Conférence de Francois-Xavier BELLAMY
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 17 %Défensif 8 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:57Invité politiqueChiffre
« en 2013 en France 22 % des collégiens en 3e étaient répertoriés par l'OCDE comme étant en situation d'échec »
- 4:28Invité politiqueChiffre
« nous avons aujourd'hui le système scolaire le plus inégalitaire de tous les pays de l'OCDE »
- 8:00Invité politiqueFait
« vous êtes de jeunes enseignants vous ne devez surtout pas transmettre un savoir vous ne devez pas transmettre des connaissances surtout pas »
- 18:07Invité politiqueFait
« je pense donc je suis »
- 18:42Invité politiqueFait
« quand j'étais un enfant j'étais le meilleur élève du monde »
- 30:41Invité politiqueFait
« la culture est une catastrophe absolue pour les hommes »
- 38:57Invité politiqueFait
« Émile ne saura jamais l'optique où je veux qu'il l'apprenne de lui-même »
- 43:21Invité politiqueFait
« vos élèves ont ça dans la poche ils ont dans leur poche infiniment plus de savoir que tout ce que vous pourrez jamais posséder »
- 46:00Invité politiqueFait
« le numérique ne s'apprend pas un enfant de 2 ans sait déverrouiller un iPhone avec une facilité déconcertante bien plus parfois que vos grand parents »
- 49:37Invité politiqueFait
« Pierre Bourdieu est parti du postulat que la transmission était une catastrophe pour la nature humaine »
- 52:02Invité politiqueFait
« parler de la culture dans le vocabulaire de l'avoir parler de la culture comme un bagage nécessaire c'est en fait la détruire par avance »
Temps de parole
- François-Xavier Bellamy100 %
≈ 0,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
c'est une grande joie de venir parler avec vous de cette question de la crise de de l'éducation de la de la crise de l'école mais c'est aussi une charge lourde à porter et d'autant plus difficile à porter que malheureusement à mon très grand regret je n'ai pas pu assister à la totalité de la conférence du docteur pomerau je suis rentré dans la salle au moment où il disait qu'à 30 ans aujourd'hui on est un vieil adolescent il se trouve que j'ai 30 ans donc je ne suis pas venu ici chercher des Pokémon rares malgré ce que disait le docteur pomerau malgré tout c'est vrai et il est parfaitement évident que mon jeune âge me donne bien peu d'autorité pour aborder ces questions d'éducation aussi je voudrais tout de suite préciser que je ne les aborderai pas ici en expert je ne parle pas d'expérience je suis un bébé prof j'ai encore tout à apprendre de ce merveilleux métier mais je voudrais peut-être simplement partager avec vous ce que la philosophie peut nous aider à comprendre de la crise éducative qui traverse notre pays et qui est au cœur me semble-t-il de la crise que nous traversons collectivement que nous avons le sentiment de traverser et qui se manifeste sous des formes très diverse et notamment peut-être aujourd'hui puisque ça a été au cœur des réflexions de ce matin aussi bien dans la première que dans la seconde conférence à travers la question de cette désagrégation très profonde du tissu social en France qui se manifeste par le départ de certains jeunes vers des zone de combat par d'une façon beaucoup plus générale une forme de délitement que nous avons le sentiment de de vivre de fait j'ai commencé à m'intéresser à ces questions en découvrant l'ampleur de la crise éducative que nous traversons et cette crise nous avons au moins la chance de pouvoir la constater de façon unanime c'est au moins une chance de la situation contemporaine com Mo tout le monde est d'accord sur le constat un constat qui qui n'est pas rose en France vous le savez la dernière enquête PISA nous l'a nous l'a appris en 2013 en France 22 % des collégiens en 3e étaient répertoriés par l'OCDE comme étant en situation d'échec et la définition de la situation d'échec selon l'OCDE c'est incapable de prolonger ses études et de et de et de participer de manière active et efficace à la vie de la société 22 % des collégiens de de 3e la même année un rapport de l'éducation nationale Paris en 2013 sur la lecture et l'écriture disait que 19 % des élèves de 3e étaient incapable de donner sens à une information même simple et de fait nous les retrouvons ces jeunes quelques années après et évidemment ce sont les premières proies de la radicalisation les premières cibles du djihadisme en France nous savons aussi que ces 20 % de jeunes Français qui sont en situation d'échec nous les retrouverons quelques années plus tard au moment des des journées de défense et de citoyenneté qui ont remplacé la JAPD qui a remplacé le service militaire c'est l'occasion pour nous de faire un test de lecture vous savez que si vos enfants vos petits- enfants y ont participé vous avez pu le le le voir à l'œuvre les journées de défense et de citoyenneté sont l'occasion de réaliser sur toute une classe d'âge à 18 ans un test de lecture c'est vraiment un test de lecture he de de de détection de dériisme il s'agit de de lire un programme de cinéma et de dire à partir d'un programme de cinéma à quelle heure passe tel film ou quel acteur joue dans telle production et bien cet exercice en 2015 dans les dernières statistiques disponibles représentait un un effort un exercice très difficile ou insurmontable pour 19 % des des jeunes interrogés c'est toujours le même la même proportion dire un jeune Français sur 5 mais un temps considérable à répondre à la question ou bien ne sait pas y répondre tout simplement ou bien se trompe dans dans la réponse et coche la mauvaise case ce qui correspond donc à une définition de l'ilétrisme totale ou partielle ensuite on peut évidemment modifier le diagnostic mais vous voyez que nous sommes évidemment dans dans une difficulté très grave dans la transmission de ce qu'il y a de plus élémentaire c'est-à-dire la capacité de lire et de déchiffrer sa propre langue nationale et ceci évidemment constitue une occasion de s'inquiéter sur la qualité de notre vie politique à venir de notre vie démocratique à venir de notre vie économique à venir et cetera alors évidemment vous vous dites peut-être que tout ceci paraît singulièrement alarmant et vous avez sans doute le sentiment de ne jamais avoir rencontré directement cette crise éducative peut-être beaucoup d'entre vous ont-ils l'impression de ne pas connaître ce jeune Français sur 5 qui peinene à lire correctement à la fin de la classe de 3e et bien moi j'ai eu l'occasion de les rencontrer et c'est la raison pour laquelle je me suis intéressé à ces questions puisque j'ai commencé par enseigner et en enseignant la philosophie on enseigne toujours en terminal j'ai commencé à enseigner comme tous les jeunes collègues dans des dans ce qu'il est convenu d'appeler des quartiers difficiles des quartiers sensible j'étais en en zone urbaine sensible en banlieu parisienne et là j'ai rencontré des classes de terminal de terminal général bien souvent avec des euh des élèves de terminal S de terminal ES qui pour la moitié d'entre eux ou un gros tiers d'entre eux ne savaient pas lire le français ne savaient pas lire le français correctement alors qu'ils avaient fait la totalité de leur scolarité en France de fait la répartition de ces élèves en échec est très inégalitaire et nous avons aujourd'hui et c'est la dernière statistique que Chitre promis parce que le but n'est pas de vous laisser ici inutilement dépressif et déconcerté mais la dernière statistique qu'il faut citer c'est que et là encore c'est la dernière enquête PISA qui nous l'a appris et c'est une grande claque pour nous qui nous prétendons méritocratique et républicain nous avons aujourd'hui le système scolaire le plus inégalitaire de tous les pays de l'OCDE c'est-à-dire celui qui reproduit le plus les inégalités sociales de départ on peut dire en France que c'est le pays dans lequel le parcours scolaire d'un élève est le plus facilement prédictible de son milieu social d'origine et deuxièmement c'est le système scolaire dans lequel l'éloignement la distance entre ceux qui réussissent et ce qui échouent est le plus grand et de fait nous avons toujours des étudiants qui réussissent magnifiquement bien et les étudiants d'achc qui ont la chance de rencontrer le professeur chot réussissent et portent haut les couleurs de la France dans leur métier en France et à l'étranger nous avons toujours de très brillants étudiants qui sortent dans les grandes écoles mais la distance qu'il y a entre eux et ceux qui échoue et ceux qui sortent du système scolaire à ses marges et à ses périphéries cette distance ne cesse de s'accroître et donc nous sommes devant évidemment une difficulté majeure donc j'ai commencé à m'intéresser à cette question quand j'ai rencontré ces élèves de terminal dont la moitié ou un grostier peinit à lire le français je confesse que j'ai mis du temps avant de de me rendre compte il a fallu que évidemment que que que je me rende compte par moi-même c'est au mois de novembre je me rappellererai toujours que je me suis rendu compte qu'il y avait la moitié des élèves de ma classe qui visisaient pas le français et à la pause je cours dans la salle des profs et j'étais prêt à faire un signalement enfin j'ai dit à mes à mes collègue il y a une élève dans ma classe qui ne sait pas lire et là tous les collègues explosent de rire et me disent mais il y a que maintenant que tu te rends compes mais il y a la moitié de cette classe qui sait pas lire et le collègue d'anglais sympathique et bonhomme me donne une table dans le dos et me dit mais tu sais on se laisse toujours avoir moi j'ai 15 ans de métier et pourtant je me suis encore laissé prendre il y a 15 jours j'ai voulu montrer un film en anglais à mes élèves j'ai dit on va regarder en anglais sous-titré comme ça ça va travailler votre accent au bout de 10 minutes j'ai dit j'ai dû arrêter il n'avait pas le temps de lire les sous-titres c'est ça ça peut paraître amusant mais est-ce qu'on se rend compte comme le monde est violent quand on ne sait pas lire sa propre langue nationale est-ce qu'on se rend compte comme l'école est violente quand on a du mal à déchiffrer les intitulés d'un exercice donc c'est évidemment un problème vraiment euh décisif et un problème vraiment tragique et j'ai commencé aussi à m'intéresser à cette question parce qu'en même temps que je découvrais l'ampleur de la catastrophe je vivais aussi une expérience qui a été pour moi à la fois passionnante et traumatique et l'expérience de ma formation d'enseignant l'expérience de l'IUFM j'ai j'ai j'ai eu la joie de faire partie de la dernière promotion des IUFM ce qui a a été vraiment une grande expérience de révélation pour moi l'IUFM pour pour ceux qui ne connaissent pas le métier d'enseignant c'est l'année de formation qui suit immédiatement les concours vous passez votre concours dans une discipline particulière le CAPS ou l'agrégation et ensuite votre première année d'enseignement est consacré à mi-temps à vos classe et à votre autre mi-temps à votre formation d'enseignant et c'est parfaitement normal parce que c'est tout autre chose de connaître sa discipline c'est tout autre chose de savoir la faire partager et donc il était parfaitement normal que nous allions nous former pour devenir de bons enseignants aujourd'hui les IUFM ont disparu puis sont réapparu sous le nom d'espect démontrant par là l'extraordinaire capacité de l'éducation nationale à inventer des acronymes toujours plus compliqués pour désigner des réalités qui elles ne changent jamais donc nous allions à l'UFM pour devenir de bons enseignants et il n'y a rien d'étonnant à cela mais ce qui est très étonnant c'est le contenu de la formation que nous y avons reçu et qui pourrait se résumer à une devise à un maître mot à un dogme professé par l'inspecteur qui nous a reçu dans le métier lors de sa première intervention et et qui nous a dit pendant une heure d'intervention alors qu'il accueillait 300 jeunes professeurs dans le métier vous êtes de jeunes enseignants vous ne devez surtout pas transmettre un savoir vous ne devez pas transmettre des connaissances surtout pas pourquoi parce que si Vous transmettez des connaissances ça veut dire que vous savez des choses que vos élèves ne connaissent pas donc vous les méprisez vous les considérez comme des ignorants en tous les cas vous les traitez d'ignorant et vous les enfermez dans la posture de récepteur passif vous les condamnez à subir le savoir qui de façon vertical descend sur eux et avec ce savoir vous les condamnez à subir votre autorité cette autorité qui les empêche d'être les auteurs de leur propre représentation du monde les auteurs de leurs propres convictions les auteurs de leurs propres savoir par conséquent il ne faut pas transmettre un savoir il faut que l'enseignant soit celui qui va créer les conditions dans lesquelles l'élève va produire son propre savoir encore une fois dans un souci de liberté de l'élève dans un souci de permettre à l'élève de permettre à l'enfant d'être le maître de ses propres représésentation et pour tout dire et c'est le thème de votre université d'être le maître de son propre destin d'en être lui-même l'auteur d'en être lui-même l'acteur si nous nous substituons à lui en faisant descendre vers lui un savoir qu'il sera condamné à répéter mécaniquement nous l'enfermons dans une discipline nous l'enfermons dans l'autorité magistrale et magistérielle du sachant que nous sommes et qui l'écrase du tout le poids de son de son savoir et c'est la raison pour laquelle donc il s'agissait de transformer en profondeur l'espace de la classe et la façon dont se vivaient les les relations à l'intérieur de cet espace alors quand j'ai commencé à à travailler sur cette question et à écrire les les les dshérités le petit livre qui me veut votre invitation je je me disais à moi-même en écrivant mais je peut-être que j'ai vécu une expérience de formation un peu spéciale après tout on a tous eu dans notre vie des profs un peu fous et peut-être que pendant cette année j'avais eu des formateurs un peu particuliers mais depuis que j'ai publié ce petit livre je reçois une quantité invraisemblable de courriers de collègues ou d'anciens collègues qui me racontte des témoignages encore plus incroyables que tout ce que j'ai vécu et de fait en plus la confirmation merveilleuse de cette vie vision pédagogique nous la trouvons aujourd'hui dans les réformes qui se présentent à nous sur le terrain politique cette fois-ci et ici je ne fais pas du tout de politique parce qu'au fond il n'y a pas de lieu dans lequel l'action politique est été marquée par une plus remarquable constance que l'éducation nationale la droite comme la gauche poursuivent exactement la même logique et au fond d'ailleurs c'est l'administration de l'éducation nationale et et et les les sachants précisément de la pédagogie qui développent leur logique avec le soutien remarquablement appuyé des ministres de gauche ou de droite depuis 30 ans F la réforme du collège si vous la voyez telle qu'elle se présente à nous et qui va être appliquée dans quelques jours de dans tous les collèges de France cette réforme du collège parle exactement de ces principeslà c'est par exemple les enseignements pratiques interdisciplinaires par lesquels nous voulons justement casser le carcan disciplinaire c'està-dire casser le carcan des disciplines le carcan de l'autorité du maître dans les enseignements pratiques interdisciplinaires nous allons détruire des cours magistraux que nous supposons coercitif ennuyeux pénible pour les élèves et nous allons mettre les élèves en activité pour qu'ils construisent par eux- mêmees leur propre savoir sur des situations concrètes par exemple au lieu vous avez peut-être vu dans les polémiques qui se sont fait jour à la fin de l'année dernière au moment où les manuels ont été publiés et où la réforme est ainsi enfin devenue concrète au lieu de faire un cours de physique coercitif et ennuyeux un cours de biologie coercitif et ennuyeux un cours de français disciplinaire et insupportable et bien nous allons travailler ensemble sur la mort de Claude François et les élèves vont écrire le rapport d'enquête sur la mort de Claude François et pour écrire le rapport d'enquête sur la mort de Claude fris soit ils vont devoir inventer littéralement en tous les cas produire par eux-mêmes ou trouver sur internet les savoirs nécessaires pour calculer le nombre d'hôes qui ont traversé le corps de ce malheureux Claude François quand il s'est malencontreusement accroché à son ampoule électrique alors qu'il était dans sa baignoire bref nous avons la certitude que nous avons enfin trouvé la clé pour rompre l'ennui le ministère de l'Éducation nationale propose sur son site quelques exemples de pays par exemple au lieu d'un cours d'anglais coercitif et ennuyeux et d'un cours de physique rébarbatif et insupportable et bien nous allons mettre les élèves ensemble et écrire un magazine en anglais anglais sur les machines à vapeur voilà et c'estàd les élèves vont produire leur propre savoir dans une activité sans s'en rendre compte de façon ludique de façon pratique de façon concrète plutôt que de recevoir un savoir enseigné par le maître voilà au fond ce qui a fait le le cœur de notre formation d'enseignant c'est une équation très simple et je crois qu'il serait beaucoup trop facile de penser qu'elle n'habite que l'esprit de quelques pédagogues douteux non non au contraire je pense qu'elle nous habite collectivement tous et mon propos ici n'est pas d'accuser un camp politique plutôt qu'un autre ce serait d'une facilité affligeante mon propos n'est pas non plus du tout de mettre en accusation l'éducation nationale comme si elle était responsable de nos mots mais de dire qu'au fond nous vivons avec dans notre inconscient collectif une équation qui nous a fait détruire la relation éducative une équation toute simple qui nous dit que l'autorité de l'adulte l'autorité de l'enseignant l'autorité des parents l'autorité des institutions est toujours quelque chose qu'on retire à la liberté de celui sur qui elle s'applique que que l'autorité de l'adulte s'exerce en retirant quelque chose à la liberté de l'enfant que l'autorité de l'État s'exerce en retirant quelque chose à la liberté du citoyen que l'autorité des parents s'exerce en retirant quelque chose à la liberté à la capacité d'initiative à la capacité de nouveauté de leurs enfants au fond c'est un scrupule c'est un scrupule bien intentionné c'est une grande générosité qui nous a fait progressivement rejeter l'idée de transmission parce que nous avons été convaincu effctivement de manière implicite de manière inconsciente qui n'est pas moins efficace ni moins violente parfois nous avons été convaincus que transmettre à un enfant quelque chose de ce que nous avions nous-même reçu c'était le privé au moins un peu de sa liberté c'était le privé au moins un peu de sa capacité d'initiative de sa capacité de nouveauté de créativité d'imagination nous avons opposé la créativité par exemple et nous ne cessons dans le monde de l'éducation nationale nous ne cessons d'opposer la créativité de l'élève à l'autorité de l'adulte et nous voudrions défaire un peu de cette autorité pour permettre de rétablir un peu de créativité au fond si vous prenez les chiquers politiques voyez il ne s'agit que de modification de curseur dans cette équation qui nous apparaît comme étant une évidence absolue vous aurez si je veux schématiser la chose vous aurez à gauche des gens qui diront il faut plus de liberté et donc moins d'autorité et vous aurez à droite des gens qui diront non non il faut plus de sécurité plus d'ordre plus de discipline et donc moins de liberté et plus de autorité mais dans tous les cas nous en sommes convaincus il y a un curseur à placer car tout ce qui est donné à l'autorité est retiré à la liberté tout ce qui est donné à la liberté est retiré à l'autorité et nous sommes au cœur de la question que vous vous posez cette semaine que vous vous posez pendant ces de jours qui vous réunissent comment être le maître de son destin comment mon enfant sera-t-il maître de son destin comment mon élève sera-t-il maître de son destin vous qui êtes j'en suis sûr nombreux parmi vous parents grands-parents je suis sûr que vous avez déjà été é un jour hanté par ce scrupule inconscient si je dis à mon enfant ce que je pense être bien ou mal si je lui dis ce que je pense être vrai ou faux ne suis-je pas en train de le priver un peu de cette capacité à être le maître de son propre destin alors bien sûr je le ferai au moins un peu bien sûr je vais lui donner quelques règles morales quelques règles sociales parce qu'il faut bien vivre en société et la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres on peut pas faire n'importe quoi mais je le fais le moins possible et je le fais toujours avec une espèce de culpabilité inconsciente en me disant quand je transmets à un enfant ce qui sont en fait mes valeurs ce qui sont en fait mes repères ceux qui sont mes convictions je l'empêche d'être vraiment lui-même ce que je crois c'est que cette équation elle a une histoire elle a une histoire et cette histoire nous conduit à remonter très loin dans l'histoire de la philosophie et c'est ce que je vous propose de faire brièvement ensemble avant d'essayer de répondre et de peut-être de déconstruire la déconstruction ou de revenir sur cette équation pour en montrer l'implicite erreur ou peut-être l'oubli qui s'y trouve peut-être commençons par revenir un peu sur l'histoire de cette équation qui nous fait penser que tout ce qui est donné à l'autorité et retiré à la liberté alors pour faire une telle histoire il faudrait non pas des milliers mais des milliers de milliers de pages et il faudrait revenir sur des centaines d'auteurs important sur des évolutions qui sont évidemment nuancées complexes difficiles délicates et je n'ai vraiment pas le temps de de m'y livrer mais peut-être essayons et pardonnez-moi d'être très schématique et d'être obligé d'aller à l'essentiel et donc de manquer sans doute de nuances peut-être permettez-moi de de citer quelques noms qui me semble-t-il sont vraiment décisives dans ce basculement qui nous a fait regarder soudainement la transmission comme un obstacle à la nouveauté le premier de ces noms et sans doute le plus important le plus décisif dans le point de basculement c'est le travail de René Descartes Descartes vous savez en philosophie c'est le fondateur de la modernité en toutous les cas c'est le point de pivot qui nous fait entrer dans ce qu'on appelle en philosophie la modernité de descart vous connaissez sans doute au moins une petite expression qui dit je pense donc je suis he c'était c'était d'ailleurs soitd en passant un exemple qu'on nous donnait à l'UFM en disait en philosophie surtout surtout pas de cours magistral vous avez compris vous ne rentrez pas en classe en disant à vos élèves bonjour aujourd'hui nous allons faire cours sur Descartes et Descartes a dit je pense donc je suis donc je vous expliquer pourquoi non non vous rentrez en cours on met les tables en carré on fait des ateliers participatifs des débats interactifs qu'est-ce que tu penses de la vie qu'est-ce que tu penses du bonheur qu'est-ce que tu penses du travail on fait des fresques murales on écrit des clips de rap bref et au bout de tout ce temps le professeur se fait le porte-parole de ce que ses élèves ont produit dans leur génialité créatrice donc un des dispositifs pédagogiques qu'on nous proposait à l'UFM c'était de précisément ex de de la citation qui aujourd'hui on parle de la classe inversée on en parlait pas encore à ce momentl mais o c'est l'élève qui doit enseigner le maître en fait la classe inversée c'est c'est le fait que l'élève se retrouve en position de délivrer un savoir alors vous rentrez en classe et vous dites à vos élèves je pense donc je suis de qui est cette phrase c'est l'exemple précis qu'on nous donn alors bon bien sûr si vous faites le test les élèves répondent absolument n'importe quoi forcément ils ont pas fait de philosophie donc ils répondent je sa pas Nabila Zlatan Ibrahimovic et ce au bout de un quart d'heure une demi-heure peut-être dans ce flot de nom qui sort il y a un élève qui par miracle ou par accident a lu un jour les page roses du dictionnaire et qui dit mais c'est pas de décartte par hasard ou bien vous allez chercher sur internet ou bien il y en a un qui va chercher sur internet pendant la classe et alors là vous avez perdu un quart d'heure maisaintenant vous n'avez pas perdu un quart d'heure parce que vous pouvez dire à cet élève bravo tu as trouvé et il se sent valorisé dans sa posture de producteur du savoir commun vous voyez que tout ce qui arrive n'est pas un accident du tout donc je pense donc je suis alors pour comprendre cette phrase il faut revenir sur l'itinéraire intellectuel de descart que descart raconte d'ailleurs d'une façon très belle et très et très très émouvante dans les premières pages du Discours de la méthode descart nous dit quand j'étais un enfant j'étais un très bon élève j'étais même le meilleur élève de mon école et j'étais dans la meilleure école de l'Europe et comme c'est en Europe qu'on faisait les meilleures écoles du monde enfin les seules écoles du monde à l'époque dans sa forme dans la forme scolaire qu'on leur connaît des cartes nous dit en substance au début du Discours de la méthode quand j'étais un enfant j'étais le meilleur élève du monde et c'est pas une question d'orgueil mais c'est plutôt que descart fait le constat que on ne peut pas faire de meilleures études que celle qu'il a eu l'occasion de faire qu'on ne peut pas avoir de meilleurs professeur que ceux qu'il a rencontré tout ce qu'il fallait apprendre d' descart je l'ai appris tous les livres qu'on pouvait lire je les ai lu toutes les langues qu'il fallait apprendre je les ai apprises toutes les connaissances qu'il fallait retenir je les ai retenus et pourtant nous dit-il au terme de ce cours d'étude à l'issue duquel on a coutume d'être reçu au rang de docte je me rendu compte que je n'avais pas fait un pas pour sortir de mon ignorance sinon que j'avais désormais l'esprit embrumé du une quantité de doutes et d'erreurs descart te dit j'ai passé tous mes diplômes et au moment où je suis censé être le plus avvant je me pose cette question vertigineuse de tout ce que j'ai appris et posez-vous cette question à votre tour si vous voulez de tout ce que vous avez appris à l'école de tout ce que vous avez appris de votre formation personnelle de tout ce que vous avez à l'esprit aujourd'hui comme étant vrai ou faux comme étant juste ou injuste comme étant beau ou lait de quoi êtes-vous vraiment certain dans toutes vos convictions personnelles et dans toutes vos convictions personnelles dans tout ce que Descartes appelle les opinions que vous avez reçu en votre créance dans tout ce qui fait aujourd'hui l'image que vous avez du monde dans tout ce que vous croyez être vrai ou faux être juste ou injuste être bon ou mauvais qu'est-ce qui vient vraiment de vous dans tout ça de quoi êtes-vous l'auteur dans votre propre
[Musique]
personnalité en fait la catastrophe initiale de notre existence dit descart c'est que nous avons tous été des enfants c'est ça le drame absolu pour l'homme nous avons tous été des enfants et qu'est-ce que ça veut dire avoir été un enfant regardez c'est très étonnant l'enfance avoir été un enfant ça veut dire avoir commencé notre vie par une période de fragilité intellectuelle temporaire quand nous étions des enfants nous avions une intelligence bien sûr mais une intelligence pas encore complètement accomplie pas encore complètement achevée et pas encore capable notamment de cette faculté qui n'advient qu'à l'intelligence de l'adulte et qu'on pourrait appeler la faculté critique la capacité de dire à quoi bon la capacité de dire mais pourquoi aujourd'hui si quelqu'un vous dit tu dois croire ceci vous lui répondez mais au nom de quoi devrais-je le croire si quelqu'un vous dit tu dois apprendre cela vous répondrez mais mais pourquoi dois-je l'apprendre mais quand on était des enfants regardez comme on était bonne poire quand même nos parents nous ont dit va à l'école on y a été on nous a dit assiez-toi làà on s'est assis on nous a dit apprends tout ça et nous on a tout appris et à la fin de tout ce parcours nous commençons notre vie d'adulte avec dans l'esprit entré comme par la brèche que constituait l'état d'enfance tout toutes ces projections que les adultes ont fait entrer en nous tout ce tissu de préjugés qui vient du fond des âges et que personne n'a vérifié depuis bien longtemps toutes ces idées reçues que nos parents nous ont transmis que nos enseignants ont déposé en nous pour la simple raison qu'ils l'avaient eux-même reçu sans que personne ne sache à quoi ça are sans que personne ne sache ce qui est vraiment sûr là-dedans la vraie catastrophe de notre existence c'est que nous avons tous été des enfants et Descartes l'écrit dans le Discours de la méthode la formule est magnifique pour ce que nous avons tous été enfants avant que d'être homme pour ce que nous avons tous été enfants avant que d'être homme écrit des cartes et qu'il nous a fallu rester longtemps sous la suggestion de nos parents et de nos précepteurs lesquels étant souvent contraire les uns aux autres nous étaiit pas toujours favorable il est impossible que nous ayons l'esprit si droit ni si sûr que nous l'aurions eu si nous étions nés adultes dès le point de notre naissance en fait le rêve pour le carartésien que nous sommes tous au demeurant le rêve pour l'homme moderne serurait été de naître immédiatement adulte de naître avec la totalité de sa raison déjà formée et là nous aurions pu avoir précisément une vie qui soit vraiment la nôtre là nous aurions pu être les maîtres de notre destin mais non nous avons été des enfants alors comment est-ce que ça se répare et bien ça se répare par cet exercice très étonnant que Descartes nous propose dans les Méditations Métaphysiques Descartes nous dit voilà j'ai un peu roulé ma bosse pendant 40 ans j'ai un peu touché à tout mais maintenant je vais je vais tenter de de de réformer les choses de recommencer depuis le début de de de de faire une espèce de nouveau point de départ dans mon ex distance intellectuelle je prends quelques mois de vacances je pose tous mes RTT d'un coup je me retire dans ma maison de vacances en Touren avec ma robe de chambre au coin du feu et un bloc de papier et je vais faire le tri de toutes mes opinions et toutes mes idées de toutes mes idées de toutes celles qui ne sont pas absolument certaines de toutes celles dont je ne peux pas être par moi-même absolument certain je considère désormais qu'elles sont complètement fausse je les écarte de ma pensée c'est le doute qui devient une méthode c'est l'esprit critique qui devient un but et là encore dans l'éducation nationale d'aujourd'hui comme le cartésianisme est ancré on voit bien à quel point l'esprit critique est devenu d'une certaine façon le synonyme de la liberté toute la liberté se trouve dans la capacité critique et c'est exactement ce qui se passe chez Descartes notre liberté consiste à tenter de nous défaire le plus possible de ce qui nous a été imposé dans ce moment de déterminisme qui s'appelle l'esprit d'enfance par notre milieu social par nos parents par la religion dans laquelle nous avons grandi par notre famille de pensée par notre pays par notre culture nationale tout cela nous devons apprendre à prendre de la distance à le critiquer pour affirmer notre liberté et la capacité que nous avons d'être les maîtres de notre destin alors vous voyez que si vous voulez utiliser le doute comme une méthode vous pouvez douter de beaucoup de choses et même vous pouvez douter en fait d'absolument tout ou de quasiment tout vous pouvez douter de tout ce que vous avez reçu simplement reçu parce que de tout cela vous n'êtes pas directement l'auteur et vous ne pouvez donc pas en être par vous-même absolument certain vous pouvez dter aussi de ce que vous disent vos sens dis Descartes parce que vos sens vous ont tous déjà une fois trompés vous avez tous déjà vécu une illusion d'optique une illusion perceptive or il n'est pas de bonne politique d'gard de faire confiance à quelqu'un qui vous a une fois trompé donc si vos sens vous ont déjà trompé une fois peut-être qu'il vous trompe maintenant donc vous ne devez plus croire vos sens enfin quand même dit descart je ne peux pas même si mes sens sont à la marge un peu faussé je ne peux pas douter de la situation que je suis en train de vivre même si je suis parfois capable de voir quelque chose de rond alors qu'il était oval quelque chose de carré alors qu'il était rectangulaire bon ça ne m'empêche pas de douter que je sois ici en train de vous parler que vous vous soyez là en train de m'écouter et bien si parce que vous avez là encore tous déjà fait cette expérience au moins une fois dans votre vie de vivre une situation que vous croyez réelle alors qu'en fait elle ne l'est pas ça s'appelle un rêve et quand bien même vous pourriez recomposer vos rêves à partir de chosees que vous avez réellement vécu si ça se trouve conclu des cartes vous êtes peut-être le jouet d'un malin génie qui a pris le contrôle de votre esprit et qui produit en vous toutes vos représentations à cet instant donné auquel nous parlons version ancienne de la matrice de Matrix si vous voulez bref vous voyez qu'on peut douter de tout en fait peut-être que vous n'avez pas d'identité pas de corps qu'il n'y a ni espace ni temps que vous n'avez pas d'histoire pas d'avenir que vous venez à peine de commencer à exister et que tout ça est la suggestion de ce malingénie vous voyez qu'on peut douter de tout de tout mais non pas de tout de presque tout il y a une chose vous ne pouvez pas douter c'est que vous doutez et donc vous pensez c'est très sérieux et donc vous existez vous pensez en tant que vous doutez et vous existez en tant que vous penser et donc à chaque fois que vous pourrez dire je pense vous pourrez dire en même temps je suis quand à savoir ce que vous êtes vous n'en savez rien mais vous savez que vous êtes une chose qui pense resogitance c'est le début du rationalisme cartésien dont nous sommes là encore tous évidemment les héritiers vous êtes une chose qui pense à chaque fois que vous pourrez dire je pense vous pourrez dire en même temps j'existe et sur cette certitude originelle des cartes reconstruit ensuite tout le reste tout toutes les sciences la théologie la connaissance même de Dieu des cartes reconstruit tout sur cette certitude fondamentale et le basculement est opéré en fait jusque-là dans la société traditionnelles dans dans l'Antiquité ou au Moyen-Âge on considéit que ce qui était vraiment certain c'est ce qui venait de loin dans l'histoire plus une coutume plus une croyance plus une règle venait de loin dans l'histoire plus elle avait traversé les siècles et les millénaires et plus elle était digne de foi et plus nous devions la recevoir et l'individu devait se remettre en question pour s'adapter à ces coutumes centenaires ou millénaires qui avaient été transmises par nos pères et par leur leur père avant eux la certitude venait de ce qu'il y avait de plus ancien et l'individu était ce qu'il y avait de plus fragile des cartes renversent l'équation désormais l' l'incertitude touche tout ce qui est ancien le doute touche tout ce qui est transmis et ce qu'il y a de vraiment certain c'est la certitude que l'individu seul peut se rendre à lui-même dans l'immédiateté absolue du cogito qui nous fait en quelque sorte renaître comme adulte et qui nous rend pour le coup maître de notre destin maintenant c'est moi qui décide de ce que j'admets comme étant certain comme étant vrai comme étant faux c'est moi qui construis par moi-même mon propre savoir d'où le renversement de l'école évidemment renversement qui est déjà en germe chez descart désormais il ne s'agit plus de transmettre des connaissances nous dit-on à l'école parce que transmettre des connaissances est par principe illégitime une connaissance qui n'est que transmise elle est forcément douteuse désormais il s'agit d'apprendre à nos élèves à produire par eux-mêmes des propres connaissances non plus de leur apprendre mais d'apprendre à apprendre ça c'est vraiment le Dogma absolu en ce moment non plus apprendre mais apprendre à apprendre c'est exactement ce que fait descart lui-même d'ailleurs descart n'a pas écrit de livrees à proprement parler il écrit les Méditations métaphysiques comme une méthode et les Méditations Métaphysiques ne vous transmettent rien c'est un exercice que vous devez refaire chacun à votre tour que nous venons de refaire ensemble très brièvement il ne s'agit plus d'apprendre des connaissances qui passeraient d'un maître à un élève ça n'a aucune validité par soi mais d'apprendre à apprendre c'est-à-dire d'apprendre à produire par soi-même son propre savoir premier moment donc le moment cartésien tout va bien merveilleux le deuxième moment et alors là pour le coup le plus décisif pour comprendre l'école d'aujourd'hui c'est le travail de Rousseau Rousseau est là nous franchissons quelques siècles j'avais promis à Madame katière que nous allions parler d'm000 et donc il faut parler d'm000 c'est un texte très important c'est la grande œuvre de Jean-Jacques rouso sur l'éducation et si vous voulez comprendre l'éducation nationale d'aujourd'hui ne lisez pas le Bulletin officiel de l'éducation nationale qui est d'ailleurs d'une lecture assez réparbative lisez l'ém000 de Jean-Jacques Rousseau tout est dedans au détail près c'est vraiment très impressionnant Jean-Jacques Rousseau a fait le programme de l'école d'aujourd'hui mais les ministres ne le savent pas c'est là qu'on reconnaît d'ailleurs les grands auteurs c'est qu'ils se laissent oublier dans leur œuvre enfin en tous les cas tout est là à la perfection alors Rousseau lui a eu dans toute sa vie de philosophe une idée c'est souvent le propre des grands auteurs il n'a eu qu'une seule idée et il l'a décliné dans toute son œuvre une idée très importante qui en fait d'ailleurs un auteur tout à fait singulier et même tout à fait paradoxal au milieu du siècle des Lumières vous savez que le siècle des Lumières c'est le siècle qui est convaincu que précisément la culture la connaissance la science le savoir vont délivrer les hommes des ténèbres de l'obscurantisme des fanatisme et des superstitions de toutes sortes c'est là ce qu'on appelle la croyance dans les lumières et si les philosophes des Lumières écrivent une encyclopédie avec didro et d'Ambert ça n'est pas pour rien c'est parce que le savoir amassé par les hommes est la plus formidable machine de guerre contre tout ce qui peut asservir l'esprit humain Rousseau lui est un auteur paradoxal dans le siècle de lumière la grande idée de Rousseau elle lui vient un petit matin de 1749 Rousseau lit dans le Mercure de France une question qui est posée par une académie de de province c'est un sujet de concours et dans cette ébullition intellectuelle on lance partout dans toute la France des concours d'idées et chacun est invité à répondre à des questions qui sont soumises par des érudits et la question posée par l'Académie de Dijon est la suivante en quoi les sciences et les arts ont-elles amélioré l'humanité et fait progresser le genre humain alors évidemment pour le l'Académie de Dijon en 1749 évidemment c'est une question rhétorique la culture c'est la clé de l'accomplissement des hommes c'est la clé de leur progrès et donc il s'agit de se lancer et c'est parfaitement transparent dans la question il s'agit de se lancer pour tous ceux qui voudront répondre au concours dans une sorte d'éloge de la culture mais Rousseau est frappé quand il lit cette question par une espèce d'inspiration subite qu'il décrira plus tard dans les Confessions comme une illumination il est frappé par une idée qu'il développera pendant toute sa vie cette idée est la suivante la culture est une catastrophe absolue pour les hommes la culture est une malédiction pour la nature humaine parce que la culture nous empêche de rester naturel la culture nous empêche de rester nous-mêmes elle nous empêche de rester spontané nous sommes des êtres de culture parce que nous sommes des êtres de société et parce que nous vivons dans la société nous sommes contraints de nous plier en permanence à l'infinité des règles que la société fait peser sur nous qu'est-ce que ça veut dire la culture qu'est-ce que ça veut dire avoir reçu une culture avoir reçu un langage avoir reçu en héritage cette civilisation qui est venue nous transformer et bien ça veut dire être devenu terriblement ressemblant les uns aux autres désespérément prévisible nous sommes condamnés à parler avec les mêmes mots à nous habiller de la même façon à nous prêter aux mêmes usages notre liberté est prise à chaque instant dans une infinité de cont et c'est ça qu'on appelle la culture qui d'entre nous est encore spontané qui d'entre nous peut se prétendre naturel qui est encore naturel ici nous sommes des êtres sociaux et parce que nous sommes des êtres sociaux nous ne cessons de nous comparer les uns aux autres et de toujours tenter de ressembler à ces norme que la société fait peser sur nous à cette norme que la culture nous imprime rousseo dit la nature est une bénédiction la nature est bonne l'homme est naturellement bon il est naturellement libre et la société en fait un être artificiel un être artificieux un être de culture précisément un être dénaturé la culture est une pollution de la nature humaine et cette idée là il la développe dans toute son œuvre dans le premier discours qui sera la réponse à cette question premier Discours sur les sciences et les arts alors Rousseau gagne le prix et il fait un succès de scandale évidemment immédiatement il se sépare de tous ses amis encyclopédistes et il est voué aux gémonie parce que c'est un précisément le seul à affirmer que la culture est une catastrophe Voltaire vous vous en souvenez sera très dur avec Rousseau précisément et Rousseau imagine dans un deuxième ouvrage le second discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes il imagine à quoi devait ressembler l'homme de l'état de nature quelle bénédiction d'être encore un homme de l'état de nature un homme d'avant la société un homme sans langage un homme sans contrainte un homme sans relation avec les autres l'homme de l'état de nature il ressemble si vous voulez à ce personnage du film Avatar qui s'appelle le Navi qui vit sur la planète Pandora vous avez peut-être vu avatar mais avatar le film de James Cameron le plus grand succès de l'histoire du cinéma au box office un des films donc qui à la fois transforme et révèle la culture contemporaine l'opinion commune ce film en fait son scénario a été littéralement écrit par Jean-Jacques Rousseau et là aussi James Cameron n'est pas au courant mais c'est pourtant le cas avatar c'est le second discours de Rousseau porté à l'écran en trois dimensions par Hollywood alors comme c'est Hollywood c'est très simple il y a les gentils et les méchants d'un côté les gentils c'est les Navis donc ce que rousseo appellerait les hommes de l'état de nature alors les Navis sont totalement ignorants ils n'ont pas de livres pas de bibliothèque pas de musée pas d'université pas de technique pas de sciences et surtout bénédiction absolue ils n'ont pas d'école ils sont parfaitement ignorants mais ils n'ont besoin d'aucun savoir parce qu'ils vivent en communion avec la nature et la nature leur donne tout ce dont ils ont besoin Rousseau dans le second discours nous décrit l'homme de l'état de nature qui qui vit dans la forêt il cueille son repas dans un arbre il se désaltère au ruisseau qui coule au pied de cet arbre et il s'endort à l'abri de son feuillage et voilà tous ses besoins satisfaitétait pas le pied ça nous aurait évité de nous prendre la tête avec les 35 heur et la travail quand même enfin voyez il y avait pas besoin d'aller très loin la nature abandonné à sa fertilité naturelle combla encore les hommes de tout ce qu'il avait à leur donner et cetera regardez c'est exactement comme dans l'Évangile les oiseaux des champs n'ont-ils pas de quoi se nourrir pourquoi est-ce que vous vous fatiguez l'état naturel est tellement beau et tellement bon et l'état social est catastrophique l'homme de l'état de nature comme le Navi de James Cameron il n'a besoin d'aucune technique d'aucun savoir parce que la nature lui donne tout ce dont il a besoin il est donc à la fois parfaitement ignorant parfaitement heureux et il est parfaitement bon aussi puisqu'il a tout ce dont il a besoin il n'a pas besoin de plus il se satisfait de voir ses besoins satisfaits de l'autre côté il y a les méchants dans le film de Cameron et les méchants ce sont ceux que Rousseau appelle les hommes de l'État social dans le film de Cameron ce sont les hommes alors là c'est l'inverse l'homme dans le film de Cameron il est très savant il se déplace partout avec des écrans digitaux des machines des robots et tout ce savoir ne lui sert qu'à détruire plus parce qu'il veut toujours consommer plus parce qu'il ne cesse de se comparer aux autres dans ce jeu de la culture et de la société il n'en a jamais assez il est donc à la fois très savant très méchant et très malheureux voilà l'équation fondamentale qui structure l'œuvre de Rousseau et qui structure d'une certaine façon aussi nos représentation commune bonne mère dit Rousseau en parlant à une mère de famille dans les m000es si ton fils sait beaucoup de choses méfie-toi de tout ce qu'il sait nous serions tellement plus heureux en sachant le moins possible en restant le plus possible dans notre état naturel alors si vous partez de ce postulat il faut évidemment lui donner un jour une déclinaison pédagogique et c'est ce que Rousseau fait dans l'Émile l'Émile est un traité de pédagogie ça n'est pas un manuel théorique c'est ça se présente comme un roman comme un récit on raconte l'éducation d'un enfant qui s'appelle Émile et l'éducation de cet enfant nous montre comment Rousseau rêverait l'éducation alors la première chose que fait le précepteur d'm000 dans ce livre de fiction dans lequel le narrateur est le précepteur Rousseau se met à la place de l'éducateur la première chose que fait le précepteur c'est de retirer l'enfant à sa famille de l'éloigner loin de sa famille qui serait précisément en danger de lui transmettre quelque chose et nous allons l'emmener loin de la société des hommes dans la nature dans un lieu bucolique et et charmant loin de de la ville loin de de la de la technique et de la et de la culture dans la nature et nous allons faire son éducation ou plus exactement nous allons accompagner son éducation et l'enseignant d'aujourd'hui on lui demande de plus en plus de ressembler à l'enseignant rêvé de Jean-Jacques Rousseau surtout surtout surtout ne pas transmettre des savoirs surtout ne rien imposer à l'enfant hier lors de notre dîner l'une de ma voisine de table me parlait du d'une école qui je pense qu'elle est dans dans la salle me parlait d'une école nouveau modèle qui euh ne fait que partir de la curiosité des élèves et dans lequel les dans laquelle les enfants décident de tout ce qu'ils vont apprendre par eux-mêmes et bien c'est du rousseo à l'état pur laissez toujours venir l'enfant dit Rousseau ne lui commandez jamais rien jamais quoi que ce soit pour qu'il soit précisément le maître de son destin si vous lui apprenez des choses avec un ordre préétabli vous l'habituez à recevoir donc il faut que tout vienne de lui il faut que tout vienne d'un savoir qui soit immédiatement utile et qui répondent à sa curiosité immédiate alors je sais pas prenons un exemple parmi 1000 autres dans les 1000 a peut-être l'âge d'Arthur il doit avoir 8 ou 9 ans Arthur qui est aussi parmi nous et qui est précisément le le représentant de cet état bénique et l'enfance parce que si l'homme est naturellement bon et que la société le pervertit si l'homme est naturellement libre et que la société le comprime alors qui est le meilleur d'entre nous pour reprendre une expression cher au bord deel n'est-ce pas qui est le meilleur d'entre nous qui est le plus libre d'entre nous mais c'est évidemment l'enfant et nous les adultes nous sommes déjà prisonniers de la société donc l'enfant devient d'une certain façon le le modèle inversé de l'éducation alors Émile nous nous promenons avec lui au bord d'une rivière et comme des enfants de son âge il joue avec un bâton un bâton qui est tout droit et quand il met ce bâton tout droit dans le ruisseau qui coule à côté il voit que le bâton qui est tout droit dans l'eau a l'air d'être courbé illusion d'optique tout à fait classique dû aux loi de la réfraction alors l'enfant dit je ne comprends pas évidemment vous l'aurez compris la catastrophe absolue ce serait que l'adulte réponde mais attends je vais t'expliquer c'est très simple c'est une illusion d'optique du au loi de la réfraction petit schéma détaillé et tu apprendras tout ça demain par cœur et petit Inter à la clé scandale absolu non non l'enfant dit je ne comprends pas l'adulte doit répondre je ne comprends pas non plus cherchons ensemble et nous allons nous mettre tous deux en apprentissage voyz à l'UFM on nous disait il ne faut pas qu'il y ait dans l'espace classe un sachant et des apprenants bon c'était beaucoup moins bien dit mais c'était exactement la même idée l'enfant dit je ne comprends pas l'adulte doit répondre je ne comprends pas non plus cherchons ensemble et nous nous mettons tous les deux en apprentissage et Rousseau continue Émile ne saura jamais l'optique où je veux qu'il l'apprenne de lui-même autour our de ce bâton alors là je vous vois venir évidemment avec votre regard sceptique vous vous dites que ça va lui prendre beaucoup de temps sans doute au pauvreemil d'inventer tout seul l'optique et les lois de la réfraction et vous vous dites même sans doute qu'il ne va jamais y arriver et ben alors où est le problème où est le problème Rousseau vous dit de toute façon ça sert à quoi de savoir l'optique sérieusement à quoi ça sert de savoir l'optique vous mettez vos enfants dans les bons lycées de Bordeaux et vous êtes tout fier de pouvoir dire pendant les vacances qu'ils ont eu bac mention très bien en Terminal S et qu'ils connaissent par cœur les lois de la réfraction mais la vérité c'est que vous leur faites jouer dès leur plus jeune âge précisément ce jeu social ce jeu de la culture de la compétition permanente la culture n'est pour eux qu'une occasion de se distinguer les uns des autres et depuis qu'ils sont tout petits vous leur avez appris à jouer ce jeu vous en faites des marionnettes ou plus exactement dit Rousseau vous en faites des perroquets vous leur apprenez à répéter par cœur des choses qui n'ont aucun sens pour eux depuis qu'ils sont tout petits vous leur apprenez ce rôle absurde et vous les accueillez en rentrant de l'école en disant alors mon enfant est-ce que ça s'est bien passé à l'école est-ce que tu as eu de bonnes notes à ton interrogation sur l'optique de fait la culture ne sert dit Rousseau qu'à jouer ce jeu de la société qui constitue la clé de notre malheur et de notre insatisfaction permanente ça ne sert à rien d'apprendre l'optique la seule question qui compte ça n'est pas qu'Émile connaisse l'optique qui ne lui servira jamais à rien il ne s'y intéresse pas et il a bien raison de ne pas s'y intéresser dit Rousseau la seule question qui compte c'est que Rousseau s'assure qu'Émile puisse trouver tout seul les lois de la réfraction le jour où il en aura besoin et ainsi il sera encore une fois le maître de son destin il ne dépendra plus du savoir d'un autre mais il sera capable de produire par lui-même un savoir qui lui soit utile dans une situation donnée là vous avez tous les enseignements pratiques interdisciplinaires dans cette anecdote de Rousseau ne plus apprendre aux élèves mais leur apprendre à apprendre à partir de situations concrètes au fond ça sert à rien de transmettre des connaissances par cœur ce qui compte c'est de rendre les élèves opérationnels pour les préparer déjà à la vie professionnelle de demain et là aussi nous sommes tous rousoistes sur ce point tous nous portons tous ce regard très utilitaire sur la culture nous affirmons tous que ce qui compte dans l'éducation et dans l'apprentissage à l'école c'est la préparation du futur salarié de demain j'étais il y a quelques mois à l'Assemblée nationale pour parler de cette question avec des parlementaires qui m'avaient sollicité sur le sujet et un parlementaire me dit vous savez la réforme de l'école c'est très simple on va prendre toutes les connaissances qui sont enseignées à l'école et tout ce qui n'est pas directement utile dans la vie professionnel on le supprime alors il prenait comme exemple le fait d'avoir dû apprendre à jouer du pipo quand il était en 5e vous savez quand on était en 5e on nous a mis une flute en plastique dans les doigts pour nous apprendre les rudiments du solfège et de la notation musicale bon j'ai trouvé ça étrange qui prennent cet exemple là parce que c'est vrai que quand on est parlementaire français aujourd'hui on pourrait penser que jouer du pipo est une compétence professionnelle assez décisive mais surtout si on se fit à ce que nous a dit notre expert en diplomatie tout à l'heure mais j'ai pas osé lui répondre ça vous devriez surtout pas applaudir c'était très mal poli eu non mais d'accord pour le Pipo on voit bien que le Pipo sert à peu de choses dans la vie professionnelle de et qu'on pourrait facilement le retirer il y a d'autres matières qu'on pourra facilement supprimer comme la philosophie par exemple dans la contribution au PIB national est systématiquement nul évidemment mais si on va plus loin encore et si on accepte ce filtre et ce prisme si on accepte ce ce critère de discrimination et bien on peut faire l'exercice tout simple posez-vous ensemble posons-nous ensemble cette simple question de tout ce que vous avez appris à l'école au collège au lycée qu'est-ce qui vous a été un jour directement utile dans votre vie professionnelle en vérité quand on se pose cette question il suffit de TR ou 4 secondes pour éprouver une sorte de gigantesque vertige dépressif on se dit qu'on a probablement passer 15 ans de notre vie pour rien ou quasiment rien parce que la quasi-ttalité des choses que nous avons apprises dans notre scolarité ne nous ont jamais été utile et de fait c'est d'autant plus vrai aujourd'hui parce que nous rentrons dans un monde qui étonnamment vient accomplir la promesse rousseoïste et ce monde c'est le monde du numérique maintenant qu'il y a internet autant pour Émile il y avait une infime chance que l'optique lui serve un jour mais maintenant c'est évident que ça ne lui servira jamais à rien et de fait si ça lui sert un jour à quelque chose mais il ira chercher sur google tout est sur Internet pourquoi voulez-vous transmettre des savoirs puisqu'ils sont tous sur internet àorter de clic àorter de votre main un jour on me faisait l'objection que je parlais de cette question mais arrêtez de parler de transmission du savoir maintenant vos élèves ont ça dans la poche ils ont dans leur poche infiniment plus de savoir que tout ce que vous pourrez jamais posséder y compris en philosophie à quoi ça sert de continuer à transmettre ça n'a plus aucun sens et ça pour le coup c'est vraiment la grande utopie de l'éducation nationale aujourd'hui la grande utopie d'ailleurs non pas seulement de l'éducation nationale mais de la société contemporaine la transmission de savoirs est définitivement annulée l'idée même de transmission est rendue totalement périmé par l'entrée dans l'univers numérique maintenant que nous vivons dans l'univers numérique dont d'ailleurs nos enfants et nos élèves savent infiniment mieux se servir que nous maintenant que que nous rentrons dans l'univers numérique il est définitivement inutile de transmettre quelque connaissance que ce soit ce qui compte encore une fois ce n'est plus d'apprendre des connaissances elles sont sur Internet ce qui compte c'est comme le disait le docteur pomere tout à l'heure de leur apprendre à les trouver de leur apprendre à les chercher de faire donc et c'est le deuxième volet de la réforme du collège celui qu'on appelle accompagnement personnalisé qui n'est d'ailleurs ni de l'accompagnement ni personnalisé mais c'est un détail qui consiste à remplacer des heures de cours là encore par discipline et par contenu par des heures de méthodes de méthodologie essentiellement consacré à la question du numérique nous allons apprendre à nos élèves à faire le tri des informations à identifier des sources à faire une recherche efficace non plus leur apprendre des savoirs mais leur apprendre à aller vers le savoir à quoi bon continuer à transmettre de toute façon vous êtes déjà non plus concurrencé vous n'êtes même pas concurrencé par internet vous les enseignants vous êtes écrasé par Internet d'office c'est fini enfin vous ne pouvez plus avoir la prétenion de transmettre des connaissances quand vos élèves savent les trouver par eux même beaucoup plus vite que vous sur Internet et ceci précisément c'est l'accomplissement du rêve rousoïste Rousseau dit son plus grand commentateur Jean strobanski a passé toute son œuvre à tenter de restaurer le règne de l'immédiateté Rousseau était convaincu précisément que l'homme est naturellement bon c'est-à-dire immédiatement bon et que toute l'éducation consiste à laisser le plus possible les enfants dans cet état immédiat qui s'appelle l'état naturel de l'homme Rousseau était convaincu que cet état d'immédiateté c'était l'état d'accomplissement de l'existence humaine et notre fascination actuelle pour le numérique est évidemment tout entière une fascination pour cette immédiateté dont nous retrouvons la trace chez Rousseau le grand plan numérique a été dévoilé dernière par le Président de la République dans le grand plan numérique nous allons offrir des tablettes enfin vous allez pardon indirectement offrir des tablettes à tous nos élèves de 5e pourquoi est-ce que nous allons leur offrir des tablettes à la vérité pour tout vous dire nous ne savons pas trop comment nous allons n en servir mais nous allons quand même donner des tablettes à tous nos élèves de 5e parce que les tablettes c'est bien les tablettes c'est le bien grâce aux tablette que vous allez indirectement leur offrir vos enfants pourront accéder au savoir sans passer par la médiation d'un enseignant sans dépendre de l'intermédiaire d'un adulte sans dépendre d'ailleurs de vous grâce aux tablettes que vous allez leur offrir vos enfants sont enfin débarrassés de vous et j'espère que vous en êtes très heureux ils sont rendus à leur liberté à leur créativité immédiate par cet outil numérique qui d'ailleurs a pour propriété l'immédiaté puisque comme le disait le docteur pomerau le numérique ne s'apprend pas un enfant de 2 ans sait déverrouiller un iPhone avec une facilité déconcertante bien plus parfois que vos grand parents qui peineent à savoir comment on dans quel sens on tient le même objet le numérique ne s'apprend pas et la génération qui le manipule depuis son enfance s plonge avec une immédiaté déconcertante et cette immédiaté est la clé de sa liberté donc il convient de cesser absolument de transmettre de cesser absolument de transmettre Rousseau quand son élève a 18 ans nous fait une description d'Émile à la fin de son œuvre qui est merveilleuse de cohérence et le propre d'un grand auteur c'est qui est dans sa cohérence il nous donne précisément à penser et qu'il augmente notre liberté on y reviendra br brivement Rousseau nous fait la description de cet élève vous pourriez y voir une critique mais pas du tout c'était le rêve de Rousseau c'est ce à quoi il voulait accomplir et c'est quelques ligne mérite d'être décrite je vous disais tout à l'heure que l'ém000 est une description absolument parfaite de l'éducation nationale d'aujourd'hui évidemment pas partout encore une fois parce qu'il y a encore des lieux où nous avons continué de transmettre dans tous ces lieux où les familles inquiètes et angoissé veulent que leurs enfants continuent de faire de brillantes études pour pouvoir reprendre leur part à la vie capitalistique de notre économie n'est-ce pas comme aurait dit Pierre bourdieux cette fois-ci mais dans tous les lieux où nous avons été jusqu'au bout dans le programme rousoist et notamment dans tous les lieux où précisément des des familles elles-mêmes déracinées n'avaient rien à transmettre non plus ou n'ont pas su ou pu transmettre dans tous ces lieux où nous n'avons plus transmis Rousseau a produit son effet avec une précision déconcertante et ce texte qui pourrait vous paraître une critique était en fait un rêve et ce rêve nous y sommes arrivé et il ressemble à un cauchemar Émile et et donc Émile a 18 ans à l'époque Émile a peu de connaissance et toute celle qui a et toute celle celles qu'il a sont véritablement siennes il sait peu généraliser d'idées peu faire d'abstraction Émile ne sait ce que c'est que métaphysique ou morale il ne connaît pas même le nom de l'histoire il n'a aucune idée morale des relations de l'homme à l'homme mais il sait tout des relations utiles de l'homme aux choses il me suffit qu'il sache trouver l'AC quoi bon sur tout ce qu'il croit et le pourquoi sur tout ce qu'il sait Émile croit ne rien devoir à personne il est seul dans la société des hommes il ne compte que sur lui seul et enfin cette conclusion vertigineuse Émile n'est pas un sauvage fait pour habiter dans la nature c'est un sauvage fait pour habiter dans les villes il me semble que nous sommes doublement injustes à l'égard de nos élèves là où nous avons été jusqu'au bout dans ce projet de déconstruire la transmission parce qu'à la fois nous leur avons retiré la possibilité de recevoir cette culture que nous avions reçu et qu'en même temps nous les accusons d'être c'est sauvage ou de contribuer en tous les cas à cet ensauuvagement du monde que les médias ne cessent de décrire de contribuer par des formes multiples à cet ensauvagement du monde que Rousseau avait pourtant prévu comme étant l'accomplissement de son projet le projet de rétablir dans l'homme le bon sauvage et bien le bon sauvage s'est révélé moins accommodant que prévu et plus difficile à vivre bien sûr alors pourquoi cette idée merveilleuse se révèle être un cauchemar et bien parce qu'au fond de cette idée merveilleuse il y a une erreur il y a un oubli majeur et pour revenir brièvement sur cet oubli parce que le temps file à toute vitesse je voudrais m'arrêter sur un seul mot du dernier auteur que j'avais prévu d'évoquer avec vous un seul mot de cet auteur cet auteur c'est Pierre Bourdieu le plus proche de nous le plus proche de nous aussi dans le vocabulaire et là aussi nous sommes tous bourdieusiens Pierre Bourdieu est parti du postulat que la transmission était une catastrophe pour la nature humaine et si elle est une catastrophe alors on peut se poser la question de savoir à qui profite le crime et bien le crime profite au grand capital la culture nous dit Bourdieu est un capital comme un autre Bourdieu est un sociologue français du 20e siècle donc marxiste mais comme il est français il est plus marxiste que Marx évidemment et Bourdieu comprend prend dcelle que le capital n'est pas uniquement une affaire d'économie que le capital n'est pas uniquement une affaire matérielle une question de moyen de production le capital est fait de plusieurs formes et dans les plusieurs formes du capital il y en a une qui est particulièrement décisive pour la reproduction des inégalités c'est le capital culturel la culture est un capital et si nous voulions que l'école soit honnête il faudrait que l'école reconnaisse enfin et qu'elle admette enfin et qu'elle publie enfin qu'elle n'est que le lieu pour la préparation de la vie économique de demain de ce point de vue-là d'ailleurs curieusement nous sommes tous bourdieusiens tous et ceux qui sont les plus à droite comme ceux qui sont les plus à gauche d'une certaine façon vous trouverez aussi bien des sociologues de gauche que des entrepreneurs très libéraux qui vous diront en même temps qu'il faut reconcentrer l'école sur une mission qui est la préparation de la vie économique de demain la préparation et la formation à la vie de l'entreprise à la vie économique et c'est d'ailleurs le projet de de de la ministre à travers la réforme du collège c'est un des éléments décisifs qui sont annoncés dans les EPI dans l'accompagnement personnalisé nous voulons faire une école qui soit mieux connectée à l'économie et le président de la République a déclaré d'ailleurs vous le savez peut-être en juin dernier à l'occasion des Journées de la refondation de l'école qu'il faut mettre le système éducatif au service de l'économie nous avons la conviction que l'école doit et il faut l'assumer enfin et c'était le grand propos du marxisme de Bourdieu reconduire l'école vers sa mission explicite c'est-à-dire la préparation de la vie professionnelle de demain la culture est un capital c'est tout et il faut enfin le dire aux enfants et il faut enfin le dire aux parents et cette expression de fait elle est passée dans le langage commun vous vous vous vous vous reconnaîtrez avec moi que l'expression de capital culturel est une expression qui est devenue très familière et qui est parfaitement banal tout le monde parle de la culture pour le dire autrement dans le vocabulaire de l'avoir on dit il faut avoir de la culture et dans l'éducation nationale on nous demande sans arrêt de cochier les acquis de nos élèves il faut avoir de la culture et il faut se doter d'un capital culturel nécessaire pour s'en sortir dans sa vie professionnelle de demain il faut qu'à l'école on reçoive le bagage culturel indispensable pour la vie professionnelle j'aime beaucoup cette expression de bagage culturel parce parce qu'il me semble que toute l'ambiguïté est là et toute l'erreur manifeste est là l'expression de bagage culturel arrêtons-nous un bref instant sur cette expression parler de la culture dans le vocabulaire de l'avoir parler de la culture comme un bagage nécessaire c'est en fait la détruire par avance pourquoi parce que si vous partez en voyage c'est tout à fait nécessaire que vous preniez avec vous un bagage mais vous reconnaîtrez avec moi que quand on part en voyage il est parfaitement rationnel d'emporter avec soi le bagage le plus léger possible parce qu'un bagage c'est encombrant c'est pénible un bagage c'est pesant ça gêne votre liberté de mouvement donc le principe si la culture est un bagage c'est effectivement de transmettre à nos enfants le bagage culturel réduit à la portion congrue celui qui les encombrera le moins celui qui libérera leur mémoire pour d'autres apprentissages pour d'autres facultés pour d'autres activités ne pas encombrer l'esprit de nos enfants de ce bagage culturel encombrant et puis et puis évidemment là aussi vous enconviendrait avec moi le rêve dans la vie c'est peut-être de devenir un jour assez riche ou assez puissant pour que quelqu'un porte porte vos valises à votre place n'est-ce pas donc si la culture est un bagage nous avons parfaitement raison de tenter par tous les moyens de confier ce bagage à quelqu'un qui le portera pour nous et ce quelqu'un nous l'avons trouvé ce quelqu'un c'est internet maintenant qu'il y a internet nous n'avons plus besoin d'obliger nos enfants à porter dans leur propre esprit ce fardeau qui est la culture que nous avons reçu depuis des millénaires et qui ne cesse de s'alourdir nous pouvons enfin les décharger de la tâche pénible d'apprendre alors je crois que c'est repr reprentation est totalement fausse je crois que la culture ne se laisse pas décrire dans le vocabulaire de la voir que la culture n'est pas un bagage si on peut confier son bagage à quelqu'un sans cesser d'être soi-même c'est parce que le bagage est détachable de celui qui le porte et ce n'est pas le cas du tout dans le cas de la culture la question au fond qui est posée est la suivante que serions-nous aujourd'hui que seriez-vous aujourd'hui sans la culture qui vous a été transmise est-ce que vous seriez plus vous-même aujourd'hui sans la culture qui vous a été transmise la réponse est c'est évidemment non je le crois au fond pour comprendre ce point il faut s'attacher à ce que j'appellerai humblement si vous voulez le mystère de la médiation c'est quelque chose d'à la fois très mystérieux et très évident qui fait partie de notre expérience à tous c'estàdire le fait que l'homme est par nature un être de médiation pour le comprendre si vous voulez on peut dire que c'est là ce qui nous distingue et là encore pardonnez-moi d'être très schématique là où il faudrait être très nuancé mais on pourrait dire à grand trait que c'est ce qui nous distingue de façon décisive de l'animal l'animal est un être d'immédiateté quand nous sommes des êtres de médiation et c'est ce qui fait que l'animal est si fascinant le propre de l'animal c'est qu'il sait immédiatement ce qu'il a à faire prenons un exemple parmi 1000 autres je sais pas un exemple que j'affectionne particulièrement je l'exemple du Coucou le coucou le coucou gris je sais pas si vous connaissez le coucou c'est c'est un animal familier sous nos latitudes le coucou gris est un animal parasite le coucou ne fait pas ses œufs par exemple la la femelle du Coucou pont ses œufs dans le nid d'un autre oiseau par exemple la la petite Merlette a fait son nid elle a pendu ses œufs et puis le coucou passe la femelle du Coucou passe dans le nid de la petite merlette et pon son œuf au milieu des œufs de la petite Merlette il est 15h il faut raconter des histoires j'espère que vous suivez la petite merlett revient elle ne voit pas la différence de toute façon elle sait pas compter elle comprend rien à l'histoire donc elle couvre tous ses tous les œufs y compris celui du petit coucou alors il se trouve que le petit coucou arrive à maturité plus vite que les autres et c'est là que les choses deviennent intéressantes il casse sa cquille il sort la tête de sa coquille et quelle est la première chose que fait le petit coucou quand il sort la tête de sa coquille il casse les autres œufs autour de lui et il les jette par-dessus bord la question qui est posée est la suivante qui a appris au petit coucou ce qu'il devait faire pour éliminer ses concurrents dans la lutte pour la survie personne et c'est vraiment incroyable parce que le geste vous l'admettrez est d'une technicité assez remarquable quand même et bien le petit coucou il sait immédiatement ce qu'il a à faire il sait immédiatement ce qu'il doit faire dans le monde où il vient tout juste de se trouver pour rejeté à peine né le petit coucou possède la totalité des compétences qui sont le propre de son espèce la totalité des facultés qui appartiennent à son espèce à l'espèce parasite du Coucou gris le petit coucou les possède immédiatement il a pas eu besoin de faire une école des coucou il a pas eu besoin de faire de la coucouogie appliquée il a pas eu besoin de s'exercer et même il a pas eu besoin de se planter voyez c'est dire que immédiatement le petit coucou qui vient de naître est un petit coucou parfait c'est un petit coucou accompli vous ferez pas de meilleur coucou que le petit petit coucou à sa naissance mais c'est absolument fabuleux de fait pour nous qui ne sommes pas des êtres d'immédiaté les abeilles n'ont pas besoin de faire des écoles d'ingénieur les avveilles n'ont pas besoin de faire des écoles d'architecture pour apprendre à construire des ruches les araigners n'ont pas besoin de faire des écoles d'ingénieur pour apprendre à tisser des toiles pourtant malgré la méfiance séculaire qui sépare notre espèce de celle des araignées he il faut s'émerveiller d'une toile d'araignée c'est un truc incroyable une toile d'araignée et bien la petite araignée c'est immédiatement faire cela alors évidemment le propre de cette immédiateté c'est une absence de distance c'estàdire que il y a pas de distance entre l'animal et son être propre jamais vous ne verrez une abeille arriver en disant j'ai fait des études d'architecture et si on faisait une ruche en gratciel pour une fois pour changer ce serait rigolo non et jamais vous verrez non plus une abeille marxiste qui viendra en disant on va faire la révolution couper la tête à la reine et se répartir le capital commun entre ouvrière ça suffit maintenant non ça n'arrive jamais pour le meilleur et pour le pire d'ailleurs mais à côté de ça le petit bébé humain on y à côté de la petite abeille du petit coucou de la petite araignée le petit bébé humain n'ayant pas peur de le dire il paraît assez démuni et même il a l'air assez parfaitement ridicule si vous voulez enfin je sais pas l'autre jour je je après j'arrête avec les animaux premier mais je je je suis dans une chambre d'hôtel j'aiis la télévision comme ça au hasard absurde enfin à 1h du matin je tombe sur un documentaire animalier qui raconte la vie des petits bouquetins dans la montagne donc VO le petit bouquetin qui naît et le documentaire dit que 24 heures après leur naissance les petits bouquetins marchent et gambadent dans la montagne comme ils le font toute leur vie 24 heures après leur naissance et la montagne quand même milieu escarpé compliqué voyez accidenté alors quelques jours après ce ce documentaire je je je vais dîner chez des très bons amis qui ont un petit bébé qui d je sais pas 1 an et demi bon alors c'est le moment où le bébé commence à apprendre voyez à marcher et alors comme souvent quand vous avez des amis qui ont leur premier enfant de la moitié du dîner est consacré euh aux exploit du du bébé et donc l'événement du jour c'est que il paraît que c'est une étape très importante dans dans la marche c'est que le le le petit bébé fait trois pas il s'arrête et il repart et il paraît que c'est un truc décisif c'est parce que vous pouvez être propulsé d'un bras là c'est pas le cas il fait trois pas il s'arrête et il repart tris quart d'heure voyez tu te rends compte il fait trois pas il se stabilise comme ça il tutube encore un peu mais tris pas quand même il s'arrête et puis on voit qu'il repart alors TR qu4 d'heure donc je m'émerveille avec mes amis bien sûr le le contraire été malvenu mais en moi-même je pensais au petit bouctin je me dit 1 an et demi quoi un an et demi sur du plat de la moquette franchement sérieusement c'est c'est c'est absurde enfin le petit bouquetin 24 heures après sa naissance il gambat dans la montagne le petit bébé 1 an et demi après la naissance on s'émerveille qui fait tro pas et qui tombe pas par terre bon tout ça pour dire que le petit bébé humain à première vue il a l'air parfaitement ridicule et il est très peu doté en terme d'instinct bien sûr il y a une part d'immédiateté en nous parce que nous faisons partie de l'expérience animale aussi donc le petit bébé humain il sait pleurer pour dire qu'il a faim et il sait prendre la nourriture qu'on lui tend et ça c'est instinctif parf ça fait quand même assez peu de choses et même quand il pleure on comprend pas toujours exactement ce qu'il veut dire et pourtant quand vous regardez un petit bébé humain n'importe lequel le plus petit celui que nous avons tous étaé un jour il est capable de faire des choses incroyables ce petit bébé en tant qu'il est un être humain il est capable de penser il est capable de parler il est capable d'entrer en relation avec les autres il est capable d'inventer d'imaginer il est capable d'être libre et il est capable d'être il est capable d'aimer mais pour accomplir toutes ces facultés qui lui appartiennent naturellement en tant qu'il est un membre de l'espèce humaine en tant qu'il est est un être humain pour accomplir toutes ces facultés il aura besoin d'abord de rencontrer un autre il aura besoin de rencontrer une altérité et même il aura besoin de rencontrer une autorité quelqu'un qui fera venir jusqu'à lui la culture c'est-à-dire la condition de l'accomplissement de ces facultés quand nous étions bébés par exemple nous étions tous capables de parler nos parents n'ont pas créer en nous la faculté de parler et d'ailleurs s'il l'avait fait il auraiit pu la créer aussi dans des plantes ou des animaux N parents n'ont pas créé en nous la faculté de parler nous étions donc naturellement capable de parler mais nous n'aurions jamais commencé à parler si nos parents ne nous avaient pas transmis leurs mots c'est-à-dire cette construction culturelle qui est la langue cet héritage qui est toute langue qui vient du fond des âges pour nous donner l'occasion d'apprivoiser notre propre condition naturelle nous n'aurions jamais accompl cette faculté si naturelle aux hommes qu'est la parole sans la culture que nous avons reçu à chaque fois que nous parlons aujourd'hui nous disons d'une certaine façon notre dette à ceux qui nous ont précédé et même pas seulement à chaque fois que nous parlons à chaque fois que nous pensons bien sûr alors on peut le regarder avec fureur on peut le regarder avec beaucoup de colère on peut regarder la langue qui est un produit culturel et même le premier des produits culturels on peut regarder la langue avec la même détestation que la culture telle que l'on vu des cartes ou Rousseau ou Bourdieu comme nous l'avons brièvement exposé tout à l'heure et de fait le 20e siècle a passé son effort intellectuel le plus décisif a tenté de critiquer la langue en tant qu'elle est une obstruction de notre liberté c'est Roland Bart qui était professeur de littérature au Collège de France qui écrivait dans son ouverture la langue est fasciste pourquoi la langue est-elle fasciste parce que d'abord vous n'avez pas choisi votre langue quand vous étiez petit vos parents vous ont imposé une langue vous ne l'avez pas choisi du tout elle s'est imposé à vous et c'est devenu votre langue maternelle comme par hasard et ensuite vous avez commencé à parler et quand vous avez commencé à parler vous vous êtes tout de suite rendu compte que dans une langue il y a des règles qu'il y a des choses qui se disent et des choses qui ne se disent pas et qu'on peut pas tout dire avec une langue sans quoi on est sévèrement repris et après comble du traumatisme vous avez été à l'école et comme on ne vivait pas encore dans cette époque bénie de l'évaluation bienveillante nous allons maintenant mettre des gommettes et des smiley à nos élèves et bien vous avez eu des notes et parfois même des mauvaises notes et vous avez eu du rouge sur vos copies et vous avez dû vous rendre à l'évidence à chaque fois que vous parlez une langue à chaque fois que vous l'écrivez vous pliez votre pensée à une infinité de règles de règles d'orthographe de grammaire de syntaxe de règles complètement arbitrair d'ailleurs il y a plusieurs langues et ces langues sont fait d'accident il y a aucune raison de fond pour lesquell on écrit pouou genou Ibou avec un X plutôt qu'avec un S mais c'est comme ça si vous écrivez avec un S vous avez un point au moins et par conséquent vous êtes obligé de vous plier à ces règles à chaque fois que vous parlez pas seulement quand vous parlez à chaque fois que vous pensez parce que nous pensons avec les mots rendez-vous compte à chaque fois que vous pensez vous pliez votre pensée à cette infinité de règles que la langue fait peser sur vous dès que vous pensez vous êtes en train d'obéir la moindre de vos idées la plus personnelle de vos intuitions la plus nouvelle nouvelle de vos émotions la plus intérieure de vos de vos idées tout cela la langue l'a déjà saisi elle saisit tout ce que vous êtes tout ce que vous pensez tout ce que vous vivez elle est donc totalitaire elle est fasciste CQFD de telle sorte conclurambart qu'il ne peut y avoir de liberté qu'en dehors de la langue et bien justement voilà toute la question est là où se trouve cette liberté en dehors de la langue comment retrouverons-nous la maîtrise de notre destin est-ce que nous serions plus libre aujourd'hui de notre propre pensée sans la langue qui nous a été transmise et de fait évidemment non parce que si nous n'avions pas reçu de langue nous n'aurions même jamais commencé à penser parce que l'homme est tellement un être de médiation et tellement un être de culture que la capacité même de penser ne s'accomplit en lui que par la médiation de la langue et par la médiation de la culture à chaque fois que vous pensez vous êtes en dette à l'égard de ceux qui vous ont précédé et ceci encore une fois ne veut pas dire que votre liberté soit déterminée par avance non au contraire vous en avez tous déjà fait l'expérience d'ailleurs comme parents vous qui êtes parents quand vous apprenez à un enfant les mots de sa langue maternelle quand vous lui transmettez vos vos propres mots vous lui donner les moyens de parler et même pas seulement les moyens de parler vous lui donner les moyens de penser et de penser par lui-même et sans doute un jour de penser contre vous le propre de l'expérience humaine et le grand mystère de la médiation c'est que l'adolescent rebelle qui se révolte contre ses parents en disant j'en ai rien à faire de tout ce que vous m'avez transmis il le fait encore avec les mots que ses parents lui ont transmis nous avons besoin des mots non pas seulement pour penser même et je terminerai par là mais nous avons même besoin des mots et de la culture pour voir le monde autour de nous nous ne verrions rien sans les mots même nos yeux même nos sens notre capacité sensorielle qui est pourtant naturelle et organique est déterminé par le vocabulaire que nous possédons toute spécialité possède son vocabulaire l'onologie puisque nous sommes ici au milieu des vines possède son vocabulaire non pas pour constituer un capital culturel qui ferait la différence entre les experts et les profanes mais parce que précisément connaître quelque chose de façon spécialisée se pencher sur une singularité du réel dans l'infinité de ces nuances suppose de pouvoir nommer le réel un médecin dans un corps humain voit beaucoup plus de choses que ce que je vois et pourtant nous avons les mêmes yeux mais pourquoi voit-il plus de choses parce qu'il a fait des études de médecine et par conséquent il a reçu d'un savoir qui fait autorité la capacité de nommer des parties du corps que je ne soupçonne même pas et pourtant nous avons les mêmes yeux et hier madame katiar qui nous recevait nous apprenait à goûter un vin l'unologue qui sait goûter les vins il sent dans n'importe quelle gorgée de vin et il entend il écoute il apprend bien plus de choses que ce que moi profane je sais comprendre d'une gorgée de vin et pourtant nous avons le même palais mais il faut une culture pour que ce qu'il y a de plus naturel en nous s'accomplisse notre grande erreur commune a été de croire à l'immédiateté notre grande erreur a été de penser que nous étions capablebles d'être immédiatement libre immédiatement créatif immédiatement intelligent immédiatement maître de nos facultés immédiatement maître de notre destin alors que la vérité c'est que la maîtrise de nos propres facultés suppose d'abord de recevoir de la culture qui vient des autres l'accomplissement de ce qu'il y a de plus naturel en nous c'est-à-dire à la fois de plus humain et aussi de plus singulier de plus personnel de plus nouveaux tout grand artiste a commencé par faire des gammes pendant des années par jouer les morceaux d'un autre et ce n'est qu'à la fin qu'un artiste peut accomplir sa propre créativité pour que Chopin devienne Chopin il a fallu que Chopin pendant des années est des professeurs de piano et ça ne s vente pas tout seul et il y a une distance et c'est là le mystère de la médiation il y a une distance infinie entre appuyer au hasard sur les touches d'un piano et composer un Nocturne de Chopin la vérité c'est que notre créativité dans ce cas-là de plus singulier ne s'accomplie qu'au terme de ce chemin qui s'appelle l'état d'enfance et peut-être d'ailleurs ce chemin est-il l'aventure de toute une vie peut-être faut-il être dans l'état d'enfance une vie entière pour petit à petit devenir vraiment le maître de son destin par le chemin qui nécessairement passe toujours par l'intermédiaire des
[Applaudissements]
autres
François-Xavier Bellamy