Macron/Trump : le bras de fer #cdanslair 24.08.2019
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Questions et réponses
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- 1:57OuverteRéponse directe
Que vous disent ces images d'abord ?
- 2:50OuverteRéponse partielle
Quelles sont leurs relations entre Donald Trump et Emmanuel Macron ?
- 4:28ComplaisanteRéponse partielle
C'est quand même un bon coup pour Emmanuel Macron d'avoir organisé ce déjeuner ?
- 6:07OuverteRéponse directe
Comment considère-t-il ces G7, Donald Trump ? Une perte de temps ou bien non ?
- 7:58OuverteRéponse directe
Est-ce que, justement, cette réunion sans interprète, autour d'une table, c'est pas l'essence du G7 ?
- 9:21OuverteRéponse directe
Pascal Boniface, Donald Trump éclipse tout le monde. Pourquoi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:26PrésentateurFait
« Donald Trump, qui juste avant son départ, avait menacé la France de représailles avec des taxes sur le vin, comme on n'en a jamais vu, dit-il, si Emmanuel Macron devait maintenir sa taxe GAFA. »
- 13:09Locuteur non identifiéFait
« Je refuse que la France taxe nos entreprises. C'est très injuste. »
- 13:31Locuteur non identifiéFait
« Je protégerai le vin français avec beaucoup de détermination. »
- 13:48Locuteur non identifiéFait
« Si les États-Unis imposent les taxes sur la France, l'Union européenne répondra en conséquence. »
- 14:20PrésentateurFait
« Je sais qu'Emmanuel veut bien faire, comme tous les autres. Mais personne, absolument personne, ne parle pour les États-Unis, à part les États-Unis eux-mêmes. »
- 15:00PrésentateurChiffre
« Notre pays a perdu des milliards et des milliards de dollars avec la Chine. Très honnêtement, nous irions bien mieux sans elle. »
- 15:09PrésentateurPromesse
« Je demande à nos entreprises américaines de commencer immédiatement à trouver une alternative à la Chine, notamment en relocalisant leurs entreprises chez nous et en fabriquant leurs produits aux États-Unis. »
- 16:48PrésentateurFait
« Je n'aime pas ce que la France a fait, je ne veux pas que la France impose des taxes sur nos sociétés, c'est très injuste. »
- 17:19PrésentateurFait
« Mais il faut être cohérent. Ou bien vous pensez que le protectionnisme est une arme contre le Canada et pourquoi on ne l'utiliserait pas contre la Chine ? »
- 18:37PrésentateurFait
« S'ils le font, nous imposerons des tarifs douaniers sur leur vin. »
- 22:40PrésentateurFait
« Nous n'avons pas besoin de la Chine, nous nous porterons beaucoup mieux sans elle. »
- 26:56PrésentateurFait
« Il y a une part de lui qui y croit quand il dit « oui, Xi Jinping, j'ai confiance en lui, c'est un grand leader ». »
- 29:43PrésentateurFait
« Il a lancé une enquête sous le coup de la loi de 1974 sur le commerce pour voir s'il y a effectivement si la loi française GAFA est une pratique commerciale frauduleuse à l'encontre des États-Unis. »
- 34:48PrésentateurChiffre
« En 10 ans, aux Etats-Unis, 40% du parc des centrales à charbon a fermé ou a prévu de cesser de fonctionner. »
- 37:26PrésentateurChiffre
« Ça fait 122 mois qu'il n'y a pas eu de ralentissement économique. »
- 40:02PrésentateurFait
« La guerre commerciale qu'il a lancée volontairement avec la Chine a pour effet de diminuer le pouvoir d'achat des consommateurs américains. »
- 43:20PrésentateurFait
« Quand on met une taxe sur les importations chinoises, c'est le trésor américain qui récupère la taxe. »
- 55:30PrésentateurFait
« Je vais parler fort pour vous et je vais faire revenir les boulots, je vais faire revenir les emplois avec du protectionnisme. »
- 1:02:01InvitéChiffre
« vous avez quatre actifs pour un retraité »
- 1:02:09InvitéFait
« l'indépendance énergétique, qui est un des grands piliers de l'économie actuelle aux Etats-Unis »
- 1:02:22PrésentateurFait
« Ils font du pétrole de schiste »
- 1:02:29PrésentateurFait
« le Texas continue, après la Californie, le deuxième Etat en termes de puissance économique »
- 1:02:33InvitéFait
« vous êtes moins dépendant que l'Europe des fournisseurs énergétiques »
- 1:04:23PrésentateurFait
« soit Trump obtient cet accord et pour lui, ce sera un immense succès politique et économique »
- 1:05:25PrésentateurFait
« partir avant la fin du sommet, oui, il l'a déjà fait »
Temps de parole
- Présentateur74 %
- Invité16 %
- ?4 %
- Locuteur non identifié4 %
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Bonsoir à toutes et à tous. Donald Trump en France pour le G7. Il a déjeuné en tête à tête avec Emmanuel Macron. Donald Trump, qui juste avant son départ, avait menacé la France de représailles avec des taxes sur le vin, comme on n'en a jamais vu, dit-il, si Emmanuel Macron devait maintenir sa taxe GAFA. L'Europe a d'ailleurs volé au secours de la France, menaçant à son tour l'Amérique de représailles si les États-Unis devaient surtaxer le vin français. A peine commencé, ce G7 vire donc au bras de fer, dans un contexte déjà très tendu, car la situation commence à dégénérer avec la Chine, dont l'ensemble des importations sera taxé à partir de décembre prochain.
Et Donald Trump ordonne désormais aux entreprises américaines de quitter la Chine, un pays qualifié d'ennemi. Alors jusqu'où ira l'escalade ? Avec quelles conséquences sur l'économie mondiale, l'économie française ? Que peut faire la France ? Que peut faire l'Europe ? C'est le sujet de cette émission de ce «
C
'est dans l'air » que nous avons décidé d'intituler ce soir « Trump, Macron, le bras de fer ». Pour répondre à vos questions, nous avons le plaisir d'accueillir Pascal Boniface, vous êtes directeur de l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques, auteur de « Comprendre le monde » chez Armand Collin. Nous accueillons Anne Toulouse, journaliste franco-américaine. Bonsoir, auteur de « Bienvenue en Trumpy », c'est chez Stock. Corentin Sélin, vous êtes historien spécialiste des États-Unis, professeur agrégé d'histoire en classe préparatoire et co-auteur des États-Unis dans le monde, 1823-1945, c'est aux éditions Atland.
Et enfin Jean-Marc Daniel, économiste, professeur émérite à l'ESCP Europe, directeur de la rédaction de la revue Sociétale et auteur du gâchis français, c'est chez Talendier. Pascal Boniface, on va commencer avec ce qui est l'image du jour, c'est ce déjeuner. Que vous disent ces images d'abord ? On a un Donald Trump assez boudeur quand on le voit. Oui, mais en même temps, ce déjeuner n'était pas prévu au programme puisque normalement Trump n'était même pas sûr de venir au dîner de ce soir. Donc il a quand même bousculé son agenda pour venir. Et là, il y a quand même une sorte de complicité affichée par rapport à la bataille auparavant.
Et puis Trump, de nouveau, a bousculé l'agenda pour bousculer les médias et être de nouveau au centre, la seule place qu'il pense pouvoir occuper, et tenter de dire à Emmanuel Macron, ce n'est pas toi qui fais l'agenda, c'est moi et c'est moi que tout le monde va regarder. Donc là, il va y avoir cette bataille des images. Ensuite, que va-t-il sortir de cela et de ces trois jours ? On n'en sait rien parce que tout est possible. La grande réconciliation, au contraire, la grande brouille sur la taxe GAFA, la taxe sur les vins. Quoique quand même, le Front Unie européen vient renforcer la position française. On reviendra sur les sujets de contentieux.
D'abord, Anne Toulouse, quelles sont leurs relations entre Donald Trump et Emmanuel Macron ? Est-ce qu'elles sont bonnes ou est-ce qu'ils se défient
? Je
serais tentée de dire que c'est un numéro du duétiste parfaitement réglé. C'est une sorte de couple « je t'aime, moi non plus ». Avec ce qui soude le mariage, c'est un désir commun de communiquer. C'est la communication. Regardez cette image. Ils sont sur leur belle table blanche avec leur bouquet de roses. Et l'un et l'autre ont occupé, je dirais, les deux places au sommet des relations internationales. C'est-à-dire que Donald Trump s'est recentré sur les États-Unis. C'est « America first », c'est son slogan. Donc, il s'occupe de ce qui se passe chez lui. Et je suis tentée de dire qu'Emmanuel Macron s'est jeté sur le reste. Il a le reste de la planète à sa disposition.
Et donc, il s'occupe un peu plus du reste du monde que chez lui. C'est une répartition, si vous voulez, assez logique des tâches. Parce que les États-Unis sont très centrés sur eux-mêmes. C'est un pays immense. C'est un continent, pratiquement, les États-Unis. Donc, si vous êtes, je ne sais pas, en Iowa, pour vous, l'étranger, c'est San Francisco ou c'est New York. Donc, déjà, quand on a fini de s'occuper du pays, c'est une lourde tâche. Alors que la France est très soucieuse de garder son image dans le monde et de garder en dépit, peut-être, d'une économie qui n'est pas tout à fait ce qu'elle devrait être, d'une perte sur le
plan diplomatique,
d'influence, voilà. Et même d'une perte au niveau culturel à travers le langage. Donc, il y a une place à prendre pour montrer qu'on compte sur la scène internationale. Et je pense que Donald Trump et Emmanuel Macron, quelque part, ont extrêmement bien compris le bénéfice qu'ils pouvaient tirer l'un de l'autre.
–
Quentin, c'est quand même un bon coup pour Emmanuel Macron, à la descente de l'avion, d'avoir attrapé, je ne
sais
pas si c'est comme ça que ça s'est organisé, le président Trump pour, je ne sais pas s'il faut parler d'improviser, mais en tous les cas, pour organiser ce déjeuner.
– Oui,
c'est bien joué au sens où ça joue sur un aspect fondamental de la personnalité de Trump, c'est-à-dire être mis en valeur, être considéré. Donc là, on est dans du bilatéral, du face-à-face, qu'apprécie particulièrement Trump, on l'a vu encore hier. Quand il veut régler, lui, le problème de l'Amazonie, il fait un tweet pour dire à Bolsonaro, on va régler ça tous les deux. Il aime bien cette relation bilatérale. Ensuite, on peut quand même voir dans cette image du déjeuner, un peu l'impasse aussi de la relation, parce que qu'est-ce que ces deux hommes ont à se dire sinon lister toute une série de désaccords de fond ?
– Et certes, on a une belle image, on a une belle communication politique, mais sur le fond, sur l'Iran, Emmanuel Macron essaye de sauver un accord que Donald Trump a torpillé. Sur la guerre commerciale, la France elle-même risque d'en faire les frais avec les taxes, peut-être à venir sur le vin français. –
Donc,
oui, une belle image, bien
léchée. – Au moins, on
se parle,
c'est ce qu'on
pourrait dire.
–
Oui, on se parle, mais il faut rappeler que lors de toutes les rencontres internationales, Donald Trump, il est très plaisant, il aime bien montrer une bonne image de lui, il n
'est
pas plus bête qu'un autre, il essaye, il aime bien ses photos, ses opérations photo, etc. Mais il faut se souvenir qu'à chaque rencontre internationale, aux belles images bien léchées, succèdent des coups de semonce par tweet, ou même lors du dernier G7, une dénonciation du communiqué final qu'il avait lui-même signé, dans l'avion du retour. Donc, il ne
faut
pas trop se fier à ces images non plus. – Mais Jean-Marc Daniel, comment considère-t-il ces G7, Donald Trump ? Une perte de temps ou bien non ? Il fait l'effort de venir et au fond, il y trouve un certain intérêt. La preuve, il a traversé l'Atlantique pour déjeuner avec Emmanuel Macron.
–
Oui, je pense qu
'il
ne pouvait pas faire autrement que de venir. C'est un événement sur le plan diplomatique, au niveau international, il fallait qu'il soit là. Moi, ce qui me frappe dans cette image,
c
'est deux choses. La première, c'est qu'il n'y
a
pas d'interprète. Et on vient de le dire, il y a un siècle, un président des États-Unis qui rencontre un Français, il y
a
un interprète où on parle en français. Là, je pense qu
'ils
se sont parlé en
anglais.
Et c'est d'ailleurs une des fiertés d'Emmanuel Macron d'être le premier président de la France, à être capable de tenir une conversation en anglais, dans un anglais qui n'est pas celui de Maurice Chevalier. Il parle anglais, un anglais que l'on comprend. –
Ça joue ça, dans une bonne
relation avec Trump ? –
Oui, je pense qu
'effectivement, pour Trump, c'est aussi un geste de politesse. Il est en terrain ami, quelqu'un qui parle la même langue que lui. Mais ça prouve aussi un abaissement de la France. Il faut bien voir que récemment, les États-Unis ont sorti l'état de leur production par état, justement. Et ce qui a été confirmé, c'est que la Californie, maintenant, est devenue une puissance économique plus importante que la France. Il
y
a deux, trois ans, on avait été frappés,
c
'était la première fois. Bon, maintenant, ça y est, la Californie est installée comme étant une puissance économique qui, en termes de production, est devant la France. – Alors
la Californie, c
'est l'État où il
y
a tous les GAFA, et
donc ce serait la
sixième puissance mondiale. – Oui, pratiquement, avec 40 millions d'habitants, et la France, c'est 65 millions d'habitants. Et donc, on mesure quand même le rapport de force qu'il y a entre ces deux pays.
C
'est-à
-dire
des États, certes le plus riche de Trump, et non seulement plus riches en pouvoir de production, mais aussi en niveau de vie, c'est-à
-dire
le Californien moyen a un niveau de vie qui est un tiers supérieur à celui du français. – Jean-Marc Daniel, vous qui connaissez parfaitement l'histoire économique, est-ce que, justement, cette réunion sans interprète, autour d'une table, sans conseiller même, c'est pas l'essence du G7 ? On disait,
je
crois que c'était le G3, mais Giscard d'Estaing disait qu'il voulait des discussions au coin du feu.
Ben
là, c'est au coin de la table. – Oui, et à l'époque où Giscard d'Estaing avait lancé ça, c'était d'abord un G5, puis ensuite on lui avait imposé l'Italie, donc c'était devenu le G6. Et l'idée, c'était d'avoir des réunions assez informelles, sur un format assez simple. Quand une fois, quand on l'a fait en novembre 1975, en termes de sécurité, on avait renforcé juste la gendarmerie de Rambouillet, de quelques éléments supplémentaires. –
C'était la gendarmerie de Rambouillet qui a... – La gendarmerie de Rambouillet qui a... – La gendarmerie de Rambouillet qui a...
– La gendarmerie
de
Rambouillet
qui a...
–
C'est une organisation
de spectacle, c'est de l'économie spectacle.
Et
donc, avec un sujet, quand on regarde sur le site du G7, tel qu'il est construit à l'heure actuelle, on met en avant que c'est un G7 qui est éco-responsable et attaché à la promotion et à la défense de l'égalité hommes-femmes. Femmes-hommes, d'ailleurs, c'est dans ce sens-là.
–
C'est
mieux
ça.
– Oui, oui, c'est dans ce sens-là. Je pense que
quand Trump arrive, tout ça, ça ne l'intéresse pas. Donc, il vient sans savoir exactement de quoi on va parler, et il va exprimer de façon plus ou moins organisée son sentiment. Et peut-être que dans une conversation comme ça, en tête à tête, il peut se passer quelque chose. – Pascal Boniface, il éclipse tout le monde, Donald Trump. On attendait, hier, on disait, la vedette, ce sera Boris Johnson, son premier sommet, son premier G7, finalement, on
s
'aperçoit. On n
'en
parle même pas. – Non, parce que d'une part, il n'est pas tout à fait à la hauteur, et puis il représente le Royaume-Uni qui est en très grande difficulté, qui n
'est
pas la première puissance mondiale. Donc, Trump est quand même à la tête de la première puissance mondiale, et quels que soient les problèmes que s'il y rencontre, c'est quand même un pays qui compte le plus dans les affaires de ce monde. Et en plus, vous avez un président qui est un très grand communicant. Son premier métier, c'était la télévision. Donc, il s'arrange toujours pour capter la lumière. Il est toujours au centre, ça fait en fait, depuis trois ans, depuis son élection, il est toujours au centre de toutes les attentions sur la scène diplomatique.
Il fait l'agenda, alors il les risque certains, il fascine d'autres, mais en tous les cas, c'est toujours lui qui fait l'agenda, à son détriment ou à son bénéfice, selon les appréciations, mais il est toujours au cœur. Ça fait trois ans qu'il façonne l'agenda international à partir de ses tweets, de sa politique et de ses décisions.
C
'est ce que vous me disiez juste avant l'élection, on oublie en France qu'avant d'être un businessman, Donald Trump aux États-Unis, Anne Toulouse, c'est surtout un homme de télévision.
C'est-à-dire qu'il est arrivé à la présidence, il avait plus de 70 ans. Donc, vous voyez, sa carrière pendant 50 ans, ça a été l'immobilier, donc la négociation, les deals, et ça a été la télévision pendant une dizaine d'années. Donc, on ne se refait pas à 70 ans, tous les psychologues le disent. Je le dis dans mon livre, il y
a
une analyse des psychologues, on ne peut pas changer à 70 ans. Donc, il restera le présentateur de l'apprentice. Et c'est vrai qu'il a l
'habitude, en plus... L'apprentice, c'était l'émission. C'est l
'émission, et en plus, c'est un patron, c'est quelqu'un qui n'a pas l'habitude qu'on lui dise non. Et c'est vrai qu'il façonne l'agenda, parce qu'on ne devait pas parler d'économie dans ce G7. Et c'est vrai que tous les problèmes sociétaux, ça n'est pas la tasse de thé de Donald Trump. Ce sont les États-Unis qui ont exigé qu'il y ait un volet économique, tout simplement parce que l'économie,
c
'est quand même, comme vous le disiez, leur grand, grand, grand point fort.
Alors, Donald Trump est donc arrivé aujourd'hui à Biarritz, et à en croire ses dernières déclarations, le président américain est plus que jamais remonté. Taxes GAFA, nucléaire iranien, guerre commerciale, les sujets de tension ne manquent pas, notamment avec Emmanuel Macron. Emmanuel Macron qui a décidé, à la mi-journée, de marquer sa différence avec Donald Trump en parlant d'écologie lors d'une allocution télévisée. C'est un sujet de Sofiane Esaoui et Ilana Azinko. C'est un déjeuner improvisé, d'après les termes de l'Élysée. À peine arrivé sur le territoire français, le président Trump s'est vu accueillir par son note. Derrière les sourires, les sujets qui fâchent.
Le président Macron les a rapidement mis sur la table. Des divergences profondes entre les deux présidents depuis le retrait des États-Unis de l'accord de Paris.
Une
différence qu'Emmanuel Macron avait déjà réaffirmée quelques heures plus tôt, de manière plus officielle dans une allocution télévisée. Au cœur de ce G7,
pour lutter contre les inégalités, il y aura le sujet du climat,
de
la biodiversité. Là aussi,
vous
savez nos désaccords entre certains pays, en particulier avec les États-Unis d'Amérique. Mais j'ai voulu que ce G7 soit utile, et donc
nous
devons répondre
à
l'appel de l'océan qui est derrière moi ici à Biarritz et à
l
'appel de la forêt qui brûle aujourd'hui en Amazonie.
Le
climat,
une
divergence parmi tant d'autres.
Le
président américain n'a de cesse d'interpeller son homologue français. Juste avant d'embarquer vers la France, Donald Trump s'est notamment livré à une critique en règle de la taxe GAFA, avec une petite réplique qui sonne alors comme une menace. Je refuse que la France taxe nos entreprises. C'est très injuste. S'ils font cela, nous pourrons par exemple taxer leurs vins. Nous taxerons leurs vins comme jamais il n'a été taxé. Quelques heures plus tard, c'est le président du Conseil européen qui lui répond « Pas question de se laisser faire
».
Je protégerai le vin français avec beaucoup de détermination.
Et
évidemment, l'Union européenne se range du côté
de la
France.
Si
les États-Unis imposent les taxes sur la France,
l'Union européenne
répondra en
conséquence.
Une polémique symbolique de l'état d'esprit dans lequel le président américain aborde ce G7.
Car
les dossiers sensibles sont nombreux. Le nucléaire iranien d'abord, un dossier qui pourrait embraser le Moyen-Orient et sur lequel Emmanuel Macron tente de se placer en médiateur.
Sauf
que Donald Trump, encore une fois, ne l'a pas vraiment vu de cet œil-là et l'a fait savoir sur les réseaux sociaux.
Je
sais qu'Emmanuel veut bien faire, comme tous les autres. Mais personne, absolument personne, ne parle pour les États-Unis, à part les États-Unis eux-mêmes.
Les
sujets seront abordés avec le président Trump sur fond de guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Un conflit qui fait peser une menace sur l'économie mondiale. Hier, la Chine a relancé les hostilités en annonçant que 75 milliards d'importations en provenance des États-Unis seront taxées.
Le
président américain s'est donc une nouvelle fois fendu d'une série de tweets.
Notre
pays a perdu des milliards et des milliards de dollars avec la Chine.
Très
honnêtement, nous irions bien mieux sans elle. Je demande à nos entreprises américaines de commencer immédiatement à trouver une alternative à la Chine, notamment en relocalisant leurs entreprises chez nous et en fabriquant leurs produits aux États-Unis. Signe supplémentaire de la tension qui plane sur cette réunion des grandes puissances, le G7 se passera cette année de l'habituel communiqué final. Quelques lignes qui avaient eu le don d'agacer le président Trump l'an dernier, seuls contre tous, il avait refusé de le signer. Alors, question téléspectateurs, à chaque grand sommet international, Donald Trump fait penser à un éléphant qui entre dans un magasin de porcelaine. Anne Toulouse,
est
-ce qu'on peut envisager qu'il y
ait
un clash et que Donald
Trump reprend de l'avion ? Oui, on
peut toujours envisager avec une certaine probabilité qu'il y ait un clash. Mais je ne vois pas pourquoi il le ferait au G7, qui est quand même une réunion extrêmement traditionnelle et qui n'a aucune conséquence, en fait, qui n
'est
pas contraignante, si vous voulez, dans les décisions qui seront prises. Donc, Donald Trump arrive toujours, il a toujours l'impression d'être en terrain ennemi, et c'est un peu vrai, il a un peu le reste du monde contre lui, et il a l'impression qu'on ne le comprend pas. Par exemple, sur le problème de la Chine, il ne comprend pas pourquoi on s'attaque au GAFA, aux entreprises, pourquoi l'Europe s'attaque aux entreprises américaines, parce qu'elles n'ont pas un traitement équitable par rapport aux entreprises européennes, et pourquoi il ne l'aide pas sur la Chine.
Ça, c'est quelque chose qui lui reste vraiment au travers de la gorge, parce que, pour lui et pour beaucoup de gens, d'ailleurs, il y a un réel problème, un problème économique, un problème de propriété intellectuelle, et il pense que le reste du monde devrait être derrière lui, et que s
'ils
ne sont pas derrière lui, ils sont contre lui.
Jean
-Marc Daniel, c'est vrai que cette taxe GAFA, apparemment, Donald Trump ne la supporte pas, donc je cite son tweet, « Je n'aime pas ce que la France a fait, je ne veux pas que la France impose des taxes sur nos sociétés, c'est très injuste.
»
Oui, ce qui est intéressant dans cette affaire, c'est qu'il n'est pas le seul à dire ça aux États-Unis, c'est-à-dire que les Américains font un double procès aux Européens, et en particulier aux Français. Le premier, c'est d'être incohérent dans leur rapport au protectionnisme, c'est-à-dire de critiquer le CETA, et donc de dire, « Voilà, le libre-échange absolu, il n'en faut pas. » Mais en revanche, quand ce sont les Américains qui prennent des mesures contre la Chine, des mesures protectionnistes qui sont dans la même logique que les critiques faites par les Français vis-à-vis du CETA, ils disent, «
Mais
il faut être cohérent. » Ou bien vous pensez que le protectionnisme est une arme contre le Canada et pourquoi on ne l'utiliserait pas contre la Chine ? »
Et
après tout, le Canada est quand même un pays plus « sympathique » que ne l'est la Chine. Et la deuxième critique sur l'aspect « taxes », c'est lié là aussi au fait que c'est une taxe sur le chiffre d'affaires. Donc il y
a
beaucoup de travaux, ça se passe notamment dans le cadre de l'OCDE, et sur le fait que la France là aussi a été un des premiers pays à passer d'une logique de taxation du chiffre d'affaires à une logique de taxation de la valeur ajoutée. Et c'est la France qui a invité la taxe sur la
valeur
ajoutée. Et qu'on ne voit pas pourquoi cette pensée fiscale française est en train de revenir en arrière avec des menaces sur les entreprises françaises. C'est-à
-dire
que si on taxe les entreprises sur la base de leur chiffre d'affaires dans un pays, les entreprises qui exportent en Chine vont être obligées
de payer. Ils seraient aussi rattrapées.
Elles se feraient rattrapées. Donc il
y
a une espèce d'incompréhension que Trump traduit à sa manière de façon assez brutale, mais qui dans le monde des économistes américains retrouve un certain nombre d'échos en disant que ce n
'est
pas le bon outil. Il y a un problème de
taxation. Et puis il y a un fait que
ce soit ciblé sur les GAFA. Google, Amazon, Facebook, Apple. Oui, d'autant plus qu'à la fin des fins,
c
'est Amazon qui l'a dit. C'est-à
-dire
que si on paie un impôt supplémentaire, on le répercutera dans nos prix. Il ne
faut
pas se faire d'illusions. Donc c'est le consommateur qui paiera et non pas Amazon. Alors Corentin, c'est là, il est œil pour œil. Donc je poursuis son tweet. S'ils le font, nous imposerons des tarifs douaniers sur leur vin. Donc d'ailleurs, c'est presque un peu humiliant pour Donald Trump. La France,
c
'est le vin. Il réduit le PIB de la France au vin. Alors non, il réduit un des principaux postes d'exportation français aux États-Unis. Donc il tape là où ça peut faire mal.
C
'est effectivement un des principaux postes d'exportation de la France aux États-Unis. Mais c'est son outil préféré. Depuis trois ans, Donald Trump est mu par une pensée.
C
'est que pendant des années, les États-Unis se sont fait piller économiquement par leurs alliés, se sont fait voler. Il parle souvent, il dit on s'est fait voler. Il a dit encore, par exemple, sur la Chine aussi. Et il s'agit maintenant de rendre coup pour coup. On est dans une guerre économique. Et donc son outil pour cette guerre économique, c'est les tarifs douaniers. Et pourquoi arrêterait-il ? Par exemple, ça a très bien marché avec le Mexique. Avec le Mexique, il voulait des concessions du Mexique sur l'immigration, sur le mur. Alors il n
'a
pas obtenu tout ce qu'il voulait, mais avec la menace de tarifs douaniers, ça a marché. Donc ça a marché, pourquoi ne pas continuer ? Et avec la France, eh bien, tarifs douaniers pour que la France, selon lui, cesse de tordre la concurrence commerciale. Sauf que,
il
faut bien voir que cette arme des tarifs douaniers, elle est à double tranchant. Et c'est ça qui est un peu surprenant. Parce que ces tarifs douaniers, évidemment, ils pénalisent aussi, à cause des rétorsions, les consommateurs américains. Les autres répondent. La France pourrait répondre. L'Union européenne, on l
'a
vu dans le reportage, pourrait répondre. La Chine a déjà répondu. Et forcément, ça veut dire des produits importés aux États-Unis qui vont coûter plus cher aux consommateurs. Et donc, on... D
'ailleurs,
c'est pour ça qu'il a repoussé au 15 décembre l'ensemble des taxations sur les produits chinois pour ne pas pénaliser le Noël des Américains, dit-il. Donc, il s'attend bien à ce qu'il y
ait
des hausses de prix pour les baskets, pour les vêtements, pour les jouets, pour... Absolument. Et d'ailleurs, là, ça a été un
peu
à l'image d'un mois d'août un peu
confus
du point de vue économique, de la politique économique de Trump. Il annonce de nouveaux tarifs douaniers pour la Chine le 1er août. Et puis, le 13 août, il dit, au moment de partir en week-end,
il
dit, non, mais je ne veux pas gâcher le Noël des consommateurs états-unis. Donc, bon, il a une économie qui a un argument fort pour sa réélection. Et avec ces tarifs douaniers mis à toutes les sauces, il augmente le risque d'une guerre commerciale et de pénaliser ce qui est son meilleur atout pour 2020, c'est-à-dire une économie florissante. Et donc, en même temps, c'est cohérent, cette menace à la France, ça fait partie de son outil, mais c'est risqué pour lui. Pascal Boniface, Donald Trump,
c
'est vrai, avait l'habitude, alors nous, il nous attaque sur notre vin, les Allemands,
il
nous attaque sur l'automobile. Là, pour la première fois, on a une réaction européenne. On
a eu Donald Tusk. Parce qu'en fait,
les négociations commerciales,
c
'est l'Europe. La France n'a pas un accord bilatéral sur le commerce avec sa famille, pas plus que l'Allemagne. Ce sont les 28 et puis bientôt peut-être les 27 qui négocient les accords commerciaux. Et donc, effectivement, la réaction de Donald Tusk est tout à fait logique parce que, d'une part, s'il
y
a les vins français, il y aura aussi quand même les vins italiens et les vins espagnols. Et puis, voilà, on est une union, on n'est pas une union politique en réalité, mais on est une union commerciale. Et s'il y a quelque chose qui marche bien, c'est cela. Et on est respectant en tant que tel. Les Chinois respectent l'Union européenne parce que ce qui intéresse les Chinois, c'est le commerce et ils négocient avec les 28. Ils ne négocient pas avec 28 pays différents, ce qui les embête. Alors, bien sûr, Trump taxe le vin parce que le vin, c'est le symbole. Rappelez-vous, au moment de la guerre d'Irak, on renversait du vin français dans les caniveaux par opposition.
C'est le symbole et puis aussi un gros poste d'exportation. Mais en même temps, ça ne marche pas comme ça effectivement parce que là, l'été dernier, Trump voulait taxer certaines exportations européennes. L'Europe a dit très bien, on va faire pareil, on va menacer de mettre des taxes supplémentaires sur les exportations américaines. Il a cédé. Il a cédé parce que à 27, on ne
peut
pas dire à 28, on pèse quand même commercialement. Pascal Boniface, avec les Européens, on a l'impression que c'est du business. On est avec Donald Trump, le business mass. Avec la Chine, on est frappé par la teneur des propos. Je demande à nos entreprises américaines en pour ordre de commencer à immédiatement chercher une alternative à la Chine. Nous n'avons pas besoin de la Chine, nous nous porterons beaucoup mieux sans elle, etc. Quand même, on a l'impression que là, on est au-delà de l'économie, on est dans, je veux, c'est mon ennemi, je veux l'abattre. Ça
ne vous a pas
frappé ? Si, d'une part, je doute que les entreprises américaines obéissent parce que c'est quand même un pays où la liberté d'entreprise existe et donc je doute que les entreprises américaines établies en Chine se rapatrie leurs avoirs aux Etats-Unis pour faire plaisir au président. Mais effectivement, au-delà de la guerre commerciale, réelle, parce que c'est quand même 400 milliards de déficit américain à l'égard de la Chine, la moitié du déficit global, qui a augmenté de 100 milliards depuis que Trump est élu. Donc c'est un échec, c'est son bras de fer commercial avec la Chine.
Mais il y a l'arrivée stratégique, il y a le fait que ce qu'on appelle le piège de Thucydide, c'est que la puissance numéro 2, la Chine, va devenir à terme la puissance numéro 1 et détrôner les Etats-Unis, non seulement sur le plan économique, mais également sur le plan stratégique, les routes de la soie. Et donc c'est là un autre type de rivalité qu'avec l'Union européenne. Elle est non seulement économique, mais elle est globale. C'est vraiment qui sera la première puissance mondiale.
Mais
en même temps, l'Union européenne, il a dit aussi, l'Europe est notre ennemi. Parce que ce qui compte pour Trump, c'est déficit commercial ou non.
Et
donc, quels sont les deux gros postes de déficit commercial, de commerciaux, pardon, pour les Etats-Unis, c'est la Chine et l'Union européenne. La Corée du Nord, ce n
'est
pas l'ennemi. Parce qu'il n'y
a
pas de déficit commercial américain à l'égard de la Corée
du Nord. Les visions
mercantilistes, comme on dit, dans les échanges, qui est gagnant, qui est perdant. Et c'est vrai que par rapport à la Chine, l'Union européenne a des reproches à faire à la Chine. Est-ce
qu'on pourrait
dire la même chose au
visage
de la Chine ? Sauf que lorsque Emmanuel Macron, l'an dernier, a dit à Trump faisons front commun pour faire entendre aux Chinois qui ne peuvent pas comme ça tricher sur les barrières non tarifaires, etc. Trump lui a répondu non, je m'attaque d'abord à la Chine, ensuite ça sera à vous. Et donc c'est lui qui a refusé le front commun qu'on aurait pu faire face à la Chine. Anne Toulouse, vous diriez la même chose, on le sent aux Etats-Unis, l'inquiétude vis-à-vis de la Chine, elle n'est pas dans les échanges commerciaux, elle est presque existentielle, elle est ce pays va nous dominer
?
Je ne pense pas que dans le grand public qu
'on
pense ça parce qu'il y a tellement ancré dans la mentalité américaine qu'on est les plus forts, qu'on est les plus grands, que c'est le plus grand pays du monde, la plus grande démocratie, il y a la menace économique de la Chine qui est très présente et qui est d'ailleurs assez confuse parce que quand on dit on va acheter, on va fabriquer aux Etats-Unis, mais attendez, vous allez fabriquer avec les composants, personne ne les fabrique aux Etats-Unis, même si vous fabriquez une voiture ou un ordinateur aux Etats-Unis, vous ferez venir les composants de cheline. Et aux Etats-Unis comme ailleurs, les gens veulent payer moins cher.
Donc ce qui peut être, il commence à y avoir un mouvement qui pourrait être la révolution je dirais de la fabrication en 3D, mais là ça devient très technique, d'objets bon marché aux Etats-Unis où on serait moins dépendant d'importations de pays comme la Chine,
mais
enfin surtout de pays orientaux. Mais je ne pense pas qu'il y ait dans la population américaine ce sentiment « nous ne serons plus les premiers
»
parce que dans la mentalité des Américains,
on
est toujours le premier, on est le premier pays, on est le premier de sa classe, on est le meilleur mariage, le meilleur enfant, le meilleur entrepreneur.
Corentin Célin, est-ce que vous faites une différence sur l'attitude de Donald Trump vis-à-vis des Européens et vis-à-vis des Chinois ? Quand il dit qu
'il
qualifie Xi Jinping comme son ennemi. Oui, alors il faut quand même resituer parce que pendant très longtemps, il l'a désigné comme son ami. Hier, il y avait un peu une forme de déception. Dans un premier temps, il a réservé un traitement un peu spécial à la Chine. Alors certes, il a imposé les tarifs douaniers, c'est lui qui a lancé cette guerre commerciale, il faut le rappeler, il y
a
environ 14 mois, au début d'été 2018, en annonçant une première série de tarifs, mais en disant «
on
va négocier, mon ami Xi est un grand leader, je l'aime beaucoup, etc. » il montrait quand même beaucoup plus de déférences qu'avec les Européens, avec lesquels il est beaucoup plus net, on l'a encore vu cette semaine, il leur rappelle qu'il faut dépenser plus de 2% du PIB pour la défense, de manière un peu comme un père autoritaire avec des enfants passage. Et le problème, c'est que les Chinois n'ont pas mordu à la technique Trump, un peu de battleur de l'immobilier, c'est-à-dire « je te mets la pression avec des tarifs, mais en même temps, j'essaie de faire copain copain avec toi », les Chinois, ils ne fonctionnent pas comme ça.
Et donc, ça n'a pas fonctionné, il a cru avoir un accord en mai avec la Chine, il ne l'a pas obtenu et il voit que ça ne fonctionne pas.
Et
donc, hier, il était très énervé parce qu'il ne
faut
jamais oublier quelque chose chez Trump,
il
y croit. Il y a une part de lui qui y croit quand il dit « oui, Xi Jinping, j'ai confiance en lui, c'est un grand leader, etc. » Il y
a
une part de lui qui y croit et ça aussi, c'est très étatsunien, cette forme un peu de naïveté, de candeur, on va dire. Et là, il a été très déçu parce qu'effectivement, les Chinois, qu'est-ce qu'ils ont fait ? Trump a augmenté les tarifs douaniers le 1er août, avec une petite remise le 13 août.
Ils
ont répondu hier à quoi s'attendait-il ? Et là, lui, il se dit « alors, ce n
'est
plus mon ami et donc ça devient forcément un ennemi. » Et on voit dans cette… Il
en a
remis une louche sur les taxes, il les a augmentées
à nouveau. Il a
augmenté les taxes à nouveau parce qu'il n'arrive pas à obtenir ce qu'il pensait pouvoir obtenir avec sa double tenaille, à la fois gentillesse avec Xi Jinping et tarifs douaniers.
Jean
-Marc Daniel, quand… Oui. Une remarque par rapport avec la Chine. La Chine n'est pas exactement le même pays qu'il y a 10 ans sur le plan commercial. C'est-à
-dire,
il
y
a 10 ans, la Chine dégageait un excédent extérieur qui représentait 10% de sa production. Cette année, la Chine est en déficit extérieur et le FMI a fait des projections annonçant que la Chine serait en cessation de paiement à l'origine de 2030. Alors pourquoi ? Comment se fait-il ? La Chine n
'est
plus l'atelier du monde ? La Chine est l'atelier du monde, mais c'est aussi la puissance qui exporte sa population, c'est-à-dire, elle a un poste de déficit sur le tourisme qui est colossal. Tous
ces Chinois qui viennent dépenser en
France,
c'est l'argent qui sort.
Voilà, c
'est
le pays au monde qui dépense le plus pour le tourisme.
C
'est-à
-dire
240 milliards de dollars de déficit sur le poste tourisme. Donc tous ces gens qu'on voit acheter des sacs Vuitton sur les Champs-Elysées, ça déséquilibre les comptes extérieurs de la Chine. Et sur le plan atelier, la Chine commence à être confrontée à l'émergence du Vietnam, de l'Indonésie, de concurrents qui sont beaucoup plus efficaces qu'elles en termes à la fois de qualité et de prix. Et donc la Chine est dans une position d'affaiblissement qui fait que je pense que
Donald
Trump et les gens qui sont derrière lui se disent on peut forcer la main, on peut y aller. Alors que l'Europe, en revanche, c'est un vrai problème parce que l'Europe, elle a deux atouts. Un excédent extérieur, on l'a dit, c'est non seulement sur les États-Unis, mais les deux gros excédents extérieurs en termes de commerce et de balance des
paiements. Ce sont les
Allemands avec les voitures. Voilà, c'est les Allemands et les Japonais. Les Japonais avec de moins en moins le commerce et de plus en plus le placement de leur épargne. Et puis le deuxième atout de l'Europe, c'est qu'elle a une monnaie qui, contrairement à ce qu'espéraient les Américains, continue à exister. C'est-à
-dire,
elle continue à être le rival du dollar alors que la Chine a une monnaie qui, objectivement, que personne ne veut. Alors actuelle, elle n
'est
pas une monnaie reconnue sur le plan international. Toute petite question puisqu'on parle de cette taxe sur le vin et ça fait la troisième fois je crois que Donald Trump la brandit, la menace. Il va finir par la mettre cette taxe sur le vin français ? En fait, il
y
a une enquête qui est en cours. Il a lancé une enquête sous le coup de la loi de 1974 sur le commerce pour voir s'il y a effectivement si la loi française GAFA est une pratique commerciale frauduleuse à l'encontre des Etats-Unis. Si cette enquête du département du commerce états-unien conclut qu'effectivement c'est frauduleux, que ça nuit aux intérêts américains, à ce moment-là, ça autorise le président à prendre toutes les mesures possibles. Donc il faut juste attendre le résultat de l'enquête sur cette pratique. Alors Donald Trump est aussi en campagne électorale puisque nous sommes à un an de l'élection présidentielle aux Etats-Unis. L'occasion donc de s'interroger sur son bilan.
Une équipe de C dans l'air s'est rendue dans l'état du Kentucky. C'est une vieille région minière des Etats-Unis puisqu'en 2016, le président américain avait promis de faire revivre, on s'en souvient, l'industrie du charbon. Pourtant, trois ans plus tard, les mines continuent de fermer. Reportage donc dans le Kentucky de Walid Berisoul et David Lemarchand avec Mathieu Lignot.
Dans
le Kentucky, l'or noir,
c
'était le charbon.
Mais
au cœur de l'ancienne industrie minière, les terrils disparaissent peu à peu. Ici,
ils
ont été remplacés par des panneaux solaires. Comme vous pouvez le voir, il
y a des câbles qui transportent l'électricité des panneaux
vers
des onduleurs là-bas, dans ce petit
bâtiment. Terminée la dépendance aux seules énergies fossiles.
Dans
le Kentucky, les compagnies d'électricité se sont diversifiées.
Il
y a eu des
pressions sur le prix du charbon. Le prix a été tiré vers le bas à cause du gaz naturel et des énergies renouvelables. Les vieilles usines atteignent la fin de leur vie. Elles ne sont plus assez efficaces pour rester compétitives.
On
s'est diversifiés.
Gaz,
méthane,
on
ne veut pas mettre tous les œufs dans le même
panier. Ces changements inquiètent Gary Jones. Ancien mineur, maintenant lobbyiste. Il voit fermer une à une les mines et les usines du Kentucky.
Il
ne reste que 4000 mineurs dans tout l'État, bien loin de l'âge d'or qu'a connu Gary.
Dans le
comté de Muhlenberg,
il
y avait 3000 mineurs qui travaillaient.
Et
maintenant, on
en a à peine 300.
On
a perdu 3000 emplois dans toute l'industrie du
charbon.
Ça
a
été un déclin progressif.
Il y
en a pourtant un qui avait promis d'aider ces mineurs. Donald Trump.
C
'était un argument de campagne.
À
l'époque, un électorat ouvrier
et
populaire à séduire.
Nous
allons remettre les mineurs au travail. Nous allons remettre les mineurs au travail.
Nous
allons rouvrir ces mines.
Au
état du charbon, qu'ont-ils le fait
? Mais
derrière les promesses, pas vraiment de plan d'action.
Dans
les années 60 et 70, 20 millions de tonnes de charbon sortaient chaque année des mines des
mines
des
mines de
la région. Gary Jones nous emmène à quelques kilomètres
de là. Le comté de Muhlenberg
était le
leader des
producteurs de charbon pendant des années.
Là,
vous voyez la
dernière centrale en fonctionnement.
On
estime qu'ici, les réserves
de charbon pourraient encore être exploitées pendant 200 ans. Gary Jones espère toujours que le président Donald Trump va donner un coup de pouce à l'industrie.
Je pense qu'il peut aider et
j
'espère qu'il le veut.
Je
veux qu'il
continue sa politique
et que la régulation environnementale parfois soit abaissée.
Mais
d'autres de ses anciens collègues n'y croient plus.
Ses
mineurs licenciés ont dû changer de métier à Pigsville entre mines désaffectées et wagons de charbon à l'abandon, 15 mineurs sont devenus codeurs informatiques.
Ça,
c'est une galerie d'art en réalité virtuelle. On travaille dessus. Cinq
mois
de formation avec à la clé un emploi très qualifié.
Une
nouvelle vie
et
une fierté pour ces anciens mineurs.
Peu
importe ce que tu faisais,
tu dépendais de l'industrie minière pour être payée.
Ça
n'existe plus. Maintenant,
heureusement,
nous prenons une direction différente. Ça montre au monde que si on veut, on peut. Ici, nous montrons que nous en sommes plus que capables.
En
10 ans, aux Etats-Unis, 40% du parc des centrales à charbon a fermé
ou
a prévu de cesser de fonctionner.
du populaire
toujours. Anne Toulouse, justement, on s
'est
demandé ce qu'il
y a
de la déception dans l'électorat de...
Kentucky ?
Oui, vous avez dit Donald Trump.
Oui, mais enfin, le Kentucky n'est pas seulement une région minière.
Et
puis, le jour où le Kentucky votera démocrate, on fera une émission spéciale. C'est quand même une
région...
Il y a des Etats qui votent républicains quoi qu'il arrive.
Oui, c'est un Etat extrêmement conservateur. C'est l'épicentre du mouvement créationniste, conservateur. Bon, et c'est vrai qu'il y a des Etats qui sont beaucoup plus... qui sont beaucoup plus près de basculer sur le problème de l'industrie du charbon comme la Pennsylvanie. En plus, le Kentucky n'est pas un Etat très important parce qu'ils n
'ont
pas un nombre de votes électéraux. C'est vrai qu'il y a une déception mais
qui
est dans des Etats qui votaient traditionnellement démocrate et qui ont basculé et qui sont devenus républicains. Pennsylvanie, Michigan. Tous ces Etats...
Désindustrialisés se disaient tiens,
on
va essayer Trump, peut-être qu
'il
va nous redonner du
job.
Oui,
non, et puis il
y avait aussi ce sentiment que ce qu'on appelle les cols bleus n'étaient pas pris...
C
'est un peu comme le mouvement des gilets jaunes si vous voulez.
C
'est des gens qui vivent sur des industries traditionnelles ou qui vivent à la campagne et qui ont l'impression que tout se fait par-dessus leur tête, qui ne sont jamais consultés sur les évolutions de la société et qui se sentent... Alors, pour ces régions-là, parce que la Pennsylvanie, ce n
'est
pas non plus seulement le charbon, c'est aussi des grandes villes extrêmement prospères. Mais ce que j'ai trouvé intéressant dans ce reportage et qui, je trouve, représente bien les Etats-Unis, c'est quand même cette faculté de reconversion extraordinaire parce qu'on sait très bien que la plupart des métiers actuels aux Etats-Unis vont disparaître et qu'ils vont complètement se transformer avec la
météorologie. Le mineur qui devient spécialiste du web ?
C'est classique, c'est classique. Les gens bougent, les gens vont où il faut, ils sont prêts à déménager,
ils
sont prêts à changer de métier et maintenant, les nouvelles générations ne s'attendent plus du tout à avoir une seule carrière et au contraire, vous savez qu'aux Etats-Unis, l'échec est considéré comme régénérant.
On bâtit son succès
sur ses échecs. Avec des
choses qui ne marchent pas et on essaie autre chose.
Jean-Marc Daniel, il paraît que les économistes nous prédisent une récession pour les Etats-Unis en 2020, l'année de l'élection. Absolument, oui, il y a une sorte de consensus, alors tout le monde n
'est
pas d'accord et puis tout le monde n
'est
d'accord en général en économie sur le passé, donc sur la prévision à venir, mais il y a quand même un certain nombre d'indicateurs qui permettent de penser que l'économie américaine est en train de s'essouffler. Je me mettrais trois en avant. Le premier,
c
'est
l
'économie américaine est une économie qui est cyclique comme toutes les économies développées et ça fait 122 mois qu'il n'y a pas eu de ralentissement économique. Donc, il
y
a un moment où la logique cyclique va quand même se manifester. Alors, 122 mois, ça fait combien ? Bon,
donc,
il
y
a une espèce de logique statistique, il y
a
une sorte de logique indépendamment de ce qui se passe. On dit, jusqu'à présent, il y
a
toujours eu un retournement cyclique au bout de 9 ans, 9-10 ans, on est au bout de 10 ans, là, maintenant, ça devrait quand même arriver. Le deuxième élément, c'est qu'autant au début d'année, il y avait eu assez bon indicateur de la croissance au premier trimestre puisqu'aux États-Unis, c'est comme dans les pays développés, on calcule maintenant la croissance trimestre par trimestre. On avait eu un très bon premier trimestre, mais là, et là, on rejoint ce qui s
'est
passé au mois d'août, c'est qu'il y
a
un indicateur qu'on met assez souvent d'avant, il y
a
un indicateur PMI, PMI, comme disent les spécialistes, il y a un indicateur, PI, ça veut dire purchasing, donc c'est un indicateur de
pouvoir d
'achat, qui est mesuré à partir de l'achat et des anticipations que font les entreprises sur les achats à venir. Et cet indicateur, quand il passe en dessous de 50, ça annonce un ralentissement voire une récession. Or, au mois d'août, il est passé en dessous de 50. Et le troisième élément, c'est que, on le voit bien, l'efficacité de la politique économique commence à s'essouffler, là aussi. On a dépassé, alors, on va faire le bilan, mais probablement les 1 000 milliards de dollars de déficit budgétaire.
Donc, on va peut-être terminer à 960 milliards quand les comptes auront été définitivement arrêtés, mais on est arrivé à un tel niveau de déficit budgétaire que ce moteur de la croissance, cette capacité à générer
injecter de l'argent
frais par le déficit budgétaire, on ne peut plus le faire. Et d'ailleurs, au mois de juillet, il y a eu un accord au Congrès entre les démocrates et les républicains pour neutraliser, d'une certaine façon, la politique budgétaire. Jusqu'en juillet 2021, on laisse passer les élections.
les indicateurs
économiques passent un peu au rouge. Plutôt au rouge, oui. Pascal Boniface, Bill Clinton,
on
sait, disait qu'une élection présidentielle se jouait sur l'économie. Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que ça joue pour Donald Trump ? En tous les cas, c'est là-dessus qu'il a bâti ses succès. Il dit,
il
martèle que ce qui est dû pas toujours à sa politique,
mais
en tous les cas, il se targue de bons résultats économiques apparents aujourd'hui. Si la bourse continuait à chuter, si le taux d'emploi venait
pas bon,
et puis surtout, si le déficit commercial continue à croître, il aurait moins d'arguments. Donc effectivement, il va jouer en partie. Sa promesse était de remettre l'Amérique au travail, de redonner sa grandeur à
l
'Amérique par le biais de l'économie, par le biais également de la guerre commerciale avec les autres. Si on voit que la guerre commerciale qu'il a lancée volontairement avec la Chine a pour effet de diminuer le pouvoir d'achat des consommateurs américains et de gêner les producteurs américains qui verraient leurs exportations être moins faciles, Boeing n'a pas tellement envie qu'il
y ait
une guerre commerciale avec la Chine. Les GAFA non plus. Donc il y a beaucoup d'industries américaines qui disent que ce n'est pas notre intérêt. Nous, nous avons intérêt à continuer à avoir des relations fluides avec la Chine. Et donc là, effectivement, il aurait des comptes à rendre à ses électeurs et on sait qu'une élection aux États-Unis, comme partout, on ne sait pas ce qui va se passer un an à
l
'avance. C'est dans les derniers mois que ça se joue. Et donc c'est à partir du printemps de l'été prochain que les choses commenceront vraiment à se cristalliser. Alors, cette guerre commerciale a des conséquences sur l'économie du monde entier. Question téléspectateur Corentin Sélin. Les États-Unis de Trump ne sont-ils pas la plus grande menace économique pour la France et le reste du monde ? Est-ce que nous en payons le prix de cette guerre commerciale ? Est-ce que le monde en paye le prix en termes de croissance, d'emploi, etc.
?
Alors, je dirais non, pas encore. Et il ne faut peut-être pas non plus... Forcément, si tout le monde est en particulier appuyé par les médias et par le bruit de fond, on commence à dire il va y avoir une récession, il va y avoir une récession, c'est le principe de la prophétie autoréalisatrice, elle va finir par se
produire.
Est
-ce que
l'Allemagne souffre des tensions commerciales avec les États-Unis ? Oui, alors, il y a, sectoriellement, il peut y avoir des difficultés, mais globalement, pour l'instant, il faut quand même... Pour l'instant, les États-Unis sont en croissance, ont encore une bonne croissance, ils ont un taux de chômage extrêmement faible, ça, c'est la situation présente. Alors, il y a des indicateurs, il
y a
des clignotants qui passent à l'orange, peut-être l'orange rouge, mais pour l'instant, ça se passe bien. Par contre, ce qu'on a du mal à comprendre, c'est que Donald Trump, dont ses résultats économiques, c'est son plus précieux sésame, tout se jouera là-dessus. Je veux dire, aucun président des États-Unis depuis Truman n'a été réélu s'il n'a pas fait baisser le chômage entre les élections de Mi Manda deux ans avant et sa campagne de réélection. Aucun. Donc, tout se jouera là-dessus. Et ce qu'on ne comprend pas, c'est qu'il a la foi, il semble avoir très peur d'une possible récession, et en même temps, il continue cette guerre commerciale, il amplifie cette guerre commerciale.
On
l'a vu avec la Chine,
c
'est quand même, on arrive à des montants d'échanges taxés, et là, pour répondre à la question des téléspectateurs, ça aurait des effets dramatiques. Il continue cette guerre commerciale qui risque de détériorer ce qu'il a de plus précieux pour son bilan politique. Et ça, c'est assez incompréhensible, en fait. Jean-Marc Daniel, c'était les années 30, ça, quand on se taxait de tous les bouts ? Oui, oui, absolument. Ce que montre l'expérience historique, notamment celle des années 30, c'est que la montée en puissance du protectionnisme finit par se retourner contre tout le monde et donc amplifier le mécanisme de récession qui est en cours. Ce qui est intéressant dans ce qui se passe,
c
'est que, pour l'instant, on en est beaucoup à l'état des menaces. Et pour l'instant, les Chinois ont répondu, notamment en jouant sur le taux de change, ce qu'on ne faisait pas dans les années 30, même si la livre avait fini par être déconnectée de l'or. Mais grosso modo, c'est ce que disent d'ailleurs un certain nombre d'économistes américains, en fait, les droits de douane, ce n'est pas les Américains qui vont les payer parce qu'à la fin, le prix sera le même dans le magasin américain. Simplement, il y en
a
une partie qui, avant de partir en Chine, qui cette fois, partira dans le trésor public américain. C
'est-à-dire que, quand on met
une taxe sur les importations chinoises, c'est le trésor américain qui récupère la taxe. Il récupère la taxe. Et comme les Chinois continuent à conserver leur part de marché aux États-Unis, celui qui va payer indirectement, c'est l'entreprise chinoise qui, du fait de prix qu'elle aura été obligée de baisser au travers de
tout...
Donc,
c
'est tout béneuf pour les États-Unis. Oui, sauf que la Chine, au bout d'un moment, elle ne
peut
pas mener cette politique à l'infini des temps. Et en revanche, ce qu
'on
voit bien, c'est dans la logique cyclique et ce qui se passe en Allemagne, ce qui est intéressant, c'est un problème d'automobile. Parce que l'Allemagne, l'économie recule en Allemagne et les Allemands disent « Mais c'est la faute des tensions commerciales de Donald Trump ». C'est ce que mettent en avant les Allemands. Mais quand on regarde dans les détails, c'est surtout l'automobile qui souffre en ce moment. Et l'automobile américaine est aussi dans la même situation.
C
'est-à
-dire,
Marie Barat, qui
est
la directrice générale de General Motors, a fait l'année dernière un discours relativement alarmiste, en annonçant qu'elle allait supprimer 14 000 emplois sur les 180 000 emplois de General Motors. Et ce qui est intéressant, c'est qu'elle a annoncé que la suppression de 14 000 emplois sur 180 000 emplois, ça permettrait d'économiser 15 % de la masse salariale. Ça veut dire que, alors, les téléspectateurs feront rapidement le calcul, avec 14 000 emplois, on n'a pas 15 % des effets.
C'est-à-dire
que c'est des emplois haut de gamme. C'est des emplois haut de gamme. C'est-à-dire que, pour la première fois, je pense que les citoyens américains s'aperçoivent que les gens qui vont être menacés par les restructurations et menacés par la remise en cause de leur statut, ce n
'est
pas uniquement l
'ouvrier du Kentucky, c'est le col blanc.
C'est le col blanc aussi. Et ça, on le voit, pour conclure là-dessus, on le voit dans le remonté du taux d'épargne des ménages aux États-Unis. Un des grands éléments de ce qui se passe en ce moment aux États-Unis, c'est que la classe moyenne s'est remise à épargner.
Et
je pense qu'elle s'est remise à épargner parce que c'est le discours de Marie Barras et elle le vit au quotidien. C'est-à-dire qu'elle se sent menacée dans un certain nombre de ses positions à l'heure actuelle par la récession qui est plus ou moins dans l'air. Alors, on l'a dit, nous sommes à un an des élections américaines. qui, pour incarner l'opposition à Donald Trump, le camp démocrate, bien sûr, tente de s'organiser. Il y a aujourd'hui 21 prétendants qui s'affrontent dans la course à l'investiture.
Donc, on trouve des vieux briscards de la politique comme Joe Biden ou Bernie Sanders, mais aussi des étoiles montantes comme Beto O'Rourke ou Kamala Harris, galerie de portraits de ceux qui rêvent de faire tomber Donald Trump avec Juliette Perrault et Nicolas Baudry-Dasson.
Ils
n'ont jamais été aussi nombreux à se lancer dans la course à la présidence. 21 candidats démocrates et un objectif commun, battre Donald Trump en 2020.
Et
déjà, un homme a pris une bonne longueur d'avance, Joe Biden, 28,8% des intentions de vote dans les sondages.
Si nous donnons à Donald Trump 8 ans à la Maison-Blanche, il va à tout jamais fondamentalement altérer le caractère de notre nation, qui nous sommes. Et je ne peux pas rester là à attendre que ça se passe.
A
priori, le candidat idéal, ancien vice-président de Barack Obama, et une longévité politique impressionnante, plus de 40 ans passés à Washington, depuis son élection en tant que sénateur du Delaware en 1973, jusqu'à la fin du mandat Obama en 2017. Seulement voilà, ce parcours,
c
'est aussi sa plus grande faiblesse. Véritable incarnation de l'establishment, Joe Biden est la cible idéale
pour Donald Trump. Sans compter un certain nombre de polémiques qui
rattrapent le candidat, y compris dans son propre camp, les comportements déplacés qu'il aurait eu envers certaines femmes, ou encore ses relations avec des sénateurs ségrégationnistes dans les années 70.
C
'était blessant de vous entendre parler de la réputation de deux sénateurs qui ont justement fondé leur réputation et leur carrière sur la ségrégation raciale dans ce pays. Kamala Harris, justement, jugée comme une adversaire sérieuse. En témoigne cette scène filmée lors du dernier débat.
N
'y
veut
pas trop fort, gamine.
Une
gamine de 54 ans, fille d'un père jamaïcain et d'une mère indienne, ancienne procureure, aujourd'hui sénatrice de Californie. Une femme réputée pour son franc-parler et sa ténacité que beaucoup ont découvert lors de l'audition de confirmation à la Cour suprême du très controversé juge Cavano. Avez -vous déjà
discuté
du conseiller spécial Muller ou de son enquête avec quelqu'un
?
Eh bien, c'est dans les médias chaque jour. En avez-vous discuté avec quelqu'un
?
Soyez
sûr de
votre réponse, monsieur. Une pugnacité qui séduit les électeurs. Pendant quelques jours, début juillet, elle occupe même l'eau des sondages à la deuxième place devant Bernie Sanders et Elizabeth Warren. Deux candidats, aujourd'hui au coude à coude derrière Joe Biden et qui incarnent l'aile radicale du parti avec des idées très à gauche sur l'environnement, la santé ou encore l'immigration. pas forcément du goût de leurs adversaires.
Nous avons le choix. Nous pouvons suivre le sénateur Sanders et la sénatrice Warren avec de mauvaises politiques comme la science maladie pour tous, le tout gratuit et des promesses impossibles qui vont dissuader les électeurs indépendants et faire réélire
Trump.
Je
ne comprends pas pourquoi s'embêter à être
candidat à la présidence des États-Unis si c'est juste pour parler de ce qu'on ne peut pas faire et de ce pourquoi on ne peut pas se battre. Les démocrates ayant peur des grandes idées me fatiguent un peu. Les républicains, eux, n
'ont
pas peur des grandes idées.
Il
y a pourtant bien des sujets sur lesquels tout le monde tombe d'accord comme celui des armes à feu relancées par les tueries qui se sont produites au Texas et dans l'Ohio au début du mois d'août. Un drame à l'occasion duquel un candidat en particulier s'est démarqué, Beto O'Rourke, sénateur du Texas, qui a accusé directement Donald Trump d'être responsable des massacres. Le
président Trump a beaucoup à voir avec ce qui s'est passé hier à El Paso. Quiconque commence sa campagne pour la présidence en qualifiant les immigrants mexicains de violeurs et de criminels sème
des réactions comme celles
que nous avons vues hier
à
El Paso.
En
septembre, un nouveau débat aura lieu entre les candidats mais pour pouvoir y participer il faudra être crédité d'au moins 2% d'intention de vote et avoir un minimum de 130 000 donateurs. Des critères stricts qui devraient permettre déjà d'y voir un peu plus clair et de réduire le nombre de candidats de moitié.
Alors, question téléspectateur. Quel candidat démocrate a une chance de battre Donald Trump en 2020 ? Alors Anne Toulouse, boule de cristal.
Oui, c'est ce que
j
'allais dire. Il faut me fournir une boule
de cristal. Non, parce qu'on voit des sondages et à peu près tous auraient une chance de le battre. Mais quand on lit un sondage, d'abord il faut voir que nous sommes à 14, 15 mois de l'élection que le candidat démocrate n'a pas été désigné puisqu'il sera désigné à partir du début de l'année prochaine dans les primaires. Et aussi, si par exemple, vous regardez, vous retournez en arrière, regardez au moment par exemple de l'élection, de la réélection de George Bush contre John Kerry. à ce stade-là, on lui mettait 15 points dans la vue à George Bush et il a fini par gagner cette fois-ci d'une façon incontestable. C'est
trop tôt.
Oui, alors le président sortant est généralement défavorisé dans les sondages face à des gens qu
'on
ne connaît pas. Mais là, vous avez 20 personnes. Vous regardez cette brochette de visage. Les seuls qui soient connus, il y en a 4 ou 5 dedans. Joe Biden, évidemment, c'est le prétendant au trône. Le problème, c'est que Joe Biden, pour l'instant, a le facteur d'électabilité parce que c'est le plus centriste donc il peut emporter derrière lui le plus gros segment de l'électorat qui sont les indépendants. Mais le problème,
c
'est que Joe Biden, à chaque fois qu'il a été en campagne électorale, il en a fait deux, il s'est craché absolument. La dernière en Iowa, il s'est retiré dès la première compétition, il n'a même pas fait
1
% des sondages. Après ça, il a été miraculé par Barack Obama qui l'a pris comme vice-président. En plus, il est assez âgé. Il va sur 77 ans. Le temps qu'il soit élu, il en aura 78. Il se posera le problème du vice-président qui sera le vrai héritier présomptif. Donc pour l'instant,
c
'est... Mais ce qui est remarquable...
C'est un peu tôt pour faire des promesses. Ce qui est remarquable,
c'est qu'avec une chance extraordinaire qu'avait le Parti démocrate avec un candidat républicain aussi contesté que Donald Trump, ils n'ont pas été capables de présenter un seul candidat qui soit vraiment crédible.
C'est ce que j'allais dire, Pascal Boniface. Il y a trois ans, on prédisait des catastrophes avec Donald Trump à la Maison-Blanche et voilà maintenant qu'on est en train de prédire sa réélection en 2020.
Non, on la prédit... Non, non,
non, non. On lui donne des chances. Elle est
envisageable.
Elle est envisageable. C'est vrai que
peu de monde le voyait élu en 2016 et les gens disaient que
c
'est un mauvais moment à passer. En 2020, on en sera débarrassé. Rien n'est moins sûr. Il peut tout à fait... On ne sait pas, comme vous l'avez dit, madame, qui sera élu. Mais en tous les cas, on ne peut pas dire qu'il ne sera pas élu. Et donc, on pourra la voir.
Alors,
quel sera l'été de la société américaine ? La campagne risque d'être violente quand même. La campagne de 2016 est déjà très violente. Et on peut dire que Donald Trump hystérise le débat et qu'il peut susciter des réactions violentes. Il
y
a donc l'État des États-Unis qui sont quand même beaucoup plus désunis qu'il ne l'était déjà en 2016. Et puis, c'est quand même l'État du monde. C'est-à
-dire
que le monde ne va pas très bien. Et quand la première puissance mondiale contribue très peu, voire défait un peu les quelques rares accords qu'on avait pu trouver, ça n'aide pas. Et effectivement, la politique très unilatéraliste des États-Unis, les États-Unis, ont toujours été assez unilatéralistes. Mais Trump pousse ceci aux extrêmes en se retirant de la plupart des accords qui peuvent faire consensus. Là, effectivement, Trump porte une lourde responsabilité dans la dégradation du climat mondial. Jean-Marc Daniel, vous diriez que Donald Trump a hystérisé les États-Unis.
Il a hystérisé les démocrates qui sont devenus, je crois qu'il y a Elisabeth Warren, qu'on vient de voir, elle propose de créer un ISF aux États-Unis. Alors, on pensait qu'il
y avait
que les Français qui étaient capables de faire l'ISF. Oui, ce
qu
'il
y a
d'intéressant, c'est qu'effectivement, au sein du Parti démocrate, on entend de plus en plus l'aile gauche et qui n'hésite pas à utiliser le mot de socialisme, à se réclamer du socialisme.
Ce n'est pas une
insulte. Et ça a cessé d'être une insulte. Alors, je pense qu'il
y
a deux éléments qui jouent. C'est la disparition progressive de références socialistes en Europe. Dans les années 60-70, Et puis, je pense aussi qu'effectivement, il y
a
une partie des Américains qui sont un peu déçus par la façon dont... Et là aussi, vous avez une production intellectuelle aux États-Unis, notamment dans le monde économique, qui dit que le rêve américain est en train de se défaire parce que l'esprit pionnier a laissé place à l'esprit chicanier. C'est-à-dire que pour réussir aux États-Unis, il faut faire des études de droit et passer son temps à faire des procès aux autres. Alors que dans les années... Au 19e siècle, pour réussir aux États-Unis, on crée une entreprise et on crée de la richesse. On ne passait pas son temps à s'organiser pour capter la richesse créée par les autres. Et donc, il y
a
des gens qui disent que la montée en puissance de l'esprit socialiste par les milliers démocrates est la traduction politique d'un esprit chicanier qui serait en train de s'emparer des États-Unis. Corentin Célin, vous diriez aussi qu'il
y a
ce mouvement presque gilet jaune aux États-Unis. Je cite Elisabeth Warren, la candidate démocrate,
qui
dit qu'elle veut faire une Amérique pour la classe moyenne et non les profits des multinationales et les primes de Wall Street. Oui, parce qu'en fait, pourquoi Trump y gagne en 2016 ? Comme l'a rappelé Anne Toulouse tout à l'heure, il gagne parce qu'il fait basculer trois États ouvriers, populaires, enfin, en tout cas, la classe ouvrière est bien représentée, Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin, trois États qui votaient démocrate depuis très longtemps et où ce qu
'on
appelle la working class blanche,
c
'est-à-dire les Blancs non diplômés, ont eu le sentiment d'être méprisés par Hillary Clinton. Il faut rappeler qu'Hillary Clinton n'a pas mis un pied pendant l'élection générale au Wisconsin parce qu
'elle
pensait que c'était gagné, qu'il suffisait d'être démocrate pour gagner et cet électorat blanc populaire il s'est déplacé vers Donald Trump parce que Donald Trump il leur a dit « Moi, je vais m'occuper de vous, je vous entends, je vous entends et je vous donnerai une voix. C'est-à-dire que je vais parler fort pour vous et je vais faire revenir les boulots, je vais faire revenir les emplois avec du protectionnisme. » Ça a plu
?
Alors, maintenant, les démocrates, ils essayent de dire « Peut-être que dans le populisme de droite de Trump, il y avait quelque chose de bien, c'est qu'ils reparlaient à cet électorat-là et en particulier, il leur a promis des choses sur l'inégalité. »
Et
c'est ce que fait, par exemple, Warren, c'est ce que continue à faire Sanders. Ce qui est très intéressant… Tous les démocrates américains. Voilà. C'est ce que Sanders, en 2016, il gagne une grande primaire contre Clinton, c'est au Michigan. Et là, ça aurait dû être un signal d'alerte pour Clinton. Pourquoi il gagne au Michigan ? Parce que justement, les ouvriers blancs du Michigan, de l'automobile autour de Détroit, ils votent en primaire pour Sanders parce que Sanders, il leur parle. Et Clinton, elle ne les écoute pas pendant la campagne générale. Donc, aujourd'hui, une partie des démocrates dit qu'il faut aller plus à gauche contre les inégalités avec de l'impôt.
Alors, ce qui est drôle, tout à
l
'heure, vous le disiez, c'est que le projet d'imposition de l'Elisabeth Warren, il a été rédigé par deux économistes français qui sont installés aux États-Unis mais qui sont des économistes français.
Avec l'ISF, d'en fait.
Mais une autre partie des démocrates dit non, non, non, il ne faut surtout pas faire ça parce qu'en gauchisant à ce point-là le discours, on va faire peur au contraire sur les valeurs qu'on porte, donc en particulier avec l'idée du socialisme, de la social-démocratie, de la redistribution, on va faire peur par rapport aux valeurs américaines à cet électorat-là et on n'arrivera pas à regagner ces électeurs par rapport à Trump. Et c'est ce que défend par rapport à Biden. Biden dit défendons les valeurs américaines traditionnelles que Trump met en danger, contentons-nous de ça, défendons le bilan d'Obama puisque moi j'ai été son vice-président et ça suffira bien.
Et on a vraiment ces deux options maintenant qui s'affrontent. Allez, tout de suite on revient à vos questions.
J
'ai 52 ans et je n'ai pas le souvenir d'avoir vécu de telles tensions économiques, environnementales et militaires. Pascal Boniface. Alors, tensions militaires, si, beaucoup plus pendant la guerre froide quand même. À l'époque aux États-Unis, on se planquait dans les écoles sous les tables quand il
y a
des alertes nucléaires. Les tensions commerciales, elles font partie, c'est cyclique. Mais disons que c'est aussi une ère de communication plus grande et que du temps, auparavant, on ne communiquait pas autant. On n'était pas aussi informé qu'on l'est aujourd'hui. Bien sûr, effectivement, la dégradation de l'environnement, ça, c'est beaucoup plus important maintenant que cela était auparavant. Et là, il y a un vrai déficit parce qu'il n'est pas sûr que le retour en arrière soit possible une fois que la dégradation de l'environnement aura atteint un certain niveau. Quelle sera exactement la riposte de Tusk, donc Donald Tusk, si le vin français est taxé par les Américains ?
Que fera la Commission européenne si jamais Trump surtaxe notre vin français, Jean-Marc Daniel ? On a déjà eu des exemples.
C
'est-à-dire que la Commission européenne a décidé de taxer certains produits américains assez symboliques. Donc, à l
'hiver dernier... Le jus d
'orange de Floride ? Le cranberry. Le
cranberry. On s'appelle
ce
que c
'est, mais... Le cranberry, mais c'est une baie dont on fait du jus de... C'est un jus de fruits qui est surtout produit dans Nouvelle-Angleterre. Et la Harley-Davidson, parce que Harley-Davidson était produite dans la circonscription électorale d'un des plus fermants défenseurs du protectionnisme aux États-Unis. Donc, on choisit les produits symboliques pour que ça fasse les gros titres
de la presse américaine ?
De la presse américaine, sachant qu'il y
a
une conviction chez un certain nombre d'États européens qui l'ont rappelé dans des sommets que le vin français n
'est
pas véritablement menacé parce que c'est un produit qui est dans une sorte de monopole par la qualité. C'est-à
-dire,
les Américains accepteront de continuer à payer ceux qui consomment du vin français, continueront à consommer du vin français même si c'est un peu plus cher. Les amateurs de Bourgogne
ou de Branc-Bordeaux
?
Ne
se rabattront pas sur le vin californien avant un certain temps quand même.
Même un vin ordinaire, si vous augmentez de 2 ou 3 dollars, les gens l'achèteront
quand même.
Ce sera à la marge.
Ce qui prouve que la qualité se paye et qu'elle continuera à se payer. Trump veut-il des vassaux plutôt que des alliés
?
Clairement. Pour lui, il n
'y a
pas d'allié. Il n'y
a
pas d'allié puisqu'il ne négocie pas. Il impose son point de vue, il ne discute avec personne et il va dire vous devez augmenter les pays de l'OTAN, vous devez augmenter votre budget militaire et débrouillez-vous et achetez des armes aux Etats-Unis. Donc il n'est pas l'art de la négociation qui est son credo. Il ne l'applique pas réellement avec les alliés parce que pour lui,
il
n'y a qu'une seule tête, la sienne.
C
'est ce qu'a dit Emmanuel Macron,
d
'ailleurs mettant en garde Boris Johnson pour que la Grande-Bretagne ne devienne pas le vassal, je repense son expression,
de la loi des Etats-Unis. Rappelez-vous
que Tony Blair avait payé le fait d'être le podol, le caniche de George Bush et Boris Johnson qui nourrit de grands espoirs sur un accord merveilleux, notamment sur le plan commercial qu'il pourrait passer avec les amis, se berce d'illusions parce que seul, il aura moins de poids que protégé par les 28 dans un accord commercial avec Washington. À un an des élections américaines, Trump a-t-il intérêt à envenimer ses relations avec l'Europe
? Anne
Toulouse, est-ce que ça peut être un argument de campagne de dire « oh, c'est snob de français, on va
se déployer ?
» Non,
je
pense… C'est-à-dire que son argument, ça va être de défendre les intérêts américains. Je défends « America first », je m'intéresse à ce qui se passe à l'intérieur du pays, à ce qui vous intéresse, vous, plutôt que les Européens qui, d'ailleurs, je ne dirais pas globalement ont peut-être bonne presse, mais individuellement, tout le monde sait bien aux États-Unis que les pays européens ont des difficultés. Et d'ailleurs, c'est la faiblesse, pour revenir à ce que disent les démocrates tout à l'heure, ils se réfèrent à des modèles, évidemment, quand ils se réfèrent aux modèles socialistes, et c'est un peu la faiblesse de leur argument, ils ne vont pas citer le Venezuela ou Cuba.
Donc, ici, moi, ce qui m'a sidéré,
j
'ai lu Bernie Sanders, citer le modèle suédois.
Mais
attendez, le modèle suédois, c'était dans les années 60, ça n
'a
pas tellement bien marché après.
Donc, il y a une espèce de vision chez les Républicains d'une Europe qui n'arrive pas à aller vers la modernité, à surmonter sa bureaucratie, à surmonter ses conflits sociaux, et c'est vrai que de dire, nous, on va faire autrement, ce qu'elle essaie de faire, vous parliez de l'esprit pionnier, c'est ce qu'elle essaie de faire Donald Trump, c'est de ressusciter ce qui est la grande force des Etats-Unis, qui est l'esprit d'entreprise, qui est une démographie extrêmement favorable puisque vous avez quatre actifs pour un retraité, qui est de promouvoir les nouvelles technologies, et aussi, ce qu'on oublie toujours et qui l'a favorisé, c'est l'indépendance énergétique, qui est un des grands piliers de l'économie actuelle aux Etats-Unis.
–
Ah, parce que les
Américains
deviennent exportateurs d'aide de pétrole. – Oui,
oui,
donc quand on regarde les Etats où il y a eu le plus de croissance sur dix ans, c'est les deux Dakotas qui sont en tête. – Ils font du pétrole de schiste.
–
Ils font du pétrole de schiste et le Texas continue, après la Californie, le deuxième Etat en termes de puissance économique, c'est le Texas et là aussi, ça repose sur le pétrole. –
Et puis en même temps, vous n'êtes pas dépendant, vous êtes moins dépendant que l'Europe des fournisseurs énergétiques, c'est quand même énorme. –
Un slogan, « Union européenne first » serait-il envisageable ? Est-ce qu'on ne
va
pas vers une régionalisation des blocs avec des pays qui ne sont plus dans le multilatéralisme et qui mettent en avant leurs seuls intérêts ? – C'est le vieux rêve français d'Europe puissance, pas tellement d'imposer sa volonté aux autres, mais de ne plus être dépendant et de pouvoir parler sur un pied de plus grande égalité avec les Etats-Unis ou avec la Chine et le discours, disons, pro-européen, c'est dire « seul, on est isolé, on ne pèse pas ». Si on est 27, eh bien on est regardé avec un peu plus de sérieux aussi bien à Washington qu'à Moscou qu'à Pékin.
Et d'ailleurs, ce n'est pas un hasard si aussi bien au Kremlin qu'à la Maison-Blanche, le fait de diviser, et à Pékin aussi, le fait de diviser l'Union européenne, parce que c'est plus facile dans une relation bilatérale, d'avoir 27 pays de taille très différente qu'un bloc. Mais pour l'instant, ce rêve d'une Europe puissance, il est très français, il n'est pas encore partagé par nos partenaires européens. La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a-t-elle atteint un point de non-retour ?
Corentin Sénin, si l'année prochaine, les démocrates, ou Joe Biden est élu président des États-Unis, il veut revenir à la situation Obama, on peut refaire les accords, re-ôter toutes les taxes qu'on a dégainées ? Oui, bien sûr. Pour l'instant, on l'a dit pendant toute l'émission, ce sont des menaces, on a vu, on l
'a
rappelé aussi, que Trump lui-même avait été capable, alors c'était confus, mais avait été capable de revenir sur une partie des tarifs qu'il avait lui-même annoncés au mois d'août. Donc, on voit bien que c'est des menaces, on montre les muscles, on parle de plus en plus fort.
Il
ne
faut
pas oublier que le contexte global, c'est qu'il y a des discussions,
il
y a des négociations commerciales depuis environ un an entre les États-Unis et la Chine et qu'on n'aboutit pas à un accord. En fait, soit Trump obtient cet accord et pour lui, ce sera un immense succès politique et économique, soit il n'obtient pas cet accord et là, ce sera plus difficile et s'il est battu, oui, un président démocrate pourra revenir sur les tarifs dominés.
À
Toulouse, est
-ce
que les Américains ne sont pas devenus dans leur tête moins libre-échangiste et plus protectionniste en disant au fond
ces grands
accords commerciaux on
est perdus ?
Comme tout
le monde, il me
semble
que c'est une
tendance mondiale, il me semble qu'en France, ça me frappe quand j'arrive en France de voir partout produits en France.
On l'a
toujours
été, nous, protectionnistes. Je ne sais pas, j'avais peut-être un peu oublié, mais
vous avez, je ne sais pas, les œufs avec des coques français, enfin bon, je vois le drapeau tricolore partout sur les produits alimentaires, pas beaucoup ailleurs, mais beaucoup sur les produits alimentaires. Donc je pense que c'est une tendance mondiale et ça rejoint ce que je disais, c'est que les États-Unis ont quelque part le sentiment d'avoir une certaine autosuffisance, d'avoir une grande puissance économique et d'avoir moins besoin du monde que le monde n'a besoin d'eux.
Donald Trump, pourrait-il partir avant la fin du sommet et se répandre en tweet ravageur ? Corentin Sélin. Alors partir avant la fin du sommet, oui, il l'a déjà fait. Lors de précédentes rencontres internationales prétextées qu'il doit rentrer aux États-Unis plus vite et effectivement se comporter à peu près correctement, sourire devant les caméras et ensuite faire des tweets assassins, c'est vraiment devenu une de ses grandes spécialités. Encore une fois, on se souvient du dernier G7, c'est-à-dire pendant le G7,
ça
se passe à peu près correctement et
puis il signe
et dès qu
'il
est en avion, il dit j'en veux plus, c'est n'importe quoi et je ne
suis
pas d'accord avec Trudeau et Macron.
Donc
voilà. Et bien voilà, c'est la fin de cette émission. Merci beaucoup d'y avoir participé, merci de l'avoir suivi. Lundi, vous retrouverez Caroline Roux pour un nouveau C'est dans l'air. Merci de votre fidélité et bonne soirée sur France 5.