La vraie politique, elle part des Français. Et ce respect-là, il faut aujourd'hui repartir à l'écoute de ce qu'ils ont à nous dire.
Qu'est-ce qui vous empêcherait d'y aller ?
Si quelqu'un est mieux placé que moi et mieux à même de défendre les idées que je porte.
Donc c'est les sondages qui décideront ?
C'est pour cela que ma démarche, elle est collective. Et c'est pour cela que j'ai décidé de prendre les choses en main, de me mobiliser, de créer, nous avons déjà créé plusieurs dizaines de comités locaux partout en France, de rassembler, je veux rassembler, tous les élus qui le souhaitent. Et je veux le faire dans un esprit non-partisan. Ce n'est pas un mouvement partisan. Il est ouvert à tous, l'inscription est gratuite. Il y a véritablement le choix de rassembler.
Vous refaites le Macron en 2017 en même temps. Ce n'est pas un mouvement partisan. On est au-dessus des partis, ni de droite, ni de gauche. On a déjà vu, on a déjà entendu.
Oui, mais ça n'a rien à voir. Moi, je respecte les partis politiques. Ils ont leur rôle à jouer. Ils ont en tant que parti une responsabilité. Je ne cherche pas à bousculer les deux tours du World Trade Center comme a voulu le faire Emmanuel Macron pour se retrouver dans un grand désert tout seul et incapable finalement de changer les choses en France. Je crois que les partis politiques ont leur rôle, mais je crois que le président de la République, celui qui doit diriger le pays, doit être au-dessus des partis.
Mais avec qui pourriez-vous gouverner ? Qui serait votre Premier ministre ? Votre ministre des Affaires étrangères, votre ministre de l'économie, des gens de l'actuelle majorité, des gens du PS, des Insoumis ? Il faut faire avec ce qu'on a. Je viens de décrire un paysage.
Oui, vous venez surtout de me décrire un fond de casserole, ce qui n'est pas du tout l'approche que j'ai de la politique. Je crois que la politique, c'est d'abord de montrer qu'il y a un autre chemin. Je prends un exemple ce matin. C'était intéressant la présentation de la Moteo. Encore une journée chaude. On s'est habitué à des journées chaudes, à des épisodes caniculaires. On s'est habitué aux catastrophes naturelles. Mais aujourd'hui, l'exception devient la norme. Et cela, il faut le prendre au sérieux. Là encore, franchissement d'un seuil, nous sommes en train de dépasser les 1,5 degrés pour aller vers les 3 degrés. Et c'est une catastrophe pour la planète.
Et c'est pour ça que je propose que nous puissions nous fixer un objectif à 2050 d'inscrire dans la Constitution la neutralité carbone. Nous devons, nous Français, parce que nous devons donner l'exemple, être lucides sur le fait que nous changeons de monde. Respecter ses seuils. Être lucides et conscients des conséquences. C'est ça la citoyenneté. Et c'est en ça que nous pourrons faire nation. Vous voyez aujourd'hui, si notre pays est divisé sur les relations internationales, c'est parce que la diplomatie ne joue pas son rôle. La diplomatie n'est pas à la hauteur des enjeux.
Une diplomatie dont nous pourrions être tous fiers, qui ne change pas tous les matins de position, qui ne soit pas une diplomatie girouette. C'est cela l'exercice du pouvoir.
Il nous reste 3 minutes. 2-3 questions courtes. Est-ce que vous avez, et est-ce que vous aurez les signatures ?
Alors, si j'en crois le mouvement qui se crée aujourd'hui, je n'ai aucun doute sur le fait que nous aurons les signatures et la capacité de financer une campagne le moment venu.
Sur votre ancienne famille politique, vous n'y allez pas de main morte dans le livre. Vous déploriez aussi en mai, je vous cite l'évolution de ce parti politique que l'on appelait la droite républicaine. C'est en fait une droite réactionnaire, ultra conservatrice, identitaire, qui fait la course avec le Rassemblement National. Quand j'entends M. Rotaillot sur bon nombre de sujets, j'ai du mal à faire la différence avec ce que dit le Rassemblement National. Ce à quoi Gérard Larcher vous a répondu à notre micro il y a quelques jours. Avoir du mal sur un certain nombre de sujets à faire la différence entre vos propos et ceux tenus par Jean-Luc Mélenchon.
Il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Je ne suis en accord sur à peu près rien avec la France insoumise. Que ce soit le changement de constitution, qu'il s'agisse de savoir ce qu'il en est de la montée de l'antisémitisme dans notre pays que je n'ai jamais qualifié de résiduel, qu'il s'agisse de la progérulation internationale, où je ne crois pas qu'une France non alignée puisse être la solution. Je ne suis à peu près d'accord sur rien. Qu'on puisse se retrouver sur un constat, une analyse, c'est une chose. Mais là, il y a une formidable mauvaise foi. La vérité, c'est qu'aujourd'hui, ce mouvement, les Républicains, avec M.
Rotaillot, il est entraîné dans une dérive identitaire. C'est-à-dire qu'il entraîne notre pays dans une course-poursuite avec le Rassemblement national en essayant de cocher un certain nombre de cases qui toutes n'ont aucun effet sur le plan national, aucun effet sur l'amélioration de la situation sécuritaire, mais qui ouvrent un certain nombre d'incendies. Alors, c'est facile d'avoir un nouveau débat sur le voile. C'est facile d'avoir un débat sur le contrôle dans les gares, comme à la gare du Nord, avec des contrôles au faciès. On divise les Français, on stigmatise, mais ça ne rend pas la France plus forte, ça ne l'arme pas pour faire face aux difficultés du monde.
Sur le voile et la laïcité, vous en parlez dans le livre. Vous dites que nous avons fait de la laïcité un filtre pour repérer et détruire tout ce qui dévie de notre vision du monde. Qu'est-ce que ça veut dire ? Concrètement, ceux qui veulent interdire le voile dans les compétitions sportives ou à l'université ont tort à vos yeux ? Dès lors qu'on fixe une règle,
qui est que les fédérations décident une règle claire, et que ce n'est pas au coup par coup, et qu'à chaque fois, on ne cherche pas à grignoter un peu plus. La laïcité, c'est une loi sereine. Ce n'est pas une arme qu'on peut tourner contre telle et telle catégorie de Français. Et c'est là où la République doit retrouver son sens. Rassembler tous les Français dans la République sans chercher à considérer qu'il y a des citoyens de deuxième zone.
Ça, c'est la théorie sur les compétitions sportives.
Le voile dans les compétitions sportives, vous êtes pour ou contre ? À partir du moment où les fédérations considèrent que dans leur fédération, il y a un problème et qu'il y a une exigence qui doit conduire à cette interdiction, j'accepte parfaitement cette décision. Mais je ne veux pas que ce soit un sujet de politique politicienne qui nous conduise en permanence à la surenchère et à placer notre pays dans cette situation de division. Nous le voyons aujourd'hui. Nous sommes dans un monde plus dangereux.
Et si nous ne sommes pas capables de nous unir, malheureusement, le risque terroriste, qui est une maladie opportuniste du monde, ça croit, ça croit, ça croit, et visera tout particulièrement notre pays. Donc faisons en sorte d'être responsables. Et quand nous sommes aujourd'hui devant des situations où un ministre de l'Intérieur est en même temps président des Républicains, eh bien je souhaite qu'il soit ministre de l'Intérieur à plein temps et n'utilise pas les plateaux pour semer la bonne parole au bénéfice de son parti.
Vous souhaitez qu'il quitte soit son poste au gouvernement,
soit la présidence des Républicains ? Je suis pour l'esprit de responsabilité. Nous sommes dans un moment difficile. Nous avons besoin de paroles sereines et nous avons besoin de ministres qui marquent des points pour la France, pas pour leur parti, pas pour leurs militants, pas pour leurs idées. D'autant que ces idées sont souvent dangereuses pour notre pays.
Eh bien merci Dominique de Villepin. Le pouvoir de dire non, votre livre chez Flammarion sera en librairie demain. Merci encore d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Dominique de Villepin