Le discours de Marine Le Pen sur la réforme des retraites en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Commence donc aujourd'hui la discussion du texte dans l'hémicycle de notre Assemblée et il est désormais temps que les représentants de la nation que nous sommes remplissent le rôle de législateur pour lequel nous avons reçu mandat du peuple français. Comme je l'avais annoncé, nous allons utiliser tous les moyens à notre disposition pour que ce texte ne soit pas voté en l'État. Cela va commencer dès cet après-midi par deux votes extrêmement importants et surtout révélateur pour l'ensemble des groupes. Tout d'abord, nous allons voter une motion de rejet.
Si celle que nous avions déposée n'a pas été tirée au sort, c'est avec conviction portée par l'opposition massive des Français à ce texte et bien sûr sans sectarisme que nous voterons. Comme la Première ministre a expliqué que le report de l'âge de départ de deux ans n'était pas négociable et qu'aucune mesure ne pourra contrebalancer l'injustice et le caractère antisocial de cette mesure, il n'y a donc plus de discussions possibles et nous devons donc rejeter ce texte. Si cette motion n'était pas adoptée, nous discuterons ensuite une motion référendaire. Celle-ci, le sort nous a été favorable.
Et c'est donc le vice-président de l'Assemblée, Sébastien Chenu, qui défendra cet appel à organiser un référendum. Comme je le dis souvent, ce sujet des retraites représente un réel choix de société. Il n'est donc pas aberrant qu'il soit tranché par référendum. De nature optimiste, j'espère encore qu'une majorité de députés va voter cette motion, à commencer par ceux de la NUPES, qui devraient faire leur les paroles de Jean-Luc Mélenchon. Mélenchon, je cite, « Je mets au défi les autres partis qui se disent d'opposition d'adopter la motion référendaire ».
Si aucune de ces motions n'est votée, nous entamerons l'examen de ce texte avec la même volonté, celle de montrer son inutilité et son injustice. Bien sûr, si la réforme devait être votée, il faut tout faire pour en limiter les effets, donc nous voterons les mesures qui atténuent la brutalité de cette réforme. Cependant, que les choses soient très claires, sans le retrait de la mesure d'âge, il n'y a aucune chance pour que nous acceptions ce texte. Comme vous le savez, je l'avais annoncé, nous avons fait le choix de ne faire aucune obstruction. En temps normal, je trouve cette technique parlementaire assez mesquine. Lorsqu'on est en temps contraint, elle devient absurde.
Puisque le gouvernement a fait le choix, que nous contesterons d'ailleurs devant le Conseil constitutionnel, si le texte devait aller au bout d'un projet de loi de finances de sécurité sociale, nous sommes donc soumis à l'article 47.1 de notre Constitution. Les débats sont donc, vous le savez, limités en nombre de jours. Or, je suis persuadée, persuadée qu'il existe à l'heure actuelle, qu'il existe à l'heure actuelle une absence de majorité sur ce texte. Il serait donc aberrant que ceux qui se disent opposés au texte soient les mêmes que ceux qui empêchent d'arriver à un vote.
Alors, j'espère que ce qui ressemble à un nouvel épisode d'alliance entre la majorité macroniste et la NUPES va cesser, que la NUPES va retirer ses milliers d'amendements superfétatoires et que nous allons pouvoir discuter sereinement et sérieusement des dix articles du texte qui traitent du fond de cette réforme et à l'issue de cette discussion, voter contre majoritairement ce texte. De notre côté, nous avons fait le choix de ne faire aucun amendement d'obstruction. Nos amendements déposés visent donc à supprimer les mesures néfastes de la réforme, à commencer bien évidemment par l'article 7.
Il suffirait d'ailleurs du vote d'un seul amendement de suppression de cet article pour que la réforme tombe à l'eau. Nos autres amendements répondent à trois objectifs. Soit mettre en lumière les failles de la réforme, par exemple un amendement pour que les trimestres nécessaires pour bénéficier de la pension minimale soient validés et non seulement cotisés afin de protéger les femmes mères de famille.
Soit de tenter d'améliorer les dispositifs qui essaient d'atténuer ces effets néfastes, avec par exemple un amendement pour protéger les salariés seniors en leur faisant bénéficier du statut de salarié protégé, dont le licenciement doit donc être validé par l'inspection du travail, soit de présenter notre contre-projet, même si cet amendement risque d'être déclaré irrecevable. Comme vous le savez, les règles constitutionnelles qui s'imposent aux députés empêchent de créer des charges.
Il est donc impossible de présenter tel quel notre contre-projet, mais nous utiliserons les débats pour souligner combien ce contre-projet est juste et soutenable budgétairement, tandis que le projet du gouvernement est injuste socialement et sans doute inutile budgétairement. Permettez-moi de m'arrêter quelques instants sur notre contre-projet, car il semblerait que certains d'entre vous n'ont pas encore les idées bien claires sur celui-ci. Le projet de réforme des retraites que j'ai porté durant la campagne présidentielle et que je continue de défendre vise à simplifier le dispositif et surtout à le rendre plus juste.
Dans mon contre-projet, l'âge de départ à la retraite et le nombre d'annuités nécessaires pour bénéficier d'un taux plein dépendent de l'âge d'entrée sur le marché du travail. Plus vous avez travaillé tôt, plus vous avez besoin d'annuités. Il me semblait que c'était assez simple, mais manifestement, ça ne l'est pas, semble-t-il, tant que ça, puisque certains font mine de ne pas avoir encore compris. Ainsi, pour ceux qui ont travaillé avant 20 ans, l'âge de départ sera 60 ans avec 160 trimestres, soit 40 annuités.
Pour ceux qui ont commencé à travailler entre 20 et 24 ans et demi, l'âge de départ progressif sera entre 60 et 62 ans et le nombre de trimestres de cotisation, lui aussi progressif, de 160 à 168, donc de 40 à 42 annuités. Pour ceux enfin qui ont commencé à travailler à partir de 25 ans, l'âge de départ sera 62 ans avec 168 trimestres, soit 42 annuités. Pour résumer, notre contre-projet met en place une progressivité entre 40 et 42 annuités et 60 et 62 ans en fonction de l'âge d'entrée sur le marché du travail. Ce contre-projet permet en août de répondre à la question de la pénibilité, car vous le savez, plus on travaille tôt, plus on travaille dur.
Ainsi, ceux qui travaillent dur auront besoin de moins de trimestres et pourront partir avant ceux dont le métier est moins pénible. Ce contre-projet a plusieurs vertus. Tout d'abord, il rétablit une forme de justice entre les travailleurs suivant le type d'emploi sans entrer dans une usine à gaz du type compte pénibilité tellement compliquée qu'il a été utilisé par seulement 11 367 personnes depuis sa mise en place. Il vise ensuite à inviter les jeunes à entrer tôt sur le marché du travail. Le taux d'emploi des jeunes est dramatiquement faible dans notre pays.
Enfin, et j'aurais sans doute dû commencer par là, il est le reflet d'un choix de société, celui de permettre à nos compatriotes de profiter de leur retraite en bonne santé après une vie de travail. Je me permets de rappeler au passage que l'âge de départ de notre contre-projet est un âge seuil. Rien n'interdit ceux qui le souhaitent et surtout ceux qui le peuvent de continuer à travailler au-delà de leur âge d'ouverture des droits. Notre réforme a un coût d'environ 10 milliards en année pleine. Ce coût, pour ceux qui ont suivi la campagne présidentielle, je l'assume et surtout je le finance.
Nous présenterons d'ailleurs plusieurs amendements pour expliquer comment nous pouvons récupérer de l'argent pour financer ce contre-projet. Je pense par exemple à la taxation des super-profits, aux économies sur la politique migratoire en réservant les aides sociales aux Français ou aux étrangers ayant travaillé 5 ans équivalent de temps plein sur notre sol ou encore par la création d'un impôt sur la fortune financière à la place de l'IFI. La politique, c'est avant tout des choix.
Je fais celui de préserver notre modèle social, d'améliorer la vie de nos retraités, mais aussi celui de proposer un avenir plus radieux pour notre pays, loin du défaitisme et de la gestion de la pénurie qui animent le gouvernement depuis des mois et dont cette réforme en est une illustration. Je crois que nous avons collectivement les moyens de retrouver les chemins de la prospérité, celui de la création de richesses, de la réindustrialisation, des gains de productivité, productivité d'ailleurs qui stagne depuis 2017 alors qu'elle augmente de 5 points dans l'OCDE.
Nous avons également les moyens de retrouver le chemin de la natalité, paramètres nécessaires non seulement à l'équilibre de notre modèle social, mais aussi plus simplement à la continuité de notre nation. Comme je le dis souvent, il n'y a pas de fatalité. N'écoutez pas ceux qui vous proposent un avenir fait de pénurie et de baisse des acquis sociaux, bref, de déclassement. N'écoutez pas non plus ceux qui pensent qu'en faisant la guerre des riches contre les pauvres, qu'en créant des impôts ou qu'en défendant le droit à la paresse, l'avenir sera meilleur.
Je sais que notre pays est capable de redevenir une grande nation prospère et que cette prospérité non seulement garantira notre modèle social, mais permettra de le rendre encore plus juste et d'aider ceux de nos compatriotes qui sont le plus en difficulté. C'est tout cela que nous allons proposer durant les jours de débat qui s'ouvre aujourd'hui. Nous allons nous opposer de la manière la plus ferme à ce projet de casse sociale tout en proposant notre projet, projet de justice sociale dont la France a besoin et que les Français attendent. Je vous remercie, mesdames et messieurs, de votre attention et je suis bien entendu à votre disposition pour répondre à vos questions.
Je vous remercie, mesdames et messieurs,
Marine Le Pen