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interviewRadio J — L'interview politique· 10 avril 2025 13 min

Charles de Courson - Le Barbier du matin du 10/04/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Charles de Courson, bonjour. Bonjour. Vous êtes aussi rapporteur général du budget. On va parler beaucoup du budget, mais on commence par cette déclaration d'Emmanuel Macron qui annonce la perspective d'une reconnaissance par la France de l'État palestinien vers le mois de juin, lors d'une grande conférence internationale, afin de relancer la solution à deux États. Est-ce que vous approuvez cette stratégie ?

0:25
Charles de Courson

La diplomatie française, depuis 1947, a toujours défendu la thèse des deux États. Si seulement la reconnaissance d'un État palestinien était un facteur de rétablissement de la paix. Vous y croyez ? Bah écoutez, je suis allé il y a deux ans faire tout un voyage en Israël et la grande difficulté, c'est qu'aujourd'hui, ce qu'on appelait autrefois les territoires occupés, c'est devenu une peau de léopard, la Cisjordanie. Donc, un État, c'est des frontières. Alors, sur quelles frontières ? Il y a entre 500 et 700 000 Israéliens qui se sont installés en Cisjordanie. Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on fait à Gaza ? Quel gouvernement ? Quelle autorité palestinienne ?

L'autorité palestinienne a refusé de nouvelles élections. Ce serait une sorte d'État fantôme. La légitimité, si vous voulez, du FATAR. Et sur Gaza, le Hamas a éliminé le FATAR. Donc, quelle est la portée de la reconnaissance d'un État palestinien ? Et puis, quelle est l'attitude du gouvernement israélien ? On ne peut pas rétablir la paix au Moyen-Orient sans un accord, même s'il y a des pressions internationales, entre le gouvernement israélien et les autres États autour d'Israël.

2:10
Présentateur

Hier, Donald Trump a suspendu pendant trois mois les droits de douane qu'il avait annoncés, sauf pour la Chine. C'était donc du bluff ?

2:17
Charles de Courson

Bien, je crains fort qu'on ne rationalise des positions du président Trump qui sont totalement irrationnelles. On a reçu récemment, la semaine dernière, l'OFCE. On leur a posé la question, mais si le président Trump maintenait sa thèse à 20% de droits de douane, qu'est-ce que ça donne ? Il nous dit, voilà, pour la France, c'est entre 0,2 et 0,5. C'est parce que si l'Union européenne réagit, j'espère bien qu'elle va réagir. Oui, oui, de croissance en moins. Mais pour les Américains, c'est bien pire. C'est de l'ordre 0,8, 0,9, une inflation de 2, 2,5, etc. Donc, si vous voulez, il y a quelque chose de totalement irrationnel.

On voit la réaction, d'ailleurs, des bourses et des milieux économiques, y compris ceux qui ont soutenu le président Trump dans sa dernière campagne électorale. Et alors maintenant, il explique qu'il a fait exprès de faire ça, mais c'était uniquement pour combattre et réduire l'énorme déficit avec la Chine. Tout ça est totalement irrationnel.

3:36
Présentateur

Éric Lombard, le ministre de l'Économie, en conclut quand même qu'il faut réviser à la baisse notre prévision de croissance. Il met la croissance à 0,7 pour 2025. Est-ce que vous validez ce calcul ?

3:46
Charles de Courson

Je rappelle que dans le projet de loi de finances initiale 2025, c'était 1,1, qui a été réajusté à 0,9 en cours de débat. Et la Banque de France avait déjà, avant les décisions de M. Trump, réajusté à 0,7. Et en fait, si M. Trump maintient tout ou partie de ses propositions, on peut dégringoler à 0,5, 0,4, 0,3. Plus le risque de rupture.

4:15
Présentateur

Oui, ça peut dégringoler vite, ça peut dévisser. Oui, oui, c'est-à-dire une crise. Donc notre budget, celui qu'on a voté avec tant de mal, il est caduque.

4:24
Charles de Courson

Oui, il l'était déjà partiellement lors du vote, puisque plus personne ne croyait au 1,1, qui a été réajusté au dernier moment à 0,9. Et beaucoup de prévisionnistes, si vous voulez, étaient bien en dessous. Ils étaient jusqu'à 0,5, 0,6 pour les plus pessimistes. Et donc, on a une situation, si vous voulez, il existe des grades.

4:49
Présentateur

Qui appelle loi de finances rectificatives au plus vite pour monter les impôts, baisser les dépenses.

4:53
Charles de Courson

Non, il n'y aura pas de loi de finances rectificatives, puisque la terreur du gouvernement, c'est une loi de finances rectificative, comme le précédent gouvernement d'ailleurs. Donc, il n'y aura pas de loi de finances rectificative. Donc, la seule chose sur laquelle peuvent jouer les gouvernements, c'est la réduction des dépenses. Des dépenses de l'État, puisqu'on vote des plafonds de dépenses. Sur la sécurité sociale, c'est beaucoup plus difficile, puisque ce qu'on vote, c'est des crédits évaluatifs dans la loi de financement de la sécurité sociale.

Quant aux collectivités territoriales, le gouvernement n'a aucune prise sur les dépenses des collectivités territoriales, qui en plus sont couverts par, dans notre Constitution, le principe de libre administration des collectivités territoriales. Donc, il ne peut agir que sur les recettes, éventuellement, des collectivités territoriales.

5:40
Présentateur

Vous étiez au cœur de la commission d'enquête sur le dérapage de l'année précédente. Est-ce que le gouvernement nous a caché la situation ? Est-ce qu'il y a eu dissimulation ?

5:49
Charles de Courson

Alors, j'ai toujours essayé dans la vie de ne pas être excessif. La preuve, vous la trouverez dans le rapport qui sera publié lundi. C'est très simple. En fait, le gouvernement a dissimulé et différé la révélation de la vérité. La vérité, elle finit toujours par exploser. Notamment dans la loi de règlement. Ce qui s'appelle maintenant la loi de fin de gestion. Et donc, ce qui est vrai, c'est qu'ils ont différé la révélation de la vérité le plus longtemps possible. Pourquoi ? Parce qu'il y avait des élections européennes. Tout simplement. Et que ça s'annonçait déjà très mauvais.

Je rappelle que ceux qui s'appellent la majorité, qui étaient déjà la minorité au Parlement, ont fait 22% des voix aux élections européennes. En différent, ils ont aggravé la situation. Parce que la machine s'est emballée. Certains pensent d'ailleurs que c'est l'une des raisons pour lesquelles le président a dissous. En se disant, quand la vérité va être révélée, ça va être encore pire. Voilà. Et donc, il faut mieux dissoudre maintenant que de se mettre dans une situation où il y aura une coalition des oppositions et le gouvernement Atal sera renversé.

7:03
Présentateur

Que pensez-vous de l'argument ? C'est la faute des fonctionnaires de Bercy. Pas parce qu'ils sont malveillants, mais parce qu'ils ont des mauvais outils de calcul.

7:10
Charles de Courson

Alors, il y a deux aspects dans votre question. Il y a comment sont évaluées les recettes de l'État. C'est la direction du Trésor, en fait, qui fait ces évaluations. Or, moi je suis allé sur pièce et sur place en tant que rapporteur général. Et pour synthétiser, les outils de prévision ne sont plus adaptés à la modification des acteurs économiques. Vous voyez, prenez l'IS, on a eu 14 milliards d'écart sur un impôt qui a rapporté 57 milliards. C'est énorme. Pourquoi ? Parce que la direction du Trésor indexe l'évolution du produit de l'IS sur l'excédent brut d'exploitation. Pour ceux qui ont fait un peu de comptabilité, l'excédent brut d'exploitation n'a rien à voir avec le résultat fiscal.

Sur la TVA, là, c'est peut-être encore plus grave. Ils ont un modèle qui est un vieux modèle des années 60, qui est un modèle keynésien, et qui vous explique que si j'augmente le pouvoir d'achat, la consommation augmente. Et quand l'inflation ralentit, voire de plus en plus, les gens épargnent moins et consomment plus. Mais ce n'est plus comme ça. Ce n'est plus du tout comme ça.

8:24
Présentateur

Ils vont se dire compte de ça ? Ils vont changer leurs outils ?

8:26
Charles de Courson

Et depuis 300... Non, y compris dans le budget 2025, je l'avais dit à l'époque, ils ont prévu une augmentation de la TVA de 10 milliards, c'est-à-dire de 5%. Attendez, personne ? Je me suis dit, ce n'est pas crédible. D'ailleurs, le gouvernement, en février, lors du vote final, au Sénat, a réajusté de 10 milliards. Il n'y avait plus que 5 milliards. Et là, on ne les fera pas. Et donc, impôt par impôt, les méthodes, si vous voulez, d'évaluation ne sont plus adaptées à l'évolution du comportement des acteurs économiques.

9:00
Présentateur

L'Assemblée va débattre, débat, de la loi de simplification. Alors, vu de l'extérieur, c'est un peu un bric-à-brac. Il y a les zones à faible émission, les bistrots de campagne, les feuilles de paye. C'est une loi qui peut être utile ?

9:10
Charles de Courson

Oui, il y a de bonnes choses. Moi, je voterai pour ce texte. Mais c'est vrai que c'est un peu un bric-à-brac. Les ZFE ont le courage de dire qu'on supprime les ZFE.

9:24
Présentateur

On s'est planté. Pour le bien de la planète, on a pris une mesure inefficace et injuste.

9:27
Charles de Courson

Même pire. Une mesure antisociale. Dans la Marne, par exemple ? Il n'y a qu'un cas. Il y a à Reims, puisque, vous savez, il y a un seuil de population.

9:37
Présentateur

Mais on pourra aller à Reims avec n'importe quelle voiture, non ?

9:39
Charles de Courson

J'en discutais avec le maire de Reims quand il a dû mettre en place un ZFE. Il m'a dit, tu sais, je vais faire le truc le plus petit possible. Parce qu'il voyait bien que c'est une mesure antisociale. Puisque ça consiste à réduire la pollution en centre-ville, où, en général, habitent plutôt les couches aisées, et de reporter la pollution sur les zones périphériques. C'est ce qui s'est passé d'ailleurs à Paris. Et donc, c'est une mesure fondamentalement antisociale. Il faut abroger cela. D'ailleurs, ce n'était pas dans le texte initial. Mais là, je pense qu'il y a une bonne chance qu'on abroche purement et simplement les ZFE.

10:17
Présentateur

Et la feuille de paye, résumée à quelques lignes, c'est bon pour les salariés ou on va nous arnaquer,

10:22
Charles de Courson

entre guillemets ? Non, non, mais il n'y a pas de vraie simplification de la feuille de paye. Ça, c'est une idée. Voilà. Si on veut simplifier la feuille de paye qui a entre 24 et 27 lignes, vous voyez, à la libération, la feuille de paye, c'était trois lignes. Vous voyez, on est passé de trois lignes à 27. Je vous donne un exemple. Il y a trois lignes pour la CSG déductible, la CSG non déductible, la CRDS. Moi, j'ai proposé qu'on unifie tout ça. Les assiettes sont pratiquement identiques et qu'on rende tout ça déductible et avec un taux qui serait légèrement augmenté de façon à ce que les recettes soient les mêmes. Vous voyez, ça, c'est des mesures de simplification.

11:02
Présentateur

Est-ce que c'est de la simplification aussi que d'envoyer les OQTF les plus dangereux à Saint-Pierre-et-Miquelon, comme le propose Laurent Wauquiez ?

11:07
Charles de Courson

Non, mais ça, c'est dans le cadre, si vous voulez, de la campagne électorale au sein des Républicains. Une petite surenchère. Entre M. Retailleau et M. Wauquiez où M. Wauquiez, on dit qu'il serait plutôt en difficulté et donc, comme c'est les militants qui votent, c'est-à-dire 20, 23, 24 000, quelque chose comme ça, personnes, pour gagner les élections dans les partis de droite, il faut se droitiser, si vous voulez. Il faut leur faire plaisir. Mais ce n'est pas réaliste. D'ailleurs, si vous deviez envoyer 180 000 personnes dans Saint-Pierre-et-Miquelon qui, je rappelle, à 5 000 habitants, expliquez-moi comment ça tient. Et on va mettre détente, on va mettre... Enfin, tout ça n'est pas...

D'ailleurs, Laurent Wauquiez a lui-même rétro-pédalé en expliquant que c'était une mesure dissuasive pour inciter les gens à repartir dans leur pays. S'ils ne repartent pas dans votre pays, je vous envoie à Saint-Pierre-et-Miquelon.

11:59
Présentateur

En quelques mots, vous qui avez gagné tant d'élections législatives, vous pensez que cette Assemblée a l'irage qu'en 2027 ?

12:05
Charles de Courson

Alors, ça n'est pas exclu parce que celui qui décidera de cela, c'est le président de la République. Au moins, jusqu'à la fin de son mandat. Or, aujourd'hui, est-ce qu'il a intérêt à dissous tout le monde de ce qui se passera ? Ils sont revenus à 160, ceux qui le soutenaient et qui le soutiennent d'ailleurs de moins en moins. Là, ils reviendront à peu près divisé par deux encore. Donc, aggravant la crise politique sans qu'il y ait pour autant de majorité.

12:33
Présentateur

C'est un dissuade. Charles de Courson, merci infiniment et bonne journée. Merci beaucoup, Christophe. Rendez-vous demain matin à 7h45. Votre invité sera Michel Onfray, partie 2, philosophe et essayiste.