Edouard Geffray : "L'urgence, c'est un budget pour préparer la rentrée prochaine"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Et dans ce grand entretien avec Benjamin Duhamel, nous recevons ce matin le nouveau ministre de l'éducation nationale. Vos questions et réactions qu'on imagine nombreuses au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Bonjour Edouard Geffray.
Bonjour.
Merci d'avoir choisi France Inter pour votre toute première interview de ministre de l'éducation nationale du gouvernement Lecornu 2. On va aborder beaucoup de sujets avec vous. On a beaucoup de questions qui concernent des millions de Français, enseignants, élèves, parents d'élèves. On va voir quelle est votre feuille de route et quels seront vos moyens à l'heure des économies budgétaires. Mais d'abord, après Elisabeth Borne, Anne Jontet, Nicole Belloubet, Amélie Oudéa-Castera, Gabriel Attal et Papendiaï, vous êtes le septième ministre de l'éducation nationale à venir à ce micro depuis trois ans.
Donc comprenez-vous, Edouard Geffray, que les Français puissent avoir du mal à faire confiance à un ministre qui ne sera peut-être plus là dans quelques semaines ?
Moi, je comprends parfaitement qu'ils en aient un peu assez, notamment nos collègues professeurs. Maintenant, moi, je suis là pour servir.
Quelle que soit la durée de votre poste.
Quelle que soit la durée. Moi, je suis un serviteur, vous savez, et un serviteur de l'école pour lequel j'ai beaucoup travaillé en tant que fonctionnaire. Maintenant, je suis ministre, c'est autre chose. Mais je suis là pour servir l'école et les professeurs, et évidemment les élèves et les parents.
Mais vous avez conscience de la précarité du poste ? Ceux qui nous écoutent ce matin se demandent si vous serez encore là dans quelques semaines, à la fin de l'année. Est-ce que vous avez un peu de visibilité ? Vous vous inscrivez dans la durée ou pas ?
Je m'inscris dans la durée, oui, évidemment. Parce que, comme vous l'avez vu, le Premier ministre a eu un certain nombre de décisions courageuses pour rendre possible et vraiment créer les conditions à départ parlementaire aussi complètes sur rien que possible. Maintenant, on a parfaitement conscience qu'il y a une certaine incertitude politique, une certaine instabilité politique. Moi, je suis là. Quelle que soit la durée, j'aurais presque envie de vous dire, de mon point de vue purement personnel, peu importe. Moi, je ne suis pas là, Edouard Geffray, pour Edouard Geffray.
Je suis là pour l'école. Non, mais il faut du temps pour mettre en œuvre un certain nombre de politiques éducatives. Et c'est vrai que, par rapport à d'autres ministères, l'éducation nationale a été particulièrement marquée par cette valse des postes. Est-ce que ça veut dire qu'au fond, ce n'est pas un sujet prioritaire pour l'exécutif ?
Je pense que c'est un sujet prioritaire, mais que tout le monde a, entre guillemets, un peu subi les incertitudes des derniers mois. C'est comme ça. Maintenant, très honnêtement, il faut un peu regarder en avant. Une fois encore, moi, je suis là pour à la fois voir ce qu'on peut faire, comment résoudre les problèmes, préparer la rentrée prochaine. C'est ça, l'urgence. Pour l'instant, il nous faut un budget pour préparer la rentrée.
Alors, Edouard Geffray, vous n'êtes pas nouveau dans le monde de l'éducation, puisque vous êtes haut fonctionnaire spécialisé dans ce domaine depuis l'élection d'Emmanuel Macron, DRH de l'éducation nationale, puis numéro 2 du ministère. Voilà ce qu'elle dit Sophie Vénétité. Quand vous avez été nommée, c'est la patronne du SNES, le syndicat enseignant, voilà ce qu'elle dit. Edouard Geffray connaît très bien le ministère et pour cause. En 5 ans, il a été le chef d'orchestre de tous les bricolages, réformes faites et défaites qui ont contribué à l'état désastreux de l'éducation nationale. Ce n'est pas génial, génial comme accueil.
Oui, alors, chacun peut dire ce qu'il souhaite. D'abord, moi, j'ai d'excellentes relations, je vais dire, personnelles avec les syndicats avec qui je travaille beaucoup et avec lesquels je compte travailler.
Ça ne se voit pas, dans la réaction quand même.
Dans le travail, ce qui compte, c'est de travailler ensemble. Ce n'est pas après ça, telle ou telle réaction. Ce qui compte, c'est de travailler ensemble. Moi, j'ai été fonctionnaire pendant, effectivement, 7 ans à l'éducation nationale. Je l'ai fait loyalement et je l'ai fait sous des ministres différents. Je pense que tous les fonctionnaires qui nous écoutent ce matin savent que c'est qu'être fonctionnaire.
Et donc, vous êtes, Edouard Geffray, comptable de l'action qui a été menée par les ministres qui se sont succédés, avec lesquels vous avez travaillé, Jean-Michel Blanquer, Gabriel Attal. C'est aussi votre bilan.
Mais comme tous les hauts fonctionnaires, j'ai effectivement travaillé sous 5 ministres différents qui avaient des orientations différentes et qui ont mené des actions différentes. Maintenant, je suis ministre, j'ai une méthode, et ça serait d'ailleurs bien qu'on en parle. Et bien, justement.
Et puis, j'ai des actions de fond que je souhaite porter. Justement, Edouard Geffray, rentrons tout de suite dans le vif du sujet, si vous le voulez bien, avec d'abord la question des moyens. Le budget de l'éducation nationale pour l'année 2026 prévoit une hausse de 200 millions d'euros. Mais quand on regarde dans le détail, environ 4000 postes, 4018 pour être précis, postes d'enseignants vont être supprimés. Alors, vous mettez en avant pour justifier ces baisses d'effectifs, l'effondrement démographique. Pourquoi ne pas avoir profité de cette évolution pour précisément alléger des classes surchargées ? Est-ce que vraiment, l'argument de l'effondrement démographique est un bon argument ?
Alors, ce n'est pas une question d'argument, c'est une question de réalité. Dans le premier degré, donc dans les écoles maternelles et élémentaires, entre 2018 et 2028, on aura perdu un million d'élèves. Un million. On va passer de 6,7 millions à 5,7 millions. D'accord ? Un million d'élèves. C'est absolument considérable. Et l'école est en première ligne de l'effondrement démographique. Vous ne le voyez pas encore sur le marché du travail, mais nous, on le voit tous les jours dans nos classes. Le budget qui a été préparé, qui est un point de départ, je le rappelle, qui est un point de départ, mais le budget qui a été préparé, il tire en partie les conséquences de cette démographie.
Parce que tout simplement, quand vous perdez 100 000, 150 000 élèves par an, au bout d'un moment, vous ne pouvez pas...
Vous voyez ce que répondent les professeurs. Ils constatent effectivement cet effondrement démographique, mais ils disent pourquoi ne pas en profiter, alors que vous avez des classes surchargées, pour précisément faire en sorte que ce qu'on appelle le taux d'encadrement, c'est-à-dire le nombre d'élèves devant chaque professeur, soit plus important. Vous auriez pu dire, on profite de ces élèves en moins pour faire en sorte qu'il y ait moins d'élèves par classe. Ce n'est pas le choix que vous avez fait.
Le choix qu'on a fait, c'est un choix qui est mixte. Parce que, pardonnez-moi, mais l'école, elle ne tient pas dans un tableur Excel. Si à la fin, on fait une règle de 3, on peut arriver effectivement à ce genre de choses. Mais ça ne tient pas dans un tableur Excel. Il y a des endroits où aujourd'hui en France, malheureusement, il n'y a plus d'enfants. Il n'y a plus d'enfants. Et donc, il y a des endroits où effectivement, on est obligé de supprimer des postes. On essaye, et on ne suit pas la démographie. Si on suivait la démographie, on aurait dû retirer 8 ou 9 000 postes cette année. Donc, on ne suit pas la démographie. C'est ça qu'il faut savoir. On ne la suit pas du tout.
On la suit en partie parce qu'il y a des réalités qu'il faut suivre. On essaye de tempérer au maximum et au maximum les fermetures de classe. Et par ailleurs, on réinvestit les moyens précisément là où les cas sont chargés. Juste, Edouard Jeffrey, juste un tout petit peu.
Oui, juste, je reprends la phrase que vous utilisiez il y a quelques instants. Vous disiez, c'est un point de départ. Est-ce que ça veut dire que vous laissez la possibilité, la porte ouverte, que dans le cours de la discussion budgétaire, vous reveniez sur ces suppressions de 4 000 postes ? Est-ce que c'est une possibilité ? Si vous permettez, juste un point.
Avant, à la rentrée de 2026, si on parle en moyenne, on aura 21 enfants par classe dans le premier degré. C'est la première fois de l'histoire du système éducatif français qu'on a un chiffre aussi bas d'élèves par classe. La première fois. Dans l'histoire du système éducatif français. En 150 ans, on n'a jamais eu ça. Et ce nombre d'élèves par classe, il va continuer à baisser parce que précisément, on ne suit pas complètement la démographie. On n'en prend qu'une petite partie. D'accord ?
Et ensuite, pour répondre à votre question, et pardonnez-moi, mais je crois que c'était quand même important que nos auditeurs le sachent, pour répondre à votre question, le Premier ministre a dit des choses très clairement. Il a dit, on propose, le Parlement débat et le Parlement vote. Donc, par définition, les débats, ils sont ouverts. Ils sont ouverts, après ça, dans un contexte budgétaire que tout le monde connaît, qui est extrêmement contraint. Et par définition, le débat est ouvert.
Alors, pour autant, au standard, on a par exemple Olivier qui veut nous parler du manque de profs dans les établissements. Il manque un professeur, je n'arrive pas à lire sa question, il manque un professeur de philosophie depuis le début de l'année dans le lycée de son fils ou de sa fille en terminale. Donc, il en manque toujours des profs. Je crois qu'il y avait un sondage du SNES à la rentrée qui expliquait que dans plus d'un établissement sur deux, il manquait au moins un professeur.
Alors, on a deux choses différentes. Est-ce que les moyens sont attribués en loi de finances ? Et ça, on vient de s'en parler. Au passage, d'ailleurs, on va créer aussi, parce que, pardon, mais c'est important, on prépare l'avenir. On crée 8000 postes supplémentaires pour les concours de cette année. Et donc, ça fait 46% de postes en plus au recrutement cette année, pour nos auditeurs. On va investir aussi sur le social, le médico-social, la santé. Donc, il faut quand même aussi le rappeler, c'est un environnement global.
Et ensuite, il y a la capacité, effectivement, à recruter dans les disciplines en question et à remplacer les professeurs qui sont absents parce qu'ils sont éventuellement malades ou parce qu'ils ont d'autres contraintes. Bien. Donc, le sujet de notre auditeur, que j'entends et qui est évidemment très préoccupant, c'est de faire en sorte ensuite que chaque poste soit effectivement pourvu et que chaque professeur absent puisse être remplacé. Mais ça, c'est un autre débat que...
Mais il y a un sujet d'attractivité quand même de la profession.
D'où l'importance de la réforme des concours. Juste, à vous écouter, tout va bien ? C'est-à-dire que je vous interroge sur les postes qui baissent. Vous me dites, en fait, le taux d'encadrement, il va être amélioré. Vous dites, on n'a jamais recruté autant de professeurs alors qu'effectivement, il y a une crise d'évocation que l'on voit chaque année dans les concours. Vous êtes satisfait de l'état de l'éducation nationale aujourd'hui ?
Je ne suis pas du tout satisfait. Je pense d'abord qu'il ne faut pas toujours le voir négativement. Parce que moi, je suis là pour remettre le professeur au centre de l'école et pour quand même que personne n'oublie les lettres de noblesse de l'école. L'école, c'est extraordinaire ce qui se passe au quotidien aux écoles. Et toute personne qui a vu son enfant progresser à l'école le sait. Et il ne faut pas l'oublier. Et la deuxième chose, c'est qu'on a effectivement un certain nombre de contraintes. Soit on les subit, soit on essaye d'agir. On a une contrainte démographique, on en profite pour agir et pour baisser le nombre d'élèves par classe.
On a aujourd'hui des enjeux majeurs d'attractivité. Alors, on pourrait continuer à subir. Non, on fait un concours dès la L3. L'année prochaine, vous avez des milliers d'étudiants qui sont au stage d'étudiants en L3 qui vont rentrer dans un Master 1 et ensuite un Master 2 où ils seront payés pour devenir professeurs. 1400 euros par mois Master 1, 1800 euros Master 2.
Ça, vous pensez que ça va régler la crise des vocations ? Parce que le salaire n'augmente pas par ailleurs.
Je pense que c'est une misère d'attractivité majeure. Et quand vous allez dans les universités et que vous rencontrez les étudiants de L3, quand ils découvrent qu'en fait, c'est 1400 euros par mois en Master 1, 1800 euros en Master 2 pour être formés et se voir mettre le pied à l'étrier, on sait que c'est très important de ne pas tomber, si je puis dire, du jour au lendemain dans la classe à la suite de la réussite des concours. Aujourd'hui, on est en train de préparer ça. Donc, je ne vous dis pas que c'est parfait. Loin de là, mais vraiment loin de là. Ce que je vous dis, c'est qu'on essaie de préparer l'avenir ensemble.
Edouard, j'ai fait question d'Elo sur l'application Radio France. Qu'allez-vous faire face au manque d'AESH ? Ce sont les assistants d'éducation pour les élèves en situation de handicap dans les écoles. Les crédits du projet de loi de finances 2026 ont-ils baissé sur cette ligne ? Et là, pour donner les chiffres précisément, dans le budget 2026, vous créez 1200 postes d'accompagnants, ce qui est nettement moins que les autres années. En 2025, c'était 2000. En 2024, c'était 3000. Là encore, chiffre qui est assez stupéfiant. À la rentrée 2025, il y avait 9% d'élèves en situation de handicap qui n'avaient pas d'AESH.
Est-ce que là encore, c'est une conséquence des contraintes budgétaires qui sont les vôtres en cette rentrée ?
Alors, on a évidemment des contraintes budgétaires. On a aussi des contraintes de vivier. Vous le savez, mais sur le territoire national, on a parfois du mal, en réalité, à pourvoir les postes d'AESH, ce qui pose aussi la question de leur attractivité. C'est partie des sujets sur lesquels je compte me pencher au cours des prochains mois. Donc, pour cette année, effectivement, on crée 1200 postes d'AESH de plus. Il faut savoir qu'on a créé quand même 70% de postes d'AESH de plus depuis 2017. Donc aujourd'hui, en réalité, on essaye en fait de suivre... Pour autant, quasiment un élève handicapé sur 10 n'a pas d'assistant pour lui à l'école. On est face à une progression.
Ces dernières années, on a connu en moyenne une progression, alors ça commence un peu à se tasser, mais qui était de l'ordre de 10 ou 12% du nombre d'élèves qui bénéficiaient chaque année d'une notification d'AESH. Donc, on essaye évidemment de pourvoir à cela. Ça suppose une fois encore de travailler aussi sur l'attractivité du métier.
Comment est-ce qu'on explique, je vais prendre un cas concret, qu'en Ile-et-Vilaine, l'éducation nationale est licenciée en cette rentrée ? 25 à AESH, malgré la pénurie dont on parle, parce que ces femmes, ce sont le plus souvent des femmes, refusées de passer de 10 à 30 établissements, sans primes, sans dédommagement. Comment c'est possible, ça ?
Alors, sur le cas précis, je ne sais pas. Je l'ai vu et j'ai demandé à ce qu'on me fasse remonter le sujet, pendant à vous cacher. Ça fait typiquement partie des choses sur lesquelles il faut qu'on se penche, parce que c'est pas... Spontanément, je m'interroge. Ça tient, je pense, au fait qu'on essaye actuellement de travailler, en fait, au niveau de zones. Alors, c'est pas forcément simple à expliquer, mais on essaye de travailler sur des zones géographiques un peu élargies pour, en fait, permettre d'employer les AESH le plus possible à temps plein. Parce qu'en fait, si vous êtes sur une ou deux écoles, c'est pas forcément...
Mais le tout pour 900 euros par mois, globalement ?
Alors, ça, 900 euros, c'est si vous n'êtes précisément pas à temps plein. Mais, justement, l'un des enjeux, en fait, c'est de permettre d'augmenter, pour ceux qui le souhaitent, le temps de travail. Il ne faut pas qu'on arrive à des situations aberrantes où les gens se retrouvent à faire 30 ou 40 km par jour, ou même 20, pour aller d'un établissement à l'autre. Donc, typiquement, là-dessus, ça fait partie des choses
que je vais regarder de près. Et vous allez regarder sur ce sujet. Edouard Jeffrey, vous arrivez au ministère de l'Éducation dans un moment de flou sur votre feuille de route et sur les chantiers entamés par ceux auxquels vous succédez. Je voudrais qu'on s'arrête un instant sur ce que Gabriel Attal avait appelé le choc des savoirs. Et vous aviez été, comme haut fonctionnaire au ministère, l'un des principaux artisans de ce choc des savoirs. La mesure emblématique, c'était ce qu'on appelait à l'époque les groupes de niveau, qui ont ensuite été pudiquement appelés les groupes de besoin, mis en place aujourd'hui en sixième et en cinquième au collège pour les maths et pour le français.
Quel bilan est-ce que vous faites de ces groupes de niveau slash besoin ? Est-ce qu'il faut les élargir ? Par exemple, en quatrième et en troisième ? Ou est-ce que, comme les syndicats vous le demandent, il faut arrêter les frais sur ces groupes de besoin ?
Alors, deux éléments. D'abord, on n'a pour l'instant que des premiers retours. Il y a une première liste de l'inspection générale qui a montré que le bilan était, on va dire, assez mitigé.
Qui dit, je cite, « un risque fort d'accroître les écarts entre les élèves » et notamment ce qui était la principale critique sur ces groupes de besoin, c'est-à-dire le fait qu'il y avait un risque de tri social entre les bons élèves d'un côté et les moins bons de l'autre. C'est pour le moins mitigé. Oui, vous maniez l'art de levé.
Vous êtes d'accord. Donc, moi, je ne suis pas partisan de créer de la confusion et de vouloir à tout prix imposer un format ou un autre. L'école, ce n'est pas un jardin à la française. L'école républicaine, c'est une école de l'équité et de l'égalité, mais c'est aussi une école qui s'adapte aux réalités territoriales. Il y a des endroits où les équipes se sont emparées, compte tenu de la configuration de leur établissement, du niveau de leurs élèves, de la façon dont elles s'organisent, des groupes de besoin, et où elles considèrent que ça marche. Moi, quand quelque chose marche à un endroit, je n'ai aucune raison de dire aux équipes de faire différemment.
S'il y a des endroits où, pour être clair, les groupes de besoin ne marchent pas, où les équipes considèrent que ce n'est pas efficace, où les résultats ne se voient pas, voire éventuellement se dégradent, il faut que les chefs d'établissement et les équipes puissent faire différemment. C'est un peu une question de bon sens. Le but du jeu, ce n'est pas qu'une réforme fasse ceci ou fasse cela. Le but du jeu, c'est que nos élèves progressent. Si avec les moyens dont les établissements disposent et les facultés qu'on leur donne, les élèves progressent, mais laissons-les s'organiser pour que ça marche.
Ce que vous êtes en train de dire, du coup, c'est que ça devient optionnel, cette création de groupe de niveau, vous allez laisser ça à l'appréciation de chaque établissement ?
Ce que je suis en train de dire, c'est que j'aimerais bien d'abord qu'on prenne un tout petit peu de recul, parce que, quelle que soit l'organisation, on sait toujours qu'il faut un petit peu de temps pour que ça s'installe, il ne faut pas tenir mordicus à une organisation universelle pour tous les collèges, quand on sait qu'elles ont où ça marche. Donc, l'élargissement à d'autres classes,
hors 6e, 5e, ça ne me semble pas la priorité.
On va prendre une auditrice au standard. Bonjour, bienvenue Stéphanie.
Bonjour, je me présente, je suis assistante sociale en faveur des élèves depuis 7 ans à l'éducation nationale, hors syndicat, et j'entends le ministre là depuis une demi-heure, donc je suis assez surprise de votre satisfaction personnelle concernant, j'allais dire, votre bilan, puisque ça fait quand même un certain temps que vous œuvrez à la progression, dites-vous, de l'éducation nationale. Or, il semble que vous ayez un déni de réalité. Sur le terrain, la réalité n'est pas du tout celle que vous décrivez, donc certains points ont été abordés par les journalistes, ça aurait été bien que ça puisse être approfondi.
L'école inclusive avec le manque de moyens drastiques met à mal vraiment les enseignants. Les niveaux ont baissé. L'entrée avec les compétences au collège pose vraiment question. Les compétences psychosociales sont extrêmement dégradées. Les élèves, les professeurs de premier degré sont difficiles à recruter, puisque maintenant on recrute en speed dating à Pôle emploi. Moi, j'ai un constat complètement alarmant de l'éducation nationale. Le constat, il n'est pas personnel, je suis hors syndicat. Les parents d'élèves le constatent aussi, sans parler des langues. Alors voilà, ils apprennent les langues, ils sont incompétents en langue.
Et il y a une vraie souffrance, en tout cas, à l'éducation nationale, tant au niveau des personnels, plus largement qu'enseignants d'ailleurs, aussi des élèves et des familles.
Dans ce tableau très noir que vous dressez, Stéphanie, qu'est-ce que vous répondez, M. le ministre ?
Tout à l'heure, on a parlé budget. On n'a pas parlé de l'état de l'école en général. Si on parle de l'état de l'école en général, évidemment que la situation est extrêmement inquiétante. Elle est extrêmement inquiétante en termes de niveau. Elle est inquiétante en termes d'inégalités sociales et scolaires. Enfin, plus à mon d'inégalités scolaires adossées aux inégalités sociales. Elle est aussi extrêmement préoccupante en termes de santé physique et psychique des élèves. Et moi, il se trouve que c'est pour ça que ce sont mes trois priorités en réalité.
J'ai une première priorité qui est effectivement de travailler sur, j'allais dire, dans le fond, la qualité pédagogique du service public de l'enseignement. Et c'est pour ça qu'il faut travailler sur la formation initiale qu'on est en train de préparer et sur la formation continue. Et il faut clairement que sur la formation continue, on franchisse un cap. Parce que ça fait des années que tout le monde dit formation continue, formation continue. Et qu'en réalité, on n'a pas changé de braquet. Donc, il faut changer de braquet sur la formation continue. Sur la très grande difficulté scolaire, il faut savoir qu'aujourd'hui, 15% des collèges concentrent 40% des grandes difficultés scolaires.
Soit on continue à saupoudrer, à vouloir faire le même chose partout, etc. Soit on concentre des moyens supplémentaires, notamment avec la démographie, et un effort pédagogique particulier sur ces 15% de collèges. Et moi, c'est ce que je veux faire. Edouard Geffray. Et pardonnez-moi, troisième chose que je voulais bien, sur la sécurité physique et psychique, et notamment psychique, on a aujourd'hui 30% des élèves qui déclarent des troubles anxieux dépressifs d'après l'étude de l'INSERM de la semaine dernière.
Avec un médecin pour 13 000 élèves, un psy pour 1500 élèves.
C'est d'ailleurs pour ça qu'on va recruter des psychologues, des infirmières et des assistantes sociales comme madame dans le PLF. On crée des postes supplémentaires, plusieurs centaines. En revanche, sur les médecins scolaires, vous savez que j'ai un problème, c'est que j'ai les postes. Aujourd'hui, et je n'ai pas les médecins, je ne trouve pas de médecins. J'ai un poste sur deux qui est vacant en matière de médecine scolaire.
Pour reparler du niveau qui inquiétait Stéphanie et qui vous inquiète aussi, j'accueille Aurélien. Aurélien Austandard, bonjour et bienvenue. Vous appelez de Montpellier. Oui, j'appelle de Montpellier. J'ai lu une étude dans Le Monde hier que les gens lisaient de moins en moins et que de ce fait, la génération Z, les milleniums, ne lisaient quasiment plus. J'ai un neveu qui est en cinquième qui n'a pas lu un seul livre à lire depuis le début de la rentrée. Je trouve ça un peu choquant et je voulais savoir de la part de M. le ministre qu'est-ce qu'il pensait devoir faire pour redonner le goût de la lecture aux jeunes, goût de la lecture qui assure la cohésion sociale dans notre République.
Merci beaucoup Aurélien. Merci M. le ministre. Les enfants, les ados ne lisent plus et on ne leur donne plus rien à lire ?
Alors, pour moi, la lecture, très honnêtement, c'est l'urgence absolue. Vous avez peut-être vu, je crois d'ailleurs même que vous en avez parlé ce matin à votre antenne, qui est répertorié chaque année au moment de la journée de défense et d'honnêteté qui est en fait un peu où toute une tranche d'âge, toute une classe d'âge est évaluée. On a un énorme problème sur la lecture parce que nos enfants aussi qui va de pas avec le problème des écrans. Donc, ça veut dire qu'il faut travailler sur deux choses. Un, une pratique de la lecture beaucoup plus intensive en classe et hors la classe.
Ça veut dire que il faut qu'évidemment dans la classe, la pratique de la lecture, y compris la lecture à voix haute, soit maintenue pendant l'intégralité de l'école élémentaire. C'est ce que font beaucoup de professeurs aujourd'hui. Et d'ailleurs, de ce point de vue-là, ce qu'on appelle l'affluence progresse. Mais ça, c'est évidemment important. Deux, qu'il y ait aussi un écosystème autour de la lecture. Je vous donne juste un exemple. Le principal déterminant en termes d'inégalité scolaire de vocabulaire, c'est la lecture du soir. Si tous les parents pratiquent la lecture du soir entre 0 et 6 ans...
L'histoire du soir ? L'histoire du soir,
c'est déterminant. C'est des choses toutes bêtes. Mais si chaque auditeur ce soir se dit « Allez, maintenant, c'est l'histoire du soir. » Donc c'est de la faute des parents,
c'est l'éducation nationale arrête pas bien à faire lire les enfants.
C'est un écosystème. C'est qu'il faut évidemment travailler dans l'école. J'ai commencé par là. Mais qu'il y a des relais possibles à l'extérieur pour remettre tout le monde à la lecture. Parce que la lecture, c'est déterminant à la fois en termes d'acquisition de vocabulaire et de progression scolaire
et même intellectuelle. Edouard Jeffrey, juste avant de parler de laïcité, puisqu'il y a quelques jours on commémorait la mort et l'assassinat de Samuel Paty et Dominique Bernard. Une question de Carole sur l'application Radio France. Que pensez-vous des enseignants du primaire qui ont été les premiers avec un master et qui sont à 10 ans de carrière et ne gagnent que 2100 euros ? Notre salaire n'est pas au niveau de notre diplôme et de notre travail. Et c'est une question qui revient beaucoup chez les auditeurs sur l'application Radio France. Les niveaux de salaire.
On a là encore dans le budget le budget de ce qu'on appelle le pacte enseignant, c'est-à-dire les primes qui étaient données qui est en baisse. On a des engagements qui ont été pris ces dernières années sur le fait de revaloriser. Il y a des choses qui ont été faites mais Elisabeth Borne elle-même reconnaissait pour les salaires de milieu de carrière un plateau qualifié je crois de désespérant. Est-ce que là encore vous avez les moyens de dire aux enseignants ce matin on va continuer à essayer de faire des efforts pour revaloriser vos salaires ?
On va évidemment essayer de faire des efforts et notamment sur ce que vous mentionnez c'est-à-dire ce plateau entre guillemets qui fait qu'effectivement pendant les 25 premières années la progression est très faible et elle s'accélère assez nettement plus tard. Mais les 25 premières années la progression est très faible notamment en fait aussi parce qu'on a beaucoup revalorisé ces dernières années le début de carrière. Et donc paradoxalement on a encore accentué l'effet de plateau. Donc il y a un budget contraint je ne peux pas dire le contraire et tout le monde connaît les conditions dans lesquelles il y a à la fois les bruits
Est-ce que d'ici à 2027 les enseignants qui nous écoutent ce matin peuvent espérer de nouveaux gestes en faveur de leur rémunération ? Ce qui est faisable
et ce que j'espère faire sous réserve de ce qui sera adopté en projet de loi de finances c'est d'augmenter les promotions parce qu'en fait c'est les promotions qui permettent de gagner ce qu'on appelle des échelons et donc de voir sa rémunération augmenter. Ça c'est moi c'est partie des choses sur lesquelles je veux très clairement travailler avec mes équipes au cours des prochains jours et des prochains mois.
Une petite question pratique et technique mais qui concerne tous les élèves de lycée de première et de terminale et leurs parents c'est cette pression de parcours sup qui est dénoncée depuis des années maintenant avant de partir Elisabeth Borne elle avait demandé que dans tous les lycées on s'accorde sur les notes qui compteraient pour le bac et parcours sup et celles qui ne compteraient pas pour essayer de faire baisser la pression s'en est où ? Il y a beaucoup d'attentes
de ce côté-là. Ma prédécesseur a donc pris des mesures en début d'année sur ce sujet qui sont en train d'être déployées dans les établissements. Voilà on va voir ce que ça donne là aussi je ne suis pas là pour commencer à détricoter et retricoter il faut un tout petit peu stabiliser les choses et que les gens puissent travailler calmement
C'est compliqué de stabiliser c'est-à-dire que là vous nous dites que vous mettez en oeuvre des politiques qui ont été menées peut-être que dans deux ou trois semaines vous ne serez plus là
pour continuer à les défense Moi en tout cas je ne suis pas là pour créer de la confusion et donc pour l'instant il faut laisser un peu les choses s'installer et laisser les professeurs faire leur métier les chefs d'établissement faire leur métier C'est ma priorité
Comment on fait baisser la pression sur Parcoursup ?
C'est un truc qui tétanise
les familles quand même
Il y a plusieurs choses qui vont faire Il y a quand même un paradoxe c'est qu'aujourd'hui on n'a jamais eu un taux de réussite aussi élevé au baccalauréat on n'a jamais eu un taux de pression de la part des élèves ressenti et donc il faut quand même qu'on arrive au bout d'un moment à réobjectiviser les choses et mieux accompagner nos élèves dans cette démarche Le sujet de l'évaluation il fait partie du débat c'est-à-dire se dire que toutes les évaluations ne comptent pas forcément pour Parcoursup ça fait partie du débat Après il y a un troisième sujet c'est la capacité à s'approprier l'outil ça dépend du ministre d'enseignement supérieur donc c'est lui qui verra ça mais aujourd'hui quand vous avez un enfant qui est sur Parcoursup grosso modo la plupart des parents et des enfants se familiasent avec Parcoursup le jour où il crée Et c'est peut-être un peu tard aussi pour véritablement vous voyez apprendre à maîtriser la démarche c'est déjà se sécuriser donc il faut qu'on accompagne nos élèves mieux et plus ça c'est clair
Edouard Giffray il nous reste peu de temps une question essentielle sur la laïcité je le disais il y a quelques jours la France commémorait les 5 ans de l'assassinat de Samuel Paty les 2 ans de celui de Dominique Bernard 2 enseignants tués par un terroriste islamiste et quelques jours après la mort tragique de Dominique Bernard l'un de vos prédécesseurs Gabriel Attal s'engageait à la chose suivante je vais travailler avec mon collègue de l'intérieur et mon collègue de la justice à des mesures qui nous permettent de sortir les élèves radicalisés des établissements scolaires ça c'était l'engagement qu'avait pris Gabriel Attal est-ce que ça a été fait moi j'ai posé la question à beaucoup de ministres de l'éducation nationale qui étaient un peu gênés quand on leur posait la question est-ce que cet engagement pris en 2023 a été tenu est-ce que vous pouvez dire ce matin aux enseignants qui nous écoutent il n'y a plus aucun élève radicalisé plus aucun élève fiché S dans les établissements scolaires en France
alors la radicalisation étant un processus je ne vois pas comment je pourrais dire qu'il n'y aura plus jamais aucun élève radicalisé
dans les secteurs non non c'est aujourd'hui c'est-à-dire un élève qui a été comment dire dont les services de renseignement ont vu et perçu et analysé cette radicalisation-là Gabriel Attal avait pris l'engagement de dire on va les sortir des établissements scolaires
aujourd'hui un élève qui est dans cette situation fait par définition l'objet de surveillance particulière ce qui est je ne suis évidemment pas en mesure de m'étendre dans une radio et avec le public qui nous entend ça c'est la première chose il n'y a pas de dispositif de classe entre guillemets qui serait je mets des guillemets réservé aux élèves radicalisés et un dernier point donc juste cet engagement n'a pas été tenu et un dernier point pardon parce que vous évoquiez l'hommage à Samuel Paty il y a un signe que je me permets de partager avec vous c'est que cette année on a eu 61 incidents au sens ricanement etc. perturbation de la mine de silence contre plus de 500 il y a deux ans
d'accord il y a quand même un climat global qui de ce point de vue-là en tout cas je l'espère est peut-être en train d'évoluer mais simplement sur cette question précise des élèves radicalisés l'engagement qui avait été pris il y a deux ans est quoi caduque ?
il n'y a pas de structure dédiée scolaire aux élèves radicalisés aujourd'hui et un tout dernier mot pour une question d'actualité on a vu Nicolas Sarkozy qui a passé hier les portes de la prison de la santé qui a passé sa première nuit en prison et qui a convoqué devant un certain nombre de proches des comparaisons Edmond Dantes le personnage du comte de Montecristo également Alfred Dreyfus alors il y a un personnage fictionné d'un côté et un personnage réel de l'autre que dit le ministre
il a embarqué Montecristo et il a embarqué Montecristo
en cellule que dit le ministre de l'éducation nationale aux élèves et aux enseignants qui peut-être convoquent ces exemples-là dans les programmes scolaires les comparaisons avec Edmond Dantes et le capitaine Dreyfus vous avez des ouvrages
qui sont des monuments de la littérature et vous avez la situation d'un homme un ancien président de la République qui est j'allais dire comme tout le monde dans un état de droit soumis à un certain nombre de règles moi je respecte la dignité des personnes mais la comparaison avec Dreyfus
elle vous paraît pertinente
ou pas ? c'est pas moi enfin franchement je ne considère pas que je n'ai pas de me prononcer ni sur les propos ni sur les comparaisons d'une personne donc je ne respecte pas cette comparaison avec le capitaine Dreyfus dont je respecte en tant que personne intrinsèquement comme pour toute personne détenue et c'est un sujet que j'ai eu l'occasion de connaître un tout petit peu la dignité fondamentale
merci beaucoup Edouard Jeffrey d'avoir été notre invité ce matin vous êtes ministre de l'éducation nationale merci merci merci
Édouard Geffray