Anne Le Hénanff, députée Horizons du Morbihan | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Mon invitée connaît tout des techniques des pirates informatiques. Sa spécialité à l'Assemblée, lutter contre les cyberattaques qui menacent nos intérêts. Députée du Morbihan, elle est aujourd'hui porte-parole du groupe Horizons.
Générique --- --- Bonjour Anne Le Hénanff. -Bonjour. -On oublie parfois que les députés ont eu une vie avant de faire de la politique.
Votre vie, à vous, j'ai essayé de la résumer en quatre photos qu'on va voir. Alors on ne va peut-être pas toutes les commenter. Je vous laisse en choisir une parmi les quatre pour nous expliquer. -Beau résumé de mon parcours professionnel.
Premier emploi, Bacardi, produit en Bretagne, mon retour en Bretagne, Saupiquet, une expérience plus étoffée de mes compétences en management et puis une galerie d'art qui est ma passion secrète pour la... -C'est celle-là sur laquelle j'ai envie de vous entendre parler. -D'accord.
J'ai cet intérêt, cette passion pour la peinture et la sculpture. On est aussi, je viens d'une région, la Bretagne, où la peinture fait partie de notre quotidien. Et en fait, je suis partie de l'analyse, de la conclusion que, finalement, l'art n'était pas accessible à tous.
Et que souvent, les galeries d'art se situent dans des centres-villes, étaient réservées à un certain public, pas parce qu'ils le souhaitaient, mais parce que le public, justement, ne se sentait pas autorisé à rentrer dans les galeries d'art en plein coeur de ville. -Votre slogan : "L'art pour tous". -Le slogan de la galerie, qui s'appelait "Des arts et des hommes", que j'ai créé en 2003, avait pour ambition de faire entrer toute personne qui s'intéresse à la peinture et la sculpture dans ce lieu d'exposition qui faisait 600 mètres carrés.
C'est exceptionnel. Et surtout, ce qui était original, c'est qu'il était situé dans une zone commerciale, là où les gens font leurs courses, acheter leurs meubles et de voir "Des arts et des hommes". L'art pour tous devait leur donner l'envie d'entrer. -Alors, les métiers que vous avez exercés sont assez éloignés de la politique, a priori.
Vous êtes issue d'une famille où la solidarité et l'engagement social ont un sens. C'est là que vous avez puisé un peu les racines de votre engagement politique ? -Oui, le mot racine, c'est tout à fait le mot qui correspond...
L'environnement dans lequel j'ai baigné depuis que je suis née, c'est-à-dire Morbihan, un village rural où ma famille très nombreuse, famille aux nombreux oncles, tantes, cousins, cousines... où il est vrai que ce soient mes parents, mes grands-parents, mes oncles et tantes étaient très engagés dans différents domaines. -Un engagement politique ? -Non, associatif, la paroisse, le sport, la politique pour certains, mais à des niveaux vraiment conseillers municipaux.
J'ai un de mes oncles quand même qui a été maire de Pluvigner. -Sous quelle étiquette ? Droite, gauche? -Alors, on a une culture centriste, c'est-à-dire, on pourrait dire, je suis issue de la démocratie chrétienne, mais je suis très compatible avec la social-démocratie de la même manière. -Et alors, vous, qu'est-ce qui a déclenché votre engagement politique ? -Alors, j'ai toujours eu de l'admiration pour un homme, je pense, influencé par ma famille, qui est Jacques Chirac.
Et quand, en 1995, il s'est présenté à l'élection présidentielle, j'étais à Paris à cette époque-là. Je souffrais d'être à Paris, d'être une Bretonne expatriée. La campagne présidentielle se préparait.
Et ça a été le déclic. J'ai franchi la porte d'une permanence RPR à l'époque. Et je suis rentrée dans les jeunes RPR. -Donc la période Jacques Chirac, Alain Juppé. -Oui. -A l'Assemblée, vous êtes reconnue comme une des spécialistes des questions de cybersécurité, cyberdéfense, souveraineté numérique aussi.
On peut devenir spécialiste de ces questions quand on n'a pas une formation d'informaticienne ? -Oui, et je pense même que c'est une clé pour pouvoir être engagé et avoir une vision de ce qu'est une politique de la cybersécurité ou plus globalement, je dirais, du numérique dans une entité, j'ai beaucoup de respect pour les techniciens. On ne peut pas faire sans eux, mais c'est un maillon de la chaîne.
Moi, j'ai un profil, pilotage de projet, et je m'y suis intéressée parce que j'ai été adjointe au numérique en 2008. -Donc, adjointe au maire de Vannes. Et la mairie elle-même a fait l'objet d'une cyberattaque quand vous étiez adjointe au numérique. -J'ai évolué en même temps que le numérique, on peut dire.
On était dans la dématérialisation des usages. Tout faire pour dématérialiser. Jusqu'à la cyberattaque de la ville de Vannes en 2015.
Et là, je me suis dit, à la fois on peut dématérialiser, c'est-à-dire rendre beaucoup plus facile les relations avec les citoyens et avec nos agents publics. Mais attention, on a une responsabilité. On doit cybersécuriser. -J'ai recensé toutes vos fonctions ou titres dans le domaine de la cybersécurité et de la défense.
C'est assez impressionnant. On les vois. Par exemple, vous faites partie de la réserve citoyenne cyber.
Qu'est-ce que c'est que ça exactement ? -Dans les armées, il y a des réservistes citoyens. -Ca veut dire que vous pouvez être mobilisée à tout moment sur ces questions-là ?
Dans quelles circonstances ? -Un réserviste citoyen n'est pas un réserviste opérationnel. Je ne peux pas porter d'uniforme, je n'ai pas de grade.
Par contre, je suis finalement là, en tant que réserviste citoyenne, comme tous les réservistes citoyens, pour faciliter le lien, on peut dire, entre les armées et la population, ou entre les armées et les entreprises. Là, en l'occurrence, sur le cyber, entre les armées et aussi les collectivités locales. -Parmi tous ces logos qu'on a vu s'afficher, il y en a un qui concerne un cercle de femmes impliquées dans la cybersécurité, Women for Cyber, et on va voir que c'est un sujet qui vous tient particulièrement à coeur. *-30 % des jeunes filles bachelières s'engagent dans les filières scientifiques fondamentales.
C'est peu. *C'est assez attristant. *Le message, il paraît tellement banal, mais il est essentiel : faites-vous confiance. *On vous attend dans les métiers de la science. *Il va falloir faire un peu plus pousser les coudes que les garçons, mais vous y avez toute votre place. *Ayez confiance en vous et n'écoutez pas les bêtises qui peuvent être dites autour de vous sur votre genre. -C'est bien, mais vous n'avez pas forcément donné l'exemple.
On a parlé de votre parcours professionnel, de vos études. Les sciences ne vous intéressaient pas ou c'est parce qu'on ne vous a pas poussée vers ça ? -Alors, je pense que je n'étais pas une scientifique.
Je ne suis pas une scientifique, donc j'ai suivi...
Quand j'ai eu mon bac, j'avais deux options. Etre avocate, ça m'intéressait beaucoup, de faire du droit, ou une école de commerce. Donc, j'étais plutôt tournée vers ces métiers.
Mais...
Je dirais que ce qui m'intéresse, c'est le constat qu'on fait aujourd'hui, c'est qu'il y a de moins en moins de jeunes filles dans la science qui s'autocensurent ou qui sont dans un environnement qui fait qu'on ne les ouvre pas vers ces métiers scientifiques. Et surtout, je m'y intéresse, parce qu'on en a besoin. On a besoin de 50 000 ingénieurs par an, force est de constater qu'il n'y a pas assez de filles. -Et que les filles ont des meilleurs résultats scolaires que les garçons jusqu'au bac. -Oui, puis finalement... -Il n'y a aucune raison pour qu'elles ne choisissent pas ces filières d'excellence dans les domaines scientifiques. -Aucune raison objective.
Mais il y a un environnement social, culturel, familial qui fait qu'elles s'empêchent d'y aller. La famille joue un rôle essentiel, les enseignants jouent un rôle essentiel. Mon parcours en tant que femme, c'est de m'engager.
Et Women for Cyber, qui a été créée d'abord au niveau européen et dont je fais partie du conseil d'administration au niveau de l'Europe, et en France, on a Women for Cyber France, c'est important de passer ces messages aux filles en disant : "Allez-y, on a besoin de vous", mais c'est aussi dans l'intérêt de mon pays, je sais qu'on va avoir besoin de cerveaux, et que les filles qui travaillent avec des garçons sur ces sujets-là, on est beaucoup plus performants quand on travaille en équipe mixte. -Le même problème se pose un peu en politique. Très souvent, les femmes, quand on leur dit de se présenter à une élection, elles disent : "Non, je ne me sens pas légitime." Ca s'est posé pour vous, ce cas-là ? -Plusieurs fois dans ma carrière, pour être tout à fait honnête, j'ai souhaité y aller parce que je suis très engagée.
Je suis combattante. Et donc, plusieurs fois, j'ai eu envie d'aller me frotter sur mon nom à des élections en local. Ca ne s'est pas fait. -Vous n'aviez pas un manque de confiance en vous par rapport à ça ? -Non.
Parce qu'en fait, je suis allée pas à pas en politique. Je n'ai pas débarqué un jour en disant : "Je vais en faire." J'ai été formée, j'ai commencé à 24 ans, et donc quand j'ai décidé parfois "Tiens, si j'allais par exemple au cantonal, ça s'est présenté, ou à la commune d'Arradon", j'avais envisagé d'être maire d'Arradon, On m'a fait comprendre que ce n'était pas le bon moment.
Mais c'est ça le problème aussi en local. Il y a des écosystèmes politiques qui, parfois, il faut le dire, bloquent et n'incitent pas les femmes à y aller. C'est ce qui m'est arrivé deux fois, pour deux élections.
Et le jour où j'ai la chance d'avoir eu la confiance du maire de Vannes, d'abord François Goulard, ensuite David Robo, le maire de Vannes. Ca contribue à se former, monter en compétence. Et puis, à un moment, pour les législatives, en 2022, j'ai dit : "J'y vais." Je n'ai pas demandé, j'y vais. -Et vous avez été élue.
Vos premiers pas en tant que députée, vous dites : "Je voulais être parfaite, être partout. Maintenant, je sais refuser quand ce n'est pas utile ou si je n'apporte pas d'expertise." Etre députée, ça s'apprend, ça demande du temps ? -Oui, il m'a fallu, honnêtement, il m'a fallu un an, un an et demi, pour bien maîtriser mon environnement, le mode de fonctionnement de l'Assemblée nationale.
Je suis très observatrice, donc je vois aussi comment les choses se passent, les influences, les poids des uns, des autres. Je voulais être parfaite, oui, parce qu'on est attendus au tournant, et puis les habitants, ils m'ont donné un mandat, il faut que je sois à la hauteur. Donc quand je voulais être partout, c'est être tout le temps dans l'hémicycle, mais vu le contexte politique, impossible d'y être tout le temps. -C'est compliqué.
Il faut choisir vos sujets. Et vous êtes devenue porte-parole de votre groupe. Par définition, vous ne pouvez choisir vos sujets.
Comment vous faites ? -On est quand même accompagnés. On a un groupe à l'Assemblée nationale.
Pour Horizons, je suis accompagnée par mon groupe. On a un monsieur communication. Et donc, toute intervention publique au nom de mon groupe, on est préparé.
C'est aussi...
Parce que derrière, je représente et je porte non seulement la parole de mes collègues députés, mais aussi derrière, évidemment, la parole d'Edouard Philippe. Donc il faut faire attention. Et porte-parole, ça ne veut pas dire parler. -Horizons, c'est le parti d'Edouard Philippe. -Voilà.
Donc, le groupe, on représente Edouard Philippe. C'est important que les prises de parole soient bien mesurées. Et on ne parle pas à tout va quand on est porte-parole.
On est encadré. -Passons à notre quiz, parce que c'est la fin de l'émission. Je vous propose des débuts de phrases et vous allez devoir les compléter.
Le dernier coup bas qu'on m'a fait en politique... -Les coups bas, généralement, sont venus de mon propre camp.
En général, c'est mon propre camp, mais récemment, je dirais que ce serait 2024 à ce moment-là, si vous voulez un exemple précis, ce serait l'élection législative après la dissolution, de découvrir qu'une élue locale, pas du même bord que moi, mais proche, était prête à m'affronter, pensant représenter la meilleure barrière contre le Rassemblement national. -Finir une campagne avec des béquilles... -Ah non, ça, j'ai vraiment... -Ca vous est arrivé, hein ? -Ca m'est arrivé. 2022, j'arrive à l'Assemblée nationale avec des béquilles, je suis tombée sur les pavés de Vannes pendant ma campagne, je me suis tordue la cheville, une vraie souffrance...
Mon arrivée à l'Assemblée a été une souffrance physique et morale. -Enfin, une Bretonne qui soutient un Normand à la présidentielle... -Oui. -Ca ne pose pas de problème ? -Absolument pas.
On a un lien commun, c'est le Mont-Saint-Michel qui fait le lien entre les deux régions. -Vous n'avez pas peur que s'il est élu, qu'il bascule définitivement en Normandie ? -Déjà, l'homme, je le respecte profondément.
Pour moi, il est dans la lignée. Quand je le regarde, j'ai un regard d'affection, de confiance. Il représente la lignée de Jacques Chirac, de Juppé.
Il est à la hauteur, il est solide. Et puis, la Normandie, j'ai un lien avec la Normandie. Mon père était marin de commerce, donc j'allais souvent au Havre le rejoindre sur ses bateaux.
J'ai fait mes études au Havre. Et Edouard Philippe, je suis son parcours parce que je suis fidèle dans mes valeurs depuis 30 ans. -Merci, Anne Le Hénanff, d'être venue dans La Politique et moi. -Merci à vous pour votre accueil et cet échange.
Générique de fin
Anne Le Hénanff